Part 15
[Note 95 : Livre XVII, chap. III, p. 5, il est question d’un animal de taille gigantesque qui ressemble à un taureau (?)]
[Note 96 : Pomel, _Monographies. Le Singe et l’Homme_. Planches _passim_.]
[Note 97 : _L. c._]
[Note 98 : Fig. 20.]
[Note 99 : Elles ont fait l’objet d’une monographie détaillée par Pallary : Classification industrielle des flèches néolithiques du Sahara, dans _L’Homme préhistorique_. 1er juin 1906.]
[Note 100 : Paul Pallary, Caractères généraux des industries de la pierre, _L’Homme préhistorique_, février 1905, p. 40.]
[Note 101 : _Id._, _ibid._, p. 38, et AFAS, 1891, II, p. 637-644.]
[Note 102 : On a signalé en Algérie sur beaucoup de points des outils néolithiques dans des ruines berbères et romaines. P. Pallary, _l. c._, Caractères généraux etc., p. 41.]
[Note 103 : M. le commandant Laquières a trouvé, je crois, quelques pointes à Beni Abbès.]
[Note 104 : Lenz, _Tombouctou_, trad. Lehautcourt, t. II, p. 76.]
[Note 105 : Foureau, Documents scientifiques de la mission, _passim_.]
[Note 106 : Voir Desplagnes, _l. c._, pl. XXI.]
[Note 107 : _L. c._, pl. XLI. Voir appendice V, p. 351.]
[Note 108 : Pl. XV, fig. 29, dans l’ouvrage de M. Desplagnes.]
[Note 109 : Fig. 394.]
[Note 110 : P. 221. On a l’impression que Duveyrier est aujourd’hui beaucoup plus cité que lu. Son enthousiasme un peu juvénile pour les vertus touaregs l’a discrédité. Pourtant ses résultats sont presque toujours confirmés par les travaux récents. Sa carte en particulier apparaît aujourd’hui tout à fait remarquable pour l’époque. C’était un excellent observateur.]
[Note 111 : Voir dans Desplagnes une foule de détails curieux et d’hypothèses peut-être hasardeuses sur les grands totems soudanais du poisson, de l’oiseau et du serpent.]
CHAPITRE IV
=LA ZOUSFANA=
Dans les trois premiers chapitres on a cherché à exposer, en les systématisant peut-être outre mesure, un certain nombre de faits concernant le Sahara en général. Les chapitres qui suivent seront au contraire des monographies. On essaiera d’étudier successivement, dans le Sahara algérien, les régions traversées par l’itinéraire.
Celle qui se présente d’abord est la région de la Zousfana.
Le pays dont il s’agit est celui que traverse la ligne de chemin de fer récemment construite de Beni Ounif à Colomb-Béchar, et la route d’étapes entre Beni Ounif et Igli. Dans les dernières années on y a fondé trois postes militaires importants, Colomb-Béchar, Ben Zireg et Tar’it (écrit souvent Taghit). C’est une région accidentée par de puissantes masses montagneuses, le Mezarif, le Béchar, le Moumen, l’Antar, le djebel Orred, le Grouz. Les géants entre tous les autres sont le Grouz et l’Antar, qui dépassent 1900 mètres. Mais le Mezarif, le Moumen, le Béchar, encore que plus modestes, se dressent à 1400 mètres sur un socle, la vallée de la Zousfana, qui en a 700 ou 800.[112]
=Roches primaires (carbonifériennes).= — Cette région montagneuse est en grande partie constituée par des roches primaires, et surtout carbonifériennes.
Au point de vue paléontologique, la couche intéressante est une puissante assise calcaire qui contient un peu partout des fossiles ; j’en ai trouvé en particulier au Mezarif et dans l’Antar, où on n’en avait pas encore signalé. Mais il y a surtout deux beaux gisements classiques, celui de Taouerda à quelques kilomètres au nord d’Igli, et celui de Mouizib el Atchan (littéralement la gouttière de la soif) ; c’est le nom d’un torrent à sec conduisant au col où passe la route directe de Colomb-Béchar à el Morra. Encore que séparés par une centaine de kilomètres, ces deux gisements de Taouerda et du Mouizib n’en font qu’un en réalité ; ce sont deux sections d’une même couche qu’on voit se continuer sans interruption, ils contiennent d’ailleurs des fossiles identiques.
Ces fossiles ont été étudiés par plusieurs géologues : MM. Joleaud, Ficheur, Douvillé, Collot, Thévenin[113]. Leurs conclusions sont parfaitement nettes.
