Missions au Sahara, tome 1

Part 13

Chapter 133,655 wordsPublic domain

C’est un fait général au Sahara que les silex néolithiques se trouvent comme à Aïn Sefra en vrac à la surface du sol et à proximité d’une dune. Dans la plupart des cas je suis convaincu qu’une analyse détaillée des conditions de gisement donnerait un résultat identique. Au Sahara, pays de décapage éolien, il n’y a plus de gisements, mais simplement des résidus de gisement. Le vent s’est chargé des fouilles, et voilà pourquoi il y a, d’une part, une si grande abondance de matériaux recueillis, et d’autre part une extrême pénurie de renseignements précis sur la stratigraphie des stations.

=Station de Zafrani.= — Une station néolithique importante se trouve sur la rive gauche de la Zousfana entre Moungar et le puits de Zafrani, en bordure de la dune et sur le Quaternaire. Les silex comme toujours sont épars sur le sol. Ils ont été extrêmement abondants, car tous les convois militaires qui depuis 1902 viennent camper une fois par mois à Zafrani ont méthodiquement pillé la station, qui n’est pas encore tout à fait épuisée. Le musée d’Alger a une assez jolie collection de ces silex, représentée ci-contre (pl. XIX, phot. 38).

Les pointes de Zafrani sont en deux silex différents, l’un noir et l’autre blanc. Cela correspond peut-être à la présence dans le pays de deux catégories très différentes de rognons siliceux, les uns carbonifères et les autres pliocènes.

Ces silex sont intéressants parce que très particuliers, très différents de ceux qu’on recueille couramment en si grand nombre dans la région d’Ouargla et dans l’erg oriental. La planche XIX (phot. 37) donne à titre de spécimen et pour la comparaison, quelques échantillons de ces pointes orientales. Tandis qu’elles sont menues, longues de 2 ou 3 centimètres, et admirablement travaillées sur les deux faces, on dirait presque ciselées[99], les pointes de la Zousfana sont deux fois plus longues et plus épaisses, et d’un travail très grossier, unilatéral. Les premières sont de vraies pointes de flèche, tandis que les autres seraient plutôt des pointes de lance ou de javelot.

Nous entrons donc ici dans une autre région néolithique, car, d’une façon générale, et à de très rares exceptions près, les pointes du type Zousfana n’ont jamais été trouvées dans l’est (cf. la collection Foureau) ; et la réciproque est vraie, on va voir que les rares pointes connues dans la Saoura et au Touat sont presque toutes du type Zousfana.

E.-F. GAUTIER. — Sahara Algérien. PL. XIX.

Ces deux types sont connus et classés en Algérie. Voici comment M. Pallary caractérise ce dernier : « Pointes de trait pédonculées, grosses, massives, irrégulières, très rarement symétriques... toujours cet outillage est façonné sur une seule face. » Il provient toujours de stations en plein air d’après M. Pallary, qui déclare n’avoir jamais trouvé d’industrie similaire dans les grottes ; et qui conclut ainsi : « Aux temps néolithiques succède en Algérie la période numide et berbère, et c’est sans doute le contact des étrangers qui, introduisant dans notre pays les métaux, a dû amener cette décadence de la pierre que nous avons constatée dans les ateliers en plein air[100]. »

Ainsi les grosses pointes seraient un type de décadence, et représenteraient la dernière phase du néolithisme africain, contemporaine des métaux et presque moderne.

Les petites pointes soignées d’Ouargla se retrouvent bien elles aussi en Algérie, d’après Pallary ; elles sont « l’épanouissement du néolithique oranais » ; mais elles s’y trouvent toujours dans les dépôts supérieurs des cavernes (grottes des Troglodytes, du Polygone, de Noiseux et de la Tranchée), en compagnie d’une faune qui n’est pas tout à fait actuelle[101]. Voilà qui est intéressant, sous la plume d’un homme comme M. Pallary, connaisseur excellent de la préhistoire algérienne. Nous constatons ici, comme à propos des gravures, que les belles traditions de taille se sont conservées bien plus tard au Sahara qu’en Algérie. Et nous acquérons la notion que ces innombrables gisements de l’erg oriental, particulièrement signalés et exploités par M. Foureau, constituent probablement une province à part, cantonnée dans le bas Igargar.

