Les Touâreg du nord

Part 8

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Avant l’arrivée à Ahêdjren, le flanc des hauteurs qui bordent la route à l’Est est d’un calcaire blanc, exactement semblable à la craie de Meudon, solide par endroits, friable dans d’autres.

Dans la partie friable, je détache facilement cinq échantillons de coquilles moyennes[38] qui ont été reconnus être l’_ostrea columba_ (Desh) et appartenir au terrain _cénomanien_ de d’Orbigny et aux grès verts supérieurs ainsi qu’à la craie chloritée du terrain crétacé.

Dans la partie compacte de la base de la roche sont d’autres coquilles qui, à la vue, me paraissent de la même espèce que les précédentes, mais grandes comme le creux de la main. La dureté de la gangue ne me permet pas d’en prendre de spécimens.

Quoique le fond de cette roche soit blanc, elle est teinte de taches brunes ou roussâtres en plusieurs endroits.

Sur toute la route, j’ai commencé à trouver des débris informes d’ammonites au milieu des graviers.

Ahêdjren est un ouâdi à direction Sud-Est et Nord-Ouest et à lit sablonneux. Ici, comme dans les vallées précédentes, la présence du sable s’explique par le voisinage de l’’Erg.

De Ahêdjren à Ohânet, le plateau de Tînghert continue avec ses mêmes caractères généraux sur une étendue de 25 kilomètres. Là, il finit et contribue par son flanc méridional à former, avec le rebord septentrional des dunes d’Edeyen, la longue dépression d’Ohânet dont la direction générale est Est et Ouest.

Cette dépression d’Ohânet est appelée par les Arabes El-Djoua (le fourreau), parce qu’elle ressemble à un couloir par lequel les eaux, conservées comme dans un réservoir au milieu des dunes, s’écoulent dans un lit pour aller rejoindre l’Igharghar au Sud de Timâssanîn.

La largeur de la vallée est de 12 kilomètres ; son fond est alluvionnaire : sables et graviers mêlés.

Au centre est un _abankôr_ ou rhedîr, bassin argileux, qui, d’après les Touâreg, conserve quelquefois l’eau pendant 2 ou 3 ans après les pluies.

Entre Ahêdjren et Ohânet, sur tout le parcours du trajet, les ammonites continuent au milieu des pierres parsemées à la surface de ce désert. Elles sont nombreuses, brisées en fragments. C’est avec grande peine que je puis en trouver deux entières.

Les géologues à l’examen desquels ces ammonites ont été soumises, les ont trouvées trop frustes pour pouvoir être sûrement déterminées[39]. Ils les croiraient volontiers nouvelles, mais se rapprochant de l’_ammonites Mantellii_ du terrain _cénomanien_ de d’Orbigny ou des grès verts supérieurs, de la craie tuffeau ou de la craie chloritée.

La pâte de ce fossile est un calcaire d’un blanc jaunâtre, compact, légèrement saccharoïde, parsemé de quelques mouchetures de manganèse.

B. — _Dunes d’Édeyen._

Entre Ohânet et Abrîha, sur un parcours de 75 kilomètres, s’étend une région de sables, continuation occidentale des dunes d’Edeyen, groupe séparé de celui de l’’Erg par un prolongement du plateau de Tînghert.

A peu près à égale distance des points extrêmes de cette zone sablonneuse, on trouve dans l’Est la ligne des goûr noires d’Ayderdjân, au Nord de laquelle est un puits comblé, tandis qu’au Sud on trouve accidentellement des flaques d’eau dans une dépression peu profonde à fond d’argile.

Sur toute l’étendue de ces 75 kilomètres, les sables recouvrent le sol qui apparaît de temps en temps, soit sous forme d’un calcaire noirâtre ou violet, compact et solide, soit sous forme de graviers quartzeux arrondis ; quelquefois ces graviers ont été cimentés avec le sable par les pluies au moyen d’une substance calcaire agrégeable, et alors ils forment un poudingue.

On rencontre aussi parfois dans ce parcours des places couvertes d’une argile violette solide et lisse, mais fendillée par l’action du soleil ; ces couches d’argile représentent les lits de mares desséchées, et expliquent jusqu’à un certain point comment les graviers et le sable ont pu se souder ensemble de manière à former la roche dont je viens de parler.

