Panthéon égyptien

Part 9

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Mais il arrive très souvent que cet emblème est très-simplifié et perd une grande partie de son volume et de ses décorations; c'est lorsqu'il est représenté comme protecteur, planant, ainsi que le vautour de Neyth[228], au-dessus de la tête des rois figurés sur les bas-reliefs. Le Nº 4 (de la planche 15.3) est au-dessus d'un roi peint à Ombos sous la forme d'un sphinx; on n'a copié que le dernier cartouche de sa légende, contenant les seuls titres, _Vivant toujours chéri de Phtha et d'Isis_[229]. Dans le petit temple du sud à Karnac, l'emblème de Thoth (Nº 2) surmonte la tête du roi _Ptolémée Évergète II_, sculpté en bas-relief dans l'intérieur de la chapelle qui contenait l'image symbolique de la divinité du temple[230]. Le Nº 1, suivi du titre _seigneur de la région SA_..., est sculpté au-dessus du roi _Philippe-Aridée_, dans les appartements de granit, à Karnac[231]; enfin, parmi les décorations de la porte du sud à Dendéra, le globe, Nº 3, se montre au-dessus de la tête d'un roi Lagide ou d'un empereur romain, dont on n'a point copié la légende, et qu'il est par conséquent impossible de bien déterminer. Les têtes des deux _Uræus_, dont les queues s'unissent et se confondent de manière à présenter l'idée d'un serpent amphisbène, sont décorées des coiffures de la domination sur les deux grandes régions du monde; au-dessous du disque, et dans l'espace circonscrit par les corps des Uræus, est la légende du premier Hermès _Thôth_ ou _Thath_, _Dieu grand_, _Seigneur suprême_. Cette légende est entièrement semblable à celle qu'on trouve inscrite à côté des images de _Thoth-Hiéracocéphale_[232]. Elle accompagne toujours aussi, sur les monuments originaux, les divers emblèmes gravés sur notre planche 15.3. Cette circonstance seule a suffi pour nous faire reconnaître ces divers globes ailés ou simplement combinés avec des _Uræus_, et auxquels est souvent appendu le _signe de la vie divine_[233], comme les symboles directs du _premier Hermès_, puisqu'ils portent le _nom_ et les _titres_ du dieu lui-même.

Cette même légende appartient aussi constamment à l'épervier emblématique, reproduit sur notre planche 15.4. Cet oiseau, dont les qualités physiques vraies ou supposées paraissent avoir singulièrement frappé les Égyptiens, fut, comme on a pu le voir, l'emblème vivant de plusieurs divinités; et les coiffures, les insignes qui décorent sa tête, souvent même la légende seule qui l'accompagne, peuvent caractériser le dieu dont il devient le symbole. L'épervier du premier Hermès, reconnaissable au disque flanqué de deux _Uræus_, qui, toutefois, ne distingue point toutes ses images, est habituellement reproduit tel que nous le présente cette planche, dans les décorations des frises ou des corniches des grands édifices de l'Égypte. Ainsi, parmi les sculptures de la frise du typhonium de Dendéra, l'épervier de Thoth trismégiste étend ses ailes et semble couvrir de leur ombre sacrée la légende hiéroglyphique du plus sage et du plus justement vénéré des empereurs, _Antonin le pieux_[234]. Chacun des deux cartouches formant cette légende est sous la protection de l'épervier de Thoth, qui semble le décorer de l'insigne de la _victoire_: le premier cartouche renferme le titre impérial ΑΟΤΟΚΡΤΡ ΚΕΣΑΡΣ pour Αὐτοκράτωρ Καῖσαρ _l'empereur César_, et le second est occupé par le nom propre ΑΝΤΟΝΙΝϹ pour Ἀντωνεῖνος _Antonin_. Le même épervier symbolique accompagne, sur la frise du grand temple d'Edfou (_Apollonopolis magna_), le cartouche prénom du roi _Ptolémée Évergète II_[235].

