Part 6
Quant au double _t_, l’Académie écrit _abatage, abatée, abatis_; elle pourrait écrire _abatoir_, et même supprimer le double _t_ dans _abattement, abattu_. Corneille et Bossuet écrivent _abatre, batu_ et _rabatu_; et H. Estienne, dans son traité de la _Précellence du langage françois_, écrit _combatre, combatu, débatre, débatu, rabatre, rabatu_; Fénelon et Bossuet écrivent: _flater_ et _froter_, _atandre, atantif, atantions, ataque_ et non _attendre, attentif, attentions, attaque_, etc. Les imprimeurs ont eu grand tort de ne pas suivre l’orthographe des auteurs et de la transformer (pour ne pas dire défigurer) en la réduisant à l’uniformité d’après l’orthographe du Dictionnaire de l’Académie alors en vigueur. (Voir Appendice E.)
On pourrait aussi supprimer le double _t_ dans _attabler, attacher, attendre, atténuer, attribuer, attrouper_, puisqu’on écrit _atermoyer, atermoiement, atrophier, atourner_.
Il y a contradiction à écrire:
démailloter et emmaillotter | comploter et grelotter sangloter et marmotter | il épèle et il appelle jeter et flotter | cacheter et égoutter concomitant et intermittent | caqueter et fouetter feuilleter et frotter | raboter et garrotter projeter et guetter | exploiter et regretter radoter et ballotter | souhaiter et guetter coqueter et regretter | souffleter et acquitter tricoter et trotter | j’époussète et je rejette tripoter et gigotter |
Pourquoi un double _p_ dans _apparaître, appartenir, appesantir, appliquer, apposer, apprêter, apprivoiser, approcher, approbation, approximativement_, puisque l’Académie écrit _apaiser, apercevoir, aplanir, apetisser, apitoyer, aplatir, aposter, apostiller, apurer_, et ne pas écrire, conformément à la prononciation, _apauvrir, apesantir, aplaudir, aposer, aporter, aparaître, apareiller, apartenir, apartement, aprentissage, aprêter, apointer, aprécier, apréhender, aprendre, aprofondir, aproprier, aprouver, apuyer_?
Pourquoi, lorsqu’on écrit avec un seul _p_: _occuper, attraper, grouper, dissiper_, mettre deux _p_ à _développer, envelopper_ (Bossuet écrit _enveloper_), _échapper, agripper_?
On verrait aussi avec plaisir la suppression du double _p_ à _appeler_: la nuance de la prononciation dans certains temps de ce verbe est si faible qu’elle peut être omise, à l’exemple de tant d’autres plus sensibles en certains mots. Par là on éviterait la difficulté de l’emploi tantôt du double _p_ et du double _l_, tantôt du seul _p_ ou _l_. Le Dictionnaire de l’Académie écrit il _appelait_ et Perrot d’Ablancourt _apelloit_; dans les anciens manuscrits, _apele_ est écrit avec un seul _p_, et dans d’autres on lit _appelloit_.
Puisque l’on écrit _déprimer_, on devrait écrire _suprimer_ et non _supprimer_; l’affixe _su_ est la contraction de _sus_ et non de _super_. Il en est de même de _supporter_, qui ne devrait prendre qu’un seul _p_.
Quelques autres anomalies pourraient disparaître, et puisque l’Académie écrit _charretier, gazetier, noisetier, tabletier, desquamation_, elle devrait supprimer le double _t_ dans _aiguillettier_ et le double _m_ dans _squammeux, enflammer_.
Dans la première édition, elle a écrit _domter_. C’est ainsi qu’écrit toujours Bossuet, et cela conformément au _Cahier de remarques_, qui, au chap. IV, art. 3, dit: «On met un _p_ à _compter_ et _à compte_, quand ils signifient _supputer, supputation_, mais à _domter_, il n’en faut point.» On devrait donc écrire ainsi et de même _exemter_, au lieu de _exempter_.
