Part 8
De longues années étaient passées. L’Allemagne était pénétrée par toutes sortes de courants mystiques, issus de l’hérésie Albigeoise. Il y avait les Frères du libre Esprit qui proclamaient la vanité des cultes extérieurs et des sacrements, niaient le purgatoire et l’enfer; disaient que l’homme est un fragment de Dieu qui doit, à travers une longue série d’existences, retourner finalement à l’essence divine. Il y avait les Amis de Dieu qui poursuivaient l’affranchissement du désir, s’adonnaient à des pratiques analogues à celles du système yoga et dont la philosophie était exactement calquée sur la théologie hindoue. Mais la persécution de l’église s’organisait avec une force plus grande que celle que ces sectes employaient à se propager.
Christian Rosencreutz, devant le nombre des emprisonnements et des bûchers, dut mesurer le danger que la lumière spirituelle faisait courir aux hommes parmi lesquels elle se répandait. Il alla retrouver en Thuringe les trois moines qui avaient été les compagnons de ses premières études. Ils formèrent une confrérie de quatre membres dont le nombre fut un peu plus tard porté à huit. C’est à ce moment-là que la confrérie des Rose-croix eut son plus grand épanouissement et qu’elle réunit un nombre de vrais initiés qui ne devait jamais être atteint par la suite.
Tous les membres de la confrérie étaient allemands. Seul le frère que la «Fama fraternitatis» désigne par les initiales I. A. était originaire d’un autre pays, vraisemblablement du Languedoc.
Christian Rosencreutz apprit d’abord à ses disciples l’écriture secrète et les symboles par lesquels les adeptes correspondent entre eux. Il écrivit à leur usage un livre qui était la synthèse de sa philosophie et qui contenait le résumé de ses connaissances scientifiques et médicales. Le rôle de la communauté semble avoir été d’agir sur les quelques hommes d’occident adonnés alors à la science, pour que cette science se développât dans le sens du désintéressement. Ce fut peut-être alors le grand tournant de notre civilisation. Si le but des Rose-croix avait été atteint, la science, au lieu de ne s’organiser que pour des fins matérielles, aurait pu être la source d’un développement illimité de l’esprit. Nous avons vu qu’il n’en a pas été ainsi.
Ceux qu’on désigna par le symbole de la rose et de la croix, s’en allèrent à travers le monde, ayant chacun une mission à remplir. Mais on n’a plus jamais rien su d’aucun d’eux. Le Frère I. A., d’après la Fama, regagna le midi de la France où il lui incombait peut-être de rallumer l’antique flamme Albigeoise. Mais il devait être très vieux. Réussit-il à rendre la vie à la secte d’une façon aussi secrète que celle des Rose-croix? La tradition ne rapporte que sa mort dans le pays Narbonnais.
On ne sait historiquement rien de l’activité de Rosencreutz dans la dernière partie de sa vie, c’est-à-dire au commencement du XIVe siècle. On peut toutefois supposer, sans grande crainte d’erreur, qu’il inspira Jean de Mechlin qui prêchait dans la haute Allemagne et qu’il fut à Bruxelles la source de vérité à laquelle puisa la mystique Blœmert. Cette femme inspirée faisait des cures miraculeuses et elle publiait des écrits où elle enseignait la libération de l’être par l’amour. Ses disciples affirmaient voir à sa droite et à sa gauche deux séraphins qui la conseillaient.
Ce fut Christian Rosencreutz qui fut, selon toute vraisemblance, le mystérieux visiteur de Jean Tauler sur la personnalité duquel on a tant épilogué. Jean Tauler était le plus célèbre docteur en théologie de son temps. Le monde savant de l’Europe venait écouter ses prédications à Strasbourg. Il eut un jour la visite d’un laïque dont il ne révéla jamais le nom et qui le convertit à une philosophie mystique dont l’idéal était l’absorption de l’homme par l’essence divine. Il garda deux ans le silence et il s’enrôla dans la secte des Amis de Dieu. Cette secte avait les mêmes caractéristiques que celle des Albigeois. Elle rejetait comme l’expression du mal le dieu cruel de l’Ancien Testament. Elle condamnait le mariage. Elle enseignait la pauvreté comme moyen pratique de réalisation divine.
On ne sait rien sur la mort de Christian Rosencreutz. Comme pour Apollonius de Tyane, on ne peut fixer aucune place à sa tombe. C’était une règle des adeptes de tenir cachées leur naissance ainsi que leur mort. Etait-ce seulement pour éviter le viol de sépulture et la profanation du corps que l’église faisait subir aux hérétiques? Etait-ce pour permettre à certains d’entre eux la translation de leur esprit dans une nouvelle forme humaine et afin qu’un secret aussi étonnant pour le commun des hommes ne pût même être soupçonné?