La reproduction si multipliée de chacun de ces différents emblèmes de Thoth, trouve un motif suffisant et une explication bien simple, dans le fait seul que ce dieu fut considéré par les Égyptiens comme l'instituteur de leur religion, de leur culte et de leur état social. Il était naturel que les temples où ils venaient adorer les dieux, présentassent de toutes parts l'image de celui qui les leur avait fait connaître; que le symbole, enfin, du premier législateur fût exposé dans ces vastes palais où l'on rendait la justice, où se réglaient le sort des familles et les destins de la nation entière.

[219] _Voyez_ l'explication de notre planche 3.3.

[220] CICERO, _De naturâ Deorum_, lib. III, § XXII.

[221] (Mercurius) quem colunt Pheneatæ, qui et Argum dicitur interemisse ob eamque causam Ægyptum profugisse atque Ægyptiis leges et litteras tradidisse. Hunc Ægyptii _Thoyth_ appellant; eodemque nomine anni primus mensis apud eos vocatur. (CIC. loc. cit.)

[222] JAMBLIQUE, _de Mysteriis_, sec. VIII, cap. III.

[223] Encyclopædia Britannica, supplément, vol. IV, part. I, pag. 55 et 56.

[224] Description de l'Égypte, A. vol. IV, pl. 23, Nº 3.

[225] _Hieroglyphica_, lib. I, §. 37.

[226] Description de l'Égypte, A. vol. III, pl. 34, Nº 1.

[227] _Idem._ A. vol. III, pl. 50, Nº 2.

[228] _Voyez_ notre planche 6.5, et son explication.

[229] Description de l'Égypte. A. vol. I, pl. 41, Nº 4.

[230] _Idem._ A. vol. III, pl. 59.

[231] _Idem._ A. vol. III, pl. 34, Nº 1.

[232] _Voyez_ notre planche 15, lég. Nº 1.

[233] _Idem_, pl. 15 B, numéros 1 et 2.

[234] Description de l'Égypte, A. vol. IV, pl. 33, numéros 2 et 4.

[235] _Idem_, A. vol. I, pl. 57, Nº 1.

PHTAH-STABILITEUR.

ON a pu remarquer dans les images du Dieu _Phtah_, planches 8 et 10, cette sorte de sceptre divisé en bandes égales, peintes de couleurs variées, et terminé à sa partie supérieure par quatre corniches semblables à celles qui surmontent les portes et toutes les parties des édifices égyptiens. Ce sceptre n'est autre chose que l'objet figuré par le premier signe de la légende nº 1 (planche 16), dont les Égyptiens ont déprimé la largeur, et exagéré arbitrairement la longueur (dans les fig., pl. 8 et 10), pour le placer en forme de sceptre entre les mains du Dieu _Phtah_.

Cet objet est l'insigne et le symbole habituel de _Phtah_; les savants ne sont nullement d'accord sur sa nature; selon les uns, cet objet représente un _autel_; selon d'autres, c'est un _nilomètre_. La première opinion est détruite par les monuments qui, offrant des formes d'_autels_ infiniment variées, ne leur donnent jamais celle du symbole dont il est ici question, et qui se trouve, au contraire, placé _derrière_ les statues des Dieux auxquels il sert souvent de soutien[236]. Cet emblême fait l'office de _colonne_ dans les chapelles qui, sur les peintures des momies, renferment les images des Dieux[237]; il décore le soubassement des trônes divins, soit seul, soit alterné avec la _croix ansée_ et le _sceptre à tête de Coucoupha_; enfin, on le trouve suspendu au cou des Dieux et des animaux sacrés[238], ce qui ne convient nullement à un _autel_.

