Nouveau Glossaire Genevois, tome 1/2
Part 3
ABEILLER, s. m. Terme des campagnards. Rucher. _Un coup de vent emporta les deux ruches et renversa l'abeiller._
ABERGER, v. a. Héberger. _M. G**, curé de La Roche, nous accueillit et nous abergea._ Terme vieux français.
ABOMINER, v. a. Avoir en abomination. Terme vieux français.
ABONDANCES, s. f. pl. Betteraves.
ABONNER (S'), v. pron. Nous disons figurément: _Je m'abonnerais bien pour avoir un commis aussi intelligent et aussi sage que le vôtre. On s'abonnerait pour avoir, pendant huit jours, un aussi beau temps qu'aujourd'hui_; c'est-à-dire: On ferait volontiers quelque sacrifice, on donnerait de l'argent pour, etc.
ABORD (D'), adv. A l'instant, sur l'heure, tout de suite. _Je suis obligé de sortir; mais je reviens d'abord. Ma commission est-elle faite, Jenny?--Non, Madame, mais je la ferai d'abord. Il est huit heures d'abord. Nous déjeunerons d'abord._ L'adverbe D'abord signifie: «Dès l'abord, premièrement, en premier lieu,» mais il n'a pas le sens que nous lui donnons dans les exemples ci-dessus.
ABORD APRÈS (D'), loc. adv. Aussitôt après, immédiatement après. _Je vais à la poste, et je vous rejoins d'abord après._ «Il n'est pas rare de voir _d'abord après_ une bise noire ou un séchard, se lever un vent de midi.» [FATIO DE DUILLER.] Cette expression, _d'abord après_, fort usitée chez nous et dans le midi de la France, n'est pas française.
ABORD QUE (D'), conj. Aussitôt que, dès l'instant que. _D'abord que vous le pourrez, venez me voir. D'abord qu'ils entendirent le tocsin, ils coururent chacun à leur poste._ Expression suisse, savoisienne et méridionale.
ABOUCHER, v. a. Mettre sur la bouche, mettre sur l'ouverture, mettre _à bouchon_, tourner en sens contraire. _Aboucher un pot, aboucher une seille pour l'égoutter._
ABOUCHER (S'), v. pron. Se dit des personnes et de certains animaux. _Un tel ne dort jamais sur le dos: il s'abouche. Quand vous retirez de l'eau un noyé, ne l'abouchez pas._ En parlant d'un cheval, _s'aboucher_ signifie: Tomber sur les genoux.
À BOUCHON ou D'ABOUCHON, loc. adv. Renversé, sens dessus dessous. _L'enfant souffrait du ventre; on le mit à bouchon, on le mit d'abouchon. Mettez cette caisse à bouchon; elle nous servira de table._ Terme lyonnais, etc., qu'on trouve dans le _Dictionnaire français-anglais_ de Cotgrave [1609].
ABOUCLER, v. a. Boucler. _Aboucler des souliers; aboucler une ceinture._
ABOULER, v. a. Apporter, donner promptement, rendre. _Aboule ça; aboule-moi vite ça_; c'est-à-dire: Donne cela lestement et sans faire d'observation. Dans un sens plus restreint, _abouler_ est synonyme de Financer, solder, boursiller. Terme français populaire.
ABOUTONNER, v. a. Boutonner. _Aboutonne-toi, Jean-Marie, tu prendras froid._ Terme français populaire.
ABRAS, s. m. pl. Grand empressement, grande hâte, air affairé, air empressé. _Il est dans tous ses abras; il fait beaucoup d'abras pour peu de chose. Il fait des abras de tout_; c'est-à-dire: Il s'agite, il se met toujours en avant, et sans que la chose en vaille la peine.
† ABRE, s. m. Arbre. _Avante-nous des pommes sur l'abre._ Prononciation vulgaire dans la moitié de la France. Le grammairien Vaugelas assure que de son temps [1610-1650] un grand nombre de personnes instruites prononçaient _abre_, quoiqu'elles écrivissent _arbre_.