Il ne nous est parvenu qu’une puérile légende relative au tombeau de Rosencreutz. Deux siècles et demi après sa mort, au moment où le récit de son existence commençait à se répandre, ses disciples, ou plutôt ceux qui auraient désiré l’être, prétendirent retrouver une grotte aux proportions géométriques dans laquelle reposait à la clarté d’un soleil artificiel, le corps du maître encore intact.
Les hommes ont désiré de tout temps, que ceux qu’ils ont estimé plus grands qu’eux, ne périssent pas dans leur chair. Ils attachent moins d’importance à la durée de leur pensée qui est pourtant la seule forme de leur éternité. Ainsi les saints catholiques ou musulmans dégagent une odeur suave quand on retrouve leur dépouille. La véritable odeur suave que dégage le corps des sages dans le silence de la terre et l’ambiance de la pourriture n’est faite d’aucun atome matériel quintessencié, d’aucune volatilisation odorante. Le subtil rayonnement de leur âme flotte dans les lieux où ils reposent et les imprègne, alors que leur corps a cessé même d’être poussière. Mais il faut soi-même être un sage pour prendre contact avec cette posthume subsistance d’être et cette perception, en vous faisant entrevoir que les meilleurs n’échappent pas à la loi, vous fait sentir plus profondément l’irrémédiable tristesse des transformations.
VRAIS ET FAUX ROSE-CROIX
C’est au commencement du XVIIe siècle qu’éclata une sorte de folie rosicrutienne. Deux écrits anonymes, la Fama fraternitatis et la Confessio publièrent, sous une forme naïve, ce que le vulgaire savait de la secte des Rose-croix et qui était bien peu de chose. Un grand nombre de philosophes et de savants et aussi beaucoup d’imposteurs, séduits par la philosophie élevée des Rose-croix prétendirent en être les héritiers. Des sociétés secrètes se formèrent qui cessèrent rapidement d’être secrètes à cause de la vanité de leurs membres qui se flattaient d’en faire partie. La plupart de ces groupes, quand ils n’étaient pas luthériens, s’inclinaient devant l’autorité de l’église. Tous les alchimistes, se disaient Rose-croix. Descartes chercha à entrer en contact avec la véritable confrérie des Rose-croix. Il les chercha aux Pays-Bas et en Allemagne, mais il déclara à son retour en France, qu’il n’avait pu rien apprendre de certain à leur égard.
On a dit que Paracelse, François Bacon et Spinoza avaient été Rose-croix. Mais rien ne semble l’avoir prouvé. Au XVIIIe siècle, un nouveau grade, celui de Rose-croix, est introduit dans la franc-maçonnerie, par les Jésuites qui y ont pénétré et des groupements chrétiens de cet ordre sont formés par eux un peu partout. La liberté vivace des hérésies du XIIIe siècle a disparu. Les soi-disant Rose-croix reconnaissent les sacrements, étudient l’Ancien Testament comme source de toute vérité, s’inclinent devant le pouvoir de l’église et l’infaillibilité du pape. C’est là l’évolution habituelle de tous les courants spirituels. L’arbre dont est sortie une fleur trop belle, un fruit trop parfait devient la proie d’une force obscure qui lui communique une sève gâtée et le fait mourir.
Mais les vrais Rose-croix continuaient leur œuvre. Leur association n’avait pas cessé de rester cachée. A cause de l’obscurité volontaire de chaque membre, personne ne sut jamais l’identité de ceux qui en faisaient partie. Dans le fait que certains hommes se proclamaient Rose-croix, on pouvait seulement reconnaître qu’ils n’étaient pas affiliés à la secte fondée par Christian Rosencreutz. L’influence de ce libre esprit se fit sentir au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, auprès de tous ceux qui luttèrent contre la tyrannie calviniste et luthérienne aussi intolérante que celle de l’Inquisition, et contre l’intransigeance des universités qui voulaient courber tous les esprits sous la discipline intellectuelle d’Aristote. Mais les messagers demeurèrent fidèles au serment de ne pas se faire connaître. Le message arriva mais on ne sut pas qui l’avait apporté.