L'opinion de ceux qui veulent y voir un Nilomètre, présenterait un peu plus de probabilité; et l'on pourrait considérer les divisions égales, différenciées par la couleur, qui couvrent toute la hauteur de cet objet symbolique, comme l'indication des _coudées_, ou mesures tracées également sur la colonne centrale du _Mékias_, ou grand Nilomètre de l'île de Raoudha. Quoi qu'il en soit, la valeur symbolique de cet objet, auquel nous donnerons provisoirement le nom de _Nilomètre_, jusqu'à ce que les monuments confirment ou condamnent cette dénomination, est très-clairement indiquée par le texte hiéroglyphique de la stèle de Rosette. Là où le texte grec emploie les verbes Διαμένω, _permaneo_, _perduro_, et Νομίζω, _lege sancio_, dans le sens passif _lege constituor_, le texte hiéroglyphique porte l'image redoublée du _Nilomètre_[239], et le texte démotique présente, aux deux points correspondants, un groupe de signes qui, dans divers autres passages de l'inscription, répond aux verbes du texte grec, καταστησαμένου, καταστήσασθαι, μένειν, διατετήρηκεν[240]. Il est incontestable, d'après tous ces rapprochements, que l'objet, dit le _Nilomètre_, exprime, quel qu'il soit, dans l'Ecriture sacrée, les idées, _établir_, _rendre stable_, _stabilité_, _conservation_, _coordination_; or, ces idées sont essentiellement liées à celle du Dieu _Phtah_, l'organisateur et l'ordonnateur du monde matériel et de l'état social.

On reconnaît, en effet, dans la Divinité ayant un _Nilomètre_ pour tête, représentée sur notre planche 16, et calquée sur les dessins du tombeau royal de Thèbes, découvert par M. Belzoni, la coiffure emblématique, le sceptre, le fouet, et la tunique blanche que porte le Dieu _Phtah_ sur des monuments déja cités[241]. Aussi, cette singulière Divinité est-elle nommée _Phtah-Sokari_ dans la légende qui l'accompagne sur une momie de la collection de M. Durand. Dans le bas-relief du tombeau royal, son nom (pl. 16, légende nº 1), formé du _Nilomètre_ et des signes d'espèce _Dieu_, est symbolique, et doit se traduire par _Dieu stabiliteur_; ce nom divin est accompagné du titre _Père des Dieux_, qui est particulier au Dieu _Phtah_, comme nous l'avons déja dit[242].

[236] Voyez ci-dessus planche 9, et Descript. de l'Égypte, Ant. vol. II, pl. 73, col. 45 et 46.

[237] _Suprà_, pl. 2.2.

[238] Description de l'Égypte, Ant. vol. II, pl. 75, col. 28 et 29. --_Idem_, MSS. hiératique, pl. 71.

[239] Inscript. de Rosette, texte grec, lignes 36 et 47, texte hiéroglyph. lign. 6 et 10.

[240] _Idem_, texte démot. lig. 1, 7, 9, 19; texte grec, lig. 1, 11, 33 et 36.

[241] Voyez ci-dessus, pl. 8, nº 6, et pl. 9.

[242] _Idem_, pl. 13 et son explication. Le dieu est parfois représenté par un _Nilomètre_, auquel sont adaptés deux bras humains tenant les insignes de la divinité (voyez la Description de l'Égypte, Ant. vol. II, pl. 84, nº 5.). Nous verrons dans la suite qu'Osiris fut aussi figuré, comme _Phtah_, sous la forme d'un Nilomètre; les légendes seulement distinguent alors ces dieux l'un de l'autre.

ATHOR ou HATHOR.

(ATHOR, ATHYR, ATAR, APHRODITE, VÉNUS.)

