Part 7
_Abajour, abavant, appuimain, avancoureur, avanmain, avanscène, bassecour, boutefeu, brèchedent, brisecou, brûletout, cassenoisette, chapechute, chassemarée, chassemouche, cervolant, chaufepied, chaussepied, chaussetrape, choufleur, contrecoup, coupegorge, couvrefeu, crèvecœur, curedent, damejeanne, entracte, entrecôte, entreligne, essuimain, gagnepain, gardechasse, gardecôte, gardemagasin, gardemanger, gardemine, garderobe, gâtemétier, gorgechaude, haussecol, haubois, hautecontre, messirejean, millepied, mouillebouche, ouïdire, passedebout, passedroit, passepartout, passepasse, perceneige, portemontre, portecrosse, reineclaude, reinemarguerite, réveillematin, saufconduit, serrefile, serrepapier, serretête, tailledouce, terreplein, tirebotte, troublefête, vatout, viceroi_, et enfin un _vanupied_, etc. (Voir Appendice F.)
On place entre deux tirets la lettre euphonique _t_, et c’est avec raison qu’on écrit: _y a-t-il, ira-t-il_; mais pourquoi ne pas en faire autant pour l’_s_ qui a le même emploi? On ne devrait pas écrire, comme on le fait, _donnes-en, poses-y, cueilles-en, donnes-y, manges-en_, ce qui donne lieu à l’erreur fréquente que l’on commet en s’imaginant que, dans toutes les conjugaisons, la seconde personne de l’impératif doit avoir une _s_. Il faut donc de toute nécessité écrire _donne-s-en, porte-s-y, va-s-en chercher, va-s-y, cueille-s-en, mange-s-en_; ou mieux en mettant un _z_ euphonique à la place de l’_s_, puisque l’Académie écrit maintenant _quatre-z-yeux_ qu’elle écrivait auparavant _quatre-zyeux_.
* * * * *
Doit-on, pour la division des mots au bout des lignes, se conformer à l’étymologie ou bien à l’épellation, qui favorise mieux la lecture à haute voix? L’Académie, dans son Dictionnaire, n’a adopté aucune règle fixe à cet égard: il conviendrait de faire cesser cette incertitude qui embarrasse les correcteurs d’imprimerie. Ainsi, dans la même page, on trouve écrit: _sou-scrire_ conformément à l’étymologie, et _sous-crire_, conformément à l’épellation. Il en est de même pour _sou-scripteur_ et _sous-cripteur, atmo-sphère_ et _atmos-phère, hémi-sphère_ et _horos-cope, cata-strophe_ et _cho-révêque, mono-ptère_ et _coléop-tère_.
L’Académie ayant admis la division _i-nadmissibilité, i-négalité, su-ranné, pros-terner, pros-tituer_, semblerait autoriser cette division conforme à l’épellation pour _des-truction, des-titution, dés-union, pres-cription_; cependant elle écrit aussi _in-specter, in-spirer, ob-struction, pro-scrire_, conformément à l’étymologie.
Cette question, futile en apparence, a une application incessante dans la pratique. Peut-être doit-on préférer la division adoptée pour les langues grecque et latine, où l’on sépare, en fin de ligne, les mots par un tiret d’après leurs racines.
IV
DE L’ORTHOGRAPHE ET DE LA PRONONCIATION DES MOTS TERMINÉS EN _ANT_ OU _ENT_.
ADJECTIFS ET SUBSTANTIFS VERBAUX PROVENANT DU PARTICIPE PRÉSENT.
Selon les grammaires, nous avons d’abord dans la catégorie des mots en ANT:
1º Tous les participes présents, terminés sans aucune exception en ANT, et invariables quand ils expriment une _action_. Quand ils expriment un _état_, ils peuvent se transformer en adjectifs verbaux et s’accorder en genre et en nombre avec leur sujet. L’adjectif verbal, extension d’emploi du participe présent, conserve au singulier masculin la forme _ant_ du participe présent dont il dérive. Il devient même quelquefois un substantif, que j’appellerai alors _substantif verbal_; tels sont: les _étudiants_, les _complaisants_, les _opposants_, les _gérants_, les _correspondants_, etc.
2º Sont aussi terminés en ANT les adjectifs et les substantifs des verbes formés sur la première conjugaison latine, tels que _amant, chantant, mendiant, suppliant_, dont le nombre est considérable. Tous, sans exception, sont, comme le participe présent et le gérondif, terminés en _ant_.