ABREUVOIR, s. m. Auget, petite auge pour les oiseaux. _La cage et les abreuvoirs._ Terme limousin, bordelais, etc.
ABSENTER, v. n. S'absenter. _Toute la famille absenta trois jours._ Terme vieux français. Nous faisons aussi d'_absenter_ un verbe actif. _Il a absenté l'école. Si tu absentes encore une seule fois ta classe, je te punirai._
ABSURDE, s. des 2 genres. Nigaud, sot, borné, stupide. _Tu es un absurde, Jean-Louis, avec ta croyance aux almanachs._ Français populaire. «Absurde» est un adjectif.
À ÇÀ, interj. Çà! çà donc! eh bien! eh! _À çà! Messieurs, un peu moins de bruit. À çà! Frédéric, puisqu'on se quitte aujourd'hui de si bonne heure, on se reverra demain. À çà! qu'ai-je donc fait de ma clef d'armoire?_
† ACACHONS, loc. adv. En cachette, clandestinement, à la sourdine. _Faire quelque chose acachons._ On dit aussi _d'acachons_. _Notre Étienne est un garçon ouvert, qui ne fait jamais rien d'acachons. Il fait chaud d'acachons_, se dit, chez les campagnards, de cette grande chaleur que l'on sent quelquefois en été, lors même que le ciel est couvert et le soleil entièrement caché.
ACAGNARDIR (S'), v. pron. S'acagnarder; c'est-à-dire: Rester oisif, faire le paresseux, croupir nonchalamment. _S'acagnardir au coin du feu._ Français populaire.
ACAGNER (S'), v. pron. Se blottir. _Il s'était acagné dans un coin. Acagne-toi bien dans le lit pour n'avoir pas froid._ [P. G.]
ACARRER (S'), v. pron. Se blottir, se serrer contre. [P. G.]
† À CAUSE? adv. Pourquoi? _Mama, la Betsi m'a battue.--Et à cause?--À cause de rien; à cause que c'est une méchante._
ACCOMPARER, v. a. Comparer.
ACCORDER, v. n. _Accorder une démission, accorder à un fonctionnaire public sa démission_, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire: Recevoir une démission, ou Accepter une démission. «Le gouvernement a accepté la démission de M. le professeur N***.»
† ACCOURAGER, v. a. Encourager. _Accourage-toi, mon valet, tu auras une bonne dimanche._ En vieux français, _acorager_.
ACCOURCIR, v. n. _Les jours commencent d'accourcir._ Dites: Les jours commencent de s'accourcir.
ACCOURIR (S'), v. pron. Se pourvoir de denrées et autres objets de consommation, en attendant le moment, peu éloigné, où se fera la provision. _As-tu assez de gros bois et de fascines pour t'accourir? Notre chariot de pommes de terre n'arrivera que dans quinze jours, Lisette: va donc en acheter une corbeille pour nous accourir. Le dîné sera sans doute retardé, et je vais prendre un bouillon pour m'accourir. Mon bon Monsieur, c'est aujourd'hui le premier du mois; je viens recevoir ma petite rente.--Aujourd'hui, Madame Pignolet, cela ne m'est pas possible, mais revenez dans cinq jours.--Eh bien, Monsieur, donnez-moi, s'il vous plaît, dix francs pour m'accourir_; c'est-à-dire, Pour que je puisse suffire pendant ce temps à mes dépenses ordinaires. Dans certains cas on peut employer ce verbe à l'actif, et dire, par exemple: _Prêtez-moi un quarteron de paille pour accourir mes bêtes jusqu'à la moisson._
ACCOUTUMER, v. a. Nous disons: _Accoutumer une chose. Accoutumer une place. J'ai accoutumé cette promenade, cette église, etc._ Dites: Je suis accoutumé à cette place; je suis accoutumé à cette église, etc.; ou trouvez un équivalent meilleur.
