Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2
Part 10
QUART, s. m. Mesure de capacité pour les grains, laquelle équivaut à un quart de _coupe_, soit deux décalitres ou à peu près. _Un quart de blé; un quart d'avoine._
QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacité pour les grains, laquelle équivaut à un seizième de la _coupe_. Voyez ce mot. A la page quatre-vingtième du tome Ier, il est dit, par erreur, _un sixième_ (de la coupe) au lieu de: «Un seizième.» Voyez CARTE.
QUARTERON, s. m. Mesure de capacité pour les liquides, laquelle équivaut à un vingt-quatrième du setier, soit deux pots, soit deux litres et un quart.
QUARTERON, s. m. _Un quarteron de paille_ équivaut à huit quintaux de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune d'environ sept pieds de tour.
QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impatience et de dépit. _Sonne que te sonne! Crie que te crie! Pleure que te pleure!_ Phrases elliptiques et originales, qui équivalent à: Peste de celui qui ne fait que sonner! La peste soit du bambin qui crie! La peste soit de l'enfant qui pleure!
† QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, excepté. _Tous ont_ _menti que mon garçon. Tous ont payé que toi. On peut tout racheter que la mort_, est un proverbe de nos campagnards.
† QUE. Dont. _Dis-voir, Tronchet, comment appelles-tu cette femme d'ici vis-à-vis que son mari est tailleur?_ (dont le mari est tailleur). _Connais-tu Prosper?--Quel Prosper?--Eh! pardine, Prosper Flammel, que sa femme est tant méchante_ (dont la femme est si méchante). _Quel chemin faut-il prendre pour accourcir?--C'est tout simple: le chemin qu'on va au vieux pont_ (par lequel on va au vieux pont). Expression savoisienne, etc.
QUEBER, v. a. Terme d'écolier. Voyez CHEBER.
QUEL. Quelque. _J'irai te voir après-demain quel temps qu'il fasse._ Dites: Quelque temps qu'il fasse. _À quel moment que tu viennes_ (à quelque moment que tu viennes), _tu me trouveras. Viens à quelle heure que ce soit_ (à quelque heure que ce soit.) Faute répandue même parmi des personnes qui se piquent de bien parler.
QUEL, QUELLE. _À quelle heure dînerons-nous, Antoine?--À quelle heure tu voudras._ Dites: À l'heure que tu voudras. _À quelle place nous asseyerons-nous?--À quelle place tu voudras._ Dites: À la place que tu voudras.
QUELQUES, s. m. plur. _Nous étions à ce concert quarante et quelques. Le nombre des morts, dans cet horrible incendie, s'éleva à soixante et quelques._ Cette expression, très-usitée chez nous, et qui n'a rien de choquant, ne se trouve pas dans les dictionnaires.
† QUE NON PAS. _Il nous vaut mieux suivre la grand'route que non pas nous perdre._ Dites: «Que de nous perdre.» _C'est plus sage à nous de patienter que non pas recourir à un procès._ Dites: «Que de recourir à un procès.»
QUET, adj. masc. Terme d'écolier. Ruiné, qui a tout perdu au jeu. _Je ne joue plus, je suis quet._
QUEUE, s. f. Nous disons figurément: _Il n'y a pas la queue d'un chat_, pour signifier: Il n'y a personne. _Le temps fut si mauvais, si désastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un chat à la soirée du casino._ Les dictionnaires disent: «Il n'y eut pas un chat.»
QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire: _Avoir la queue cuite_, signifie: Être penaud, être tout honteux, tout mortifié. _Il s'en retourna la queue cuite._
QUI, pron. rel. Que. _Faites ce qui bon vous semblera._ Dites: Faites ce QUE bon vous semblera.
† QUIBLE, s. m. _Passer au quible._ Dites: Crible.
† QUIBLER, v. a. Cribler.
† QUIBLURE, s. f. Criblure.
† QUINAR, s. m. _Quinar en bois._ Dites: Quina. Quina en bois.
QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'églantier.
QUINCONCHE, s. m. _Planter des arbres en quinconche._ Terme vieux français. On dit actuellement: «Quinconce.»
QUINE, s. fém. Dites: Un quine, combinaison de cinq numéros pris ensemble à la loterie.
QUINER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec son adversaire.
QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint toujours.
