Part 10
Le petit temple hypèthre, élevé dans l'île de Philæ par le pharaon Nectanèbe en l'honneur d'Isis, était aussi consacré à _Hathor_. La grande galerie qui joint ce petit édifice au grand temple d'Isis, nous montre _Hathor-Stérophore_ adorée par l'empereur Auguste, et l'empereur Tibère faisant des libations devant trois images de la même déesse, surnommée _Dame de la maison d'Enfantement_, _grande Dame de l'île de Sénem_ et _Dame de la maison des Offrandes_.
Cette déesse fut principalement honorée dans les nomes _Ombite_, _Apollonopolite_ et _Tentyrite_.
Dans l'île de _Béghèh_, voisine de Philæ, et nommée _Sénem_ par les anciens Égyptiens, existait un temple consacré à _Hathor_, compagne de Chnouphis, le dieu de la première cataracte. Le grand temple d'_Ombos_ était dédié en premier lieu à une triade composée du dieu _Sévék-Ra_ (le père), d'_Hathor_ (la mère) et de _Chons-Har-Schiai-hêt_[258] (le fils).
A _Edfou_ (Apollonopolis magna) on adorait la triade formée du dieu _Hath_, de la déesse _Hathor_ et de leur fils _Har-Sont-Tho_[259]. A Tentyris, enfin, on reconnaissait pour membres de la triade qui domine dans le grand temple, particulièrement dédié à _Hathor_ (ce que démontrent toutes les décorations architecturales), le dieu _Har-Hath_, comme père, _Hathor_, comme mère, et leur fils, le jeune dieu _Ohi_.
Considérée ainsi comme déesse-mère dans ces diverses préfectures, Hathor devait naturellement être confondue avec les _deux grandes génératrices des dieux_, la déesse _Mouth_ et la déesse _Natphé_. Les preuves de cette double assimilation existent dans des tableaux religieux du grand temple d'Ombos et du petit temple d'Ibsamboul en Nubie.
Il y a plus, dans les temples de l'Égypte où Hathor ne joue point le rôle de mère, ou de seconde personne de la triade, cette déesse s'y trouve tout au moins honorée comme _nourrice_ du jeune dieu, le fils de la triade locale. A Hermonthis, _Hathor nourrice_ présente le jeune _Harphré_ à son père _Month_ ou _Manthon_. A Philæ, c'est aussi la déesse Hathor qui préside à l'éducation d'Horus, fils d'Isis et d'Osiris, le nourrit de son lait, et reçoit, dans les légendes hiéroglyphiques du bas-relief, les titres de _Très-aimable_, NOURRICE-ÉPOUSE, _remplissant le ciel et le monde terrestre de ses bienfaits ou de ses beautés_[260].
La flatterie, en Égypte comme ailleurs, compara constamment les reines et les princesses du sang royal à la déesse de la beauté, à _Hathor_, la Vénus égyptienne. Mais parmi toutes les formes de la déesse, on choisit de préférence celle que présente la planche ci-jointe, pour l'approprier à la représentation habituelle des épouses ou des filles chéries des pharaons ou des rois de la dynastie grecque: chaque grand édifice de l'Égypte en offre de nombreuses preuves, et le Musée royal du Louvre possède des statuettes, soit en bois peint, soit en bronze, incrustées en argent ou en or, et représentant, par exemple, la reine _Ahmosis_, _Nofré-Atari_, femme d'Aménophis Ier, chef de la XVIIIe dynastie, la reine, épouse du pharaon _Takellothis_ de la XXIIe dynastie, et la reine _Cléopâtre-Cocce_, femme d'Évergète II, et mère de Soter II et d'Alexandre Ier. Ces princesses portent la coiffure formée du vautour et surmontée des insignes d'_Hathor_, le disque, les cornes et les deux longues plumes.
[257] Dans l'intérieur du pronaos, sur le mur de la cella.
[258] C'est-à-dire _Chons l'Horus qui dilate le cœur_.
[259] C'est-à-dire l'_Horus soutien du monde terrestre_.