ACCOUVASSER, v. n. Se dit des poules et signifie: Couver, cacher, mettre à l'abri, chercher à couver. Dans le vieux français, _accouveter_ a presque le même sens.
ACCROCHER, v. a. (fig.) Gagner, attraper, saisir. _Hier, en patinant, j'ai accroché un gros rhume. Tiens, accroche ce bâton. Il lui appliqua un soufflet et lui dit: Accroche!_ Terme français populaire.
ACCULER, v. a. _Acculer un soulier; souliers acculés._ Terme français populaire et vieux français. Dites: Éculer; souliers éculés.
ACCUSER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Annoncer. _J'accuse un mariage en carreau. J'accuse vingt en trèfle._
ACCUSER À. Dénoncer à. _Finis, Antoine, ou bien je t'accuse; je t'accuse à M'sieu._
ACCUSEUR, s. m. Rapporteur, écolier qui se plaît à dénoncer ses camarades. Terme vieux français.
ACENSER, v. a. Prendre à cens ou à ferme, affermer. Ce terme, peu connu en France, et qui n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie, doit s'écrire «Accenser.»
ACHAPER (S'), v. pron. Terme des campagnards. S'accrocher à, se cramponner à, s'attacher à. _S'achaper au cou de quelqu'un._ [P. G.]
ACHATIR, v. a. Voyez ASSATIR.
ACHOUTER (S'), v. pron. _Le temps s'achoute_, signifie: Le temps commence à s'éclaircir, le temps s'amende et devient meilleur. Voyez les mots SIOUTE OU CHOUTE.
ACOI ou ACOUÉ, s. m. Puissance, courage, force physique, audace. _Tu n'as pas l'acoi._ Terme vaudois. Dans le patois de Neuchâtel on dit _acout_. Voyez le _Glossaire neuchâtelois_ de M. le professeur Guillebert, 2e édition, p. 74.
À CRA ou À CRAS, loc. adv. _Être à cra_, signifie: N'en pouvoir plus, être rendu, être aux derniers expédients, être aux abois.
† ACRASER, v. a. Écraser. _En remuant ce gros poutre, le charpentier vient de s'acraser le gros arteuil._
AD HOC POUR CELA. _Il est venu ad hoc pour cela._ Dites: Il est venu ad hoc; ou, Il est venu pour cela; car les mots _ad hoc_ et les mots _pour cela_ ont exactement le même sens. Si vous les employez ensemble, vous dites deux fois la même chose; une fois en latin, et une fois en français.
ADIEU. A Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, à Chambéry et dans le midi de la France on dit _adieu_ à une personne que l'on aborde et qu'on est dans l'usage de tutoyer. _Adieu, cousin, comment te va? Adieu, ma sœur, viens-tu dîner avec nous?_ Il faut dire: «Bonjour,» et réserver le terme d'_adieu_ pour le moment où l'on se sépare. «Il se fait tard; adieu, Messieurs; adieu, Mesdames.»
ADIEU, JE T'AI VU! Sorte d'exclamation facétieuse, à l'occasion d'une mésaventure, d'une perte, d'une espérance trompée. _Le canari s'envola, et adieu, je t'ai vu! La diligence était partie, et adieu, je t'ai vu!_
ADMONESTER, v. a. Admonéter, faire une réprimande. _Admonester_ appartient au vieux français.
ADOMÉCHER, v. a. Apprivoiser. _Adomécher un chamois._ Terme vieux français. Dans les Alpes on dit: _Adometzi_. R. _domus_ ou _domo_.
† ADOPTER, v. a. Adapter. _Adopter une console, adopter une polie._ Terme des ouvriers.
AFFAIRE, s. m. Objet, ustensile, chose. _Un gros affaire en bois._ Solécisme universellement répandu, et qui vient du vieux français. Ce mot est aujourd'hui féminin.
