Part 46
Quelques détails sur les bas-fonds, sur les sables, sur le cours souterrain des eaux, sur les plantes et les animaux exceptionnels de cette contrée qui, heureusement, sont très-exacts, quoique leur mention repose sur l’erreur qui attribuait à cette partie de la Libye l’honneur d’appartenir au bassin du Nîl d’Égypte ;
Enfin des noms de lacs et celui du bassin dans son ensemble complètent tout ce que les anciens, Grecs et Romains, y compris le très-savant roi Juba, nous ont transmis sur une contrée d’autant plus intéressante pour eux, qu’ils lui attribuaient un rôle fabuleux.
La comparaison des noms de villes, de montagnes, de rivières, de lacs, de tribus, donnés par les nomenclatures anciennes, avec ceux beaucoup plus considérables de la nomenclature moderne, autorise, d’une manière certaine, les identifications suivantes :
La ville de _Cydamus_ avec Ghadâmès ;
L’_Oppidum Rapsa_ avec Rhât, reconstruite par les Kêl-Rhâfsa ;
_Agar Selnepte_ avec Nafta ;
_Tysurus_ avec Tôzer ;
_Capsa_ avec Gafça ;
_Tacape_ avec Gâbès ;
Le _Mons ater_ avec le massif des Touâreg, Tasîli et Ahaggâr compris ;
Le Φαραγξ Γαραμαντικη avec l’Aghelâd d’Ouarâret ;
Le pays des _Astacuri_ avec celui des Azdjer ;
Celui des _Ifuraces_ avec le territoire des Ifôghas ;
Le mont des _Suggar_, des _Uzzar_, des _Æzar_, avec la patrie actuelle des Ahaggâr ou Hoggâr ;
Le mont Γίργιρι avec le Tasîli du Nord, dans lequel naissent de nombreux _igharghâren_ ;
L’_Aurasius_ avec la chaîne de l’Aurès ;
Le _Niger_ avec l’Igharghar ;
L’_Astapus_ avec le Tâfasâsset ;
Le lac _Nigris_ avec les lacs de Mîherô ;
Le lac _Nouba_ avec la Sebkha ou saline d’Amadghôr ;
Le _lac de Libye_ ou _Palus Chelonides_ avec le Chott-Melghîgh ;
Le _lac Pallas_ avec le Chott-el-Djerîd ;
Le _lac Triton_ avec le Chott du Nefzâoua ;
L’_ile de Phla_ avec l’oasis du Nefzâoua.
Toutes ces identifications sont justifiées ou par la similitude des noms, ou par des rapports de position, ou par des détails qui excluent toute incertitude.
Ptolémée cite dix noms de villes dans le bassin du Gir, savoir :
Au Sud, Gira, métropole, Γείρα μητρόπλις,
Au Nord, Thykimath, Θυκιμαθ,
— Ghéoua, Γηούα,
— Badiath, Βαδιάθ,
— Iskhérî, Ισχερεῖ,
— Toucroumouda, Τσυκρούμουδα,
— Thoûspa, Θοῦσπα,
— Artaghîra, Αρτάγειρα,
— Rhoubounê, Ρουβούνη,
— Lynxama, Δύγξαμα.
Je néglige les longitudes et les latitudes, qui ne peuvent qu’induire en erreur.
M. Vivien de Saint-Martin constate avec raison que Thykimath, Ghéoua, Iskhérî, s’échelonnent sur la rive Nord du Gir, comme Tadjemout, Laghouât et Biskra sur la rive gauche de l’Ouâd-Djedî.
L’assimilation de Gira, métropole, avec Guerâra, admise sous réserve par M. Vivien de Saint-Martin, me paraîtrait plus heureuse avec Tougourt, car cette ville est encore la ville principale de la contrée, tandis que Guerâra située hors centre, dans un pays aride, sans voies de communication, n’a jamais pu être une métropole.
D’ailleurs, d’après les chroniques de cette ville qui m’ont été communiquées, Guerâra a été fondée par les Benî-Mezâb, en l’année 1589 de notre ère.
Les détails que Pline (Liv. V, 10) donne d’après Juba, sur les intermittences du cours de son Niger, sur les animaux qu’il nourrit, sur les plantes spontanées de ses rives, sur ses débordements correspondant avec les crues du Nîl, non-seulement sont plus exacts, mais suffiraient à eux seuls pour justifier son identification avec l’Igharghar.
