Les stratagèmes

Chapter 9

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3 Pendant que A. Torquatus assiégeait une ville de la Grèce, on lui dit que les jeunes gens de ce lieu étaient fort habiles à lancer le javelot et les flèches: «Je ne les vendrai que plus cher dans quelques jours,» répondit-il.

VI. Ruiner les garnisons ennemies[96].

1 Lorsque Hannibal eut repassé en Afrique, Scipion, sachant que plusieurs villes, dont ses plans exigeaient qu'il se rendît maître, étaient défendues par de fortes garnisons, envoyait de temps en temps quelques troupes pour les inquiéter. Il se présenta enfin lui-même comme pour les enlever de vive force; puis il feignit d'avoir peur, et fit un mouvement de retraite. Hannibal, persuadé que son ennemi avait réellement pris l'épouvante, appela de toutes parts les garnisons, afin d'engager une affaire décisive, et se mit à sa poursuite. Scipion obtint par là ce qu'il désirait: les villes étant restées sans défense, il envoya les Numides, sous les ordres de Masinissa, pour s'en emparer.

2 P. Cornélius Scipion, ayant senti la difficulté de prendre Delminium, parce que toutes les troupes du pays s'étaient réunies pour défendre cette ville, alla se présenter devant d'autres places. Ces troupes étant par là forcées de courir à la défense de leurs villes respectives, Delminium se trouva dépourvue de secours[97], et Scipion s'en empara.

3 Pyrrhus, roi d'Épire, voulant se rendre maître de la capitale des Illyriens, mais ne pouvant compter sur le succès, mit le siège devant quelques autres de leurs villes. Il en résulta que les ennemis, ayant la con fiance que leur capitale était assez en sûreté par ses fortifications, se séparèrent pour aller secourir les places attaquées: alors Pyrrhus, rassemblant de nouveau toutes ses troupes, s'empara de la ville, que ses défenseurs avaient abandonnée.

4 Le consul Cornélius Rufinus, ayant assiégé pendant quelque temps, mais en vain, la ville de Crotone, que rendait imprenable une garnison auxiliaire de Lucanie, feignit de renoncer à son dessein. Un prisonnier, qu'il avait gagné à force d'argent, se rendit à Crotone, comme s'il se fût évadé de sa prison, et assura que les Romains étaient en pleine retraite. Les Crotoniates, dans cette croyance, congédièrent leurs alliés, et, réduits à leurs propres forces, furent pris au moment où ils s'y attendaient le moins.

5 Magon, général des Carthaginois, tenant Cn. Pison assiégé dans un fort, après l'avoir vaincu, et soupçonnant que des troupes venaient le secourir, envoya à leur rencontre un faux transfuge, qui leur annonça que Pison était déjà pris. Cet artifice les ayant fait retirer, Magon acheva sa victoire.

6 Alcibiade, faisant la guerre en Sicile[98], et voulant prendre Syracuse, choisit à Catane, où il était alors cantonné avec ses troupes, un homme d'une adresse éprouvée, et l'envoya secrètement près des Syracusains. Admis dans l'assemblée du peuple, cet émissaire fit entendre que les habitants de Catane nourrissaient la plus grande haine contre les Athéniens, et que, s'ils étaient secondés, ils auraient bientôt anéanti Alcibiade et son armée. Les Syracusains, se laissant persuader, marchèrent sur Catane avec toutes leurs forces, abandonnant leur propre ville. Alcibiade alors, l'attaquant du côté opposé, et la trouvant dégarnie de troupes, comme il l'avait espéré, la prît et la saccagea.

7 Cléonyime, général athénien, assiégeant Trézène, qui était gardée par des troupes de Cratère, lança dans la place des flèches sur lesquelles il avait écrit aux habitants qu'il n'était venu que pour délivrer leur république; et en même temps il renvoya quelques prisonniers, après les avoir mis dans ses intérêts, afin qu'ils décriassent Cratère. Ayant, par ce moyen, semé la division chez les assiégés, il en profita pour faire approcher son armée, et se rendit maître de la ville.

VII. Détourner les rivières, et corrompre les eaux.

1 P. Servilius, ayant détourné une rivière qui donnait l'eau à la ville d'Isaure, força, par la soif, les habitants à se rendre.