AFFAIRE, s. m. Nous disons dérisoirement d'un homme ou d'un jeune garçon petit et chétif: _Ce petit affaire. Voyez ce petit affaire, qui n'a que huit ans et qui veut conduire un cheval._
AFFAIRE, s. f. _Il y a l'affaire de trois mois_, signifie: Il y a environ trois mois. _Il y a une affaire de deux ans que je ne l'ai vu_, signifie: Il y a environ deux ans que je ne l'ai vu.
AFFANER, v. a. Gagner avec peine, se tourmenter de travail, obtenir à la sueur de son front. _J'ai bien affané cet argent. Ces ouvriers ont bien affané un pauvre écu._ Terme suisse-roman. _Affaner_ est l'ancien verbe _ahaner_, qui signifiait: Travailler avec fatigue, comme le bûcheron qui soupire, et laisse entendre, à chaque coup de hache, le son _ahan_. Selon le dictionnaire de Roquefort, le vieux mot _affan_ est synonyme des mots Travail, peine, effort. Dans le dialecte languedocien, _s'afana_ veut dire: S'empresser à faire quelque chose.
AFFAUTIR, v. a. Priver de nourriture. S'emploie surtout au passif. _Un enfant affauti_ est celui à qui la nourriture a manqué. _Allons, camarades, encore un morceau; il ne faut pas se laisser affautir._ Se dit aussi des animaux et des plantes. Terme suisse. Dans le dialecte lorrain, _affautrir_ signifie: Rendre maigre.
AFFITS, AFFITIAUX, s. m. pl. Affiquets, petits ajustements d'une femme, surcharge d'ornements sans goût, colifichets. «Affûtiaux» est français, mais n'a pas le sens de notre mot _affitiaux_.
AFFRANCHISSAGE, s. m. _L'affranchissage d'une lettre, d'un paquet, etc._ Terme français populaire. On doit dire: «Affranchissement.»
AFFRE, s. f. Grande peur, effroi. _Je me fais une affre de cette entrevue. Ce jeune étudiant se faisait une affre de son examen d'Algèbre. Ne vous faites pas une affre de si peu de chose._ En français, _affre_ ne s'emploie qu'au pluriel et dans cette seule locution: Les affres de la mort. A Genève, _affre_, au singulier, est une expression fort répandue.
AFFÛTER, v. n. Être à l'affût, se poster pour attendre le gibier. Terme connu dans le Berry et sans doute ailleurs. Dans le vieux français on disait: _S'affûter_.
AGACIA, s. m. Écrivez et prononcez «Acacia.»
AGACIN, s. m. Durillon, cor aux pieds. _Extirper un agacin. Son agacin l'empêchait de marcher._ Terme méridional et vieux français. Dans le Valais on dit: _Agaçon_. R. _agacer_, irriter, faire souffrir.
AGAFFER, v. a. Gaffer, accrocher quelque chose avec une gaffe.
AGETS (LES), s. m. pl. Les êtres d'une maison, les dégagements, issues, corridors, escaliers, passages. _Savoir les agets; étudier les agets. Ce voleur connaissait bien les agets de l'appartement._ Terme rouchi. A Reims on dit: _les agis_; en vieux français: _les agiz, les agès_, ou _les agiers_. Dans la basse latinité, _agestus_ a le même sens.
AGILETÉ, s. f. _Il se déroba à nos yeux avec une incroyable agileté._ Le mot français est «Agilité.»
AGIR (S'), v. pron. _Quand il a s'agi de se mettre à table, rien n'était prêt. Quand il a s'agi de payer l'écot, la moitié des convives avait disparu._ Dites, en conjuguant ce verbe avec l'auxiliaire _être_: Quand il s'est agi.
AGLAN, s. m. Mot patois, qui signifie: Gland. _La saison des aglans. Ramasser des aglans._ Terme savoisien, méridional et vieux français.
AGLÉTIR, v. a. Agglutiner, agglomérer, coller. _Ce miel s'est agléti à mes doigts._ En Savoie, dans le Jura et en vieux français, on dit: _Agléter_.