C. — _Plateau d’Éguélé._

Je donne le nom de plateau d’Eguélé à une région mouvementée, partie hamâda, partie dunes, qui sépare la région des dunes d’Edeyen de la vallée des Igharghâren. Ce plateau bas a 106 kilomètres du Nord au Sud dans la partie où je l’ai traversée. Sa longueur, de l’Est à l’Ouest, est encore inconnue.

Entre Abrîha, point où les sables cessent, et Tâdjentoûrt, est une hamâda plate, couverte de petites pierres.

Tâdjentoûrt, qu’il ne faut pas confondre avec l’ouâdi de ce nom situé plus au Sud, est une dépression circulaire comme on en remarque si souvent dans les régions sahariennes.

Au delà, sur une étendue de 9 kilomètres, ma route parcourt la continuation du plateau au milieu de pierres calcaires et d’affleurements de même nature. Çà et là apparaissent des sables mêlés à du gravier et formant un terrain solide.

Eguélé est une chaîne de hauteurs de pierres calcaires noires, d’où leur nom Eguélé (le coléoptère[40]), et dont la direction générale est du Nord-Est au Sud-Ouest. Cette chaîne coupe la route et marque le point culminant de cette section ; c’est pourquoi, à défaut d’un nom indigène applicable à l’ensemble du plateau, je donne au tout le nom de sa partie la plus remarquable.

Au Sud du point où je traverse la chaîne d’Eguélé, on rencontre l’Ouâdi- Tâdjentoûrt, ravin sans eau qui a ses origines dans une ligne de hauteurs que la route suit sur une étendue de 35 kilomètres ; ligne qu’on laisse dans l’Est, et qui est la prolongation Sud de la chaîne d’Eguélé.

Le trajet s’effectue au milieu des rochers, et on arrive à la dépression d’Aseqqîfâf, réceptacle des eaux pluviales de la chaîne, mais à sec, hors les temps de pluie.

Entre Aseqqîfâf et Isaouan (35 kilomètres) est le plateau calcaire de Timozzoudjên, recouvert dans sa partie Nord, sur un parcours de 12 kilomètres, de petites dunes de sables auxquelles on donne le nom d’Isoûlan-n-Emôhagh et vis-à-vis desquelles on voit dans l’Ouest les sables de Tedjoûdjelt.

Ce plateau, dans son entier, est de même formation que celui de Tînghert ; sa pente générale est légèrement inclinée vers le Sud.

Isaouan est le nom donné à la partie de la plaine des Igharghâren dans laquelle se trouvent les grands rhedîr de Sâghen, alimentés par l’Ouâdi Tikhâmmalt.

Le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên termine la série des calcaires sur lesquels est assise la route de ce point à Ghadâmès.

D. — _Plaine des Igharghâren._

La plaine des Igharghâren est une grande vallée de 320 kilomètres de l’Est à l’Ouest, et d’une largeur moyenne de 35, formée au Nord par le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên et au Sud par les versants septentrionaux des montagnes du Tasîli. Sa principale largeur est dans l’Est.

Cette grande vallée d’alluvions sablonneuses est découpée du Sud au Nord en forme de larges plates-bandes par les nombreux ouâdi du Tasîli, qui tous viennent se réunir au pied du plateau d’Eguélé en un lit unique prenant le nom de son principal affluent, l’Ouâdi-Tikhâmmalt, et qui, après avoir suivi une direction générale Sud et Nord, du sommet du Tasîli à Sâghen, tourne brusquement à l’Ouest pour aller se jeter dans l’Ouâdi-Igharghar à El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn.

Cette grande vallée, couverte d’arbres dans toutes ses lignes de bas- fonds, fait un contraste très-remarquable entre l’aspect monotone des plateaux du Nord et de ceux du Sud.

Elle pourrait être facilement transformée en une série d’oasis, avec des eaux courantes, si les forages artésiens y réussissent, ainsi que tout l’indique. Dans tous les cas, avec des puits ordinaires, on y aurait l’eau à peu de profondeur, surtout dans les lits des principaux ouâdi.

Je reviens à mon itinéraire.

Les rhedîr de Sâghen ne sont ordinairement pleins qu’après les grandes pluies, mais à environ un mètre du sol on trouve toujours l’eau nécessaire à tous les besoins.

Au milieu des alluvions qui entourent les rhedîr, on remarque des laves[41] noires, poreuses et légères, charriées, du sommet de l’Adrâr, point le plus élevé du Tasîli, par les eaux de débordement de l’Ouâdi- Tikhâmmalt.