=Station de Tar’it.= — Dans la palmeraie de Tar’it on trouve deux gisements néolithiques. Ils sont très médiocres ; des débris, de vagues grattoirs, mélangés à des morceaux d’œuf d’autruche percés et travaillés. Pas une seule pointe décente de flèche ou de javelot.

Les silex de Tar’it se trouvent en deux points :

_a._ Au voisinage de la palmeraie dite « des Adieux », à quelques kilomètres au nord du poste de Tar’it sur la route de Beni Ounif. Cette petite palmeraie est aujourd’hui inhabitée, et inculte, à l’exploitation des palmiers près ; mais elle ne l’est pas nécessairement, l’eau y sourd, et les conditions d’habitabilité sont encore aujourd’hui réalisées. L’eau est même fort abondante puisqu’elle est captée et amenée par deux foggaras (canaux souterrains) à la palmeraie actuellement cultivée. La palmeraie « des Adieux » est aux trois quarts enfouie dans la dune et l’ensablement est apparemment la cause de son abandon.

_b._ Au ksar en ruines de Mzaourou. Ces ruines, comme une demi-douzaine d’autres que je n’ai pas visitées, représentent la vie urbaine dans l’oasis de Tar’it, à une époque immédiatement antérieure à l’actuelle. Elles sont juchées au sommet de la falaise carboniférienne, dans une situation qui a évidemment la prétention d’être inexpugnable, et qui a donc été choisie par des habitants guerriers et autonomes. Les ksouriens actuels, qui ne sont plus ni l’un ni l’autre, ayant abandonné aux nomades le soin de les protéger, habitent dans la vallée au milieu des palmiers et au contact immédiat des jardins. Tandis que les ksars actuels sont bâtis en pisé, les vieilles ruines sont en pierres sèches ; à Mzaourou d’ailleurs le troglodytisme a joué un rôle important ; la falaise est creusée de cavernes cloisonnées de murs. Bref les ksars actuels et ceux du type Mzaourou représentent évidemment deux civilisations distinctes et successives.

Ces ruines en pierre sèche, qui toutes ont un nom, sont d’ailleurs historiquement connues, dans la mesure où les traditions indigènes méritent le nom d’histoire. Elles auraient été abandonnées à la suite des prédications d’un saint personnage venu de Syrie, et cet abandon serait en relation avec la conversion des indigènes à l’islamisme (?) ; ou plutôt avec cette recrudescence de prédication et d’ardeur maraboutique qui s’est produite au XVe siècle à la suite des victoires espagnoles.

A Mzaourou les débris de silex mélangés à des morceaux d’œuf d’autruche se trouvent dans les ruines mêmes du ksar, dans le sol, ou du moins dans ce qui en subsiste accroché aux anfractuosités de la roche. Et faut-il donc croire que l’usage des silex, sinon comme armes, du moins comme menus outils s’est conservé jusqu’au XVe siècle. Cela n’a rien d’invraisemblable dans l’Afrique du nord et tout particulièrement au Sahara[102].

En somme les gisements néolithiques de Tar’it sont très différents de celui de Zafrani, mais ils ont comme lui un caractère algérien, il rappellent Aïn Sefra.

=Gisements de la Saoura et du Touat.= — Le long de la Saoura, au Touat et dans son voisinage, je ne connais pas de gisements néolithiques sérieux ; j’ai seulement trouvé quelques pièces sporadiques.

Une pointe en silex à Bou Khrechba, sur la rive gauche de l’O. Saoura, sur des dépôts mio-pliocènes continentaux au pied de la dune.

Une pointe en silex entre Ksabi et Haci Mallem sur la route de Charouin, à une dizaine de kilomètres de Haci Mallem, au pied d’un cordon de dunes.

Trois pointes en quartzite sur la route de Taourirt à Haci Rezegallah, sur la rive droite de l’oued anonyme venu d’In Zegmir, et comme d’habitude en relation avec un cordon de dunes[103].