LES auteurs Grecs ont mentionné parmi les Déesses Égyptiennes une Divinité sous les noms d'Αθωρ (_Athôr_) et d'Αθυρ (_Athyr_). Jablonski, entraîné par l'esprit de systême, crut remarquer des rapports frappants entre Αθωρ et le mot Égyptien EDJORH ou _Adjôrh_, qui signifie la _Nuit_. Il a voulu conclure de ce hasardeux rapprochement que la Déesse Égyptienne _Athôr_ était la _Nuit_ et le principe de toutes choses. Cette Déesse est, en conséquence, placée à la tête de son Panthéon; ce savant a été conduit à cette détermination par un passage de Damascius, portant que, _dans les livres Égyptiens, on célébrait, par des hymnes sacrés, le principe unique de toutes choses, l'obscurité inconnue_ (Σκότος ἄγνωστον), _l'obscurité au-dessus de toute intelligence_ (Σκότος ὑπὲρ πᾶσαν νόησιν)[243]. Mais ce principe _inconnu_ n'est autre que le grand Être Démiurgique, _Ammon_, dont le nom Égyptien, comme l'a dit le grand-prêtre Manéthon, signifiait _occulte_, _caché_, ou _inconnu_[244]; et il n'est nullement question d'_Athôr_ dans le passage de Damascius.

Cette Déesse n'occupait point un rang aussi élevé dans les mythes sacrés de l'Égypte. _Athôr_ ou _Athyr_ fut assimilée par les Grecs à leur _Aphrodite_, la _Vénus_ des Latins; et nous savons, par d'anciens témoignages très-formels, que les Égyptiens donnèrent le nom de cette Divinité au troisième mois de leur année[245]; ce mois, dans les textes _coptes_ ou Égyptiens écrits en lettres grecques, est en effet appelé ATHOR en dialecte memphitique, et HATHOR en dialecte thébain; ce qui détruit l'étymologie, et, par conséquent, le systême entier de Jablonski sur la Déesse _Athôr_.

Il est rare de trouver, dans les auteurs Grecs, le nom de l'_Aphrodite_ Égyptienne, sans qu'il soit parlé en même-temps de _la vache_ qui lui était consacrée, et qu'on nourrissait comme le symbole vivant de la Déesse[246]; Plutarque nous apprend aussi que le nom divin _Athyr_ ou _Athôr_ signifiait, en langue Égyptienne, Οἶκον Ὥρου κόσμιον, _maison mondaine d'Horus_[247].

Ces deux circonstances nous ont fait aisément reconnaître la représentation de la Déesse _Athôr_ sur les monuments Égyptiens, qui nous l'offrent sous des formes très-variées; mais elle porte toujours un même nom hiéroglyphique, celui qui accompagne son image dans cette planche, nº 17. C'est le premier caractère de la légende nº 1. Ce nom est figuré par une MAISON _ou un_ ÉDIFICE _dans lequel est renfermé un_ ÉPERVIER; et, si nous observons que l'épervier _sans coiffure particulière_ est l'emblême d'_Horus_, nous verrons clairement dans ce groupe la transcription figurative-symbolique du nom même _Athôr_ qui, selon les anciens, signifiait, en effet, _maison d'Horus_; et Horapollon dit que l'_épervier_ était employé pour écrire hiéroglyphiquement le nom de l'_Aphrodite_ Égyptienne[248]. De plus, ce nom hiéroglyphique est celui que porte constamment une _vache sacrée_, figurée dans presque tous les grands manuscrits funéraires.

La Déesse Athôr a ici les chairs jaunes, couleur propre aux femmes représentées dans les peintures Égyptiennes; elle tient dans ses mains des bandelettes, ou plutôt des espèces de lacs, qui, selon Horapollon, étaient l'emblême de l'_Amour_[249]. Cet attribut convient parfaitement à la Vénus Égyptienne. La tête d'Athôr est surmontée d'un _épervier orné d'une coiffure symbolique_, oiseau qui est l'emblême du Dieu époux de la Déesse, comme on le verra dans la suite.

Athôr était fille du Dieu _Phré_ (le Soleil), ainsi que nous l'apprend la légende hiéroglyphique nº 1: HATHOR TNÈB MPÉ HNT NNE-NOUTE TSÉ RÈ, _Hathôr, dame du ciel, rectrice des Dieux, fille du Soleil_. La légende nº 2 est la forme hiératique du nom _Hathôr_. Une image de la Déesse, semblable à celle que nous publions, existe sur une momie du Musée Britannique, provenant de Guillaume Lethieullier.

