Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2

Part 12

Chapter 123,359 wordsPublic domain

RENOTER, v. n. Redire sans cesse, répéter fastidieusement, rabâcher. _C'est la dixième fois que tu me renotes la même chose. Ces deux écoliers me renotent toujours que l'étude du grec les ennuie._

RENOUVELER, v. n. Se renouveler, en parlant de la lune. _La lune renouvelle demain._

Quand la lune renouvelle en beau, Trois jours après on a de l'eau.

RENRHUMER, v. a. Enrhumer de nouveau. _J'ai quitté mon gilet de flanelle, et me voilà renrhumé._

RENTER, v. a. _Renter des bas._ Dites: Remonter des bas.

† RENTOURNER (SE), v. pron. S'en retourner. _Ne pleure plus, mon vâlet, et rentourne-t'en chez vous.--Ma mama ne veut pas que je m'en rentourne seul._ Barbarisme vaudois, lyonnais, etc.

RENTRER, v. a. _Rentrer une couture._ Terme français populaire. Dites: Rentraire une couture.

† RENVENIR (S'EN), v. pron. S'en revenir. _Lequel de vous veut s'en renvenir avec moi? Renviens-t'en, Michel._ Barbarisme lyonnais, etc.

RENVERSER, v. n. Verser, parlant d'une voiture. _Nous heurtâmes contre le boute-roue, et le chariot renversa._ Terme français populaire.

REPAILLER, v. n. Rempailler, garnir d'une nouvelle paille. _Voilà des chaises mal repaillées._

REPAILLEUSE, s. f. Rempailleuse.

REPAS DU LOUP, s. m. Terme des campagnards. Repas donné le troisième jour de la noce aux personnes avec lesquelles on est moins en relation.

REPATRIER, v. a. Rapatrier, réconcilier des personnes brouillées. Terme méridional, etc.

REPÊCHER (SE), v. pron. Se rattraper, retrouver son gain, prendre sa revanche.

....... Je laisse le bouli, Comptant _me repêcher_ bientôt sur le rôti.

[CH.]

† REPENTU, UE, part. _Elle s'est bien vite repentue d'avoir menti._ Barbarisme qui appartient au français populaire. On doit dire: Repenti, repentie.

REPETASSER, v. a. Rapetasser, raccommoder grossièrement de vieilles hardes. Terme méridional.

REPICOLER ou RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer, rendre les forces, remettre en vigueur, refaire. _Notre pauvre petite Linotte était crevotante, un peu de vin l'a repicolée. Depuis que j'ai pris ce bouillon bien chaud et bien succulent, je me sens repicolé._ Terme suisse et savoisien. Dans le patois du Jura, et dans le dialecte provençal, _revicouler_ et _reviscoula_ ont le même sens.

REPIPER, v. a. Répliquer, répondre. _Quand je lui ai dit son fait, il n'a rien repipé, il n'a pas repipé mot._

REPIT, s. m. _Avoir du repit; donner du repit._ Écrivez et prononcez «Répit,» avec un accent sur l'_é_.

REPLAT, s. m. Plateau, terrain plat sur une élévation. _Nous ferons une halte au premier replat._ Terme suisse. Dans le dialecte du Berry, _replat_ signifie: Terrain déprimé.

REPLIQUER, v. a. _Garde-toi de repliquer. Si tu repliques, je te punis._ Prononciation habituelle chez nous. Ce mot s'écrit avec un accent sur l'_é_: «Répliquer.» Ne réplique pas.

REPLUMER (SE), v. pron. Se remplumer. S'emploie surtout figurément et signifie: 1º Revenir en santé; 2º Rétablir ses affaires, regagner de l'argent.

REPOCHONNER, v. n. Reprendre avec la cuiller à pot. _Repochonner la soupe._ [G. G.]

REPRIN, s. m. Recoupe, son de première qualité. Terme suisse, savoisien et méridional.

REPRISE, s. f. Terme d'horticulture. Joubarbe des jardins.

