Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2

Part 4

Chapter 43,315 wordsPublic domain

† ALMANACH, s. f. _Une jolie almanach._ Ce solécisme se fait aussi dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute ailleurs.

ALOUILLES ou ALOU-YES, s. f. pl. Ce mot signifie: Brandons, perches recouvertes de paille tortillée, que les jeunes villageois allument à la tombée de la nuit, sur les lieux élevés, le premier dimanche du Carême, appelé, pour cette raison, le Dimanche des Brandons. Après avoir brûlé leurs flambeaux, ils se rendent, en chantant, au domicile des personnes qui se sont mariées dans le cours de l'année, et font des souhaits pour qu'elles aient de beaux enfants, et surtout pour qu'elles offrent quelques bouteilles de vin à la joyeuse bande. (P. G.)

ALOUILLES, s. f. pl. Les villageois de plusieurs de nos communes sont dans l'usage, le soir d'une noce, de jeter aux enfants des noisettes, des dragées, du caramel et autres friandises. Cela s'appelle, en patois: _Acougli les alouilles_ (jeter les alouilles). Terme savoisien.

ALPHES ou ALPHTES, s. m. pl. Aphthes, petits ulcères qui viennent dans la bouche. _Avoir les alphes. Les alphtes sont douloureux._ Ceux qui font ce mot féminin ajoutent une seconde faute à la première.

AMADOU, s. f. _De la bonne amadou._ Solécisme très-répandu en Savoie, en France et en Suisse.

† AMANDRE, s. f. Amande. _Une amandre douce; une amandre amère._ Terme savoisien, lyonnais, vieux français, etc.

AMASSER, v. a. Nettoyer. _Amasser une assiette, amasser un plat. N'amasse pas avec tes doigts, Alexis; amasse avec ton pain._

AMASSER, v. n. Commencer à suppurer, commencer à aboutir. _Son doigt amasse._ Terme méridional.

AMATEUSE, s. f. Ce mot n'est pas français. En parlant d'une femme, aussi bien que d'un homme, on doit dire: «Amateur.»

AMBE, s. m. Amble, une des allures du cheval.

AMBRESAILLE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois. _Un gâteau aux ambresailles._ Terme savoisien.

AMBROCHE, s. f. Myrtille, airelle, embrune, ou raisin des bois. Terme vaudois.

AMENER, v. a. Appliquer, flanquer, asséner. _Il voulut répliquer; l'autre lui amena un épouvantable horion._

AMI AVEC. Voyez AVEC.

AMIDON, s. f. _De la bonne amidon._ Ce mot est masculin.

AMIOTI, IE, adj. Signifie: 1º Fatigué, éreinté; 2º Rapetissé, rabougri, racorni.

AMOMON, s. m. Tomate, pomme d'amour de la petite espèce. _Un vase d'amomons._

AMPRÔ, s. m. Voyez le mot suivant.

AMPRÔGER, v. n. Terme des écoliers dans leurs jeux. Réciter une kyrielle de certains mots, pour savoir quel sera, entre tous les joueurs, le joueur sortant. Ces mots, qui n'ont aucun sens connu, sont au nombre de dix-sept: _Amprô, Giraud, Carin, Careau, Dupuis, Simon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, Tan, Té, Feuille, Meuille, Tan, Té, Clu_. Les deux derniers de ces termes semblent être patois; _Té clu_ ou _T'ey_ clus peuvent signifier: Tu es dehors, tu es sortant. _Clus_ serait alors le participe du vieux verbe _clure_, comme _exclu_ ou _exclus_ est le participe d'_exclure_: conjecture très-hasardée mais très-peu importante.

ANAILLE, s. f. Noisette. Ce terme figure dans un ancien refrain que les enfants chantent encore quelquefois le jour de Noël: _Chalande est venu,--Son bonnet pointu,--Sa barbe de paille,--Cassons des anailles,--Mangeons du pain blanc,--Jusqu'au Nouvel an._ Voyez ALAGNE.