AGNOTI, s. m. (_gn_ mouillés.) Nigaud, esprit lourd.
AGONISER, v. a. Insulter, injurier, outrager de paroles. _Après avoir agonisé sa femme, il la chassée du logis._ Terme suisse, savoisien, comtois, lorrain, etc. Nous disons aussi, avec un complément indirect, _agoniser de sottises, agoniser d'injures_. Dans le langage parisien populaire on dit: _Agonir. Agonir quelqu'un de mauvais propos._
AGONISSANT, ANTE, adj. et s. Qui est à l'agonie. Écrivez par un seul s «Agonisant,» et prononcez _agonizant_.
AGOUILLARDIR ou AGOUILLARDER, v. a. Affriander, rendre friand. _En donnant tant de bonbons à cette petite fille, vous finirez par l'agouillardir._ Voyez GOUILLARD.
† AGOÛTER, v. a. Goûter. _Agoûte-moi ce fromage._ Terme vieux français.
AGOÛTION, s. m. Mouchoir tressé ou noué dru, avec lequel les écoliers se donnent des coups. _Faire un agoûtion; se battre à coups d'agoûtion._ Terme formé peut-être du verbe _agoûter_.
AGOUTTER, v. a. Mettre à goutte, mettre à sec, tarir. _Agoutter un puits; agoutter une pompe. Les sources sont agouttées._ Dans la langue provençale on dit: _Agouta_. Dans le canton de Fribourg on appelle _agot_ une vache qui n'a plus de lait ou qui n'en a pas encore.
AGRÈS, s. m. pl. Nous disons que _les raisins sont en agrès_, lorsqu'ils ont passé fleur, et que les grains commencent à poindre. _Dans notre canton, c'est vers les derniers jours du mois de juin que les raisins sont en agrès._ Dans le canton de Vaud on appelle _agrès_, «les petites grappes de raisin qui poussent plus tard que les autres et ne mûrissent pas.» En languedocien _agras_, et en vieux français _égret_, signifient: _verjus_. R. _agrestis_ ou _acer_.
† AGRIABLE, adj. Agréable. _Agriable comme une porte de prison._ On retrouve ce barbarisme en Savoie et dans divers patois du nord de la France.
AGUENETTES, s. f. pl. (Prononcez _aghenettes_.) Argent monnayé. _Avoir des aguenettes; palper des aguenettes._ Selon le _Glossaire_ de Gaudy, ce mot vient de _agnels_, ancienne monnaie d'or du temps de saint Louis, dont l'empreinte était un agneau.
AGUILLAGE, s. m. (Prononcez _aghillage_, et voyez le mot suivant.)
AGUILLER, v. a. (Prononcez _aghiller_.) Mettre, jeter, lancer un objet sur un lieu élevé, qui n'est pas à la portée de la main. _Nos garçons avaient aguillé leur paume sur le toit_; c'est-à-dire: L'avaient jetée sur le toit par étourderie ou par maladresse. _Leur cerf-volant resta aguillé sur l'arbre._ Quelquefois le verbe _aguiller_ veut dire simplement: Placer, mettre un objet dans un lieu élevé et peu convenable. _Quand les domestiques desservent, elles ont la manie d'aguiller, d'échafauder les assiettes et les plats. Au lieu de pendre ton coquemar, Jeanette, pourquoi l'aguilles-tu ainsi sur les bûches? Est-ce étonnant que notre Madelon casse et brise tout? Elle vous fait de ces aguillages!... S'aguiller_, v. pron., se dit des personnes, et signifie: Se percher, _se hucher_, se jucher. _Resteras-tu une fois tranquille, Adrien, et cesseras-tu de grimper partout et de t'aguiller partout? Les voyez-vous, ces deux étourdis, s'aguiller sur le char de foin?_ Ce verbe est d'un emploi continuel chez nous, et nous le considérons comme un terme expressif, qui n'a point d'équivalent en français.