3º Sont terminés aussi en ANT tous les adjectifs et substantifs de ce genre provenant d’une autre source que le latin. Tels sont ces mots français formés d’un verbe ne provenant pas du latin:
agaçant éblouissant glapissant pantelant attachant éclatant glissant passant blanchissant écrasant grimaçant penchant bondissant écumant grimpant perçant bouffant effrayant grinçant piquant brisant engageant grisonnant plongeant brunissant étiolant guerroyant rafraîchissant bruyant étouffant intrigant regardant brûlant étourdissant jaillissant ronflant calmant frappant jappant salissant choquant fringant jaunissant tannant criant gagnant marquant tombant croupissant galant massacrant tranchant déchirant garant navrant trébuchant
Ainsi donc, je le répète, les mots terminés en _ant_ comprennent: 1º tous les participes présents, sans aucune exception; 2º tous les adjectifs et substantifs verbaux dérivés de verbes _français_ formés sur la _première_ conjugaison _latine_ et qui sont en si grand nombre; 3º tous les substantifs et adjectifs verbaux qui ne viennent pas du latin.
Pour ces trois classes de mots, il n’y a pas d’embarras, pas de changements à proposer.
Mais il n’en est pas de même des adjectifs et des substantifs formés sur les _trois autres_ conjugaisons latines: sans aucun motif apparent, les uns sont terminés en _ant_, les autres en _ent_. Il en résulte donc une grande incertitude orthographique, car la prononciation ne peut servir de guide, puisque les uns comme les autres, soit qu’ils s’écrivent par _ant_, soit par _ent_, se prononcent également par notre _an_ nasal, en sorte que l’étymologie nous induirait en erreur, tous possédant un primitif latin en ENS.
On doit faire remarquer que, même dans cette catégorie, la forme _ant_ est beaucoup plus nombreuse que la forme _ent_.
Voici le tableau des mots français terminés en _ant_ et celui des mots terminés en _ent_, provenant les uns et les autres d’une conjugaison latine autre que la première (laquelle, on le répète, forme toutes ses terminaisons en _ant_).
_Liste des adjectifs et substantifs verbaux formés de participes latins en_ ENS (_haute, moyenne et basse latinité_), _provenant de la_ 2e, 3e _ou_ 4e _conjugaison_
=Et qui en français se terminent en ANT.=
abrutissant convaincant impuissant raréfiant absorbant convenant inconstant ravissant adoucissant copartageant inconvenant reconnaissant affligeant correspondant indépendant réfrigérant agissant courant insignifiant réjouissant agonisant croissant insuffisant reluisant amollissant croyant intendant renaissant ascendant cuisant intervenant repentant assaillant décevant languissant répercutant assistant défaillant luisant répondant assortissant défiant malfaisant repoussant assourdissant délinquant méconnaissant resplendissant assujettissant dépendant mécréant ressortissant attenant déplaisant médisant revenant attendrissant déposant méfiant riant attrayant descendant mordant rugissant avenant désobéissant mordicant saillant avilissant desservant mourant saisissant belligérant dirigeant mouvant satisfaisant bienfaisant dissolvant naissant savant bienséant divertissant nourrissant séant bienveillant endurant obéissant séduisant cédant ensuivant odoriférant servant clairvoyant entreprenant offensant sortant combattant étourdissant opposant souffrant commettant étudiant outrageant souriant compatissant excédant pâlissant suant complaisant exécutant partageant suffisant composant exigeant pendant suivant compromettant existant perdant surintendant concertant exposant persistant surprenant concluant extravagant pesant survenant confiant fatigant plaisant survivant conquérant flagellant poursuivant tenant consentant fleurissant prenant tendant consistant florissant pressant transcendant constituant fondant prétendant vaillant consultant fuyant prévenant venant contenant gémissant prévoyant versant contendant gérant puissant vivant contredisant imposant ramollissant voyant
Parmi les participes en _ant_ les grammairiens en indiquent quinze qui changent d’orthographe en cessant d’être employés comme participes présents, et qui prennent alors _ent_ au lieu de _ant_.