Une manière d’écrire contradictoire à la prononciation aurait à la longue une fâcheuse influence sur le langage. A force de voir les mots ainsi écrits et imprimés, la voix s’habitue à prononcer, surtout dans les provinces et dans les pays étrangers, toutes les lettres dont le son pour l’habitant de Paris s’annule par l’usage d’une prononciation journalière. On peut donc craindre que des mots tels que _sculpture, promptitude, doigtier, dompter_ ne finissent par être prononcés _sculpeture, prompetitude, doiguetier, dompeter_, au lieu de prononcer _sculture, prontitude, doitier, domter_.
Les lettres doubles n’ont pas toujours fait partie du système orthographique de notre langue; elles sont en général une imitation des procédés grammaticaux du latin classique, dont l’influence se développe à partir du quinzième siècle, comme on peut le voir par le tableau suivant que j’ai dressé d’après trois monuments littéraires très-réguliers pour leur temps et dont je parlerai plus loin:
Les quatre livres Dictionnaire Dictionnaire de des Rois et de Le Ver, Rob. Estienne, saint Bernard 1420-1440. 1549 (XIIe siècle).
abandoner S. Bern. » abandonner acumplir acomplir accomplir afaire » affaire alaiter alaitier allaicter aler aler aller aliance alianche alliance alure alure allure ancienement anchiennement anciennement apeler appeler appeler aprester » apprester ariere ariere arrière asembler assambler assembler asez asses assez atendre attendre attendre comandement S. B. quemandement (il commandement et cumandement écrit comander) cele celle icelle coment S. B. comment comment et cument ou quoment cumbatre combatre combatre corone S. B. courone couronne cruelment cruelment cruellement deriere deriere derrière deservir deservir desservir duner (donner) donner donner enemi anemis ennemi home homme homme humage hommage hommage nule nulle nulle nuvele nouvelle nouvelle obeisant obeissans obeissant moyene S. B. moyenne moyenne ocis ochis occis pardoner S. B. pardonner pardonner pousiere S. B. [pourre] poussière resembler ressambler ressembler resusciter resusciter resusciter sale (salle) sale salle sele (selle) selle et seelle selle sumet (sommet) summet sommet valée valée vallée
On voit donc par ce tableau que la suppression des doubles consonnes parasites est conforme au génie naturel de notre langue.
III
DES TIRETS OU TRAITS D’UNION.
Les Grecs et les Latins ne divisent pas les mots qui, composés de plusieurs, n’en forment réellement qu’un seul, tels que, en grec, αντιπέραν, vis à vis; παράπαν, tout à fait; παραμηρίδια, haut-de-chausses; παράλογος, contre-sens; παραχρῆμα, sur-le-champ; σύμπαν, tout à la fois; ἐξαίφνης, tout aussitôt; περιῤῥρρδην, tout à l’entour. Et de même en latin: _adhuc_, jusqu’à présent, jusqu’à ce jour; _hucusque_, jusqu’ici; _alteruter_, l’un ou l’autre; _propemodum_, à peu près; _propediem_, jusqu’à ce jour; _ejusmodi_, de cette façon; _quoadusque_, jusqu’à ce que; _quantuluscumque_, quelque petit qu’il soit; _nihilominus_, néanmoins; _verumenimvero_, à la vérité.
Les Grecs, dans la formation des mots composés, avaient souvent recours à la contraction et même à la suppression de la lettre finale: de ὄψον, ὀψοφαγία, ὀψοπώλης; de νόμος, νομοθέτης; dans κορυθαίολος, dans ποδάρκης, dans μονάρχης, il y a même suppression de deux lettres. Quelquefois, pour adoucir la prononciation, le ν se change en γ, παγχάλεπος. De même les Latins, de _postero die_, ont fait _postridie_. Usant du même procédé, nous avons fait de _bas bord_, _bâbord_; de _bec jaune_, _béjaune_; de _contre escarpe_, _contrescarpe_; de _contre trouver_, _controuver_; de _corps_, _corsage, corset_; de _il n’y a guères_, _naguère_; de _tous jours_, _toujours_; de _la plus part_[57], _plupart_; de _passe avant_, _passavant_; de _néant moins_, _néanmoins_; de _plat fond_, _plafond_; de _plus tôt_, _plutôt_; de _vaut rien_, _vaurien_; de _sous rire_, _sourire_; de _sous coupe_, _soucoupe_, etc.; _de ores en avant_, est devenu _dorénavant_[58]; _à l’entour_, _alentour_, etc.
