Panthéon égyptien

Part 13

Chapter 133,603 wordsPublic domain

[337] IAMBLICH., _de Mysteriis_.

[338] MANETHON, cité par Georges le Syncelle, _Chronograph._.

[339] HORAPOLLON, _Hieroglyph._ liv. I, §. 6.

L'ÉPERVIER,

EMBLÊME VIVANT DE PHRÉ (LE SOLEIL).

PARMI les images d'animaux sacrés, figurées sur les monuments égyptiens de toutes les époques, celles de l'_Épervier_ sont, sans aucun doute, les plus multipliées; et cela vient de ce que cet oiseau fut à la fois l'emblème de plusieurs divinités différentes. Aussi le trouve-t-on représenté au revers des médailles de neuf des Nomes de l'Égypte, soit seul, soit placé sur la main d'un grand nombre de personnages mythiques dont les attributions furent cependant bien distinctes. Mais alors l'épervier porte toujours des insignes particulières, lesquelles caractérisent, d'une manière très-précise, chacune des divinités dont il devient successivement le symbole.

Selon les préjugés populaires, cet oiseau affectionnait particulièrement l'Égypte, et si nous écoutons Ælien, «les Égyptiens choisissaient deux éperviers pour les envoyer observer les îles désertes de la Libye; les Libyens célébraient ce voyage par une fête, et les deux oiseaux se fixaient dans celle des îles qui leur paraissait la plus convenable; là, ils faisaient leurs petits en sûreté, chassaient aux moineaux et aux colombes; enfin, lorsque leurs petits étaient assez forts pour voler, ils les reconduisaient en Égypte comme dans leur véritable patrie[340].» On savait aussi que cet oiseau est susceptible de s'attacher par les bienfaits; les Égyptiens les captivaient par la douceur des mets; ainsi apprivoisés, les éperviers devenaient très-familiers et ne faisaient jamais de mal à ceux qui leur avaient prodigué de si bons traitements[341]. Ils rendaient d'ailleurs, disait-on, de véritables services à l'homme en détruisant les cérastes, les scorpions et autres petites bêtes venimeuses[342].

C'est à cause de ces bienfaits envers la terre d'Égypte qu'il purgeait du reptile le plus dangereux, et parce que l'on citait la _fécondité_ et la _longévité_ de cet oiseau, qu'il devint d'abord pour les Égyptiens le signe symbolique de l'idée _Dieu_[343]. Mais supposant aussi que l'épervier était d'une _nature ignée_, comme le soleil, et très-_destructeur_, comme ce même Dieu à la colère duquel ils attribuaient les maladies pestilentielles[344]; persuadés enfin que seul d'entre les êtres vivants, l'épervier avait la faculté de fixer ses yeux sur le disque éblouissant du soleil[345], ils le consacrèrent d'abord à cette grande divinité qu'ils représentaient emblématiquement sous la forme même d'un _épervier_[345].

Cet oiseau de proie fut ainsi introduit dans les sanctuaires de l'Égypte, comme une image vivante du dieu _Phrè_ ou le soleil personnifié. Sa représentation est reproduite dans des poses très-variées, soit sur les bas-reliefs qui décorent les grands édifices de l'Égypte, soit dans les peintures des catacombes et des cercueils de tous les âges. Mais partout l'_épervier, emblème de Phrè_, est spécialement caractérisé par une image du _disque solaire_ placé sur sa tête, ainsi qu'on le voit dans notre planche 24.2, extraite des riches peintures qui couvrent l'enveloppe intérieure d'une momie du cabinet de M. Durand.

C'est ce _disque souvent orné de l'uræus_, qui distingue l'_épervier_ symbole du soleil, roi du monde physique, des divers éperviers sacrés, emblêmes de la déesse Hathôr et des dieux _Phtah-Sokari_, _Mandoulis_, _Aroéris_, _Horus_, etc., etc. On doit remarquer aussi que l'_épervier, la tête surmontée du disque_, forme, dans l'écriture hiéroglyphique, le nom symbolique _du soleil_.