Mais pourquoi établir une exception pour ces seuls mots dans le nombre si considérable de participes en _ant_ qui, lorsqu’ils deviennent substantifs ou adjectifs verbaux, conservent dans les deux cas la désinence _ant_ comme _en combattant_ et _un combattant_; _en conquérant_ et _un conquérant, en étudiant_ et _un étudiant_[66]? Si donc dans ces quinze mots qui se rencontrent dans les trois dernières conjugaisons latines les participes se sont ainsi modifiés:
[66] Si l’on voulait alléguer que le substantif verbal _un étudiant_ devait être ainsi écrit, attendu que, étant tiré du participe présent de la première conjugaison _française_ (_étudier_, en _étudiant_), sa forme régulière est en _ant_ et non en _ent_, sans qu’on ait à tenir compte de la deuxième conjugaison latine (_studere, studens_), on demande pourquoi les substantifs verbaux _adhérent, affluent_, etc., et les adjectifs verbaux _coïncident_ et _convergent_ qui appartiennent aussi à la première conjugaison _française_ sont écrits en _ent_ et non en _ant_.
(Participe.)
adhérant _subst._ adhérent affluant _subst._ affluent coïncidant _adj._ coïncident convergeant _adj._ convergent différant _adj._ différent[67] divergeant _adj._ divergent émergeant _adj._ émergent équivalant _subst._ équivalent excellant _adj._ excellent expédiant _subst._ expédient négligeant _subst._ négligent précédant _subst._ précédent présidant _subst._ président résidant _subst._ résident violant _adj._ violent
[67] On pourrait faire une exception pour le substantif _différend_.
tandis qu’on écrit de cette manière:
(Participe.)
assistant et un assistant agonisant et un agonisant descendant et un descendant desservant et un desservant dissolvant et un dissolvant plaisant et un plaisant médisant et un médisant excédant et un excédant complaisant et un complaisant répondant et un répondant prétendant et un prétendant revenant et un revenant vivant et un vivant
ne doit-on pas donner à ces quinze mots _adhérent, affluent_, etc., une désinence uniforme, celle en _ant_? Par là cesserait toute difficulté, et les règles exceptionnelles qui surchargent nos grammaires seraient diminuées d’autant.
_Liste des adjectifs et substantifs verbaux provenant des trois dernières conjugaisons latines_ et qui se terminent en ENT.
Les quinze mots exceptionnels sont marqués d’un *, et les trois adjectifs non verbaux d’une •.
absent continent expédient* jacent abstinent contingent fervent latent accident convalescent fréquent mécontent adhérent* convergent* imminent négligent* adjacent corpulent• impatient occident adolescent décent impertinent opulent afférent déliquescent impotent orient affluent* déponent imprudent patent agent différent* impudent patient antécédent diligent incident pénitent apparent dissident incohérent permanent ardent divergent* incompétent précédent* astringent dolent inconscient prééminent clément• effervescent inconséquent président* client efficient incontinent prudent coefficient éloquent inconvénient récipient coïncident* émergent* indécent réfringent compétent éminent indigent régent concurrent émollient indulgent résident* confident équipollent inhérent subséquent confluent équivalent* innocent succulent• conscient escient insolent suréminent conséquent évident intelligent urgent content excellent* intermittent violent*
Ainsi donc, contrairement à la série considérable des mots en _ant_ provenant 1º de la première conjugaison latine, qui ne figurent pas ici et qui _tous_ se terminent en _ant_; 2º de la liste des mots en _ant_ qui ne dérivent pas de verbes latins; 3º de la liste des mots de la seconde, troisième et quatrième conjugaisons latines qui se terminent en _ant_, bien que formés sur les désinences latines en _ens_, on voit que le nombre des mots qui se terminent en _ent_ (une centaine au plus) est relativement très-faible comparé à ceux dont la désinence est en _ant_, et que d’ailleurs aucune règle fixe n’a présidé à leur formation. Bornons-nous à ces exemples:
2e CONJUGAISON: plaisant, répondant et abstinent, permanent -- -- contenant, attenant et continent, éminent -- -- vaillant, voyant et équivalent, évident 3e CONJUGAISON: confiant, suivant et confident, conséquent -- -- belligérant, et antécédent, ascendant intelligent -- -- affligeant et négligent -- -- suffisant et efficient -- -- déposant et déponent -- -- cédant et précédent -- -- suivant et conséquent 4e CONJUGAISON: avenant, inconvenant et inconvénient, expédient -- -- amollissant et émollient, etc.
Que d’hésitations et d’efforts de mémoire pour ne pas errer dans ce labyrinthe!
Bien plus, il est quelques-uns de ces mots, au nombre de 17, qui, au masculin singulier, présentent une homographie complète avec la troisième personne du pluriel du présent de l’indicatif, également terminée en _ent_, et dont la prononciation diffère, exemple: un _affluent_, ils _affluent_; un _expédient_, ils _expédient_.