QUINQUERNAGE, s. m. Rabâchage, répétition fatigante. _Veux-tu donc continuer toute la semaine avec ces quinquernages?_
QUINQUERNE, s. f. Vielle, instrument de musique. _Les sons monotones d'une quinquerne._ Au sens figuré, _quinquerne_, adjectif et substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et qui ne fait que rabâcher. _La sotte quinquerne que votre dame Du Terrail! Tu es bien quinquerne aujourd'hui, ma petite Rosalie._ Terme vaudois et savoisien. En Valais, _quinquerne_ se dit d'une femme vaine et coquette. Dans le dialecte rouchi, _quinch'terneux_ se dit d'un ménétrier qui fait danser dans les guinguettes. En vieux français, _quiterne_, _guiterne_ et _guinterne_ signifiaient: Guitare.
QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabâcher, fatiguer par d'insipides redites, gronder, sermonner. _Qu'as-tu tant à nous quinquerner? Elle quinquerne son mari toute la sainte journée._
QUINQUERNEUR, s. m. Rabâcheur, celui qui fatigue en répétant ou en demandant toujours la même chose.
QUINQUET, adj. masc. Se dit d'un homme faible de corps et malingre. _Il est tout quinquet._ Voyez QUINQUE.
QUINQUET, s. m. (fig.) Œil. _Prends donc garde, Félix, tu vas me crever le quinquet._ Terme badin.
QUINSON, s. m. Pinson. _Un nid de quinsons. Élever des quinsons._ Terme vaudois, savoisien et méridional. En Franche-Comté on dit: _Quinzon_, et dans notre patois, _quichon_.
QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux événements, tout à fait semblables: _Cela revient tout à quinze_. On dirait en français: C'est tout un; c'est blanc bonnet, bonnet blanc; c'est absolument la même chose. _Partir aujourd'hui, partir demain, cela revient tout à quinze._
QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chétive, réduit. Terme dérisoire et badin.
QUIQUE, s. f. (Prononcez _kike_.) Jeu d'enfant, lequel se joue de la manière suivante. On place, derrière un morceau de tuile ou de pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous. On prend un palet qu'on tire contre un but pour savoir qui jouera le premier. Celui dont le palet est le plus près du but fait une raie et lance de là son palet contre le morceau de tuile ou de pierre, afin d'amener l'enjeu le plus près possible de son palet. Chaque joueur en fait autant à tour de rôle. Une fois que le _petit_ (ou cochonnet) est renversé, chaque mise ou partie de mise échoit au palet qui s'en approche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrête sur ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il _vougne_; c'est un mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne peuvent rien gagner tant qu'il n'a pas été _dévougné_, c'est-à-dire, tant que le petit n'a pas été remué par un palet rejoué de nouveau. [P. G.]
QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutôt, sons par lesquels nous imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines provinces de France on dit: _Coquerico_; dans d'autres, _coquélicot_; ailleurs, _cacalaka_ et _quiquelikika_. Il en est du chant du coq comme des cloches, auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut.
QUITTE, adj. Nous disons: _Jouer à quitte ou double_. Les dictionnaires disent: Jouer à quitte ou À double.
QUITTE AVEC. _Me voilà enfin quitte avec toi. On n'est jamais quitte avec son pays._ Dites: Me voilà quitte ENVERS toi: on n'est jamais quitte ENVERS son pays.
QUOIQUE ÇA, loc. adv. Malgré cela, néanmoins, pourtant. _Elle le trompe ouvertement, et quoique ça il l'aime toujours._ Français populaire.
R
R. Cette lettre joue un grand rôle dans le langage de nos campagnards: ils l'introduisent entre deux voyelles pour éviter les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire: À un coin, à une heure, à un village, etc., le paysan dira: _À r'un coin, à r'une heure, à r'un village; d'ici à r'un moment. La petite chambre est à r'Auguste. Quel est le prix de_ _vos cerises, brave homme?--Oh là, Monsieur, j'en ai à r'un sou la livre et à deux sous._ L'introduction de ce _r_ euphonique est fréquente aussi dans le langage populaire de la ville.
RABATTRE, v. a. Rebattre, répéter jusqu'à satiété. _Que viens-tu encore nous rabattre? N'as-tu pas assez rabattu tes ennuyeuses anecdotes et tes vieux contes?_
RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez RAPISTOLER.
RABISTOQUER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder tant bien que mal. _Rabistoquer des grolles; rabistoquer un broustou._
RABLET ou RABLIET, s. m. Râble, racloir à long manche.
RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajuster. _Rabobiner une casaque._ Terme vaudois et vieux français. S'emploie souvent au sens figuré. _Un verre de vin a suffi pour le rabobiner et le remonter._ _Se rabobiner_ veut dire: Se rétablir, revenir en santé.
RABOTTE, s. f. Pomme enveloppée de pâte, et que l'on cuit au four. Terme connu à Reims, et sans doute ailleurs. En vieux français, _rabote_ signifie: Boule. Nos _rabottes_ ont, en effet, la forme d'une boule.
RABOTU, UE, adj. Raboteux. _Chemin rabotu._
RABOUCLER, v. a. Boucler. _Raboucler un soulier._
RABOUTONNER, v. a. Boutonner.
RACAUQUER, v. a. Attraper, recevoir dans la main une chose jetée en l'air. _Jette-moi ta paume: je la racauquerai._ Terme de la Suisse romane. A Rumilly (Savoie) on dit: _Recauquer_.
RACCORDER, v. a. _Raccorder un piano, raccorder un violon_, etc. Dites: Accorder.
RÂCHE, s. f. Teigne, gale plate et sèche, qui vient à la tête et dont on guérit difficilement. Mr BESCHERELLE, en enregistrant ce mot dans son dictionnaire, dit qu'il est inusité. Mr BESCHERELLE devait dire que ce terme appartient au vieux français, et qu'il est encore usité en Suisse, en Savoie, en Bourgogne, dans le Berry et dans quelques autres provinces de France.
RÂCHE, s. f. Cuscute ou barbe de moine, plante parasite. Terme vaudois, méridional, etc.
RACHE-PIED (DE), loc. adv. D'arrache-pied, sans interruption, sans discontinuité, sans relâche. _Travailler de rache-pied._ Terme français populaire.
RACINAGE, s. m. Terme collectif par lequel on désigne les raves, les carottes, les scorsonères, les navets, les betteraves, etc.
RÂCLE, s. m. Instrument propre à racler, racloir, râble. Le proverbe suivant: _Le râcle se moque de l'écovet_, se dit de deux personnes également ridicules et qui se moquent l'une de l'autre. Les dictionnaires français disent: «La pelle se moque du fourgon.»
RÂCLE ou RÂCLE-CHEMINÉE, s. m. Ramoneur. Terme jurassien, savoisien, méridional, etc.
RACLER, v. a. _Racler des scorsonères, racler des radis, racler des navets_, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire: Râtisser.
Que faites-vous, Marguerite? Râtissez-vous des navets?
[_Théâtre de la Foire_, t. III, p. 100.]
RACLER, v. a. _Racler un poisson._ Dites: Écailler un poisson, c'est-à-dire: Lui enlever l'écaille avec un outil tranchant.
RACLER, v. a. Toucher légèrement, frotter contre. _J'ai raclé la muraille en passant._
RÂCLER, v. n. Grasseyer, parler gras et d'une manière traînante.
RACLETTE (À LA), loc. adv. À la rigueur, tout juste. _L'examen de mathématiques fut médiocre et l'étudiant ne fut admis qu'à la raclette._ Dans le canton de Vaud, _raclette_, s. f. (en français, «Racloire,» s. f.), se dit de la planchette qui sert à racler le dessus d'une mesure de blé pour la rendre rase, au lieu d'être comble.
RACLON, s. m. Se dit de certains objets en mauvais état et usés. Ainsi, _un raclon de fusil, un raclon de couteau, un raclon de canif_, sont: Un mauvais fusil, un mauvais couteau, un mauvais canif.
RACÔQUER, v. a. Voyez RACAUQUER.
RACOQUILLER, v. a. Recoquiller, retrousser en forme de coquille.
RAFATAILLE, s. f. Vieilleries, objets usés ou de nulle valeur, restes d'un choix qu'on a fait. _Un tas de rafatailles._
On voyait dans un plat coineux Nager, sur du bouillon sans yeux, Des raves, de la patenaille, De l'ognon, de la _rafataille_.
[CH.]
Terme suisse et méridional. S'emploie figurément comme synonyme de canaille, racaille, rebut.
RAFFE, s. f. Diarrhée, cours de ventre.
RAFFER, v. n. Avoir la diarrhée.
RAFFEUX, adj. masc. Nous appelons raisin _raffeux_, celui dont la gousse se détache lorsqu'on le mange. On appelle en Anjou, _raffard_, une sorte de mauvais raisin.
