Les Touâreg du nord

Part 6

Chapter 63,378 wordsPublic domain

Ainsi, quoique le nom d’ouâdi, dans le Sahara, soit à peu près synonyme de _lit de rivière sans eau_, les lignes de bas-fonds qui les caractérisent n’en ont pas moins d’importance, car leurs eaux d’infiltration y alimentent, ou des puits ordinaires, ou des puits à galeries, ou des puits artésiens, quelquefois des lacs temporaires, Rhedîr ou Abankôr, même des lacs permanents, Adjelmâm, et enfin des sources assez communes dans les montagnes.

L’eau ne manque donc pas d’une manière absolue sur le plateau central du Sahara, ainsi qu’on le croit généralement ; cependant elle y est rare, parce que les habitants de cette contrée, ou faute de temps ou faute de moyens industriels suffisants, n’exécutent pas les travaux qui la leur donneraient en plus grande abondance.

Quelques mots sur ces divers compléments de l’hydrographie saharienne.

_Puits ordinaires_ : Permanents, on leur donne, suivant leur profondeur, les noms de _Mouï_, _’Ogla_, _Bîr_ ou _Hâsi_ ; temporaires, ils portent celui de _Themed_.

Rarement, les puits sahariens atteignent une grande profondeur, car on s’abstient d’en creuser là où le forage et le puisage de l’eau demanderaient trop de travail.

On s’abstient également d’en ouvrir partout où ils pourraient devenir des points de station et de refuge pour des maraudeurs. Souvent le besoin de sécurité pour les voyageurs ou pour les tribus les a fait combler sur des routes qui en étaient abondamment pourvues.

Sur tout le plateau central, les puits sont encore moins profonds que dans les plaines et dans les hamâd : ainsi dans le bas des vallées, ils n’ont guère plus de quatre à cinq mètres, et, dans les parties supérieures, on trouve l’eau presque à fleur de terre. L’eau de ces puits est généralement bonne.

_Fogâr_ ou _puits à galeries_ : Près des centres d’habitation ou de culture, quand, à l’amont des terrains susceptibles d’être arrosés, on a reconnu, au moyen de puits verticaux, l’abondance d’une couche aquifère, on les réunit entre eux par des galeries horizontales, à pente réglée et inclinée vers le terrain à arroser, de manière à avoir un courant continu.

Ce procédé ingénieux pourrait recevoir plus d’une application utile en Algérie, et même dans certaines contrées de la France.

Ainsi sont arrosées la plupart des oasis du Touât, et quelques-unes de celles du Fezzân.

_Puits artésiens_ : Des puits artésiens ont été creusés avec succès sur cinq points différents du versant méditerranéen du Sahara.

On en compte 335 dans l’Ouâd-Rîgh ; un grand nombre, dont le chiffre est inconnu, dans l’oasis d’Ouarglâ ; un à Timâssanîn ; une dizaine à Ihanâren ; deux à Serdélès.

Les indigènes donnent le nom d’_’Aïn_ (fontaine) à ces eaux jaillissantes.

Avant l’occupation française, ces puits artésiens étaient creusés à main d’homme, comme les puits ordinaires, et, quelquefois, les puisatiers payaient de leur vie la richesse donnée à leur pays ; autrefois aussi des éboulements les comblaient et rendaient inutile un travail très- pénible ; aujourd’hui notre industrie a introduit dans le Sahara des appareils de forage et de coffrage qui simplifient beaucoup l’opération, et il ne paraît pas douteux (si les tremblements de terre ne viennent pas rompre les tuyaux en fonte dont nous nous servons) qu’avec le temps, le nombre des puits artésiens ne soit considérablement augmenté dans tout le Sahara.

_Rhedîr_ ou _Abankôr_ : On donne, dans le Sahara, le nom de rhedîr soit à des puits, à fleur de sol, creusés dans le lit d’un ouâdi et alimentés par des eaux d’infiltration, soit à des flaques d’eaux pluviales persistantes, ici dans les dépressions des plaines ou des plateaux, là dans les trous des lits desséchés des ouâdi.

