Panthéon égyptien

Part 6

Chapter 63,406 wordsPublic domain

LE Dieu _Phtah_ se montre ici sous un point de vue essentiellement différent des deux formes que nous avons décrites sous les numéros 10 et 11. Cette peinture existe sur le cercueil d'une très-belle momie rapportée d'Égypte par M. Thédenat-Duvent fils, et acquise par M. le comte de Pourtalès-Gorgier.

La coiffure du Dieu, quoique moins riche de couleurs, ne diffère point, au fond, de celle que porte ce même personnage sur la planche 10; sa tête est aussi celle d'un _épervier_, et ses chairs sont vertes, teinte habituelle de la carnation de _Phtah_ sous toutes ses formes. Sa courte tunique, soutenue par deux bretelles, est fixée par une ceinture qui retombe jusque vers les pieds. La légende hiéroglyphique (nº 1) et l'hiératique nº 2, se lisent PTH ou PTH SKRI NOUTE. _Le Dieu Phtah-Sokari._

Cette divinité soutient, de sa main gauche, une sorte de segment de sphère, surmonté de la coiffure ornée d'une espèce de _Lituus_. Dans une autre partie du cercueil de la même momie, _Phtah-Sokari_ porte également le segment de sphère, mais surmonté d'une coiffure différente; ces deux groupes sont symboliques, et nous avons déja dit que le segment de sphère exprimait l'idée _seigneur_ (NÉB), que _la coiffure ornée du Lituus_ indiquait _les choses_ ou _les régions inférieures_ et la _coiffure allongée_, sorte de cydaris, les _régions supérieures_. Ces deux coiffures, réunies et emboîtées l'une dans l'autre, ainsi qu'on peut les voir disposées sur la tête de la déesse Nèith (pl. nº 6), formaient la coiffure appelée _pschent_ que portent les grandes divinités, et qui exprime symboliquement _la domination sur la région supérieure et la région inférieure_. Phtah tenant successivement dans sa main ces deux coiffures emblématiques, est donc ainsi figuré comme dominateur de ces régions du monde.

Ce Dieu occupait en effet un des premiers rangs parmi les intelligences célestes, et fut aussi l'arbitre et le protecteur spécial de la _royauté_ dans la région terrestre. Les Égyptiens inscrivirent son nom le premier dans la liste des Dieux qui ont gouverné le monde inférieur avant les rois de race humaine. Ceux-ci prenaient le titre d'_approuvé par Phtah_[139], et parmi leurs qualifications honorifiques on comptait celle de _chéri_ ou de _bien-aimé de Phtah_[140].

L'inauguration des Rois Lagides, comme celle des Pharaons dont les souverains Grecs de l'Égypte imitèrent le protocole entier, avait lieu dans la _ville de Phtah_, Memphis[141], et dans le principal temple de cette capitale, consacré au Dieu _Phtah_. Le jour même de leur intronisation, les Rois entraient dans ce temple, la tête ornée du _pschent_[142], pour y accomplir les cérémonies légales prescrites pour la prise de possession de la couronne[143].

Ainsi, les Rois Égyptiens semblaient recevoir de _Phtah_ la puissance suprême, dont les deux parties du _pschent_ étaient le symbole; aussi donnait-on, à ces princes comme au Dieu Phrê (le Soleil, fils de _Phtah_), le titre de _Roi de la région d'en haut et de la région d'en bas_[144].

Le décret gravé sur la stèle de Rosette, relatif à l'intronisation de Ptolémée-Épiphane, dispose formellement que le _pschent_ que portait ce prince, serait placé au-dessus d'une chapelle dorée, consacrée au Roi, au milieu de dix couronnes ornées d'aspics, avec cette inscription: _Ceci appartient au Roi qui a rendu illustre la région supérieure et la région inférieure_[145]. Ces derniers mots sont exprimés symboliquement, dans le texte hiéroglyphique de la même stèle, par la _coiffure allongée_ et la _coiffure ornée du Lituus_, placées sur le caractère _région_ ou _contrée_. Ce sont ces deux mêmes coiffures que le Dieu Phtah tient quelquefois dans ses mains.

[139] Inscript. de Rosette Démotique, ligne 2, grec, ligne 3.

[140] _Idem_, texte hiérogly. lig. 6, 12 et 14.

[141] _Idem_, texte hiérogly. lig. 9, grec, lig. 44.

