Les stratagèmes

Chapter 12

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25 Après la bataille de Thrasymène, qui fut si désastreuse pour les Romains, six mille hommes s'étant rendus à Hannibal par une capitulation, il renvoya généreusement dans leurs villes les alliés latins, en leur disant qu'il ne faisait la guerre que dans le but de rendre la liberté à l'Italie[137]: ce moyen lui valut, par leur intervention, la soumission de quelques peuples.

26 Pendant que Cincius, chef de la flotte romaine, assiégeait Locres, Magon répandit le bruit dans notre camp que Marcellus était tué; qu'Hannibal arrivait pour faire lever le siège; et bientôt après des cavaliers, qu'il avait fait sortir secrètement de la place, vinrent se montrer sur les hauteurs qui étaient en vue des remparts. Cet artifice réussit: Cincius, persuadé que c'était Hannibal qui venait, se rembarqua et prit la fuite.

27 Scipion Émilien, au siège de Numance, plaça des archers et des frondeurs, non seulement dans les intervalles des cohortes, mais encore entre les centuries[138].

28 Pélopidas, général thébain, mis en fuite par les Thessaliens, franchit une rivière à l'aide d'un pont volant, qu'il fit brûler ensuite par son arrière-garde, pour ne pas laisser le même moyen de passage à l'ennemi qui le poursuivait.

29 La cavalerie romaine ne pouvant nullement tenir tête à celle des Campaniens, Q. Névius, centurion de l'armée du proconsul Fulvius Flaccus, imagina de choisir dans toutes les troupes les soldats de petite taille qui paraissaient les plus agiles, de les armer de boucliers courts, de casques légers, d'épées, et de sept javelots longs de quatre pieds environ, de les mettre en croupe derrière les cavaliers, et de les faire avancer jusqu'aux murailles[139], où, mettant pied à terre, ils devaient combattre la cavalerie ennemie. Cette manoeuvre fit beaucoup de mal aux Campaniens, surtout à leurs chevaux, qui furent mis en désordre, et notre armée remporta facilement la victoire.

30 P. Scipion, en Lydie, voyant qu'une pluie qui était tombée jour et nuit avait incommodé l'armée d'Antiochus, au point que, non seulement les hommes et les chevaux n'avaient plus de forces, mais encore que les arcs, dont les cordes étaient mouillées, devenaient inutiles, engagea son frère à livrer le combat le lendemain, quoique ce fût un jour néfaste. La victoire fut le résultat de cet avis[140].

31 Pendant que Caton ravageait l'Espagne, une députation des Ilergètes, peuple allié des Romains, vint lui demander du secours. Ne voulant ni les mécontenter par un refus, ni affaiblir ses forces en les divisant, il ordonna au tiers de ses soldats de prendre des vivres et de s'embarquer, mais avec la recommandation expresse de revenir sur leurs pas, en prétextant que les vents étaient contraires. Pendant ce temps, la nouvelle que du secours arrivait rendit le courage aux Ilergètes, et renversa les projets de leurs ennemis.

32 C. César, voyant qu'il y avait dans l'armée de Pompée un grand nombre de chevaliers romains qui, par leur habileté à manier les armes, lui tuaient beaucoup de monde, ordonna à ses troupes de leur porter des coups d'épée au visage et dans les yeux. Il réussit par ce moyen à leur faire prendre la fuite.

33 Les Vaccéens, pressés dans un combat par Sempronius Gracchus, formèrent autour d'eux une enceinte de chariots, dans lesquels ils placèrent leurs meilleurs soldats habillés en femmes. Sempronius, croyant n'avoir affaire qu'à des femmes, s'avança témérairement pour les envelopper; mais ceux qui étaient sur les chariots reprirent l'offensive, et mirent ses troupes en fuite.

34 Eumène, de Cardie, un des successeurs d'Alexandre, étant assiégé dans un château où il ne pouvait exercer ses chevaux, avait soin, chaque jour, et aux mêmes heures, de les suspendre de telle manière, que, appuyés sur leurs pieds de derrière, et ayant en l'air ceux de devant, ils s'agitaient violemment en tout sens, et se mettaient en sueur pour reprendre leur position naturelle.

35 M. Caton, à qui des barbares s'engageaient à fournir des guides, et même des renforts, pourvu qu'on leur donnât une somme considérable, n'hésita point à la promettre, parce que, s'ils étaient vainqueurs, il pouvait les payer avec le butin fait sur l'ennemi, et que, s'ils périssaient dans le combat, il était dégagé de sa promesse.

