Part 5
Que _Saté_ fut l'épouse d'_Amon-Cnouphis_, comme l'ont supposé les Grecs, en l'assimilant à Héra, épouse de Zeus, ou qu'elle fut simplement une Parèdre ou compagne assidue du Jupiter égyptien, c'est ce que nous ne sommes point encore en état de décider.
_Sati_, l'_Héra_ Égyptienne, présidait à l'_hémisphère inférieur du ciel_[120], comme Nèith à l'_hémisphère supérieur_; et, il est digne de remarque sans doute, que les déesses compagnes d'_Amon_ ou _Cnouphis_, le dieu suprême, soient celles qui, selon la croyance établie, occupaient et régissaient les deux grandes divisions de la sphère céleste.
La déesse _Sati_ paraît enfin avoir rempli certaines fonctions dans le monde inférieur, l'_Amenti_ ou enfer égyptien. Son image décore les portes des superbes tombeaux des Pharaons, dans la vallée de Biban-el-Molouk, à Thèbes. Sur quelques manuscrits funéraires, cette divinité, portant la légende _Sati, déesse_[121], ou bien, _Sati, fille du Soleil_[122], reçoit, à l'entrée du tribunal de l'_Amenti_, l'ame du défunt, que lui présente une seconde déesse, la tête également ornée d'une feuille, mais qu'il ne faut pas confondre avec _Sati_, dans la plupart des manuscrits où cette dernière déesse ne paraît point.
[117] Description de l'Égypte, Antiquités, vol. I, bas-relief du portique d'Esné.
[118] Voyez _Recherches pour servir à l'histoire de l'Egypte, etc._ par M. Letronne, pages 341 et 480.
[119] _Idem_, page 361.
[120] HORAPOLLON, liv. I, hierogl. 11.
[121] Grand manuscrit hiéroglyphique, gravé dans la Description de l'Égypte, Antiq., vol. II, pl. 72.
[122] Manuscrit hiératique, publié à Vienne, par MM. Fontana et de Hammer, 1822.
SATÉ,
PRÉSIDANT A LA RÉGION INFÉRIEURE, (_LA JUNON EGYPTIENNE_).
LA divinité à laquelle nous donnons le nom de _Saté_, nom que les diverses attributions de la déesse confirment déja, paraît avoir rempli une foule d'emplois dans l'organisation du monde mythique tel que les idées égyptiennes, exprimées sur les monuments, semblent nous le présenter. Fille du soleil, le roi du monde physique, Saté paraît avoir été la protectrice des souverains de l'Égypte: la signification évidente d'une foule de bas-reliefs décorant les temples, les palais et les tombeaux, ne laisse aucun doute à cet égard. Il y a plus: Saté fut celle des divinités pour laquelle les Pharaons de la dix-huitième dynastie montrèrent le plus de vénération, puisque son image même, devenue un caractère d'écriture figuratif-symbolique, entre dans l'expression de la plupart des _prénoms_ ou noms mystiques des princes de cette antique famille dont le chef délivra sa patrie de la longue tyrannie des pasteurs: race illustre qui a produit les plus grands rois de l'Égypte, Mœris, vainqueur des étrangers et protecteur de la caste agricole; Aménophis II, qui éleva des monuments de sa grandeur jusques au fond de la Haute-Nubie; Ousiréi, qui orna la ville d'Ammon d'obélisques et d'immenses constructions; enfin, Ramsès-Méiamoun, prince guerrier mais ami des arts, bisaïeul de Ramsès-Séthosis si connu des anciens sous le nom de Sésostris.
Sur les édifices de Thèbes, la plupart des légendes royales des princes de cette dynastie, sous laquelle l'Égypte atteignit à son plus haut de sa période de civilisation, de puissance et de gloire, sont placées sous la protection de _Saté_, ou environnées de ses emblèmes. Ainsi, dans les bas-reliefs peints de la catacombe royale découverte par Belzoni, les cartouches contenant le prénom et le nom du Pharaon _Ousirei_, flanquent une belle image de la Junon égyptienne étendant ses ailes immenses, et accompagnée de l'inscription hiéroglyphique, _Saté déesse vivante_, fille du _soleil_, dame du ciel et du monde, rectrice de la région inférieure, _protectrice de son fils le seigneur du monde, le roi_, etc., _enfant du soleil_ PHTAH-MEN-OUSIREI[123]. La déesse couvre aussi de ses ailes la légende du même prince[124], recevant le titre de _son fils chéri_ dans les inscriptions qui accompagnent ailleurs la déesse _Saté_, décorée elle-même des qualifications: _vivante, stabilitrice, bienfaitrice de la région inférieure_, et _dominatrice, comme le soleil, pour toujours_[125]. Il s'agit de savoir ce qu'il faut entendre par cette _région inférieure_.
