Manuel du Valet de Chambre Contenant des indications sur la tenue, le langage, le service de table et des appartements, le soin des parquets, de l'argenterie, des cuivres, etc., la manière de recevoir et de répondre à la porte, etc., etc.

Part 2

Chapter 23,945 wordsPublic domain

Pour les =couverts=, avoir dans la salle à manger, sur la table de service, un vieux plateau et au fur et à mesure que l’on dessert, poser dessus les cuillères et les fourchettes, auprès les unes des autres en ayant soin qu’elles ne se cognent pas. Le service fini, porter ce plateau dans l’office.

Mettre de l’eau très chaude dans une terrine, y battre du savon noir de façon que l’eau soit mousseuse; laver les couverts dans cette eau, pièce par pièce avec une brosse douce.--Les œufs et le vinaigre noircissent le bout des fourchettes et cuillères, avoir à portée de la main, du _blanc d’Espagne_, en prendre une pincée entre les doigts, en frotter l’endroit noirci et continuer ensuite le lavage.--Déposer à mesure sur un torchon en évitant toujours de les cogner les unes contre les autres; essuyer avant que ce soit complètement sec; remettre sur le plateau qui aura été nettoyé et reporter dans la salle à manger; donner encore un coup de peau propre avant de les replacer dans le tiroir.

Dans le tiroir, cuillères et fourchettes doivent être rangées par catégories et pas trop serrées.--Compter chaque jour, afin de s’assurer que rien n’a été égaré.

Quand l’argenterie a manqué de soin, voici un moyen de la remettre à neuf.

Prendre avec un linge fin, un peu de _pâte magique_; frotter sur toutes les parties jusqu’à disparition complète des rayures; ce travail demande quelquefois plus d’un quart d’heure par pièce, mais une fois fait, c’est pour longtemps; essuyer avec un chiffon sec, puis frotter avec un peu de _poudre Touron_, en se servant d’une peau; on obtient alors un beau brillant. On enlève la poudre des chiffres et des rainures, avec une brosse douce.

Pour l’entretien journalier, la _poudre Touron_ suffit, on ne doit se servir de la _pâte magique_ que lorsque l’argenterie commence à se rayer, ce qu’on évite en la manipulant avec soin.--La _pâte magique_ peut tacher l’argenterie, on empêche cela en versant dans la boîte, avant de s’en servir, quelques gouttes d’esprit de vin ou d’alcool à brûler.

Les =pièces=: plats, légumiers, saucières, cafetières, sucriers, salières, etc., seront entretenues de la même façon; on aura soin de ne pas fausser les pieds et les anses en pressant trop fortement pendant le nettoyage; toutes ces choses exigent énormément de précaution.--Le _vermeil_ s’entretient comme l’argent; de même le ruolz, le métal anglais et le métal argenté.

=Couteaux.=--Les couteaux seront placés, en desservant, sur le même plateau que les couverts; on lavera les lames avec un chiffon, dans l’eau qui aura servi à l’argenterie, on les tiendra par le manche en évitant de les laisser tremper dans l’eau, ce qui finirait par décoller la virole; essuyer avec un linge sec, frotter ensuite jusqu’à disparition complète des taches, sur la planche couverte de peau, qu’on aura saupoudrée d’un peu de poudre, _Knife polish Wallington_; essuyer avec la peau en faisant briller la virole d’argent et ranger dans les boîtes, sans toucher les lames avec les doigts, ce qui pourrait les faire rouiller.

Les couteaux à lame d’argent seront lavés comme les autres, mais non passés sur la planche, ils seront traités de la même façon que les couverts, avec la _pâte magique_ et la _poudre Touron_; les manches aussi bien entendu, quand ceux-ci sont en argent.

=Cristaux.=--Pour plus de commodité il faut avoir deux terrines dans l’office; une pour l’argenterie et une spéciale pour les verres, tasses, etc...--Remplir la terrine d’eau froide (l’eau chaude pourrait casser les verres), laver dedans les verres, un à un, les renverser pour les égoutter et essuyer pendant qu’ils sont encore humides, avec une serviette bien sèche; éviter de laisser des peluches du linge après les verres. Ranger dans l’armoire en les retournant.--Les bols seront lavés ensuite; pour les tasses on pourra se servir d’eau chaude.