REPROCHER, v. n. Donner des rapports, occasionner de ces vapeurs acides et désagréables qui s'élèvent de l'estomac dans la bouche. _Les choux et les radis lui reprochent._ Terme français populaire.

REQUÊT, s. m. Terme des campagnards. Se dit d'un repas ou gala donné à des femmes par une nouvelle mariée le lendemain de ses noces.

REQUINQUILLER, v. a. Ranimer, ragaillardir. _Allons, allons, une goutte de rikiki, ça requinquille._ Employé comme verbe pronominal, _se requinquiller_ signifie: Se requinquer, se parer, faire sa toilette. _Qu'y a-t-il de nouveau, Magdelon, que tu es si requinquillée et si belle?_ Terme vaudois et méridional.

RESILLER, v. n. (_ll_ mouillés.) Se dit du vin et signifie: Tourner, devenir aigre.

RÉSILLER, v. a. (_ll_ mouillés.) Orthographe vicieuse du mot résilier. _Résiller un bail, résiller une vente._ Cette mauvaise orthographe conduit à des fautes plus graves: Nous disons au présent de l'indicatif: _Je résille_, au lieu de dire: Je résilie. Nous disons au futur: _Je résillerai_, au lieu de dire: Je résilierai. Nous disons au subjonctif: _Que je résille; permettez que je résille ma location_, au lieu de dire: Que je résilie. Permettez que je résilie ma location.

† RÉSIPÈLE, s. f. Érésipèle.

RESSAUTER, v. n. Signifie: 1º Tressaillir; 2º Rebondir; 3º Rejaillir. _Ressauter de peur. Je dormais profondément lorsqu'un cri d'à l'eau! me fit ressauter dans mon lit. Sa paume élastique ressautait jusqu'à la hauteur du deuxième_ _étage. Prends garde, Édouard, tu me fais ressauter de l'eau._ Terme français populaire.

† RESSEMBLER QUELQU'UN. _L'aînée (des deux sœurs) ressemble son père, et la cadette ressemble sa mère._ Cette expression appartient au français populaire et au vieux français. On doit dire: L'aînée ressemble à son père et la cadette à sa mère.

RESSEMBLER, v. n. Ne dites pas: _Voilà un portrait qui ressemble_, dites avec un régime indirect: Voilà un portrait qui ressemble à Mr un tel, à Mme une telle; ou: Voilà un portrait qui est ressemblant.

RESTER, v. n. _Nos amis restent bien à venir._ Dites: Tardent bien à venir.

RESTER, v. n. Demeurer, loger. _Dans quelle rue restez-vous, Monsieur Michaux?--Je reste actuellement à la rue de Toutes-Ames._ Français populaire.

RESTER, v. n. Employer, mettre. _Les maçons restèrent deux ans et demi à élever ce bâtiment colossal._ Expression méridionale.

RESTER DEVOIR. Devoir encore, redevoir. _Tu me restes devoir vingt-cinq francs._ Expression méridionale.

RESTOUPAGE, s. m. Action de _restouper_. Ces deux termes, fort usités en Suisse, mais peu connus en France, ne se trouvent que dans le dictionnaire de Bescherelle, qui leur donne un sens plus restreint. Gattel, en citant le mot _restoupage_, dit qu'il est usité en Flandre! Dans le dialecte rouchi, _restouper_ signifie: Remplir un trou, combler un trou. Et le dictionnaire de l'Académie [édition de 1694], dit: _Estouper_, boucher un trou avec de l'_estoupe_ (ou étoupe).

RESTOUPER, v. a. Terme de couturière. Raccommoder, reprendre, rentraire, rejoindre les parties qui sont rompues. _Restouper des bas. Gilet restoupé._

RESTOUPEUSE, s. f. Couturière qui _restoupe_.

RESTOUPURE, s. f. Reprise qu'on fait à une étoffe, à un tissu, à de la dentelle, etc.