AHVOUA ou AVOUA! interj. Bah! ah bah! allez donc! laissez donc! _Allons-nous ce soir à la Somnambule?--Ahvoua! C'est tout du charlatanisme et de la farce._
AIGLE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne abjecte et méprisable: _Elle est bonne à donner aux aigles_; c'est-à-dire: Elle ne vaut pas plus que la tripaille et les viandes gâtées dont on nourrit habituellement nos aigles.
AIGLEDON ou ÉGLEDON, s. m. Édredon.
AIGRE (FAIRE). Forcer, faire un abattage, faire une pesée. _Il fallut faire aigre avec un levier. Les voleurs, pour ouvrir le pupitre, ont dû faire aigre._ Employée au sens figuré, cette expression signifie: User de moyens violents ou extrêmes. _Ne faisons pas aigre: attendons que les circonstances deviennent meilleures. On ne gagnerait rien à faire aigre: il faut user de patience._
AIGRES, s. m. pl. _Tourner aux aigres._ Tourner à l'aigre, s'aigrir.
AIGRON, s. m. Héron, oiseau.
AIGUE, s. f. Eau. Ce mot patois, qui appartient au vieux français, est l'origine du verbe «aiguayer» (prononcez _égayer_), lequel signifie: Baigner, laver. «Aiguayer un cheval; aiguayer du linge.» [ACAD.] _Aiguebelle_ est le nom d'une jolie cascade, au pied du mont Salève, près d'Étrembières.
AIGUILLETTE, s. f. Terme de couturière. Aiguille à lacer, passe-lacet.
AIGUISEUR, s. m. Émouleur.
AIR, s. m. Ressemblance. Nous disons: _Donner de l'air à quelqu'un_, pour signifier: Avoir de son air, avoir sa tournure, avoir son allure, lui ressembler à plusieurs égards. _Il donne beaucoup d'air à son frère, et encore davantage à son oncle._ Expression méridionale.
AIRER, v. a. _Airer un appartement._ Dites: Aérer un appartement, c'est-à-dire, y faire circuler l'air. Chambre bien aérée.
AIRRHES ou ERRHES, s. f. pl. Arrhes. _Donner des airrhes à une domestique. Rendre les airrhes. Doubler les airrhes._ Terme méridional et vieux français.
AISE, s. f. _Être mal à son aise_, signifie: Être un peu indisposé, n'être pas bien portant. _Par ces temps de brouillard, je me sens mal à mon aise; je suis mal à mon aise; je me trouve mal à mon aise_; c'est-à-dire: Je ne suis pas entièrement bien; il y a quelque chose qui cloche, ma santé ne va pas.
AISES, s. f. pl. Vaisselle de terre. _Laver les aises. La patte d'aises; la patte aux aises._ Terme suisse et savoisien. En languedocien, _aisine_ se dit de toutes sortes d'ustensiles propres à contenir des choses soit liquides, soit solides; ainsi Un plat, un baquet, un panier, une cruche, sont autant d'_aisines_. En Franche-Comté et dans le vieux français, _aisement_ signifie: Ustensile de ménage.
AISES, s. m. pl. Ce mot est féminin. Ne dites donc pas: _Il se donne tous ses aises; il prend tous ses aises._ Solécisme assez répandu, et qui nous vient du vieux français, où _aise_ avait le genre masculin.
AJOSSER (S'), v. pron. S'accroupir, se tapir. _La poule est ajossée sur ses œufs. Cette petite Adèle est toujours ajossée au coin du feu._ En languedocien, _s'ajhassa_ veut dire: Se coucher.
AJOUTURE, s. f. Ajoutage. _Faire une ajouture à une robe._
ALAGNE, s. f. Terme patois. Noisette. En Savoie on dit: _Alogne_; dans le canton de Vaud, _Alagne_, _Alogne_ et _Eulagne_; en vieux français, _Aulagne_; dans le patois limousin, _Oulana_; en provençal, _Avelano_; en latin, _Avellana_. Aveline, en français, est le nom d'une espèce de noisette.