[260] Philæ, temple d'Hathor, côté gauche intérieur du pronaos.
THUOÈRI, TOERI.
(THOUERIS.)
LA déesse égyptienne figurée sur notre planche 17.5 présente l'étrange assemblage d'une belle tête de femme placée sur le corps d'un hippopotame; le front est orné de l'_uræus_ royal. Cet insigne de la souveraine puissance se rattache à une coiffure, fixée par un diadême et terminée par une chevelure factice, disposée par étages et peinte en bleu céleste pour indiquer que cet ornement est formé d'une réunion de grains, d'émail coloré. La déesse tient en main l'emblême de la vie divine, et une tunique d'étoffe légère et transparente voile imparfaitement le corps du monstrueux quadrupède qui jadis habitait la partie inférieure du cours du Nil.
J'ai recueilli cette singulière personnification parmi les sculptures qui décorent l'une des chapelles creusées dans le roc, entre Edfou et Ombos, au point le plus resserré de la vallée, localité connue sous le nom de _Sebel-Selséléh_, l'ancienne _Silsilis_. L'un des bas-reliefs de l'élégante chapelle, creusée sous le règne du pharaon _Ménéphtah_ IIe, fils et successeur de _Rhamsès le Grand_, représente la reine _Isénofris_, l'épouse de ce roi, revêtue des insignes de la Vénus égyptienne, agitant deux sistres devant un autel chargé de pains sacrés et de riches bouquets de fleurs. Les adorations de cette princesse s'adressent à la divinité que nous venons de décrire et à la suite de laquelle marchent le dieu THOTH-LUNUS, le _seigneur de Schmoun_ (Hermopolis magna), _le secrétaire de justice des dieux grands_, tenant un rouleau de papyrus, et la déesse NATPHÉ, _la grande génératrice des dieux_. Un bas-relief tout à fait semblable à celui que nous venons d'analyser décore également la chapelle voisine, sculptée dans le rocher sous le règne de _Rhamsès II_e. Dans ces deux tableaux, la déesse à corps d'hippopotame porte le nom de ⲧⲉⲱⲏⲣⲓ ou ⲧⲉⲱⲩⲏⲣⲓ (légende nº 1), _Téöeri_, _Téouéri_ et ⲑⲟⲩⲏⲣⲓ, _Thoueri_ par contraction, et reçoit le titre de ϩⲣⲁⲓϩⲏⲧ ⲡⲙⲟⲟⲩ ⲟⲩⲁⲁⲃ, _celle qui préside à l'eau pure_; mais comme ce titre appartient également aux deux divinités parèdres, on doit peut-être, au lieu de trouver dans ce titre une désignation formelle d'une attribution particulière à la déesse, n'y voir qu'une qualification locale, en considérant les mots ⲡⲙⲟⲟⲩ ⲟⲩⲁⲁⲃ, PMOOU-OUAAB (_l'eau pure, l'eau sainte_), comme le nom-propre égyptien de l'étroit défilé où s'amoncellent les eaux du fleuve pour se faire jour à travers les montagnes de grès qui semblent s'opposer à son passage.
Le nom de _Thouéri_ se retrouve dans les écrits des auteurs grecs comme étant celui d'une divinité égyptienne. On lit dans le Traité d'Isis et d'Osiris que, parmi les partisans de Typhon, qui, abandonnant leur chef, se réunirent au dieu Horus, on comptait THOUERIS, ΘΟΥΗΡΙΣ[261], _concubine de Typhon_, ἡ παλλακὴ τοῦ Τυφῶνος. La parfaite ressemblance des noms ne laisse aucune espèce de doute sur l'identité de la déesse représentée dans les bas-reliefs égyptiens sous la forme d'une femme à corps d'_hippopotame_, animal essentiellement _typhonien_, et cette concubine de Typhon, mentionnée par Plutarque. Le même auteur rapporte aussi une tradition égyptienne, d'après laquelle Horus tua et mit en pièces un serpent qui poursuivait _Thouéri_, lorsque cette déesse eut abjuré la cause de Typhon[262]. Ce serpent était Typhon lui-même, puisque les sculptures égyptiennes nous montrent d'habitude ce dieu malfaisant sous la forme d'un reptile gigantesque constamment nommé APOP ou APOPH, l'_Apophis_ des auteurs grecs.