36 Statilius, cavalier recommandable par ses services, se disposant à passer du côté de l'ennemi, Q. Fabius Maximus le fit appeler, et, après lui avoir dit, par forme d'excuse, que la jalousie de ses camarades lui avait laissé jusqu'alors ignorer son mérite, lui fit présent d'un cheval et d'une somme d'argent. Cet homme, que le sentiment de ses torts avait amené tremblant, sortit plein de joie; et, de chancelant, il devint dès lors aussi fidèle qu'il était brave.

37 Philippe, ayant appris qu'un certain Pythias, excellent guerrier, était devenu son ennemi, parce que, dans sa pauvreté, ayant peine à nourrir ses trois filles, il ne recevait de ce roi aucun subside, répondit à ceux qui lui conseillaient de se défaire de cet homme: «Quoi! si un de mes membres était malade, le couperais-je plutôt que de le guérir?» Ensuite il fit venir secrètement ce Pythias, le reçut avec bonté; et, après lui avoir fait exposer l'état malheureux de ses affaires, il lui donna de l'argent, et le rendit par là plus fidèle et plus dévoué qu'il n'était avant qu'il eût à se plaindre.

38 Après le malheureux combat contre les Carthaginois, où Marcellus perdit la vie, T. Quinctius Crispinus, ayant appris que l'anneau de son collègue était entre les mains d'Hannibal, informa toutes les villes d'Italie qu'elles avaient à se défier des lettres qu'elles recevraient sous le sceau de Marcellus. Cette précaution fit échouer les tentatives d'Hannibal à Salapie et dans d'autres villes.

39 Après le désastre de Cannes, le courage des Romains était tellement abattu, qu'une grande partie des débris de l'armée, entraînée par plusieurs citoyens des premières familles, formait la résolution de quitter l'Italie. F. Scipion, encore très jeune, accourut, et, dans l'assemblée même où l'on délibérait, déclara qu'il allait tuer de sa propre main quiconque ne jurerait pas de ne point abandonner la république. Après avoir lui-même prononcé le serment, il tira son épée, menaça d'immoler un de ceux qui étaient le plus près de lui, s'il n'en faisait autant, et força celui-ci par la crainte, les autres par l'exemple, à prendre le même engagement.

40 Les Volsques étant campés dans un lieu environné de broussailles et de bois, Camille incendia tout ce qui pouvait porter la flamme jusqu'à leurs retranchements, et les obligea ainsi d'abandonner le camp.

41 Pendant la guerre Sociale, P. Crassus fut surpris de la même manière avec toute son armée.

42 En Espagne, Q. Metellus étant sur le point de lever son camp, et ses soldats se tenant renfermés dans l'intérieur des retranchements, Hermocrate profita de leur inaction pour ne les faire attaquer que le lendemain par ses troupes, alors plus capables de combattre, et termina ainsi la guerre[141].

43. Miltiade, ayant défait à Marathon une multitude innombrable de Perses, et voyant que les soldats athéniens perdaient le temps à recevoir des félicitations, les fit marcher à la hâte au secours de leur ville, vers laquelle se dirigeait la flotte ennemie. Quand il y fut accouru, et qu'il eut garni les murs de défenseurs, les Perses, croyant que le nombre des Athéniens était considérable, et que l'armée qui avait combattu à Marathon était différente de celle qu'on voyait sur les remparts, revirèrent de bord sur-le- champ et regagnèrent l'Asie.

44 Pisistrate, général athénien, ayant pris la flotte des Mégariens, qui avait débarqué près d'Éleusis, pendant la nuit, pour enlever des femmes d'Athènes occupées à célébrer les fêtes de Cérès, vengea ses concitoyens par un grand massacre des ennemis, et remplit de soldats athéniens les vaisseaux capturés, sur lesquels il mit en vue quelques femmes qui semblaient être des captives. Les Mégariens, trompés par cette apparence, et persuadés que leurs compagnons revenaient avec le fruit de leur entreprise, s'avancèrent à leur rencontre en désordre et sans armes, et furent eux-mêmes taillés en pièces.