2 C. César, assiégeant Cadurcum[99], ville des Gaules, qui était entourée d'une rivière, et abondamment pourvue de fontaines, la fit manquer d'eau en détournant les sources par des conduits souterrains, et en plaçant sur le bord de la rivière des archers qui en défendaient l'approche.

3 Dans l'Espagne Citérieure, Q. Metellus dirigea sur un camp ennemi, situé dans un lieu bas, les eaux d'une rivière qu'il détourna d'un terrain plus élevé, et, au moment où cette inondation subite jeta l'épouvante chez les ennemis, des troupes placées en embuscade les taillèrent en pièces.

4 Alexandre, assiégeant Babylone[100], que l'Euphrate traverse par le milieu, creusa un fossé le long duquel il éleva en même temps une terrasse, afin de persuader à l'ennemi que l'on ne tirait la terre que pour cette construction; puis, ayant tout à coup dirigé l'eau dans la tranchée, il mit à sec le lit du fleuve, et s'en fit un passage pour entrer dans la ville. On dit que Sémiramis, faisant le siège de la même ville, détourna aussi l'Euphrate, et obtint le même résultat.

5 Clisthène de Sicyone coupa un aqueduc qui fournissait de l'eau à la ville de Crise; et, quand les habitants eurent commencé à souffrir de la soif, il leur rendit l'eau, mais corrompue avec de l'ellébore: aussitôt qu'ils en eurent fait usage, un flux de ventre, qui les saisit, les mit hors d'état de se défendre, et la ville fut prise.

VIII. Jeter l'épouvante parmi les assiégés.

1 Philippe, ne pouvant enlever de vive force le château de Prinasse[101], fit amonceler de la terre au pied des fortifications, comme s'il y pratiquait une mine. Les assiégés, croyant leurs murs sapés, se rendirent.

2 Pélopidas, général thébain, étant sur le point d'assiéger à la fois deux villes de Magnésie peu éloignées l'une de l'autre, ordonna que, pendant qu'il faisait avancer son armée sous les murs de l'une, quatre cavaliers, ayant des couronnes sur la tête, accourussent à toute bride, comme venant de l'autre camp thébain, pour annoncer la prise de l'autre ville. Afin de mieux encore tromper l'ennemi, il fit mettre le feu à une forêt située dans un lieu intermédiaire, et dont l'embrasement pouvait être pris pour celui de la place. Il voulut, en outre, qu'on lui amenât quelques soldats déguisés en prisonniers. Ces démonstrations jetèrent l'effroi parmi les assiégés, qui, se croyant déjà vaincus sur l'autre point, firent leur soumission.

3 Cyrus, roi de Perse, tenant Crésus enfermé dans la ville de Sardes, fit dresser du côté le moins accessible de la montagne sur laquelle elle était assise, des mâts aussi hauts que cette montagne, surmontés de figures d'hommes ayant le costume des Perses, et les approcha des remparts pendant la nuit; puis, dès la pointe du jour il attaqua la ville du côté opposé, au moment où les premiers rayons du soleil faisaient briller les armes que portaient ces figures. Les assiégés, persuadés qu'ils étaient pris par derrière, s'enfuirent dispersés, laissant la victoire à l'ennemi.

IX. Attaquer du côté où l'on n'est pas attendu.

1 Scipion, assiégeant Carthagène, profita du moment où la marée baissait, pour s'approcher des murailles; et, se disant guidé par Neptune, il traversa un étang dont les eaux avaient suivi le reflux de la mer, et livra l'attaque du côté où il n'était point attendu.

2 Fabius Maximus, fils de Fabius Cunctator, arrivé devant Arpi, où Hannibal avait mis garnison, reconnut la position de la ville, et envoya, par une nuit obscure, six cents soldats chargés de franchir, à l'aide d'échelles, la partie des remparts qui était la plus forte, par conséquent la plus mal gardée, et de briser la porte. Ceux-ci, favorisés par une pluie violente, dont le bruit empêchait d'entendre celui qu'ils faisaient, exécutèrent l'ordre qu'ils avaient reçu. Alors Fabius, au signal donné, attaqua par ce même côté, et prit la ville.