Les Touâreg trempent quelquefois ces laves dans l’huile, qu’elles absorbent comme le ferait une éponge ; après quoi ils y mettent le feu ; l’huile brûle. Ce fait mal expliqué a fait croire à l’existence de la houille dans les montagnes des Touâreg. Lorsqu’on leur demandait : « Avez-vous dans votre pays des pierres noires qui brûlent ? » ils répondaient : « Oui, nous en avons, » mais sans ajouter : « Nous les imprégnons d’huile pour qu’elles puissent brûler. »

Déjà M. Isma’yl-Boû-Derba avait trouvé dans l’Ouâdi-Igharghar, mais provenant du Ahaggâr, des laves de même nature.

Ces deux constatations, confirmatives d’autres indications données par les Touâreg, ne laissent aucun doute sur la formation volcanique des points culminants du Ahaggâr et du Tasîli.

Plus loin, j’aurai l’occasion de constater la présence de pierres de même nature dans le Djebel-es-Sôda (la montagne noire) que j’ai pu étudier avec plus de soin, mon itinéraire traversant ce massif de montagnes.

Le fond du sol de Sâghen est un composé de sables et d’argile apportés par les eaux d’inondations ; dans les sables, on trouve une grande quantité de mica. Les pierres roulées par les eaux sont des grès ou des détritus de roches plus grossières, formés de grains de quartz agglomérés.

De Sâghen à Tâdjenoût, la route suit la vallée de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, tantôt sur une rive, tantôt sur une autre. En remontant le lit de cette rivière, on remarque sur le sol des affleurements d’un grès grisâtre, noirci à la surface.

A Tâdjenoût, pour la première fois depuis mon départ de Ghadâmès, je rencontre des sources d’eau vive et je dois faire observer que, des puits de Timelloûlen jusqu’à Tâdjenoût, sur un parcours de 310 kilomètres, l’eau ne se trouve qu’accidentellement dans les rhedîr ; ce qui rend cette route difficile en dehors des années de grandes pluies.

La route orientale, celle des caravanes, est plus riche en eau, car en tout temps on est certain d’en trouver dans les puits sur six points différents.

De Ghadâmès à Tâdjenoût, mon itinéraire avait suivi une direction générale Nord et Sud. Tout à coup, il tourne à l’Est et longe le versant Nord du Tasîli jusqu’à l’Ouâdi-Izêkra.

Entre Tâdjenoût et l’Ouâdi-Izêkra, la distance est de 46 kilomètres. Au Nord de la route, le terrain conserve les caractères généraux de la plaine des Igharghâren ; au Sud, apparaissent en affleurements les grès siliceux, fins, très-durs, gris jaunâtres du Tasîli[42].

Au point où l’Ouâdi-Izêkra sort du Tasîli pour déboucher dans la plaine, le sol est recouvert par une couche de sable, en mélange avec de la terre végétale.

Il n’y a d’eau dans cette rivière qu’après les grandes pluies. En temps ordinaire il faut aller s’abreuver au puits d’In-Hemoûl, à 4 kilomètres en aval dans le lit de l’ouâdi.

De l’Ouâdi-Izêkra à l’Ouâdi-Târat (30 kilomètres), la route continue, comme la précédente, à suivre le pied du Tasîli en conservant les mêmes caractères.

La vallée de Târat forme une large coupure dans la montagne ; à l’Est et à l’Ouest, elle est bordée de pics de grès noir. La largeur de l’ouâdi est de 800 mètres environ ; la hauteur des berges est de 90 à 100 mètres. Cette sorte de col porte le nom d’_Aghelâd_ (passage).

Dans l’Est, sur la rive droite de l’ouâdi, apparaît le haut pic de Mârhet, qui domine le niveau moyen du plateau du Tasîli dans lequel on va entrer. Dans le bas de la vallée, est une ligne de hautes dunes de sables qui se prolongent dans l’Est jusqu’à Tânit-Mellet.

Sur la rive gauche de Târat, on trouve un énorme tamarix appelé Azhel- en-Bangou.

Près de ce point, dans le fond de la vallée, je remarque des grès ferrugineux sensibles à l’aimant[43], pierres détachées provenant de la partie supérieure de l’ouâdi. Plusieurs de ces pierres me paraissent avoir été soumises à l’action du feu ; j’en demande l’explication aux Touâreg qui me répondent avoir l’habitude de les faire rougir et de les jeter ensuite dans le lait afin d’en assurer la conservation.

Sans s’en douter, les Touâreg préparent ainsi un lait ferrugineux et devancent, sous ce rapport, les peuples civilisés qui, jusqu’à ce jour, se sont bornés à l’usage de l’eau ferrugineuse.