RETACONNER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder grossièrement. _Un habit tout retaconné; retaconner des bottes; retaconner un manteau._ Terme suisse et savoisien. Dans le dialecte picard, et en vieux français, _rataconer_ a le même sens. Ces deux termes viennent de l'ancien mot _tacon_, lequel signifie: Pièce, morceau, et spécialement morceau de cuir. A Genève, la place nommée aujourd'hui _Taconnerie_ était autrefois un marché aux cuirs.

RETAMER ou RÉTAMER, v. a. Remettre l'étamure. _Retamer une casserole; rétamer un pochon._ Terme français populaire.

RETARDER (SE), v. pron. Être retardé. _Notre petite Amélie commençait à marcher, mais le froid est survenu, et elle s'est retardée. Quand le dîner se retarde, nos Messieurs me font devenir folle. La garde était arrêtée pour le 1er de septembre, mais notre maîtresse s'est beaucoup retardée._

RÉTENDRE, v. a. _Vous m'apportez là du linge qui est à peine sec: allez le rétendre._ _Rétendre_, écrit avec un _é_, est un barbarisme. Pour être correct, on doit écrire et prononcer «Retendre.»

RETENIR, v. a. Réparer un objet qui est peu gâté, peu endommagé. _Retenir un habit; retenir des bas. Après la lessive, la maîtresse fait retenir tout le linge. Une journée suffira aux couvreurs pour retenir tous les toits du bâtiment._

RETORDU, UE, subst. Mot populaire du bassin de Genève et d'ailleurs, qui s'emploie pour: Retors, matois, renard. Exemple: _Méfiez-vous de cet homme, de cette femme, parce que c'est un retordu, une retordue_.

RETOUR, s. m. Ce que nous appelons _voiture de retour_, s'appelle en France: Voiture de renvoi. _Nos voyageurs trouvèrent à point nommé une voiture de retour pour se rendre à Berne._ Terme méridional.

RETOURNER, v. a. Terme mercantile. Renvoyer. _Retourner une marchandise. Le colis était avarié, et on le retourna à l'expéditeur._ Terme français populaire.

RETRANCHER À. Retrancher de. _Retrancher un couplet à une chanson. Retranche un paragraphe à ton discours._ Dites: Retranche un paragraphe de ton discours, etc.

† REVANCHE (UN). _Prendre son revanche._ «Revanche» est français, mais ce mot est féminin.

REVANGE, s. f. Revanche. _Prendre sa revange. Avoir sa revange. Demander sa revange._ Terme français populaire.

REVANGER, v. a. Revancher, prendre la défense d'une personne attaquée. _Sois tranquille, je saurai bien te revanger._ Terme français populaire et vieux français.

RÈVE ou RAIVE, adj. Terme des campagnards. Se dit du bois qui commence à pourrir sur l'arbre et qui se casse très-facilement. _Ne grimpe pas jusqu'à cette branche: elle est raive._

RÉVEILLON, s. m. Lendemain d'une fête. «Réveillon» est un mot français, mais il a un autre sens.

REVENDRE QUELQU'UN. (fig.) Lui en revendre, le surpasser, être plus fin que lui.

REVENETTE, s. f. Terme d'écolier. Ricochet, bricole. _Dis donc, Louis, la revenette n'en est pas.--Si fait bien, la revenette en est._

REVENEZ-Y, s. m. _C'est du revenez-y._ Expression familière que l'on emploie en parlant d'un aliment quelconque qui plaît au goût, et auquel on aime à _revenir_. _Ces confitures ont un goût de revenez-y. Votre vin n'est pas du revenez-y_, c'est-à-dire: Votre vin ne rappelle pas son buveur. Ce terme n'est pas inconnu en France, puisqu'il figure dans le _Dictionnaire du Bas langage_, t. II, p. 309.

REVENEZ-Y, s. m. Ce substantif composé, qui ne se trouve pas dans les dictionnaires français, s'emploie à Genève et ailleurs dans le sens de récidive. Exemple: _Il m'a joué un tour, mais je l'attends au revenez-y_.