3 Dans la guerre contre Jugurtha, pendant que C. Marius assiégeait, près du fleuve Mulucha, un château construit sur un rocher accessible seulement par un étroit sentier, et taillé à pic de tout autre côté comme à dessein, un Ligurien auxiliaire, simple soldat, qui s'était avancé par hasard pour chercher de l'eau, et avait, en recueillant des limaçons, gagné le sommet du rocher, vint lui annoncer que l'on pouvait gravir jusqu'au château. Marius y envoya quelques centurions avec les soldats les plus agiles et les meilleurs trompettes, ayant tous la tête découverte pour mieux voir, les pieds nus pour grimper plus aisément sur les rochers, et leurs boucliers, ainsi que leurs épées, attachés à leur dos. Guidés par le Ligurien, ils s'aident, pour monter, de courroies et de clous, parviennent au château du côté opposé à l'attaque, où pour cela même ils ne trouvent pas de résistance, et se mettent à sonner de la trompette et à faire un grand bruit, selon l'ordre qu'ils ont reçu. À ce signal Marius encourage ses troupes et presse plus vivement les assiégés. Ceux-ci étant rappelés de l'autre côté de la place par une multitude intimidée qui la croit déjà prise par derrière[102], les Romains s'élancent à leur poursuite, et s'emparent du château.

4 Le consul L. Cornélius se rendit maître de plusieurs villes de Sardaigne, en débarquant pendant la nuit ses meilleures troupes, auxquelles il ordonnait de se cacher, et d'épier le moment où il reviendrait avec ses vaisseaux; puis, lorsqu'il était descendu à terre lui-même, et voyait les ennemis s'avancer à sa rencontre, il simulait une retraite, et les attirait au loin à sa poursuite, afin que les places, alors dégarnies, fussent livrées à l'attaque de ses troupes embusquées.

5 Périclès, général athénien, assiégeant une ville qu'une défense bien concertée mettait à l'abri de ses efforts, fit pendant la nuit sonner la charge et pousser de grands cris vers la partie des remparts qui touchait à la mer. Les ennemis, persuadés que l'on entrait de ce côté, abandonnèrent les portes; et Périclès, les trouvant sans défense, fit par là irruption dans la ville.

6 Alcibiade, général athénien, voulant prendre la ville de Cyzique, s'en approcha pendant la nuit à l'improviste, et fit sonner la charge du côté opposé à celui qu'il allait attaquer. Les assiégés pouvaient suffire à la défense de leurs remparts; mais, comme tous se portèrent vers le lieu où ils croyaient qu'on donnait l'assaut, Alcibiade franchit les murailles sur un point qui ne lui offrait pas de résistance.

7 Pour s'emparer du port de Sicyone, Thrasybule de Milet fit plusieurs fausses attaques par terre; et, quand il vit que les ennemis avaient dirigé leurs forces vers le lieu où il les harcelait, il entra dans le port avec sa flotte, sans qu'on s'y attendît.

8 Philippe, assiégeant une ville maritime, fît joindre ensemble deux vaisseaux que l'on couvrit de madriers, et sur lesquels on construisit des tours hors de la vue des assiégés; puis il livra par terre une attaque avec d'autres tours. Pendant, qu'il tenait l'ennemi en échec de ce côté des remparts, de l'autre approchaient les deux vaisseaux, et par là, ne trouvant pas de résistance, il pénétra dans la ville.

9 Périclès voulant prendre, dans le Péloponnèse, un château où l'on ne pouvait arriver que par deux chemins, coupa l'un par un fossé, et se mit à fortifier l'autre. Les assiégés, en pleine sécurité quant au premier chemin, surveillèrent seulement celui qu'ils voyaient fortifier. Alors Périclès, ayant préparé des ponts, les jeta sur le fossé, et entra dans la place du côté où l'on ne craignait pas son approche.

10 Antiochus, faisant le siège d'Éphèse, ordonna aux Rhodiens, ses auxiliaires, d'attaquer le port pendant la nuit, en poussant de grands cris. Les assiégés y accoururent en foule et en désordre, laissant le reste des fortifications sans défenseurs; et Antiochus, donnant l'assaut d'un autre côté, s'empara de la ville.