Certains traits de la vie de certains hommes peuvent faire penser toutefois qu’ils étaient les véritables possesseurs de la tradition rosicrutienne. Paracelse pratiquait la médecine gratuitement; sa philosophie était néo-platonicienne; il ne portait que des vêtements très modestes et il glorifiait la pauvreté; nommé professeur de chirurgie par le sénat de Bâle, il brûla dans l’amphithéâtre, devant les étudiants, les livres des vieux médecins auxquels on s’en rapportait aveuglément et qui, sous prétexte de respect, étaient un obstacle aux recherches. Philalèthe qui possédait le secret de la pierre philosophale, parcourait le monde pour soigner les malades; son incessante préoccupation était de se dérober à la célébrité que lui attiraient ses guérisons. Bien que le comte de Saint-Germain eût le goût des bijoux précieux, on peut le ranger, pour d’autres raisons, parmi les vrais Rose-croix. Mais la même conclusion ne peut être tirée pour Spinoza, du fait que son sceau représentait une rose et qu’il ne tenait pas à signer ses ouvrages. Certains écrivains trop passionnés ont enrôlé parmi les Rose-croix tous les esprits remarquables des derniers siècles.
En 1888 Stanislas de Guaita et Papus fondèrent un ordre cabalistique de la Rose-croix, avec un cérémonial, des grades et peut-être des costumes. Cela et le bruit qu’ils firent autour de cette fondation indiquait assez que le nouvel ordre n’était pas inspiré par la tradition de son premier fondateur. On peut dire la même chose pour l’Ordre de la Rose-croix catholique que fonda en même temps Josephin Péladan. Ces ordres n’eurent qu’une vie éphémère. On trouve encore de nos jours, divers groupements, presque tous chrétiens, qui s’intitulent Rose-croix, sans que cela corresponde à une réalité initiatique quelconque.
Les vrais Rose-croix, les seuls, les huit héritiers sans cesse renouvelés de l’Albigeois Christian de Germelshausen, n’ont pas cessé de poursuivre leur œuvre secrète. On a dit que vers la fin du XVIIe siècle, devant le matérialisme grandissant de l’Europe et comme s’ils jugeaient la partie perdue, ils avaient quitté les races uniquement assoiffées de bien-être physique et ils s’étaient retirés dans les solitudes inaccessibles des monts Himalaya. Mais une partie où l’enjeu est divin n’est jamais perdue. Peut-être ont-ils quitté l’Europe durant un temps et sont-ils revenus. Leur légende après avoir défrayé les conversations de toutes les sociétés intellectuelles d’Europe s’est effacée après la Révolution. Elle n’intéresse plus à présent qu’un petit nombre de curieux. Les huit sages se sont remis en toute liberté à leur tâche. Il est vrai que cette tâche est devenue démesurée. Par quels moyens tentent-ils de l’accomplir?
Il faut quelquefois peu de chose pour orienter une âme humaine dans un sens nouveau, meilleur et plus élevé. Il arrive que la lecture d’un livre suffit, ou une parole qu’on entend, même un visage très bon que l’on entrevoit un soir et qui rappelle que la bonté existe. Chacun de nous peut rencontrer, quand la minute sera venue ou quand il le demandera avec force, un des huit sages errants. Qu’il ne soit pas de mauvaise humeur ce jour-là, ou distrait ou fatigué. La sagesse n’est pas capricieuse comme la fortune, mais elle passe bien moins souvent.
LA ROSE ET LA CROIX
Les Rose-croix ont pris pour symbole l’union de la rose et de la croix parce que cette union résume le sens de leur effort et que cet effort doit être celui de tous les hommes. Depuis des âges immémoriaux, les plus sages d’entre nous ont découvert que le but de l’humanité sur la terre était de parvenir à la sagesse divine. Deux routes conduisent à la sagesse divine: la connaissance et l’amour.
La croix est le plus antique symbole qui existe. Dès que les premières civilisations apparurent, elle signifia l’esprit, l’esprit en mouvement vers la perfection. La rose a le sens de l’amour parce qu’elle est, par le parfum, la couleur et la délicatesse, le chef-d’œuvre de beauté de la nature et que la beauté suscite l’amour, de même que l’amour transforme en beauté les éléments sur lesquels il se répand. Par la rose qui s’épanouit au milieu de la croix, le sens de l’univers est expliqué, la doctrine unique est résumée, la vérité brille avec clarté. L’homme pour se réaliser et devenir parfait doit développer sa puissance d’amour au point d’aimer tous les êtres et toutes les formes perceptibles pour ses sens, étendre sa faculté de connaître et de comprendre jusqu’au point de posséder les lois qui régissent le monde et de pouvoir remonter, par l’intelligence, de tous les effets à toutes les causes.