Jablonski, présumant un peu trop de ses connaissances en langue copte, crut pouvoir, en l'absence de tout autre document sur la déesse _Thouéris_, arriver à connaître les attributions de ce personnage mythique en analysant étymologiquement son nom propre. Il s'imagina donc que Θούηρις n'était qu'une simple transcription du mot égyptien ⲑⲟⲩⲣⲏⲥ, _Thouris_, employé dans les livres coptes pour désigner le _vent du midi_, et que cette divinité représentait symboliquement ce vent brûlant qui, connu sous le nom de _Khamsin_, soulève des tourbillons de poussière, obscurcit la lumière du jour et dessèche le sol de l'Égypte.
Mais cette hypothèse, qui ne repose sur aucun fait démontré, se trouve démentie par les monuments égyptiens eux-mêmes. On voit en effet que, dans le nom de Θούηρις, la finale σ n'est qu'une désinence purement grecque, et nous démontrerons dans l'explication de quelques planches subséquentes, que la THOUÊRI des Égyptiens n'était qu'une forme secondaire de la déesse _Natphé_, et n'avait aucune espèce de rapport avec les vents méridionaux.
[261] Ὅτι πολλῶν μετατιθεμένων ἀεὶ πρὸς τὸν Ὧρον, καὶ ἡ παλλακὴ τοῦ τυφῶνος. De Iside et Osiride.
[262] Ὄφις δέ τις ἐπιδιώκων αὐτὴν ὑπὸ τῶν περὶ τὸν Ὧρον κατεκόπη. Idem, ibidem.
HATHOR.
(ATHOR, ATHYR, APHRODITE, VÉNUS.)
ON a déjà vu les Dieux _Ammon-Cnouphis_, _Nèith_ et _Phtha_ se montrer tour-à-tour, sur les monuments, avec une tête humaine ou avec celle des divers animaux qui leur étaient consacrés. Cette alliance de différentes parties de quadrupèdes, d'oiseaux, d'insectes ou de reptiles, avec un corps humain, fut tout-à-fait dans l'esprit des anciennes nations orientales; et les temples de l'Égypte, de l'Inde et de l'Éthiopie nous offrent une foule d'exemples de ces compositions bizarres et monstrueuses que repoussa constamment le goût plus épuré des Grecs.
Mais les Égyptiens qui cultivèrent les arts du dessin dans le seul but de les appliquer à l'expression de la pensée, et dont les peintures, les statues et les bas-reliefs n'étaient, en quelque sorte, que des _caractères_ ou des _phrases_ de la _grande écriture monumentale_, trouvèrent convenable, lorsqu'ils traçaient l'image d'un Dieu, d'exprimer d'un seul trait sa qualité principale ou son attribution particulière, en métamorphosant la tête humaine, commune à toutes les divinités, en la tête de l'animal symbole de la qualité divine qu'on adorait dans chaque personnage mythique. Les Grecs se contentèrent de représenter ces animaux symboliques, placés aux pieds des Dieux auxquels ils furent consacrés.
Notre planche 18[263] nous offre _Hathôr_, _la Vénus Égyptienne_, ayant pour tête celle d'une _Vache_; la légende hiéroglyphique (nº 1): _Hathôr, dame du Ciel, fille du Soleil_, qui est constamment placée à côté de cette singulière image, ne permet aucun doute à cet égard.