[142] _Idem._ Dans le texte hiéroglyphique, le _pschent_ est exprimé par sa propre image (ligne 9), reproduite une seconde fois à la fin de la même ligne, là où le grec porte: προειρημένον βασίλειον, _la susdite couronne_.

[143] _Idem_, _ibidem_.

[144] _Idem_, texte démot. lig. 1 et 2, grec, lig. 2 et 3.

[145] _Idem_, texte hiérogly. lig. 10, démot. lig. 27, grec, lig. 46.

TRE, THRÉ, ou THORE.

(UNE DES FORMES DE PHTAH.)

LE livre d'Horapollon[146] nous apprend que _le Scarabée_ fut, dans l'écriture sacrée, un des symboles du Dieu _Phtah_, l'Hephaistus ou le Vulcain des Grecs et des Romains. Mais l'image de cet insecte est si multipliée dans les peintures des manuscrits et dans les sculptures des temples des palais et des monuments funéraires, que cette reproduction perpétuelle prouve à elle seule l'importance des personnages divins dont le Scarabée est l'emblême. Les anciens nous disent aussi qu'il fut consacré au _Soleil_; mais comme cet animal, pris symboliquement, exprimait une foule d'idées différentes[147], il a pu devenir, par cela même, le signe tropique de plusieurs divinités.

Notre planche 12 présente l'image d'un Dieu égyptien très-rarement figuré soit dans les bas-reliefs, soit dans les peintures religieuses; elle est copiée des précieux dessins que le courageux voyageur Belzoni a faits, à Thèbes, de toute la décoration du superbe tombeau royal qu'il y a lui-même découvert.

Dans le vestibule de la magnifique salle voûtée qui renfermait le sarcophage, sur la face de l'un des six piliers qui soutiennent le plafond, est un grand bas-relief représentant le Pharaon défunt, décoré de ses insignes royaux, et accueilli par la Divinité gravée sur notre planche. Le corps du Dieu est de forme humaine; ses chairs sont de couleur rouge, teinte que les Égyptiens se donnent toujours dans leurs peintures; une riche tunique, soutenue par une ceinture émaillée, le recouvre jusqu'à la hauteur des genoux; des bracelets ornent ses bras et ses poignets; mais la coiffure, au lieu de s'ajuster sur une face humaine, pose sur un _Scarabée noir_, qui remplace la tête du Dieu.

Le nom hiéroglyphique, qui d'ordinaire accompagne le personnage, consiste (légende, nº 1), dans le _scarabée_, la _bouche_, et la _feuille_ suivie du signe d'espèce _Dieu_. Ce nom est phonétique, et en appliquant aux caractères qui le composent les valeurs fixes de ces mêmes signes dans les noms propres hiéroglyphiques des Pharaons et des souverains grecs et romains, on obtient ΤΡΕ ou ΘΡΕ, que nous prononcerons en suppléant la voyelle médiale, omise comme à l'ordinaire, _Taré_, _Teré_, _Théré_ ou _Thoré_.

Quelles que fussent les voyelles et la signification de ce nom propre, les monuments nous apprennent que ce personnage n'était qu'une des modifications de _Phtah_, le premier né d'_Ammon-Cnouphis_, l'agent qui sortit avec la substance du monde de la bouche du Démiurge. L'identité de _Phtah_ et de _Thoré_ est prouvée par les légendes hiéroglyphiques de Ptolémée-Épiphane; le titre de ce prince, exprimé dans le texte grec de l'inscription de Rosette, par les mots: Ὃν ὁ Ἥφαιστος ἐδοκίμαζεν, est rendu dans les légendes hiéroglyphiques de ce Roi Lagide, par les mots: APPROUVÉ PAR PHTAH OU PAR PHTAH THORÉ (lég. nº 2) indifféremment[148]. D'où il est aisé de voir que _Thoré_ n'est qu'un simple surnom de Phtah, comme _Socari_.

Le Scarabée qui forme la tête de _Phtah-Thoré_, était un emblême parfaitement en rapport avec l'idée que les Égyptiens avaient du Dieu _Phtah_; selon Horapollon, cet insecte était l'emblême spécial de la _Génération_ ou de la _Création_ (Γένεσις)[149]. Et c'est en effet par l'action de _Phtah_ que le Monde avait été créé, selon la doctrine égyptienne.

[146] Livre I, §. 13.

[147] _Idem_, §. 10.