ALANGUÉ, ALANGUÉE, s. et adj. Babillard effronté. _C'est un petit alangué. Vous n'êtes qu'une alanguée._ En languedocien on dit: _Alengat_; dans le bas limousin, _Olenga_; en vieux français, _Langard_; dans le patois de l'évêché de Baie, _Langaie_.
ALBINE, s. f. Arbenne, perdrix blanche.
ALCOVE (UN). _Un grand alcôve._ Solécisme fréquent en France, dans le langage populaire.
† ALCOVRE, s. f. Alcôve. _Chambre à alcôvre._ Les Languedociens ajoutent aussi l'r euphonique, et disent: _Alcobre_. Dans le Jura bernois et en Lorraine on dit: _Alcofre_. R. arabe: _Alkobba_.
À L'HORREUR, loc. adv. Très-mal, horriblement, exécrablement. _Cette robe lui va à l'horreur. Ta page d'écriture est faite à l'horreur. Vos ciseaux coupent à l'horreur._
ALIER, s. m. Sorte d'arbre. Terme méridional et vieux français. On dit aujourd'hui Alisier.
ALIGNER, v. a. (fig.) _Aligner quelqu'un_, c'est le corriger, le mettre à la raison, le faire marcher droit. _Va, petit_ _bandit, je te ferai aligner par ton père. Drôles que vous êtes, on vous alignera, on vous arrangera._
ALLÉE, s. f. Action d'aller quelque part. _L'allée et la venue; l'allée et le retour. Nous payâmes au cocher six francs pour l'allée et la venue._ Figurément, _Donner à quelqu'un l'allée et la revenue, c'est le mornifler_ d'importance, le souffleter d'abord sur une joue, puis sur l'autre.
ALLÉE QUI TRAVERSE. Dites: Allée de traverse. Dites aussi: Rue de traverse, chemin de traverse, route de traverse, et non pas: _Rue qui traverse_, etc.
ALLEMAGNES, s. f. pl. _Notre fils voyage par les Allemagnes. Ces Allemagnes ont bien de la peine à se calmer._ Expression très-populaire.
ALLEMANDAGES, s. m. pl. Causeries, commérages.
ALLER, v. n. Nous disons: _Aller par le haut et par le bas._ Les dictionnaires disent: Aller par haut et par bas.
ALLONGER, v. a. Dans le langage culinaire, _allonger une sauce_, c'est y ajouter du bouillon ou de l'eau, et en diminuer ainsi la force. _Elle laisse brûler son rôti et ensuite elle allonge la sauce comme elle peut._ Cette expression s'emploie aussi figurément. _Allons, Messieurs, ne discutez pas davantage: il ne faut pas allonger la sauce._
ALLONGER (S'), v. pron. Allonger. _En passant par ce chemin, nous nous allongeons._ Dites: Nous allongeons.
ALLONGER (S'), v. pron. Croître. _Les jours s'allongent._ Dites: Les jours croissent. En Languedoc on dit: _Les jours allongent_.
ALLONGER (S'), v. pron. Dans le langage des ouvriers, _s'allonger_ veut dire: Se hâter, faire vite. _Camarades, l'ouvrage presse, il faut s'allonger._
ALLUMER UNE LUMIÈRE. Cette expression, généralement usitée dans tous les pays où l'on parle français, n'est admise ni par les dictionnaires, ni par les grammaires.
ALLUMETTES, s. f. pl. Nous appelons _Jeu des allumettes_, un jeu d'enfants dont le nom français est Jeu des jonchets, ou Jeu des honchets.
ALLURE, ALLURÉE, adj. et s. Se dit des jeunes garçons et des jeunes filles, et signifie: Vif, dégourdi, rusé, madré, intrigant. _Tony est un petit alluré qui fera son chemin._ Terme suisse et languedocien. A Marseille on dit: Un _luré_; dans le Berry, en Normandie et en Picardie, un _déluré_, terme recueilli par MM. Noël et Chapsal.