Cette représentation d'_Hathôr_ est souvent reproduite sur les monuments d'ancien style égyptien. Elle existe, par exemple, semblable à celle que nous publions ici, sur un grand bas-relief qui appartient à M. Prunelle de Lierre, et dont je dois un dessin très-exact à l'amitié de M. Artaud, conservateur du Musée de Lyon. La Vénus Égyptienne à tête de Vache, est aussi sculptée à la suite de _Phtha_, son époux, sur un sarcophage de granit, dont la commission d'Égypte a donné la gravure très-détaillée[264]. On la retrouve enfin sur un monument fort-curieux, envoyé tout récemment, de Memphis, à M. Saulnier qui l'a cédé à M. Durand. C'est une sorte de buste de grandeur naturelle, représentant un individu très-jeune; sur son front est sculptée une image de _Phtha_, le Dieu principal de Memphis; sur sa poitrine, celle d'Osiris, adorée par deux personnages, le défunt et sa sœur; des deux côtés de la figure d'Osiris sont rangées toutes les divinités particulièrement adorées à Memphis, et parmi lesquelles on distingue, en première ligne, _Phtha_, _Hathôr à tête de Vache_, et le Bœuf _Apis_, accompagnés de leurs noms et de leurs titres en caractères hiéroglyphiques. Ce monument est d'un très-beau travail.
Il est aisé de voir aussi que toutes ces statuettes égyptiennes de bronze, ou de toute autre matière, qui figurent une déesse à _tête de Vache_, sont des images de la Vénus Égyptienne, d'_Hathôr_, et non pas celles d'_Isis_, déesse avec laquelle les Grecs paraissent avoir souvent confondu l'épouse de _Phtha_.
L'Hephaistus ou le Vulcain Égyptien, _Phtha_, étant _le père de tous les Dieux_[265], la déesse Hathôr, sa compagne fidèle, dut passer sinon pour leur mère, du moins pour leur nourrice. On connaît, en effet, plusieurs statues d'Hathôr, présentant son sein à différens Dieux placés sur ses genoux, toujours sous la forme d'un enfant. Il est probable que la _Vache_ a été consacrée à cette déesse pour rappeler qu'elle a allaité la plupart des Dieux du second et du troisième ordre, fils ou petit-fils de Phtha.
[263] Indiquée, par erreur, sous le nº 17.4 dans le texte explicatif de la pl. 17.2.
[264] Description de l'Égypte, Antiq. vol. V, _Memphis_.
[265] _Voyez_ l'Explication de notre planche 13.
EMBLÊMES D'HATHOR,
(LA VÉNUS ÉGYPTIENNE.)
CETTE planche est un calque fidèle, mais un peu réduit, du registre supérieur d'une stèle d'adoration peinte, qui, provenant de la collection Drovetti, fait aujourd'hui partie du Musée royal égyptien de Turin. On y trouve réunis les principaux symboles de l'une des plus grandes divinités de l'Égypte, _Hathôr_, que les Grecs assimilaient à leur Aphrodite. Quatre colonnes d'hiéroglyphes, peints en bleu, avertissent que les trois figures emblématiques se rapportent à ϩⲁⲑⲱⲣ ⲧⲛⲉⲃ ⲱⲧⲫ ⲃⲁⲗ (ⲛ) ⲣⲏ ⲉⲥϩⲙ ⲡⲉϥⲱⲧⲛ ⲧⲛⲉⲃ ⲡⲉⲧⲡⲉ ϩⲛⲧ (ⲛ) ⲛⲉⲛⲟⲩⲧⲉ ⲛⲓⲃⲓ: Hathôr surnommée NEVÔTHPH (dame des offrandes), _œil du soleil, résidant dans son disque, dame du ciel, rectrice de tous les dieux_.
Le premier de ces emblêmes, celui que l'on trouve reproduit sur des monuments de tout genre, est la tête de face, peinte en jaune et dont les oreilles sont celles d'une vache. Ce dernier trait rappelle directement les images de la déesse représentée avec une tête de vache[266], ainsi que la vache sacrée son image vivante dans certains temples de l'Égypte. Sous cette forme _Hathôr_ nous paraît avoir été un symbole de la _terre cultivée et fertile_, ce que semble concourir à prouver en même temps, le nom même de la déesse, HATHÔR, _la demeure mondaine d'Horus_[267], nom auquel font également allusion et le _modius_ rouge et l'_édifice_ qui surmontent cette tête emblématique. La forme presque triangulaire de la face dénote dans l'artiste l'intention de se rapprocher le plus possible du galbe d'une tête de vache.