ANCELLE, s. f. Éclisse, appui pour la fracture des os. Terme savoisien. Dans le patois du Jura, _ancette_ signifie: «Planchette, bardeau,» petit ais fort mince pour couvrir les toits.

ANCHOIS, s. m. Dans notre dialecte et dans celui du Languedoc, des yeux _bordés d'anchois_ sont des yeux éraillés, des yeux «bordés d'écarlate,» comme s'expriment les dictionnaires.

ANDAN, s. m. Terme des campagnards. Andain, ligne d'herbe abattue par la faux et qui ressemble à une _onde_. Dans le patois du canton de Vaud, _anda_ signifie: «Vague, bouillon, _onde_.» En italien, _andare_ veut dire: «Marcher.» On peut choisir entre ces deux étymologies, dont, peut-être, la meilleure ne vaut rien.

ANDRILLE, s. f. Ne s'emploie que dans cette expression populaire: _Tirer l'andrille_, laquelle signifie: «Être dans le dénûment, être pauvre.» _Andrille_ est une corruption du mot _mandrille_ ou _mandille_. Dans le Limousin on dit: _Traîner la mandrille_; à Lyon, _Traîner la mandille_. Or la _mandille_ était une sorte de petit manteau ou casaque que portaient autrefois les laquais: elle leur était particulière, et les faisait distinguer des autres valets.

† ANÉDOCTE, s. f. Anecdote. _Il nous fit asseoir et nous conta l'anédocte suivante._ Terme dauphinois, limousin, etc.

ÂNE, s. m. Nous disons proverbialement: _Il y a beaucoup d'ânes au moulin qui se ressemblent._ Dans le français populaire on dit: Il y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin.

ANGE. Ce mot est masculin, lors même qu'on l'applique à une femme. Ne dites donc pas, comme plusieurs: _Ma chère ange_.

ANGLAISE, s. f. Redingote, lévite. _Raccourcir une anglaise; tourner une anglaise._

ANGOISSER, v. a. Agiter, inquiéter vivement, tourmenter. _Je viens d'apprendre que, par cette forte bise, nos jeunes gens sont en bateau sur le lac, et cela m'angoisse. La malade a été fort angoissée toute la nuit._ Excellent terme familier aux Suisses, et dont Mme de Staël n'a pas négligé de faire usage. Voyez, dans le _Glossaire_ de Roquefort, les significations qu'avait ce mot il y a trois cents ans.

ANGURINE, s. f. Melon d'eau.

ANICHON, s. m. Petit âne, âne. Terme français populaire, lequel ne s'emploie qu'au sens figuré.

ANIOTI et ANIATI, adj. Fatigué à l'excès, éreinté. Ces termes sont une corruption du mot _anéanti_. On a dit d'abord _anéanti_, puis _anianti_ (par un changement fréquent de l'_é_ en _i_), puis _aniati_ et _anioti_.

À NIVEAU DE. _Le salon est à niveau du jardin._ Dites: Est au niveau du jardin.

ANONCHALIR (S'), v. pron. Devenir nonchalant. _Après deux années d'application, on le vit tout à coup se décourager et s'anonchalir._ Terme vieux français.

À NOUVEAUX FRAIS. _Recommencer une chose à nouveaux frais._ Expression fréquente chez J.-J. Rousseau. Les grammaires et les dictionnaires disent: Sur nouveaux frais.

ANSE, s. f. (_a_ aspiré). _La anse d'un pot; la anse d'une écuelle._ Il faut écrire et prononcer «L'anse.» L'anse d'un pot, l'anse d'une écuelle.

ANTICHAMBRE, s. m. _Un bel antichambre._ Ce mot est féminin, comme le mot «chambre,» dont il dérive.

ANTIDILUVIEN, ENNE, adj. Qui a existé, qui a eu lieu avant le Déluge. _Temps antidiluviens; nations antidiluviennes._ Dites, avec l'Académie et toutes les grammaires: «antédiluviens.» Le mot _antidiluvien_ se dit quelquefois de ceux qui nient le Déluge.

