Panthéon égyptien

Part 11

Chapter 113,629 wordsPublic domain

On donne, dans la planche 19.2, une nouvelle image[288] de _Saté_: sa coiffure est peinte en blanc, ses chairs sont jaunes, et une tunique verte remplace les ailes du vautour (pl. 19). Le nom hiéroglyphique diffère aussi, quant à la forme de ses éléments, du nom gravé sur la planche précédente; le premier signe est composé d'une _flèche_ croisée sur un _javelot_ ou _trait_, armé d'un fer en forme de carreau; or, dans la langue égyptienne, la _flèche_, les armes à _trait_ de tout genre, portent le nom de ⲥⲁϯ, _Sati_, ou ⲥⲁⲧⲉ, _Saté_[289]. On pourrait donc regarder ce nom comme formé d'abord d'un caractère _figuratif_; mais la présence des caractères phonétiques ⲧ et ⲉ à la suite du premier caractère, prouve que ce signe ne compte ici que pour le ⲥ seul, d'après le principe de l'écriture phonétique égyptienne, qui représente une lettre quelconque par l'image d'un objet dont le nom, en langue parlée, a cette même lettre pour initiale.

Le nom égyptien de la déesse ⲥⲁⲧⲉ, _Saté_, ou ⲥⲁϯ, _Sati_, dérive de la racine ⲥⲱⲧ ou ⲥⲁⲧ, _projicere_, _spargere_, jeter, lancer, _répandre_; et nous ajouterons que le mot _Sati_ ou _Saté_, nom divin, pl. 19.2, 1 et 2, étant privé des caractères d'espèce, _uræus_ et _femme_, qui en font un nom propre de déesse, exprime, dans les textes hiéroglyphiques, l'idée _rayon_ (radius), lorsqu'il s'agit du soleil ou de la lumière; les flèches d'Apollon-Soleil trouvent donc aussi leur origine dans les monuments de la vieille Égypte, comme tant d'autres emblèmes des divinités grecques.

[279] Voir notre planche 1.

[280] Voir notre planche 6.

[281] Voir notre planche 14.4

[282] Voir notre planche 17.3.

[283] Voir notre planche 2.

[284] Voir notre planche 3.

[285] Voir notre planche 19.2, sujet de cet article.

[286] Voir notre planche 20.

[287] Musée royal du Louvre, salle des Dieux, statuette en bronze, numérotée A, 137.

[288] Extraite d'un monument du Musée royal de Turin, décrit dans l'explication de la planche nº 20.3.

[289] ⲥⲁⲧⲉ ou ⲥⲁϯ, _Mucro_, _Cuspis_, _Telum_, _Sagitta_. Voir le Dictionnaire de Lacroze, et la _Scala magna_, page 116.

ANOUKÉ ou ANOUKI.

(ANUCIS, ANUCÈS, ISTIA, ESTIA, VESTA.)

LES savants qui jusques ici se sont occupés de la mythologie des Égyptiens, ont cru que ce peuple ne connut jamais de divinité dont les fonctions eussent quelque analogie avec l'_Estia_ des Grecs, la _Vesta_ des Romains. Ils appuyaient leur opinion sur l'autorité d'Hérodote, qui a dit en effet que les noms de _Héra_ et d'_Istia_ furent inconnus aux Égyptiens[290]. Mais le père de l'histoire ne parle que des _noms_ seulement, sans prétendre, ni même insinuer, que les Égyptiens n'adorassent point de déesse dont les attributions eussent certains rapports avec celles de _Héra_ et d'_Istia_ de l'Olympe grec.

L'existence, dans l'ancienne religion égyptienne, d'une déesse que les Grecs postérieurs à Hérodote assimilèrent, à tort ou à raison, à leur _Estia_, est d'abord prouvée par le témoignage formel de Diodore de Sicile[291], qui nomme _Estia_ parmi les divinités de l'Égypte.

L'importante inscription grecque découverte aux cataractes lève d'ailleurs toute incertitude à cet égard; car ce texte curieux nous apprend non-seulement que la déesse _Estia_ était adorée dans le temple égyptien de l'île sainte de Sétès, mais il nous fait encore connaître le nom égyptien de cette déesse: la dédicace porte en effet ΑΝΟΥΚΕΙ ΤΗΙ ΚΑΙ ΕΣΤΙΑΙ, A ANOUKIS _qui est aussi_ ESTIA. Cette précieuse synonymie a suffi pour nous conduire à distinguer, sur les monuments d'ancien style égyptien, les images de la déesse _Anouké_ ou _Anouki_, personnage mythique dans lequel les Grecs du temps d'Evergète IIe croyaient retrouver _Estia_, l'une de leurs divinités nationales.