Les _carafes_ et les _carafons_ devront toujours être clairs et brillants; secouer de l’eau dedans, avant de les remplir pour les repas; quand ils paraissent ternes, mettre dans l’eau des coquilles d’œuf ou de la pomme de terre coupée en petits morceaux; secouer vigoureusement, vider et passer de l’eau claire; toujours bien essuyer après qu’on les aura remplis.

=Salières.=--Nous avons dit que les salières devaient être toujours pleines, il faut donc les refaire après chaque repas.--On a dans l’office un pot de sel fin et un pot de poivre, de façon à pouvoir ajouter ce qui manque dans les salières; pour le sel il faut avoir soin de ne pas le laisser en grumeaux; on renversera le contenu de la salière dans une assiette et avec une cuillère de bois, on l’écrasera bien; on remplira la salière en pressant et on unira bien le dessus; essuyer le tour, de même pour le poivre; passer le support à la peau s’il est en argent et aussi les petites cuillères qui seront placées dessus, sans enfoncer.

=Dessert.=--Il est difficile d’indiquer, d’une manière précise, le dressage des fruits; nous essaierons cependant d’en donner quelques notions.

Pour faire les compotiers on se sert de mousse ou de feuilles; bien essuyer celles-ci, en faire un lit les pointes vers les bords du compotier.--_Grosses poires_: en placer en couronne cinq ou six, selon la taille; la queue en l’air; mettre dans l’intérieur de la couronne un petit tampon fait avec des feuilles, dessus une ou deux feuilles, et poser une dernière poire que l’on aura choisie la plus belle.--_Petites poires_: on fait de même une première couronne, le nombre des poires varie selon la grosseur, on remplit le vide intérieur avec le tampon de feuilles, on place dessus quelques feuilles à plat, on refait une deuxième couronne de trois ou quatre poires, encore une feuille et une poire au sommet; toutes les queues droites.--On dresse de même les _oranges_, les _mandarines_ et les _pommes_; mais on les pose du côté de la queue, le nœud en dessus. Les _pêches_, les _abricots_ sont posés aussi du côté de la queue.--Il faut avoir soin de présenter extérieurement le plus joli côté des fruits, de ne les toucher qu’avec délicatesse pour ne pas les meurtrir ni leur enlever la fleur.--Les _prunes_ sont très délicates, les dresser aussi en pyramide, par plusieurs couronnes, trois ou quatre, mais on ne mettra pas de tampon de feuilles, on les arrangera par couches successives.--Les _figues_ sont encore plus fragiles, les dresser comme les petites poires, les queues droites.--On laisse la queue aux _grosses fraises_; quand on doit les dresser, on met les queues en dedans, les _cerises_ sont arrangées de même en pyramide, les queues en dedans; ce dressage exige une certaine habileté et dans beaucoup de maisons, dans l’intimité de tous les jours, on les dresse naturellement.--Le _raisin_ devra être débarrassé des mauvais grains et de tout ce qui pourrait le déparer; on tiendra les grappes par la queue et avec des ciseaux on procédera délicatement au nettoyage.

Est-il besoin de recommander d’avoir les mains rigoureusement propres, pour toucher ainsi les fruits?

Le _fromage_ sera tenu couvert dans l’office, s’il n’y a pas de cloche, mettre dessus une assiette creuse renversée.--Tous les fromages mous seront grattés à la surface, pour les débarrasser de leur croûte; faire attention de ne pas les écorcher en faisant ce travail.

=Cuivres.=--Les cuivres où qu’ils soient placés, doivent être toujours très brillants, quand ils auront été négligés, on les fera revenir en se servant de la _pâte magique_, comme pour l’argenterie; frotter fort et longtemps, essuyer et passer ensuite un peu de _tripoli_ pour faire briller.--Pour l’entretien, le _brillant belge_ est d’un bon usage; en mettre très peu sur un linge, en frotter l’objet et faire briller avec un chiffon de laine.

