Les stratagèmes

Chapter 6

Chapter 63,363 wordsPublic domain

4 Le consul Acilius Glabrion, ayant engagé un combat près des Thermopyles, contre le roi Antiochus, qui se rendait en Achaïe avec son armée, lutta en vain contre le désavantage des lieux, et eût été même repoussé avec perte, si Porcius Caton, alors consulaire, et nommé par le peuple tribun des soldats, n'eût fait un détour pour aller débusquer les Étoliens des sommets du Callidrome, où ils avaient pris position, et ne se fût montré tout à coup sur une colline qui dominait le camp du roi. Les troupes d'Antiochus en prirent l'épouvante: attaquées des deux côtés à la fois, elles furent mises en déroute, et leur camp resta au pouvoir des Romains.

5 Le consul C. Sulpicius Peticus, sur le point d'en venir aux mains avec les Gaulois, envoya secrètement les valets de l'armée, avec des mulets, sur des hauteurs voisines, d'où ils devaient, une fois l'action engagée, se mettre en vue des combattants comme un corps de cavalerie. Les Gaulois, croyant que des renforts arrivaient aux Romains, se retirèrent au moment où ils étaient presque victorieux.

6 Marius, ayant dessein de livrer bataille aux Teutons le jour suivant, près d'Aquæ Sextiæ[66], envoya, pendant la nuit, Marcellus prendre position de l'autre côté de l'armée ennemie, avec un petit détachement de cavaliers et de fantassins, qu'il fit paraître plus nombreux en y joignant des valets et des vivandiers armés, avec la plus grande partie des bêtes de somme, équipées de manière qu'on pût les prendre pour de la cavalerie. Cette troupe, qui avait l'ordre de descendre dans la plaine derrière l'ennemi, aussitôt qu'elle verrait commencer le combat, inspira une telle frayeur aux Teutons par son apparition soudaine, que ces ennemis si redoutables prirent la fuite.

7 Dans la guerre des fugitifs, Licinius Crassus, au moment de ranger son armée en bataille, près de Calamarque, contre Castus et Gannicus, généraux des Gaulois, fit passer de l'autre côté d'une montagne ses lieutenants C. Pomptinius et Q. Marcius Rufus, avec douze cohortes. Quand le combat fut engagé, ces troupes descendirent derrière l'armée ennemie, en poussant de grands cris, et y jetèrent un tel désordre, qu'elle prit la fuite sur tous les points, sans pouvoir se reformer.

8 M. Marcellus, craignant que l'on ne jugeât par les cris des soldats qu'ils étaient en petit nombre, ordonna aux valets de troupes, aux esclaves, et aux gens de toute espèce qui le suivaient, de crier en même temps. Cette apparence d'une grande armée épouvanta l'ennemi.

9 Valerius Lévinus, ayant tué un simple soldat dans un combat qu'il livrait à Pyrrhus, leva son épée ensanglantée, et fit croire aux deux armées qu'il avait tué le roi. Aussitôt les ennemis, persuadés qu'ils avaient perdu leur chef, et consternés par cette imposture, rentrèrent avec effroi dans leur camp[67].

10 Dans un combat contre C. Marius, en Numidie, Jugurtha, qui avait appris la langue latine en séjournant dans les camps romains, courut devant sa première ligne, et cria en latin qu'il venait de tuer C. Marius, ce qui fit prendre la fuite à un grand nombre des nôtres.

11 Myronide, général athénien, ayant livré bataille aux Thébains, et voyant que le succès était douteux, s'élança tout à coup vers l'aile droite de son armée, et s'écria que l'aile gauche était déjà victorieuse. Cette nouvelle donna de l'ardeur aux Athéniens, et épouvanta l'ennemi, qui perdit la victoire.

12 Crésus fit marcher une troupe de chameaux contre la cavalerie ennemie, qui était plus forte que la sienne; les chevaux, effrayés de l'aspect et de l'odeur de ces animaux, renversèrent leurs cavaliers et allèrent se rejeter sur l'infanterie, dont ils causèrent aussi la défaite.

13 Pyrrhus, roi d'Épire, combattant en faveur des Tarentins, trouva un semblable avantage dans ses éléphants, pour mettre le désordre dans l'armée romaine.

14 Les Carthaginois ont souvent fait usage de ce moyen contre les Romains.

15 Les Volsques étant campés dans un lieu environné de broussailles et de bois, Camille incendia tout ce qui pouvait communiquer le feu jusqu'à leurs retranchements, et les obligea ainsi d'abandonner leur camp.

