Les stratagèmes

Chapter 4

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9 C. César, informé par un prisonnier qu'Afranius et Petreius devaient lever le camp la nuit suivante, résolut de les en empêcher sans fatiguer ses troupes. Il ordonna, quand la nuit fut venue, que l'on criât de plier bagage, que l'on conduisît à grand bruit les bêtes de somme le long des retranchements des ennemis, et que l'on continuât le tumulte, afin que ce départ simulé les retînt dans leur camp.

10 Scipion l'Africain, voulant surprendre des renforts et des convois qui allaient rejoindre Hannibal, envoya à leur rencontre M. Thermus, se disposant lui-même à le suivre pour l'appuyer.

11 Denys, tyran de Syracuse, informé qu'une nombreuse armée de Carthaginois devait débarquer en Sicile pour l'attaquer, fortifia plusieurs châteaux, et donna l'ordre aux troupes qu'il y laissa de les abandonner à l'approche de l'ennemi, et de s'échapper en se repliant secrètement vers Syracuse. Les Carthaginois, une fois maîtres de ces forts, se virent dans la nécessité d'y placer des garnisons; et Denys, ayant réduit, autant qu'il le désirait, les forces de l'ennemi en les disséminant, tandis qu'en réunissant les siennes il s'était fait une armée presque aussi nombreuse que la leur, prit l'offensive et les défit.

12 Agésilas, roi de Lacédémone, allant faire la guerre à Tissapherne[42], feignit de se diriger sur la Carie, comme devant combattre avec plus de succès dans ce pays montueux[43], contre un ennemi qui lui était supérieur en cavalerie. Cette démonstration ayant fait passer Tissapherne lui-même en Carie, Agésilas fit irruption en Lydie, où était la capitale du royaume; et, prenant au dépourvu les habitants, il s'empara des trésors du roi.

IX. Apaiser les séditions dans l'armée.

1 Le consul A. Manlius, ayant appris que les soldats avaient conspiré dans leurs quartiers d'hiver, en Campanie, pour égorger leurs hôtes et s'emparer de leurs richesses, répandit le bruit qu'ils auraient encore les mêmes quartiers l'hiver suivant. Il sauva la Campanie en déjouant ainsi le complot, et saisit toutes les occasions de sévir contre ceux qui l'avaient tramé.

2 Une sédition dangereuse s'étant élevée parmi des légions romaines, la prudence de Sylla sut en calmer la fureur. Annonçant tout à coup l'approche de l'ennemi, il fit crier aux armes, et donner le signal. Marcher contre l'ennemi fut la pensée de tous les soldats, et l'émeute fut apaisée.

3 Le sénat de Milan ayant été massacré par des soldats, Cn. Pompée, qui craignait de donner lieu à une rébellion en n'appelant que les coupables, les fît venir indistinctement avec ceux qui n'avaient pris aucune part à cette action[44]. N'étant point séparés des autres, par conséquent ne se croyant pas appelés à cause de leur crime, les coupables comparurent avec moins de méfiance; et ceux qui n'avaient rien à se reprocher, veillèrent à la garde des coupables, de peur d'être taxés de complicité s'ils les laissaient fuir.

4 Des légions de l'armée de C. César s'étant révoltées, au point de manifester l'intention d'attenter à la vie de leur chef, il dissimula sa crainte, s'avança vers les soldats, et, comme ils demandaient leur congé, il le leur donna sur-le-champ, d'un air menaçant. À peine l'eurent-ils obtenu, que le repentir les força de faire leur soumission à leur général, auquel ils furent dès lors plus dévoués qu'auparavant.

X. Comment on refuse le combat aux soldats, quand ils le demandent intempestivement.

1 Q. Sertorius, sachant par expérience qu'il ne pouvait résister aux forces réunies des Romains, et voulant le prouver aux barbares ses alliés, qui demandaient témérairement le combat, fit amener en leur présence deux chevaux, l'un plein de vigueur, l'autre extrêmement faible, auprès desquels il plaça deux jeunes gens qui offraient le même contraste, l'un robuste, l'autre chétif; et il ordonna au premier d'arracher d'un seul coup la queue entière du cheval faible, au second de tirer un à un les crins du cheval vigoureux. Le jeune homme chétif s'étant acquitté de sa tâche, tandis que l'autre s'épuisait à force de tirer la queue du cheval faible: «Soldats, s'écrie Sertorius, je vous ai montré par cet exemple ce que sont les légions romaines; invincibles quand on les prend en masse, elles seront bientôt affaiblies et taillées en pièces, si elles sont attaquées séparément.»