Les légendes gravées sur notre planche 24.2, sous les numéros 1, 2, 3 et 4, sont communes au dieu _Phrè_ et à l'_épervier_ son emblème: la première, le _soleil-dieu_, est symbolico-figurative; la seconde est purement symbolique, le _soleil_; la troisième est formée du nom phonétique du soleil RÈ, suivi du nom symbolique; la quatrième est la forme hiératique des légendes hiéroglyphiques 1 et 2.

Ceux d'entre les Égyptiens qui avaient une dévotion particulière pour le dieu Phrè, nourrissaient avec soin des éperviers; aussi a-t-on découvert assez fréquemment dans les catacombes de l'Égypte, des momies de ces oiseaux préparées avec une certaine recherche.

[340] ÆLIAN. de Naturâ animal. lib. II, cap. 43.

[341] _Idem._ lib. IV, cap. 44.

[342] EUSEB. Præpar. Evangel. lib. II, §. 1.

[343] CLÉMENT d'Alexandrie, Strom. liv. V, pag. 566 _d_.--HORAPOLLON, hiéroglyph. liv. I, §. 6.

[344] _Idem._ Strom. liv. V, pag. 567.

[345] HORAPOLLON, hiérog. liv. I, §. 6.

LE SPHINX DU DIEU PHRE,

OU DU SOLEIL.

QUOIQUE PHRÉ, ou le Dieu-soleil, reçût de l'Égypte entière un culte très-solennel, et que peu de grandes divinités aient été l'objet de tant d'hommages, ses représentations au propre offrent, en général, peu de variétés soit dans l'ensemble, soit dans les détails des attributs; tandis que certains Dieux et quelques Déesses d'un rang très-inférieur à celui du premier né de Phtha, se montrent, sur les monuments, sous des formes très-différentes, soit qu'ils empruntent la tête de divers animaux, soit par le changement des emblêmes et des décorations qui servent à les distinguer dans telle ou telle de leurs attributions divines. Mais si les images du Dieu _Phré_ sont presque toujours semblables, il existe une très-grande variété dans les symboles consacrés à rappeler l'idée de cet être bienfaisant, de ce roi conservateur du monde physique.

Parmi ces emblêmes, dont il a paru indispensable de comprendre la série entière dans ce recueil, l'animal fantastique gravé sur cette planche n'est pas un des moins importants; et quoique jusqu'ici on ait voulu regarder le _Sphinx_ comme un emblême exclusif des mystères du débordement, de la terre d'Égypte, ou de tout autre phénomène céleste ou terrestre, il est indubitable que le Sphinx est, dans certaines occasions, un symbole du soleil ou du Dieu _Phré_, sur les monuments d'ancien style égyptien. La légende hiéroglyphique, peinte à côté de celui que nous publions aujourd'hui, contient textuellement, en effet, l'expression des idées RÉ (le soleil) DIEU GRAND SEIGNEUR DU CIEL: c'est le texte même d'une formule inscrite sur l'obélisque transporté jadis d'Égypte à Rome pour être érigé dans le grand cirque, formule qu'Hermapion a rendue très-littéralement par les mots Ἥλιος θεὸς μέγας δεσπότης οὐρανοῦ[346].

