Chapter 5
13 On sait que Jugurtha, qui avait éprouvé le courage des Romains, ne leur livrait bataille que vers le déclin du jour, afin que, si les siens étaient mis en fuite, ils pussent, à la faveur de la nuit, se dérober à la poursuite de l'ennemi.
14 Lucullus, ayant en tête Mithridate et Tigrane, près de Tigranocerte, dans la Grande Arménie, ne comptait pas plus de quinze mille combattants dans son armée, tandis que les troupes ennemies étaient innombrables, mais, par cela même, difficiles à faire manoeuvrer. Profitant de cet inconvénient, Lucullus les attaqua avant qu'elles fussent rangées en bataille, et les mit si promptement en déroute, que les deux rois eux-mêmes prirent la fuite, après s'être dépouillés de leurs insignes.
16 Dans une guerre contre les Pannoniens, Tibère Néron, ayant vu les barbares s'avancer fièrement au combat dès la pointe du jour, retint ses troupes au camp, laissant les ennemis à la merci du brouillard et de la pluie, qui, ce jour-là, tombait en abondance.
Enfin, quand il jugea qu'ils étaient fatigués d'être sur pied, et que cette fatigue même, aussi bien que la pluie, avait abattu leur courage, il donna le signal, les chargea et les défit.
17 C. César, pendant la guerre des Gaules, informé qu'Arioviste, roi des Germains, observant une coutume qui était comme une loi aux yeux de ses soldats, s'abstenait de combattre pendant le décours de la lune, choisit ce moment pour l'attaquer[56], et défit cet ennemi enchaîné par la superstition.
18 L'empereur Auguste Vespasien livra bataille aux Juifs le jour du sabbat[57], pendant lequel il leur est défendu de rien faire d'important, et les vainquit.
19 Lysandre, commandant les Spartiates contre les Athéniens à Ægos-Potamos, allait souvent, à certaine heure, inquiéter la flotte ennemie, et faisait ensuite retirer la sienne. Cette manoeuvre étant devenue tout à fait habituelle, les Athéniens, après sa retraite, se dispersaient à terre pour leur approvisionnement. Un jour Lysandre fit, comme de coutume, avancer et revenir ses vaisseaux; et, quand la plupart des Athéniens se furent séparés, il retourna sur ceux qui restaient, les tailla en pièces, et s'empara de tous leurs navires.
II. Choisir le lien pour le combat.
1 M. Curius, voyant l'impossibilité de résister à la phalange de Pyrrhus[58], quand elle était déployée, fit en sorte de la combattre dans un lieu étroit, où les rangs trop pressés devaient s'embarrasser eux-mêmes.
2 Cn. Pompée, en Cappadoce, choisit pour, son camp une hauteur, d'où ses troupes, secondées dans leur élan par la pente du terrain, fondirent sur l'armée de Mithridate, et remportèrent facilement la victoire.
3 C. César, ayant à combattre Pharnace, fils de Mithridate, rangea son armée sur une colline, ce qui lui valut une prompte victoire: car les javelots, lancés d'en haut sur les barbares, qui montaient à l'attaque, leur firent sur-le-champ prendre la fuite.
4 Lucullus, au moment de livrer bataille à Mithridate et à Tigrane près de Tigranocerte, dans la Grande Arménie, se hâta d'occuper, avec une partie de ses troupes, un plateau couronnant une hauteur voisine, d'où il fondit sur les ennemis, qui étaient plus bas. Il prit en flanc leur cavalerie, la mit en déroute, et, l'ayant culbutée sur leur infanterie, qu'elle écrasa, il obtint une éclatante victoire.
5 À l'approche des Parthes, Ventidius ne fit sortir son armée du camp que lorsque ces barbares ne furent plus qu'a cinq cents pas de lui. Alors, courant soudainement à leur rencontre, il s'approcha tellement, que les flèches, qui ne peuvent servir que de loin, leur furent inutiles, et que l'on combattit corps à corps. Cet artifice, joint à l'assurance qu'il avait montrée dans l'attaque, lui donna bientôt la victoire sur ces barbares.
6 Hannibal, sur le point d'en venir aux mains avec Marcellus, près de Numistron, couvrit son flanc de chemins creux et escarpés; et, profitant de la disposition du terrain comme d'un retranchement, il vainquit cet illustre capitaine.