Pour être complet ajoutons un fragment de bracelet de verre, analogue à ceux que Foureau signale à différentes reprises, et trouvé sur la route de Haci Sefiat à Temassekh, à une dizaine de kilomètres de Sefiat.

Je sais que le capitaine Flye et ses compagnons ont trouvé dans l’Iguidi un petit nombre de pièces, une très jolie pointe en feuille de laurier, très finement travaillée, une hache au contraire très grossière (du type de Saint-Acheul) ; et sans doute aussi des mortiers et pilons en pierre sur lesquels on reviendra.

Enfin on m’a dit qu’à l’est du Touat sur les premiers gradins du Tadmaït on rencontrait des débris d’ateliers aux affleurements des troncs d’arbres silicifiés (qui abondent dans le crétacé inférieur).

Ce sont les seules traces de néolithisme qui aient été signalées encore dans cet immense espace. Sans doute il a été bien peu parcouru encore ; et de plus il l’a été à peu près constamment suivant des routes déterminées qui s’attachent naturellement aux points actuellement habités. Or la distribution de la vie humaine à l’époque néolithique, si rapprochée de la nôtre qu’on la suppose au Sahara, était certainement très différente de l’actuelle. Dans l’est du Sahara algérien les gisements sont dans le Tadmaït et surtout dans le Grand Erg, très loin des palmeraies d’Ouargla. Il n’en reste pas moins surprenant qu’un aussi petit nombre de trouvailles aient été faites dans un pays qui, après tout, a été sillonné par pas mal d’itinéraires : surtout si l’on songe que, dans la région d’Ouargla, il n’y a pas eu, je crois, un seul voyage, qui n’ait amené la découverte de nombreux et très beaux gisements. On est amené à conclure provisoirement que la partie occidentale du Sahara français est beaucoup moins riche que l’orientale, de plus le néolithisme y prend une forme nouvelle et bien plus fruste. Les quelques échantillons recueillis dans l’O. Saoura et à l’ouest du Touat seraient plutôt du type de Zafrani, des pointes fortes et grossières. La pointe finement travaillée, du type oriental est prodigieusement rare dans toute la région de l’ouest.

Il n’en est pas moins vrai que, entre les types néolithiques oriental et occidental il y a un point de ressemblance. De part et d’autre les pointes en silex (flèches ou javelots, armes de jet) ont une prédominance très marquée. Les haches sont très rares.

Et c’est d’autant plus notable que la proportion s’inverse dès qu’on dépasse le Touat au sud.

=Gisements de l’Ahnet.= — _Stricto sensu_ j’ai trouvé deux haches dans l’Ahnet, l’une sur la route de Foum Zeggag à Ouan Tohra (à quelques kilomètres de ce dernier puits) ; l’autre à peu de distance au sud de Tin Senasset. Mais ces deux puits sont à l’extrême limite sud de l’Ahnet, à la limite du Tanezrouft, et il est remarquable que dans l’Ahnet proprement dit, comme d’ailleurs au Mouidir, on n’ait pas encore signalé à ma connaissance un seul gisement néolithique.

D’après les Touaregs il se trouve, il est vrai, de grands mortiers en pierre dans l’erg Tegant ; mais cet erg se trouve au nord du Mouidir, à la limite du Tidikelt, et d’ailleurs c’est un erg, ce qui suffit pour en faire quelque chose d’étranger aux grands plateaux gréseux du pays Touareg.

Foureau a été frappé de la rareté des gisements néolithiques chez les Azguers, et Motylinski n’en a pas trouvé au Hoggar, non plus que Chudeau.

Les montagnes touaregs, en somme, dernier refuge de la vie actuelle au Sahara, sont très pauvres en néolithisme.

=Gisements du Tanezrouft.= — J’ai trouvé au contraire un assez grand nombre d’armes et d’outils néolithiques en traversant le Tanezrouft.

J’ai déjà mentionné deux haches trouvées en deux points différents à la limite sud de l’Ahnet.

Dans l’O. Akifou une hache en ryolite et une sphère-écraseuse de même matière.