Ce sphinx, tiré d'une magnifique momie de la collection égyptienne de S. M. le roi de Sardaigne, existe sur le premier cercueil, au milieu de peintures d'autant plus curieuses, que plusieurs présentent, contre l'ordinaire des monuments de ce genre, un véritable intérêt historique. Le défunt, qui tenait un rang distingué dans l'ordre sacerdotal puisqu'il était voué au culte des souverains de la XVIIIe dynastie égyptienne, est représenté à genoux devant un autel chargé de pains sacrés et de fleurs de lotus. Auprès des offrandes et sur un piédestal richement décoré, repose le sphinx symbolique du soleil: la tête humaine barbue et le corps du lion, sont de couleur verte; une housse couvre son dos, et un grand _uræus_ ailé s'élève en grands replis au-dessus de la croupe de l'animal fantastique, et exprime la puissance royale dont le Dieu Phré, considéré comme le père des rois, était en quelque sorte la source et le prototype. Une petite image de la Déesse _Saté_ (la Junon égyptienne), assise entre les pattes antérieures du sphinx, paraît se rapporter à la même idée.

Le sphinx, qui est ici un emblême du Dieu _Phré_, n'a jamais indiqué, comme c'est l'opinion commune, la présence de cet astre dans les signes du Lion et de la Vierge; cette explication était d'autant moins fondée, que la tête humaine de la plus grande partie des sphinx de travail véritablement égyptien, est une tête mâle, caractérisée par la barbe, ce qu'on ne saurait rapporter à l'astérisme de la Vierge. Le seul passage des écrivains classiques, relatif à cet animal fantastique, et qui soit en harmonie parfaite avec les faits démontrés par les monuments, se trouve dans Clément d'Alexandrie, Ve livre des Stromates, où on lit[347] que _le sphinx_, chez les Égyptiens, _fut le symbole de la force unie à la prudence ou à la sagesse_: la première de ces qualités était exprimée par le corps entier du Lion τὸ σῶμα πᾶν λέοντος, et la seconde par _la face d'homme_, τὸ πρόσωπον ἀνθρώπου, unie au corps de l'animal.

Le sphinx étant ainsi, dans les anaglyphes, le signe de deux qualités essentiellement propres à toutes les essences divines et aux êtres mortels les plus favorisés des Dieux, devint, par cela même, un emblême commun à la plupart des divinités du premier et du second ordre, et aux souverains de l'Égypte. J'ai reconnu, en effet, sur les monuments, un grand nombre de Dieux et de Déesses, de Pharaons, de Lagides et d'Empereurs, représentés sous la forme même d'un sphinx; ce qui exclut toutes les interprétations tirées de l'Astronomie ou des phénomènes naturels, qu'on a voulu donner de cet emblême.

On distingue les sphinx, images symboliques des différentes divinités, par les insignes caractéristiques de chacune d'elles, placées sur la tête du monstre. Le disque solaire peint en rouge ou en vert, surmonte la coiffure du sphinx emblême du Dieu _Phré_, et rappelait aux Égyptiens la force et la sagesse de l'être céleste qui, dans leur système cosmologique, régissait et gouvernait l'univers matériel.

[346] HERMAPION, _voy._ Ammien-Marcellin, liv. XVII, ch. IV.

[347] Ἀλκῆς τε αὖ μετὰ συνέσεως ἡ σφίγξ. Τὸ μὲν σῶμα πᾶν λέοντος, τὸ πρόσωπον δὲ ἀνθρώπου ἔχουσα. _Strom._, lib. V, p. 671; édit. d'Oxfort.

DJOM, DJEM, ou GOM,

(L'HERCULE ÉGYPTIEN.)

LES Grecs connurent trois personnages mythiques du nom d'Hercule; le plus moderne vécut peu de temps avant la guerre de Troie: c'était le fils d'Alcmène et le petit-fils d'Alcée[348]; le second était l'_Hercule Crétois_[349]; et le plus ancien de tous fut l'_Hercule Égyptien_, dont les travaux et les exploits ont été attribués par les Grecs à leur héros national, né à Thèbes de Béotie[350]. Hérodote, qui convient n'avoir jamais entendu parler dans aucun endroit de l'Égypte de cet Hercule si connu des Grecs[351], nous a transmis de précieux détails sur l'Hercule Égyptien.