REVENGE. Voyez REVANGE.

REVENIR, v. n. Redevenir. _Cette étoffe revient à la mode. Quelle bonne figure tu as, Joubert! En vérité, tu reviens jeune._ Français populaire.

REVENIR QUELQU'UN. Lui faire reprendre ses esprits. _Elle tomba en défaillance, et il fallut la revenir avec du vinaigre._ Terme dauphinois, etc.

REVENIR (EN). Abandonner l'opinion dont on était, pour se ranger à l'avis d'un autre. _Ludovico est un opiniâtre achevé, et quand il a décidé une chose, il n'en revient pas._ Dites: Il NE revient pas. [ACAD.] «Que la Cour ait raison ou qu'elle ait tort, elle NE revient pas.» [MARMONTEL, _Bélisaire_, ch. VI.]

REVENUE, s. f. Retour. _L'allée et la revenue._ Terme vieux français, qu'on trouve déjà dans le _Roman de la Rose_.

RÊVER APRÈS. _Deux nuits de suite, Monsieur Isaac, j'ai rêvé après vous._ Dites: J'ai rêvé de vous, ou (ce qui est moins correct sans être fautif): J'ai rêvé à vous.

REVERBÈRE, s. m. Écrivez et prononcez «Réverbère.»

REVERCHON, s. m. Envie, petits filets qui se détachent de la peau autour des ongles. [G. G.]

REVERCHON, s. m. La partie du drap de lit qu'on retrousse près de la tête, par-dessus la couverture. Se dit surtout quand on parle des couchettes d'enfant.

REVERS, s. m. _Le revers d'une étoffe; le revers du drap_, etc. Dites: L'envers, c'est-à-dire: Le côté d'une étoffe, le côté du drap qui ne doit pas être exposé à la vue.

REVIRE, s. m. Ce mot de _revire_ se joint à _main_ et à _pied_, pour exprimer une mesure naturelle prise de la largeur de l'une et de l'autre. Ainsi _revire-main_ signifie: Largeur de la main; _revire-pied_ signifie: Largeur du pied. _Depuis cette boule jusqu'au but, il y a un pied et un revire-pied._

REVIRÉE, s. f. Ruban que les garçons de la campagne mettent à leur habit quand ils sont de noce. [P. G.]

REVIRÉE, s. f. Mornifle, soufflet, volée de coups. _Donner une revirée._ Terme vaudois. _S'en donner deux tours et la revirée_, signifie: À outrance, le plus possible. On dit de deux personnes qui se sont violemment battues, qu'_elles s'en sont donné deux tours et la revirée_. _Jacques, as-tu bien dansé hier?--Ah! je t'en réponds; on s'en est donné deux tours et la revirée._

REVIRE-MARION, s. m. Mornifle, soufflet violent qui fait _virer_ sur elle-même la personne qui le reçoit. _Il voulut se mêler de la dispute, et il y attrapa pour sa part un revire-marion soigné._ Terme vaudois.

RÉVISER, v. a. _Réviser une loi; réviser la Constitution_, etc. Écrivez et prononcez «Reviser;» mais écrivez et prononcez «RÉvision.»

REVOLIN, s. m. Quinte, caprice, changement subit de volonté, de projet ou d'humeur. _Il lui a pris un revolin, et il a congédié les trois domestiques et le cocher._ Terme vaudois. Au sens propre, _revolin_ signifie: Coup de vent subit. Nos campagnards disent: _Revolet_. _On ne sait quel revolet lui a pris._ R. _volo_.

REVOIR (À), loc. adv. Au revoir. _À revoir, Messieurs, à revoir, Mesdames._ Terme français populaire.

REVOYANCE, s. f. Terme très-familier, et qui n'est guère usité que dans cette expression: _À la revoyance_, c'est-à-dire: Au revoir. _Adieu, Jeannot; adieu, Rambosson; adieu, jusqu'à la prochaine revoyance._ Les Champenois disent: _À la revoyure_. [_Vocabulaire du Bas langage rémois_, par Mr E. SAUBINET.]