Dans l'inscription des cataractes, _Anouké_ est immédiatement nommée après _Ammon-Chnouphis_ et après _Saté_, le Jupiter et la Junon des Égyptiens; Osiris, Cronos, Hermès, ne sont mentionnés qu'après elle, et cela seul prouve le haut rang d'_Anouké_ dans le Panthéon égyptien.

Ce rang distingué est démontré par les monuments originaux: deux bas-reliefs déja cités, rapportés de Thèbes par le comte de Belmore, et qui offrent la représentation des divinités de la famille d'Amon-Ra, nous montrent, conformément à l'inscription des cataractes, et _dans le_ _même ordre_, le dieu CHNOUPHIS, la déesse SATÉ et la déesse ANOUKÉ[292].

Cette dernière est reconnaissable à son nom d'abord, et en second lieu à son costume particulier.

Son nom hiéroglyphique, composé de trois caractères phonétiques[293] le _bras étendu_ ⲁ, la _ligne brisée_ ⲛ, et le _segment de cercle_ ⲕ, se lit ⲁⲛⲕ (_Anouké_, _Anouki_), et il est suivi de la marque du genre féminin ⲧ, et de l'_Uræus_, signe déterminatif des noms propres de déesses. La planche 20 porte un second nom symbolique, ou plutôt un _titre_ de la déesse, encore inconnu.

La même planche nous montre ANOUKÉ[294] sous la figure d'une femme assise sur un trône; sa coiffure, ceinte d'un diadème auquel est attaché l'Uræus, insigne du pouvoir souverain, est surmontée de plumes ou feuilles de couleurs variées, que l'on pourrait prendre pour une fleur de lotus épanouie et engagée dans la coiffure, si sur d'autres monuments ces feuilles ou plumes n'étaient plus allongées, plus nombreuses, et n'affectaient la forme du beau chapiteau égyptien, composé de _feuilles de palmier_[295].

L'image de cette déesse n'est point rare sur les grands édifices de l'Égypte: nous citerons particulièrement deux grands tableaux sculptés dans le temple d'_Ammon-Cnouphis_ à Éléphantine, construction du règne du Pharaon Aménophis, huitième roi de la dix-huitième dynastie, qui régna vers l'an 1687 avant Jésus-Christ, comme une preuve de l'antique existence du culte d'_Anouké_ avant la venue des Grecs en Égypte. Dans l'un de ces tableaux, _Anouké_ est encore à la suite d'_Ammon Cnouphis_ et de _Saté_[296]; dans l'autre, le Pharaon Aménophis fait hommage d'une corbeille de fleurs à la déesse, qui, plus loin, accueille ce monarque, lève sur lui l'une de ses mains en signe de protection, et lui présente de l'autre l'emblème de la vie et le signe des panégyries ou des périodes d'années, comme pour lui promettre un règne long et heureux[297].

[290] Livre II, § 50.

[291] Livre I, § 13.

[292] Ces monuments sont une _stèle_ et un _bas-relief_ déja décrits dans l'explication de nos planches 19 et 19.2.

[293] Voir ce nom noté A dans notre pl. 19, où il a été mis par erreur, et pl. 20.3.

[294] Tirée de la stèle du comte de Belmore.

[295] _Description de l'Egypte_, _Esné_ et _Edfou_, A, vol. I.

[296] _Idem_, A, vol. I, pl. 37, nº 1.

[297] _Idem, ibidem_.

TPE, TPHÉ, ou TIPHÉ.

(URANIE, LA DÉESSE CIEL.)

LES grands monuments de la Thébaïde nous offrent de nombreuses représentations de l'Uranie égyptienne; et ces sculptures de très-grande proportion ne permettent point de méconnaître, dans la position habituelle du corps de cet être mythique, _le Ciel_ même personnifié; la Déesse, toujours reconnaissable à sa coiffure particulière, formée de plumes ou de feuilles, est figurée sous la forme d'une femme dont le corps, placé horizontalement et allongé hors de toute proportion, embrasse un très-grand espace, circonscrit par les bras et les jambes qui retombent perpendiculairement.