Celui qui respire la rose et en savoure la beauté, celui qui voit s’ouvrir les branches de la croix vers les quatre points cardinaux de l’esprit, peut se tromper, revenir en arrière, être momentanément enseveli par l’ignorance, mais il tient la bouée dans la tempête, il voit la lampe sur la colline, il retrouvera tôt ou tard la bonne voie. Gloire au messager qui trouva ce signal salutaire, qui le fixa dans le bois ou sur la pierre pour qu’il fût transmis! Gloire au messager qui, par la vertu de l’image, permit à la vérité de ne pas être perdue! Il a mis le chiffre et la lettre sur la borne kilométrique, il a été le réconfort du voyageur et le salut de l’homme égaré.
Christian Rosencreutz avait fixé des règles à la vie de ses disciples. La première de ces règles était le désintéressement. Le désintéressement restera toujours la vertu la plus difficile à pratiquer. Les hommes dont on dit qu’ils sont désintéressés et qui passent parmi nous avec une vague auréole de générosité sont seulement ceux qui sont moins avides que les autres. Personne n’est désintéressé. Il n’y a pas d’exemple dans notre société moderne d’un homme assez grand pour briser la formidable chaîne de l’argent et passer avec aisance et sans ostentation de la richesse à la pauvreté ou même de la pauvreté à une pauvreté plus grande. Dès que l’esprit a atteint une certaine élévation, il comprend que c’est dans ce sens que doit être accompli le premier pas. Pourtant il ne fait pas ce pas. Un des plus courageux et un des plus persuadés de la vertu de la pauvreté, Tolstoï, s’est décidé seulement quelques heures avant sa mort à pratiquer l’état de moine mendiant. C’était bien tard.
Une autre règle essentielle était l’absence d’orgueil. Le Rose-croix devait passer inaperçu, ne pas se flatter de sa science, demeurer autant que possible anonyme. La modestie est aussi impraticable que la pauvreté pour l’homme ordinaire. On peut même remarquer qu’une sotte vanité, fière d’elle-même, accompagne toujours de grandes facultés intellectuelles. Et cette sotte vanité est considérée avec faveur comme le signe du génie.
La troisième règle des Rose-croix était la chasteté. Les sages, ont, de tout temps, attaché à la chasteté une grande importance. Ni Pythagore, ni Socrate, ni Platon, ni les philosophes de l’école d’Alexandrie ne l’ont pourtant pratiquée d’une façon rigoureuse. Elle n’est peut-être qu’une mesure préventive contre l’excès des désirs et les violences qu’ils engendrent. Logiquement, si le plaisir de manger n’est pas prohibé, il n’y a pas de raison pour que la volupté des sens le soit. Et l’on ne peut même assimiler ces deux ordres de plaisirs physiques. Ils sont, chez l’homme normal, aussi indispensables à la vie l’un que l’autre. Mais tandis que l’on ne tire de la nourriture qu’une habitude du corps venant d’une digestion harmonieuse, on peut obtenir de merveilleuses possibilités de la volupté si elle est pratiquée avec un être qu’on aime. Elle peut même être un chemin de perfection. Seulement ce chemin n’est pas connu. Les lois qui enseignent comment on peut parvenir à l’élévation spirituelle par la communauté du désir et sa satisfaction mutuelle n’ont encore été écrites par aucun maître. Je n’ai même jamais entendu dire qu’il y ait eu d’enseignement oral à ce sujet. Une pruderie vieille comme le monde a arrêté par son vertueux silence l’essor que l’humanité aurait pu avoir par la porte de la chair et du baiser.
Mais nous ne savons pas si la rose du symbole rosicrutien ne renferme pas implicitement l’indication du secret d’amour qui reste à trouver.
Celui qui arriverait à la connaissance suprême par l’intelligence agrandie ne pourrait qu’aimer les êtres et les choses dont il aurait pénétré les rouages, dont il verrait les mouvements, dont il comprendrait les passions comme si elles étaient les siennes propres. Celui qui par l’élan émotif de son cœur parviendrait à l’état sensible d’amour parfait, verrait tomber les barrières de l’ignorance et conquerrait le savoir par le don de lui-même à ce qu’il aime. Car les deux chemins se rejoignent et à une certaine hauteur ils n’en font plus qu’un.
Le symbole est juste et éternel et il n’en est pas besoin d’autre pour encore des milliers d’évolutions humaines. Chacun peut se peser à sa mesure et trouver une pierre de touche provisoire du bien et du mal en se reportant à la rose et à la croix. Or, c’est là le point d’interrogation qui se dresse dans bien des consciences, sans qu’elles se l’avouent à elles-mêmes. Qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui est mal? Ai-je raison d’accomplir une action qui semble bonne à mon point de vue et mauvaise au point de vue des autres? Certes, la rose et la croix ne peuvent servir de clef à toutes les énigmes, car il y a trop de portes dans l’ombre de l’âme. L’angoissante question, posée au moins une fois par chacun, mille fois pour certains, de savoir si ce qui importe le plus est son propre développement ou l’entr’aide aux autres, s’il vaut mieux se sacrifier ou s’élancer en avant par l’étude, n’est pas résolue. Mais les deux images toujours présentes donnent une base à l’homme, s’il est sincère avec lui-même.