[57] L’Académie, dans son Dictionnaire de 1694, écrit _tousjours, pluspart_.
[58] Ce composé s’est écrit d’abord _de ores en avant_, puis _d’ores en avant, doresenavant_, puis _doresnavant, dorenavant_, et enfin _dorénavant_.
Dans les autres langues, les mots composés ne forment qu’un seul mot, ou, si les traits d’union sont quelquefois admis, ils sont employés de manière à n’offrir aucune difficulté grammaticale.
La langue italienne, qui de toutes se rapproche le plus de la nôtre, de plusieurs mots n’en forme qu’un seul[59]: _acquavita_, eau-de-vie[60]; _affatto_, tout à fait; _capodopera_, chef-d’œuvre; _nulladimeno_, néanmoins; _contuttociò_, avec tout cela; _conciosiacosachè, conciofossecosachè_, puisque, bien que; _perlaqualcosa_, c’est pourquoi; et en espagnol: _guardacostas_, garde-côte; _contraprueba_, contre-épreuve; _guardasellos_, garde des sceaux, etc.
[59] Je me rappelle avoir lu dans Boccace _contuttosiacosachè_.
[60] Les Espagnols en ont fait aussi un seul mot: _aguardiente_, contracté de _agua ardiente_.
Palsgrave, dans son _Esclarcissement de la langue françoyse_, en 1530, écrivait _aulcunefoys, souventesfoys_; _autravers, paradventure, jusqu’adix, jusqu’aumourir_.
Dans nos anciens manuscrits, on ne voit aucun trait d’union[61], non plus que dans les dictionnaires de Robert Estienne. C’est dans le Dictionnaire de Nicot que je le vois apparaître pour la première fois, en 1573.
[61] «Quant à l’accent enclitique[‡] (sorte de trait d’union), disait Dolet en 1540, il n’est point recevable en la langue françoyse, combien qu’aulcuns soient d’aultre opinion. Lesquelz disent qu’il eschet en ces dictions, _ie, tu, vous, nous, on, ton_. La forme de cest accent est telle, ′: par ainsi ilz vouldroient estre escript en la sorte qui s’ensuyt: _M’attenderai′ ie à vous? Feras′ tu cela? Quand aurons′ nous paix? Dict′ on tel cas de moy? Voirra′ lon iamais ces meschants puniz?_ Derechef ie t’aduise que cela est superflu en la langue françoyse et toutes aultres: car telz pronoms demeurent en leur vigueur, encores qu’ilz soient postposés à leurs verbes. Et qui plus est, l’accent enclitique ne conuient qu’en dictions indeclinables, comme sont en latin, _ne, ve, q´, nam_. Qu’ainsi soit, on n’escript point en latin en ceste forme: _Feram′ ego id iniuriæ? Eris′ tu semper tam nullius consilij?_ Tiens donc pour seur que tel accent n’est propre aulcunement à nostre langue.»
[‡] L'accent enclitique est représenté ici par le signe prime.
Le grand nombre de mots connus sous la dénomination de _mots composés_, parce qu’ils n’expriment qu’une seule idée ou qu’un seul objet avec le concours de plusieurs mots, sont maintenant tantôt réunis par un _tiret_ ou trait d’_union_, tantôt séparés, sans tirets, et tantôt groupés en un mot unique.
Isolés, ces mots offrent souvent un sens tout différent de celui qu’ils auraient s’ils étaient réunis: _belle-mère, belle-sœur, beau-père, blanc-bec, belle-de-jour_, ont un sens général tout autre que le sens spécial de leurs composants. Il convient donc de les grouper le plus possible en un seul mot qui représentera bien mieux l’idée particulière qu’ils veulent exprimer. Par là serait évitée la difficulté, souvent si grande, de l’orthographe du pluriel, car, dans une foule de cas, on ne sait si la marque _s_ ou _x_ doit s’appliquer au premier ou au second des composants, ou bien à tous deux. Les mots composés, une fois agglutinés, rentrent dans la règle générale de formation du pluriel des substantifs. Ainsi, en écrivant des _femmes_, des _paroles aigredouces_, des _discours aigredoux_, des _rougegorges_, des _cassecous_, des _cocalânes_, des _choufleurs_, on n’a plus à hésiter pour savoir où mettre l’_s_, et s’il faut écrire _discours aigres-doux_ ou _aigre-doux_, des _femmes aigres-douces_ ou _aigre-douces_, des _rouges-gorges_, des _casse-cous_, des _coq-à-l’ânes_ ou des _coqs-à-l’âne_[62], des _choux-fleurs_, etc. Si l’on permettait d’écrire _chefdœuvre_, ou plutôt _chédœuvre_ au singulier et _chédœuvres_ au pluriel, et non _chefs-d’œuvre_, comme on le fait maintenant, les poëtes n’auraient plus à regretter de ne pouvoir dire: _chédœuvres éternels, les chédœuvres humains_, ce que ne permet pas l’orthographe admise, _chefs-d’œuvre_[63].