Les deux côtés du Zodiaque d'Esné[298] sont cernés par deux de ces images symboliques de _Tpé_ (le ciel); elle environne les signes astronomiques sculptés au plafond d'Hermonthis[299]. Un des bas-reliefs qui ornent le plafond du portique du grand temple, à Philæ, contient deux images de _Tpé_, superposées et inscrites l'une dans l'autre[300]. Un des plafonds du petit appartement qui renfermait le Zodiaque circulaire de Dendéra, présente trois figures de _Tpé_, pareillement inscrites les unes dans les autres; les Égyptiens exprimèrent ainsi, symboliquement, les différents _cieux_, les diverses régions célestes admises par leur cosmogonie. Enfin, les Signes, les Constellations et les Décans, figurés sur les deux parties du Zodiaque rectangulaire de Dendéra, sont encore compris entre les bras et les jambes de _Tpé_, qui porte ici la coiffure ordinaire des femmes; mais vers les mains et les pieds de ces images de la Déesse, est sculpté le signe hiéroglyphique (pl. 20.4, nº 1) qui, partout exprimant l'idée _Ciel_ (_Tpé_), est ici le nom même de la Déesse.

Ce signe de l'idée _Ciel_ est très-fréquemment employé dans tous les textes en écriture sacrée; il est constamment peint en _bleu_, couleur de la voûte céleste (pl. 20.4, numéros 1 et 2), et se montre même souvent _parsemé d'étoiles_ (numéros 3 et 4); c'est un signe figuratif: les Égyptiens comparaient le ciel au _plafond_ d'un édifice, et ceux de la plupart des temples sont en effet peints en bleu et parsemés d'étoiles. Il est à remarquer aussi que le corps de la déesse _Tpé_ (le Ciel personnifié), tel qu'on l'observe dans les sculptures astronomiques, est disposé de manière à rappeler la forme générale de cet hiéroglyphe; l'imitation est plus visible encore à l'égard du signe _hiératique_ de l'idée _Ciel_ (pl. 20.4, nº 5).

Des monuments beaucoup plus anciens que ceux que nous venons de citer, nous offrent _Tpé_ sous la forme nº III. Cette Déesse embrasse les tableaux astronomiques sculptés au plafond de l'un des tombeaux des anciens rois à Thèbes; la Déesse est nue; le corps entier est de couleur _bleue_; cinq disques sont dispersés sur son torse: ce sont cinq _Planètes_; un sixième disque (_la Lune_), est placé vers la bouche, et un Scarabée tenant un septième disque (_le Soleil_), est figuré vers les parties sexuelles. Le Ciel, ou plutôt _Tpé_ (_la Ciel_, comme disaient les Égyptiens), était une essence spécialement femelle, et qui ne produisait que par la force génératrice du Soleil, dont l'essence mâle est exprimée par le Scarabée.

Les images de l'_Uranie_ égyptienne, à Philæ et à Hermonthis, portent aussi l'indication des _Planètes_; sur un bas-relief de Dendéra, dessiné par M. le baron Denon[301], _sept_ zones comprises entre les pieds et les bras de la Déesse, renferment des _disques placés sur des barques_, emblêmes connus des astres qui ont un mouvement régulier et visible.

[298] Description de l'Égypte, Antiq. vol. I, pl. 79.

[299] _Idem_, vol. I, pl. 96, nº 2.

[300] _Idem_, pl. X, nº 1.

[301] Voyage dans la haute et la basse Égypte, pl. 129, nº 4.

ANOUKÉ ou ANOUKI.

(ANUCÈS, ANUCIS, ISTIA, ESTIA, VESTA.)

ON trouve aussi, sur les grands édifices construits par les Égyptiens sous la domination des Grecs et des Romains, la représentation de la déesse _Anouké_. On la voit sur l'une des faces latérales du portique d'Esné[302], assise toujours à la suite d'_Ammon-Chnouphis_, le dieu éponyme du temple, et recevant les offrandes d'un empereur romain dont la légende n'a point été copiée. A Déboud, en Nubie, on a figuré _Anouké_ tenant dans ses mains le sceptre à fleur de _lotus_ et le signe de la _vie_ divine[303]. Enfin un bas-relief de Dendéra, dessiné par l'aimable et ingénieux baron Denon qui, le premier, fit bien connaître à l'Europe savante les merveilles de la Thébaïde, offre aussi une image de cette déesse tenant le signe de la _vie_[304].