En langue temâhaq, les rhedîr des Arabes se nomment abankôr.

Ils sont nombreux ; je me borne à signaler les importants :

Ceux de Tirhorwîn, de Toursêl, sur les sommets du Tasîli ;

Ceux de Sâghen, dans la plaine des Igharghâren ;

Celui de l’Ouâdi-Ohânet, sur le plateau de Tînghert ;

Celui de Meniyet, sur la tête de l’Ouâdi-Tîrhejîrt.

Toujours un fond d’argile est nécessaire pour la conservation des eaux.

_Lacs_ (_Adjelmâm_ en langue temâhaq) : De véritables lacs existent en assez grand nombre sur deux points différents de mon exploration : les uns sur le plateau du Tasîli des Azdjer, les autres dans les dunes d’Edeyen, au Nord du Fezzân.

D’après les Touâreg, il y aurait une quarantaine de lacs dans le Tasîli, sur le parcours de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, mais il est probable que, dans ce nombre, ils doivent comprendre quelques rhedîr. Les plus importants sont ceux de Mîherô, dont le principal porte le nom de Sebbarhbârhet. Un autre lac, également considérable, se trouve sur le versant Sud du Tasîli, à la tête de l’Ouâdi-Tanârh, affluent du Tâfasâsset.

Ces lacs, très-profonds, sont probablement alimentés par des sources assez fortes, car ils ne dessèchent jamais, et des crocodiles y vivent, ce qui implique que le cube de la superficie aquifère est considérable.

Les débordements de l’Ouâdi-Tikhâmmalt, au moment de mon passage dans le Tasîli, m’ont empêché d’aller reconnaître ces lacs et de constater à quelles causes était due leur formation. Plus heureux, j’ai pu visiter un certain nombre de ceux du Fezzân et apprendre, _de visu_, ce que j’ai à en dire.

Ils sont au nombre de dix, savoir :

Le lac de Mandara,

— de Oumm-el-Mâ,

— de Tâzeroûfa,

— de Mâfou,

— de Bahar-ed-Doûd ou Gabra’oûn,

— de Bahar-et-Trounîa,

— de Oumm-el-hasan,

— de Nechnoûcha,

— de Ferêdrha,

— de Tademka.

Le Bahar-et-Trounîa ayant été visité par le docteur Vogel, qui avait dans son bagage une petite barque, je me suis abstenu de renouveler une exploration faite par un voyageur plus compétent ; mais j’ai reconnu avec soin ceux dont je vais parler.

Le lac de Mandara peut avoir environ de deux à trois cents mètres de large ; sa forme est circulaire ; il est peu profond. A l’époque où je le visitai (28 mai 1861), il était presque entièrement desséché et les riverains étaient occupés à exploiter le sel qu’il produit. Toute sa circonférence est enveloppée par une ceinture de palmiers à l’ombre desquels on cultive un sorgho appelé _gueçob_ et quelques légumes. En hiver, il y a dans le lac de Mandara des vers comestibles comme ceux que l’on pêche dans le Bahar-ed-Doûd.

Le lac d’Oumm-el-Mâ est intarissable et ses eaux sont vives, ainsi que l’indique son nom ; il a la forme d’une nappe étroite, serpentant au fond d’une vallée ombragée par de très-grands palmiers.

Le lac de Tazeroûfa n’est guère qu’une grande mare qui se dessèche au commencement des chaleurs ; il est entouré d’une double ceinture de palmiers et de tamarix ethel.

Le lac de Mâfou est également petit, mais il ne dessèche jamais et il est très-profond. Sa nappe d’eau bleue, qui miroite à travers le feuillage des palmiers, engage au repos sur ses rives. On pêche dans ce lac des vers de qualité inférieure et des fucus comestibles.