=Lampes.=--Il y a plusieurs modes d’éclairage: électricité, gaz, alcool, pétrole; c’est encore ce dernier qui est le plus usité et qui demande le plus de soin.--Les lampes devront être tenues avec beaucoup de propreté, ne pas trop remplir la toupie qui suinte facilement; bien essuyer partout le pétrole qui aurait pu être répandu; couper la mèche bien régulièrement, essuyer le bec et quand celui-ci est noirci par l’usage, le frotter avec du _papier de verre_; la lumière est d’autant plus vive que l’appareil est plus propre; passer un chiffon avec du _brillant belge_ sur toutes les parties de cuivre.--Le pétrole devra être toujours limpide dans la toupie; si étant resté quelque temps dans la lampe, il était trouble, il faudrait le vider tout à fait et on l’utiliserait dans une lampe non transparente. Pour le _verre_, passer plusieurs fois la brosse, puis un chiffon très sec et très propre; reposer le verre sur la lampe en le tenant avec le chiffon pour ne pas y laisser l’empreinte des doigts.

Après que les lampes auront été allumées, il faudra les surveiller pendant quelques moments; ou la mèche n’est pas assez montée, alors cela sent mauvais, ou elle l’est trop et la lampe file; ce n’est qu’après quelques instants qu’on peut s’en apercevoir et régler la lumière.

La lampe à alcool est d’un entretien plus facile, il n’y a pas l’inconvénient du suintement que produit le pétrole.--Pour ces deux genres d’éclairage, il faut avoir soin de faire les lampes au jour, près d’une lumière il pourrait se produire des accidents.

L’abat-jour devra rester dans la pièce où se trouve la lampe; pour l’ôter et le remettre, le prendre par la monture sans toucher au papier ou à l’étoffe dont il se compose.

=Encaustique.=--Voici une manière très simple de faire l’_encaustique_. Dans un vase quelconque, faire fondre au bain-marie où très doucement sur le bord du fourneau, 160 grammes de _cire jaune_, coupée en morceaux; quand la cire est fondue, verser peu à peu en remuant avec une spatule, un demi-litre d’_essence de térébenthine_; laissez refroidir et couvrez d’un papier comme un pot de confiture. Pour l’usage journalier, avoir une boîte en fer battu que l’on remplit au fur et à mesure des besoins.

MANIÈRE DE S’EN SERVIR.--Débarrasser le parquet de la poussière et des taches en balayant et brossant, prendre avec un chiffon de laine mis en petit tampon, un peu d’encaustique, en frotter le parquet partout bien également, laisser sécher un moment, étaler en frottant avec la brosse et finir avec le chiffon de laine ou le patin, bien suivre le fil des planches. Pour les meubles on a des brosses exprès. L’encaustique passé sur le linoléum et sur le marbre produit un très joli effet.

Quand sur le parquet il y a des taches de graisse qui résistent à la brosse, ou que la cire s’est encrassée comme sous les tapis, frotter avec de la _paille de fer_; si on le fait avec la main, mettre un gant, la paille de fer coupe, avec le pied il n’y a aucun risque.

=Carreaux et glaces.=--Les carreaux quoique essuyés tous les jours, ont besoin d’être lavés de temps en temps, de même les glaces dans les appartements. Prendre une petite terrine avec de l’eau additionnée de _vinaigre_, en frotter les carreaux et les glaces et essuyer avec un chiffon bien sec. Le vieux calicot est très bon pour cet usage, il sèche bien sans laisser de peluches.

=Boiseries.=--Les boiseries blanches se salissent facilement, surtout les portes, fenêtres et persiennes où le frottement des mains laisse des traces. Pour les nettoyer on prend de l’eau de savon dans laquelle on a fait fondre un peu de potasse, on frotte, avec une éponge douce, la partie salie et on essuie aussitôt, car si l’humidité séjournait cela pourrait faire partir la peinture. Les boiseries de couleur se nettoient de même.

=Cheminées.=--Le feu dressé, la cheminée doit être nettoyée avec soin; l’entourage de cuivre passé au _brillant belge_, la porcelaine lavée ainsi que le marbre du foyer; si les chenets sont en cuivre, les frotter avec le _brilliant belge_; s’ils sont en fonte on les brossera et on les fera reluire avec la _pâte splendide_, on en frottera aussi le tablier ainsi que l’entourage s’il est en fonte au lieu d’être en porcelaine.--A l’entrée de l’été, les cheminées sont vidées complètement et on fait un grand nettoyage de tout l’intérieur.