45 Cimon, général athénien, ayant battu la flotte des Perses près de l'île de Chypre, revêtit ses soldats des dépouilles des prisonniers; et, avec les vaisseaux mêmes des barbares, il fit voile pour la Pamphylie, et aborda près du fleuve Eurymédon. Les Perses, reconnaissant leurs navires et le costume de ceux qui les montaient, ne se méfièrent de rien; mais, soudainement attaqués par Cimon, ils furent ainsi défaits le même jour sur terre et sur mer.

[1] Tacite, Hist. Lib. IV, c.39. [2] Vie de Domitien [3] Tacite, Vie d'Agricola, ch. VIII & IX [4] Vie d'Agricola, ch. XVII [5] Plinius Jun., lib. IV, ep. 8. [6] Liv. IX, lett. 19. [7] Hist. abr. de la litt. rom., L. II, p. 454 [8] Daunou, Cours d'études d'hist., t.1er, p. 431 [9] Essai sur l'hist. de l'art militaire, t. 1er, p. 288. [10] Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, t. iv, p. 839. [11] Le texte de M. Naudet porte Néron, sans doute par la faute du typographe. [12] Avant d'écrire ce recueil de stratagèmes, où tout est pratique, Frontin avait publié des ouvrages purement théoriques sur l'art militaire. [13] Opérations de stratégie et de tactique, en général [14] Stratagèmes, ruses de guerre proprement dites. [15] Plutarque (Vie de Caton le Censeur, ch. X) porte à quatre cents le nombre des villes que soumit Caton en Espagne. Tite-Live, après avoir rapporté ce fait, avec le détail de toutes les circonstances qui l'ont amené, ajoute (liv. XXXIV ch. 17) que le consul marcha contre les villes qui refusaient d'obéir, et qu'il fut même obligé d'assiéger Segestica, ville riche et importante, qu'il prit d'assaut. Polyen a compris ce même fait dans son recueil de stratagèmes (liv. VIII, ch. 17). Voyez aussi Polybe, Fragments, liv. XIX ; et Aurelius Victor, qui a reproduit presque littéralement le texte de Frontin (Hommes illustres, ch. XLVII). [16] Selon Diodore de Sicile (liv. XIV, ch. 55), le point de ralliement indiqué par Himilcon était Panorme, aujourd'hui Palerme. Cet usage des ordres cachetés, maintenant encore en vigueur dans la marine, était familier aux généraux de l'antiquité. [17] C. Lélius était envoyé par Scipion. Celui-ci, après avoir fait reconnaître le camp de Syphax, parvint à l'incendier pendant la nuit, ce qui mit un tel désordre dans l'armée ennemie, que le fer et le feu détruisirent quarante mille hommes. Voyez Tite-Live, liv. XXX, ch. 3-6 ; et Polybe, liv. XIV, fragment 2. [18] Gabies, ville du Latium et colonie d'Albe. Elle était déjà en ruines du temps d'Auguste.

Les détails de cet odieux artifice des deux Tarquins sont dans Tite-Live, liv. I, ch. 24. Voyez aussi Florus, liv. I. ch. 7 ; Valère-Maxime, liv. VII, ch. 4 ; Denys d'Halicarnasse, liv. IV, ch. 54 ; Ovide, Fastes, liv. II, v. 686 à 711.

Diogène Laërce rapporte que Thrasybule, tyran de Milet, donna un conseil du même genre à Périandre, tyran de Corinthe, dans les termes suivants :

THRASYBULE À PÉRIANDRE.

« Je n'ai fait aucune réponse aux questions de votre héraut ; mais, l'ayant mené dans un champ, j'abattis à coups de bâton, pendant qu'il me suivait, ceux des épis qui dépassaient les autres. Si vous l'interrogez, il vous dira ce qu'il a vu et entendu. Imitez-moi donc, si vous voulez conserver votre autorité ; faites périr les premiers de la ville, qu'ils soient, ou non, vos ennemis. L'ami même d'un tyran doit lui être suspect. » [19] Zeugma. Ville de Syrie, fondée par Seleucus 1er, ainsi appelée « joindre », parce que, bâtie sur l'Euphrate, elle était le point de communication entre la Syrie et la Babylonie. [20] Hasdrubal s'aperçut en effet, mais trop tard, de la réunion des consuls. On ne doit donc pas prendre à la lettre cette dernière phrase de Frontin. Voyez le § 9 du chapitre suivant, et surtout le beau récit de Tite-Live, liv. XXVII, ch. 43-50.