Le second emblême représenté sur la stèle de Turin, posé, comme le premier, sur un piédestal, est une tête de femme à oreilles humaines, coiffée du vautour, et le front orné de l'uræus royal. Le _modius_ peint, symbole de l'abondance, est placé au-dessus du vautour qui rappelle la fécondité maternelle. C'est encore ici une des têtes de la déesse Hathôr et cette même coiffure avec tous ses insignes est celle que prennent de préférence, par allusion à la déesse, la plupart des reines égyptiennes figurées sur les grands monuments. L'ornement peint en jaune et qui se termine par un disque aplati orné de fleurons, est un contre-poids ou agrafe de collier, lequel retombait entre les deux épaules comme on peut le voir sur la planche numérotée 17.3; elle représente la déesse Hathôr tenant aussi dans ses mains l'autre espèce de collier peint en verd et figuré au bas du piédestal qui soutient la seconde tête emblématique.
Ces objets de parure démontrent en même temps que, dans les idées égyptiennes, la déesse Hathôr présidait à la beauté et à la toilette ainsi que l'Aphrodite grecque et la Vénus des Romains; et c'est ici le lieu de remarquer, en effet, que la plupart des colliers de femmes trouvés dans les tombeaux égyptiens, consistent en de très-petits amulettes de terre émaillée, d'émail pur, de porcelaine, de cornaline ou d'autres pierres dures, représentant d'un côté des animaux différents ou des fleurs en relief, et presque toujours de l'autre, la tête symbolique de la déesse _Hathôr_, gravée en creux et entourée d'uræus ou de feuillages diversifiés.
Les emblêmes de la déesse représentés sur la stèle que nous publions ici, sont très-multipliés dans les temples spécialement consacrés à Hathôr, tels que le grand temple de Dendéra, celui de Philæ, et les petits temples d'Ombos et du sud au Memnonium.
C'est la première de ces têtes symboliques qui forme les chapiteaux des colonnes de tous ces édifices et des pilastres du temple du Memnonium[268], et les chapiteaux du petit appartement construit sur la plate-forme du grand temple de Dendéra et dans lequel existait le zodiaque circulaire[269]. On la retrouve enfin dans les décorations des portes, des corniches, des entre-colonnements, et sur une foule de bas-reliefs: tantôt surmontée du disque et des cornes de vache, comme déesse nourricière, tantôt flanquée d'uræus ornés des coiffures qui expriment la domination sur les régions d'en haut et les régions d'en bas[270]; et presque habituellement cette tête pose sur le caractère symbolique exprimant l'idée or et splendeur; ce qui rappelle involontairement l'idée de la χρυσῆς Ἀφροδίτης (_Veneris aureæ_) d'Homère.
[266] Voyez la planche nº 18.
[267] Voyez l'explication de la planche 17.
[268] Description de l'Égypte, A., vol. II, pl. 34, numéros 7 et 8.
[269] Description de l'Égypte, A., vol. IV, pl. 11, numéros 1 et 2.
[270] Description de l'Égypte, A., vol. II, pl. 34; vol. IV, pl. 13, numéros 1 et 3; pl. 15, pl. 17; pl. 22, nº 1; pl. 25, numéros 1 et 2, etc., etc.
SATÉ ou SATI.
(SATIS, L'HÉRA OU LA JUNON ÉGYPTIENNE.)
LES bas-reliefs sculptés sur les édifices religieux de l'Égypte nous offrent assez fréquemment la représentation d'une déesse caractérisée surtout par sa coiffure formée de la portion supérieure du _pschent_, flanquée de deux cornes. Cette divinité, dont le nom hiéroglyphique est formé de quatre caractères (voir pl. 19 (B)) répondant aux lettres coptes ⲥⲧⲏ, qui pouvaient se prononcer SATÉ ou SATI, est figurée sur un grand nombre de bas-reliefs, et presque toujours à la suite du dieu _Ammon-Chnouphis_, avec lequel Sati paraît s'être trouvée dans des rapports mythiques très-intimes.