X. Pièges dans lesquels on attire les assiégés.

1 Caton, étant en présence des Lacétans, qu'il tenait assiégés dans leur place forte, mit en embuscade une grande partie de ses troupes, et ordonna à des Suessétans, ses auxiliaires, et fort mauvais soldats, de livrer l'attaque à la ville. Les Lacétans, dans une sortie, les mirent facilement en fuite; et, comme ils s'acharnaient à les poursuivre, Caton s'empara de leur ville avec les cohortes qu'il avait cachées.

2 L. Scipion leva le siège qu'il avait mis devant une ville de Sardaigne, et donna à sa retraite l'apparence d'une fuite précipitée. La garnison s'étant mise imprudemment à sa poursuite, il se rendit maître de la place à l'aide de troupes qu'il avait embusquées dans le voisinage.

3 Hannibal, après avoir commencé le siège d'Himère, donna l'ordre de la retraite, laissant à dessein son camp aux ennemis, comme s'il ne pouvait tenir contre eux. Les Himéréens virent si peu le piège, que, dans la joie du succès, ils abandonnèrent leur ville pour courir au camp carthaginois. Hannibal, voyant alors la place sans défense, s'en empara avec des troupes qu'il avait cachées dans la prévision de cet événement.

4 Le même, pour attirer les Sagontins[103] dans une embuscade, s'approcha de leurs murailles avec un petit nombre d'hommes, et feignit de prendre la fuite dès la première sortie des assiégés. Ceux-ci, se trouvant coupés par l'armée carthaginoise, alors postée entre eux et la ville, furent enveloppés, et taillés en pièces.

5 Himilcon, général carthaginois, faisant le siège d'Agrigente, mit en embuscade, non loin de la place, une partie de ses troupes, avec ordre, lorsque les assiégés se seraient éloignés dans la campagne, d'allumer des feux avec du bois mouillé; ensuite, s'étant lui-même avancé, dès le point du jour, à la tête du reste de son armée, pour attirer les ennemis au combat, il feignit de lâcher pied, et les entraîna au loin à sa poursuite. Ceux de l'embuscade mirent le feu à des monceaux de bois en avant des murailles, comme ils en avaient reçu l'ordre; et les Agrigentins, à la vue de la fumée qui s'élevait, crurent que leur ville était embrasée. Tandis qu'ils retournaient à la hâte, pour porter du secours, arrêtés en même temps par les troupes qui avaient été postées près de la ville, et chargés en queue par celles qu'ils avaient poursuivies, ils essuyèrent une entière défaite.

6 Viriathe, après avoir placé des troupes en embuscade, envoya quelques soldats enlever les troupeaux des Ségobrigiens. Ceux-ci, étant accourus en grand nombre pour les reprendre, et s'étant mis à la poursuite des maraudeurs, qui fuyaient à dessein, tombèrent dans le piège et furent taillés en pièces.

7 Héraclée avait pour garnison deux cohortes commandées par Lucullus, lorsque des cavaliers Scordisques s'avancèrent comme pour enlever des troupeaux, et provoquèrent ainsi une sortie; puis, par une fuite simulée, ils attirèrent Lucullus jusque dans une embuscade, où il fut tué avec huit cents de ses soldats.

8 Charès, général athénien, devant attaquer une ville située sur le bord de la mer, cacha sa flotte derrière un promontoire, et envoya le plus léger de ses vaisseaux passer en vue de l'ennemi. Dès qu'on l'aperçut, tous les navires qui gardaient le port volèrent à sa poursuite. Alors Charès, voyant ce port sans défense, y entra avec sa flotte, et s'empara même de la ville.

9 Au moment où les Romains assiégeaient par terre et par mer Lilybée, en Sicile, Barca, général carthaginois, fit paraître au loin une partie de ses vaisseaux prêts à combattre. La flotte romaine, les ayant aperçus, s'élança sur eux; et Barca, avec le reste de ses vaisseaux, qu'il avait tenus cachés, se rendit maître du port de Lilybée.