« Quand on marche à la conquête d'un pays avec deux ou trois armées qui ont chacune leur ligne d'opération jusqu'à un point fixe où elles doivent se réunir, il est de principe que la réunion de ces divers corps d'armée ne doit jamais se faire près de l'ennemi, parce que non seulement l'ennemi, en concentrant ses forces, peut empêcher leur jonction, mais encore il peut les battre séparément. » (Napoléon.) [21] Il y a ici une grave erreur. Lors de ce voyage de Thémistocle à Sparte, en 478 avant J.-C., les murailles d'Athènes avaient été détruites par les Perses ; et c'est soixante-quatorze ans plus tard, après la bataille d Ægos- Potamos, que les Spartiates exigèrent la nouvelle démolition de ces remparts. Cf. Cornélius Nepos, Vie de Thémistocle, ch. VI ; et Vie de Conon, ch. IV. [22] La plupart des historiens attribuent ce mot à Metellus Macedonicus, qui vivait longtemps avant Metellus Pius. [23] Plutarque (Vie de Demetrius, ch. XXVIII) rapporte un mot semblable d'Antigone. Son fils Demetrius lui demandait quand on décamperait : « Crains-tu, répondit-il avec l'accent de la colère, d'être le seul qui n'entende pas la trompette ? » [24] Le maréchal de Luxembourg avait un espion auprès du roi Guillaume, et était instruit de tout ce qui se passait dans l'armée ennemie. Le roi s'en aperçut, et obligea l'espion à donner un faux avis, qui faillit perdre l'armée française à Steinkerque ; mais le génie et le courage de Luxembourg triomphèrent de celle difficulté. [25] De constituendo statu belli. Les modernes disent de même constituer la guerre, ce qui équivaut à se faire un plan d'opérations.

Les principes résultant de l'expérience de tous les temps se résument en ces mots : « Un plan de campagne doit avoir prévu tout ce que l'ennemi peut faire, et contenir en lui-même les moyens de le déjouer. Les plans de campagne se modifient à l'infini, selon les circonstances, le génie du chef, la nature des troupes, et la topographie du théâtre de la guerre. » (Napoléon.) [26] Il y a ici une erreur historique que l'on peut rectifier, en transportant cet exemple après le § 9. Périclès u'a jamais conseille aux Athéniens d'abandonner leur ville, et d'envoyer ailleurs leurs femmes et leurs enfants. Mais, ainsi qu'on le voit dans Thucydide (liv. II), Périclès, au moment où les Spartiates ravageaient l'Attique, s'embarqua avec des troupes athéniennes, alla dévaster le territoire des Lacédémoniens, et les força ainsi à revenir défendre leurs possessions. [27] Nudaverat. Domitien fit probablement couper ou incendier les forêts qui servaient de retraite aux Germains : c'est, du moins, l'opinion des commentateurs. [28] Il s'agit sans doute de Philippe, fils de Demetrius, qui fit la guerre aux Étoliens. Voyez Tite-Live, liv. XXVIII, ch. 7. [29] Selon Quinte-Curce (liv. VIII, ch. 13) et Arrien (liv. V, ch. 2), ce fait s'accomplit, ainsi que le précédent, sur l'Hydaspe, et non sur l'Indus. Plutarque, dans la Vie d'Alexandre, parle d'une lettre de ce roi, qui lui-même rend compte du passage de l'Hydaspe, et ne fait nulle mention de l'Indus. Au reste, ces erreurs ne sont pas rares dans Frontin, surtout quand il sort de l'histoire romaine.

Des stratagèmes semblables ont été pratiqués par Gustave-Adolphe pour passer le Lech, que gardaient les Impériaux, et par Charles XII, qui franchit la Bérézina en marchant contre les Moscovites. [30] Les commentateurs pensent qu'il s'agit ici, non du détroit de Cyanée, mais de celui d'Abydos. Selon Polyen (liv. IV, ch. 2, § 8), Philippe aurait employé cette ruse lors d'une expédition qu'il fit dans le pays d'Amphisse. [31] Frontin fait encore ici erreur. Pendant le consulat de Duilius, Syracuse avait pour roi Hiéron, allié et ami des Romains. Il est plutôt question du port de Segeste, comme le conjecturent la plupart des critiques. Cf. Polybe, liv. I.