Mais le monument le plus curieux du culte d'_Anouké_, que l'on puisse citer jusqu'à ce jour, est, sans contredit, un petit temple en bois sculpté et peint, faisant partie du Musée royal égyptien de Turin. Cet édifice, placé sur un traîneau, est précédé d'un petit portique soutenu par deux colonnes dont les chapiteaux portent une double tête de femme, celle même de la déesse _Anouké_, qui se distingue de la tête d'_Hathôr_, employée également dans les décorations architecturales, par des oreilles humaines, au lieu d'oreilles de vache. Sur le fût des deux colonnes on a gravé deux inscriptions hiéroglyphiques; celle de droite contient une invocation au dieu CHNOUMIS ou _Chnouphis, seigneur du ciel, gardien de la contrée orientale, seigneur aux mille noms_ (polyonymos), _modérateur du monde_, etc., _pour qu'il accorde tous les biens purs_ à un _auditeur de justice_, dont le nom n'est pas conservé. La légende de gauche est une prière adressée à la _déesse Anouké_, qualifiée de _dame de la contrée orientale, dame du ciel, rectrice de tous les dieux, œil du soleil_, etc.

Ce naos ou petite chapelle, de la forme d'un carré long, était évidemment dédié à la Vesta égyptienne, _Anouké_, puisque quatre inscriptions, dont deux sont composées chacune de quatre colonnes de caractères, et deux d'une seule colonne verticale, ont été gravées sur les deux montants et sur les battants de la porte, encore parfaitement conservés, et que ces légendes ne contiennent toutes que le nom et les titres de la déesse _Anouké_, déja inscrits sur l'une des colonnes du portique: c'est ce que démontre encore mieux la description des scènes sculptées et peintes sur deux des faces extérieures de cette petite chapelle.

On remarque sur la face latérale gauche le dieu _Chnouphis_ et les déesses _Saté_ et _Anouké_, assis sur des trônes, recevant les adorations d'un _auditeur de justice_ nommé _Kasi_, lequel est accompagné de son père, de sa mère et de quatre de ses frères ou sœurs, comme l'indiquent des légendes particulières: ces personnages portent en main diverses offrandes et des bouquets de lotus. Ce tableau offre donc en premier lieu la _Vesta égyptienne_, associée aux deux grandes divinités _Chnouphis_ et _Saté_, dont elle est, pour ainsi dire, inséparable, et auxquelles il est probable que les mythes sacrés attribuaient sa naissance; mais la face latérale droite de la chapelle nous montre _Anouké-Vesta_ adorée séparément et avec tous les caractères distinctifs de la divinité principale de ce petit édifice. Assise sur un trône[305], dans un naos dont la corniche est surmontée d'une rangée d'_uræus_, la déesse tient dans ses mains le sceptre et l'emblème de la vie; devant elle sont un autel, un vase à libation et une fleur de lotus. Le naos est porté sur une bari ou barque sacrée, à deux gouvernails décorés de têtes d'épervier, emblèmes de la Providence, et dont la poupe et la proue ont été ornées de deux têtes de _déesse mère_ avec des colliers. Vers la proue de la bari, décorée de l'œil droit, emblème _du soleil_, et en face d'_Anouké_, s'élève un riche bouquet de lotus; à côté sont placées d'autres offrandes. La bari sacrée est censée flotter sur le fleuve saint, duquel dérive un canal portant une autre barque thalamége, conduite par quatre rameurs; enfin, à la jonction du canal et du Nil, un personnage, probablement l'auditeur de justice _Kasi_, auquel appartenait la chapelle, égorge une victime sur un autel; un de ses frères épanche l'eau d'un grand vase placé sur une sellette; plus bas sont Kasi et toute sa famille, figurés en pied et de plus forte proportion.

Le seul fait que la déesse _Anouké_ est représentée assise dans un naos porté sur une _bari_ ou barque sacrée, suffirait d'ailleurs pour établir que cette petite chapelle lui était plus spécialement dédiée qu'aux autres divinités dont ce petit édifice en bois peint présente aussi les images.

[302] _Description de l'Egypte_, A, vol. I, pl. 47, le second tableau de la deuxième rangée.

[303] _Monuments de la Nubie_, par M. Gau, pl. 6; _idem_, pl. 13, nº. 9.

[304] Atlas du _Voyage dans la haute et basse Egypte_; Dendéra.

[305] Voir la planche 20.3.

TPÉ, TPHÉ, ou TIPHÉ.

(URANIE, LA DÉESSE CIEL.)