À NULLE PART, loc. adv. Nulle part. _Où étais-tu hier soir?--À nulle part; j'étais chez moi._

ANVERS, s. m. Furoncle. Voyez ENVERS.

À PART DE, loc. conj. À moins de. _À part de la frapper, son mari ne pouvait la traiter plus mal. À part d'être mort, on ne pourrait être plus malade qu'il n'est._

APETISSIR, v. a. _Cette lunette apetissit._ Dites: Cette lunette apetisse. L'infinitif de ce verbe est: Apetisser.

APIDANCER (S'), v. pron. Combiner avec économie son pain et sa pitance en mangeant. _Tu ne sais pas t'apidancer. Ce fromage est bien apidançant._ Terme languedocien. Dans le Berry, on appelle _mets apidançant_, un mets qui fait manger beaucoup de pain. Voyez PIDANCE.

APIGEONNER, v. a. Attirer par de beaux discours, par de beaux semblants, enjôler, affrioler. _Il se laissa apigeonner par toutes leurs magnifiques promesses._ Terme remarquable, connu dans quelques provinces de Savoie, et peut-être ailleurs.

APLATI, TIE, part. S'emploie au sens figuré et signifie: Détraqué, énervé, abattu, consterné. _Je ne suis pas positivement malade, je suis aplati, je n'ai point de force. Cette nouvelle nous a aplatis. Votre Mr Michel est un homme bien indolent, bien aplati._

À POINT D'ENDROIT, loc. adv. Nulle part.

APOSTICHE, adj. Postiche, ajouté après coup. _Barbe apostiche; frisons apostiches; dents apostiches._ Terme méridional, etc.

APOUSTI, s. m. Rebord extérieur d'une barque sur lequel marchent les bateliers, qui la font aller à l'_étire_, c'est-à-dire au moyen d'un long pieu ferré.

APOUSTOUILLE ou APOUTOUILLE, s. f. Allonge, ajoutage, appendice. A Chambéry on dit: _Apostouille_. C'est le mot français «Apostille» défiguré.

APOUTOUILLER, v. a. Allonger, mettre un ajoutage.

APPARENCE, s. f. Très-petite quantité. _Madame voudrait-elle goûter notre excellente eau de cerises?--Eh bien, oui; mais donnez-m'en seulement une apparence._

APPARUTION, s. f. _Il ne fit qu'une apparution et il nous quitta._ Le mot français est «Apparition.»

APPELER (FAIRE). Nous disons: _Faire appeler le médecin, faire appeler le pasteur, faire appeler le notaire_. On dit en France plus simplement et plus correctement: Appeler le médecin, le notaire, etc.

APPETIT, s. m. _Bon appetit, voisine!--Et vous aussi, voisin, bon appetit!_ Prononciation gasconne. Il faut écrire et prononcer «Appétit,» avec un accent aigu sur l'_e_.

APPOINT, s. m. Voyez APPOINTER, v. n.

APPOINTEMENT, s. m. _Son appointement est fixé à 1400 francs. On lui a doublé son appointement._ Dites: Ses appointements. Ce mot, pris dans le sens de Salaire, ne s'emploie qu'au pluriel.

APPOINTER, v. a. Pointer. _Appointer un canon._ Terme français populaire.

APPOINTER, v. n. Se dit au jeu de boules, par opposition à _baucher_. _Il appointe bien. Voilà un bon appoint._ Terme lyonnais et méridional.

APPONCE, s. f. Ajoutage, allonge. _Cette robe aurait besoin d'une apponce. Si nos enfants viennent dîner, vous mettrez une apponce à la table._ Terme suisse-roman, savoisien et lyonnais. Dans le Jura, on dit _rapponce_.

APPONDILLE, s. f., et APPONDILLON, s. m. Ajoutage, appendice, chose ajoutée à une autre.

APPONDRE, v. a. Ajouter, attacher. _Appondre une ficelle; appondre une sauce; appondre du bouillon; bouillon appondu; sauce appondue. Qui répond, appond_; c'est-à-dire: Les ergoteurs prolongent et entretiennent les disputes. Terme lyonnais, jurassien, dauphinois, etc.