«Hercule, dit-il, est un Dieu très-ancien chez les Égyptiens, et, comme ils l'assurent eux-mêmes, il est du nombre de ces douze Dieux qui sont nés des _huit_ premiers Dieux, 17000 ans avant le règne d'Amasis[352].» Diodore de Sicile est d'accord, à cet égard, avec le père de l'histoire, lorsqu'il avance que l'Hercule Égyptien parut, dès le premier établissement de la race humaine sur la terre, époque depuis laquelle les Égyptiens, assure-t-il, comptaient bien plus de 10000 ans[353]. Ce Dieu rendit la terre habitable, en la délivrant des animaux féroces[354]. Ainsi, l'Hercule Égyptien était un Dieu de la seconde classe qui se composait de douze Divinités émanées des huit Grands Dieux de la première, parmi lesquels _Ammon-Chnouphis_, _Nèith_, _Phtah_, _Mendès_ et _Phré_, occupaient les principaux rangs. Il paraît, comme on le verra dans la suite, que les Dieux de la seconde classe ne furent, pour la plupart, que des _Parèdres_ de ceux de la première que nous venons de nommer.

Le culte d'Hercule était très-répandu en Égypte, et remontait aussi, selon Macrobe, à l'antiquité la plus reculée; ce personnage mythique était considéré comme l'emblême de la _Force Divine_, _Virtus Deorum_; et on lui attribuait, ainsi qu'on le fit en Grèce, la défaite des Géants ennemis des Dieux[355]. Nous apprenons enfin par Plutarque, dans son Traité d'_Isis et d'Osiris_, que les Égyptiens croyaient que leur Hercule _habitait le disque solaire, et qu'il faisait avec cet astre le tour de l'univers_.

Cette dernière indication nous a fait reconnaître, dans les peintures des manuscrits et dans les bas-reliefs des temples, les formes variées que les Égyptiens donnèrent à leur _Hercule_. Ce Dieu est figuré sous une apparence toute humaine, et porte ordinairement sur sa tête, ou dans sa main, une longue _feuille_ ou _plume_, dont la partie supérieure est arrondie et recourbée. Ses chairs sont constamment _rouges_, et l'_Hercule-Égyptien_, comme l'a dit Plutarque, accompagne, en effet, presque toujours le Dieu _Phré_ (le Soleil), lorsque cette grande Divinité est suivie, sur les monuments, par ses divers Parèdres. Dans un des bas-reliefs moulés dans la grande salle du tombeau royal découvert à Thèbes par M. Belzoni, l'_Hercule-Égyptien_, tel que nous venons de le décrire, est placé dans la _barque du Soleil_, à côté du disque lui-même. Dans la seconde partie du Rituel funéraire, dont les papyrus, trouvés sur les momies, sont des copies plus ou moins complètes, l'Hercule-Égyptien accompagne encore le _Dieu-Soleil_[356]. Il en est ainsi dans une foule d'autres peintures ou sculptures.

L'Hercule Égyptien gravé sur notre planche 25, a été copié à _Biban-el-Molouk_, par la Commission d'Égypte, dans le cinquième tombeau royal de l'est[357]; la légende hiéroglyphique tracée à côté de ce personnage, renferme son nom propre et sa filiation (numéros 1 et 2). Le nom propre est composé ici, comme partout ailleurs, de deux caractères, 1º d'une _plume_ ou _feuille_, semblable à celle que le dieu porte sur sa tête; la valeur phonétique de ce signe nous est encore inconnue; 2º de l'oiseau que nous appelons provisoirement _la caille_, et qui, dans toutes les légendes hiéroglyphiques, exprimant indifféremment les lettres O, OU et V, a pour _homophone_, le _lituus_ (lég. nº 3). La filiation est indiquée par _l'oie_, _la ligne perpendiculaire_, et _le disque solaire_ suivi de la _ligne perpendiculaire_, ce qui donne _Sché_ ou _Sé-Ré_, ou bien, _Si-Ri_, c'est-à-dire, _Fils du Soleil_: l'Hercule Égyptien est ordinairement qualifié de _Dieu grand_, _Fils du Soleil_, _Seigneur Suprême_ (voyez la pl. nº 25.2).