_Mots en_ ENT _prononcés différemment, bien qu’écrits de même_.
affluent, adj. ils affluent un expédient ils expédient content, adj. ils content convergent, adj. ils convergent un équivalent ils équivalent excellent, adj. ils excellent négligent, adj. ils négligent émergent, adj. ils émergent un président ils président un résident ils résident violent, adj. ils violent un couvent elles couvent un confluent ils confluent évident, adj. ils évident divergent, adj. ils divergent un parent ils parent coïncident, adj. ils coïncident
En adoptant la désinence ANT pour tous les adjectifs et substantifs verbaux on éviterait donc cette homographie qui vient encore accroître le trouble déjà signalé; or, du moment où la terminaison _ant_ l’emporte de beaucoup en nombre sur _ent_ et que la prononciation est identiquement la même dans l’un et l’autre cas, on propose de ramener tous les substantifs et adjectifs verbaux à un seul et même type en _ant_.
Bossuet, lors des discussions préliminaires pour le Dictionnaire de l’année 1694 (voir App. C), frappé déjà de l’incohérence de l’orthographe des adjectifs et des substantifs terminés les uns en _ant_, les autres en _ent_, cherchait le moyen de parvenir à une sorte de régularité, et, comme il lui semblait que, dans l’ensemble des mots français formés par le participe latin en _ens_, la terminaison en _ent_ était plus nombreuse que celle en _ant_, il proposait à cet effet, tout en maintenant au participe présent, ainsi qu’au gérondif, la forme exclusive _ant_[68], de donner à tous les autres la forme _ent_.
[68] Dans les manuscrits autographes des sermons de Bossuet, 2 vol. in-fol., que j’ai examinés à la Bibliothèque impériale, on remarque, au contraire, une tendance naturelle à remplacer l’_e_ par l’_a_, conformément à la prononciation. Il écrit donc _constamant, contant, contanter, contantement, atantion, atantif, atantivement, atantats, cepandant, commancer_, etc. Il écrit _commancement_ et _assambler_, et presque toujours, si ce n’est toujours, il écrit, comme Corneille, _vanger, vangeance_.
Ainsi on trouve écrit par Perrot d’Ablancourt _retrencher, garentie_, qui sont devenus _garantie_ et _retrancher_ conformément à la tendance de substituer l’_a_ à l’_e_, et il écrit _restraindre_ comme nous écrivons _contraindre_; mais aujourd’hui on écrit _restreindre_ avec un _e_.
Fénelon, à toutes ses éditions, écrit les _Avantures de Télémaque_, et Racine écrit aussi _avanture, vanger, vangeance_. L’Académie cependant écrivait _aventure_ dès sa première édition de 1694. Fénelon ne publia sa première édition: _Suite du quatrième livre de l’Odyssée d’Homère ou Avantures de Télémaque_, qu’en 1699, et toutes les éditions postérieures, y compris celle de Étienne Delaulne, 1717, portent le titre d’_Avantures_. Fénelon persistait donc, malgré l’Académie, à écrire et faire imprimer son livre avec le titre courant d’_Avantures_, et c’est ainsi que sont imprimées les _Avantures de M. d’Assoucy_, les _Avantures du baron de Fœneste_.
Mais, contrairement au sage avis de Bossuet, qui voulait l’uniformité, l’Académie inscrivait dans son Dictionnaire près de la moitié des adjectifs et des substantifs verbaux (voir le tableau page 69) avec la désinence _ant_, bien que formés tous sur la désinence _ens_ du latin, tels que: _affligeant, ascendant, assistant, assujettissant, attenant, attrayant, avenant, bien-disant, bienfaisant, bienséant, cédant_, etc., entraînée en cela par le grand nombre d’adjectifs et substantifs verbaux provenant de mots forgés sur la première conjugaison latine, _arrivant, aimant, amant, allant, appelant_, etc., et sur les mots étrangers au latin, _agaçant, attachant, brisant, gagnant, passant, tranchant_, etc.
Ainsi, dès cette époque, la formation en _ent_, que j’appellerai latine, avait cessé de fonctionner, et dès lors l’adjectif et le substantif verbal se formant à fur et à mesure des besoins sur le participe présent français toujours en _ant_, il en résulte que le nombre des mots de ce genre l’a emporté de beaucoup par un usage constant sur ceux dont la désinence est en _ent_.