Quand les pelles et pincettes sont rouillées par le manque d’usage, on les nettoie en les frottant avec du _papier de verre_.

=Ecueils à éviter.=--Il faut prendre garde en nettoyant d’un côté de ne pas salir ni abîmer d’un autre. Les ingrédients nécessaires au nettoyage de certaines choses, doivent être employés avec précaution. L’_eau de cuivre_, le _brillant belge_, la _pâte magique_ brûlent ou font des taches; on aura soin de ne pas poser la bouteille ou le pot directement sur le parquet ou sur les tapis, on mettra en dessous une assiette ou un papier et on fera attention de ne toucher avec le chiffon que le cuivre qu’on veut nettoyer.--La _poudre Touron_ est d’un maniement très subtil, tout ce qu’on touche avec devient rouge; quand on doit s’en servir, bien s’installer, mettre un journal sur la table où l’on veut faire le travail et prendre un tablier déjà défraîchi; ensuite bien se laver les mains avec du savon, ayant de toucher à autre chose.--La _potasse_, efficace pour nettoyer la porcelaine et lui redonner le brillant du neuf, rend les objets très glissants pendant le nettoyage, ils échappent des mains; agir avec prudence pour ne rien casser; il faut aussi éviter d’en laisser séjourner sur les toiles cirées ou sur le bois peint, mais en essuyant de suite elle ne produit aucun mauvais effet, au contraire elle nettoie.

En dressant les feux, on fera attention de ne pas toucher avec la tête le lambrequin de la cheminée, le frottement répété des cheveux l’encrasserait très vite.

En balayant ou en frottant, ne pas s’appuyer sur les murs ni sur les meubles; les mains chaudes ou sales laisseraient leur empreinte.

Sur la table à manger en bois ciré, ne rien poser de chaud sans mettre quelque chose en dessous, éviter aussi d’y répandre de l’eau, les taches blanches qui en résultent, sont très longues à s’effacer.

Ne jamais rien poser sur les tapis ou les étoffes qui couvrent meubles et pianos.

S’habituer à fermer les portes en les tirant par le bouton, afin de ne pas salir la peinture par le frottement de la main.

=Du soin et de l’attention, en tout et toujours.=

N. B.--Les _ingrédients_ conseillés dans ce _manuel_ ont été expérimentés et jugés efficaces; néanmoins il en existe d’autres similaires, qui peuvent être tout aussi bons et auxquels on pourra donner la préférence si on les croit meilleurs.

La porte

Répondre à la porte est un service qui a une très grande importance; ce service demande de l’intelligence, de l’initiative et du discernement.

Manière de recevoir au «jour de Madame»:

Ce jour-là vous terminez votre ouvrage de bonne heure; vous vous habillez dans la tenue qu’on vous a indiquée et vous vous tenez prêt à ouvrir.--Au coup de sonnette vous ouvrez la porte et sans rien dire, ni bonjour, ni rien, vous attendez droit et immobile qu’on vous fasse la question: «Madame X. est-elle chez elle?» Vous répondez: «Oui Monsieur, ou oui Madame, Madame reçoit.» La personne introduite, vous fermez la porte d’entrée, vous aidez les Messieurs à se débarrasser de paletots, cannes, parapluies, que vous accrochez et placez dans l’antichambre; de même pour les dames auxquelles vous enlevez manteaux, caoutchoucs, snowboots, si elles en ont; vous leur prenez les parapluies; elles gardent à la main ombrelles et en-cas; puis vous précédez le visiteur ou la visiteuse jusqu’à la porte du salon que vous ouvrez toute grande et vous effaçant, vous faites entrer.

Quand on doit annoncer, avant d’ouvrir la porte du salon on demande à la personne: «Qui aurai-je l’honneur d’annoncer?» Alors en ouvrant la porte on répète le nom qui a été dit, assez haut pour que la maîtresse de la maison puisse l’entendre et en faisant attention de ne pas l’estropier, ce qui donne du ridicule.--Il faut tâcher de se rappeler le nom des personnes qui viennent fréquemment et on les annonce, sans rien leur demander.