Le Bahar-ed-Doûd est circulaire ; il a environ 300 mètres de largeur ; le sondage en a été fait par le docteur Vogel. Son eau est très-amère et très-salée, tellement saturée de sel, qu’elle a presque l’aspect du sirop. Les fiévreux de tout le Fezzân viennent demander à sa vertu la guérison de leurs maladies. Voulant apprécier par moi-même l’efficacité de cette pratique, je me suis baigné dans le lac et je m’en suis bien trouvé. A deux ou trois mètres de son bord Sud, existent de petits puisards d’eau douce dans lesquels les baigneurs se plongent pour dissoudre la couche de sel qui recouvre leur peau.

Les étoffes de coton, trempées dans l’eau de ce lac, si on ne les a pas débarrassées des matières salines qu’elles contiennent, en les lavant dans l’eau douce avant de les laisser sécher, se brisent et se déchirent sous le moindre effort ; elles ont la propriété de s’enflammer comme de l’amadou ; aussi les emploie-t-on à cet usage.

De même que les lacs précédents, le Bahar-ed-Doûd est entouré de palmiers et de dunes de sables.

Pendant que je prenais un dessin de la vue du lac, j’entendis sous l’eau, et dans la direction de l’Est, une détonation semblable à un coup de tonnerre lointain. Un des indigènes présents ayant entendu comme moi ce bruit, s’emporta en injures contre le lac. Je lui demandai ce que c’était. Il me dit que ce phénomène se reproduisait souvent et que le bruit souterrain venait presque toujours du côté Est ou Sud-Est du lac, c’est-à-dire du côté où les hautes dunes s’élèvent à pic au-dessus des eaux. Je compris alors que le roulement entendu ne pouvait provenir que de l’éboulement des dunes de sables dans le fond du lac. Pendant les détonations, il ne paraît cependant aucun signe d’ébranlement extérieur, soit à la superficie des eaux, soit dans les dunes.

On donne à ce lac le nom de Bahar-ed-Doûd (la mer des vers), et aux riverains celui de Douwâda (hommes des vers), parce qu’on y fait une pêche de vers et de fucus comestibles dont j’aurai à m’occuper dans le chapitre III du Livre suivant.

Les lacs de Nechnoûcha et de Ferêdrha, le premier au Nord-Est, le second au Nord-Ouest du Bahar-et-Trounîa, contiennent du natron comme celui qui en porte le nom.

L’eau d’Oumm-el-Hasan est amère et ne nourrit pas de vers.

Le lac de Tademka, autrefois producteur de vers, n’en donne plus depuis quelque temps.

Tous ces lacs, situés au milieu d’un dédale de dunes de sables, sont alimentés d’eaux par elles.

M. Isma’yl-Boû-Derba a constaté le même mode d’alimentation pour la mare d’’Aïn-et-Taïba, dans l’’Erg, à l’Ouest de l’Igharghar.

_Sources_ : Les sources les plus considérables sont celles de Ghadâmès[21], de Rhât, de Ganderma, d’Idélès, de Djânet, de Temâssînt, de Tît-en-Afara, d’Aherêr, de Tânout, de Tidîdji, d’Aharhar, de Tâzeroûk, de Dhâyet-el-Kâhela, d’Ahêr, de Tadjenoût, etc.

Il est bien entendu que je néglige d’énumérer toutes celles qui n’ont pas une importance réelle.

Les abords de celles citées ci-dessus sont occupés ou par des villes, ou par des villages, ou par des campements permanents. Partout où les eaux sont abondantes, on les emploie à l’arrosage des plantations de palmiers.

Les eaux de la source de Ghadâmès sont thermales[22] ; elles ont 29° 6 dans le vaste bassin qui les reçoit (observation du 9 décembre 1860) ; celles de Sebbarhbârhet, à Mîherô, ont aussi une température élevée, du moins, l’eau sort en bouillonnant et en soulevant des sables. Cependant les Touâreg s’y baignent malgré sa chaleur.

La source de Dhâyet-el-Kâhela, au Nord de l’Ouâdi-Akâraba, est également thermale et probablement sulfureuse, ainsi que l’indique son nom. Les Ahaggâr, qui en font usage, ont reconnu son efficacité contre les fièvres intermittentes contractées au Touât.