[243] DAMASCIUS, cité dans le _Pantheon Ægyptiorum_ de Jablonski, liv. I, chap. I, pag. 19 et 20.

[244] _Suprà_, pl. 1, explication.

[245] ORION, dans l'_l'Etymologic. Magn._ au mot Αθυρ.

[246] ÆLIEN. Hist. des Animaux, liv. XI, chap. 27.--HESYCHIUS, au mot Αθυρ.--STRABON, liv. XVII.

[247] _De Iside et Osiride._

[248] HORAPOLLON. Hiérogl. liv. I, §. 8.

[249] _Id._ Hierogl. liv. II, §. 26.

ATHOR ou HATHOR.

(ATHOR, ATHYR, ATAR, APHRODITE, VÉNUS.)

ON a vu que le nom égyptien de cette Déesse signifiait _demeure_, ou _habitation d'Horus_, et que, dans les inscriptions hiéroglyphiques, ce nom divin est exprimé par la _coupe_ ou le plan abrégé d'un _édifice_, dans lequel est inscrit un _Épervier_, le symbole d'_Horus_; mais les bas-reliefs et les sculptures de grande proportion nous offrent la déesse _Athor_, portant sur sa tête, et pour signe distinctif, l'image parfaite d'un _édifice_ dont il est facile de distinguer la frise, la corniche et la porte. L'épervier disparaît, soit pour faire place à un simple _Uræus_, soit à un petit bas-relief représentant l'_Allaitement d'Horus_, scène parfaitement en rapport avec la signification connue du nom propre de la Déesse.

L'édifice complet, coiffure symbolique d'_Athor_, l'Aphrodite égyptienne, est parfois entouré de fleurs de lotus épanouies, ainsi qu'on peut le voir sur cette planche; une figure semblable est sculptée sur la grande porte du sud à Karnac: la Déesse est debout, à la suite de Phtha, son époux. La tête humaine d'_Athor_, surmontée de l'_édifice_, est reproduite isolément sur une foule de bas-reliefs; mais elle a des _oreilles de vache_, parce qu'une vache sacrée était son symbole vivant; la Déesse emprunte même souvent la tête de cet animal[250].

Il exista en Égypte beaucoup de temples spécialement consacrés à l'Aphrodite égyptienne; et de ce nombre furent un petit temple, dans l'île de Philæ; le petit temple d'Ombos; le temple de Contralato; le temple de l'Ouest au Memnonium; enfin le grand temple de Dendéra, l'ancienne Tentyris; et tous ces monuments portent, dans leurs décorations architecturales, les emblêmes d'_Athor_, au culte de laquelle ils étaient destinés.

Le petit temple de Philæ a été construit sous les rois Lagides, et fut dédié par Ptolémée-Évergète II, et les deux reines Cléopâtre, sa sœur et sa femme, à _Aphrodite_, ΑΦΡΟΔΙΤΗΙ, comme porte la dédicace, en langue grecque. Le temple de l'Ouest, dans la même île, et qui offre les légendes royales hiéroglyphiques de ce même Évergète, ainsi que celles de plusieurs empereurs romains, était également consacré à l'Aphrodite égyptienne; car les chapiteaux de ce temple sont surmontés de têtes d'_Athor, à oreilles de vache_, et portent _l'édifice emblématique_[251]. Il en est de même du petit temple d'Ombos, et à Thèbes, du temple à l'ouest au Memnonium. Les pilastres de ce dernier monument, formés de la tête d'_Athor_, contiennent, dans l'inscription hiéroglyphique dont ils sont ornés, la légende de Ptolémée-Évergète II, et le nom même d'_Athor_[252].