M. Ficheur écrit : « L’ensemble de cette faune... présente des caractères assez nets pour l’attribution du niveau fossilifère d’Igli à l’étage Dinantien et à la partie supérieure du sous-étage Tournaisien des géologues belges. »
Et M. Armand Thévenin : « L’étude de ces fossiles confirme en la complétant la note publiée en 1900 par M. Ficheur sur le carbonifère d’Igli... C’est bien là une faune du Dinantien inférieur et moyen (calcaire carbonifère d’Irlande, Visé et Tournay). »
La formation m’a paru avoir environ 500 mètres de puissance, mais c’est là un chiffre simplement approximatif ; dans une région plissée, de semblables évaluations sont sujettes à caution. Le calcaire est très dur, souvent rognonneux et de coloration assez variable, du bleu foncé, qui domine incontestablement, au gris et au jaune. Les assises calcaires (j’en ai compté huit au Mouizib) sont intercalées de marnes ou d’argiles, dont la puissance augmente progressivement vers la base de la formation. (Voir fig. 28 et aussi pl. XXI, XXII et XXIII.)
C’est au Mouizib surtout que j’ai eu le loisir d’étudier cette formation, mais elle m’a paru très uniforme dans toute la région, — à une exception près.
A Ben Zireg des pressions plus énergiques ont transformé les marnes ou argiles en ardoises ; il en résulte un facies si nouveau qu’on peut avoir des doutes sur le synchronisme ; les calcaires de Ben Zireg pourtant contiennent des fossiles, rares et mauvais, il est vrai, mais que M. Haug qui les a examinés, déclare carbonifériens. (Voir appendice XI.)
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XX.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXI.
Les calcaires dinantiens, par leur dureté, ont résisté à l’érosion et sont accusés en relief ; ils composent la masse de tous les massifs montagneux sans exception (le Grouz mis à part). Au rebours, les formations inférieures et supérieures au dinantien, beaucoup plus molles, sont accusées en creux ; et par conséquent ennoyées la plupart du temps. Elles sont donc beaucoup plus difficiles à étudier, et elles ont trop échappé à l’attention. En réalité il est très possible de s’en faire une idée.
Les couches inférieures s’observent dans la vallée de la Zousfana entre Ksar el Azoudj et Zaouia Tahtania. Sur tout le pourtour, au Mouizib comme à Tar’it, au Mezarif, au Moumen, on voit les calcaires dinantiens reposer en concordance sur des couches argileuses ou marneuses, d’un gris verdâtre, interstratifiées de grès rouge foncé ou noir, en bancs minces ; dans la vallée même, sur différents points, mais surtout dans la partie nord, à Ksar el Azoudj en particulier et à Haci el Begri, on voit cette même formation percer à travers l’ennoyage. Elle paraît homogène et puissante. (Voir appendice XI.)
Je n’y ai pas trouvé de fossiles, et s’il est commode provisoirement de la considérer comme dévonienne, encore faut-il observer que les couches à clyménies de Beni Abbès, qui appartiennent authentiquement au Dévonien supérieur, ont un facies tout à fait différent.
Les couches supérieures au dinantien ont été observées en deux points, fort éloignés l’un de l’autre, au nord du Béchar d’une part, et à Menouar’ar de l’autre (versant occidental de la hammada de Tar’it).
Au Mouizib on voit les calcaires dinantiens s’enfoncer en stratification concordante sous des grès, qui constituent le sous-sol de toute la plaine entre le poste de Colomb et la montagne de Béchar, et qu’on suit jusqu’à Kenatsa. (Voir pl. XXVI, phot. 49.) On ne fait qu’apercevoir ces grès à travers les déchirures du sol formé de cailloutis et d’alluvions récentes. Il semble bien toutefois que l’ensemble de la formation soit essentiellement gréseux.
Sur la route de Tar’it à Menouar’ar, on retrouve les mêmes formations, se succédant dans le même ordre, et on voit les calcaires carbonifériens fossilifères disparaître sous les mêmes grès, ou du moins sous des grès d’aspect identique. Mais ici les alluvions récentes superficielles sont moins développées ; les grès sont à nu sur une certaine étendue ; et on constate qu’ils sont interstratifiés avec des bancs très minces de calcaire à crinoïdes, tout à fait semblables à celui de l’étage immédiatement inférieur. Le puits de Menouar’ar est creusé dans les alluvions d’un petit oued juste au pied d’une falaise haute à peine d’une dizaine de mètres et sur la tranche de laquelle apparaissent les couches suivantes de bas en haut.