E. — _Tasîli des Azdjer._

Le Tasîli du Nord ou des Azdjer, dont il est ici question, est un immense gradin de 500 kilomètres de longueur et de 130 kilomètres de largeur moyenne, orienté du Sud-Est au Nord-Ouest, et dont le point le plus élevé porte le nom d’Adrâr.

Ce plateau, à l’exception des vallées, est complétement dénudé ; on n’y trouve pas même d’herbe.

A partir de Târat, pendant l’ascension, ma boussole perd momentanément sa direction vers le Nord. Ne pouvant attribuer cet affolement aux grès ferrugineux d’Azhel-en-Bangou, j’interroge les Touâreg sur l’importance et l’étendue des gisements de fer dans leurs montagnes, et j’apprends que je devais en trouver sur plusieurs points de mon itinéraire jusqu’à Rhât.

Le ravin de l’Ouâdi-Alloûn me conduit sur les hauteurs du Tasîli.

Les berges de cet ouâdi constituent de chaque côté des murailles de grès, noircis à la surface, dont la hauteur augmente à mesure qu’on monte.

L’assise inférieure de ces murailles présente, au niveau du lit, un sable jaune grisâtre, légèrement concret[44], au milieu duquel je trouve des veines spathtiques[45] qui se prolongent en affleurements dans le lit. La masse, jusqu’au sommet de la berge, est un grès siliceux[46], compact, très-dur, dont la couleur varie suivant les minéraux dont il est imprégné.

Sur la rive droite de l’Ouâdi-Alloûn, au fond d’un ravin affluent, jaillit la source de Ahêr, dans un bassin à fleur de sol, d’un mètre carré à peu près, mais dont le réservoir est couvert par un rocher sous lequel résonne l’écho quand on plonge les seaux dans la source.

Sa température est de 19° 8, celle de l’air étant de 26°.

Le sol, autour de la source, porte des traces de dépôts salins.

Les rochers des environs forment des blocs anguleux détachés, des grottes ou abris sous lesquels vivent des pigeons et autres oiseaux.

Dans une de ces grottes, et sur un des rochers voisins, je trouve douze inscriptions en langue temâhaq que je copie.

A la sortie du ravin par lequel la source d’Ahêr débouche dans le lit de l’Ouâdi-Alloûn, je rencontre, sur la route, des traces de constructions régulières dont je lève le plan et qui me paraissent appartenir à la civilisation berbère. Les Touâreg, que j’interroge sur l’origine de ces constructions, me disent que ce sont les tombeaux des gens d’autrefois qu’on appelait _Jabbâren_ ou géants. Il existe dans le pays un certain nombre de ces tombeaux.

Après le ravin desséché de l’Ouâdi-Alloûn, le plateau est hérissé de rocs énormes, séparés les uns des autres par de grandes crevasses. Ces rocs ont souvent une forme curieuse qui rappelle les pierres levées des anciens Druides ; mais, ici, l’origine de ces pierres étranges est toute géologique.

Ce sont d’immenses blocs aplatis[47] dans leur partie supérieure et tenus en équilibre sur une base étroite comme le pied d’une coupe, mais assez haute pour qu’un cheval et son cavalier puissent circuler sous le plateau supérieur. (Voir page 35.)

Ces formations bizarres sont dues à l’action des eaux diluviennes qui, en respectant la partie supérieure et la plus dure de la roche, ont rongé la partie la plus tendre du piédestal.

Le point du plateau qui supporte ces témoins géologiques, en nombre assez considérable, s’appelle Takarâhet. Plus loin, dans l’Est, le même plateau prend le nom significatif de Teroûrit (le dos), parce qu’il devient le point de partage des eaux qui se rendent du côté de l’Ouest dans le bassin de l’Igharghar, et dans l’Est, vers Tîterhsîn, d’où elles vont se perdre dans le bassin des dunes d’Edeyen.

Entre Takarâhet et Teroûrit, la route traverse successivement trois basses dépressions : celle de l’Ouâdi-Tîn-Array, de l’Ouâdi-Tîn-Têrdja, de Tîn-Tâkelît, qui portent les eaux du plateau aux sables de Tânit- Mellet, d’où elles vont rejoindre l’Ouâdi-Târat.

Les rochers nus qui séparent ces trois dépressions sont tellement hérissés et distribués sans ordre, qu’un excellent guide est nécessaire pour ne pas perdre la route. Ces rochers sont toujours de grès siliceux, dur, compact, noir à la surface, gris cendré à l’intérieur[48].