[Note 20 : _Ama_, en _temâhaq_, indique la possession. _Ghôr_ est synonyme de ghar, _rivière_. Amadghôr ne serait-il pas un mot technique équivalent de _tête de la rivière_ ?]

[Note 21 : M. Lefranc, pharmacien militaire, a analysé 1 kilogramme de l’eau de Ghadâmès rapporté par M. le capitaine de Bonnemain. Voici le résultat de son opération (année 1858, _Nouvelles Annales des Voyages_) :

Gr. milligr.

Chlorure de sodium » 800

Sulfate de soude » 250

— chaux » 750

Carbonate de chaux » 200

— magnésie » 100

Chlorure de magnésium » 250 --------- 2 350]

[Note 22 : Une seconde analyse de l’eau de Ghadâmès, faite en 1863, au laboratoire des mines d’Alger (_Mission de Ghadâmès, Alger, 1863_, p. 260), a donné par 1000 grammes les résultats suivants :

Grammes.

Chlorure de sodium 0,6210

— potassium 0,0200

Sulfate de chaux 0,9000

— magnésie 0,3860

— soude 0,3424

Acide azotique _traces_ »

Carbonate de chaux 0,1013

— magnésie 0,0975

Silice 0,0060

Oxyde de fer 0,0050 --------- 2gr.,4792 ]

CHAPITRE IV.

GÉOLOGIE.

Ce chapitre comprendra cinq sections :

1o Ma route d’El-Ouâd à Ghadâmès, du Nord-Ouest au Sud-Est ;

2o Ma route de Ghadâmès à Rhât, du Nord au Sud ;

3o Ma route de Tîterhsîn à Zouîla, de l’Ouest à l’Est ;

4o Ma route de Mourzouk à Bondjêm, du Sud au Nord ;

5o Divers renseignements sur le Tasîli et le Ahaggâr, de l’Est à l’Ouest.

PREMIÈRE SECTION.

D’EL-OUÂD À GHADÂMÈS.

Toute cette section, sur un parcours de trente-sept myriamètres, est un amas de dunes de sable, qui, à très-peu d’exceptions près, couvrent la surface du sol primitif et laissent peu de place à aucune observation géologique autre que celle de la formation des dunes elles-mêmes.

Le sable de ces dunes, fin, jaunâtre, varie dans ses caractères physiques, comme aussi probablement dans ses caractères chimiques, suivant les localités.

J’ai rapporté plusieurs échantillons de ces sables ; je regrette de n’avoir pu en faire l’analyse. Ils figureront dans ma collection géologique sous les numéros 1, 2, 3 et 4.

On s’est livré à beaucoup d’hypothèses pour expliquer l’accumulation d’une aussi grande masse de sables sur une aussi immense étendue ; je ne crois pas que, dans la limite des observations exactes, incontestables, faites dans les dunes sahariennes, il soit encore permis de déduire la loi générale d’un fait géologique aussi considérable.

M. le docteur Marès a vu dans l’Ouest, autour de la Dhâya-Hâbessa, des dunes qui contenaient des coquilles fossiles du terrain sur lequel elles reposaient, et, avec raison, il a conclu de son observation personnelle que ces dunes avaient été formées sur place.

M. F. Vatonne, ingénieur des mines, qui, comme moi, a traversé l’’Erg entre El-Ouâd et Ghadâmès, mais à petites marches et de jour, et qui a pu étudier cette région avec plus de temps et de compétence, termine son excellent mémoire[23] en émettant l’opinion qu’il ne peut exister aucun doute sur la formation des dunes sur place, formation due à la destruction des éléments constitutifs de la roche primitive.

« Cette destruction, dit-il, est due à la dilatabilité des roches, à la présence du gypse, à l’action des agents atmosphériques, notamment de l’eau, qui a amené à l’état farineux, c’est-à-dire à un état de désagrégation complet, les roches de carbonate de chaux et de gypse ; cette désagrégation de la roche amène un foisonnement, développe une pression intérieure sous laquelle les couches dures des plateaux sont complétement brisées, etc. »

M. Vatonne, convaincu que la formation des dunes est due à cette cause unique, conclut de leur fixité, de l’absence de sables dans certaines cuvettes, de l’inégalité même de la surface des sables, que l’action des vents n’a d’autre effet que de déterminer les formes de quelques dunes, et ne peut être invoquée comme cause générale de formation.