XI. Des retraites simulées.

1 Phormion, général athénien, ayant ravagé le territoire de Chalcis, cette ville lui envoya des députés pour lui exposer ses griefs. Il leur fit bon accueil; et pendant la nuit qui avait été fixée pour leur départ, il feignit de recevoir une lettre qui le rappelait à Athènes, et les congédia en faisant retraite lui-même, mais à une faible distance. Les députés ayant annoncé que tout était désormais en sûreté, et que Phormion était parti, les Chalcidiens crurent à la bienveillance qu'il avait témoignée, ainsi qu'à la retraite de ses troupes, et négligèrent la garde de leur ville. Alors, Phormion étant revenu tout à coup, ils ne purent soutenir une attaque à laquelle ils ne s'attendaient plus.

2 Agésilas, chef des Lacédémoniens, assiégeant Phocée, et s'étant aperçu que les alliés de cette ville, venus pour la défendre, commençaient à se lasser des fatigues de la guerre, fit un mouvement de retraite, comme s'il allait à d'autres expéditions, et leur laissa ainsi la faculté de s'éloigner librement. Peu de temps après il ramena son armée et vainquit les Phocéens, alors réduits à leurs propres forces.

3 Alcibiade tendit un piège aux Byzantins, qui se tenaient renfermés dans leurs murs: il feignit de se retirer, et, quand ils ne furent plus sur leurs gardes, revint fondre sur eux.

4 Viriathe, après s'être retiré à trois journées de Segobriga, revint en un seul jour, et surprit les habitants, qui, dans une entière sécurité, étaient en ce moment même occupés d'un sacrifice.

5 Épaminondas, au siège de Mantinée, voyant que les Lacédémoniens étaient venus secourir cette place, pensa que, s'il leur cachait son départ, il pourrait aller prendre Lacédémone. Il ordonna d'allumer pendant la nuit un grand nombre de feux dans son camp, afin que l'on ne se doutât pas de son absence; mais, trahi par un transfuge, et poursuivi par l'armée lacédémonienne, il quitta le chemin de Sparte, et usa du même artifice pour retourner devant Mantinée. Il alluma encore des feux dans son camp, et, taudis que les Lacédémoniens l'y croyaient présent, il fit une marche de quarante milles du côté de Mantinée, et se rendit maître de la ville, qui n'avait plus le secours de ses alliés.

XII. De la défense des places. Exciter la vigilance des soldats.

1 Pendant que les Lacédémoniens assiégeaient Athènes, Alcibiade, craignant de la négligence de la part des sentinelles, ordonna aux soldats de tous les postes d'observer attentivement le flambeau qu'il ferait paraître pendant la nuit, du haut de la citadelle, et de répondre à ce signal en élevant aussi des flambeaux de leur côté. Il menaça de châtiment quiconque n'exécuterait pas fidèlement cet ordre. Ainsi tenus dans l'attente des signaux de leur chef, tous firent une garde vigilante, et l'on fut à l'abri du danger qui était à craindre pour la nuit.

2 Iphicrate, général athénien, qui occupait Corinthe avec une garnison, visitant les postes au moment où l'ennemi approchait, trouva une sentinelle endormie, et la perça d'un javelot. Quelques-uns, blâmant cet acte comme trop cruel: «Tel j'ai trouvé cet homme, leur répondit-il, tel je l'ai laissé.[104]«

3 On dit qu'Épaminondas, général thébain, en fit autant.

XIII. Donner et recevoir des nouvelles.

1 Les Romains, assiégés dans le Capitole, envoyèrent Pontius Cominius implorer le secours de Camille, qui était alors en exil. Cominius, pour éviter les postes gaulois, descendit par la roche Tarpéienne, traversa le Tibre à la nage, arriva jusqu'à Véies[105], et, s'étant acquitté de sa mission, retourna par le même chemin près de ses compagnons.

2 Les habitants de Capoue, assiégés par les Romains, qui faisaient bonne garde autour de la place, envoyèrent dans le camp ennemi, comme déserteur, un soldat qui, moyennant une récompense, cacha une lettre dans son baudrier, et la porta aux Carthaginois aussitôt qu'il trouva l'occasion de s'échapper.

3 Quelques-uns écrivirent des lettres sur des parchemins, qui furent cousus dans des pièces de gibier et dans le corps de certains animaux.