RAFFISTOLER, v. a. Raccommoder, rapiéceter, remettre en état. _Raffistoler un manteau; raffistoler un chariot._ Terme parisien populaire, etc. Dans le vieux français, _affistoler_ signifie: Parer, orner, embellir, endimancher.
RAFLÉE, s. f. Rafle. _Les voleurs firent une complète raflée_; c'est-à-dire: Emportèrent tout sans rien laisser. Terme français populaire.
RAFOUILLER, v. a. Fouiller, farfouiller.
RAFOUR, s. m. Four à chaux. _Établir un rafour; allumer le rafour._ Terme vaudois, savoisien, dauphinois, bressan, franc-comtois et vieux français.
† RAFROIDIR, v. a. Refroidir. _Le temps s'est rafroidi. Laissons rafroidir la soupe._ Français populaire et vieux français.
RAGÂCHE ou RAGASSE, adj. Taquin, tenace, avare. En italien: _Ragazzo_.
RAGON, s. m. Salade romaine printanière. Les habitants de la ville appellent _ragon_ la «Petite laitue verte.»
RAGOTANT, ANTE, adj. Ragoûtant, appétissant.
RAISIN, s. m. Nous disons: _Cueillir un raisin, manger un raisin, offrir un raisin_. Cette locution gasconne n'est autorisée par aucun grammairien, ni aucun dictionnaire. «Un raisin» ne se dit qu'en parlant de toute une espèce (le muscat est un bon raisin). Dans les exemples ci-dessus, il faut dire: Cueillir une grappe de raisin, ou: Cueillir du raisin; manger du raisin; offrir du raisin, ou des raisins, etc.
RAISINS DE MARS, s. m. pl. Groseilles rouges.
RAISINÉE, s. f. _Un pot de raisinée. La raisinée est sujette à se moisir._ Terme suisse et savoisien. Le mot français est: «Raisiné.» Du raisiné.
RAISON, s. f. _Se faire une raison_, signifie: Accueillir des idées raisonnables, adopter des mesures sages et prudentes. _Tu as eu là une grande épreuve, mon cher Antoine; mais ne t'abandonne pas au découragement, et sache te faire une raison._ Terme français populaire.
RAISONNER À. Répliquer à. _Tu veux nous raisonner, bambin! Raisonner à ton père et à ta mère!... tu verras._ Le verbe «Raisonner» a bien le sens de répliquer, mais il ne prend pas de régime. On peut dire à un enfant qui ergote: Ne raisonne pas; cesse de raisonner. Mais il n'est pas correct de lui dire: _Ne me raisonne pas_.
RAISONNER QUELQU'UN. Le faire raisonner, chercher à l'amener à une sage détermination. _Il vaut souvent mieux raisonner un enfant que de le gronder._ On disait en vieux français: _Arraisonner quelqu'un_. _Se raisonner_, v. pron., veut dire: Accueillir des idées raisonnables; soumettre son esprit à la raison. _Tu ne sais pas te raisonner, Julie; tu te désoles pour un rien._
RAISONS, s. f. pl. Altercation, contestation, démêlés, difficultés, paroles vives. _Avoir des raisons avec quelqu'un. Ils ont eu des raisons ensemble. Je me garderai bien d'avoir des raisons avec lui._ Expression connue en France, mais qui n'a pas été, jusqu'à présent, admise dans les dictionnaires.
RAISSON, s. m. Sciure de bois. _Une seille de raisson._ Terme vaudois et savoisien. En Franche-Comté on dit: _Rasson_; dans l'évêché de Bâle, _rasun_: termes formés du vieux mot _resse_; en patois _rasse_, qui signifie: Une scie.
RAISSONNET, s. m. Sciure de bois. _Au raissonnet! au bon raissonnet!_ est le cri des paysans qui viennent nous vendre de la sciure de bois.
RAJOUTER, v. a. Ajouter de nouveau. _Cette salade n'a pas assez d'huile: rajoutez-en._ Terme français populaire.
RAMASSÉE, s. f. Volée de coups, rossée. _Une bonne ramassée le contraignit enfin à se taire._ Terme vaudois. Dans le vieux français, _donner la ramasse_, signifiait: Donner le fouet. Dans le français populaire, _ramasser_ veut dire: Maltraiter de coups.
RAMASSER UN MAL. Gagner un mal, gagner une maladie. _La phthisie est, dit-on, une maladie qui se ramasse._
RAMELÉE, s. f. Ribambelle, grand nombre, quantité. _Une ramelée de badauds._ Terme vaudois.