16 P. Crassus, pendant la guerre Sociale, fut surpris de la même manière avec toute son armée.

17 Les Espagnols, dans un combat contre Hamilcar, placèrent à leur front de bataille des chariots attelés de boeufs et chargés de bois résineux, de suif et de soufre, et y mirent le feu quand on donna le signal de l'attaque. Les boeufs, dirigés contre l'armée ennemie, y jetèrent l'épouvante et le désordre.

18 Les Falisques et les Tarquiniens revêtirent d'habits sacerdotaux un certain nombre des leurs, qui s'avancèrent, semblables à des furies, agitant des torches et des serpents, et épouvantèrent l'armée romaine.

19 Les Véiens et les Fidénates eurent le même succès, en s'armant de torches enflammées.

20 Athéas, roi des Scythes, combattant l'armée des Triballiens, qui était plus nombreuse que la sienne, ordonna aux femmes, aux enfants, et à tous ceux qui étaient peu propres au combat, d'aller, avec des troupeaux d'ânes et de boeufs, derrière l'armée ennemie, et de se montrer lances dressées; puis il répandit le bruit que c'étaient des renforts venus des extrémités de la Scythie. L'ennemi le crut, et prit la fuite.

V. Des embûches.

1 Romulus s'étant approché des murs de Fidènes, après avoir embusqué une partie de ses troupes, simula une retraite, et attira ainsi à sa poursuite les Fidénates jusqu'au lieu où étaient cachés les siens. Ceux-ci, voyant leurs ennemis en désordre et sans méfiance, fondirent sur eux de toutes parts, et les taillèrent en pièces.

2 Le consul Q. Fabius Maximus, envoyé au secours des Sutriens contre les Étrusques, attira sur lui toutes les forces de l'ennemi, et bientôt, feignant d'avoir peur et de prendre la fuite, il gagna des hauteurs, d'où il retomba sur les Étrusques, qui montaient pêle-mêle derrière lui; et non seulement il fut vainqueur, mais encore il s'empara de leur camp.

3 Sempronius Gracchus, ayant à combattre les Celtibériens, feignit de les redouter, et se tint dans son camp. Il fit ensuite sortir ses troupes légères, qui, après avoir harcelé les ennemis, lâchèrent pied tout à coup, et réussirent à les éloigner de leurs retranchements. Alors Sempronius, les voyant accourir confusément, prit l'offensive, et les battit à tel point, que leur camp tomba en son pouvoir.

4 Le consul Metellus, faisant la guerre en Sicile contre Hasdrubal, et observant l'armée ennemie avec d'autant plus de soin qu'elle était très nombreuse et renforcée de cent trente éléphants, affecta de la crainte, tint ses troupes renfermées dans Panorme, et fit creuser un large fossé en avant de la place; puis, voyant arriver cette armée, avec les éléphants à la première ligne, il ordonna à ses hastati d'aller lancer des flèches contre ces animaux, et de se réfugier aussitôt dans le retranchement. Irrités de cette bravade, ceux qui conduisaient les éléphants les firent descendre jusque dans le fossé même[68], et, quand ils s'y furent engagés, une partie de ces animaux fut accablée d'une grêle de traits, et les autres, se retournant contre les Carthaginois, mirent le désordre dans leur armée. Alors Metellus, qui n'attendait que l'occasion, s'élança avec toutes ses troupes, attaqua en flanc les ennemis, les tailla en pièces, et les prit avec leurs éléphants.

5 Tomyris, reine des Scythes, combattant contre Cyrus, roi de Perse, sans résultat décisif, l'attira, par une fuite simulée, dans un défilé bien connu des Scythes; là, se retournant tout à coup, et secondée par la nature du lieu, elle remporta la victoire.

6 Les Égyptiens couvrirent d'herbes aquatiques certains marais voisins d'une plaine où ils devaient combattre; et, l'action engagée, ils attirèrent, par une feinte retraite, les ennemis dans le piège. Ceux-ci, s'élançant avec trop d'ardeur sur un terrain qu'ils ne connaissaient pas, s'enfoncèrent dans la vase, et furent enveloppés.

7 Viriathe, qui de brigand était devenu chef des Celtibériens, feignant de lâcher pied devant la cavalerie romaine, l'amena jusque dans des fondrières et des ravins; et, tandis qu'il s'échappait lui-même par des chemins solides qu'il connaissait, les Romains, auxquels les lieux étaient inconnus, s'embourbèrent et furent taillés en pièces.