[148] Dans des légendes royales d'Épiphane, dessinées à Philæ et à Thèbes, par M. Huyot; et à Dendérah, par la commission d'Égypte.

[149] HORAPOLLON, liv. I, nº 10.

TORÉ, THORE, ou THO.

(UNE DES FORMES DE PHTHA.)

LES monuments nous montrent Phtha créateur, sous un nouvel aspect qui conserve, toutefois, le caractère distinctif des attributions de ce personnage mythique. Son corps est ici de forme humaine; il est assis, mais la tête est remplacée par un _scarabée les ailes étendues_, tandis que dans la planche précédente (nº 12) les ailes de l'insecte sont complètement repliées sous leurs élytres. Le Dieu, placé dans une châsse ou chapelle, semblable aux petits temples monolithes qui, au fond des sanctuaires de l'Égypte, renfermaient les images symboliques des Dieux, est porté sur une barque dont les extrémités recourbées sont ornées d'une fleur de _lotus_ épanouie. Vers la proue, est un autel sur lequel pose un gâteau sacré, surmonté aussi d'une belle fleur de lotus: vers la poupe est une rame terminée par une tête d'épervier.

Divers auteurs anciens, et Iamblique entre autres, nous font connaître les motifs pour lesquels les Égyptiens représentèrent _assises sur des barques_ la plupart de leurs grandes Divinités. On les figurait _assises_, parce que l'intelligence divine s'étend et agit sur l'univers, et ne repose entièrement qu'en elle-même; on les plaçait sur des barques, que ces Divinités semblent diriger, pour exprimer que la providence des Dieux gouverne le monde[150].

Le lotus qui décore la barque et surmonte l'autel, exprime énigmatiquement, d'après le même auteur, la supériorité de l'intelligence divine par rapport à la matière[151]; et cela, sans doute, parce que la fleur du lotus, portée sur une longue tige, s'élève au-dessus des eaux et du limon qui couvre le lit du fleuve, à la surface duquel cette belle fleur s'épanouit.

La légende qui accompagne cette Divinité est habituellement le nº 2 de notre planche, qui se lit TRÉ NOUTE, _le Dieu Thoré_. Son image est reproduite dans les grands manuscrits funéraires hiéroglyphiques et hiératiques; et, entre autres, dans le grand papyrus du cabinet du Roi[152]. Le texte, placé au-dessous de la représentation du Dieu, contient aussi le nom hiéroglyphique précité, à l'exception de la voyelle finale[153].

Vers le commencement du même manuscrit, cette Divinité paraît encore, assise sur une barque[154], mais _sa tête est celle d'un homme, surmontée d'un scarabée_ dont les ailes sont repliées. Dans le texte qui se rapporte à cette scène, le Dieu est simplement appelé TE ou TO-NOUTE, _le Dieu Tho_ (nº 3). Si cette orthographe n'est point une simple abréviation du nom _Thoré_ (nº 2), on pourrait reconnaître ici _l'Univers_ personnifié, _le Monde_, désigné, en langue Égyptienne, par le mot TO. Horapollon nous dit aussi que le _scarabée_ fut également le symbole du monde, Κόσμος[155], qui n'était, selon la doctrine Égyptienne, qu'une production du Dieu _Phtah_.

Quoi qu'il en puisse être, ce Dieu porte, soit avec le nom de _Tho_[156], soit avec le nom de _Thoré_[157], la qualification de _père des Dieux_ (lég. nº 1), titre qui appartient en effet à l'Héphaistus Égyptien, le Dieu _Phtah_, comme le prouve l'obélisque, traduit en grec par Hermapion, monument qui donne au Pharaon Ramessès le titre de _préféré par Héphaistus_ (Phtah) LE PÈRE DES DIEUX: Ὅν καὶ Ἥφαιστος ὁ τῶν θεῶν πατὴρ προέκρινεν[158].

La légende nº 4 est la transcription hiératique du nom hiéroglyphique nº 3.

[150] IAMBLICH., _de Mysteriis_, sect. VII, cap. 2.

[151] _Idem._

[152] Voyez la Description de l'Égypte, Antiq. vol. II, pl. 73 et 75.

[153] _Idem_, pl. 75, col. 36, 56 et 59.

[154] _Idem_, pl. 75, entre les colonnes 132 et 133.

[155] Hiéroglyphiq., liv. I, §. 10.