REZASSER, v. a. _Que viens-tu nous rabâcher et nous rezasser?_ Écrivez «Ressasser,» et prononcez la première syllabe comme celle du mot _ressortir_. R. _sas_.

RHABITUER (SE), v. pron. S'habituer de nouveau. Mot utile, que les dictionnaires modernes n'ont pas relevé, mais qui est sans doute fort connu.

† RHUMATISME MÂLE. _Douleur de rhumatisme mâle._ Dites: Douleur rhumatismale.

† RHUMATISSE, s. m. Rhumatisme. _La Drouillon a un rhumatisse au cœur._ Par une faute analogue, on dit, à Reims: _Un catéchisse_, pour: Un catéchisme.

RIBAMBÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle. _Une ribambée de monde. Oh! quelle ribambée!_

RIBANDELLE, s. f. Ribambelle.

RICHE, adj. (fig.) Se dit du temps, c'est-à-dire, de la disposition de l'air. _Un riche temps_ est celui qui hâte et favorise la végétation, celui qui est propre à combler les vœux du laboureur et à l'_enrichir_. _Si après ces huit jours nous avions une pluie de quarante-huit heures, ce serait un riche temps._ Cette signification particulière de l'adjectif «riche» n'est pas dans les dictionnaires.

RIC-RAC, adv. _Payer ric-rac_, c'est: Payer avec une exactitude rigoureuse, payer jusqu'au dernier sou. _Mr N** ne fait jamais de dettes: il paie tout ric-rac._ Terme français populaire. Nous disons dans le même sens: _Ric-et-rac_. Le terme français est: Ric-à-ric. Nous le ferons payer ric-à-ric. [ACAD.]

RIDICULE, adj. Ce mot appliqué aux personnes signifie: Sévère, difficile, dur à la desserre. _Un maître d'école ridicule._ Un propriétaire _ridicule_ est celui qui se refuse aux réparations les plus urgentes. Nos campagnards disent: _Rédicul_. On le dit aussi en Savoie, dans le Jura, en Champagne et sans doute ailleurs. _Refuser à un locataire de lui ôter la fumée, de lui cimenter les vitres, ou de mettre des seuils aux portes, c'est être ridicule._ Cette expression est connue en Savoie et dans plusieurs provinces de France. Appliqué aux choses, _ridicule_ signifie: Difficultueux, scabreux, pénible, peu satisfaisant. _Chemin ridicule; sentier ridicule; saison ridicule._ Mais ce sens est moins usité à Genève que chez nos voisins de Savoie et du Jura.

RIEN, adv. Point, pas, pas beaucoup, nullement. _Vous m'apportez là un poulet qui n'est rien gros. Ton frère n'est rien complaisant. Vous n'avez rien d'appétit, cousin?_ Et avec l'interrogation: _N'est-ce rien toi qui a pris mon parapluie?_ «La session du Grand Conseil est prorogée au 5 janvier: ne serait-ce _rien_ que les deux projets de loi à présenter ne peuvent soutenir l'examen?» [_L'Ami du Pays_, numéro du 9 décembre 1847.] Terme français populaire et vieux français.

RIEN, adv. La construction des phrases suivantes n'est pas correcte: _Je ne veux rien qu'on me dise. Je ne veux rien qu'on achète sans ma permission_, etc. Dites: Je veux qu'on ne me dise rien; je veux qu'on n'achète rien sans ma permission.

RIEN DU TOUT, s. m. Homme méprisable, homme de rien. _Lui! lui! c'est un rien du tout, c'est de la drâchée._

RIFFLE RAFFLE, s. f. _Ils ont tout volé, il n'est resté ni riffle ni raffle._

RIFFLER, v. a. Effleurer, raser, toucher à peine, passer près. _La pierre lui riffla le front; la balle lui avait rifflé la jambe._ Terme suisse, savoisien, rouchi, etc. En vieux français, _riffler_ a le sens d'égratigner, écorcher. A Reims, _ériflure_ signifie: Légère écorchure, et _s'érifler_, s'écorcher légèrement.