En 1560, Montgomery, fuyant sur la Seine, après la prise de Rouen, franchit de la même manière une estacade que l'on avait établie sur le fleuve, pour empêcher l'approche des bâtiments anglais. [32] Cet acte de dévouement de Calpurnius Flaima est rapporté par Florus, liv. II. 2. Tite-Live (liv. XXII, ch. 60), faisant le rapprochement de cette noble conduite et de celle de P. Decius, attribue à Flamma ces paroles ; « Moriamur, milites, et morte nostra eripiamus ex obsidione circumventas legiones. »

Kléber, avec quatre mille hommes, avait attaqué vingt-cinq mille Vendéens. Se voyant débordé par l'ennemi, il dit au colonel Shouadin : « Prends une compagnie de grenadiers, arrête l'ennemi devant ce ravin : tu te feras tuer, et tu sauveras l'armée. - Oui, général, » répond l'officier ; et il périt avec tous ses hommes.

Ces faits rappellent celui de Léonidas et des trois cents Spartiates. [33] Selon le récit de Plutarque, Crassus enferma Spartacus dans la presqu'île de Rhegium, en tirant à l'isthme, d'une mer à l'autre, un fossé de trois cents stades de longueur, sur une largeur et une profondeur de quinze pieds, et Spartacus s'échappa en comblant une partie du fossé avec de la terre, des branches d'arbres, etc. ; mais le biographe ne fait aucune mention des prisonniers que ce général, au dire de Frontin, aurait mis à mort pour faire passer son armée sur leurs cadavres. (Vie de Crassus, ch. XIII.) [34] Darius, sur le conseil de Gobrias, un des grands qui le suivaient, laissa non seulement les ânes dans son camp, mais encore les malades et toute la partie de son armée la moins capable de supporter les fatigues (Hérodote, liv. IV, ch. 134 et 135). Cf. Polyen, Liv. VII, ch. 11, § 4 ; et Justin, liv. II, ch. 5. [35] Ce fait est raconté par Tite-Live (liv. XXII, ch. 16 et 17), par Polybe (liv. III, ch. 93), par Plutarque (Vie de Fabius, ch. VI), par Cornélius Nepos (Vie d'Hannibal, ch. V). Il a été de nos jours taxé d'invraisemblance, et appelé le conte des boeufs ardents. [36] Tite-Live (liv. XXIII, ch. 24) fait le récit de ce stratagème. La forêt Litana était située aux confins de l'Etrurie et de la Ligurie. [37] Metellus avait pris ces éléphants aux Carthaginois dans le combat livré sous les murs de Panorme. [38] Il s'agit ici du passage du Rhône. Tite-Live, tout en rapportant le fait (liv. XXI, ch. 28), semble peu y croire, et pense que les éléphants passèrent plutôt sur des radeaux. [39] De distringendis hostibus. Il y a dans ce chapitre des exemples qui ne répondent pas bien au titre, quelque extension qu'on donne au mot distringendis. [40] « Le plus sûr moyen de diviser les forces de l'ennemi, dit Machiavel (Art de la guerre, liv. VI), est d'attaquer son pays ; il sera forcé d'aller le défendre, et d'abandonner ainsi le théâtre de la guerre. C'est le parti que prit Fabius, qui avait à soutenir les forces réunies des Gaulois, des Étrusques, des Ombriens et des Samnites. » [41] Tite-Live rend compte de ce fait (liv. XXXV, ch. 14), et rapporte un entretien qu'aurait eu Hannibal avec son vainqueur, P. Scipion l'Africain, qui faisait partie de l'ambassade. Cf. Cornélius Nepos, Vie d'Hannibal, ch. VII- VIII. [42] Machiavel fait allusion (Art de la guerre, liv. VI) aux deux derniers exemples de ce chapitre, en les généralisant comme des préceptes souvent applicables. [43] Qui est coupé de monts, de hauteurs (Littré) [44] Machiavel (Art de la guerre, liv. VI) s'est encore emparé de ce récit pour en faire un précepte : « Un point bien important pour un général, dit-il, c'est de savoir habilement étouffer un tumulte ou une sédition qui se serait élevée parmi ses troupes. Il faut, pour cet effet, châtier les chefs des coupables, mais avec une telle promptitude, que le châtiment soit tombé sur leur tête avant qu'ils aient eu le temps de s'en douter. S'ils sont éloignés de vous, vous manderez en votre