Après de nombreux détours au milieu de ces rochers, le chemin atteint la tête de l’Ouâdi-In-Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn.

Le ravin assez large de cet ouâdi est bordé de chaque côté de hautes murailles formées de deux assises bien distinctes : la supérieure, composée d’un grès-quartzite[49], compact, blanchâtre à l’intérieur, avec coloration brune ferrugineuse à la surface ; l’inférieure, composée d’un grès grossier, siliceux, de couleur jaune sale[50].

Ce ravin conduit directement à Titerhsîn. Dans sa partie haute, il porte le nom d’In-Akhkh ; dans sa partie basse, celui de Timsennanîn.

Au confluent de l’Ouâdi-Tiferghasîn dans Timsennanîn, je trouve une pierre roulée[51], noire, à grain très-fin, lourde, qui, à l’examen, a été reconnue être du fer oligiste de la plus grande richesse.

Timsennanîn est séparé du bas de la vallée par une dépression du nom de Takhôba, au delà de laquelle on entre sur un terrain plus élevé, couvert de blocs de grès de formes accidentées ; après quoi on descend par une pente insensible dans le fond de la vallée.

Sur la rive gauche de l’ouâdi, à peu de distance de la route, est une petite ligne de sable, encore appelée Azekka-n-Bôdelkha, dernier vestige d’une chaîne de dunes dont j’ai déjà parlé (voir page 42) et qui tend à se reconstituer.

La vallée de Tîterhsîn, à fond alluvionnaire, est à l’extrémité orientale du Tasîli ce que la vallée des Igharghâren est à son versant Nord, c’est-à-dire le réceptacle des eaux pluviales qui, avec celles venant de l’Ouest de la plaine de Tâyta, vont se perdre dans les dunes d’Edeyen. Avant l’obstacle apporté par les sables, toutes ces eaux se réunissaient à celles des Igharghâren pour aller grossir l’Igharghar. Elles doivent s’y rendre encore, mais souterrainement.

La vallée de Tîterhsîn cesse d’avoir un bassin tracé à partir de sa sortie des montagnes ; de là jusqu’aux dunes, elle offre l’aspect d’une vaste plaine de sable.

Malgré le rôle hydraulique qu’elle joue, on n’y trouve de puits qu’à Tâdjenoût, au pied des dunes et à Tarz-Oûlli, dans la vallée. Ce dernier est comblé. Après les grandes pluies, il est vrai, il existe dans le lit de la rivière un endroit appelé Amezzien, où l’eau s’accumule et forme un rhedîr qui persiste pendant deux ans.

En tout temps, les sources de Tihôbar, dans l’Ouâdi-Taouezzak, affluent de Tîterhsîn, suffisent aux besoins des voyageurs.

Près de ces sources sont des cultures de blé.

Sur les rives desséchées du rhedîr d’Amezzien, je trouve des coquilles d’eau stagnante, mortes depuis longtemps, et qui ont été reconnues par M. Deshayes pour être la _physa contorta_ (Michaud) et la _bithinia dupotetiana_ (Forbes).

F. — _Vallée d’Ouarâret._

Cette vallée porte communément et indistinctement les deux noms d’Ouarâret et d’Aghelâd.

Ouarâret est le nom particulier du principal ouâdi de la vallée.

_Aghelâd_ signifie _passage_. En effet, la vallée est un vaste couloir entre le Tasîli et l’Idînen, par lequel passe la grande route de Ghadâmès à Rhât.

A 7 kilomètres de Tarz-Oûllî, on remarque sur le rebord rocheux du Tasîli le mont Têlout, entièrement isolé aujourd’hui, mais dont la constitution est tout à fait semblable à celle du Tasîli dont il semble détaché.

A quelques kilomètres, à gauche, en entrant dans la vallée, au sortir de Tîterhsîn, on aperçoit un petit plateau allant de l’Ouest à l’Est, du nom de Tizoûl (même racine que _tazôli_, fer). La couleur de la roche me paraît, de loin, noirâtre avec des nuances jaunes. Je ne tarde pas à être fixé sur la nature de sa formation.

En effet, à 20 kilomètres de Tarz-Oûllî, je trouve les puits artésiens d’Ihanâren, nouvellement curés, et, autour de ces puits, provenant des déblais, des dépôts de sables ocreux, contenant des débris végétaux, mais surtout remarquables par la quantité de fer qu’ils renferment[52].