2 Ce même chef, à qui les soldats demandaient inconsidérément le combat, craignant qu'ils n'enfreignissent ses ordres, s'il refusait plus longtemps, permit, à un détachement de cavalerie d'aller attaquer l'ennemi; et, quand il vit cette troupe plier, il en envoya successivement d'autres pour la soutenir, puis il les fit rentrer toutes dans le camp. Alors il montra à l'armée entière, sans avoir essuyé de perte, quel pouvait être le résultat de la bataille qu'elle avait demandée. Elle eut désormais pour lui la plus grande soumission.

3 Agésilas, roi de Lacédémone, dont le camp était placé sur le bord d'une rivière, en face de celui des Thébains, s'étant aperçu que l'armée ennemie était beaucoup plus nombreuse que la sienne, et voulant ôter à ses soldats le désir de livrer bataille, leur annonça que les réponses des dieux lui ordonnaient de combattre sur les hauteurs. Alors il laissa une faible troupe vers le fleuve, et gagna la colline. Les Thébains, prenant cette manoeuvre pour un effet de la crainte, traversent la rivière, mettent facilement en fuite ceux qui en défendaient le passage; mais, s'étant élancés avec trop d'ardeur vers le reste de l'armée, ils ont le désavantage du terrain, et sont défaits par des troupes inférieures en nombre.

4 Scorylon, général des Daces, sachant bien qu'une guerre civile divisait les Romains, mais ne jugeant pas à propos de les attaquer, parce qu'une guerre étrangère pouvait rétablir la concorde entre les citoyens, mit aux prises deux chiens en présence de ses compatriotes; et, tandis que ces animaux se battaient avec le plus d'acharnement, il leur montra un loup, sur lequel ils se jetèrent aussitôt, déposant leur animosité réciproque. Par cet apologue, il dissuada les barbares d'opérer une attaque qui aurait tourné au profit des Romains.

XI. Comment l'armée doit être excitée au combat.

1 Pendant la guerre contre les Étrusques, l'armée des consuls M. Fabius et Cn. Manlius s'étant mutinée, et se refusant à combattre, ces chefs affectèrent eux-mêmes de temporiser, jusqu'à ce que les soldats, irrités des insultes de l'ennemi, eurent demandé le combat, et juré d'en revenir victorieux.

2 Fulvius Nobilior, étant dans la nécessité de livrer bataille, avec peu de monde, à une armée de Samnites, nombreuse et fière de ses succès, feignit d'avoir gagné une des légions ennemies; et, pour en convaincre ses troupes, il prescrivit aux tribuns, aux premiers officiers et aux centurions, de lui apporter tout ce qu'ils avaient d'argent comptant, ou d'objets d'or et d'argent, pour payer les transfuges, promettant d'ajouter, après la victoire, d'amples récompenses au remboursement des sommes prêtées. Les Romains le crurent, engagèrent sur-le-champ le combat avec autant d'ardeur que de confiance, et remportèrent une éclatante victoire.

3 C. César, étant sur le point de combattre les Germains commandés par Arioviste, et voyant le courage de ses troupes abattu, les rassembla et leur dit que dans cette circonstance la dixième légion seule marcherait à l'ennemi. Par là, il stimula cette légion, en lui rendant le témoignage qu'elle était la plus brave, et fit craindre aux autres de lui laisser à elle seule cette glorieuse renommée.

4 Q. Fabius, convaincu que les Romains avaient trop de fierté pour ne pas s'irriter d'un affront, et n'attendant rien de juste ni de modéré de la part de Carthage, envoya[45] des députés dans cette ville pour proposer la paix. Ils en rapportèrent des conditions pleines d'injustice et d'insolence; et dès lors l'armée romaine ne respira plus que le combat.