8 Fulvius, commandant une armée romaine contre les Celtibériens, établit son camp à proximité du leur, et ordonna à sa cavalerie de s'avancer jusque sous les retranchements de ces barbares, de les harceler, et de se replier par une retraite simulée. Il renouvela cette provocation pendant quelques jours, et s'aperçut que les Celtibériens, en poursuivant avec ardeur sa cavalerie, laissaient leur camp sans défense. Alors, ayant donné l'ordre à une partie de ses troupes d'exécuter encore la même manoeuvre, lui-même, avec ses troupes légères, alla, sans être aperçu[69], prendre position derrière les ennemis; et, quand ceux-ci furent sortis comme à l'ordinaire, il accourut soudainement, abattit les palissades abandonnées, et se rendit maître du camp.

9 Une armée de Falisques, plus nombreuse que la nôtre, étant venue camper sur nos frontières, Cn. Fulvius fit mettre le feu par ses soldats à des maisons éloignées de son camp, dans l'espoir que les Falisques, attribuant à quelques-uns des leurs cette dévastation, se disperseraient pour aller au pillage.

10 Alexandre, roi d'Épire, étant en guerre avec les Illyriens, plaça des troupes en embuscade; puis ayant fait prendre à quelques soldats le costume des ennemis, il leur donna l'ordre de commettre des ravages sur le territoire même de l'Épire. Dès que les Illyriens les aperçurent, ils se répandirent de tous côtés pour faire du butin, avec d'autant plus de sécurité, qu'ils prenaient pour leurs éclaireurs ceux qu'ils voyaient en avant. Ainsi attirés sur le lieu de l'embuscade, ils furent taillés en pièces et mis en fuite.

11 Leptine, commandant l'armée des Syracusains contre les Carthaginois, fit aussi ravager son propre pays, et brûler des maisons de campagnes et quelques châteaux. Les Carthaginois, croyant que c'était l'oeuvre des leurs, sortirent du camp pour les soutenir, et tombèrent dans une embuscade, où ils trouvèrent, leur défaite.

12 Maharbal, envoyé de Carthage contre les Africains révoltés, et connaissant le goût passionné de ce peuple pour le vin, mélangea une grande quantité de cette boisson avec du suc de mandragore, plante qui tient le milieu entre le poison et les narcotiques; et après un léger engagement avec l'ennemi, il se replia à dessein: puis, au milieu de la nuit, laissant dans son camp quelques bagages et tout le vin mélangé, il feignit de s'enfuir. Les barbares s'emparent de son camp, se livrent à la joie, boivent avidement ce vin pernicieux, et bientôt, étendus à terre comme s'ils étaient morts, ils sont, au retour de Maharbal, tous pris ou massacrés.

13 Hannibal, sachant que son camp et celui des Romains étaient dans un lieu où le bois manquait, abandonna de nombreux troupeaux de boeufs dans ses retranchements, au milieu de ce pays désert. Les Romains s'emparèrent de ce butin, et, se trouvant dans une grande disette de bois, se gorgèrent de viande mal cuite. Tandis qu'ils se croyaient en sûreté, et qu'ils étaient incommodés par cette viande à demi crue, Hannibal ramena son armée pendant la nuit, et leur fit beaucoup de mal.

14 En Espagne, Tiberius Gracchus, informé que l'ennemi, ne pouvant se procurer des vivres, était dans la détresse, abandonna son camp, où il laissa en abondance des provisions de toute espèce. Les ennemis s'en emparent, se gorgent de la nourriture qu'ils trouvent; et, tandis qu'ils souffrent de cet excès, Tiberius revient avec son armée, les surprend et les taille en pièces.

15 Les habitants de Chio, faisant la guerre à ceux d'Érythrée, leur enlevèrent un éclaireur sur une éminence, le tuèrent, et revêtirent de ses habits un de leurs propres soldats. Celui-ci, par les signaux qu'il fît du même lieu aux Érythréens, les attira dans une embuscade.

16 Les Arabes, sachant que l'on connaissait leur habitude d'annoncer l'arrivée de l'ennemi, le jour avec de la fumée, et la nuit avec du feu, donnèrent l'ordre d'entretenir continuellement ces signaux, et de ne les interrompre, au contraire, qu'à l'approche des ennemis. Ceux-ci croyant, d'après l'absence des feux, que les Arabes ignoraient leur arrivée, s'avancèrent avec plus de précipitation, et furent défaits.