[62] Ces vers de Regnard en sont la preuve:
Pour être un bel esprit, Il faut avec dédain écouter ce qu’on dit; Rêver dans un fauteuil, répondre en _coq-à-l’ânes_ Et voir tous les mortels ainsi que des profanes.
_Le Distrait_, act. IV, sc. 7.
[63] L’Académie, pour éviter les controverses grammaticales, a souvent omis d’indiquer les pluriels, laissant indécis si l’on doit écrire des _clair-obscurs_ ou des _clairs-obscurs_, _maître-autels_ ou _maîtres-autels_, _brèche-dent_ ou _brèche-dents_. En formant un seul mot des deux, on trancherait la difficulté: un _clairobscur_, des _clairobscurs_; un _maîtrautel_, des _maîtrautels_.
Un grammairien d’un vrai mérite explique ainsi l’orthographe académique d’un _gobe-mouches_ et un _chasse-mouche_. «Un _gobe-mouches_ ne prendrait pas ce nom s’il n’en avalait qu’une et on écrit sans _s_ un _chasse-mouche_ parce qu’il suffit d’une mouche pour en être importuné.» En écrivant un _gobemouche_, des _gobemouches_, un _chassemouche_ et des _chassemouches_, on soulagerait la grammaire de ces subtiles distinctions.
L’Académie écrit _eau-forte_ et _eau seconde, eau régale_. Comment se rendre compte de la distinction subtile qui nécessite le trait d’union mis par l’Académie au premier seul de ces composés, tandis qu’elle écrit séparément les deux autres? On devrait les écrire en un seul mot, et de même _eaudevie, belledejour, belledenuit_.
Le mot _garde-malade_ peut s’écrire de cinq manières différentes, selon l’analyse qu’on fera des composants: _une garde-malade_, _garde de malade_; _une garde-malades_, qui garde les malades, _des garde-malade_, qui gardent le malade ou un malade; _des gardes-malade_, comme _gardes-marine_, gardiens de malade; _des garde-malades_, qui gardent les malades; et enfin _des gardes-malades_. Ce pluriel, qui semble le plus généralement adopté, est le moins logique de tous. La forme _gardemalade_ supprime ces puériles difficultés.
L’Académie écrivant: _aussitôt, aujourd’hui, auparavant, auprès, aplomb, embonpoint_ (qu’il serait mieux d’écrire _enbonpoint_, puisqu’on a _mal-en-point_), pourrait écrire sans tiret, _acompte, audevant, apropos, aprésent_. Pour trouver ces quatre mots au Dictionnaire, il faut aller les chercher à _Compte_, à _Devant_, à _Propos_, à _Présent_.
L’Académie écrivant: _plutôt, plupart_ (où le _s_ est retranché)[64], _bienheureux, bienséant, biendisant, médisant_, pourrait écrire sans tiret: _bienaimé, bienêtre, plusvalue_ ou _pluvalue_, et, en un seul mot _plusqueparfait_, comme elle écrit _imparfait_. Puisqu’elle écrit _betterave_, pourquoi _chou-rave_?
[64] Quant au genre des _lettres_, selon l’Académie, on doit écrire tantôt _une s_, tantôt _le s_. Il en est de même pour d’autres lettres _f, l, m, n, r_; à cet égard, il faut aussi prendre un parti.