5 Agésilas, ayant établi son camp près d'Orchomène, ville alliée de Lacédémone, et apprenant que la plupart de ses soldats allaient déposer dans cette place ce qu'ils avaient de plus précieux, défendit aux habitants de rien recevoir de ce qui appartenait à son armée: il pensait que le soldat combattrait avec plus d'ardeur, quand il se verrait dans la nécessité de défendre tout ce qu'il possédait.

6 Épaminondas, général des Thébains, étant sur le point de livrer bataille aux Lacédémoniens, et voulant tirer parti, non seulement de la vigueur, mais encore de toutes les affections de ses soldats, leur annonça en pleine assemblée que les Lacédémoniens avaient résolu, s'ils étaient vainqueurs, de massacrer les hommes à Thèbes, d'emmener comme esclaves les femmes et les enfants, et de raser la ville. Cette nouvelle exaspéra les Thébains, qui, au premier choc, mirent les Lacédémoniens en déroute.

7 Leutychidas, général lacédémonien, étant sur le point de combattre, le jour même que ses alliés[46] gagnaient une bataille navale, déclara à ses soldats, pour leur inspirer plus d'ardeur, et bien qu'il l'ignorât encore, qu'on venait de lui annoncer la victoire des alliés.

8 Dans un combat[47] contre les Latins, A. Postumius, voyant apparaître deux jeunes hommes à cheval, releva le courage des siens en disant que c'étaient Castor et Pollux qui venaient à leur secours, et rétablit ainsi le combat.

9 Archidamus, de Lacédémone, étant en guerre avec les Arcadiens, plaça au milieu de son camp des armes autour desquelles il fit secrètement marcher des chevaux, pendant la nuit. Le lendemain il montra les pas à ses soldats, et leur persuada que Castor et Pollux étaient venus à cheval dans ce lieu pour les soutenir pendant le combat.

10 Périclès, général athénien, aperçut, au moment de livrer bataille, un bois d'où l'on pouvait être en vue des deux armées, bois très épais, vaste et consacré à Pluton. Il y aposta un homme d'une grande taille, augmentée encore par de très hauts cothurnes, et dont le manteau de pourpre et la chevelure inspiraient de la vénération. Debout sur un char attelé de chevaux blancs, cet homme devait, au signal du combat, s'avancer, appeler Périclès par son nom, l'encourager, et lui annoncer que les dieux étaient du côté des Athéniens. À la vue de ce prodige, les ennemis prirent la fuite avant même qu'on lançât le javelot.

11 L. Sylla, voulant inspirer du courage à ses troupes, leur fit croire que les dieux lui révélaient l'avenir. En présence même de toute l'armée, et au moment de sortir du camp pour combattre, il adressait des prières à une petite statue, qu'il avait enlevée à Delphes, et la suppliait de hâter la victoire qu'elle lui avait promise.

12 C. Marius avait auprès de lui une prophétesse[48] de Syrie, dont il feignait de recevoir les prédictions sur l'issue des combats.

13 Q. Sertorius, qui avait une armée de barbares, sans raison et sans discipline, menait à sa suite, dans la Lusitanie, une biche blanche d'une beauté remarquable; et, afin que ses ordres fussent observés comme s'ils émanaient du ciel, il assurait que cette biche l'avertissait de ce qu'il devait, faire et de ce qu'il devait éviter.

Les ruses de ce genre ne peuvent être employées que lorsqu'on connaît l'ignorance et la superstition des hommes auxquels on s'adresse; mais il est bien préférable d'en imaginer qui soient de nature à pouvoir être prises réellement pour des manifestations divines.

14 Alexandre le Grand, au moment d'offrir un sacrifice, se servit d'une teinture pour tracer dans la main que l'aruspice allait porter sur les entrailles des victimes, certaines lettres qui signifiaient qu'il serait vainqueur. Le foie, encore chaud, ayant reçu promptement ces caractères, Alexandre les fit voir aux soldats, et accrut par là leur courage, comme si un dieu lui eût promis la victoire.

15 L'aruspice Sudinès en fit autant, lorsqu'Eumène était sur le point de livrer bataille aux Gaulois.

16 Épaminondas, général thébain, persuadé que ses troupes marcheraient avec plus de confiance contre les Lacédémoniens, si un motif religieux les animait, enleva pendant la nuit les armes suspendues en trophées dans les temples, et fit entendre aux soldats que les dieux les suivaient pour les secourir dans le combat.