Dans certaines maisons on n’annonce pas, on inscrit les noms sur un registre, on demande de même le nom aux personnes avant de les introduire, en disant: «Monsieur veut-il me donner son nom? Madame veut-elle me donner son nom?» Et dès que la personne est entrée on écrit le nom, le plus lisiblement possible pour que Madame puisse les relever tous facilement à la fin de la journée.--Il faut se tenir dans l’antichambre afin d’aider des visiteurs à remettre les vêtements qu’ils ont pu ôter en entrant, leur rendre cannes ou parapluies et ouvrir la porte de dehors.--S’il pleut et que la porte du vestibule donne directement dehors, on ouvre le parapluie avant de le remettre aux mains de la personne qui sort. Quand les personnes sont en voiture, on va jusqu’à celle-ci, on ouvre la portière et on aide à monter, puis on referme la portière et on transmet l’adresse au cocher quand elle est donnée.--S’il pleut, on accompagne à la voiture en tenant un parapluie ouvert sur la tête de la personne.--Avoir un parapluie sous la main pour cet office.

En hiver, quand il y a du feu dans la cheminée du salon, pendant le courant de la journée, en ouvrant la porte aux visiteurs, on s’assure d’un coup d’œil qu’il marche bien; si on voit qu’il a besoin de bois ou de charbon, ou bien d’être redressé, on profite d’un intervalle entre les visites pour aller l’arranger, mais s’il ne s’en produit pas, on entre quand même pour faire ce qu’il y a à faire; on le fait discrètement, sans bruit et en tâchant de ne déranger personne; cependant si on doit passer devant quelqu’un, il ne faut pas s’excuser ni demander pardon, il n’y a rien à dire.

Pour la lumière, dès que le jour baisse, il faut penser à allumer; on tâche aussi de profiter d’un moment où il n’y a personne, si cela ne se produit pas à temps, on entre apporter les lampes et allumer celles qui sont au salon, pour cela on apporte à la main un _rat de cave_ tout allumé.--Quand la lumière est faite, on ferme les persiennes, si le salon est au rez-de-chaussée et qu’on puisse les atteindre du dehors, on les ferme de cette manière, autrement on le fera de l’intérieur ou on tirera seulement les rideaux, selon les ordres qui auront été donnés à cet égard.

Les allées et venues dans le salon se feront le plus discrètement possible pour ne pas troubler la conversation et on ne s’excusera pas de déranger les uns ou les autres; il faut toujours garder le silence.

Madame ne doit pas être dérangée pendant qu’elle reçoit; si quelqu’un venait la demander pour affaire: un fournisseur, des quêteuses, etc., il faudrait dire: «Madame est au salon, elle a du monde et ne pourra pas vous recevoir aujourd’hui.» Pour des lettres, dépêches, on attendra que Madame soit seule, pour les lui remettre.

Au «jour» on sert ordinairement du thé, mais pour ce genre de service, non seulement chaque maison a ses habitudes, mais encore il varie dans chaque maison, selon les circonstances ou les saisons. La maîtresse de maison indique elle-même ce qu’elle désire à ce sujet. Faire attention aux indications qui sont données et veiller à ce qu’il y ait toujours des tasses propres.

A «son jour» Madame est tenue d’être chez elle, si pour un motif quelconque elle ne peut recevoir, on doit donner ce motif aux personnes qui viennent pour la voir.

Maladie.--On dit: «Madame ne reçoit pas, elle est malade, ou souffrante.»

Deuil.--«Madame ne reçoit pas, elle est en deuil de.....»

Absence.--«Madame ne reçoit pas, elle est absente pour la journée, pour quelques jours, pour quelque temps.»

Sorties.--«Madame ne reçoit pas, elle a été obligée de sortir.»--Si Madame doit revenir pour recevoir,--«Madame est sortie, et n’est pas encore rentrée.»

Cessation de jour.--«Madame ne garde plus son jour.»

Avant de le reprendre.--«Madame n’a pas encore repris son jour.»