Maintenant, en présence des faits, on peut être assuré que Bossuet, avec la supériorité de son esprit et la rigueur de sa logique, n’aurait pas hésité à adopter pour règle l’uniformité de la désinence en _ant_. Et, en effet, puisque la prononciation est la même pour tous, pourquoi retarder plus longtemps une réforme si facile, qui épargnerait l’obligation, très-pénible, souvent même impossible, d’établir une distinction dans l’orthographe des participes présents et celle des adjectifs et substantifs verbaux, dédale où la connaissance du latin et des étymologies, loin de nous guider, nous entraîne, comme on vient de le voir, dans de perpétuelles contradictions?
Si ce principe était adopté, on pourrait conserver la désinence _ent_ au petit nombre de mots formés directement du latin, comme _gent_ de _gens_; aux mots calqués sur la désinence latine du neutre en _entum_, comme _testament, monument_, de _testamentum, monumentum_, et enfin à tous nos adverbes en _ment_, tous par _e_, à cause de la racine _mente_. Ces trois classes de mots feraient seules exception à la règle de l’_a_ remplaçant _e_ dans les mots terminés en _ant_.
DE L’ORTHOGRAPHE ET DE LA PRONONCIATION DES MOTS EN _ANCE_ ET _ENCE_.
Enfin l’Académie examinera s’il ne conviendrait pas de ramener à une seule et même orthographe les mots ayant leur désinence en _ance_ et _ence_.
Tous les substantifs dérivés des verbes de la PREMIÈRE conjugaison latine se terminent par _ance_: _abondance, assonance, consonance, extravagance, substance_, etc.
Pour les mots dérivés des verbes de la DEUXIÈME conjugaison, le plus grand nombre se terminent en _ence_: cependant l’Académie écrit: _appartenance_ et _abstinence_, _allégeance_ et _agence_, _bienséance_ et _équipollence_, _dépendance_ et _éminence_, _complaisance_ et _dissidence_, _condoléance_ et _déshérence_, _déchéance_ et _décadence_, _déplaisance_ et _permanence_, _engeance_ et _exigence_, _intendance_ et _incidence_, _malveillance_ et _pénitence_, _naissance_ et _innocence_, _plaisance_ et _indulgence_, _surséance_ et _présidence_, _prévoyance_ et _providence_, _réjouissance_ et _résidence_, _redevance_ et _impertinence_; enfin elle écrit diversement les dérivés d’un même verbe: (de _tenere, tenens_), _contenance_ et _continence_, (de _videre, videns_), _clairvoyance_ et _évidence_, etc.
Pour les mots dérivés de la TROISIÈME conjugaison, la moitié s’écrivent par _ance_ ou par _ence_, sans motif apparent: _assistance_ et _adolescence_, _bienfaisance_ et _magnificence_, _concomitance_ et _concupiscence_, _confiance_ et _confidence_ (de _confidere_), _consistance_ et _conséquence_, _descendance_ et _convalescence, croyance_, _crédence_ et _créance_ (de _credere_), _croissance_ et _conférence_, _déchéance_ et _décadence_ (de _cadere_), _défiance_ et _désinence_, _gérance_ et _agence_, _médisance_ et _confidence_, _méfiance_ et _mésintelligence_, _insuffisance_ et _éloquence_, _intendance_ et _intelligence_, _concomitance_ et _intermittence_ (l’un avec un _t_, l’autre avec deux _t_), _naissance_ et _affluence_, _oubliance_ et _négligence_, _subsistance_ et _existence_.
Pour les mots dérivés de la QUATRIÈME conjugaison, ils se bornent à 6 ou 8 et présentent la même anomalie: _convenance_ et _audience_, _disconvenance_ et _conscience_, _souvenance, prévenance_ et _expérience_, _obéissance_ et _obédience_, _insouciance_ et _science_.
Ainsi, par ces modifications ou plutôt ces rectifications, la grammaire, débarrassée de ce grand nombre d’exceptions et de fatigantes minuties, deviendra plus facile à apprendre, et allégera pour l’Académie l’obligation d’en rédiger une. C’est peut-être aux fastidieux détails qui surchargent encore cette œuvre, confiée d’abord à Regnier des Marais, qu’on doit, du moins en partie, attribuer son ajournement.
Et, en effet, qui a le courage aujourd’hui de lire la Grammaire de des Marais, si ce n’est comme étude historique?