[156] Descript. de l'Égypte, Ant. vol. II, pl. 75, col. 135.

[157] _Idem_, col. 127 et 128.

[158] AMMIEN MARCELIN, liv. XVII, ch. 4.

POOH, PIIOH, IOH.

LUNUS, LE DIEU LUNE, SELENE.

LA plupart des auteurs grecs ou latins, et, à leur exemple, les savants modernes qui ont écrit sur la religion égyptienne, affirment, par cela seul que la Lune était _une Déesse_ dans la Mythologie grecque et romaine, qu'il en était de même chez les anciens Égyptiens; Jablonski, surtout, a prétendu prouver l'identité d'Isis et de la _Lune_, et établir que l'épouse d'Osiris n'était autre chose que la _Lune_ personnifiée[159]: cette opinion, quoique contraire à une foule de témoignages de l'antiquité, quoique frappée de nullité par l'autorité positive des monuments, a prévalu toutefois, et on la trouve reproduite dans la plus grande partie des ouvrages publiés, de notre temps, sur le culte national de l'Égypte.

Mais selon la doctrine véritablement égyptienne, la Lune était un _dieu_, une _essence mâle_, et, par conséquent, une divinité forcément distincte d'Isis et de toute autre essence femelle. L'auteur, quel qu'il soit, du traité _d'Isis et d'Osiris_, avance, à la vérité, que les Égyptiens regardaient la _lune_ comme étant à la fois _mâle et femelle_ (Ἀρσενόθηλυν); mais Spartianus dit plus clairement encore que, dans la croyance religieuse des Égyptiens, la _lune_ était un DIEU[160], ce qu'affirme formellement _Ammonius_ en assurant que le nom de la _lune_ en égyptien était un _nom du genre masculin_[161]. Jablonsky n'a tenu aucun compte de ces trois passages qu'il cite cependant en entier dans son Panthéon[162], parce qu'ils contrariaient trop directement son système, qui est de ne voir dans tous les personnages mythiques de l'Égypte, que des personnifications du soleil, de la lune et des autres corps célestes.

Au défaut même des témoignages que nous venons d'invoquer, il resterait encore démontré par le mot seul qui, dans la langue égyptienne, exprimait l'idée _lune_, que cet astre était considéré comme un _dieu_ et non comme une _déesse_; OOH (_la lune_) en dialecte thébain, et IOH en dialecte memphitique, sont des mots masculins et que précède constamment l'article masculin P ou PI, dans tous les textes coptes, c'est-à-dire, les textes en langue égyptienne écrits avec des lettres grecques. Ainsi dans la religion de l'Égypte, comme dans les mythes hindoux, la lune était une divinité mâle. Il a été facile, avec ce document, de reconnaître dans les bas-reliefs et les peintures égyptiennes, les images du dieu Pooh ou Piioh.

On a vu dans la description, tout-à-fait conforme aux monuments, qu'Étienne de Byzance donne de la statue de _Pan_ ou de _Mendès_ (_Ammon générateur_), que le fouet placé dans la main de ce dieu est destiné à stimuler _la lune_; et l'on trouve très-fréquemment en effet, à la suite d'_Ammon_, un personnage qu'il serait facile de confondre avec _Phtah_, mais qui en diffère par des attributs tellement caractérisés qu'on ne peut méconnaître le dieu _Pooh_, le _Lunus_ ou le _dieu-lune_ des Égyptiens.

Ce personnage mythique, figuré sur notre planche 14, diffère d'abord de _Phtah_ par sa coiffure, de l'un des côtés de laquelle s'échappe un appendice que l'on a considéré, sans aucune certitude toutefois, comme une _mèche de cheveux bouclée ou tressée_. En second lieu, le dieu _Pooh_ se distingue essentiellement de _Phtah_ par les insignes qui surmontent cette coiffure, et qui ne sont que des images de la lune dans ses différents états. Il porte soit le _disque entier_ ordinairement peint en couleur jaune[163], soit le même disque placé au-dessus du croissant également peint en jaune[164].