A la base. 1. Poudingue fossilifère 1m,50
2. Grès passant au poudingue 1m,50
3. Schistes gréseux 3m.
4. Poudingue fossilifère 1m,50
Au sommet. 5. Calcaire à crinoïdes 1m,50
Dans les poudingues, les fossiles abondaient, mais si mal conservés et si fragiles qu’il a été impossible de les recueillir. A coup sûr les crinoïdes prédominaient. Le calcaire bleu du sommet avait tout à fait l’aspect des calcaires de Béchar.
La réapparition de ces calcaires au milieu des grès tendrait évidemment à faire croire qu’il s’agit de formations très voisines, dont la plus récente est la simple continuation, sans lacune, de la plus ancienne.
M. Gentil signale au Maroc, dans le Haut-Atlas, des grès Permiens en relation avec des calcaires Dinantiens[114]. Ici il semble bien qu’il faille conclure à un âge carboniférien.
M. le lieutenant Poirmeur a rapporté des fossiles de deux points qui sont ainsi désignés[115] : « 1o vallée de l’O. bou Gharraf, affluent de l’O. bou Dib ; ... à fleur de terre, dans un îlot formé par un affleurement rocheux, dans le lit de l’oued. — 2o Gueb el Aouda, piton rocheux, qui domine l’O. Béchar à 25 kilomètres au sud du ksar. » Les deux échantillons sont des moulages en grès rougeâtre, ferrugineux, de plantes houillères. M. Bureau a reconnu dans le premier _Stigmaria ficoides_, et il écrit à son sujet : « Il est clair que ce rhizome bien que n’étant plus _in loco natali_, n’a pas subi un transport violent ni à une longue distance. » L’autre est _Lepidodendrum Veltheimianum_. Ces types appartiennent à la phase la plus ancienne de la végétation carbonifère.
D’autre part M. G.-B.-M. Flamand a trouvé dans la même région de petits lits de houilles à empreintes végétales[116]. Ces grès houillers du Béchar, ennoyés sur de grandes étendues, pourraient présenter après tout un intérêt pratique. Sur le chapitre de la houille saharienne on est en général très sceptique. La question a été traitée avec une haute compétence par M. Haug, qui aboutit à des conclusions négatives, à propos des échantillons et des fossiles rapportés par M. Foureau de l’erg d’Issaouan. Mais Issaouan et Béchar sont à mille kilomètres l’un de l’autre, et les conditions du gisement sont bien différentes et même inverses. M. Haug écrit :
« Tant que l’on envisageait les calcaires carbonifères de l’erg d’Issaouan comme du carbonifère inférieur on pouvait conserver l’espoir de rencontrer au-dessus d’eux des terrains houillers, mais à présent que l’âge moscovien et ouralien de ces calcaires est établi, il n’est plus permis de garder des illusions à cet égard[117]. »
Au Béchar c’est justement l’étage inférieur, Dinantien, qui est calcaire, franchement marin. Les étages supérieures au contraire sont gréseux et ont un facies de formation littorale.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXII.
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXIII.
=Roches secondaires= — Dans le nord de la région étudiée ce sont les roches secondaires qui dominent ; elles constituent à peu près toute la masse du Grouz, où elles sont représentées par une grande variété d’étages depuis le Lias jusqu’au Cénomanien. Je n’ai fait qu’entrevoir le Grouz dont la géologie est certainement très délicate à débrouiller. Je ne puis que renvoyer à la carte géologique récente de M. Poirmeur[118].
En dehors du Grouz dans la région de Colomb-Béchar, et même, semble-t-il, dans celle du bas Guir le Cénomanien couvre de grands espaces. Il est riche en superbes fossiles de détermination facile[119]. Il est représenté par le facies qui lui est habituel dans tout le Sud-Algérien, à la base des marnes gypseuses, au sommet des calcaires clairs, très durs. Les marnes font parfois défaut, à Ben Zireg par exemple. La formation n’est pas puissante, une cinquantaine de mètres d’épaisseur peut-être, à Ben Zireg une dizaine ; on constate partout, sans conteste, qu’elle repose directement sur le substratum carboniférien. Les grès albiens (à dragées et à bois silicifiés) sont encore représentés dans le Grouz, ils disparaissent complètement à partir de Ben Zireg. La transgression cénomanienne est évidente, au sud du Grouz elle a déposé sur le substratum primaire une simple pellicule, un placage secondaire. (Voir appendice XI.)
=Plis hercyniens.= — Je crois pouvoir essayer une exposition tectonique ; quelques traits généraux en tout cas apparaissent bien nets.