LE systême mythologique des Égyptiens, quoique comprenant un nombre fort considérable de personnages susceptibles, pour la plupart, de revêtir plusieurs formes très-différentes, fut si bien ordonné, et la classification des Dieux y est tellement fixe et invariable, que le petit nombre de monuments originaux renfermés dans les collections publiques et particulières, étudiés avec soin, suffit pour conduire à des résultats certains; et leur comparaison, faite sans préjugé systématique, mène à des distinctions successives, par lesquelles on reconnaît toutes les différentes formes, le rang, le degré d'importance et les fonctions de chaque divinité égyptienne. Ce qu'un monument présente de vague et d'obscur est pleinement éclairci par un autre. S'il pouvait, par exemple, rester quelques doutes sur l'expression emblématique de la Déesse figurée sur nos planches précédentes (20.2 et 20.3), ils seraient entièrement levés par un simple coup d'œil sur notre planche 20.4.

Cette curieuse représentation de la Déesse _Tpé_, ou le Ciel personnifié, existe parmi les peintures d'un beau manuscrit hiéroglyphique, rapporté d'Égypte par M. Thédenat, et acquis par le Cabinet du Roi.

Le corps de la Déesse est disposé comme dans tous les bas-reliefs astronomiques; mais il est, de plus, entièrement couvert d'étoiles; sa coiffure n'a rien de particulier, et sa face est peinte en jaune, couleur affectée aux femmes dans les peintures égyptiennes; la disposition générale du corps se rapproche bien mieux ici, que sur les bas-reliefs astronomiques, de cette forme sémi-circulaire que l'erreur de nos sens nous fait attribuer à ce que nous nommons la _voûte céleste_.

Deux barques symboliques parcourent le Ciel, figuré par le corps étoilé de la Déesse; l'une, placée sur les parties inférieures de ce corps, _monte_, en se dirigeant des pieds vers la tête, comme l'indique le sens dans lequel est tournée la face du personnage principal, assis dans la barque, ou _Bari_ sacrée. A sa tête d'_Epervier, surmontée du disque, ornée de l'Uræus_, on ne peut méconnaître ici le Dieu PHRÉ, _le Soleil_ personnifié[306], et placé sur la barque, emblême habituel du mouvement des astres. Cette grande Divinité, qui tient sur ses genoux le signe de la vie divine, est assistée par deux personnages mythiques, Divinités _Parèdres_, dont il sera question ailleurs.

_Phré_, (le Soleil), paraît une seconde fois, dans sa barque sacrée; mais à la partie opposée du Ciel: ici la barque _descend_, comme l'indique la direction de la proue, et la face du Dieu tournée vers le bas.

Il est de toute évidence que ces deux barques expriment, symboliquement, la course du Soleil dans la vaste étendue des cieux; l'une, celle qui monte, désigne le Soleil à l'orient, et versant dans l'espace, des torrents de lumière, indiquée par les points de couleur rouge qui environnent la barque et le Ciel; l'autre, celle qui descend, nous montre cet astre quittant l'horizon, à l'instant où la lumière disparaît entièrement. Il n'est point inutile de remarquer, enfin, que le disque du soleil levant est peint de couleur d'or, tandis qu'à l'occident il est d'un rouge foncé.

Dans le manuscrit original, cette image, si bien caractérisée, de la Déesse _Tpé_, le Ciel, ou l'Uranie égyptienne, enveloppe une scène symbolique, que nous ferons connaître lorsque nous traiterons des divers personnages qui la composent.

[306] Voyez l'explication de la planche nº 24.

SOVK, PETBE, PÉTENSÉTE.

(SUCHUS, CRONOS, SATURNE.)

PLUSIEURS mythographes, à l'exemple de Jablonski[307], ont avancé formellement que les Égyptiens n'adoraient aucune Divinité dont les attributions fussent analogues à celles du Dieu Grec _Cronos_, le _Saturne_ des Latins. Mais l'existence d'un tel personnage dans le culte Égyptien est attestée par les témoignages les plus respectables de l'antiquité classique.

La vieille chronique, fragment précieux qui nous a conservé, en langue Grecque, le systême chronologique de l'Égypte, nomme parmi les Dynastes divins qui régnèrent avant les hommes, le Dieu _Cronos_[308]; Manéthon, prêtre Égyptien, écrivant l'histoire de sa patrie, place également un Dieu, qu'il appelle Κρόνος, à la manière grecque, parmi les Dynastes, et immédiatement avant Osiris[309]; Diodore de Sicile donne aussi _Cronos_ pour une des principales Divinités de l'Égypte; il ajoute de plus que ce Dieu régna aussi dans cette contrée, et qu'ayant épousé la Déesse Rhéa, il fut, selon une certaine tradition, père d'Osiris et d'Isis[310]; cette dernière opinion est partagée par Plutarque[311]; enfin des médailles gréco-romaines des nomes de l'Égypte, offrent comme l'image d'une Divinité locale, celle du _Cronos_ des Grecs, le _Saturne_ des Latins, tenant sur sa main, selon la pratique employée dans la plupart de ces médailles de nomes, l'animal symbole vivant du Dieu Égyptien assimilé à la Divinité Grecque, et cet animal est un _crocodile_.