Entre ce point et In Ziza deux autres haches.

Il faut noter la présence à la limite méridionale de l’Ahnet et au nord d’In Ziza, d’une tendance à l’ensablement et d’un puissant cordon de dunes allongé parallèlement à l’O. Tiredjert. Les objets en pierre polie ont tous été trouvés à petite distance d’une dune.

Une hache à l’oued Tamanr’asset près de Timissao.

Une jolie pointe de silex en feuille de laurier du type d’Ouargla, au sud de la gara Tirek.

Dans la même région (N. d’In Ouzel) un pilon très allongé et très mince et un rouleau cylindrique en quartz rubanné ; ce dernier, qui n’est pas arrivé en Europe, était long de 0 m. 13 mais il a pu l’être davantage, il semblait brisé à une extrémité au moins, la section n’était pas tout à fait sphérique (grand diamètre 0 m. 056, petit diamètre 0 m. 052).

Dans le Tanezrouft oriental, entre In Ouzel et le Hoggar, Chudeau a trouvé encore huit haches ou pilons.

Au total la traversée du Tanezrouft a donné une vingtaine d’armes ou d’outils néolithiques. On sait que les indigènes appliquent le mot de Tanezrouft aux parties les plus arides et les plus inabordables du Sahara. Entre l’Ahnet et In Ouzel la partie traversée du Tanezrouft a 500 kilomètres, et sur cette grande étendue on ne rencontre que deux points d’eau. Ces solitudes mortes, où personne aujourd’hui ne séjourne jamais, se traversent à marches forcées de jour et de nuit, le moindre retard pouvant avoir de graves conséquences. Les objets rapportés ont été ramassés précipitamment parce qu’ils se sont trouvés sous les pieds du chameau, de jour, suffisamment en évidence pour être aperçus à quelques mètres de distance, à un moment où l’œil du cavalier n’était pas attiré par autre chose. Dans de pareilles conditions il me paraît remarquable qu’un aussi grand nombre d’objets ait été trouvé ; cela suppose évidemment une diffusion assez abondante des produits de l’industrie néolithique à la surface du Tanezrouft.

Il devient curieux par contraste qu’on n’ait rien trouvé dans les vallées de l’Ahnet, où l’on marchait à petites journées, faisant de longs séjours, et entouré de Touaregs familiers avec le pays, qui savaient devoir bénéficier d’une prime s’ils indiquaient un gisement néolithique.

Les Touaregs connaissent les haches néolithiques, ils s’en servent pour aiguiser leurs rasoirs, et ils ont d’ailleurs au sujet du néolithisme des légendes explicatives. Si je les ai correctement interrogés (ce qui est à vrai dire malaisé) ils indiquent en effet le Tanezrouft comme la région par excellence où le néolithisme a laissé de traces.

Ce curieux renseignement cadre avec les observations de MM. Foureau et Chudeau à l’est du Hoggar. L’Aïr semble lui aussi très pauvre en néolithisme.

M. Chudeau a bien rapporté une flèche provenant de Teguidda n’Taguei (50 kilomètres N.-O. d’Agadès), mais elle était isolée, et le point d’ailleurs est franchement en dehors de l’Aïr montagneux.

M. Foureau a trouvé une fort belle hache à Aoudéras sur la limite méridionale de l’Aïr, mais il croit « qu’elle a été apportée en ce lieu ; car on ne trouve pas un seul instrument de pierre taillée à des centaines de kilomètres à la ronde ». C’est une affirmation qui a du poids sous la plume d’un collectionneur néolithique aussi attentif, aussi expérimenté et aussi heureux.

En revanche M. Foureau signale une très belle station néolithique au puits d’Assiou. M. Chudeau a trouvé une hache dans le nord du Tiniri et une flèche au sud d’In Azaoua. Le Tiniri serait donc relativement riche en stations néolithiques, de même que le Tanezrouft dont il est le pendant oriental.

=Gisements de l’Adr’ar des Ifor’ass et de l’O. Tilemsi.= — Sur tout le trajet entre In Ouzel et le Niger le nombre des outils néolithiques directement trouvés en place est restreint.