7 Près de Cannes, le même général, ayant observé que du lit du Vulturne[59], plus que de tout autre fleuve, il se lève le matin un grand vent qui lance des tourbillons de sable et de poussière, rangea son armée de manière que toute la violence de ce vent, qu'elle recevait par derrière, donnât dans le visage et dans les yeux des Romains. Admirablement secondé par un désavantage qu'il tournait ainsi contre l'ennemi, il remporta une victoire mémorable.
8 Marius, se disposant à livrer bataille aux Cimbres et aux Teutons le jour qui avait été fixé, fit prendre de la nourriture à ses troupes pour leur donner des forces, et les plaça devant son camp, afin que l'armée ennemie, plutôt que la sienne, se fatiguât en parcourant l'espace qui les séparait. Il mit encore un autre désavantage du côté des Cimbres: d'après la disposition de sa ligne de bataille, les barbares recevaient en face le soleil, le vent et la poussière.
9 Cléomène, roi de Sparte, ayant en tête Hippias, général athénien, qui lui était supérieur en cavalerie, joncha d'arbres coupés la plaine[60] dans laquelle il voulait combattre, et la rendit inaccessible aux chevaux.
10 Les Ibères, surpris par une armée nombreuse, en Afrique[61], et craignant d'être enveloppés, s'adossèrent à un fleuve qui, en cet endroit, coulait entre des rives élevées. Ainsi défendus d'un côté par le fleuve, étant d'ailleurs les plus braves, ils firent successivement des charges sur les troupes qui s'approchaient le plus, et détruisirent ainsi toute l'armée ennemie.
11 Le Lacédémonien Xanthippe, en choisissant d'autres lieux pour combattre, changea par cela seul la fortune de la première guerre Punique. En effet, étant appelé comme mercenaire à Carthage, où l'on perdait déjà tout espoir, et sachant que les Africains, dont la cavalerie et les éléphants faisaient la principale force, recherchaient les hauteurs, tandis que l'armée romaine, supérieure en infanterie, se tenait en rase campagne, il y conduisit aussi les Carthaginois; et là, ayant, au moyen des éléphants, jeté le désordre dans les rangs des Romains, il les dispersa, mit à leur poursuite la cavalerie numide, et tailla en pièces une armée jusqu'alors victorieuse sur terre et sur mer.
12 Épaminondas, général thébain, prêt à s'avancer en bataille contre les Lacédémoniens, fit courir sur le front de son armée des cavaliers qui élevèrent un nuage immense de poussière devant les yeux de l'ennemi; et, pendant que celui-ci s'attendait à un engagement de cavalerie, Épaminondas, faisant un circuit avec son infanterie, se posta de manière à pouvoir prendre à dos les Lacédémoniens, fondit sur eux à l'improviste, et les tailla en pièces.
13 Contre l'armée innombrable des Perses, trois cents Spartiates défendirent le pas des Thermopyles, défilé où seulement un pareil nombre d'ennemis pouvaient les combattre de près. Ainsi égaux en nombre aux barbares, quant à la facilité d'en venir aux mains, mais plus braves qu'eux, ils en tuèrent une grande partie; et ils n'auraient pas été vaincus, si les Perses, guidés par le traître Ephialte, de Trachinie, ne les eussent pas surpris par derrière.
14 Thémistocle, général athénien, voyant que le parti le plus utile à prendre, de la part des Grecs, contre la flotte immense de Xerxès, était de livrer bataille dans le détroit de Salamine, et ne pouvant y déterminer ses concitoyens, amena les barbares, au moyen d'une ruse, à mettre les Grecs dans la nécessité de profiter de leurs avantages. Par une trahison simulée, il envoya un messager à Xerxès, pour l'avertir que les Grecs alliés songeaient à se retirer, et qu'il rencontrerait trop de difficultés s'il fallait qu'il assiégeât leurs villes l'une après l'autre. Ce stratagème réussit d'abord à ôter le repos aux barbares, qui furent pendant toute la nuit sur leurs gardes et en observation; puis à obliger les Grecs, dont les forces étaient entières, à combattre avec les barbares, fatigués de leur veille, dans un lieu étroit, comme il le désirait, où Xerxès ne pouvait tirer avantage des nombreux vaisseaux qui faisaient sa force.