Horapollon affirme que la Junon égyptienne occupait l'_hémisphère inférieur du ciel_ τὸ κάτω (τοῦ οὐρανοῦ) ἡμισφαίριον[126]. Mais le caractère qui, sur le bas-relief précité, exprime l'idée _région inférieure_, caractère identique, quoique d'une forme plus simple, avec celui qui occupe la partie inférieure de notre planche 7.2, ne me paraît point désigner d'une manière spéciale l'_hémisphère inférieur du ciel_: j'ai acquis la certitude que c'est là le véritable signe symbolique de la _partie inférieure de la terre d'Égypte_, la région que nous connaissons sous le nom de _Basse-Égypte_, et qui, dans les livres coptes, est appelée, tantôt _Sampésèt-an-Kèmé_, c'est-à-dire la _partie inférieure de Kèmé_, tantôt _Tsahèt_ ou la _partie septentrionale_. J'ai été conduit à reconnaître la valeur de ce caractère, qui a passé des _anaglyphes_, ou bas-reliefs allégoriques, dans l'écriture hiéroglyphique, en analysant le texte en hiéroglyphes de l'inscription de Rosette, dans lequel les mots du grec τοῖς ἱερεῦσι τῶν κατὰ τὴν χώραν ἱερῶν πάντων[127], _aux prêtres de tous les temples du pays_, sont rendus par neuf caractères signifiant à la lettre, aux _prêtres appartenant aux régions supérieures_ (les nomes de la Haute-Égypte) _et aux régions inférieures_ (les nomes de la Basse-Égypte)[128]. Les _régions inférieures_ se trouvent exprimées par le redoublement de ce bouquet de tiges plus ou moins nombreuses de lotus, mais dont deux, les deux extrêmes, sont constamment brisées.
Ainsi, la planche 7.2. de notre panthéon, qui reproduit fidèlement la plus grande partie de l'un des bas-reliefs peints dont est décorée l'entrée du tombeau destiné à recevoir le corps du Pharaon _Méiamoun-Ramsès_, dans la vallée de Biban-Elmolouk à Thèbes[129], nous offre la déesse _Saté_ tenant le signe de la _vie divine_, étendant ses ailes comme pour protéger la légende du roi[130], et assise, à la manière égyptienne, sur le signe symbolique de la _domination_ surmontant le symbole de la _région inférieure_: ce bas-relief, comme un très-grand nombre de ceux qui décorent les édifices de l'Égypte, est susceptible d'une véritable _lecture_, et il signifie _Saté, déesse vivante, dame de la région inférieure_.
[123] _Voyages, Recherches et Découvertes de_ BELZONI _en Egypte et en Nubie_, atlas, pl. 3.
[124] _Idem_, même planche.
[125] _Idem_, planche 17.
[126] HORAPOLLON, _Hiéroglyph._, lib. I, § II, page 22.
[127] Texte grec, ligne 36.
[128] Texte hiéroglyphique, ligne 5, à la fin.
[129] Ce bas-relief est gravé en entier dans la Description de l'Égypte, A, tome II.
[130] Supprimée dans notre planche.
L'URAEUS,
EMBLÊME DU SATÉ.