Comme M. Vatonne, et quoique voyageant dans les dunes, à grande vitesse, nuit et jour, j’ai constaté des goûr rocheuses à côté de ghourd exclusivement composés de sables ; comme lui, j’ai aussi été frappé du grand nombre de roches à l’état de décomposition. Toutefois ce fait de désagrégation des roches n’est pas une exception limitée à la région de l’’Erg, mais l’effet d’une loi générale, commune à toutes les parties du Sahara que j’ai visitées.

Dans l’ensemble de mes études, j’ai été beaucoup plus frappé de la dénudation complète des hamâd et des montagnes à l’amont des bassins des dunes.

Pl. II. Page 35. Fig. 2, 3, 4, 5, 6.

J’ai été beaucoup plus surpris de l’élévation de ces témoins géologiques de l’ancien niveau du sol, que les indigènes appellent _gâra_ (pl. _goûr_) et qu’on trouve, de distance en distance, dans chaque hamâda.

(Voir figure no 1 de la planche ci-contre.)

J’ai été non moins étonné, dans les massifs montagneux, de rencontrer, indépendamment de roches entièrement dénudées, ici, à Idînen, par exemple, une sorte de squelette décharné affectant les formes et les découpures les plus bizarres ; là, à Takarâhet dans le Tasîli, des blocs titaniens, supportés sur une base étroite et représentant l’action érosive des eaux sur les parties les plus tendres de la roche ; ailleurs, dans la presque totalité des ouâdi, des berges de soixante à cent mètres de hauteur, taillées à pic comme des murailles, tantôt assez étroites pour qu’un chameau avec sa charge y passe difficilement, tantôt larges de plusieurs kilomètres, disposition géographique que les Touâreg désignent sous le nom spécial d’_aghelâd_, correspondant au _khanga_ des Arabes.

(Voir figures nos 2, 3, 4 et 5 de la planche ci-contre.)

Quand, par la pensée ou la plume à la main, j’additionne une à une la superficie des espaces dénudés autour de chaque groupe de dunes, quand j’établis le cube du vide que laissent entre eux tous les témoins géologiques du niveau de l’ancien sol et quand je compare la masse des matériaux enlevés ici et apportés là, soit par les pluies, soit par les vents, je me demande ce qu’est devenu le cube du vide, si les dunes sont formées sur place, car je ne retrouve pas le total des déblais dans l’ensemble des remblais, si considérable qu’il soit.

La carte qui accompagne le deuxième volume de cette étude comprend la totalité des divers groupes de dunes du Sahara occidental, entre le golfe de Gâbès dans la Méditerranée et le Sénégal sur la côte de l’Océan Atlantique.

Ces groupes sont au nombre de sept :

Celui d’Edeyen, du 27° au 28° latitude N. et du 6° au 12° longitude E. ;

Celui de l’’Erg, du 29° au 34° latitude N. et du 7° longitude E. au 3° longitude O. ;

Celui d’Iguîdi, du 24° au 30° latitude N. et du 3° au 5° longitude O. ;

Celui de Maghtîr, du 22° au 27° latitude N. et du 5° au 14° longitude O. ;

Celui d’Adâfer, du 20° au 23° latitude N. et du 4° au 13° longitude O. ;

Celui d’Akchar, du 19° au 23° latitude N. et du 16° au 18° longitude O. ;

Celui d’Iguîdi des Trârza, du 16° au 18° latitude N. et du 17° au 19° longitude O.

La superficie des espaces que ces groupes de dunes couvrent (superficie très-approximative, bien entendu, hypothétique même dans beaucoup de cas), est de 45,000,000 d’hectares, savoir :

Nomb. d’hect.