† APPRENTIF, s. m. Apprenti. _Apprentif_ appartient au vieux français, et se dit encore dans le Midi.

† APPRENTISSE, s. f. Apprentie. Terme vieux français.

APRÈS, prép. Au lieu de dire: Envoyer chercher quelqu'un, nous disons: _Envoyer après quelqu'un. Le vétérinaire n'arrive pas: envoyez après lui._ Dites: Envoyez le chercher.

APRÈS, prép. _Demander après quelqu'un_, n'est pas une expression correcte. _En mon absence, a-t-on demandé après moi?_ Dites: En mon absence, quelqu'un m'a-t-il demandé? Quelqu'un a-t-il demandé à me voir, à me parler?

APRÈS, prép. _La clef est après la serrure; la clef est après la porte._ Dites: La clef est À la serrure; la clef est À la porte.

APRÈS-MIDI, s. m. Assemblée, cercle, thé. _Mme N** nous a donné hier un charmant après-midi._ Ce mot est féminin et il n'a pas cette signification.

ÂPREUR, s. f. Âpreté. _L'âpreur d'un fruit._

À PRORATA, prép. comp. Au prorata, en proportion de, à raison de. _Il paie à prorata de ses revenus._ Terme français populaire.

APURE, s. f. Moment de la plus grande abondance d'un fruit. _L'apure des fraises va finir. L'apure des melons commencera bientôt._ Terme savoisien.

À PURE PERTE, loc. adv. J.-J. Rousseau a employé fréquemment cette expression genevoise qui a fini par s'introduire en France, dans le langage populaire. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, les écrivains français ont toujours dit: «En pure perte,» et jamais _À pure perte_.

À QUELQUE PART. _Je vais à quelque part._ Dites, sans préposition: Je vais quelque part.

ARAGNE, s. f. Araignée. Voyez le mot suivant.

ARAGNÉE, s. f. _Toile d'aragnée._ Terme français populaire et vieux français. Écrivez et prononcez «Araignée.» Peu de mots ont eu autant de peine à se former que celui-là; peu de mots ont subi en France plus d'altérations successives. On a dit: _Araigne, airagne, arigne, iragne, iraigne, aragne, aragnée_, et enfin Araignée.

ARAIGNÉE, s. f. Cardère, chardon des haies.

ARASÉE, s. f. Terme de maçonnerie. Assise. _Première arasée; seconde arasée._ Le verbe «Araser» est français.

ARBORISER, v. n. Herboriser. _Arboriser_ appartient au français populaire. _Arboriste_ se trouve dans les Fables de La Fontaine (V, 8), et se dit encore dans le Midi.

†ARGARDER, v. a. Regarder. _Argarde voir, François._

ARÉONAUTE, s. m. Aéronaute.

À REVOIR, Au revoir.

†ARGENT, s. m. Dans le langage populaire, ce mot est féminin. _Sa petite argent ne le mènera pas loin. Ils y mettent une belle argent, tous ces garçons, à leur tabac et à leur fumerie._ Ce solécisme ne nous est pas particulier.

ARGENT DE POCHE, s. m. Dites: Argent de la poche, argent qu'on destine à ses menus plaisirs.

ARGENT MÂCHÉ, s. m. _Une tabatière d'argent mâché._ Dites: Une tabatière argentée.

ARGENTS, s. m. pl. _Les argents sont rares._ Dites: L'argent est rare.

ARGOT, s. m. Ergot, espèce d'ongle chez quelques animaux. _Le coq se tenait sur ses argots._ Terme français populaire et vieux français.

† ARGOTER, v. n. Ergoter, répliquer avec humeur. Terme français populaire et vieux français.

† ARGOTEUR, s. m. Ergoteur.

† ARGUELISSE, s. f. Réglisse, plante. _Du bois d'arguelisse._ Ce mot a subi en France de grandes variations. On a dit successivement: _Ergalisse, erguelisse, regalisse, rigalisse, ragalisse, riglisse_, et enfin Réglisse.