[348] DIODORE de Sicile, _Biblioth. Histor._ lib, III, p. 208, C.

[349] IDEM, _ibidem_.

[350] _Idem_, p. 207, C, et 208; et lib. I, p. 21.

[351] HÉRODOTE, lib. II, §. XLIII et CXLV.

[352] IDEM, _ibidem_.

[353] DIODORE de Sicile, _Biblioth. Histor._ lib. I, p. 21, D.

[354] _Idem_, p. 21, A.

[355] MACROB. _Saturn._ lib. I, cap. 20.

[356] Description de l'Égypte, Antiq. vol. II, pl. 7, col. 81 à 79.

[357] _Idem_, Antiq. vol. II, pl. 91, nº 2.

DJOM, DJEM OU GOM,

(SEM, CHÔN, L'HERCULE ÉGYPTIEN.)

LA valeur phonétique de la sorte de _plume_, ou _feuille_ arrondie à sa partie supérieure, qui est le premier signe du nom hiéroglyphique du personnage que nous considérons comme l'_Hercule égyptien_, étant encore inconnue, il devient très-difficile de décider, parmi les diverses transcriptions du nom égyptien de ce dieu données par les auteurs classiques, laquelle est la plus exacte, et celle qu'il conviendrait d'adopter définitivement: selon les uns, le nom d'Hercule, en langue égyptienne, était _Chôn_ (ΧΩΝ)[358]; selon d'autres, ce fut _Gignôn_ ou _Gigôn_; ΓΙΓΝΩΝ, οἱ δὲ ΓΙΓΩΝ[359]; enfin, d'après l'extrait du Canon des rois thébains par Ératosthène, il semblerait que ce même nom était ΣΕΜ, puisque, dans ce texte important, on interprète le nom du pharaon Σεμφρουκρατης par HERCULE HARPOCRATE. Jablonski[360] a pensé que les noms Χων et Σεμ n'étaient que des altérations du mot égyptien ϫⲱⲙ (Djôm ou Gôm) qui, dans les composés, prend aussi en effet la forme de ϫⲉⲙ (Djem) et exprime les idées _force_ et _puissance_. Ce rapprochement présente tous les caractères de la probabilité: nous n'en adopterons toutefois les conséquences que provisoirement. Le nom de l'Hercule égyptien se terminant par une voyelle ou une diphtongue dans l'écriture sacrée, et paraissant peindre plutôt les sons _sou_, _soou_ ou _gaôu_, que _djom_ ou _djem_, le hasard peut, d'un instant à l'autre, décider cette question, en nous fournissant le moyen de déterminer la véritable valeur alphabétique du premier hiéroglyphe de ce nom divin.

Il est possible aussi que ce dieu eût, comme une foule d'autres, plusieurs noms différents, de la même manière qu'on le représentait sous des formes et avec des attributs très-variés. La planche ci jointe nous montre l'Hercule égyptien sous des apparences toutes nouvelles: ses chairs sont de couleur _verte_ comme celles du dieu _Phtha_, son aïeul; une ample tunique, coupée de bandes horizontales de diverses couleurs, le couvre jusqu'au bas des jambes, et deux longues _plumes_ bleues s'élèvent au-dessus de sa coiffure. L'original de cette figure, dont je dois une copie à l'amitié de M. Huyot, est sculpté de fortes proportions sur un des piliers de la première salle de la grande excavation d'Ibsamboul, le plus majestueux monument de la Nubie, et dont l'exécution est due au règne fameux du Pharaon _Ramsès_, plus connu sous le nom de _Sésostris_. Le conquérant y est représenté faisant une riche offrande à l'Hercule égyptien, accompagné ici, comme partout ailleurs, par une déesse qui, comme lui, reconnaît le dieu _Phré_ pour son père.