Les couches primaires sont affectées de vieux plissements, qu’on peut appeler hercyniens ; à Ben Zireg les strates carbonifériennes sont redressées verticalement, et dessinent un anticlinal fermé à l’ouest ; sur ce pli arasé, le Cénomanien repose parfaitement horizontal[120]. La relation est la même au poste de Colomb-Béchar et à Kenatsa. Il y avait donc des plis primaires arasés avant le dépôt du Cénomanien. (Voir fig. 29, 30, 31 et 32.)
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXIV.
La vallée de la Zousfana de Ksar el Azoudj à Tar’it est une grande boutonnière anticlinale, autour de laquelle les affleurements primaires dessinent des auréoles concentriques de plus en plus jeunes. Ce pli est orienté nord-est-sud-ouest, ce qui est une direction notablement aberrante de celle des plis atliques.
Dans la partie nord-est du Mezarif, où le pli est un synclinal fermé au sud-ouest, les strates calcaires profondément déchaussées par l’érosion, se dressent en murailles demi-circulaires concentriques, toutes rasées régulièrement à la même hauteur. Évidemment un tronçon de pénéplaine exhaussée, et disséquée par l’érosion.
L’extrémité fermée du synclinal touche à une faille au delà de laquelle apparaît l’extrémité également fermée d’un anticlinal, également arasé.
La faille se constate directement, puisqu’elle ramène en surface une bande de grès dévoniens, mais elle ne se traduit dans l’orographie actuelle par aucune dénivellation, elle est donc fort ancienne, constitutive de la pénéplaine.
Si on prolonge par la pensée cette ligne de faille, elle passe entre l’extrémité fermée à l’ouest de l’anticlinal de Ben Zireg, et l’extrémité fermée à l’est du synclinal du Béchar. Il court donc là, dans une direction à peu près nord-sud, un accident, un décrochement, j’imagine, à la rencontre duquel les plis se ferment et se relaient[121]. L’accident et les plis sont évidemment contemporains, cela forme un ensemble, et comme l’âge hercynien est prouvé pour certaines parties il l’est pour le tout.
Je ne sais quelle part faire aux plis hercyniens dans l’allure très particulière du djebel Moumen. Il a un sommet rectiligne et que de loin on jugerait tabulaire ; en réalité il est couronné par une feuille de calcaire pliée en synclinal très aigu dans le sens de la longueur. (Cf. fig. 31.)
=Plis atliques.= — C’est naturellement la surrection de l’Atlas qui a rajeuni le relief hercynien.
L’énergie des plissements atliques varie de part et d’autre d’une ligne de faille très apparente. A Bou-Kaïs elle est jalonnée de pointements éruptifs (ophite ?), elle passe au nord du dj. Orred, entre le dj. Orred et l’Antar (Pl. XX), enfin au sud de l’Antar. Elle sectionne en falaises brusques et fraîches les calcaires dinantiens de l’Orred ; au pied de l’Antar elle a affecté les calcaires cénomaniens, qui sont vivement redressés au nord, et parfaitement horizontaux au sud. Il faut donc qu’elle soit post-cénomanienne.
Au nord de cette ligne sont les montagnes géantes, le Grouz et l’Antar (près de 2000 m.).
Tout ce qu’on peut affirmer ici du Grouz, au point de vue géologique, c’est qu’il se termine au sud par un pli couché ; je puis l’affirmer en m’appuyant sur l’autorité de M. Ficheur, professeur de géologie à l’École des sciences d’Alger ; il a constaté auprès de Beni Ounif, aux djebels Melias et Zenaga que les calcaires jurassiques reposent sur les grès albiens[122]. Le pli couché est bien net aussi auprès de Bou Aïech ; on y voit une feuille calcaire repliée sur elle-même et coinçant dans le synclinal des schistes indéterminés.
Le dj. Antar est de structure plus simple, mais analogue.
Cette montagne est constituée tout entière par un pli déversé au sud. (Cf. fig. 31 et 32.) Sur sa face occidentale, non loin de Sidi Dahar, dans une large déchirure, on a sous les yeux une magnifique coupe géologique ; on y voit les argiles dévoniennes coincées au cœur du pli ; le calcaire carbonifère les recouvre en plaques horizontales puissantes qui constituent le sommet de la montagne (voir pl. XX, phot. 40), puis sur la face sud, dominant Ben Zireg ces mêmes calcaires se replient et passent sous le Dévonien.
L’âge atlique de ce pli est de toute évidence, puisque les calcaires cénomaniens y participent énergiquement.
Au sud de la faille les conditions sont tout autres. L’altitude s’abaisse brusquement, le Béchar est plus bas que l’Antar de 500 à 600 mètres. Du haut de l’Antar on aperçoit le Béchar et l’Orred étalés à ses pieds comme en projection planimétrique. (Voir pl. XX, phot. 39.)