ARGUILLON, s. m. Ardillon, pointe de métal à la chappe d'une boucle. Terme français populaire.

ARI, adv. Arrière. Terme de batelier. _Faire ari_ veut dire: Ramer en sens contraire pour aborder. _Ari_ est aussi le cri de nos charretiers pour faire reculer leurs chevaux. En vieux français, _arier_ signifie: Arrière.

ARIOTET, s. m. Jeu d'écoliers, appelé aussi _Quique_. Voyez ce mot.

† ARMANA, s. m. Almanach. _Armana_ est aussi la prononciation populaire en Savoie, en Franche-Comté, en Bourgogne, dans le Limousin, en Provence, à Paris, à Reims, etc.

ARMISTICE (UNE). Ce mot est masculin. «Un court armistice.»

† ARMOIRE (UN). _Nous incantâmes un superbe armoire de sapin._ Ce solécisme nous est commun avec nos voisins de France, de Suisse et de Savoie.

† ARMOLAU, s. m. Émouleur, gagne-petit. _Quand l'armolau passera, dites-lui de monter._ Terme neuchâtelois.

ARPION, s. m. Harpon. En provençal, _arpioun_ signifie: Une griffe.

ARPIONNER, v. a. Harponner.

ARRAL (D'). De travers, à rebours, mal. _Ce vêtement va tout d'arral. Notre affaire ira tout d'arral_, etc. Terme des campagnards. [P. G.]

ARRAPER, v. a. Prendre par force, arracher.

ARRÊTE, s. f. Arrêt, cesse, repos. _N'avoir point d'arrête_, signifie: Bouger sans cesse, agir continuellement, se trémousser sans relâche.

ARRÊTER, v. n. S'arrêter. _Partez donc; la dernière cloche vient d'arrêter. Nous eûmes beau faire des signes avec nos mouchoirs, l'omnibus ne voulut pas arrêter._ Il est mieux de dire: Ne voulut pas s'arrêter.

ARRÊTER, v. n. Cesser. _Il a arrêté de pleuvoir; il a arrêté de sonner. Laisse ton labourage, André; et si la pluie arrête, tu le reprendras._

ARRHES, s. f. pl. Dans le langage populaire raffiné, on aspire ce mot, et l'on dit: _Des hharrhes; livrer les hharrhes_. C'est une grossière faute: il faut prononcer _les z-arrhes_.

ARRIÉRAGES, s. m. pl. Arrérages.

ARRIÈRE-GRAND'MÈRE, s. f. Bisaïeule.

ARRIÈRE-GRAND-PÈRE, s. m. Bisaïeul. Terme méridional.

† ARSOUILLE, s. f. Homme ou femme de néant, crapule. Terme ignoble, qu'on retrouve dans quelques provinces du nord et du centre de la France. [Voyez le _Glossaire picard_ de M. l'abbé Corblet.]

ARTÈRE (UN). _Le gros artère._ Solécisme fréquent. Ce mot est féminin.

ARTEUIL, s. m. Orteil, doigt du pied. _Il s'écrasa l'arteuil._ Dans notre patois, on dit: _artieu_; dans le Limousin et en vieux français, _arteil_; en Languedoc, _artel_; en rouchi, _artoil_; dans le dictionnaire de Cotgrave, on trouve _artail_ et _artoir_: tous mots qui se rapprochent beaucoup de l'étymologie latine _articulus_. «Orteil,» qui s'en éloigne davantage, a prévalu.

ARTICHAUT BÂTARD, s. m. La grande joubarbe.

ARVE, rivière. Nous disons, en retranchant l'article devant ce mot: _Le sable d'Arve; la queue d'Arve; le bord d'Arve; le chemin d'Arve; patiner sur Arve_. Ces façons de parler sont un reste du vieux français.

AS (UNE). Terme du jeu de cartes. _Une belle as._ Solécisme qu'on retrouve aussi dans le français populaire.

ASPIRAL, s. m. Spiral. Terme d'horlogerie.