RAMONÉE, s. f. Forte réprimande. _Faisons les gattes, François: on en sera quitte tous deux pour une ramonée._ Terme dauphinois, etc.
RAMONER, v. a. (fig.) Gronder, tancer. Dans le dialecte rouchi, _ramoner_ signifie: Rosser.
RAMPON, s. m. Mâche, herbe potagère. _Salade au rampon._ Terme suisse-roman et savoisien.
RAMURE, s. f. Toiture, couverture d'un édifice.
RAMURES, s. f. pl. Terme de jardinier. Rames, menues branches d'arbres qui servent à soutenir les pois et les haricots. _Mettre des ramures._
RANCHE, s. f. Rangée, ligne. _Une longue ranche._ Terme lyonnais.
RANCHÉE, s. f. Rangée, ligne, rang, suite de plusieurs choses mises sur une même ligne. _Une ranchée de livres; une ranchée d'arbres_, etc.
† RANCO ou RANKO, s. m. Dernier râlement d'un mourant. _Être au ranco._ Terme vaudois et jurassien. Dans le dialecte provençal, _rangouiha_ veut dire: Râler, c'est-à-dire: Respirer avec bruit et d'une manière pénible. Dans le patois du Jura, le verbe _rancasser_, et dans le patois de l'Isère, _rancheisié_, ont le même sens.
RANG ou RANG DE BOIS, s. m. Bûche ronde, rondin. _Une douzaine de rangs. Des têtes de rang. A Genève on vend le fayard_ (le hêtre) _soit au moule, soit par rangs_.
RANGER, v. a. _Tranquillisez-vous, nous rangerons bien votre affaire. Va te ranger, Émile, et nous sortirons; mais aie soin de bien ranger ta cravate et tes cheveux._ On peut dire: Ranger une chambre, ranger une armoire, ranger des livres; mais dans les exemples ci-dessus, _ranger_ est une expression incorrecte; il faut dire: «Arranger.»
RANGUILLE. Jeu d'écolier, qui consiste à placer une pierre, une boule ou une tuile sur un piquet ou sur une butte quelconque, et à tâcher de les abattre à coups de pierre.
RANGUILLER, v. a. Terme du jeu de quilles. Relever et replacer les quilles abattues. Terme vaudois.
RANGUILLEUR, s. m. Celui qui ranguille.
RANQUEMELER, v. n. Râler, être poussif, respirer avec bruit et peine. On dit aussi: _Roncemeler_.
RAPATIN, s. m. Sittelle, genre d'oiseaux grimpeurs.
RÂPELU ou RAPÉLU, s. m. Se dit d'un homme qui est vêtu d'habits vieux et râpés, et qui a l'air excessivement misérable.
RAPERCHER, v. a. Chercher avec une sorte de soin, trouver, déterrer, raccrocher. _Rapercher des bouquins. Où as-tu donc raperché cette vieille hallebarde? Tu as perdu là, par ta faute, une excellente pratique: il faut essayer de la rapercher._ _Se rapercher_, v. pron., signifie: Se rattraper, recouvrer ce qu'on avait perdu.
RAPETISSIR, v. a. Rapetisser.
RAPETOUILLER, v. a. Raccommoder.
RÂPI, s. m. Râpé de copeaux, c'est-à-dire: Certaine quantité de copeaux (_belues_) qu'on met dans un tonneau pour éclaircir le vin. _Boire sur le râpi_, signifie: Boire du vin éclairci par les copeaux. Au sens figuré, _Être sur le râpi_, veut dire: Être harrassé, être rendu, être sans force et sans courage, baisser, décliner.
RAPIAMUS. Terme latin qui signifie: Enlevons, prenons tout. _Faire rapiamus_, signifie: Enlever tout. Terme normand, etc.
RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer. _Repicoler_ a le même sens.
RAPIDE, adj. Roide, escarpé, qui a beaucoup de pente. _Chemin rapide; montée rapide; côte rapide._
RÂPIN, s. m. Avare, ladre, homme dur à la détente. _Je te plains d'avoir pour maître de maison un pareil râpin._ Terme vaudois. Dans le dialecte normand (arrondissement de Bayeux), _un râpin_ est un homme qui enlève tout ce qu'il peut dans les champs. R. _rapio_.