Cet aperçu, déduit de la seule inspection des monuments, devient un point de fait démontré par une inscription grecque du temps de Ptolémée-Évergète II, gravée sur un autel découvert par M. Ruppel, à Sehhélé, île située entre Philæ et Éléphantine[271]. On y lit en effet que l'une des divinités locales, assimilée par les Grecs à leur _Héra_ (la Junon des Latins), porta, en langue égyptienne, le nom de ΣΑΤΙΣ, _Satis_, ou plutôt ΣΑΤΙ, _Sati_, en faisant abstraction de la finale grecque. Dans cette même inscription, _Héra-Satis_ ou _Junon-Satis_, est nommée, immédiatement après, _Ammon-Chnoubis_. D'autre part, une inscription latine a été copiée dans les carrières de Syène, par l'infatigable Belzoni[272], sur un autel dédié à JUPITER-CHNOUBIS et à JUNON-REINE, _protecteurs de ces montagnes_; il est donc certain que la divinité figurée sur notre planche nº 19, est la déesse SATI, la _Junon Égyptienne_, la compagne d'Ammon-Chnouphis, le Jupiter Égyptien.
Que _Sati_ ou _Saté_ fût dans les mythes sacrés de l'Égypte l'épouse de ce grand dieu, ou qu'elle en fût seulement une parèdre, c'est ce que les textes hiéroglyphiques connus jusqu'à ce jour ne nous ont point encore appris. Quoi qu'il en soit, elle partage les honneurs rendus à Ammon-Chnouphis, et nous citerons d'abord une belle stèle rapportée de Thèbes par lord Belmore[273], et un bas-relief sculpté sous le portique du grand temple de Philæ, et représentant Ptolémée-Évergète II offrant l'encens à _Chnouphis_ et à la déesse _Saté_, assise à côté du dieu[274]. Dans un temple beaucoup plus ancien, celui du dieu Chnouphis, à Éléphantine, monument du règne d'Aménophis II, de la dix-huitième dynastie, on voit _Saté_[275] qui présente elle-même le Pharaon à Ammon-Chnouphis; plus loin la déesse reçoit, à la suite du même dieu, les offrandes du monarque[276].
Le culte de _Saté_ exista donc en Égypte du temps des Grecs, comme sous les rois de race égyptienne: c'était une des plus anciennes divinités du pays.
L'image de cette déesse (pl. 19) est extraite de la _Description de l'Egypte_[277]. Les chairs sont peintes en rouge, contre l'habitude des Égyptiens, qui n'attribuent ordinairement cette couleur qu'aux divinités mâles. Mais la stèle coloriée de lord Belmore donne aux chairs de la déesse cette même teinte rouge, et cette concordance prouve, dans cette occasion, en faveur de l'exactitude du dessin publié dans la _Description de l'Egypte_. _Saté_ tient dans ses mains l'emblème de la _vie_, et le sceptre terminé par une _fleur de lotus_, commun à toutes les déesses. Les ailes de vautour que les Égyptiens attribuèrent aux _déesses mères_[278] du premier, du second et du troisième ordre, sont reployées et enveloppent sous leurs replis les cuisses et les jambes de _Saté_.
[271] _Recherches pour servir à l'histoire de l'Egypte_, etc., par M. LETRONNE, pages 341 et 480.
[272] _Idem_, page 361.
[273] Ce monument colorié représente huit magistrats qualifiés d'_auditeurs dans le prétoire de justice_, adressant leurs supplications à quatre divinités, _Phtha_, _Chnouphis-Chnoumis_, _Saté_ et _Anouké_.
[274] _Description de l'Egypte_, Antiquités, vol. I, pl. 16, nº 1.
[275] _Idem_, pl. 37, nº 2.