On retrouve l'image de ce même dieu, 1º sous un costume absolument semblable, si ce n'est que les plumes qui surmontent sa coiffure sont plus nombreuses, dans un bas-relief des piliers du tombeau royal découvert à Thèbes par Belzoni: Hercule présente l'emblème de la vie céleste au Pharaon _Ousirei-Akenchérès_, par les ordres duquel ce vaste hypogée fut creusé à grands frais;

2º Parmi les caractères hiéroglyphiques inscrits sur les quatre faces du petit obélisque existant au musée britannique, monument qui paraît avoir été érigé par un Pharaon de la XXe dynastie: le nom de ce roi est toujours précédé du titre _chéri d'Hercule_, exprimé par le caractère figuratif de ce dieu assis et la tête ornée d'un large faisceau de plumes;

3º Enfin dans une stèle funéraire du musée de Turin. La scène principale de ce bas-relief représente le défunt _Satéroui_, fils de _Tathé_, adorant Osiris, président de la région inférieure: ce juge suprême des morts est debout entre l'Hercule égyptien, dont la longue tunique est quadrillée en forme de damier, et la déesse sa sœur, qui présentent à l'époux d'Isis une chaîne formée des emblèmes réunis de la _vie céleste_, de la _stabilité_ et du _bonheur_, la croix ansée, le nilomètre et le sceptre à tête de coucoupha.

[358] _Etymologicum magnum._

[359] HESYCHII _Lexicon_.

[360] _Pantheon Ægyptiorum_, lib. II, III, p. 188.

ATMOU, OTMOU, TMOU.

(HÉRON.)

MALGRÉ les profondes recherches et la vaste érudition de P. E. Jablonsky, le siècle dernier ne put se former une idée claire du système religieux de l'ancienne Égypte. Ce savant avait pris pour guides les écrivains grecs et latins qui parlaient, occasionnellement, des mythes sacrés et des croyances jadis en vigueur dans les sanctuaires de Thèbes et de Memphis. Il crut possible, avec le seul secours des notions rares, partielles, et isolées les unes des autres, que fournissent ces auteurs, de recomposer un tableau complet de la théogonie égyptienne. Mais sans noter ici les erreurs commises, soit dans le rang assigné à certaines divinités, soit dans leur ordre généalogique, ou même en déterminant leurs attributions spéciales, nous remarquerons surtout que les monuments égyptiens font connaître une foule de personnages mythologiques et présentent une nombreuse série de noms divins dont on chercherait vainement la trace dans les écrivains classiques: cette observation s'applique très-particulièrement au dieu représenté sur les planches 26, 26.2, 26.3 et 26.4 de ce recueil.

Que ce personnage ait occupé un rang distingué dans le Panthéon de l'ancienne Égypte, et qu'il ait appartenu à l'une des plus hautes classes de divinités, ce sont là des faits mis hors de toute discussion par la fréquence des images de ce dieu sur les monuments des divers ordres, et par celle des invocations qui lui sont adressées dans le grand _Rituel des morts_ ou _livre de la manifestation à la lumière_[361], ainsi que dans les tableaux et les stèles d'adoration.