« Sorti du lac Nilis, dit Pline, le fleuve s’indigne de couler à travers des lieux sablonneux et arides et il se cache pendant un trajet de quelques jours de marche ; puis traversant un plus grand lac dans la Massæsylie, portion de la Mauritanie Césaréenne, il s’élance et jette pour ainsi dire un regard sur les sociétés humaines ; la présence des mêmes animaux prouve que c’est toujours le même fleuve. Reçu de nouveau dans les sables, il se dérobe encore une fois dans des déserts de vingt journées de marche, jusqu’aux confins de l’Éthiopie, et lorsqu’il a reconnu derechef la présence de l’homme, il s’élance, sans doute jaillissant de cette source qu’on a nommée le Nigris. Là, séparant l’Afrique de l’Éthiopie, les rives en sont peuplées, sinon d’hommes, du moins de bêtes et de monstres : créant des forêts dans son cours, il traverse l’Éthiopie sous le nom d’Astapus. »
Tout cela est encore exact aujourd’hui ; pour le constater ouvrons la Carte qui accompagne ce volume, et suivons le cours de l’Igharghar, de l’aval à l’amont, comme le fait Pline.
Du lac Melghîgh, où le Djedî s’est perdu et d’où il est réputé sortir, il traverse souterrainement les bas-fonds sablonneux du Rîgh (150 kilom. environ) ; puis, traversant la Sebkha de Sîdi-boû-Hâniya, probablement réunie autrefois aux sebkha voisines de Negoûsa pour former le grand lac de la Massæsylie, il s’élance de nouveau sur la Hamâda des Cha’anba et, après avoir attesté qu’il est toujours le même fleuve, se dérobe de nouveau dans les dunes de l’’Erg et sans doute aussi sous les sables de la vallée des Igharghâren (ensemble 380 kilomètres, correspondant à vingt journées de marche dans les sables). Après quoi, dans la montagne, sont les sources d’eau vive.
Dans ce fleuve et dans les lacs qu’il alimente, ajoute Pline, « on trouve, en fait de poissons, des alabètes, _alabetæ_[136], des coracins, _coracini_[137], des silures, _siluri_[138] ; un crocodile, _crocodilus_, en a été rapporté et consacré par Juba même, — preuve que c’est bien le Nîl — dans le temple d’Isis à Césarée (la moderne Cherchel), où on le voit encore aujourd’hui. »
Chose curieuse, les Touâreg connaissent encore trois espèces de poissons dans les lacs et sources de leurs montagnes, savoir : les _imanân_, l’_asoûlmeh_ et les _isattâfen_.
J’ai rapporté de leur pays, comme pièce justificative, le _Clarias lazera_, l’asoûlmeh des Touâreg, aussi un poisson du Nîl. (Voir Liv. II, chap. III, page 238.)
Quant au crocodile, il s’est perpétué, depuis 2,000 ans, dans les lacs de Mîherô et de Tanârh. (Voir page 232.)
« En outre, ajoute Pline, on a observé que la crue du Nîl correspond à l’abondance des neiges et des pluies en Mauritanie. »
Moi-même j’ai constaté la même coïncidence, en 1861 et 1862, après neuf années de sécheresse absolue. (Voir Liv. Ier. chap. V, page 119.)
Avant (même Liv. V, 8), Pline avait dit :
« Le Nigris a la même nature que le Nîl ; il produit le roseau, le papyrus, _calamus et papyrus_, et les mêmes animaux ; la crue s’en fait aux mêmes époques ; il a sa source entre les Éthiopiens Tareléens et les Œcaliques. »
Encore aujourd’hui on trouve dans les lieux humides du pays des roseaux et des _typha_, voisins, sinon identiques au roseau et au _papyrus_ d’Égypte.
Cette dernière citation me permet, en terminant ce que j’ai à dire du Niger oriental, de constater que Pline savait exactement où le Nigris avait sa source dans le massif des Touâreg, ce qui ne l’a pas empêché, dans la description générale de ce fleuve, d’intervertir l’ordre naturel de son cours, par respect pour les idées des indigènes, tant il est vrai que son Niger n’était pas seulement un fleuve, mais un bassin.
_Niger occidental._
Le bassin du Niger occidental, séparé du Niger oriental comme il a été dit ci-dessus, est délimité au Nord par la chaîne atlantique, à l’Ouest par l’Océan, au Sud par les reliefs du Sâguiet-el-Hamrâ, du Djebel-Azour et du plateau du Tânezroûft. Sauf la partie du littoral océanien, sur laquelle les documents abondent, ce bassin a été connu des anciens d’une manière plus vague encore que celui de l’Est.