Le Béchar et l’Orred sont les épaulements nord et sud d’un synclinal largement étalé, au centre duquel est le poste de Colomb-Béchar, et dont le fond est recouvert par le placage cénomanien et l’ennoyage récent (fig. 29).
Le Cénomanien est resté horizontal au centre, mais il est redressé au nord et au sud, tant sur les flancs de l’Orred que sur ceux du Béchar, où il constitue les curieuses collines de Bezazil Kelba. (Voir pl. XXIV, phot. 46.) Le synclinal hercynien a donc rejoué récemment, quoique assez faiblement.
Les collines de Bon Yala et de Fendi sont elles aussi le résultat de plis légers affectant le Cénomanien (?)
La partie occidentale du Béchar a été affectée d’un plissement atlique. Immédiatement à partir du Mouizib on le voit apparaître dans les schistes argileux dévoniens, passer dans les calcaires dinantiens (fig. 30), puis dans les grès houillers ; il détermine l’éperon que le Béchar projette vers l’ouest, jusqu’au Guir, au sud de Kenatsa.
Ce pli est double ; les deux indentations profondes qui déterminent les cols voisins du Mouizib et du Teniet Nakhla sont des anticlinaux très nets, accusés en creux aussi longtemps qu’ils affectent les argiles dévoniennes et séparés par l’éperon calcaire en relief de l’Aïn Mézerelt qui est affecté d’une légère ondulation synclinale (fig. 29 et 30).
Ce double pli (pli de Kenatsa, si l’on veut), est franchement orienté est-ouest, il fait un angle très accusé avec la direction générale des strates primaires redressées, dont l’indépendance vis-à-vis de lui est manifeste.
Sur son passage la feuille de calcaire dinantien par exemple a été tordue et indentée, mais elle conserve sa direction générale hercynienne, plus voisine de nord-sud que d’est-ouest. On constate directement le conflit entre les deux systèmes de plis, hercyniens et atliques.
M. Poirmeur, dont la belle carte nous a renseignés sur la forme véritable du Béchar, remarque justement que cette forme est celle d’un T. Ce T doit la moitié occidentale de sa barre au plissement atlique, le reste relève de la virgation hercynienne. Je n’ai pas vu le Mezarif méridional, mais la carte Poirmeur nous y montre un éperon projeté vers l’ouest, qui paraît symétrique à celui de Béchar. Il est probable que le même effet procède de la même cause.
La grande hammada calcaire à l’ouest de Tar’it est une pénéplaine où les strates ont la direction hercynienne (nord-est-sud-ouest). (Voir fig. 33.)
Sur la route de Tar’it à Menouar’ar, un peu avant d’arriver à ce dernier point, exactement au puits de Daou Blel, on rencontre soudain des couches redressées plus énergiquement, et dont l’allure stratigraphique n’a aucun rapport avec celles des couches voisines. Elles plongent alternativement vers le nord et vers le sud. Il y a là un pli brusque qui vient évidemment du grand col appelé Teniet Sba, à l’extrémité orientale duquel (sur la Zousfana), on aperçoit en effet une disposition analogue.
Ainsi donc la coupure de Teniet Sba, le col le plus important du Béchar doit son origine au croisement d’un pli atlique avec le pli hercynien, de même que, plus au nord, les cols du Mouizib et du Teniet Nakhla.
Plus au sud on constate des diaclases toutes fraîches, aux Beni Goumi par exemple (Tar’it et Mzaourou) ; — je crois aussi que la Zousfana, en aval des Beni Goumi, a été guidée à travers la hammada par une diaclase fraîche.
Tout cela est bien concordant. La faille de Bou-Kaïs sépare l’Atlas de son Vorland. Tout ce qui est au sud est essentiellement une pénéplaine hercynienne, encore reconnaissable, mais affectée de quelques plissements atliques, bousculée, faillée et disséquée profondément par l’érosion.
=L’ennoyage.= — L’érosion, qui a déchaussé et isolé les puissants massifs calcaires, a naturellement accumulé dans les vallées des dépôts plus ou moins épais, d’âges divers, et qu’on arrive assez facilement à dater, par comparaison avec les dépôts continentaux analogues d’Algérie et du Sahara algérien. Les dépôts les plus anciens (miocènes ? en tout cas prépliocènes), tiennent une grande place et atteignent une certaine épaisseur dans la vallée de la Zousfana, en amont des Beni Goumi, et en aval de Ksar et Azoudj, où on les voit disparaître sous les poudingues pliocènes. (Voir pl. XXV, phot. 47 et 48. Voir aussi appendice XI.)
E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XXV.