17 Alexandre, roi de Macédoine, voyant que les ennemis étaient campés dans un bois situé sur une hauteur, partagea ses troupes en deux corps, ordonna à celui qu'il laissait au camp d'allumer autant de feux qu'à l'ordinaire, pour faire croire à la présence de l'armée entière; et, conduisant lui-même l'autre corps par des chemins détournés, il alla fondre d'un lieu plus élevé sur l'ennemi, et le débusqua.

18 Memnon de Rhodes, dont la principale force était dans la cavalerie, ayant affaire à des troupes qui se tenaient sur les hauteurs, et qu'il voulait attirer dans la plaine, envoya dans leur camp plusieurs de ses soldats, chargés de jouer le rôle de transfuges, et de faire croire que son armée était en proie à une si forte sédition, qu'il en désertait à chaque instant une partie. Pour accréditer ce mensonge, Memnon fit établir çà et là, sous les yeux de l'ennemi, quelques petits forts qui semblaient être l'ouvrage des prétendus déserteurs, pour leur servir de retraite. Dans cette confiance, les ennemis, abandonnant les collines, descendent en rase campagne, et, tandis qu'ils s'attaquent aux forts, Memnon les enveloppe avec sa cavalerie.

19 Arybas, roi des Molosses, ayant à soutenir une guerre contre Ardys, roi d'Illyrie, qui avait une armée plus forte que la sienne, envoya dans une province d'Étolie, voisine de ses États, ceux de ses sujets qui ne pouvaient se défendre, et répandit le bruit qu'il abandonnait aux Étoliens ses villes et toutes ses possessions; puis, se mettant à la tête de ceux qui étaient capables de porter les armes, il plaça des embuscades sur les montagnes et dans des lieux de difficile accès. Les Illyriens, craignant que les richesses des Molosses ne tombassent au pouvoir des Étoliens, accoururent au pillage avec précipitation et en désordre; et quand Arybas les vit dispersés et en pleine sécurité, il sortit d'embuscade, tomba sur eux, et les mit en déroute.

20 T. Labienus, lieutenant de C. César, désirant livrer bataille aux Gaulois avant l'arrivée des Germains, qu'il savait devoir venir à leur secours, feignit de se défier de ses forces; et, après avoir assis son camp près d'un fleuve[70], sur la rive opposée à celle que l'ennemi occupait, il donna l'ordre du départ pour le lendemain. Les Gaulois, croyant qu'il fuyait, se mirent en devoir de franchir le fleuve; mais, au moment même où ils luttaient contre les difficultés du passage, l'armée de Labienus fit volte-face, et les tailla en pièces.

21 Hannibal, s'étant aperçu que Fulvius, général romain, avait mal fortifié son camp, et agissait souvent avec peu de prudence, envoya dès la pointe du jour, au moment où d'épais brouillards obscurcissaient le temps, quelques cavaliers se montrer aux sentinelles qui gardaient nos retranchements. Aussitôt Fulvius fit sortir son armée. Hannibal, venant par un autre côté, s'empara du camp, et de là tombant sur les derrières des Romains, il leur tua huit mille des meilleurs soldats, et leur général lui-même.

22 L'armée romaine ayant été partagée entre Fabius le dictateur, et Minutius, maître de la cavalerie, le premier sachant attendre les occasions, l'autre ne respirant que le combat, Hannibal s'établit dans une plaine qui séparait les deux camps; et, après avoir caché une partie de son infanterie dans des anfractuosités de rochers, il voulut provoquer l'ennemi en envoyant des troupes occuper une éminence voisine. Minutius sortit de ses retranchements pour les charger; alors, celles qui avaient été embusquées par Hannibal, s'élançant tout à coup, auraient détruit l'armée de Minutius, si Fabius, qui s'était aperçu du danger, ne fût arrivé à son secours[71].

23 Hannibal, étant campé près de la Trebia, qui séparait son camp de celui du consul Sempronius Longus, mit en embuscade Magon, avec des troupes d'élite, par un froid très vif; puis, afin d'attirer au combat le confiant Sempronius, il envoya des cavaliers numides voltiger près du camp romain, avec ordre de lâcher pied dès notre première charge, et de revenir par des gués qu'ils connaissaient. Le consul s'élança témérairement à leur poursuite; et ses soldats, encore à jeun, furent, dans cette saison rigoureuse, saisis par le froid en passant la rivière. Bientôt, quand ils furent engourdis, et épuisés de faim, Hannibal dirigea sur eux ses troupes, qui avaient pris à dessein leur repas, et s'étaient frottées d'huile auprès du feu. Magon, de son côté, fidèle aux ordres qu'il avait reçus, prit les ennemis en queue et en fit un grand carnage.