III. De l'ordre de bataille.
1 Cn. Scipion, prêt à en venir aux mains avec Hannon, devant Intibili, en Espagne, s'aperçut que l'armée carthaginoise était rangée de manière que l'aile droite se composait d'Espagnols, soldats vigoureux, mais étrangers à la cause qu'ils défendaient, tandis qu'à la gauche étaient les Africains, hommes moins robustes, mais d'un courage plus ferme. Il ramena en arrière son aile gauche; puis avec la droite, où se trouvaient ses meilleures troupes, il attaqua obliquement[62] l'ennemi, et quand il eut défait et mis en fuite les Africains, il obligea facilement les Espagnols, qui s'étaient tenus en arrière comme spectateurs, à capituler.
2 Philippe, roi de Macédoine, faisant la guerre aux Illyriens, et s'étant aperçu qu'ils avaient réuni leurs meilleurs soldats au centre de leur armée, et que les ailes étaient plus faibles, plaça à sa droite l'élite de ses troupes, fondit sur l'aile gauche des ennemis, jeta le désordre dans toute leur armée, et remporta la victoire.
3 Pamménès, de Thèbes, ayant observé l'armée des Perses, dont l'aile droite était composée de leurs troupes les plus vigoureuses, rangea la sienne de la même manière, en mettant à droite toute sa cavalerie avec l'élite de l'infanterie, et en opposant aux meilleurs soldats de l'ennemi les plus faibles des siens, auxquels il donna l'ordre de lâcher pied dès la première attaque, et de se retirer dans des lieux couverts de bois et peu accessibles. Ayant ainsi rendu inutiles les principales forces des Perses, lui-même, avec ses meilleures troupes placées à l'aile droite, enveloppa leur armée et la mit en déroute.
4 P. Cornélius Scipion, qui depuis fut surnommé l'Africain, soutenant la guerre en Espagne contre Hasdrubal, général des Carthaginois, sortit du camp plusieurs jours de suite, avec son armée rangée de manière que l'élite en occupait le centre. Mais, comme l'ennemi se présentait aussi constamment dans ce même ordre de bataille, Scipion, le jour où il avait résolu d'en venir aux mains, changea cette disposition en plaçant aux ailes ses plus vaillants soldats, c'est-à-dire les légionnaires, et au centre ses troupes légères, qu'il retint en arrière des autres. Ainsi disposées en forme de croissant, les ailes, où étaient ses principales forces, attaquèrent l'armée ennemie par les parties les plus faibles, et la mirent facilement en déroute.
5 Metellus, lors de la bataille qu'il gagna en Espagne sur Hirtuleius, ayant appris que celui-ci avait mis au centre ses cohortes les plus vigoureuses, ramena en arrière le milieu de son armée, afin qu'il n'y eût aucun engagement sur ce point, avant que les ailes de l'ennemi fussent défaites, et le centre enveloppé de toutes parts.
6 Artaxerxés, opposant aux Grecs, qui étaient entrés dans la Perse, une armée plus nombreuse que la leur, la rangea de manière à les déborder, mettant sur son front de bataille la cavalerie, aux ailes les troupes légères; et, retardant à dessein la marche du centre, il enveloppa les ennemis et les tailla en pièces.
7 Hannibal, au contraire, à la bataille de Cannes, ayant d'abord ramené les ailes en arrière, et fait avancer le centre, repoussa notre armée dès le premier choc; et, quand la mêlée fut engagée, tandis que ses ailes, selon l'ordre qu'elles avaient reçu, s'avançaient en se rapprochant l'une de l'autre, il recevait sur le centre la téméraire impétuosité des Romains, qui furent investis et taillés en pièces, résultat dû à la valeur éprouvée des vieux soldats d'Hannibal: car cette ordonnance n'est guère praticable qu'avec des troupes que l'expérience a formées à tous les incidents des combats.