Quand une personne vient en dehors du «jour», il ne faut pas lui désigner le jour de Madame, à moins qu’il ne soit demandé; cette personne a peut-être des raisons pour venir à ce moment-là et il ne serait pas poli de lui faire remarquer qu’elle commet une erreur. Mais si on vous demande: «Madame a-t-elle un jour? ou quel est le jour de Madame?» On répond: «Madame reçoit tel jour,» en désignant lequel.

Manière de recevoir en dehors du «jour» ou si Madame n’a pas de «jour».

Il ne faut jamais aller ouvrir sans être dans une tenue convenable, si vous n’avez pas la livrée et que la sonnette vous surprenne occupé à un ouvrage qui ait nécessité l’abandon de la veste, ayez toujours sous la main la veste ou un tablier bien blanc et enfilez rapidement l’une ou l’autre, avant d’aller ouvrir.--Vous ouvrez comme nous l’avons dit précédemment, vous attendez immobile et sans rien dire que l’on vous fasse la question: «Madame est-elle chez elle?» Si Madame est chez elle et qu’elle reçoive, vous répondez simplement: «Oui Monsieur, ou oui Madame,»’et vous procédez pour introduire au salon de la même façon qu’au jour.--Dans le cas où Madame n’est pas au salon, après y avoir introduit le visiteur et lui avoir demandé son nom si vous ne le connaissez pas, vous allez avertir Madame là où elle est, en lui disant: «Monsieur X. ou Madame X. est au salon,» en lui nommant la personne qui l’attend.--Si la visite vient au moment de la nuit et que le salon ne soit pas éclairé, la première chose à faire en introduisant la visite c’est d’allumer, après quoi, vous allez prévenir Madame de la manière indiquée plus haut.

Madame étant chez elle, ne veut pas ou ne peut pas recevoir.--Aux personnes qui viennent vous répondez: «Madame est sortie.» Ce n’est pas un mensonge, c’est une formule polie; il serait grossier de dire: «Madame est là, mais elle ne veut pas recevoir.» Il faut remarquer qu’il y a une différence entre, Madame est _sortie_ et Madame est _absente_; sortie, indique que Madame est allée faire des visites, des courses, une promenade; absente, veut dire que Madame n’est plus dans la ville, qu’elle ne rentrera pas de la journée ou de quelque temps; il ne faut donc pas employer indifféremment l’un ou l’autre de ces deux termes.

Parmi les personnes qui viennent on devra discerner celles que Madame peut recevoir dans sa chambre ou pas habillée: parents, amis intimes, et celles-là, à moins d’ordres très précis, on les fait toujours entrer; tandis que les personnes que Madame ne peut recevoir qu’au salon et en toilette, si Madame n’est pas en état de les recevoir ainsi, on dit: «Madame est sortie.»

Quand une personne se présente le matin ou avant deux heures, ce n’est pas ordinairement pour faire une visite, mais parce qu’elle tient absolument à trouver Madame; donc si Madame est chez elle, on fait entrer au salon, on demande le nom et on dit: «Je vais voir si Madame peut recevoir.» Vous allez prévenir Madame et lui dites le nom de la personne qui la demande, puis vous retournez au salon rendre la réponse: «Madame prie Monsieur, ou Madame, d’attendre un moment, ou Madame vient tout de suite.»--Là encore il faut savoir discerner à qui on a affaire; pour un fournisseur, une modiste, une couturière, un commis-voyageur qui offre des marchandises, des demandes de charité, etc., on ne doit pas faire entrer au salon, on prie d’attendre dans l’antichambre et on demande: «Pour qui dois-je prévenir Madame?» On agit ensuite selon les ordres qui sont donnés.

En général, il ne faut faire entrer au salon, en dehors de l’heure des visites, que des personnes connues, car il pourrait se faire que ce fût un escroc, lequel profiterait du moment où vous allez prévenir Madame, pour mettre dans sa poche des bibelots de valeur.

En cas de maladie longue d’une personne de la maison, il faut savoir donner des nouvelles précises aux personnes qui viennent en demander, on devra donc s’informer auprès des maîtres du bulletin du jour et le donner, simplement, sans commentaires.