Le nom de ce dieu a été diversement orthographié dans les manuscrits hiéroglyphiques et hiératiques, comme dans les inscriptions gravées sur les temples et les monuments funéraires. On a recueilli toutes ses variations pl. 26.2 (numéros 1, 2, 3 et 4), et pl. 26.4 (numéros 3, 4, 5, 6 et 7). La forme la plus simple (pl. 26.4, numéros 6 et 7) se trouve constamment reproduite dans tous les textes hiératiques, sans aucune modification, telle qu'on la donne ici pl. 26.2, nº 4. Réduit ainsi à ses véritables éléments, ce nom, composé des signes phonétiques ⲁ ou ⲟ, ⲧ et ⲙ, suivis parfois du signe de la voyelle ⲟⲩ[362], se prononçait ⲁⲧⲙⲟⲩ ou bien ⲟⲧⲙⲟⲩ, et par abréviation ⲧⲙⲟⲩ; car le signe initial, la _feuille de roseau_ ⲁ ou ⲟ, se trouve fréquemment omis dans les légendes hiéroglyphiques[363]. La forme hiératique de ce nom divin n'offrant jamais de caractère équivalent au caractère figurant un _traîneau_, qu'on remarque assez habituellement dans le même nom écrit en signes hiéroglyphiques, établit suffisamment que ce caractère n'est qu'un simple _déterminatif_ du sens même de ce nom, sans entrer pour rien dans sa prononciation. Quant au signe qui termine le groupe phonétique ⲁⲧⲙ (pl. 26.4, nº 7), c'est encore un signe _déterminatif_ du nom entier, et il appartient à la classe des caractères _figuratifs_, car il reproduit l'image même du dieu dont il accompagne le nom.

ⲁⲧⲙⲟⲩ est en effet habituellement représenté sous une forme tout humaine: ses chairs sont peintes de couleur _rouge_ ou de couleur _verte_ (pl. 26.2). Le dieu, assis sur un trône et tenant dans ses mains les insignes de la vie et de la bienfaisance divine, porte sur sa tête la grande coiffure royale, le _pschent_, symbole de la domination sur les régions supérieures et inférieures: cette coiffure dénote à elle seule l'étendue des attributions du dieu, et ne permet point de le ranger parmi les divinités d'un rang ordinaire; aussi le trouve-t-on toujours, dans les peintures ou les bas-reliefs représentant des scènes mystiques, associé à des divinités d'un ordre très-relevé.

Un tableau funéraire, peint sur bois[364], nous montre le dieu _Atmou_ ayant en main les emblèmes combinés de la bienfaisance, de la vie et de la stabilité, marchant immédiatement après le dieu _Phré_, et suivi du dieu Thoré, d'Osiris, d'Horus, ainsi que des deux divines sœurs Isis et Néphtys. _Atmou_ conserve ce même rang dans la prière tracée au-dessous de ces images, prière dans laquelle chacune de ces six divinités est successivement invoquée. Une autre scène symbolique, peinte dans la troisième partie de tous les exemplaires complets du _Rituel des morts_, prouve aussi, non-seulement qu'_Atmou_ tenait, dans le système _théogonique_ égyptien, un rang supérieur à celui d'Osiris et des dieux de la troisième classe, mais encore que des divinités de la seconde, telles que _Sôou_ et sa sœur _Tafné_, Sèv et sa sœur _Netphé_, ne marchaient qu'après lui dans la hiérarchie céleste. Il s'agit de la vignette de l'un des chapitres du _Rituel des morts_, intitulé _Adoration au dieu Phré_ (le soleil), _se mouvant dans sa bari_; on y a représenté[365] le soleil, sous la forme de l'épervier sacré, dans un _disque_ porté sur le vaisseau, et assisté de neuf divinités, dont la première est Atmou, après lequel sont assis les dieux et déesses de la seconde et de la troisième classe, que nous venons de citer. Le texte explicatif de cette scène symbolique, transcrit sur notre planche 26.4, nº 2, porte en effet: _Ceci est l'image de l'épervier divin dans la bari; la couronne des régions supérieures est sur sa tête; il est honoré par_ ATMOU, SÔOU, TAFNÉ, SÈB, NETPHÉ, OSIRIS, HORUS, ISIS et NÉPHTYS. L'étude des monuments égyptiens nous a d'ailleurs appris que, dans toute peinture ou tout bas-relief, l'ordre dans lequel les divinités sont placées indique invariablement le rang et l'importance relative de chacune d'elles.