RIFFLETTE (À LA), loc. adv. En effleurant, en rasant. _Lancer sur l'eau des pierres à la rifflette._

RINCÉE, s. f. Averse, pluie subite et forte. _Recevoir une rincée. En montant le Pas de l'Échelle, nous eûmes une bonne rincée._

RINCÉE, s. f. Réprimande sévère. _Recevoir une rincée_, être fort grondé. Ce sens du mot _rincée_ n'est pas dans les dictionnaires.

RINCER DU LINGE. Aiguayer du linge. _À ce moment-là, trois femmes rinçaient du linge au bateau._ Expression fort répandue en France, mais blâmée des grammairiens, qui veulent que rincer ne se dise que des verres, tasses, cruches et vases semblables, et de la bouche.

RINGOLET, ETTE, adj. Propret, avenant, bien vêtu. Se dit surtout des personnes qui n'ont pas l'habitude de soigner leur mise. _Vous voilà bien ringolet aujourd'hui, Monsieur Maillard._ Terme suisse.

RINGUER, v. a. Battre, rosser. _Se ringuer_, v. réc. Se battre. Dans le canton de Vaud, _ringuer_, et en allemand, _ringen_, signifient: Lutter.

RIOLE ou RIOLLE, s. f. Liseron des champs, plante.

RIÔLE, s. f. Rabâchage, grognerie. _C'est toujours la même riôle, toujours la même chanson._

RIÔLER, RIOULER ou RIULER, v. n. Gronder, rabâcher, _ron-ner_, pleurnicher. _Pendant tout le goûter les enfants et le chien rioulaient à qui mieux mieux._ Terme connu surtout des campagnards.

RIOUTE ou RIOTTE, s. f. Débauche de vin. _Faire la rioute._ Terme vaudois et fribourgeois.

RIOÛTE ou RIÛTE, s. f. Branche flexible et tordue dont on lie les gerbes et les fagots. Terme suisse-roman et savoisien. On dit proverbialement: _Il faut mailler la rioûte pendant_ _qu'elle est verte_, pour dire: Il faut corriger un enfant pendant qu'il est jeune. Selon plusieurs dictionnaires, le mot français est: Rouette. A Limoges et en Languedoc: _Reorte_; dans le Jura et en vieux français, _riorte_. R. _retortus_.

RIPES (LES). Dénomination attachée à certaines localités désertes, sauvages. _Les ripes de Dardagny._ Aux environs de Lons-le-Saunier (département du Jura), _les ripes de Saint-Laurent, les ripes d'Artenas_, etc.

RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie, liqueur spiritueuse. _Boire le riquiqui._ Terme bas-limousin, dauphinois, etc. En provençal on dit: _Requiqui_. Dans le dialecte rouchi on appelle _riquiqui_, ce que nous appelons: _Gloria_.

RISETTE, s. f. La racine du riz. _Balai de risette; brosse de risette._

RISOLE ou REZOLE, s. f. Rissole, pâtisserie.

RISOLET, ETTE, adj. et subst. Celui ou celle qui rit aisément et pour des motifs frivoles. _Allons, petite risolette, c'est assez se moquer. Votre fils aîné serait le meilleur écolier de ma classe, s'il n'était pas un peu risolet._ Terme suisse et savoisien. En Languedoc: _Rizoulié_.

† RIZU, partic. Ri. _No-zein preu rizu_ (nous avons assez ri). Barbarisme usité chez les paysans de notre canton et du canton de Vaud.

RITE ou RITTE, s. f. Filasse, filaments que l'on tire de l'écorce du chanvre ou de celle du lin. _Quenouille de rite. Toile de rite. Filer la rite._ Terme suisse, savoisien, jurassien et dauphinois.