17 Agésilas, roi de Lacédémone, ayant fait quelques prisonniers aux Perses, dont l'aspect est effrayant quand ils ont leur costume de guerre, les mit à nu, et montra leurs corps blancs et délicats à ses troupes, afin qu'elles n'eussent que du mépris pour de pareils soldats.

18 Gélon, tyran de Syracuse, ayant fait dans une guerre contre les Carthaginois, un grand nombre de prisonniers, choisit les plus faibles, surtout parmi les auxiliaires, qui étaient très noirs, et les fit paraître nus en présence de ses soldats, pour exciter leur mépris.

19 Cyrus, roi de Perse, voulant donner du courage à ses sujets, les fatigua toute une journée à couper une forêt; puis, le lendemain, il leur fit préparer un festin somptueux, et leur demanda laquelle de ces deux journées ils préféraient. Tous s'étant prononcés pour le plaisir présent: «Eh bien, dit-il, c'est par la première des deux conditions que vous parviendrez à celle- ci; car vous ne pouvez être libres et heureux qu'après avoir vaincu les Mèdes.» Ce fut ainsi qu'il leur inspira le désir de combattre.

20 L. Sylla, devant livrer bataille, près du Pirée, à Archelaùs, général de Mithridate, et voyant que ses troupes manquaient d'ardeur, les contraignit, en les fatiguant par des travaux, à demander elles-mêmes le signal du combat.

21 Fabius Maximus, qui craignait que ses soldats ne combattissent pas avec assez d'ardeur, dans l'espoir de trouver un refuge sur leurs vaisseaux, y fît mettre le feu avant d'engager l'action.

XII. Rassurer les soldats, quand ils sont intimidés par de mauvais présages.

1 Scipion, arrivant d'Italie en Afrique avec son armée, tomba au sortir de son vaisseau, et, voyant ses soldats effrayés de cet événement, sut, par son courage et sa présence d'esprit, trouver dans cette circonstance un motif d'exhortation: «Soldats, s'écria- t-il, réjouissez-vous: je tiens sous moi l'Afrique!»

2 C. César, étant tombé au moment où il montait sur son navire, s'écria: «Ô terre, ma mère, je te tiens!»[49] voulant faire entendre par là qu'il reviendrait dans ce pays dont il s'éloignait.

3 Le consul T. Sempronius Gracchus[50] s'avançait en bataille contre les Picentins, lorsqu'un tremblement terre jeta tout à coup l'épouvante dans les deux armées. Il exhorta les siens, les rassura; et, les ayant déterminés à fondre sur l'ennemi, que la superstition tenait abattu, il donna l'attaque, et fut vainqueur.

4 Dans l'armée de Sertorius, les boucliers de la cavalerie, par un prodige soudain, parurent ensanglantés à l'extérieur, ainsi que le poitrail des chevaux. Ce général déclara que c'était un présage de victoire, parce que ces objets se couvrent ordinairement du sang de l'ennemi.

5 Épaminondas, voyant ses troupes effrayées de ce qu'une banderole, qui était suspendue à sa lance comme ornement, avait été enlevée par le vent et jetée sur le tombeau d'un Lacédémonien, leur dit: «Soldats, cessez de craindre; voilà qui annonce la mort des Lacédémoniens: nous parons les tombeaux pour leurs funérailles.»

6 Un météore enflammé, tombé du ciel pendant la nuit, effrayait les soldats qui l'avaient aperçu: «C'est, leur dit Épaminondas, une lumière que la bonté des dieux nous envoie.»

7 Le même général était au moment d'en venir aux mains avec les Lacédémoniens, lorsque le siège sur lequel il était assis se brisa, ce qui fut, pour le commun des soldats, un événement de sinistre présage: «Allons, s'écria-t-il, nous ne pouvons plus rester assis.»

8 C. Sulpicius Gallus, craignant qu'une éclipse, qui était prochaine, ne fût considérée par les soldats comme un mauvais présage, la leur prédit[51], et leur expliqua les causes et les lois de ce phénomène.