Mais c'est principalement dans les magnifiques ruines de Dendéra, que les emblêmes et les images d'_Athor_ se montrent avec une extrême profusion; Strabon nous dit que le grand temple de cette ville était dédié à l'_Aphrodite_ égyptienne; et la dédicace, en langue grecque, inscrite sur le listel de la corniche du Pronaos, atteste aussi que cette portion de l'édifice avait été également consacrée à la même Divinité: ΑΦΡΟΔΙΤΗΙ ΘΕΑΙ ΜΕΓΙϹΤΗΙ, _A Aphrodite, Déesse Très-Grande_, par les habitants du Nome et de sa Métropole, sous le règne de Tibère, le 21 d'_Athyr_, mois qui portait précisément, en égyptien, le nom même de la déesse.

Les vingt-quatre chapiteaux du portique sont formés, comme ceux de toutes les colonnes du temple, par quatre énormes _têtes d'Athor_. Cet emblême occupe le milieu de la porte du nord et le centre de la frise du Pronaos. A droite et à gauche de cette tête symbolique, sont les images, en pied, d'_Athor_ et de son époux _Phtah-Socari_, adorées par soixante-deux personnages qui occupent sans interruption le reste de la frise de la façade[253], et portent, pour la plupart, d'une main, la tête emblématique d'_Athor_, et, de l'autre, l'hiéroglyphe recourbé, première lettre du mot _Socari_, surnom de _Phtah_. Une tête colossale d'_Athor_ occupe encore le centre de la partie postérieure du temple: enfin les décorations des frises et des corniches de cette vaste construction, présentent de tout côté la tête d'_Athor à oreilles de vache, et surmontée de l'édifice emblématique_.

On a pris jusqu'ici les images de _Néphthys_, déesse sœur d'Isis et d'Athor, pour Athor même ou la Vénus égyptienne; mais les monuments, qui seuls font autorité dans cette matière, distinguent spécialement ces deux divinités, et ne permettent point de les prendre l'une pour l'autre.

[250] Voyez l'explication de notre planche 17.4, et la planche 17.2, nº 3.

[251] Descript. de l'Égypte, Ant. I, pl. 21.

[252] _Idem_, pl. 36.

[253] _Idem_, Ant. IV, pl. 15.

HATHÔR ou ATHÔR.

(ATAR, ATHYR, APHRODITE, VÉNUS.)

L'UNE des formes les plus habituelles d'_Athôr_, dans les peintures et bas-reliefs d'ancien style égyptien, est celle que reproduit la planche ci-jointe. Cette figure est tirée d'une grande scène sculptée et peinte dans le tombeau du Pharaon Ousereï-Akenchérès Ier, douzième roi de la XVIIIe dynastie diospolitaine, monument magnifique découvert à Thèbes par le célèbre Belzoni. Ce tableau, gravé sur l'épaisseur d'une des portes de ce vaste hypogée, représente, de proportion naturelle, la déesse Athôr accueillant avec affection le monarque défunt qui, sur plusieurs autres points de la catacombe, présente diverses offrandes à cette divinité, et en reçoit, en retour, le signe de la _vie céleste_.

Dans ces diverses sculptures, la tête de la déesse est surmontée d'un disque de couleur rouge, soutenu par deux cornes de vache peintes en noir. Un _uræus_, ou serpent royal, est suspendu au disque. Mais ces emblèmes n'appartenaient point spécialement à ATHÔR; on les reconnaît aussi sur la tête d'ISIS, de SELK, ils sont même placés quelquefois au-dessus de la coiffure de la _grande mère divine_ NEITH: d'où il semble résulter que, comme le vautour, le disque et les cornes de vache sont des insignes exprimant une qualité générale, une attribution commune à plusieurs déesses égyptiennes à la fois. On s'exposerait donc à de graves erreurs, en considérant certains attributs comme trop exclusivement propres à certaines divinités. Aussi est-il arrivé qu'on a souvent donné, sans raison, le nom d'_Isis_ à des images de toute autre déesse, ou de reines mortelles empruntant les coiffures divines, par cela seul qu'on retrouvait, parmi leurs ornements, le disque soutenu sur deux cornes de vache. La légende hiéroglyphique inscrite à côté de ces images, peut seule, en cette occasion, donner une pleine certitude sur le personnage figuré. L'inscription qui accompagne la déesse gravée sur notre planche 17.3, ne permet point de douter que ce ne soit là une véritable représentation de la fille du soleil, de l'épouse de Phtha: elle porte en effet HATHÔR RECTRICE DE LA RÉGION SUPÉRIEURE DU MONDE[254].