Une indication aussi précieuse a suffi pour nous faire retrouver la représentation du Saturne Égyptien dans les sculptures sacrées[312]; ce Dieu à tête de crocodile, et dont nous donnerons l'image et la description à la planche nº 22, porte un nom phonétique, qui se lit CBK ou CVK, _Sevk_, _Sovk_ ou _Sovg_, et ce nom a été connu des anciens Grecs[313]. On retrouve ce même nom divin à côté du personnage de forme toute humaine, reproduit sur notre planche nº 21. C'est là incontestablement la forme la plus simple du _Cronos_ Égyptien.

La coiffure du Dieu est surmontée de cornes de bouc souvent flanquées de deux uræus, comme celles de ce Dieu à tête de crocodile[314], parce qu'on supposait que cette Divinité avait régné sur l'Égypte. Dans l'ordre des Dynastes, _Sovk_ était le dernier des douze Dieux, c'est pour cela qu'on lui donnait, parmi les Égyptiens, l'épithète Νεώτατος θεὸς, _le plus jeune des Dieux_[315]. Les cornes supportent deux grandes plumes ou feuilles de couleurs variées, et un disque, à cause de la planète de Saturne.

Les sculptures des temples nous montrent _Sovk_ accueillant divers souverains de l'Égypte; ce Dieu donne le signe de la vie divine au Pharaon Aménophis II, dans un des bas-reliefs du temple de Chnouphis, à Éléphantine[316].

_Sovk_, comme toutes les Divinités Égyptiennes, reçut des noms et des surnoms différents. Il est appelé ΠΕΤΒΕ, _Petbé_, dans un manuscrit copte-thébain[317]; l'inscription Grecque des cataractes le surnomme ΠΕΤΕΝΣΗΤΗΣ, mot qui, transcrit en lettres coptes, ΠΕΤΗΕΝΣÈΤÉ, _Pethensété_, signifie, _celui qui réside dans Sété_; l'inscription établit en même temps que _Sété_ est le nom Égyptien de l'île où ce monument a été découvert par M. Rüppel.

[307] _Pantheon Ægyptorum_, lib. I, cap. I, pag. 140 et 141.

[308] Voyez Georg. le Syncelle chronograp. pag. 40.

[309] MANETHO apud Euseb. Chronic. pag. 7.

[310] Bibliothec. lib. I, pag. 12.

[311] De Iside et Osiride.

[312] Voyez l'explication de notre pl. XXII.

[313] Voyez l'explication de notre planche 22.

[314] _Idem._

[315] DIODORE de Sicile, Biblioth. liv. I, pag. 24.

[316] Description de l'Égypte Antiq. vol. I, pl. 36, nº 3.

[317] Catalog. MM. Coptic. Mus. Borg. pag. 457.

SOVK.

(SUCHUS, CRONOS, SATURNE.)

LE dieu _Sovk_, qui, dans la planche nº 21, est totalement de forme humaine, se montre ici avec la tête de l'animal qui lui était spécialement consacré; c'est celle d'un crocodile, amphibie redoutable, qui peuple le grand fleuve auquel l'Égypte doit sa prospérité, et presque son existence. Les médailles grecques de l'Égypte, prouvent, en effet, que le crocodile fut l'emblême du Cronos Égyptien; une médaille d'Antonin, frappée à Alexandrie, montre, à son revers, le dieu grec Cronos, la tête surmontée d'un disque, en sa qualité de planète, la harpè dans la main gauche, et un _crocodile_ sur la main droite. C'est ainsi que sur les médailles grecques des nomes d'Apollonopolis, de Thèbes, de Tentyra, d'Hermopolis, de Mendès, etc., les dieux Égyptiens répondant à Apollon, Zeus, Aphrodite, Hermès et Pan, se montrent au revers de ces médailles, costumés à la grecque, mais tenant aussi sur leurs mains un épervier mithré, un bélier, un épervier, un ibis et un bouc, animaux que les Égyptiens avaient consacrés à ces divinités, qui, presque toutes, en empruntent la tête sur les monuments du premier style.