Toutes les fois que l’on s’identifie par l’amour, soit avec cet ensemble des univers qu’on appelle Dieu, soit avec un paysage, soit avec un être humain ou un être quelconque, serait-ce un chien, on est sur le chemin de la rose, protégé par elle et enrichi de sa substance. Toutes les fois que l’on échappe à l’ignorance, que l’on apprend un fait ou une loi, que l’on permet à son esprit d’aller un peu plus loin dans la connaissance de ce qui existe, on est en marche vers le lieu supra-terrestre et supra-céleste où la croix étend ses quatre branches spirituelles.
C’est ce message que Christian Rosencreutz est venu apporter aux hommes d’occident. C’est un message qui peut paraître très humble aux sceptiques de notre race qui sont persuadés posséder toute connaissance et font plus de cas de la haine que de l’amour. Mais il fut apporté très humblement par un messager qui a mis sa gloire à cacher son nom et qui, ayant voyagé plus de cent années pour transmettre sa petite vérité, n’a laissé d’autre trace de son passage que le dessin de la fleur ouverte au milieu de la croix.
LE MYSTÈRE DES TEMPLIERS
LES INITIÉS DE L’ACTION
Il était prescrit au chevalier du Temple, dans les règlements de l’Ordre de ne pas reculer et de combattre à outrance devant trois ennemis et l’on disait communément, au XIIe et XIIIe siècle qu’un seul chevalier Templier suffisait pour vaincre dix Sarrasins.
La qualité essentielle demandée à un membre de l’Ordre était le courage, la valeur personnelle et l’ensemble de ces courages réunis devait procurer la puissance de la force, la domination matérielle.
Les Templiers furent les initiés de l’action, les messagers de l’épée. Ils marquent un échec nouveau de l’initiation orientale pour pacifier et cultiver l’occident broyé par l’étreinte de l’église. Jadis à Athènes et à Alexandrie cette église avait anéanti les initiés de la connaissance qu’étaient les néo-platoniciens. Les derniers survivants de cette école merveilleuse, les disciples d’Ammonius Saccas, qui avaient rêvé d’amener le monde à la perfection, par la connaissance philosophique avaient été obligés, devant les persécutions, de s’enfuir en Perse auprès du roi Chosroès.
Au moment où l’Ordre du Temple arrivait à son apogée, les initiés de l’amour, les Cathares et les Albigeois qui avaient découvert le secret de la perfection immédiate, conquise en cette vie par le chemin de la pauvreté purificatrice et du fraternel amour étaient exterminés jusqu’au dernier et de l’Atlantique à la Méditerranée il était impossible de découvrir même une pierre où subsistât un signe de leur sublime tradition.
Les initiés de l’Ordre du Temple tentèrent de faire triompher par l’épée la vérité des sages. Ils suivirent le troisième des chemins ouverts devant l’homme, après celui de la connaissance et celui de l’amour, le chemin de l’action. Leur réussite fut d’abord éblouissante. L’élite du monde, séduite par l’idéal de courage chevaleresque qu’ils levaient comme une bannière, vint de toutes parts à eux. Tous les jeunes hommes vaillants de l’Europe rêvaient de collaborer à la défense de la Terre sainte dans la phalange de ces vétérans glorieux de la Croisade. Mais les dirigeants de l’Ordre entrevoyaient un but plus magnifique. La Terre sainte ne renfermait à leurs yeux que le tombeau d’un prophète entre les prophètes et non d’un Dieu. Il s’agissait de faire du monde entier une Terre sainte. Il fallait d’abord s’emparer du monde. Et c’était possible. L’Ordre du Temple le tenta et il aurait pu réussir. Le XIe et XIIe siècle virent se développer ce rêve énorme, cette chimère gigantesque et secrète, la conquête de l’Europe et de l’Asie par une minorité vaillante et bien organisée, une minorité ignorante pourtant du but et que dirigeait un groupe d’initiés. La réussite aurait été le rétablissement de l’antique hiérarchie sacerdotale d’Égypte. Derrière les rois et leurs guerriers, il y aurait eu des sages, à la fois prêtres et savants, qui auraient imposé une volonté de justice et orienté l’univers vers la perfection.