O. Tassemak débris d’atelier auprès d’une colline en quartzite (insignifiants).

O. Ichaouen une moitié de mortier en granit brisé (trop lourde pour être emportée).

A Tissédiyé une très petite et assez joliment travaillée pointe de flèche en quartz, et un débris de poterie. A noter que les rochers de Tissédiyé portent quelques gravures rupestres et qu’ils sont ensablés, chose rare dans l’Adr’ar.

Mentionnons encore, pour mémoire, une grande pointe de lance en roche cristalline, grossièrement mais incontestablement taillée, trouvée entre l’oued Tougçemin et Bour’oussa, mais malheureusement perdue.

Voilà pour l’Adr’ar des Ifor’ass.

Au Tilemsi, débris d’atelier, ou en tout cas esquilles de silex auprès du puits de Tabankor (insignifiants).

Au puits de Tabrichat, ou plus exactement à la mare temporaire qui voisine avec le puits, une très jolie petite hache.

Je sais par ouï-dire qu’on a trouvé des flèches en silex et des poteries au poste même de Gao.

En somme, une pointe de flèche de Tissédiyé et une petite hache de Tabrichat, voilà tout ce que j’ai recueilli « en place » d’In Ouzel au Niger. Il est vrai que l’Adr’ar n’est plus, comme le Sahara, un pays à sol nu, décapé par les influences continues de la sécheresse et du vent. C’est au contraire un pays à sol alluvionnaire en formation, couvert de végétation. Les conditions sont donc bien plus défavorables pour la rencontre fortuite d’outils néolithiques en vrac à la surface du sol.

Pourtant entre les puits de Tarikent et d’Adiyamor, j’ai rencontré un cimetière musulman, actuel peut-être, et en tout cas moderne, qui est un véritable musée d’industrie néolithique. A peu près toutes les pierres tombales (pierres debout, stèles) sont des haches, des mortiers, des pilons, etc. ; bref d’innombrables outils néolithiques en admirable état de conservation ; il y en avait des centaines, et les échantillons prélevés ne représentent naturellement qu’une faible partie de l’ensemble. (Voir appendice VI, p. 352.)

Il est clair que l’existence de pareils cimetières-musées suppose une abondance, dans la région, d’outils néolithiques.

Au témoignage unanime des officiers, des cimetières de ce genre se rencontrent fréquemment dans la zone nigérienne, et les outils néolithiques rapportés du Soudan nigérien par le lieutenant Desplagnes, sont tout à fait les mêmes que ceux du Tanezrouft, de l’Adr’ar des Ifor’ass, et du Tilemsi. La province néolithique dans laquelle on entre au sud de l’Ahnet se continue donc au Soudan dans la boucle du Niger, jusqu’au Hombori, au Mossi.

Cette province néolithique se caractérise par l’énorme prédominance des haches. La collection Foureau qui provient surtout du Grand Erg au sud d’Ouargla ne contient qu’une trentaine de haches contre environ 6000 silex. Ma petite collection, recueillie au sud des oasis, contient une trentaine de haches contre deux pointes en silex et en quartz. Les collections soudanaises du lieutenant Desplagnes donneraient, je crois, une proportion analogue.

Et sans doute faut-il faire observer que le sol, au nord et au sud des oasis, n’offrait pas du tout les mêmes ressources à l’industrie néolithique : au nord les rognons de silex abondent dans les couches pliocènes ; au sud les terrains archéens, métamorphiques et éruptifs fournissent de superbes matériaux pour le travail des haches (Voir appendice VI), tandis que le silex fait défaut. Ce n’est pas absolu pourtant, du moins si on envisage la totalité de la province. Les dépôts crétacés et tertiaires du Soudan (ceux du Tilemsi par exemple) contiennent des rognons de silex, et pourtant dans l’O. Tilemsi comme ailleurs ce qu’on rencontre surtout ce sont des haches.

On serait donc tenté de croire qu’aux différentes provinces néolithiques ont correspondu historiquement des civilisations diverses.