L’Académie, écrivant comme on prononce _bâbord_, terme de mer, et non _bas-bord_, pourrait écrire sans tiret _bassetaille, bassecour_, ce qui éviterait ce pluriel: des _basses-cours_, des _basses-tailles_.
Elle écrit avec raison _bientôt_: elle devrait faire de même pour _sans doute_, dont les composants ne sont pas même réunis par un trait d’union. Cependant, _sans doute_ exprime très-souvent le doute, au lieu d’un sens affirmatif: _il viendra sans doute_ signifie _il viendra probablement, peut-être_. On devrait donc écrire _sansdoute_ ou mieux _sandoute_, comme _plutôt, souvenir, plafond_, etc.
Elle écrit sans tiret _clairvoyant_, et avec tiret _clair-semé, à claire-voie_.
Elle écrit en un seul mot: _contrebande, contrecarrer, contredanse, contredire, contrefaçon, contrescarpe_, etc., et devrait écrire aussi sans tiret: _contr’épreuve_ ou _contrépreuve_, _contrecoup, contrecœur, contremarque, contretemps, contresens, contrepoids, contrepied, contrelettre, contrefort, contrordre_.
_Contre-poison, contre-taille_, sont ainsi écrits à leur ordre alphabétique; mais, dans le cours de son Dictionnaire, l’Académie écrit _contrepoison, contretaille_.
L’Académie écrit: _entrecouper, entrelacer, entrelacs, entremettre, entrelarder_, auxquels elle devrait ajouter sans tiret: _entredonner, entredéchirer, entredeux, entrepont, entresol_ et _soussol_ ou mieux _sousol_[65].
[65] Dans les quatre éditions précédentes, l’Académie écrit _entresol_ d’un seul mot, de même qu’elle écrit en un seul mot _tournesol, parasol, préséance, présupposer, vraisemblance_, et qu’on devrait écrire _havresac, bouteselle_ (et non _havre-sac, boute-selle_), en prononçant l’_s_ comme il devrait toujours être prononcé et non comme _z_. M. J. Quicherat observe avec raison (_Traité de versification française_, p. 3) que «l’Académie a tort d’écrire _dissyllabe_ et qu’on doit écrire _disyllabe_, comme _dimètre, dilemme_: la particule _dis_ n’ayant rien à faire dans cette composition.»
Il serait désirable que partout où l’_s_ se prononce _z_, cette dernière lettre pût un jour la remplacer.
On écrivait autrefois _hazard, hazarder, nazillard, magazin_. Corneille écrivait _cizeaux_; on devrait donc écrire de même _bizeau, nazeau_, puisqu’on écrit _nez_. Bossuet, dans les manuscrits de ses Sermons, p. 59, écrit: _vous oziez_.
La lettre _z_ est simple, euphonique et gracieuse. Il est regrettable qu’on ait cru en devoir restreindre l’emploi aux seuls mots suivants: _alezan, alèze, alize, alizier, amazone, apozème, azerole, azerolier, azimut, azote, azur, azyme, balzan, bazar, benzine, bézoard, bizarrerie, bonze, bronze, Byzance, canezou, colza, coryza, czar, dizain, dizaine, dizenier, donzelle, douzaine, douze, épizootie, gaz, gaze, gazelle, gazer, gazetier, gazette, gazeux, gazomètre, gazon, gazouiller, gazouillement, gazouillis, horizon, lazaret, lazuli_ (lapis), _lézard, lézarde, luzerne, mazette, mélèze, mozarabe, Nazareth, nez, onzième, osmazôme, quartz, quatorze, quinze, recez, rez-de-chaussée, riz, rizière, seize, sizain, sizaine, suzeraineté, syzygie, topaze, trapèze, treize, vizir, vizirat_, auxquels il faut ajouter les 41 mots commençant par cette lettre au Dictionnaire.
Si le _z_ pouvait remplacer l’_s_ dans les mots où il en a pris le son, on éviterait des difficultés orthographiques et une règle de grammaire à apprendre avec les exceptions. L’_s_ reprendrait sa fonction naturelle dans ces mots composés: _asymptote, désuétude, entresol, havresac, monosyllabe, parasol, préséance, présupposer, soubresaut, tournesol, vraisemblable_, etc., que des étrangers croient devoir prononcer comme _aisément_, avec le son du _z_.