LES Égyptiens, en créant leur système cosmogonique et religieux, semblent avoir cherché à établir une concordance très-suivie entre le monde intellectuel ou le ciel, et le monde physique ou la terre. Ils ont dit que le premier instituteur de leur civilisation organisa la société humaine sur le modèle des formes qui régissent les êtres célestes; de la même manière qu'en ordonnant le monde terrestre, l'agent du Démiurge avait imité le monde supérieur, autant du moins que la matière pouvait se prêter à une semblable reproduction. Il résulte de cette intention, qui se manifeste dans une foule de circonstances, que des emblèmes de certaines choses célestes s'appliquent également aux choses correspondantes dans le monde matériel, et réciproquement. De là vient aussi que les divinités dominatrices de certaines portions du monde intellectuel, gouvernent également les parties correspondantes du monde physique. Ainsi _Saté_, ou la Junon égyptienne, régissait à la fois l'_hémisphère inférieur du ciel_ et la _région inférieure_ de l'Égypte. Le nom symbolique de cette contrée terrestre, décrit dans l'explication de la planche précédente, n'a aucun rapport avec le groupe, signe spécial de la _partie inférieure du ciel_, gravé sur notre planche 29.3, Nº 2 et 3. On remarquera seulement que c'est, sans aucun doute, parce que la _plume_ est le premier caractère de ce dernier groupe, que ce même objet se trouve figuré, comme insigne distinctif, sur la tête de toutes les images de la déesse _Saté_. Nous aurons l'occasion de montrer qu'un très-grand nombre de divinités ne sont reconnaissables sur les monuments égyptiens, qu'au seul _caractère initial_ de leurs _noms propres_ ou de leurs _titres spéciaux_, placé sur leur tête ou dominant les divers ornements de leur coiffure. Les représentations de Saté, reproduites dans ce recueil, offrent un exemple de cette singulière façon de caractériser les différentes divinités.
La planche 7.3 contient un des symboles de _Saté_, considérée soit comme dominatrice de l'_hémisphère inférieur du ciel_, soit comme régente et protectrice de la _région inférieure terrestre_. La déesse est ici figurée sous la forme d'un _Uræus_: ce serpent, nommé _aspic_ ou _basilic_ par les Grecs, fut en Égypte l'emblème spécial de la souveraineté ou de la puissance royale: la coiffure qui couvre sa tête est la partie _inférieure_ de la couronne _Pschent_, symbole de la domination sur la _région inférieure_, soit du ciel, soit de la terre. On trouvera dans l'explication de la planche 11 les preuves et le développement du sens que nous reconnaissons ici à cette fraction du _Pschent_.
Le serpent sacré est dressé sur la partie postérieure de son corps, formant plusieurs replis et enroulements. Le haut du corps est considérablement dilaté; et cette forme, quelque extraordinaire qu'elle puisse paraître, est motivée sur un fait réel: l'Uræus, nommé aujourd'hui vipère _HHayé_ en Égypte, possède en effet la singulière faculté de s'enfler la portion supérieure du corps, soit lorsqu'il s'irrite, soit lorsqu'il veut se dresser pour atteindre une proie.
L'_Uræus_, animal sacré de la Junon égyptienne, est figuré avec le sceptre des dieux bienfaisants, et repose, comme la déesse _Saté_ figurée dans la planche précédente, sur le signe symbolique de la _domination_, placé au-dessus de l'emblème de la _région inférieure terrestre_. Ce même reptile est toujours accompagné de la légende inscrite à côté de son image (planche 7.3.), tirée des bas-reliefs coloriés du tombeau royal découvert par Belzoni. Les quatre premiers signes de cette légende forment le nom propre de l'animal sacré, nom _féminin_ comme le prouve le dernier signe: le serpent, emblème de la déesse protectrice de l'hémisphère supérieur du ciel et de la partie supérieure de l'Égypte, est également un _Uræus_ femelle. Le reste de la légende liée à l'Uræus de _Saté_, signifie _dame du ciel, rectrice des dieux seigneurs_: titres plus spécialement propres à la déesse qu'à l'animal sacré, son image symbolique.
Le bouquet de _lotus_, formant l'emblème de l'_Égypte inférieure_, est ici d'une couleur et d'une espèce qui diffèrent assez essentiellement de celui qui exprime la même idée dans la planche précédente; mais cette différence d'espèce et de forme, soit de la plante, soit de la fleur seulement, ne porte aucune espèce de modification dans le sens de ces groupes. J'ai eu une foule d'occasions de me convaincre de leur parfaite identité.
PHTAH-SOKARI.
(PHTHA ENFANT, HEPHAISTUS, HARPOCRATE.)
HÉRODOTE et plusieurs autres écrivains grecs conviennent qu'une partie de leur religion nationale leur est venue, soit directement, soit indirectement, des Égyptiens; à défaut même de cet aveu positif, il serait impossible, à mesure qu'on acquerra quelque document nouveau sur l'ancien culte de l'Égypte, de ne point reconnaître les nombreux emprunts que les instituteurs du culte des Grecs firent à celui des habitants de Thèbes et de Memphis. Nous avons déja vu que l'_Athène_ Grecque, la _Minerve_ des Romains, était une imitation de la Nèith Égyptienne[131]; des rapports non moins frappants existent entre _Phtha_, et l'_Héphaistus_ Grec, ou le _Vulcain_ des Romains.