Ailleurs le _disque entier_ est combiné avec la dichotomie, c'est-à-dire avec l'image de ce même astre lorsque _sa moitié seulement_ est visible pour nous[165]. Le dieu _Pooh_, assis et la _tête surmontée du croissant_ seul, est figuré faisant face au dieu _Phrè_ (_le soleil_), sur un grand bas-relief sculpté à Thèbes dans les hypogées voisins du Memnonium[166]. Enfin, le _disque_ et le _sémi-disque lunaires_ combinés (_Voy._ notre pl. Nº 8) sont représentés faisant pendant au _disque du soleil orné de l'uræus_, dans les bas-reliefs symboliques sculptés sur la corniche des faces latérales du portique du grand temple à Dendera[167]; et nous lisons en effet dans les écrits des anciens, que le _symbole_ de la lune fut, chez les Égyptiens, la peinture de la _dichotomie_ combinée avec l'_Amphicyrte_ (_Voyez_ notre pl. numéros 6 et 7), c'est-à-dire l'image de la lune lorsqu'elle ne montre que la moitié de son disque, jointe à l'image de cet astre presque dans son plein[168].

[159] Panth. Ægypt. lib. III, cap. I.

[160] _Lunam Ægyptii mysticè_ DEUM _dicunt_.

[161] Καὶ γὰρ εἰ ἀρσενικῶς Αἰγύπτιοι τὴν Σελήνην ὀνομάζειν, etc.

[162] Panth. Ægypt. lib. I, III, §. 6, pag. 64.

[163] Descr. de l'Égypte. A. vol. II, pl. 13, Nº 1. _Voyez_ notre pl. 14, Nº 4.

[164] _Idem._ A. vol. III, pl. 32, Nº 4.--A. vol. III, pl. 67, Nº 2.--A. vol. I, pl. 43, Nº 19.--_Id._ pl. 95, Nº 8., en face d'_Ammon générateur_. _Voyez_ notre pl.

[165] _Voyez_ notre pl. 14, numéros 6 et 8; et Descr. de l'Égypt. A. vol. II, pl. 36, Nº 5.

[166] _Idem._ A. vol. II, pl. 35, Nº 3.

[167] _Idem._ A. vol. IV, pl. 22, Nº 1.

[168] Σελήνης δὲ σύμϐολον, τό, τε διχότομον καὶ ἀμφίκυρτον. Porphyrius apud Euseb. Præparat. Evangelic. lib. III, cap. 13, pag. 117, Edit. Viger.

POOH, PIIOH, IOH.

(LUNUS, LE DIEU-LUNE, SÉLÈNE).

LES formes de convention sous lesquelles les Égyptiens figuraient le dieu _Pooh_ dans leurs tableaux religieux ou symboliques, ne peuvent plus être incertaines d'après ce qu'on vient d'établir par l'autorité des monuments, dans l'explication de la planche précédente. Il nous resterait à connaître la manière dont on exprima le nom de ce dieu dans l'écriture sacrée. Malheureusement les dessinateurs de la commission d'Égypte, en copiant avec fidélité les différentes images de cette importante divinité, à laquelle toutefois on donne le nom d'_Harpocrate_ dans le texte de la _Description de l'Égypte_, ont négligé de copier aussi avec le même soin les légendes hiéroglyphiques placées à côté de ce personnage. Nous n'avons pu suppléer à cette omission en consultant les peintures des sarcophages et des enveloppes des momies, parce que le dieu _Pooh_ n'est jamais figuré, à notre connaissance du moins, sur les monuments funéraires de ce genre. Mais le dessin du zodiaque circulaire de Dendéra, donné dans ce magnifique ouvrage, nous a permis de remplir cette lacune: le nom hiéroglyphique du dieu _Pooh_ est tracé deux fois dans les légendes sacrées perpendiculaires[169], placées à côté de la grande figure de femme ayant les bras étendus, sculptée à la gauche du zodiaque, et qui représente la déesse _Tpé_, le ciel personnifié.

Le nom hiéroglyphique du dieu _Pooh_ ou _Piioh_ (la lune), (_Voyez_ notre pl. 14, Nº 1), est formé de deux caractères: 1º d'un croissant à-peu-près semblable à celui que nous plaçons dans nos almanachs pour exprimer le premier ou le dernier quartier, figure qui, d'après le témoignage de Clément d'Alexandrie, était le signe de l'idée _lune_ dans l'écriture sacrée égyptienne[170];

2º Du caractère symbolique _Dieu-mâle_, signe déterminatif d'espèce qui est le caractère final de tous les noms propres des dieux égyptiens. Ce groupe répond aux mots de la langue parlée POOH-NOUTÉ _le Dieu-lune_. Nous ajouterons aussi que le croissant renversé était, selon Horapollon[171], le signe de l'idée _mois_ (_Voyez_ notre pl. 14, Nº 3). Ce même caractère est en effet le signe initial de tous les groupes hiéroglyphiques, exprimant les noms propres des mois égyptiens. On trouve enfin, dans les inscriptions précitées du zodiaque circulaire de Dendéra, ce même croissant placé _les cornes en haut_ (Pl. 14, Nº 9). Il servait à noter _le commencement du mois_; comme sa position inverse, _le croissant les cornes en bas_, en exprimait _la fin_ et l'accomplissement[172].