8 Pendant la seconde guerre Punique, Livius Salinator et Claudius Néron, voyant qu'Hasdrubal, pour échapper à la nécessité de combattre, avait posté son armée derrière des vignes, sur une colline de difficile accès, dirigèrent leurs forces vers les deux ailes, laissant le milieu dégarni, enveloppèrent l'ennemi en l'attaquant des deux côtés, et le défirent.
9 Hannibal, à qui Claudius Marcellus faisait essuyer de fréquentes défaites, avait pris le parti, dans les derniers temps, de camper soit sur les montagnes, soit près des marais, soit dans d'autres lieux favorables, où son armée occupait de si bonnes positions pour combattre, qu'elle pouvait, si les Romains avaient le dessus, rentrer au camp presque sans perte, et, s'ils lâchaient pied, se mettre selon son gré à leur poursuite.
10 Le Lacédémonien Xanthippe, livrant bataille à M. Attilius Regulus, en Afrique, plaça à la première ligne ses troupes légères, et au corps de réserve l'élite de son armée; puis il donna l'ordre aux auxiliaires de se retirer aussitôt qu'ils auraient lancé le javelot, et, une fois rentrés dans l'intérieur des lignes, de courir promptement aux deux ailes, et d'en sortir pour envelopper eux-mêmes les Romains, qui alors seraient aux prises avec ses troupes les plus fortes.
11 Sertorius en fit autant en Espagne contre Pompée.
12 Cléandridas, commandant l'armée lacédémonienne contre les Lucaniens, serra son front de bataille afin que son armée parût beaucoup moins nombreuse; et quand il vit, à cet égard, la confiance de l'ennemi, il étendit ses lignes, l'enveloppa et le mit en déroute.
13 Gastron, général lacédémonien, était venu au secours des Égyptiens contre les Perses. Sachant que les Grecs étaient meilleurs soldats, et inspiraient plus de crainte aux Perses que les Égyptiens, il leur donna les armes de ceux-ci et les plaça aux premiers rangs; et, comme les Grecs combattaient sans que la victoire se prononçât, il envoya des Égyptiens pour les appuyer, Les Perses, après avoir soutenu l'effort de troupes qu'ils prenaient pour des Égyptiens, lâchèrent pied à la vue d'une armée qui leur semblait être celle des Grecs, dont ils redoutaient l'approche.
14 Cn. Pompée, faisant la guerre en Albanie, et voyant que l'avantage de l'ennemi était dans une cavalerie innombrable, embusqua son infanterie dans un lieu étroit, près d'une colline, et voulut qu'elle couvrît ses armes, dont l'éclat pouvait la trahir. Ensuite il fit avancer sa cavalerie dans la plaine, comme si elle était suivie du reste de l'armée, avec ordre de faire retraite dès la première attaque de l'ennemi, et de se ranger aux deux ailes lorsqu'on arriverait près de l'infanterie mise en embuscade. Cette manoeuvre exécutée, les cohortes, ayant le passage libre, sortirent tout à coup de leur retraite, se jetèrent au milieu des ennemis, qui s'étaient imprudemment avancés, et les taillèrent en pièces.
15 M. Antoine, ayant affaire aux Parthes, qui accablaient son armée d'une grêle de flèches, ordonna à ses soldats de s'arrêter et de former la tortue. Les traits glissèrent par-dessus, et l'ennemi s'épuisa en vains efforts contre les Romains.
16 Hannibal, ayant à combattre Scipion en Afrique, [63] avec une armée composée de Carthaginois et d'auxiliaires, parmi lesquels étaient des soldats de diverses nations, même des Italiens, avait mis devant son front de bataille quatre-vingts éléphants, pour jeter le désordre dans l'armée ennemie, et derrière eux les auxiliaires gaulois, liguriens, baléares et maures. Ces troupes, qui ne pouvaient prendre la fuite parce que les Carthaginois se tenaient derrière elles, devaient, sinon faire éprouver des pertes aux ennemis, du moins les harceler. Les Carthaginois formaient la seconde ligne, pour tomber, encore frais, sur les Romains déjà fatigués. En dernier lieu venaient les Italiens, dont Hannibal suspectait la fidélité et le courage, attendu que la plupart avaient été amenés malgré eux de leur pays. À cette ordonnance de bataille, Scipion opposa ses formidables légions, qu'il rangea sur trois lignes, hastati, principes et triarii; et, au lieu de les disposer par cohortes entières, il laissa entre les manipules des intervalles par lesquels les éléphants, poussés par l'ennemi, devaient franchir les lignes sans rompre les rangs. Afin que l'armée ne présentât pas de vides, ces intervalles étaient remplis par des vélites armés à la légère, auxquels on avait ordonné de se retirer, soit en arrière, soit de côté, à l'approche des éléphants. Enfin la cavalerie était répartie entre les deux ailes: à droite celle des Romains, sous les ordres de Lélius; à gauche celle des Numides, commandée par Masinissa. Ce fut sans doute à cette sage disposition que, Scipion dut la victoire.
17 Archelaùs, voulant jeter le désordre dans l'armée de L. Sylla, forma sa première ligne avec des chars armés de faux, la seconde avec la phalange macédonienne, et mit à la troisième les auxiliaires, armés à la manière des Romains, et mêlés à des déserteurs italiens dont la résolution lui inspirait beaucoup de confiance; enfin les troupes légères furent placées à la réserve. Sa cavalerie, qui était très nombreuse, se rangea aux deux ailes, pour envelopper l'ennemi. De son côté, Sylla couvrit ses deux flancs de larges fossés, aux extrémités desquels il établit des redoutes, et, par là, réussit à ne pas être cerné par l'ennemi, qui avait plus d'infanterie, et surtout plus de cavalerie que lui. Il disposa son infanterie sur trois lignes, entre lesquelles il ménagea des intervalles pour ses troupes légères et pour sa cavalerie, qu'il avait placée la dernière, afin de pouvoir la lancer selon le besoin. Puis il ordonna à ceux de la seconde ligne de ficher solidement en terre un grand nombre de pieux rapprochés les uns des autres, en deçà desquels devait rentrer, à l'approche des chars, la première ligne des combattants. Enfin, toute l'armée ayant à la fois poussé un grand cri, il commanda aux vélites et aux troupes légères de lancer leurs flèches. Aussitôt les chars de l'ennemi, soit parce qu'ils s'embarrassaient dans les pieux, soit que les chevaux fussent épouvantés par les cris et par les flèches, retournèrent sur eux-mêmes, et rompirent l'ordre de bataille des Macédoniens. Sylla, les voyant plier, fondit sur eux; mais Archelaùs lui opposa sa cavalerie: alors celle des Romains s'élança, mit l'ennemi en fuite, et acheva la victoire.
18 C. César arrêta de même, à l'aide de pieux, et rendit inutiles les chars à faux des Gaulois.
19 Alexandre, à la bataille d'Arbelles, craignant le grand nombre des ennemis, mais se fiant au courage de ses troupes, les rangea de manière que, faisant front de toutes parts, elles pouvaient combattre de quelque côté qu'elles fussent attaquées.
20 Paul Émile, livrant bataille à Persée, roi de Macédoine, qui avait formé son centre d'une double phalange flanquée de troupes légères, et mis sa cavalerie aux deux ailes, disposa son armée sur trois lignes, par détachements formant le coin, et laissant des intervalles d'où il lançait de temps en temps ses vélites. Voyant que cette ordonnance ne lui donnait aucun avantage, il simula une retraite pour attirer l'ennemi dans des lieux inégaux, dont il avait eu soin de s'assurer l'avantage. Mais comme les Lacédémoniens, se méfiant de cette manoeuvre, le suivaient en bon ordre, il fit courir à toute bride ses cavaliers de l'aile gauche le long du front de la phalange, afin que, par leur impétuosité même, ils pussent, en présentant leurs armes, abattre les lances des ennemis. Se voyant ainsi désarmés, les Macédoniens quittèrent leurs rangs et prirent la fuite.
21 Pyrrhus, combattant pour les Tarentins, près d'Asculum, suivit le précepte d'Homère[64], qui met au centre les plus mauvais soldats: il plaça à l'aile droite les Samnites et les Épirotes, à la gauche les Bruttiens, les Lucaniens et les Sallentins, au centre les Tarentins, et fit de la cavalerie et des éléphants son corps de réserve. De leur côté, les consuls distribuèrent sagement leur cavalerie aux deux ailes, et rangèrent les légions au front de bataille et à la réserve, en y mêlant les auxiliaires. Il y avait, le fait est constant, quarante mille hommes de part et d'autre. Pyrrhus eut la moitié de son armée détruite, et du côté des Romains la perte ne fut que de cinq mille hommes.
22 Cn. Pompée, rangeant son armée en bataille contre C. César, à Pharsale, la mit sur trois lignes[65], dont chacune avait dix rangs de profondeur. Il plaça les légions, chacune selon sa valeur, aux ailes et au centre, et remplit avec les recrues les intervalles qu'elles présentaient. À droite, six cents cavaliers étaient postés sur l'Énipée, dans un lieu défendu par le lit et par les eaux débordées de la rivière; et tout le reste de la cavalerie, réunie aux troupes auxiliaires, composait l'aile gauche, et devait envelopper l'ennemi. Contre cette ordonnance, Jules César disposa également son armée sur trois lignes, les légions au centre; et, pour n'être point tourné, il appuya son aile gauche contre des marais. À l'aile droite était la cavalerie, mêlée à une infanterie fort agile, qu'on avait exercée, pour combattre, aux mêmes manoeuvres que les cavaliers. Enfin il mit à la réserve six cohortes pour les cas imprévus, rangées obliquement sur la droite, par où il attendait la cavalerie de l'ennemi; et c'est ce qui, dans cette journée, contribua le plus au succès de César. En effet, la cavalerie de Pompée s'étant élancée de ce côté, ces mêmes cohortes la chargèrent tout à coup, la mirent en fuite, et la rejetèrent sur les légions, qui en firent un grand carnage.
23 L'empereur César Auguste Germanicus, ne pouvant mettre fin aux combats de sa cavalerie avec les Cattes, parce que ceux-ci se réfugiaient à chaque instant dans leurs forêts, donna l'ordre à ses soldats, aussitôt qu'ils seraient arrêtés par la difficulté des lieux, de sauter à bas de cheval, et d'engager des combats d'infanterie. Cette manoeuvre lui assura une victoire qui fut partout admirée.
24 C. Duilius, voyant que la flotte légère et exercée des Carthaginois se jouait de ses pesants navires, et rendait inutile la valeur de ses soldats, imagina des mains de fer qui accrochaient les vaisseaux ennemis; alors les Romains, jetant des ponts, allaient combattre corps à corps, et taillaient en pièces les Carthaginois sur leurs propres bâtiments.
IV. Déconcerter les dispositions de l'armée ennemie.
1 Papirius Cursor le fils, étant consul, et combattant les Samnites, dont la résistance opiniâtre rendait la victoire incertaine, chargea, à l'insu de ses soldats, Spurius Nautius de conduire sur une colline qui regardait le flanc de la bataille, quelques cavaliers auxiliaires, et des valets d'armée montés sur des mulets, puis de les en faire descendre à grand bruit, et en traînant par terre des branches d'arbres. Aussitôt que ce détachement fut en vue, Papirius cria à ses troupes que son collègue arrivait victorieux, et qu'elles devaient, de leur côté, conquérir la gloire du présent combat. Cet incident ranima l'ardeur des Romains; et, quand les Samnites aperçurent la poussière, ils furent saisis d'épouvante, et prirent la fuite.
2 Fabius Rullus Maximus, consul pour la quatrième fois, ayant tenté par tous les moyens, mais en vain, de rompre la ligne de bataille des Samnites, prit enfin le parti de retirer des rangs les hastati, et de les envoyer avec Scipion, son lieutenant, s'emparer d'une colline d'où ils pouvaient fondre sur les derrières de l'ennemi. Le succès de cette manoeuvre vint accroître le courage des Romains, et les Samnites, effrayés et cherchant à fuir, furent taillés en pièces.
3 Minucius Rufus, serré de près par les Scordisques et les Daces, qui lui étaient supérieurs en nombre, détacha quelques cavaliers et des trompettes, sous la conduite de son frère, avec ordre, aussitôt que le combat serait engagé, de se montrer tout à coup sur un autre point, et de faire sonner la charge. Au bruit des trompettes, qui était augmenté par l'écho des montagnes, l'ennemi, persuadé qu'il arrivait des forces considérables, fut effrayé et se retira.