Un diadème ceint le front de cette divinité, dont les cheveux nattés sont contenus par une bandelette de couleur rouge; de riches _uræus_ sont suspendus à ses oreilles; et au collier, orné d'émaux, tient un appendice qui retombe derrière les épaules de la déesse; sur cet ornement, terminé par une fleur épanouie, est inscrit, dans le bas-relief original, le prénom royal du Pharaon _Ousirei_, suivi du titre ϩⲁⲑⲱⲣⲙⲁⲓ, _chéri d'Athôr_. Deux bretelles émaillées soutiennent la tunique de couleur gris de perle, de forme ordinaire, mais dont les ornements présentent une particularité très curieuse. Les losanges dont elle est coupée dans l'original figurent, selon toute apparence, un de ces filets en émaux variés, qui recouvrent les tuniques des déesses et des reines dans les scènes peintes ou sculptées en grand. L'intérieur de chaque losange renferme un petit groupe de signes hiéroglyphiques; et chaque _ligne horizontale_ de losanges contient un même groupe de caractères. Mais si l'on interprète ces mêmes losanges en les lisant perpendiculairement, ils renferment, d'après un dessin malheureusement peu soigné dans les détails, et placé dans l'Atlas du voyage de Belzoni[255], les louanges du Pharaon, louanges que la déesse _Athyr_ est censée prononcer en l'accueillant dans la région divine. Cette singulière inscription se divise en deux parties, et renferme les idées suivantes: «_Dieu bienfaisant_ RÈ-SATÉ-MÉ (prénom du roi), _nous t'avons donné la domination et une vie heureuse et éternelle, toi, fils du soleil et des Dieux_, OUSIREI, _serviteur de Phtha, vivificateur pour toujours_.»

«_Dieu bienfaisant_ RÉ-SATÉ-MÉ, _nous t'avons donné la domination sur les années des panégyries, toi, fils du soleil, chéri des Dieux seigneurs, serviteur de Phtha, vivificateur comme le soleil éternel, Dieu bienfaisant, chéri du maître du monde pour toujours_.»

Nous ne savons encore comment caractériser l'espèce d'ornement attaché au collier que la déesse tient de sa main droite et semble montrer au Pharaon: un ornement semblable est fixé au cou du dieu Lune[256].

[254] _Voyages, Recherches et Découvertes de G. Belzoni_; atlas, pl. 18.

[255] _Idem._

[256] Voyez notre planche 14.4.

HATHOR-PTÉROPHORE.

(APHRODITE, VÉNUS.)

LA planche 17.4 ci-jointe complétera la série des principales formes de la Vénus égyptienne, que l'on se proposait de faire connaître dans ce recueil mythologique. Les deux longues plumes surmontant la tête de la _déesse_, et placées au-dessus de la coiffure, formée du vautour, commune à toutes les _déesses mères_, distinguent spécialement _Hathor_ de toutes les autres grandes divinités-mères dans les différentes _triades_ égyptiennes. Cette image a été copiée, ainsi que tous ses détails de couleur, dans le grand temple d'Isis, à Philæ[257], et je l'ai retrouvée sur les édifices sacrés de l'Égypte et de la Nubie appartenant à toutes les époques.

La déesse _Hathor_ tenait en effet un rang si distingué dans la théogonie égyptienne, qu'un grand nombre de nomes lui rendaient un culte particulier et l'adoraient sous la forme que nous venons de décrire.