24 [72]Comme le lac de Thrasymène était séparé du pied d'une montagne par un chemin étroit qui conduisait dans le plat pays, Hannibal, simulant une retraite, franchit le passage et alla camper dans cette plaine; ensuite il embusqua des troupes, pendant la nuit, sur une colline qui dominait le défilé, et sur les côtés du chemin; et, au point du jour, profitant d'un brouillard qui le cachait, il rangea en bataille le reste de son armée. Flaminius, qui croyait l'ennemi en fuite, se mit à le poursuivre, s'engagea dans le défilé, et n'aperçut le piège qu'au moment où, attaqué à la fois de front, en flanc et par derrière, il périt avec toute son armée.

25 Le même Hannibal, ayant en tête le dictateur Junius, donna l'ordre à six cents cavaliers de se partager en plusieurs petites troupes, et d'aller, à la faveur de la nuit, alternativement et sans interruption, se présenter autour du camp de l'ennemi. Ainsi harcelés pendant la nuit entière, les Romains gardèrent leurs retranchements sans quitter leurs armes, battus par une pluie continuelle; et quand, accablés de fatigue, ils eurent reçu de Junius l'ordre de se retirer, Hannibal, sortant de son camp avec des troupes fraîches, s'empara de celui du dictateur.

26 Un semblable artifice réussit à Épaminondas, général thébain, contre les Lacédémoniens, qui avaient creusé des fossés à l'isthme de Corinthe, pour défendre l'entrée du Péloponnèse. Pendant toute la nuit il inquiéta l'ennemi avec quelques troupes légères, qu'il rappela vers la pointe du jour; et, quand les Lacédémoniens se furent aussi retirés, il fit soudainement avancer toute son armée, qui avait pris du repos, et fit irruption par les fossés mêmes, restés sans défense.

27 Hannibal, ayant rangé son armée en bataille près de Cannes, fit passer du côté des Romains six cents cavaliers numides, qui, pour inspirer moins de méfiance, livrèrent leurs épées et leurs boucliers. Ils furent placés à la dernière ligne de l'armée; mais, aussitôt que l'action fut engagée, ils tirèrent des épées courtes, qu'ils avaient cachées sous leurs cuirasses, prirent les boucliers des morts, et tombèrent sur l'armée romaine.

28 Les Iapydes envoyèrent de même au proconsul P. Licinius des paysans qui feignirent de se rendre à lui. Ayant été reçus, et placés vers les derniers rangs, ils chargèrent en queue les Romains.

29 Scipion l'Africain, ayant devant lui deux camps ennemis, celui de Syphax et celui des Carthaginois, résolut d'attaquer pendant la nuit le premier, qui contenait beaucoup de matières combustibles, et d'y mettre le feu, dans le but de tailler en pièces les Numides à mesure que l'épouvante les ferait sortir de leur camp, et d'amener en même temps dans une embuscade disposée à cet effet, les Carthaginois, qui ne manqueraient pas d'accourir au secours de leurs alliés. Un double succès couronna son entreprise.

30 Mithridate, dont le talent de Lucullus avait souvent triomphé, voulut se défaire de celui-ci par trahison, en subornant un certain Adathante, homme d'une force extraordinaire, qui, passant comme transfuge dans le camp des Romains, devait capter sa confiance et l'assassiner. L'entreprise fut conduite avec courage, mais sans succès. Reçu dans la cavalerie de Lucullus, cet homme fut l'objet d'une secrète surveillance, parce qu'il ne fallait ni se fier tout d'abord à un transfuge, ni en empêcher d'autres de déserter comme lui. Plus tard, lorsque, s'étant signalé par des services dans de fréquentes expéditions, il eut inspiré de la confiance à Lucullus, il choisit le moment où le conseil, congédié, laissait tout le camp dans le repos, et rendait le prétoire plus solitaire. Le hasard sauva Lucullus: car le traître, qui avait ordinairement un libre accès auprès du général quand celui-ci ne dormait pas, se présenta au moment où, accablé de veilles et de travaux, il venait de céder au sommeil. Quoiqu'il insistât pour entrer, ayant, disait-il, à lui communiquer une affaire importante et pressée, les esclaves, attentifs à la santé de leur maître, lui refusèrent obstinément la porte. Alors, craignant que sa démarche n'éveillât les soupçons, il alla vers la porte du camp, où l'attendaient des chevaux tout prêts, et retourna vers Mithridate, sans avoir pu accomplir son dessein.