Édeyen 2,000,000

’Erg 12,000,000

Iguîdi 8,000,000

Maghtîr 12,000,000

Adâfer 10,000,000

Akchar 500,000

Iguîdi des Trârza 500,000 ---------- Ensemble 45,000,000

A chacun de ces groupes de dunes correspondent des plateaux alimentateurs dont la superficie est triple environ, savoir :

Nomb. d’hect.

{ Le Hâroûdj 3,000,000 { { Le plateau de Mourzouk 6,000,000 POUR EDEYEN { { Le désert de Tâyta 2,000,000 { { L’Akâkoûs 1,000,000 ---------- TOTAL 12,000,000

{ Le plateau de la Syrte 6,000,000 { { La Hamâda-el-Homra 8,000,000 { { Le plateau de Tînghert 2,000,000 { { Le Tasîli du Nord 4,000,000 { POUR L’’ERG { Les versants N. et E. du Ahaggâr 4,000,000 { { La chebka du Mezâb 2,000,000 { { Le plateau des Cha’anba 3,000,000 { { Le plateau des O.-S. Cheïkh 2,000,000 { { Le plateau de Tâdemâyt 2,000,000 ---------- TOTAL 33,000,000

{ Le plateau de Groûz 2,000,000 { { La plaine d’Adjemôr 1,000,000 { POUR IGUÎDI { Le plateau du Mouydîr 1,000,000 { { Le versant O. du Ahaggâr 8,000,000 { { Le Bâten Ahenet 6,000,000 ---------- TOTAL 18,000,000

{ Le versant S. du Ahaggâr 2,000,000 { { Le Tasîli du Sud 4,000,000 { { Le désert de Tânezroûft 4,000,000 POUR MAGHTÎR { { Le désert d’Ouarân 4,000,000 { { Le plateau des ’Arîb 2,000,000 { { Le plateau de l’Ouâd-Dráa 4,000,000 ---------- TOTAL 20,000,000

{ L’Adghagh de Kîdal 8,000,000 { POUR ADÂFER { L’Azaouad 6,000,000 { { Le désert d’Oualâta 6,000,000 ---------- TOTAL 20,000,000

{ Le plateau des O. Delîm 6,000,000 POUR AKCHAR { { L’Adrâr de Bafour 2,000,000 ---------- TOTAL 8,000,000

{ Le plateau de Tâgant 2,000,000 POUR IGUÎDI DES { TRÂRZA { Le désert d’Aftot 6,000,000 ---------- TOTAL 8,000,000

L’ensemble général de ces plateaux, dont la superficie a été plutôt diminuée qu’augmentée, donne un total de 119,000,000 d’hectares.

Bien entendu, ces chiffres ne représentent ni la superficie réelle des bassins des dunes ni celle des plateaux qui les alimentent, mais seulement les surfaces que je suppose couvertes de sable d’un côté et celles dénudées de l’autre.

L’observation de la totalité des dunes sahariennes nous les montre suivant une direction générale, du Nord-Est au Sud-Ouest : elle nous les montre sur une ligne plus étroite dans le vaste couloir entre le relief atlantique et le plateau central du Sahara, puis s’élargissant et s’étendant vers le Sud dès que les assises du Ahaggâr s’abaissent.

La disposition réciproque des montagnes du Nord et des montagnes du Sud ne permet pas d’assigner une autre direction générale aux vents, du moins à celle de leurs couches qui se rapproche le plus de terre.

De là, une première indication qui permet, sans trop sortir du domaine de l’observation scientifique, d’attribuer à l’action dominante des vents combinée avec l’action secondaire des eaux, la distribution générale des masses de sable telle que nous la constatons dans la partie occidentale du Sahara.

Examinons maintenant la question de production.

En tout pays, la source de production des sables la plus considérable, si ce n’est l’unique, est la désagrégation des roches.

Dès que cet itinéraire géologique atteindra les parties rocheuses de mon exploration, j’aurai soin de signaler les matériaux en décomposition spontanée, et on verra qu’ils sont relativement nombreux.