4 D'autres ont introduit leurs dépêches dans le derrière de leurs bêtes de somme, pour traverser les postes ennemis.

5 D'autres ont écrit sur la partie intérieure des fourreaux, de leurs épées.

6 L. Lucullus voulait informer de son arrivée les habitants de Cyzique, assiégés par Mithridate, dont les troupes occupaient le seul chemin qui conduisît à la ville: c'était un pont étroit, qui l'unissait au continent. Il chargea de ce message un soldat, bon nageur et habile nautonier, qui, porté sur l'eau par deux outres remplies d'air, contenant des lettres de Lucullus, et adaptées en dessous à deux traverses séparées l'une de l'autre, fit un trajet de sept milles. Telle fut l'adresse de ce simple soldat, que, se servant de ses jambes comme de rames, il trompa les sentinelles ennemies, qui crurent, en l'apercevant, que c'était quelque monstre marin[106].

7 Le consul Hirtius envoya de temps en temps à Decimus Brutus, assiégé dans Mutine par Antoine, des lettres écrites sur des plaques de plomb, que l'on attachait aux bras de soldats qui traversaient à la nage la rivière de Scultenna.

8 Le même consul avait des pigeons qu'il tenait quelque temps dans l'obscurité, sans leur donner à manger; puis il leur attachait des lettres au cou, à l'aide d'un crin, et les lâchait le plus près possible des murailles. Ces oiseaux, avides de nourriture et de lumière, gagnaient les plus hauts édifices, et là étaient pris par Brutus, qui savait de cette manière tout ce qui se passait, surtout lorsqu'il les eut habitués à s'abattre en de certains lieux où il faisait déposer pour eux de la nourriture.

XIV. Faire entrer des renforts et des vivres dans la place.

1 Pendant la guerre civile, Ategua, ville d'Espagne du parti de Pompée, étant investie, Munatius, chef temporaire de ce pays, alla dans le camp de César, où il se fit passer pour le secrétaire d'un tribun, demanda d'autorité le mot d'ordre à quelques sentinelles, ce qui lui servit à en tromper d'autres, et, persévérant dans son artifice, introduisit du renfort dans la place, en passant ainsi au milieu des troupes de César.

2 Pendant qu'Hannibal tenait Casilinum assiégé, les Romains emplirent de farine des tonneaux qu'ils abandonnèrent au courant du Vulturne, pour les faire parvenir aux habitants. Hannibal ayant arrêté ces tonneaux au moyen d'une chaîne tendue sur le fleuve, les Romains répandirent des noix que les eaux apportèrent à la ville, et qui fournirent aux assiégés un soutien contre la famine.

3 Hirtius, sachant que ceux de Mutine, assiégés par Antoine, étaient dans une extrême disette de sel, en remplit des barils, qu'il fit entrer dans la ville par le fleuve Scultenna.

4 Le même général confia au courant d'une rivière des troupeaux que reçurent les assiégés, et qui remédièrent à la disette.

XV. Comment on paraît avoir en abondance les choses dont on manque.

1 Les Romains, assiégés dans le Capitole par les Gaulois, et déjà en proie à la famine, jetèrent du pain vers les postes ennemis. En faisant croire par là qu'ils avaient des vivres en abondance, ils purent traîner le siège en longueur jusqu'à l'arrivée de Camille.

2 On dit que les Athéniens en firent autant à l'égard des Lacédémoniens.

3 Ceux qu'Hannibal tenait enfermés à Casilinum, et que l'on croyait réduits à une extrême disette, voyant que le Carthaginois, pour leur ôter jusqu'à l'herbe comme aliment, avait fait passer plusieurs fois la charrue sur le terrain qui séparait son camp de leurs murailles, jetèrent des semences sur ces terres labourées, et par là persuadèrent à l'ennemi qu'ils avaient de quoi se nourrir jusqu'à la récolte.

4 Les troupes qui avaient échappé au désastre de Varus, étant investies par l'ennemi, qui les croyait dépourvues de blé, promenèrent pendant toute une nuit dans leurs magasins les prisonniers qu'ils avaient faits, et les renvoyèrent après leur avoir coupé les mains[107]. Ceux-ci conseillèrent à leurs compagnons de ne pas fonder sur la disette l'espoir de se rendre bientôt maîtres des Romains, attendu qu'ils avaient encore un grand approvisionnement de vivres.