Ces puits, au nombre d’une dizaine environ, ont été creusés à la façon de ceux de l’Ouâd-Rîgh et, comme eux, donnent des eaux jaillissantes servant à l’irrigation des terres voisines, au moyen de canaux et de réservoirs en maçonnerie.

Le 12 mars 1861, jour où je rencontrai ces puits, la température des eaux était de 24° 4 au fond des bassins, celle de l’air extérieur étant de 8°. Je dois ajouter que les outres contenant nos provisions d’eau avaient gelé dans la nuit du 11 au 12 et dans les deux précédentes.

La profondeur moyenne des puits est de 1m 50 à 2 mètres environ. Leurs orifices sont entourés de branchages pour éviter que les animaux y puissent tomber ; c’est pourquoi, sans doute, les déblais provenant du curage contiennent des matières végétales.

La vallée qui conduit à Rhât a 44 kilomètres de longueur, sur une largeur moyenne de 7. Sa direction générale est Nord et Sud.

Dans la vallée est une source, celle de Tinoûhaouen, appartenant à une dame de Rhât et exploitée pour l’irrigation.

Cette source, connue des anciens Touâreg, avait depuis longtemps disparu sous des masses de sables ; on l’avait déblayée en 1858.

Le sol de cette vallée, là où il n’est pas recouvert par des sables, est composé d’argiles roses, micacées, tantôt terreuses[53], tantôt schisteuses[54], qui se montrent sous forme de veines.

Les parties les plus basses de ces veines sont sillonnées d’affleurements d’alun qu’on exploite[55].

Sous les grès quartzites des berges de la vallée, sont des grès micacés[56], rougeâtres, très-fins et très-compacts, lamellés, se détachant en couches de 8 à 9 millimètres d’épaisseur.

Le mont Idînen, qui marque le côté oriental de la vallée d’Ouarâret, est réputé par les indigènes être le séjour mystérieux d’esprits surnaturels, _Idînen_, d’où lui est venu son nom.

La forme d’Idînen est celle d’un fer à cheval, du centre duquel part un ravin aboutissant au Tanezzoûft. M. le docteur Barth, qui a visité ce mont, s’exprime ainsi sur sa nature : « J’atteignis enfin la crête qui s’élève semblable à une muraille au sommet de la côte. Je constatai que ce massif se composait généralement de couches horizontales de marne reposant sur un lit de pierres calcaires ; sur le versant, je découvris un vaste chaos de blocs de rochers tombés du haut de la montagne. »

Rhât est adossée à une chaîne de collines peu importantes qui portent le nom de Koukkoûmen.

Autour de Rhât, on retrouve la terre végétale des oasis, légèrement sablonneuse et arrosée par de nombreuses sources qui sourdent de tous les points.

IIIe SECTION.

DE TÎTERHSÎN A ZOUÎLA.

Cet itinéraire géologique comprendra les divisions suivantes :

_A._ — Passage de l’Akâkoûs, entre Tîterhsîn et Serdélès ;

_B._ — Désert de Tâyta, entre Serdélès et Oubâri ;

_C._ — Parcours de l’Ouâdi-Lajâl, entre Oubâri et le plateau de Mourzouk ;

_D._ — Dunes d’Edeyen ;

_E._ — Hamâda de Mourzouk ;

_F._ — Dépression d’El-Hofra ;

_G._ — Cherguîya ;

_H._ — Massif du Hâroûdj.

A. — _De Tîterhsîn à Serdélès._

La distance entre ces deux points est de 80 kilomètres.

Jusqu’à l’Ouâdi-Tanezzoûft, qui vient de Rhât et dont la vallée sépare le plateau d’Idînen de la chaîne de l’Akâkoûs, la route ne traverse guère que des sables et quelques petits plateaux pierreux entre des dunes de sables.

A Amarhîdet, je retrouve les argiles schisteuses[57] de la vallée d’Ouarâret, avec des colorations qui varient du rouge lie de vin au blanc pur en passant par les nuances intermédiaires du violet, du rose et du jaune, suivant les diverses stratifications.

Au delà du Tanezzoûft est le passage de l’Akâkoûs, d’abord par un plateau inégal, ensuite par un dédale de collines, de pitons et de ravins successivement échelonnés dans le plus grand désordre.

Sur un parcours de 4 kilomètres, la roche est nue, sans végétation et composée d’un grès fin, micacé, de couleur rosée, stratifié, très- solide[58].