Bien qu’aucun explorateur moderne n’ait encore étudié le Sahara marocain comme nous pourrions le désirer, nous le connaissons assez cependant par les voyages de René-Caillié, de Robert Adams, de Davidson, qui y a été assassiné, de MM. Léopold Panet, Si-Boû-l’Moghdad et Gerhard Rohlfs, par les écrits des Arabes, par les renseignements verbaux des indigènes, par les travaux de M. Renou, de M. le capitaine Beaudouin et de M. le général Faidherbe, pour ne pas commettre de grandes erreurs en comparant les connaissances des anciens avec l’état actuel du pays. Le champ possible des erreurs est d’ailleurs très-rétréci depuis la publication _du Nord de l’Afrique dans l’antiquité_, par M. Vivien de Saint-Martin.
La critique de ce savant géographe resterait complète, si je n’avais à apporter à l’appui de son exposé des éléments nouveaux qu’il a soupçonnés, mais qu’il ne pouvait inventer. Ces éléments sont :
D’abord, une portion entièrement inconnue de la tête du bassin, celle du versant océanien du Ahaggâr, dont un des contreforts, le Tâhela-Ohât, perpétue jusqu’à nos jours le nom du Mont Thala de Ptolémée et d’où descendent des ouâdi dont le principal m’est indiqué comme se dirigeant vers l’Ouâdi-Dra’a. (Voir Liv. Ier, chap. III, page 26.)
Ensuite, entre le Haut-Niger occidental et la vallée du Daradus, les masses de dunes d’Iguîdi qui, comme celles de l’’Erg pour le Niger oriental, absorbent les eaux des affluents supérieurs et ne les restituent que souterrainement à la vallée exutoire. (Voir Liv. Ier, chap. II, pages 5 et 6, et chap. IV, pages 35, 36 et 37.)
Ces éléments nouveaux permettent de mieux apprécier les connaissances des anciens sur cet immense bassin.
Topographiquement, les dunes de l’Iguîdi le divisent en deux sections, l’une supérieure, l’autre inférieure, mais hydrographiquement la capillarité des éléments constitutifs des dunes permet aux eaux des affluents supérieurs de se rendre au lit inférieur, surtout quand elles sont abondantes, ce qui a toujours lieu après les grandes pluies périodiques.
Des affluents supérieurs du Niger occidental, les anciens n’ont connu que la branche du _Ger_ de Suetonius Paulinius ou Νίγειρ de Ptolémée, qui prend sa source dans la partie de l’Atlas marocain où naît aussi le _Malua flumen_ ; mais à la manière dont Ptolémée constitue son Νίγειρ, on voit qu’il réunit les eaux du versant saharien de l’Atlas à celles du versant océanien du massif des Touâreg.
Voici sa description :
« Le fleuve Nigir (Νίγειρ) aboutit d’un côté au mont _Mandrus_ et de l’autre au mont _Thala_, et forme le lac _Nigris_.
« Deux embranchements qui descendent du Nord, l’un du mont _Sagapola_, l’autre du mont _Usargala_, viennent se réunir au Nigir ; ce dernier forme un détour à l’Est pour aller se terminer au lac _Libya_.
« Au Sud, _dans la direction du Daradus_, le Nigir reçoit un embranchement. »
Sauf les latitudes et les longitudes, dont je ne tiens pas compte, parce qu’elles sont erronées, toutes ces indications, quoique très-vagues, sont conformes à la vérité.
Au Mandrus et au Thala correspondent :
Le Djebel-Aït-’Aïach de l’Atlas marocain ;
Le Tâhela-Ohât du versant occidental du Ahaggâr.
Le lac Nigris auquel aboutissaient les eaux des monts Mandrus et Thala, assis vis-à-vis l’un de l’autre, mais à 15 degrés de distance, est le bas-fonds desséché du Touât, aujourd’hui couvert d’oasis ;
Le lac Libya, dans lequel allait se perdre l’affluent de l’Usargala, se retrouve dans la Sebkha du Gourâra, encore aujourd’hui le réceptacle des eaux de l’Ouâd-Seggeur, malgré le barrage des dunes de l’’Erg ;
Le Nigir est cet ouâd qui porte actuellement le nom de Guîr, dans sa partie supérieure, et de Messâoura, dans son cours inférieur ;
Nous connaissons déjà son affluent de l’Est, l’Ouâd-Seggeur, qui vient du Djebel-’Amoûr, l’ancien Usargala ;
L’affluent oriental correspond à l’Ouâdi-Tafîlelt, comme le mont Sagapola, d’où il sort, nous représente ce point de l’Atlas marocain, d’où descendent les principales rivières du bassin océanien du Maroc ;
La tête des eaux venant du Sud et se dirigeant vers le Daradus est encore plus facile à déterminer, car, grâce à la loyale franchise des Touâreg, nous sommes mieux renseignés sur les détails du Ahaggâr que sur ceux de l’Atlas marocain ;
L’identification du Tâhela des Ohât avec le Thala des Thalæ de Ptolémée ne laisse que l’embarras du choix entre les nombreux ouâdi fournis par l’Ifettesen, le Tîfedest et le Ahaggâr, pour avoir un embranchement dans la direction du Daradus ;
L’Ouâdi-Tîrhehêrt, par son importance, par la notoriété dont il jouit, semble le mieux répondre aux indications de Ptolémée.
En analysant la description du géographe grec, je ne puis m’empêcher de faire une remarque qui révèle une connaissance complète de la limite des bassins des deux Niger : entre l’Usargala et le Thala, quoique l’intervalle soit de 16 degrés, Ptolémée ne fait arriver aucun affluent à son Niger occidental. Il savait donc que toutes les eaux de la région intermédiaire se déversaient dans le Niger oriental.
Malgré l’exactitude des informations topographiques de Ptolémée, il était probablement moins bien renseigné sur le nombre des centres de populations situés sur son Niger, car il ne cite que dix-sept noms de villes ou villages là où nous en comptons plus de quatre cents aujourd’hui.
Faut-il admettre que le pays n’avait alors que de rares habitants ?
Pline l’affirme. Voici ce qu’il dit :
« Suetonius Paulinus, le premier des généraux romains qui ait dépassé l’Atlas, rapporte qu’au delà, jusqu’à un fleuve qui porterait le nom de Ger, on traverse des déserts couverts d’un sable noir, au milieu duquel s’élèvent, d’intervalle en intervalle, des rochers comme brûlés ; _que ces lieux sont inhabitables à cause de la chaleur, même en hiver, et qu’il l’a éprouvé_. » (Pline, Liv. V, 1.)
Puis, si le lac Nigris occupait, comme tout l’indique, l’emplacement actuel du Touât, les 300 centres de population qui constituent cette agglomération d’oasis ne pouvaient alors exister.
La tradition locale, d’accord avec le rapport de Suétonius Paulinus, nous représente la première population du Touât réduite à quelques colonies de nègres, asservies postérieurement et successivement par les Berbères et les Arabes. (Voir Liv. III, chap. V, page 294.)
Quoi qu’il en soit, des dix-sept noms de villes donnés par Ptolémée deux seulement peuvent être identifiés avec les noms modernes :
Taloubath, Ταλουβαθ, avec l’oasis de Tabelbâlet ;
Toukabat, Τουκαβαθ, avec la ville de Teçâbit.
Cependant, je serais tenté de croire que, dans le dénombrement et la dénomination des villes du Niger occidental, Ptolémée aurait été mal informé, car il lui donne, pour métropole, Νίγειρα Μητρόπολις, nom identique à celui de la capitale du Niger oriental, Γείρα Μητρόπολις. Il est douteux que deux centres, devant avoir des relations entre eux, aient porté le même nom, bien que l’un et l’autre ne signifient que ceci : _métropole du bassin_.
D’autre part, les noms des lacs Nigris et de Libye, donnés aux principaux réceptacles du bassin, noms identiques à ceux d’autres lacs du Niger oriental, attestent une confusion très-grande dans les éléments dont Ptolémée s’est servi pour dresser sa carte de la Libye.
Je ne poursuivrai pas l’étude critique de ce bassin jusqu’à la mer ; ce serait sortir du domaine de mes investigations personnelles.
Mais avant de clore cet examen sur les deux Niger de la Libye, je ne puis me défendre de le résumer en constatant que, si, jusqu’à ce jour, les documents anciens sur la Libye nous ont paru obscurs, la faute n’en est pas seulement imputable à leurs auteurs, mais encore et bien plus à ce que nous manquions nous-même du premier élément de critique : la connaissance des lieux, des hommes et des choses de ce pays. Sans doute, ni les Grecs ni les Romains n’ont possédé des détails très- circonstanciés sur la topographie de cette contrée, mais, du moins, leurs idées sur ses principaux caractères ont été nettes et exactes : montagnes au Nord et au Sud ; bassin oriental et occidental, aboutissant tous deux à la mer ; sables dans les bas-fonds intermédiaires ; oasis disséminées çà et là, mais principalement sur le versant méridional de l’Atlas, les dites oasis ressemblant, par l’éclat de leur verdure, sur un fond jaunâtre, aux maculatures d’une peau de panthère ; populations sédentaires dans les oasis, nomades dans les déserts ; voire même quelques fables pour que la comparaison avec la situation actuelle soit plus complète.
Toutefois, on reste étonné que les Romains, qui ont possédé tant d’établissements sur les limites de cette région, se soient contentés de documents aussi sommaires sur sa constitution, sur ses productions et sur sa population si variée.
_Peuples de la Libye._
Les anciens donnaient le nom de _peuples_ ou _nations_ à ce que nous appelons _tribus_.
Voici d’abord la liste la plus moderne, celle du géographe d’Alexandrie.
Les peuples les plus considérables de la Libye et les positions qu’ils occupent sont, dit-il :
Les Garamantes, du Bagradas au lac Nouba ;
Les Mélano-Gétules, entre les monts Sagapola et Usargala ;
Les Éthiopiens-Rouges, au Sud du Gir ;
Les Éthiopiens-Nigrites, au Nord du Nigir ;
Les Daradæ, sur le Daradus ;
Les Perorses, écartés de la mer, à l’Orient de Theôn Okhêma ;
Les Éthiopiens-Odrangides, entre les monts Caphas et Thala ;
Les Mimak, au Sud du Thala ;
Les Noubæ, entre le lac Nouba et la Gorge Garamantique ;
* Les Derbik, à l’Ouest du mont Aranga,
Viennent ensuite d’autres petits peuples, savoir :
Les Autololes, } } Les Sirangæ, } au Sud de la Gétulie, entre la mer et le mont } Mandrus ; Les Mausoli, }
Les Rhabii, } } Les Malcoæ, } entre le mont Mandrus et le fleuve Daradus ; } Les Mandori, }
Les Sophucæi, après ces derniers ;
Les Leucæthiopiens, séparés des Pérorses par le Rufus-Campus ;
Les Pharusii, entre le Rufus-Campus et le mont Sagapola ;
Les Natembes, au Nord du mont Usargala ;
Les Lynxamatæ, } } au Nord du Girgyris ; Les Samamycii, }
Les Salthi, } } entre les monts Mandrus et Sagapola ; Les Daphnitæ, }
Les Zamazii, } } Les Aroccæ, } entre ces monts et le fleuve Nigir ; } Les Cetiani, }
Les Suburpores, au Sud du mont Usargala ;
Les Maccoi, } } Les Dauchitæ, } au Sud du mont Girgyris, entre les Garamantes et le } lac Nouba ; Les Caletæ, }
Les Macchurebi, à l’Est des Daradæ ;
Les Soloëntii, à l’Est des Sophucæi ;
Les Anticoli, } } Les Churitæ, } à l’Est des deux précédents jusqu’au mont Caphas ; } Les Stachiræ, }
* Les Orpheis, entre le Caphas et le Theôn Okhêma ;
* Les Tarvaltæ, } } * Les Maltitæ, } au Sud des Orpheis ; } * Les Africerones, }
Les Achæmæ, au Sud des Éthiopiens-Odrangides ;
Les Gongalæ, } } au Sud des Mimak ; Les Nanosbeis, }
* Les Nabathræ, entre le mont Thala et le mont Arvaltes ;
Les Alitambi, } } entre le mont Thala et le lac Libyque ; Les Maurali, }
Les Harmiæ, } } Les Thalæ, } } entre le lac Libyque, le lac Nouba et la Gorge Les Dolopes, } Garamantique ; } Les Astacuri ; }
* Les Aroccæ, au Nord du mont Aranga ;
* Les Asaracæ, à l’Est du susdit mont ;
* Les Dermonenses, entre le mont Aranga et le mont Arvaltes ;
* Les Éthiopiens-Aganginæ, entre le mont Arvaltes et le mont Aranga, au Sud-Ouest des Africerones ;
* Les Éthiopiens-Xyliccenses, } } au Sud du mont Arvaltes, à l’Est des * Les Éthiopiens-Uchaliccenses, } Agangines.
Pline nous transmet aussi sa nomenclature des peuples ; la voici avec les positions données par le naturaliste :
Les Marmarides, au cap Chersonèse ;
Les Araraucèles, sur la côte de la Grande Syrte ;
Les Nasamons ou Mésammons, au milieu des sables, sur la côte de la Petite Syrte ;
Les Asbystes et les Maces, après les Nasamons ;
Les Hammanientes, au delà des Asbystes et des Maces, à douze journées de marche de la Grande Syrte, vers l’Occident, et entourés eux-mêmes de sables de tous les côtés ;
Les Troglodytes, à quatre journées de marche des Hammanientes, du côté du Couchant d’hiver ;
Les Phazaniens, sur la route de l’Éthiopie ;
* Les Niteris ou Nitiebres, } } * Les Bubéium, nation ou ville, } } * Les Enipi, } sans désignation d’habitat ; } * Les Discera, } } * Les Nannagi, }
Les Éthiopiens-Taréléens, } } sur la source du Nigris ; Les Œcaliques, }
Les Éthiopiens-Nigrites, sur le Nigris ;
Les Liby-Égyptiens, } } au-dessus des Gétules, par delà les déserts ; Les Leucéthiopiens, }
Enfin, les Garamantes, séparés des précédents, du côté de l’Occident, par de vastes solitudes.
Je renonce à énumérer les noms de peuples ou de nations des autres auteurs grecs ou romains, les nomenclatures de Pline et de Ptolémée les comprenant à peu près tous avec plus de précision. Je préfère constater qu’à l’exception des noms de peuples précédés du signe * dans les deux listes ci-dessus, tous peuvent être rationnellement placés sur une carte moderne, grâce aux nombreuses identifications de noms de lieux qui ne peuvent plus être contestées.
Je remarque également que, le placement fait, suivant les indications de Pline et de Ptolémée, toutes les populations indiquées comme étant de sang noir ou occupent les lignes de bas-fonds du Sahara ou sont transférées au delà de la limite de la Libye avec l’Éthiopie.
Quant à l’assimilation des noms des peuples anciens avec ceux des tribus modernes, il faut être très-prudent, car les tribus berbères ont bien souvent changé de noms depuis l’antiquité, les unes ayant entièrement disparu, les autres ayant été complétement transformées.
D’ailleurs, tous les noms grecs et romains reproduisent très- inexactement l’ethnique indigène. Pour les noms dont l’identification est la plus certaine, ne constatons-nous pas des différences trop grandes, entre les uns et les autres, pour ne pas reculer devant une assimilation impossible ?
Mieux vaut terminer cette étude comparée en la complétant par l’exposé des renseignements, non écrits dans les livres, mais nettement tracés sur le sol, que nous fournissent les ruines de l’occupation romaine sur la frontière de la Libye.
_Limites méridionales de l’occupation romaine._
Les reconnaissances de MM. les officiers d’état-major et de M. Victor Guérin, complétées par les miennes, assignent comme limite à l’occupation romaine au Sud des Mauritanies, de la Numidie, de la Province d’Afrique et de la Cyrénaïque, savoir : une ligne suivant le bassin de l’Ouâd-Djedî, de Laghouât à Biskra ; le versant saharien de la chaîne aurasique, de Biskra à Mîdâs ; le rebord méridional des Chott-el- Djerîd et Chott-el-Nefzâoua, de Mîdâs à Gâbès ; le versant occidental du Djebel-Douîrât, de Gâbès à Nâloût ; enfin, Ghadâmès et Djerma, de Nâloût au Fezzân.
A l’exception des bas-fonds, au Sud de la Tunisie, les Romains semblent avoir arrêté leur ligne d’occupation à la limite des terres habitables pour des hommes d’origine européenne.
Les ruines de leurs établissements-frontières sont indiquées sur la Carte dressée pour l’intelligence de cet ouvrage par le signe ordinaire (R. R.) des ruines romaines.
Ces ruines, autant que j’ai pu en juger par l’espace qu’elles couvrent, sont celles de petits postes d’observation, de centres de commandement, peut-être de comptoirs-entrepôts pour les relations commerciales avec les populations indépendantes du Sud.
Rien n’indique que les Romains aient tenté par eux-mêmes des entreprises de commerce au delà de la limite que j’assigne à leur occupation, car, au Sud de cette ligne, aucun monument ne révèle leur présence, et leurs écrits attestent que leurs connaissances géographiques elles-mêmes avaient pour limite le versant méditerranéen du _Mons ater_.