ASSATIR ou ACHATIR, v. a. Écacher, aplatir, tasser, écraser. _Un terrain assati; une pomme assatie. Du pain assati_ est du pain mal cuit, mal levé, qui est trop serré, si l'on peut s'exprimer ainsi. Le verbe _assatir_ ou _achatir_ se dit aussi des personnes. _J'ai tant marché, que je suis tout achati. Si tu raisonnes encore, petit drôle, je t'achatis. Quand il apprit la nouvelle de cette faillite, il resta comme achati_; c'est-à-dire: Comme écrasé. Dans le patois languedocien, _acata_ veut dire: Abaisser, et le participe _acatat_ signifie: Courbé, bas. Dans le patois du Berry, _sater_ a le sens de: Presser, fouler.

ASSATISSEMENT, s. m. Aplatissement, abaissement.

ASSAUT, s. m. Nous disons figurément: _Faire un assaut à quelqu'un_, pour: Le tancer vertement, éclater contre lui en reproches. _Recevoir un assaut_ veut dire: Être fortement réprimandé. En Lorraine, _assauter quelqu'un_ signifie: L'accabler d'injures, de reproches, d'invectives.

ASSÉNER, v. a. _Asséner un coup de poing._ Ce mot s'écrit «Assener» sans accent sur l'_e_. [ACAD.]

ASSÉYER (S'), v. pron. S'asseoir. _Asséye-toi, Colas. Prenez la peine, Mesdames, de vous asséyer._ Faute fréquente.

ASSEZ, adv. _Monsieur a-t-il assez bois? Aurons-nous assez crême pour quinze personnes?_ Dites: Assez de bois, assez de crême, etc.

ASSOYER (S'), v. pron. S'asseoir. _Ils s'assoyèrent par terre_, est un barbarisme. On dit pourtant: Assoyez-vous; il faut que tu t'assoyes, etc. Pour les deux manières de conjuguer le verbe S'asseoir, voyez absolument les dictionnaires et les grammaires, et ensuite débrouillez la chose, si vous le pouvez.

ASTHME, s. m. Se prononce _asme_.

ASTRAGON, s. m. _Vinaigre à l'astragon._ Écrivez et prononcez «Estragon.»

ATARTI, IE, adj. Épuisé de fatigue, éreinté.

ATOUT, s. m. Soufflet, taloche, mornifle, fort coup. _Flanquer un atout; appliquer un atout; se donner un atout._ Terme parisien populaire, picard, etc.

ATRAN et ATREIN, s. f. Terme des campagnards. Fourche de fer à trois cornes, pour prendre et remuer le fumier. Terme savoisien. Dans le canton de Vaud on dit: _Trein_ ou _treun_; en Franche-Comté, _Tran_; en Dauphiné, _Trenc_.

ÂTRIAUX, s. m. pl. Boulettes de foie de cochon. _Une douzaine d'âtriaux._ Terme suisse-roman. A Besançon on dit: _Atraux_; en Lorraine, _Hâtrez_. Dans le vieux français, _le Hétriaulx_ signifie: Le foie.

AUBE, s. f. Nous disons: _Travailler d'une aube à l'autre_, pour signifier: Travailler autant que la journée peut s'étendre. Expression remarquable, qui prouve qu'anciennement on ne distinguait pas (quant au degré de lumière) l'aurore du crépuscule, puisque l'un et l'autre étaient appelés du nom d'_aube_ ou blancheur. [Voyez Villa, _Nouveaux gasconismes corrigés_, t. I.] Cette expression, _d'une aube à l'autre_, n'est dans aucun des dictionnaires que j'ai pu consulter.

AU-DESSUS, adv. _Être au-dessus_, se dit d'un malade qui, après une dangereuse maladie, est sur le point d'entrer en convalescence. _Alexis a été entre la vie et la mort pendant plusieurs mois; mais, grâce à Dieu, le voilà au-dessus._ Expression consacrée.