présence non seulement les coupables, mais le corps entier, afin que, n'ayant pas lieu de croire que ce soit dans l'intention de les châtier, ils ne cherchent pas à s'échapper, et viennent, au contraire, d'eux-mêmes se présenter à la peine. » [45] Ce n'est pas Fabius qui envoya l'ambassade, mais il en fit partie, et montra au milieu des sénateurs carthaginois toute l'énergie d'un Romain. Voyez Tite-Live, liv. XXI, Ch. l8 ; Polybe, liv. III, Ch. 2. [46] Quelques éditions portent Xerxem. J'ai suivi la leçon d'Oudendorp et de Schwebel, qui ont reculé devant l'accord des manuscrits, en imputant à Frontin l'erreur historique qui frappe ici dans le texte. Leutychidas était sur mer, et ce fut lui qui remporta, à Mycale, la victoire attribuée par Frontin aux alliés. De leur côte, ceux-ci, sous le commandement de Pausanias, gagnèrent la bataille de Platée. Voyez Hérodote, liv. IX, ch. 58 et suiv. ; Justin, liv. II, ch. i4 ; Cornelius Nepos, Vie de Pausanias, ch. I, et Vie d'Aristide, ch. II. [47] Il s'agit du combat que se livrèrent Postumius et Mallius, ou Mamilius, près du lac Régille. Tite Live, qui donne le récit du combat (liv. II, ch. 19 et 20), ne parle point de cette apparition merveilleuse. [48] On trouve dans Plutarque (Vie de Marius, ch. XVII) des détails sur cette prophétesse, nommée Martha, et plusieurs faits qui donnent à conclure qu'il y avait chez Marius moins de crédulité que d'adresse à profiter des idées superstitieuses de ses troupes. [49] « Teneo te, terra mater. » Suétone raconte ainsi le fait (Vie de J. César, ch. LIX) : « Prolapsus etiam in egressu navis, verso in melius omine, Teneo te, inquit, Africa. » Des commentateurs ont pensé que Frontin avait confondu ces paroles de César avec celles qu'il attribue à Scipion dans le paragraphe précédent. Il est certain, dans tous les cas, que les mots teneo te ne sont pas dans un rapport bien direct avec l'intention attribuée ici par Frontin à César, de revenir dans le pays d'où il partait. J'ai dû, quant à moi, traduire conformément au texte. [50] Il y a ici une erreur de nom : ce n'est pas T. Sempronius Gracchus, mais P. Sempronius Sophus, qui battit les Picentins, après avoir rassuré ses troupes sur un tremblement de terre. Voyez FLORUS, liv. I, ch. 19. [51] D'après Tite-Live (liv. XLIV, ch. 37), Sulpicius annonça cette éclipse pendant le jour, pour la nuit suivante, en précisant l'heure à laquelle devait commencer le phénomène, et l'instant où il finirait. L'événement ayant été conforme à cette prédiction, les soldats regardèrent la science de Sulpicius comme une inspiration divine. Ce fait s'accomplissait l'an 68 avant notre ère, et, selon Pline (Hist. Nat, liv. 11, ch. 9), Sulpicius Gallus fut le premier Romain qui expliqua la raison des éclipses de soleil et de lune. À une époque beaucoup plus reculée (583 ans avant J.-C.), Thalès de Milet avait prédit l'éclipse de soleil qui eut lieu sous le règne d'Alyatte. [52] Selon Justin (liv. XXII, ch. 6), ce fut une éclipse de soleil ; et Diodore de Sicile, qui affirme la même chose (liv. XX, ch. 5), ajoute que l'obscurité fut assez complète pour que l'on pût, au milieu de la journée, apercevoir les étoiles. [53] Erreur historique. Timothée fut envoyé par les Athéniens, non contre les Corcyréens, mais bien à leur secours, contre les Lacédémoniens, comme le rapporte Diodore de Sicile, liv. XV, ch. 47. Cf. Polyen, liv. VI, ch. 10, § 2.

« Les anciens généraux, dit Machiavel (Art de la guerre, liv. VI) avaient à vaincre une difficulté qui n'existe pas pour les généraux modernes, c'était d'interpréter à leur avantage des présages sinistres. » [54] Il y a dans ce récit une inexactitude. Scipion avait fait sortir des troupes dès la pointe du jour ; mais ce ne fut que vers la septième heure qu'il engagea l'action sur toute sa ligne de bataille. Voyez Tite-Live, liv. XXVIII, ch. 14 et 15.