RAPISTOLER, v. a. Raccommoder grossièrement, rapiécer, rapiéceter, rajuster. _Rapistoler une robe._ On dit aussi, mais plus rarement: _Rafistoler_.
RAPLATIR, v. a. Rendre plus plat, rendre plus uni, amincir. Terme français populaire.
RAPPELER (S'EN), v. pron. Dites: Se LE rappeler. _T'en rappelles-tu, Toinette?--Non, Madame.--Eh bien, moi, je m'en rappelle: et voici la troisième fois que tu sors de nuit sans ma permission._
RAPPELER DE. _Rappeler d'un jugement, rappeler d'un arrêt, rappeler d'une sentence_, ne sont pas des expressions correctes. Il faut dire: Appeler d'un jugement; appeler d'un arrêt, appeler d'une sentence.
RAPPONDRE, v. a. Joindre, rejoindre deux choses séparées. _Rappondre une ficelle. Fil rappondu._ On _rappond une sauce_, en y ajoutant du bouillon ou de l'eau. Terme suisse-roman, savoisien et jurassien.
RAPPORT, s. m. Dans notre langage populaire, _par rapport que_, signifie: Parce que, par la raison que. _Fanchette n'est pas allée te voir dans ta maladie, par rapport que toi le premier tu l'avais depuis longtemps négligée._ Français populaire.
RAPPORT À. Par rapport à, ayant égard à, en considération de, à cause de. _Rapport à nos deux cousins, j'ai voulu changer l'heure du goûter. Rapport à vous, je prêterai la somme en question._ Français populaire.
RAPPORTAPET, s. m. Terme d'écolier. Rapporteur, celui qui rapporte, celui qui dénonce les étourderies de ses camarades. _Défiez-vous de lui, ce n'est qu'un rapportapet._ Dans le canton de Vaud: _Un redipet_.
RAPPROPRIER, v. a. Approprier, nettoyer. _Rapproprier une chambre._ Au réfléchi, _se rapproprier_, veut dire: Se faire propre, se reblanchir, faire sa toilette. Terme français populaire.
RAPSODAGE, s. m. Mauvais raccommodage, rhabillage. _Vous deviez me raccommoder ce gilet, et je n'y vois qu'un rapsodage._ Le verbe «rapsoder,» raccommoder grossièrement, se trouve dans quelques dictionnaires modernes.
RARIFIER, v. a. Raréfier.
RARRANGER, v. a. Arranger de nouveau, rajuster.
RARRIVER, v. n. _Tu ne fais que jeter des pierres, Alexis; mais si cela te rarrive, gare! Vous avez fait les gattes, petits drôles: que cela vous rarrive et vous verrez. Je suis sorti hier sans ma bourse; cela ne me rarrivera pas._ Ce terme fort commode n'est pas dans les dictionnaires.
RAS, adv. _Couper les cheveux ras, tondre un chien ras_, etc., ne sont pas des expressions françaises, quoique fort usitées en France, en Savoie et chez nous. Il faut dire: Raser les cheveux; raser un chien; raser une moustache, etc. _Couper à ras, tondre à ras, couper à ras terre, couper à ras de terre_, sont également des expressions vicieuses. Ne dites donc pas: _Les hirondelles volaient à ras terre_; ni: _Elles volaient ras terre_; ni: _Elles volaient à ras la terre_. Dites: Elles volaient en rasant la terre; ou: Elles volaient rez terre. «Rez,» en effet, est une préposition qui signifie: Tout auprès, tout contre, tout joignant, rien entre deux. Abattre une maison REZ terre; couper un arbre REZ terre, etc.
RASSIS, participe du verbe _rasseoir_, ne fait pas au féminin _rassie_, comme beaucoup de personnes le croient. Il ne faut pas dire: _Cette femme est rassie_, c'est-à-dire: Calme, posée, réfléchie; il faut dire: Cette femme est rassise. «La jeune Éveline, qui n'a pas encore dix-huit ans, est déjà une personne rassise, prudente et circonspecte.»
RASSUJETTI, IE, subst. Jeune homme ou jeune fille qui, ayant fini son apprentissage, travaille encore avec un maître ou une maîtresse pour se perfectionner.
RAT, s. m. Nous disons proverbialement: _Être trempé comme un rat_, pour signifier: Être tout trempé. L'Académie dit: «Être mouillé comme un canard.»
RATAPIOLE, s. f. Ribote du lendemain. _Faire la ratapiole._
RATAQUO, s. f. Voyez RATE, no 5.