La planche 14.2 contient une nouvelle image du _Dieu-lune_ accompagnée de symboles indiquant une circonstance particulière du cours de cet astre. Ce tableau emblématique est reproduit parmi les peintures des manuscrits funéraires, soit hiératiques, soit hiéroglyphiques, un peu complets[173].

_Pooh_, la tête surmontée du _disque entier_, peint tantôt en _jaune_, tantôt en _rouge_, ainsi que _du croissant_, se montre assis sur une _bari_ ou _barque_, symbole du mouvement de l'astre autour de la terre. Devant le dieu est un autel chargé d'un pain sacré et d'une fleur de lotus; derrière lui est le groupe hiéroglyphique exprimant l'idée d'_Adoration_, _de service ou d'honneur rendu aux dieux_ dans le texte sacré de l'inscription de Rosette[174]. Hors de la barque sont des _cynocéphales_ faisant face au dieu et élevant leurs bras vers le ciel. La posture de ces animaux indique sans aucun doute que le tableau entier représente emblématiquement _le lever de la lune_. Horapollon dit en effet que le _cynocéphale debout et les mains élevées vers le ciel_ exprime le _lever de la lune_[175], que cet animal semble ainsi féliciter et accueillir avec joie[176].

[169] Descr. de l'Égypte. A. vol. IV, pl. 21.

[170] Σελήνην γράψαι ϐουλόμενοι σχῆμα μηνοειδὲς ποιοῦσι, les Égyptiens _voulant écrire_ LA LUNE _tracent la figure_ D'UN CROISSANT. Stromat. liv. V, pag. 657. Édit. Potter.

[171] Hiéroglyphicor. lib. I, §. 4.

[172] _Idem. Ibidem._

[173] Voyez _Descript. de l'Egypte_. A. vol. II, pl. 7, au-dessus des colonnes 21 à 39.--_Id._ MSS. hiératique, pl. 70.

[174] Texte hiéroglyphique, ligne 7, au commencement. Ce groupe répond au mot Θεραπεύειν de la 40e ligne du texte grec.

[175] Horapollon. Hiéroglyph. lib. I, §. 15.

[176] _Idem. Ibidem._

POOH, PIIOH, IOH,

LE DIEU-LUNE, DIRECTEUR DES AMES.

L'ESPRIT des peuples les plus civilisés de l'ancien continent, éminemment porté vers les idées religieuses, s'efforça, soutenu par des méthodes plus ou moins perfectionnées, de rechercher la nature des choses; et non content d'étudier et de systématiser le monde physique, il voulut même pénétrer tous les secrets du monde intellectuel. L'Égypte proclama, la première, le dogme sublime de l'immortalité de l'ame[177]; mais à cette vérité, source pure de toute morale, et fondement nécessaire de l'ordre social, les premiers législateurs ne purent lier que de simples hypothèses lorsque, établissant un corps de doctrine religieuse, ils voulurent expliquer aux hommes l'origine, l'état présent et le sort futur de cette portion de vie et de raison qui nous anime et qui nous dirige.

Les Égyptiens pensaient que les ames de tous les êtres qui peuplent l'univers, n'étaient que des émanations directes de l'Ame par excellence, de l'Esprit éternel et incompréhensible qui créa, maintient et gouverne les mondes[178]. Ils croyaient aussi que, sujettes à diverses transmigrations, les ames devaient successivement passer, en expiation d'une faute primordiale, dans les corps d'êtres de différents ordres, avant de rentrer dans le sein de la grande Ame dont elles sont émanées. La croyance vulgaire voulait enfin que, dans l'intervalle d'une transmigration à une autre, les ames errassent pendant un certain temps, dégagées des liens corporels, dans cet espace du ciel compris entre la terre et _la Lune_[179], zone à laquelle le Dieu-Lune, _Pooh_, présidait spécialement.