9 Pendant qu'Agathocle, de Syracuse, faisait la guerre aux Carthaginois, il y eut une semblable éclipse de lune[52], dont les soldats furent effrayés comme d'un prodige, il leur expliqua cet événement, et leur apprit à le considérer, quel qu'il fût, comme un phénomène naturel, qui n'avait aucun rapport avec leurs desseins.

10 La foudre était tombée dans le camp de Périclès et avait effrayé ses soldats. Il convoqua l'assemblée, puis, en présence de tous, il choqua des pierres l'une contre l'autre, en fit jaillir du feu, et mit fin à l'épouvante, en montrant que la foudre s'élance de la même manière du sein des nuages en conflit.

11 Timothée, général athénien, était sur le point d'engager un combat naval avec les Corcyréens[53], et déjà sa flotte se mettait en mouvement, lorsque son pilote donna le signal de la retraite, pour avoir entendu un des rameurs éternuer: «Tu es étonné, lui dit Timothée, que parmi tant de milliers d'hommes, il y en ait un qui soit enrhumé?»

12 Un autre Athénien, Chabrias, vit, au moment de combattre sur mer, la foudre tomber devant son navire, ce qui fut un prodige effrayant aux yeux de ses soldats: «Profitons de cet instant, leur dit-il, pour commencer le combat: car Jupiter, le plus grand des dieux, nous montre que sa puissance vient au secours de notre flotte.»

LIVRE SECOND.

PRÉFACE.

Après avoir mis en ordre, dans le premier livre, les exemples qui peuvent, à mon avis, éclairer un général sur ce qu'il doit faire avant le combat, je vais donner maintenant ceux qui se rapportent à l'action elle-même, et enfin ceux qui en concernent les suites.

Les exemples relatifs au combat se divisent comme il suit:

Chapitres

I Choisir le moment pour combattre.

II Choisir le lieu pour le combat.

III De l'ordre de bataille.

IV Déconcerter les dispositions de l'armée ennemie.

V Des embûches.

VI Laisser fuir l'ennemi, de peur que, se voyant enfermé, il ne rétablisse le combat par désespoir.

VII Cacher les événements fâcheux.

VIII Rétablir le combat par un acte de fermeté.

Voici maintenant, selon moi, ce qu'il convient de faire après le combat:

IX Si les débuts de la guerre ont été heureux, il faut achever la victoire.

X Si l'on a essuyé des revers, il faut y remédier.

XI Maintenir dans le devoir ceux dont la fidélité est douteuse.

XII Ce qu'il faut faire pour la défense du camp, lorsqu'on n'a pas assez de confiance en ses forces.

XIII De la retraite.

I. Choisir le moment pour combattre.

1 P. Scipion, en Espagne, ayant appris qu'Hasdrubal, général des Carthaginois, s'avançait contre lui en bataille, dès le matin, avec des troupes qui étaient à jeun, retint les siennes dans le camp jusqu'à la septième heure, leur fit prendre du repos et de la nourriture; puis, quand l'ennemi, pressé par la faim et la soif, et fatigué d'avoir été longtemps sous les armes, se mit à regagner son camp, Scipion fit tout à coup sortir son armée[54], engagea le combat, et remporta la victoire.

2 Metellus Pius, ayant affaire à Hirtuleius, en Espagne, et voyant que celui-ci s'était approché de ses retranchements dès la pointe du jour, avec son armée rangée en bataille, dans le temps le plus chaud de l'été, se tint renfermé dans le camp jusqu'à la sixième heure du jour; et, avec ses troupes ainsi ménagées et fraîches, il défît aisément un ennemi que l'ardeur du soleil avait abattu.

3 Le même chef, après avoir combiné ses forces avec celles de Pompée contre Sertorius, en Espagne, avait souvent offert la bataille à ce dernier, qui la refusait parce qu'il se croyait trop faible contre deux. Quelque temps après, s'étant aperçu que les soldats de Sertorius manifestaient un violent désir de combattre élevant les bras et agitant leurs lances, il pensa qu'il ne devait pas, pour le moment, s'exposer à tant d'ardeur: il fit retirer ses troupes, et conseilla à Pompée d'en faire autant.