AU-DEVANT, adv. On entend souvent dire: _Il lui est allé au devant_, pour: Il est allé au-devant de lui. Ce barbarisme est déjà signalé dans les _Remarques_ du grammairien Vaugelas, publiées il y a deux cents ans.

† AUPARAVANT, prép. _J'arriverai auparavant lui. Vous serez servi auparavant ces dames._ Dites: J'arriverai avant lui; vous serez servi avant ces dames. «Auparavant» est un adverbe, et les adverbes n'ont pas de régime. Cette faute appartient au vieux français.

† AUPARAVANT DE. _Auparavant de mourir, il restitua la somme. Nous danserons auparavant de souper._ Dites: Avant de mourir; avant de souper.

AUPARAVANT QUE, loc. conj. _Auparavant que tu partes, on se reverra._ Cette expression appartient au vieux français. Dites: Avant que tu partes, on se reverra.

AUSSITÔT, adv. _Aussitôt à mon arrivée, j'irai vous voir._ Dites: Aussitôt mon arrivée; ou: Aussitôt après mon arrivée; expression meilleure que l'autre.

AU SÛR, loc. adv. Pour sûr, avec certitude. _Es-tu bien certain de la chose, Bernard?--Je ne la sais pas au sûr, et je ne voudrais pas en jurer._

AUTEUR, s. m. Cause. _Tu as déchiré ma veste, Jules.--Eh bien! je m'en moque, c'est toi qui en es l'auteur: tu n'avais qu'à ne pas me chicaner._ Terme parisien populaire, etc.

AUTOUR DE, loc. prép. Environ, à peu près. _Il est autour de midi. À ce bal nous étions autour de soixante. Il y a autour de quatre ans que notre oncle est mort._

AUTRE, adj. Les quatre expressions suivantes: _Rien d'autre, Quelqu'un d'autre, Quelque chose d'autre, Personne d'autre_, sont des expressions vicieuses, qu'il faut remplacer par celles-ci: Rien autre, Quelque autre, Quelque autre chose ou Autre chose, Personne autre ou Nul autre; ou par des termes équivalents. Ne dites donc pas: _J'ai gagné mon enjeu et rien d'autre. J'inviterai toute la famille, mais personne d'autre. Voudrais-tu un peu de café, Albertine?--J'aimerais mieux quelque chose d'autre._ Ce sont là des phrases barbares.

AUTRES FOIS (LES), loc. adv. _Les autres fois on fermait les portes de la ville à six heures du soir._ Dites: Autrefois, jadis, anciennement.

AUTU-BÔTU, adv. En bloc, l'un portant l'autre, pêle-mêle. _Acheter un chariot de foin autu-bôtu_; c'est-à-dire: Sans le peser. «Jamais je ne ferai un marché _autu-bôtu_ dans une matière de cette importance.» [HUMBERT, _Adresse à mes concitoyens_. 1792.]

AVA! Exclamation de découragement ou d'incertitude. _Ava! n'essaie pas, tu n'y pourras jamais parvenir. Ava! ne sortons pas, la pluie commence._

AVALANCHER, v. n., et S'AVALANCHER, v. pron. S'ébouler. _Le terrain menaçait d'avalancher. Le glacier venait de s'avalancher._ En provençal, _s'avalancha_ veut dire: S'affaisser, s'ébouler, crouler.

AVALÉE, s. f. Forte réprimande, gronderie brusque. _Faire une avalée. Il nous surprit dans la vigne et nous fit une effroyable avalée._

AVALER, v. a. Quereller durement, rudoyer, malmener. _Gardez-vous, mes enfants, de lui demander congé; il vous avalerait._ Terme français populaire.

AVALER, v. a. (fig.) Nous disons de quelqu'un qui a des maux de gorge: _Il a avalé le chat par la queue_; ou: _Il a avalé la queue du chat._ En français, on dit d'un chanteur qui éprouve un embarras de gosier: «Il a un chat dans la gorge.» [ACAD.]

AVALE-ROYAUME, s. m. Dénomination facétieuse qu'on donne à une personne avide, insatiable.