_Héphaistus_, selon les mythographes Grecs, était fils de _Zeus_: et _Phtha_ fut une émanation d'_Ammon-Cnouphis_, le _Jupiter_ Egyptien. _Héphaistus_ naquit tellement _difforme_ que _Héra_, sa mère, honteuse d'avoir mis au jour un enfant si laid, le repoussa de son sein et le précipita dans la mer, selon le récit d'Homère; dans une autre occasion, _Zeus_, irrité, lança hors de l'Olympe le jeune dieu, qui roula long-temps dans la vaste étendue des airs, et tomba enfin, en se _brisant les jambes_, dans l'île de Lemnos. Depuis cette époque, Héphaistus boîta des deux côtés, et ses deux _jambes restèrent tremblantes et tortues_, selon le même poëte. Le _Phtah_ Égyptien, représenté nu et dépouillé des bandelettes ou de la tunique étroite qui le couvre ordinairement (pl. 9), se montre sous des dehors tout aussi défavorables que l'_Hephaistus_ Grec; et les monuments prouvent que ces fables grecques ne sont que des mythes Égyptiens corrompus.
Une foule de bas-reliefs, de peintures et de statuettes de terre vernissée, nous présentent le Dieu _Phtah_ sous la figure d'un enfant ou, plutôt, sous celle d'un _nain difforme_, ayant des traits irréguliers, le ventre enflé et les jambes torses (pl. 8, nº 1), quelquefois ce nain est debout sur un crocodile (pl. 8, nº 2), ou porte sur sa tête un scarabée, emblême de la génération (pl. 8, numéros 2 et 3). Les légendes hiéroglyphiques qui accompagnent ces images, nomment cette singulière divinité, _Phtah_, ou _Phtah-Socari_, indifféremment.
Quel que soit le motif qui détermina les Égyptiens à représenter sous une forme aussi repoussante _Phtah_, l'une de leurs plus grandes divinités, le fait est désormais constaté, et à l'autorité des monuments que je viens de citer, se joint celle de l'un des écrivains les plus graves de l'antiquité: «Cambyse, dit Hérodote, étant entré dans le temple d'Héphaistus (Phtah), à Memphis, se moqua de sa statue, et fit des éclats de rire: elle ressemblait à ces dieux que les Phéniciens appellent _Pataïques_, et qu'ils peignent sur la proue de leurs vaisseaux; ceux qui n'en ont pas vu, entendront ma comparaison, si je leur dis que ces dieux sont faits comme des _Pygmées_.»
Les manuscrits et les bas-reliefs des Hypogées qui offrent l'image d'_Ammon-Générateur_ et celle de _Nèith-Génératrice_ (pl. 4, 5 et 6.3), nous montrent aussi le Dieu _Phtah_, ou _Phtah-Socari_, _générateur_, encore sous la forme d'un _Pygmée_ (pl. 8, numéros 4 et 5), et tenant, comme son père Ammon, le fouet divin pour stimuler la Lune, qui envoie dans le monde terrestre les germes de tous les êtres vivants; cette image de l'organisateur du monde a quelquefois deux têtes (pl. 8, nº 6); l'une, _humaine_, c'est la tête ordinaire de _Phtah_; et l'autre, celle d'un _épervier_ surmontée de longues plumes, est celle que prend habituellement Phtah, lorsqu'il reçoit le surnom de _Socari_.
La figure nº 4, extraite de l'un des manuscrits Égyptiens rapportés par M. Belzoni, représente _Phtah_ ayant les pieds contournés comme l'Héphaistos Grec. Nous devons dire ici que cette circonstance prouve de plus, qu'_Harpocrate_, mot dont les deux dernières syllabes POKRAT, _Pokrat_, expriment un individu dont _les pieds_ sont _délicats_, _mous_ ou _malades_, fut primitivement un des surnoms de _Phtah_. La description donnée par saint Épiphane, de l'impudique statue d'Harpocrate, _Image d'enfant, à tête rase; ignoble et abominable_, s'applique parfaitement aux représentations de _Phtah_ générateur, numérotées 4 et 5 sur notre planche 8.
[131] Voyez l'explication de nos planches 6 et 6.3.
PHTHA ou PTHA.
(PHTHA, HÉPHAISTUS, VULCAIN.)