4 Le consul Postumius avait, en Sicile, son camp à trois milles de celui des Carthaginois, et chaque jour les généraux ennemis se présentaient avec leur armée jusque sous ses retranchements, dont il leur défendait l'approche en ne leur opposant jamais que de faibles détachements. Déjà cette habitude excitait le mépris des Carthaginois, lorsque Postumius, retenant au camp ses troupes reposées et prêtes à combattre, soutint comme auparavant, avec un petit nombre de soldats, l'incursion des ennemis, et les arrêta même plus longtemps qu'à l'ordinaire. Puis, au moment où ceux-ci, fatigués et pressés par la faim, commençaient à se retirer, vers la sixième heure, le consul, avec ses troupes fraîches, mit en déroute cette armée déjà épuisée, comme nous l'avons dit.

5 Iphicrate, général athénien, étant informé que les ennemis prenaient leur repas tous les jours à la même heure, ordonna à ses troupes d'avancer le leur, puis il les rangea en bataille. Il prit ainsi l'ennemi à jeun, et le tint en échec sans engager le combat, et sans lui permettre de se retirer. Enfin, au déclin du jour, il fit rentrer ses troupes, mais les retint sous les armes. Les ennemis, fatigués d'avoir été sur pied, et souffrant de la faim, coururent aussitôt prendre du repos et de la nourriture; et, au moment où ils n'étaient plus sur leurs gardes, Iphicrate sortit de nouveau, et alla les surprendre dans leur camp.

6 Le même, faisant la guerre aux Lacédémoniens, avait depuis plusieurs jours son camp tout près du leur, et les deux armées allaient habituellement, à de certaines heures, chercher du fourrage et du bois. Il y envoya un jour les esclaves, ainsi que les valets d'armée, déguisés eu soldats, et retint les soldats dans ses retranchements. Lorsque les ennemis se furent dispersés pour faire de semblables approvisionnements, il s'empara de leur camp; et tandis que, sans armes et chargés de fardeaux, ils revenaient attirés par le bruit, il les tua ou les prit facilement.

7 Le consul Virginius, dans la guerre contre les Volsques, voyant ceux-ci fondre sur lui de loin et en confusion, ordonna à ses soldats de s'arrêter et de tenir le javelot en terre. Les Volsques, arrivant hors d'haleine, furent bientôt mis en déroute par les troupes reposées du consul.

8 Fabius Maximus, sachant que les Gaulois et les Samnites[55] excellaient au premier choc, tandis que le courage de ses soldats était infatigable, et s'échauffait même dans la durée du combat, prescrivit à ceux-ci de se borner à soutenir la première attaque, et de fatiguer l'ennemi en traînant l'action en longueur. Ce moyen ayant réussi, il fit avancer les réserves; et, reprenant l'offensive avec toutes ses forces, il mit en fuite l'ennemi dès la première charge.

9 À la bataille de Chéronée, Philippe, se rappelant qu'il avait des troupes endurcies par une longue expérience de la guerre, tandis que celles des Athéniens, braves mais peu exercées, n'avaient de force que dans la première attaque, fit à dessein prolonger le combat; et, aussitôt qu'il vit les Athéniens se ralentir, il fondit sur eux avec plus de vigueur, il les tailla en pièces.

10 Les Lacédémoniens, avertis par des espions que les Messéniens étaient enflammés de fureur, à tel point qu'ils descendaient dans la plaine pour livrer bataille, suivis de leurs femmes et de leurs enfants, différèrent d'en venir aux mains.

11 Pendant, la guerre civile. C. César tenait l'armée d'Afranius et de Petreius assiégée, sans qu'elle pût avoir de l'eau. Exaspérée dans sa détresse, elle avait tué toutes ses bêtes de charge, et était descendue dans la plaine pour offrir la bataille. César retint ses troupes, jugeant défavorable le moment où l'ennemi était poussé par la colère et par le désespoir.

12 Cn. Pompée, voulant faire accepter la bataille à Mithridate, qui fuyait devant lui, choisit la nuit pour lui couper la retraite et pour combattre. Il fit à cet effet ses dispositions, et mit tout à coup l'en nemi dans la nécessité d'en venir aux mains. Il eut même la précaution de disposer ses troupes de manière que celles du roi de Pont fussent éblouies par la clarté de la lune, qu'elles avaient en face, et qui les faisait voir à découvert.