[276] _Idem_, pl. 37, nº 1.
[277] _Idem_, pl. 16, nº 1.
[278] Voir l'explication de notre planche 6.5.
SATE OU SATI.
(SATÈS, SATIS, L'HÉRA OU JUNON ÉGYPTIENNE.)
LE nom égyptien de cette déesse est écrit de deux manières différentes dans les textes hiéroglyphiques. L'orthographe que présente la planche 19 est la moins fréquente. Ce nom, formé des trois éléments phonétiques ⲥⲧⲏ ou ⲥⲧⲉ, est suivi de l'_uræus_ ou aspic, déterminatif habituel des noms propres de déesses, et le titre ⲧⲛⲉⲃⲡⲉ ou ⲧⲛⲉⲃ ⲛⲧⲡⲉ, _dame du ciel_, complète la légende.
Ce nom, que l'on retrouve aussi sur les grands monuments de l'Égypte, est extrait d'un bas-relief découvert à Thèbes par le comte de Belmore. Cette pièce de sculpture offre un grand intérêt par le rang et la réunion des personnages qui y sont figurés. On y distingue deux scènes principales: celle de gauche représente le cinquième roi de la XVIIIe dynastie, le Pharaon Thouthmosis IIIe (Mœris), la tête ornée du casque royal, faisant l'offrande d'une image de la Vérité et de la Justice, 1º au dieu AMON-RA à tête humaine[279], qualifié de _seigneur des trois zones du monde_, et _de résidant au milieu des régions de Oph_ (Thèbes et son nome); 2º à THERMOUTHIS, ou la _grande mère_ (Néith)[280], _dame de la région d'Ascherro_; 3º au dieu KHONS ou HHONSOU[281], _seigneur du ciel_; 4º à la déesse HATHÔR[282], la Vénus égyptienne, assise à côté du dieu _Khons_, et le tenant dans ses bras. La partie droite de la stèle présente un nombre égal de personnages disposés d'une manière analogue; mais c'est ici l'un des ancêtres du roi Mœris, le Pharaon _Aménôthph_ (Aménophis), le chef de la XVIIIe dynastie, qui, la tête ceinte du diadême et décorée de l'uræus des rois, fait l'offrande du vin au dieu suprême AMON-RA à tête de bélier[283], _seigneur de l'Oph méridionale_, et au dieu CHNOUPHIS[284], à côté duquel est assise la Junon égyptienne SATÉ[285]; immédiatement après vient la déesse _Anouké_[286], qui, comme _Saté_, fut aussi, en effet, une des divinités parèdres de _Chnouphis_, d'après l'inscription grecque des cataractes. L'intention bien évidente du sculpteur a été d'établir, entre ces deux séries de personnages, une sorte de parallélisme fondé sur l'identité de rang et les rapports de fonctions entre ces êtres divins. Ainsi les deux séries s'ouvrent par les deux principales formes d'_Amon-Ra_, le père des dieux: sa première émanation, _Chnoubis_, correspond au dieu _Khons_, qui est également qualifié de _premier-né d'Amon-Ra_, dans les textes hiéroglyphiques[287]; _Thermouthis_, la compagne d'Amon-Ra, ou la mère des dieux, a pour correspondant la déesse SATÉ, la _Juno-Regina_ des Égyptiens; enfin la déesse _Hathôr_ a pour pendant la déesse _Anouké_. Il n'est point douteux (et de nouveaux faits viendront le démontrer dans la suite de cet ouvrage) que ces deux séries de divinités sont identiques, c'est-à-dire, que le tableau entier se rapporte seulement à quatre divinités, présentées chacune sous deux points de vue divers et sous deux attributions différentes. La déesse SATÉ ne doit donc être considérée que comme l'une des formes de _Thermouthis_ ou _Néith_, ce qui justifie pleinement l'assimilation que les Grecs firent de la _Saté_ égyptienne avec leur _Héra_ et leur _Junon_, épouse et compagne de _Zeus_ ou _Jupiter_.