L’Académie écrit: _gendarme, gentilhomme, lieutenant, mainmorte, malhonnête, malintentionné, malpropre, malsain_; elle pourrait écrire de même sans tiret: _faufuyant, gagnepain, gardefeu, gardemeuble, mainforte_.
L’Académie écrit: _hautbois_ (qui serait mieux sous cette forme: _haubois_, en italien _oboè_); pourquoi ne pas écrire: _hautecontre_ et _contrebasse_? et puisqu’on écrit _justaucorps_, on pourrait admettre _haudechausse_.
L’Académie écrit sans tiret: _nonpareille, parterre, partout, passavant, porteballe, portechape, portechoux, portecrayon, portefaix, portefeuille, portemanteau, postface_; et avec tiret: _nonsens, passedebout, passeport, passetemps, peutêtre, portecrosse, portedrapeau, portemontre, portevoix_. La régularisation de ces derniers mots supprimerait l’embarras du pluriel. On verra par le Tableau des mots composés la difficulté de le former.
L’Académie écrit: _outrecuidant, outremer, sauvegarde, soucoupe, soussigné, souterrain, soutirer, surbaisser, surenchère_; elle pourrait écrire sans tiret: _outrepasser, saufconduit, souslouer_ (ou mieux _soulouer_), _sousentendu, sousordre, souspréfet_ ou _soupréfet_, et devrait écrire _soulocataire, sousol_, comme elle écrit _soucoupe, soutirer, sourire, soubassement, soumission, soulier_, mieux écrit autrefois _soulié_.
L’Académie écrivant _surenchérir, surlendemain, surnaturel_, pourrait écrire _surlechamp_, au lieu de _sur-le-champ_, et le placer à son rang à côté de _surlendemain_, tandis qu’il faut chercher cet adverbe ou locution adverbiale à _Champ_; _surlechamp_ est un adverbe comme _sitôt_ et _aussitôt_, lequel est également composé de trois mots: au-si-tôt.
L’Académie écrit: _becfigue, pourboire, quintefeuille, quintessence, tournebride, tournebroche, tournemain, vaurien_. Elle pourrait écrire sans tiret: _chaussetrape, coupegorge, couvrepied, curedent, quatretemps, quatrevingts, songecreux_, et, puisque _tapecu_ est ainsi écrit, _torchecul_ ou _torchecu_ devrait l’être de même.
Bien que l’Académie écrive des _contrevents_ et des _abat-vent_, des _brise-vent_ et des _paravents_, des _casse-tête_ et des _serre-tête_, des _tire-têtes_ et des _hausse-cols_, des _passe-poils_ et des _passeroses_, des _passerages_ et des _passe-ports_, un _gobe-mouches_ et un _chasse-mouche_, ces mots, de même formation, devraient tous prendre une figure orthographique uniforme.
Comment fixer les pluriels des mots suivants, que chacun forme à sa manière:
Des _ayants cause_, des _bateaux-poste_, des _boute-selles_, des _chasse-marée_, des _tête-à-tête_, des _souffre-douleur_, des _contre-vérité_, des _coq-à-l’âne_, des _dames-jeannes_, des _croc-en-jambe_, des _rouges-gorges_, des _rouge-queue_, des _rouges-trognes_, des _rouges-bords_, des _garde-forêt_, des _garde-robes_, des _cure-dent_, des _cure-oreilles_, des _chausse-pied_, des _entre-côtes_, des _essuie-main_, des _appui-main_, des _fesse-cahier_, des _porte-hache_, des _pieds-d’alouette_, des _passe-volants_, des _hautes-contres_, des _culs-de-sac_, des _guets-apens_, des _pince-maille_, des _après-dînées_, des _après-midi_, des _garde-fous_, des _gardes-marine_, des _perce-oreille_, des _trouble-fête_, des _ponts-neufs_, des _messire-Jean_, des _bains-Marie_, des _colin-maillard_, des _revenant-bon_, des _porte-étendard_, des _serre-tête_, des _tire-têtes_, des _serre-file_, etc.?
Pour lever toute difficulté, ne pourrait-on pas, dès à présent, ramener comme suit à une orthographe uniforme ces mots composés: