Part 47
A l’Ouest du Djebel-’Amoûr, sur tout le versant de l’Atlas marocain, les ruines romaines paraissent fort rares, car aucun de mes informateurs indigènes ne m’en a signalé. Peut-être, dans les ruines de Sedjelmâssa, dont la position m’a été bien précisée au centre des qeçour du Tafîlelt, retrouverait-on quelques débris de la grandeur romaine, mais c’est encore très-douteux.
Les Touâreg, que j’ai souvent interrogés sur les ruines de constructions qui pouvaient se trouver dans leur pays, se sont bornés à me signaler les vestiges des tombeaux des Jabbâren, comme ceux que j’ai trouvés près de la source d’Ahêr (voir Livre Ier, chap. 4, pages 56 et 57) et qui m’ont paru destinés à des hommes qu’on enterrait assis ; plus, les ruines d’un monument religieux, probablement une mosquée, dont la construction est attribuée aux Sohâba ou compagnons du prophète Mohammed, qui s’étaient avancés en conquérants dans le pays pour le convertir à l’islamisme et qui ont perpétué jusqu’à nos jours le souvenir de leur passage à Timissao, au moyen d’inscriptions, en arabe coufique, encore très-lisibles aujourd’hui, dit-on.
Ainsi, au delà de la ligne que j’ai tracée, les indigènes eux-mêmes ne connaissent aucune ruine de l’occupation romaine.
CONCLUSION DE L’APPENDICE.
Dans ce travail de géographie comparée, je ne me suis pas proposé une étude critique des textes, œuvre délicate qui exige une expérience que je n’ai pas ; j’ai seulement voulu exposer comment j’interprétais les récits des anciens, en procédant de la connaissance des lieux à l’inconnu des origines et des sources des textes parvenus jusqu’à nous ; je me suis principalement proposé pour but de démontrer que la dernière exploration du Sahara confirmait dans son ensemble et dans ses principaux détails le dernier exposé de nos connaissances sur la Libye des Grecs et des Romains, d’après M. Vivien de Saint-Martin, dont l’ouvrage si remarquable, _Le Nord de l’Afrique dans l’antiquité_, a été couronné par l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Sans doute, dans les détails secondaires, quelques identifications ne sont pas les mêmes, mais il était inévitable qu’il n’en fût pas ainsi. L’honorable géographe ne pouvait pas connaître le massif des Touâreg avant qu’il eût été étudié, exploré, reconnu.
Pour mon compte personnel, je m’estimerai heureux, si, par les preuves nouvelles que j’apporte à l’appui de ses déductions, je contribue à accroître l’autorité dont le livre de M. Vivien de Saint-Martin doit jouir.
Si je n’avais eu pour guide une critique aussi sûre, cet Appendice, rédigé pendant l’impression de ce volume, n’aurait probablement pas vu le jour.
FIN DU TOME PREMIER.
[Note 127 : M. Vivien de Saint-Martin est le premier, et peut-être le seul encore aujourd’hui, qui ait établi cette correspondance dont l’importance est fondamentale, car elle marque, sur ce point, la limite extrême de la mappemonde ancienne.]
[Note 128 : Traduisons l’_iter præter caput saxi_ de Pline, par le mot à mot arabe : _terîq-’ala Râs-el-Hamâda_ et nous aurons le nom de la route directe de Tripoli à Mourzouk par Djerma, celle suivie par M. le docteur Barth.]
[Note 129 : Voir _Reisen und Entdeckungen in Nord und Central-Afrika_, von doctor H. Barth. T. 1, p. 207-217. Gotha. Justus Perthes, 1857.]
[Note 130 : Voir Livre III, _Centres commerciaux_, page 267 et suivantes.]
[Note 131 : M. Vivien de Saint-Martin, convaincu qu’après les reconnaissances de MM. Barth, Overweg, Richardson et Vogel, on pouvait ajouter quelque chose aux identifications déjà constatées, n’a pas hésité, dans ce but, à se livrer à un long et pénible travail dont voici le résultat :
Matelgæ Assimilé à Ouâdi-Talha,
Debris — à Éderi,
Tabidium — à Tabounîyé,
Thapsagum — à Tessâoua,
Nannagi — à Denhadja,
Maxala — à Mechaal,
Zizama — à Ouâdi-Zemzem,
Gyri, Girgyris — à Djebel-Ghariân,
Cillaba — à Zouîla ou Zeila,
Alele — à Hall ou Holl,
Mons Ater et Niger — au Djebel-Nefoûsa.
Sans contester la valeur critique des motifs sur lesquels s’appuie M. Vivien de Saint-Martin, je ne puis m’empêcher de constater que Talha (Acacia Arabica, Zemzem (nom d’un puits très-vénéré de la Mekke) et Ghariân (cavernes), sont trois dénominations arabes, introduites dans la nomenclature géographique moderne, seulement depuis la conquête arabe, et, que, pour les autres points, aucune raison réellement déterminante ne légitime l’assimilation.
On conteste, il est vrai, au Djebel-Ghariân sa signification arabe, parce que les Berbères de la contrée prononcent plus ou moins correctement le nom que les Arabes ont donné à leur montagne ; mais ce point n’est pas le seul dans le Nord de l’Afrique où des cavernes servent de refuge aux populations, et partout le même nom arabe est employé pour caractériser ce mode d’habitation. En Algérie, au Nord de Frenda, dans le pays de Sedama, il y a des tribus qui habitent des cavernes et les Arabes les ont appelées Ahel-el-Ghîrân (les gens des cavernes), comme ils ont appelé la montagne des cavernes, au Sud de Tripoli, Djebel-Ghariân.]
[Note 132 : M. Vivien de Saint-Martin, assimile les _Gyri montes_ du triomphe de Balbus au Γίργυρις ou Γίργιρι de Ptolémée et les place dans les montagnes de Ghariân ; dans ce cas, il n’y aurait pas double emploi.
Mais M. Vivien de Saint-Martin a été amené à cette détermination parce que Ptolémée place la source du fleuve Cinyps dans le Γίργυρις et parce que l’embouchure de ce fleuve étant bien connue, d’après les indications d’Hérodote et de Scylax, sa source ne peut être, en effet, que dans la chaîne de montagne du littoral tripolitain.
Toutefois, si Ptolémée (Liv. IV, chap, VI) place la source du Cinyps dans le Girgyris, il la fait sortir aussi (Liv. IV, chap. III) du mont Zuchabari ou Chusambari.
Entre ces deux indications contradictoires, laquelle choisir ?
Ptolémée ne laisse aucune incertitude à cet égard. La position qu’il donne au Zuchabari correspond aux sommets du versant maritime du Djebel tripolitain, tandis que celle du Girgyris, dans le Sud-Ouest de Garama, correspond au massif des Touâreg.
D’ailleurs, la position vraie du Girgyris, au Sud de Lynxama, sur le Gir, est encore mieux fixée par celle de Lynxama elle-même.
En identifiant le Girgyris à une partie du Djebel tripolitain, il devient impossible de placer le Gir, Lynxama et les Lynxamatæ comme ils doivent l’être.
L’analogie de nom entre Girgyris et Ghariân a doublement trompé M. Vivien de Saint-Martin, car le nom de Ghariân lui-même, limité à la partie de la chaîne dans laquelle existent des cavernes, n’est pas celui de la chaîne et ne donne naissance à aucun fleuve qui puisse être le Cynips.]
[Note 133 : Je sais que les monts Uzzaræ et Suggaræ d’Orose et d’Éthicus sont considérés comme représentant les monts Usargala et Buzara de Ptolémée, monts qui donnent naissance à l’Ouâd-Seggeur des modernes, ce qui semble confirmer leur identification avec la partie occidentale du Djebel-’Amoûr.
Je me garde de contester le mérite de cette identification, mais je pense qu’on peut, sans audace, faire appel à un plus ample informé.
L’identification ancienne repose, d’abord sur une ressemblance de noms, puis sur une limite.
Ressemblance pour ressemblance, j’aime mieux celle qui compare Uzzaræ et Suggaræ à Hoggâr et à Ahaggâr que celle qui transforme, sans preuves, Uzzaræ et Suggaræ en Usargala et Buzara, pour les identifier à une portion du Djebel-’Amoûr.
La limite donnée par Orose et Éthicus est celle de la race blanche avec la race noire, et non celle de la Mauritanie ou de la Numidie avec la Libye, et tout le monde est d’accord aujourd’hui que, si quelques infiltrations de noirs ont pénétré dans quelques parties du Sahara, en deçà des points culminants du massif des Touâreg, la limite vraie a été au point de partage des eaux entre le bassin méditerranéen, occupé par la race blanche, et le bassin nigritien, occupé par la race noire.
Enfin, il faut lire les textes tels qu’ils sont : c’est au Midi de la Mauritanie de Sétif et non au Midi de la Mauritanie Césaréenne que sont les monts dont parlent Orose et Éthicus.
Donc, jusqu’à preuve contraire, je maintiens, provisoirement, l’identification des monts Uzzaræ et Suggaræ avec le Hoggâr ou Ahaggâr.]
[Note 134 : Les Grecs modernes prononceraient ces mots _Ghîr_ et _Nighîr_.]
[Note 135 : Pour les anciens Africains, la plupart des grandes rivières de l’intérieur du continent africain étaient des embranchements du Nîl d’Égypte qui y allaient déverser leurs eaux sous le nom d’Astapus, qui est, en effet, le nom ancien d’une des branches supérieures du Nîl.
Cette erreur, née chez les indigènes, est acceptée sans contradiction par Hérodote et par Pline, qui nous transmettent leurs traditions.]
[Note 136 : On ne sait pas au juste ce qu’est ce poisson. D’ordinaire on le prend, soit pour un _gadus lota_ L., soit pour un _petromyzon fluviatilis_ L. (Note de M. E. Littré, traducteur de l’_Histoire naturelle_ de Pline. Paris, 1859.)]
[Note 137 : Le coracinus de Pline est le _labrus niloticus_ L.]
[Note 138 : Le silurus de Pline est le _silurus glanis_ L., poisson très-gros qui habite le Nîl.]
TABLE.
* * * * *
AVANT-PROPOS.
Pages.
But de l’expédition. — Patronage gouvernemental et scientifique. — Les diverses reconnaissances exécutées. — Difficultés surmontées et résultats acquis. — Maladie grave à Alger. — Concours obtenu pour la rédaction de mes travaux I
INTRODUCTION.
Division de l’ouvrage. — Sa raison. — Transcription des noms indigènes. — Des gravures. — De la carte. — Sur quelles bases elle a été établie XI
LIVRE PREMIER.
DIVISIONS NATURELLES ET POLITIQUES. — GÉOGRAPHIE PHYSIQUE, SOL ET CLIMAT. 1
CHAPITRE PREMIER. — Divisions et limites générales des confédérations Touâreg 1
Divisions en quatre confédérations 1
Patrimoine de chaque confédération 2
Limites générales 3
Limites particulières 3
CHAP. II. — Géographie physique 5
§ 1er. — _Zone des dunes_ 5
Étendue de cette zone 6
Variétés de dunes 7
Voyages dans les dunes 9
Puits dans les dunes 10
Limite de l’Algérie dans les dunes 11
§ 2. — _Massif des Touâreg_ 13
Tasîli du Nord. — Chaîne d’Anhef. — Plateau d’Eguéré 14
Chaîne de l’Akâkoûs. — Chaîne de l’Amsâk. — Hamâda de Mourzouk — Hamâda-el-Homra 15
Hamâda de Tînghert. — Plateau de Tâdemâyt. — Plateau du Mouydîr 16
Bâten Ahenet. — Tasîli du Sud 17
Plaine d’Amadghôr 18
Plaine d’Admar. — Vallée d’Ouarâret. — Plaine de Tâyta. — Vallée de l’Ouâdi-Lajâl 19
Plaine des Igharghâren. — Plaine d’Adjemôr 20
CHAP. III. — Hydrographie 22
Ouâdi-Igharghar 22
Ouâdi-Tâfasâsset 25
Ouâdi-Tirhehêrt 26
Ouâdi-Akâraba. — Puits ordinaires 27
Puits à galeries. — Puits artésiens. — Rhedîr 28
Lacs 29
Sources 31
CHAP. IV. — Géologie 33
1re section. — _D’El-Ouâd à Ghadâmès_ 33
Formation des dunes 33
Dénudation des plateaux et des montagnes en amont des dunes 35
Groupes de dunes entre la Méditerranée et le Sénégal 35
Superficie des plateaux alimentateurs 37
Influences atmosphériques sur les roches. — Production des sables 38
Circulation des sables 39
Trombes de sables 40
Fixation des sables par les eaux 41
Formation des dunes sur place et formation par amoncellement des sables étrangers 43
_Planorbis Duveyrieri_ 44
2e section. — _De Ghadâmès à Rhât_ 45
_A._ Plateau de Tînghert 46
_B._ Dunes d’Édeyen 51
_C._ Plateau d’Eguélé 51
_D._ Plaine des Igharghâren 52
_E._ Tasîli des Azdjer 55
_F._ Vallée d’Ouarâret 59
3e section. — _De Tîterhsîn à Zouîla_ 61
_A._ De Tîterhsîn à Serdélès 61
_B._ Désert de Tâyta 65
_C._ Ouâdi-Lajâl 67
_D._ Dunes d’Édeyen 69
_E._ Hamâda de Mourzouk 70
_F._ Dépression de la Hofra 71
_G._ La Cherguîya 73
_H._ Massif du Hâroûdj 75
4e section. — _De Mourzouk à la mer_ 77
Djebel-es-Sôda 79
Hamâda-el-Homra 82
5e section. — _De Rhât à In-Sâlah_ 84
_A._ Plateau du Tasîli 84
_B._ Plateau d’Éguéré 86
_C._ Plateau du Mouydîr 86
_D._ Massif du Ahaggâr 87
_Conclusion géologique_ 88
CHAP. V. — Météorologie 90
_Tableau résumé des observations météorologiques_ faites du 26 juillet 1860 au 20 septembre 1861, à l’effet de déterminer les altitudes de chaque station 91
_Température_ de l’air 106
— du sol 109
— des puits ordinaires 110
— des puits artésiens 112
— des eaux pluviales et des flaques d’eau 113
Température moyenne mensuelle de l’air à Tougourt (série comprenant tout ou partie des années 1855, 1856, 1857, 1858 et 1859) 113
_Hygrométrie._ — Vapeur d’eau de l’atmosphère 115
Rosée. — Gelée blanche. — Brouillard. — Pluie 118
Neige 120
_Pression atmosphérique._ — Observations barométriques 120
Oscillations diurnes 120
Extrêmes des oscillations 122
Moyennes des oscillations 123
_Vents._ — Direction mensuelle et force moyenne 124
Variations diurnes et suivant les saisons 125
Vitesse du vent 125
Pluies et trombes de sable 126
Influence des vents sur le thermomètre et sur le baromètre 128
_Électricité._ — Étincelles électriques 128
Éclairs. — Tonnerre. — Orages 129
_Lumière._ — Intensité. — Couleur. — Transparence 130
Mirage. — Aurore et crépuscule. — Lueur crépusculaire. — Arc-en-ciel 131
Halo lunaire. — Lune rouge sang. — Étoiles filantes. — Globe lumineux 132
_Conclusion météorologique_ 133
CHAP. VI. — Observations astronomiques 134
_Tableau résumé_ des observations faites pour établir la latitude et la longitude des principaux points de la carte 135
Éclipse de soleil du 18 juillet 1860 à El-Ouâd 138
Comète à Mourzouk le 1er juillet 1861 139
LIVRE II.
PRODUCTION 141
CHAPITRE PREMIER. — Minéraux 141
Métaux et matières précieuses 142
Sels divers 143
Matériaux de constructions. — Pierres et terres 145
Combustibles minéraux 146
CHAP. II. — Végétaux 147
Renonculacées 148
Fumariacées 149
Crucifères 149
Capparidées 152
Cistinées 153
Résédacées 153
Frankéniacées 153
Malvacées 154
Aurantiacées 155
Ampélidées 156
Géraniacées 156
Zygophyllées 156
Rutacées 158
Rhamnées 159
Térébintbacées 160
Légumineuses 161
Rosacées 168
Amygdalées 168
Pomacées 169
Lythrariées 170
Granatées 171
Cucurbitacées 171
Tamariscinées 172
Paronychiées 174
Portulacées 175
Ficoidées 175
Composées (corymbifères) 177
Composées (chicoracées) 178
Primulacées 179
Oléacées 179
Asclépiadées 180
Gentianées 181
Convolvulacées 181
Borraginées 181
Solanées 182
Scrophularinées 185
Orobanchacées 185
Labiées 186
Globulariées 187
Plombaginées 187
Plantaginées 188
Salsolacées 188
Amarantacées 191
Salvadoracées 191
Polygonées 192
Thyméléacées 192
Euphorbiacées 193
Cannabinées 193
Morées 193
Salicinées 194
Conifères 194
Potamées 194
Palmiers 194
Liliacées 199
Mélanthacées 200
Joncées 200
Typhacées 201
Cypéracées 201
Graminées 201
Balanophorées 207
Fougères 208
Characées 208
Champignons 208
Algues 209
Plantes indéterminées 209
Conclusion botanique 215
CHAP. III. — Animaux 217
§ 1er. — _Animaux domestiques_ 217
Chameau 218
Cheval 220
Zébu 221
Ane 222
Mouton 222
Chèvre 223
Chien 224
§ 2. — _Animaux sauvages_ 224
Mammifères (_nomenclature_) 224
Oiseaux — 225
Reptiles — 226
Poissons — 227
Arachnides — 227
Insectes — 228
Myriapodes — 228
Annelides — 228
Mollusques — 229
Parasites — 229
_Espèces remarquables_ : Tahoûri 229
Loup 230
Guépard 230
Onagre 231