=Rouleaux, meules dormantes.= — Il faut mentionner à part une catégorie intéressante d’instruments en pierre polie, des rouleaux écraseurs et meules dormantes. Ils ne sont pas cantonnés dans la zone des haches en roches cristallines. Foureau en a trouvé beaucoup dans la zone d’Ouargla, où il a noté qu’ils accompagnent les gisements néolithiques. C’est là une affinité intéressante entre ces deux provinces, par ailleurs si différentes.

J’ai rapporte un instrument en pierre polie, long d’une cinquantaine de centimètres, et plus massif à un des bouts, en forme de massue, un bâton de pierre. Cet échantillon est isolé, c’est un outil contondant à la manière d’un pilon. Mais je n’ai pas vu le mortier qui lui correspondrait et l’interprétation reste hasardeuse.

Ce qui est beaucoup plus fréquent, ce sont des rouleaux écraseurs, de formes variables, cylindriques, en olive, sphériques, auxquels correspondent des augets, dont l’intérieur seul est soigneusement poli.

Tout ce matériel a servi indubitablement à moudre du grain. C’est l’équivalent, en civilisation primitive, de la meule tournant autour d’un axe.

Il est bien connu d’ailleurs, il se retrouve en Espagne, par exemple, à l’époque néolithique. Mais là, comme dans l’Afrique mineure, il appartient à un passé très lointain, qu’on exhume péniblement. Au Sahara et au Soudan il est actuel.

On est frappé d’abord du grand nombre des échantillons signalés. Tous les voyageurs sahariens en ont rencontré. Lenz en a reproduit quelques-uns provenant de Taoudéni[104]. J’ai déjà dit que le capitaine Flye en a rapporté de l’Iguidi. Foureau en mentionne un grand nombre[105].

Il est tout naturel que les outils de ce genre soient extrêmement nombreux, puisqu’ils sont encore en usage au moins sur certains points et dans une certaine mesure.

Dans les oasis sahariennes (Touat, Tidikelt) on se sert pour moudre le grain de la meule méditerranéenne, algérienne, deux disques en pierre accolés, et réunis par un axe en fer autour duquel on fait tourner le disque supérieur au moyen d’une poignée également en fer. Il y a probablement très longtemps que la meule s’est substituée au rouleau écraseur, sur lequel elle a une supériorité évidente.

Il faut noter pourtant qu’on emploie encore pour écraser les noyaux de dattes (car on ne laisse rien perdre), un petit disque en pierre, de la grosseur du poing, creusé au centre de chacune de ses faces planes d’une petite cavité. Encore est-il que cet instrument semble devenir de jour en jour plus désuet, car en ayant trouvé un dans les ruines de Mzaourou j’ai eu toutes les peines du monde à m’en faire indiquer l’usage. Il me paraît évident que ce disque à écraser les noyaux de dattes est le dernier représentant des rouleaux écraseurs.

Au sud des oasis la meule algérienne disparaît, au moins dans le Sahara central, car, par l’intermédiaire de la Maurétanie elle a atteint Tombouctou.

Les Touaregs de l’Aïr font usage du rouleau écraseur, les affirmations de MM. Foureau et Chudeau, confirmées par une photographie très nette de M. Foureau ne laissent pas de doute à ce sujet.

Il est certain aussi, que le rouleau écraseur est actuellement en usage, sinon dans tout le Soudan du moins au Mossi[106].

Il faut noter pourtant que, dans l’Aïr à coup sûr, et peut-être aussi dans le Mossi, le grain est d’abord concassé, le plus gros de la besogne est fait dans un mortier en bois, avec un pilon en bois (du type si commun dans toute l’Afrique nègre). C’est ensuite seulement que le résidu de cette première trituration est versé dans des augets où les femmes achèvent de le réduire en farine avec les rouleaux écraseurs.

Or on a vu que, au nombre des échantillons recueillis au Tanezrouft se trouve un véritable pilon en pierre, un outil de percussion qui n’a pas pu être employé comme rouleau. Il nous reporte à une période aujourd’hui close, où tout le matériel à moudre était lithique, depuis le pilon jusqu’au rouleau.