CE personnage occupait la troisième place dans la nombreuse série des divinités de l'Égypte; les Grecs, en l'assimilant à leur Héphaistos, le Vulcain des Romains, ont singulièrement rabaissé et son rang et son importance; ils ont réduit les hautes fonctions de ce grand être cosmogonique à celles d'un simple ouvrier.
Telle ne fut point l'opinion des Égyptiens sur leur _Phtha_; selon leurs mythes sacrés, la puissance démiurgique, l'esprit de l'Univers, Cnèph ou Cnouphis, avait produit un œuf de sa bouche, et il en était sorti un dieu qui portait le nom de _Phtha_[132]. Cet œuf était la matière dont se compose le monde visible; il contenait l'_agent_, l'_ouvrier_ qui devait en coordonner et en régulariser les diverses parties; et _Phtha_ est l'esprit créateur _actif_, l'intelligence divine qui, dès l'origine des choses, entra en action pour accomplir l'Univers, en toute vérité et avec un art suprême[133].
L'image du dieu _Phtha_ est habituellement sculptée, sur les bas-reliefs, à la suite d'Amon-Cnouphis son père; le grand Démiurge se montre en effet presque toujours accompagné de deux autres personnages divins; d'abord de la déesse _Nèith_ sa première émanation, et, de plus, d'un dieu dont le corps est serré dans un vêtement très-étroit, qui l'enveloppe depuis le cou jusque sous la plante des pieds, et ne donne un libre passage qu'aux deux mains seulement. La tête de ce personnage mâle est couverte d'une coiffure très-simple, qui se modèle sur tout son contour; ses mains tiennent le sceptre ordinaire des dieux bienfaisants, combiné, 1º avec cette espèce d'autel gradué à quatre corniches, qu'on nomme un _nilomètre_, et qui, dans l'écriture hiéroglyphique, est le symbole de la _coordination_; 2º avec la _croix ansée_, emblême de la _vie divine_. Ses chairs sont toujours peintes en vert; enfin, la légende hiéroglyphique (1 et 2) qui accompagne ce personnage, nous apprend que c'est là l'image du dieu _Phtha_. Les trois premiers signes sont phonétiques, représentant les lettres coptes Ⲡⲧϩ ou Ⲫⲧϩ, et se prononçaient _Ptah_ ou _Phtah_ selon les dialectes[134]. Les légendes 3 et 4 ne diffèrent que par les attributs ajoutés au caractère symbolique final _Dieu_, qui, par ces additions, devient purement représentatif. Le nº 5 est hiératique.
Les Égyptiens qui voulaient rattacher l'histoire de la terre à celle des cieux, disaient que _Phtha_ avait été le premier de leurs dynastes; mais que la durée de son règne ne saurait être fixée. Les Pharaons lui avaient consacré leur ville royale, Memphis, la seconde capitale de l'empire; ainsi, les quatre principales villes de l'Égypte, _Thèbes_, _Memphis_, _Saïs_ et _Héliopolis_, étaient chacune sous la protection spéciale de l'une des quatre grandes divinités, _Amon-Cnouphis_, _Phtah_, _Nèith_ et _Phré_. Le magnifique temple de _Phtah_ à Memphis, où se faisait l'inauguration des rois, a été décrit, en partie, par Hérodote et par Strabon; les plus illustres d'entre les Pharaons le décorèrent de portiques et de colosses.
L'être auquel on attribuait l'organisation du monde, devait nécessairement le connaître à fond, ainsi que les lois et les conditions de son bien-être et de son existence; aussi les prêtres Égyptiens regardaient-ils _Phtha_ comme l'inventeur de la philosophie[135], bien différents, en cela, des Grecs, qui ne citaient de leur Héphaistos que des œuvres matérielles et purement mécaniques.
_Phtha_ est représenté sur notre planche, dans une chapelle richement décorée; les monuments le montrent, pour l'ordinaire, renfermé dans une construction de ce genre; ici, il est appuyé sur un grand _nilomètre_, son emblême spécial, et ce signe est celui de la _stabilité_.
[132] EUSÈBE, _Préparat. Evangel._ liv. III, chap. 11.
[133] IAMBLICH., _de Mysteriis_, sect. VIII, cap. 8.
[134] Ce nom divin est en effet écrit Ⲡⲧⲁϩ dans les textes coptes thébains.
[135] DIOGÈNE LAERCE, De vitis Philos., _Proœmium_.