RIVER LES CLOUS À QUELQU'UN. Lui répondre adroitement et vivement, lui parler ferme et de manière qu'il n'ait rien à répliquer. En français on dit, avec le singulier: «River le clou à quelqu'un.»

ROBER ou ROBÀ, v. a. Terme des campagnards. Dérober, voler, filouter. _On m'a robà mon bouey s'ta ney_ (on m'a volé mon bois cette nuit). Terme qu'on retrouve dans le vieux français et dans le patois vaudois.

ROCANDER ou ROGANDER, v. a. Demander avec indiscrétion, en revenant sans cesse à la charge. _Votre dame Pérollet rocande soi-disant pour une famille pauvre, mais on sait bien que c'est pour elle. Va-t'en petit fainéant, et travaille au lieu de rocander._ Terme suisse. Dans le canton de Vaud on dit aussi: _Roukan-ner_.

ROCANDEUR, EUSE, subst. Celui ou celle qui _rocande_. _Les jours de marché nos maisons sont envahies par des rocandeuses venues des villages voisins. La demoiselle N** est en effet pauvre, mais c'est une rocandeuse._ Dans le canton de Vaud on dit: _Roukan, roukan-ne_.

RÔDAILLER et RÔDASSER, v. n. Augmentatif de «rôder.» _Veille-toi cet homme en blouse, qui ne fait que rôdasser par les Pâquis depuis dix jours._ Terme remarquable. Dans le patois rouchi on dit: _Rôdailler_.

RÔDER (SE). _Tu es là à te rôder, à te trancanner sans but d'un quai à un autre._ Rôder est un verbe neutre. On doit donc dire: Je rôde, et non: _Je me rôde_, comme nous le disons fréquemment.

RÔDINER, v. n. Rôder.

ROGÂTION, s. m. Rogaton, vieux reste de pain, de viande ou d'autres aliments. _Ce mendiant portait une besace pleine de rogâtions._ Terme vaudois et savoisien.

ROGNE, s. f. Querelle, mauvaise chicane. _Chercher rogne à quelqu'un_, signifie: Lui chercher noise. Terme suisse. En Languedoc: _Chercher rougne_.

ROGNE, s. f. Nous disons figurément et proverbialement: _Gratter la rogne à quelqu'un_, dans le sens de: Le flatter, l'aduler bassement, lui faire une cour servile et intéressée. _Ne me parle pas de ce Jean Renard: c'est un personnage qui veut absolument parvenir, et qui gratte la rogne_ _aux hommes de tous les partis._ Cette locution est fort triviale, voire même dégoûtante, mais énergique et fort connue.

ROGNEUX, EUSE, adj. (fig.) Crasseux, crapuleux. Se dit d'une personne qui a l'air minable, et dont les habitudes ne relèvent pas l'extérieur. On le dit aussi des choses. _Une créance rogneuse_, une créance mauvaise ou fort douteuse. Terme bordelais. Selon le dictionnaire de BESCHERELLE, _rogneux_ signifie: Chétif, mesquin.

ROME, s. f. L'œillet d'Inde. En latin, _tagetes_.

RONCEMELER ou RONCHEMELER, v. n. Respirer avec oppression et bruit, râler. _Pendant deux jours nous l'entendîmes roncemeler._ Expression très-usitée. Dans le canton de Vaud on dit: _Ranquemeler_. R. _ranco_. Voyez ce mot.

ROND, s. m. Ronde, danse en rond, branle circulaire. _Danser un rond._ Terme vaudois.

ROND, s. m. Terme enfantin. Jeton rond. _On payera avec des ronds._

RONDION, s. m. Able ou ablette; poisson du genre cyprin.

RONDION, IONE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie: Rondelet, qui est tout rond de graisse. Expression badine ou railleuse.

RONDO, adv. Rondement, facilement, sans nul obstacle, à souhait. _Notre affaire marche rondo._ Terme vaudois.