PHTAH-SOKARI.
(SOCHARIS.)
LES écrivains de l'antiquité, soit Grecs soit latins, ont été jusques ici les seuls guides pour les savants modernes qui se sont occupés des mythes de l'ancienne Égypte. Ceux d'entre eux qui ont voulu se former une idée exacte de cette religion, que tout concourt à présenter comme la source d'une grande partie de la croyance des Grecs, ont recueilli avec soin les divers passages des auteurs classiques relatifs aux différentes divinités Égyptiennes; mais lorsqu'ils ont voulu coordonner ces matériaux, il n'en est résulté qu'une nomenclature assez bornée, et une courte série de récits mystiques appliqués confusément à plusieurs personnages différents, dont les noms, le rang, et la filiation, n'ont d'ailleurs entre eux aucune espèce de rapport.
Cette incohérence et la confusion qui règne dans les dires des auteurs grecs et latins sur le culte de l'Égypte, démontraient assez la nécessité de suspendre toute opinion à cet égard, jusqu'à ce que de nouvelles lumières pussent éclairer ce point si ténébreux des recherches historiques. Les monuments seuls pouvaient les produire; et l'étude des innombrables restes de l'art Égyptien, qui grava sur la pierre les images des dieux, leurs noms en écriture sacrée, et très-souvent aussi leur généalogie, doivent nécessairement devenir nos meilleurs guides. En recueillant avec soin les faits nouveaux que présentent, avec profusion, ces produits de la sculpture Égyptienne, nous pouvons espérer de saisir enfin l'ensemble et les principaux détails du systême religieux de l'Égypte, systême immense, dont l'antiquité classique ne nous a transmis qu'une esquisse partielle et incomplète à tous égards.
La certitude déja acquise que les légendes qui, sur les bas-reliefs et les peintures, accompagnent les images des dieux, contiennent les noms propres de ces mêmes dieux, et la découverte de l'écriture _hiéroglyphique Phonétique_[136], sont des moyens puissants qui doivent jeter un grand jour sur cette matière. Par la connaissance des noms hiéroglyphiques des divinités, et même par le moyen de ceux dont le nom nous serait encore inconnu, nous reconnaîtrons qu'une foule d'images divines, qui n'ont rien de commun ni dans leur forme ni dans leurs attributs, représentent cependant une seule et même divinité, considérée toutefois dans des fonctions diverses, puisque leurs noms propres et leur filiation sont absolument les mêmes. Le personnage gravé sur cette planche offre un exemple de cette particularité.
La tête de ce dieu est celle d'un épervier, que surmonte une coiffure particulière, consistant dans la partie supérieure de la coiffure _Pschent_, flanquée de deux appendices de couleurs variées. Le nom hiéroglyphique de cette divinité est tantôt Ⲡⲧϩ _Phtah_, tantôt ⲥϭⲣⲓ, _Socari_, _Socri_, mais plus ordinairement Ⲡⲧϩ-ⲥϭⲣⲓ _Ptah-Socari_.
Ces légendes nous signalent ici une nouvelle forme du dieu _Phtah_ (pl. 9.), l'organisateur du monde, et nous reconnaissons, de plus, l'identité des deux personnages, à la ressemblance de leur habillement étroit et de leurs sceptres. _Phtah-Socari_ tient de plus, dans ses mains, un fouet comme son père, _Amon-Générateur_. Il est très-probable que le dieu Égyptien Σοχαρις, mentionné dans un vers de Cratinus[137], n'est autre que le _Phtah-Socari_ figuré sur notre planche.
_Phtha-Socari_ à tête d'épervier, n'est qu'une forme de _Phtha_ considéré comme réglant les destinées des ames qui abandonnent des corps terrestres, afin d'être réparties dans les 32 régions supérieures. C'est pour cela que l'image de ce Dieu se trouve toujours dans les grands rituels funéraires, les catacombes royales, et les peintures qui décorent les cercueils et les diverses enveloppes des momies[138].
[136] Voyez ma _Lettre à M. Dacier relative à l'Alphabet Phonétique_.
[137] HESYCHIUS, au mot Πααμυλης.
[138] Voyez la Description de l'Égypte, Antiq. vol. II, pl. 65; et les bas-reliefs du tombeau royal découvert par Belzoni.
PHTAH-SOKARI,
SEIGNEUR DES RÉGIONS SUPÉRIEURES ET INFÉRIEURES.