Les stratagèmes

Chapter 13

Chapter 133,694 wordsPublic domain

Tous les livres de tactique ancienne recommandent de faire prendre le repas aux soldats avant la bataille [55] Les Gaulois étaient venus au secours des Samnites. Ce fut dans cette affaire, racontée par Tite-Live (liv. X, ch. 28 et 29), que Decius, collègue de Fabius, se dévoua d'une manière héroïque. [56] « La bataille contre Arioviste a été donnée dans le mois de septembre, et du côté de Belfort. » (Napoléon.) [57] Il semble que cet artifice doive être plutôt attribué à Titus, qui prit Jérusalem. On peut consulter, pour la pratique du sabbat, Dion Cassius, ch. LXVI ; Tacite. Hist., liv. V, ch. 4 ; Justin, liv. XXXVI, ch. 2.

Si l'on en croit Josèphe, les Juifs avaient depuis longtemps obtenu de leurs chefs la permission de combattre le jour du sabbat, parce que leurs ennemis pouvaient profiter de leur observance scrupuleuse pour les attaquer. [58] Polybe (liv. XVIII, ch. 11) indique l'usage que Pyrrhus faisait de cette phalange, dont on trouve déjà une image du temps d'Homère :

« Les plus braves (des Grecs), rangés en bataille, s'apprêtent à recevoir les Troyens et le divin Hector ; ils se serrent lance contre lance, pavois contre pavois ; le bouclier est uni au bouclier, le casque au casque, le guerrier au guerrier. » [59] Vultarnum. Au lieu de ce mot, il faudrait Aufidum, d'après Tite-Live (liv. XXII, ch. 43-46).

Les inconvénients du soleil, du vent, de la pluie, etc., qui sont l'objet d'une recommandation absolue de la part de Végèce (liv. III, ch. 13), ont paru trop peu importants à plusieurs écrivains modernes. Il y a cependant un grand nombre de faits accomplis dans nos dernières guerre, qui viennent à l'appui de l'ancien précepte : nous n'en citerons qu'un. Pendant la campagne de France, le 27 mars 1814, à Connantray, la cavalerie de la garde russe, profitant d'une giboulée qui fouettait violemment le front de l'armée du duc de Raguse et du duc de Trévise, fit une charge générale, et mit les Français en déroute, en leur prenant vingt-quatre pièces de canon. [60] Les tacticiens ont de tout temps recommandé les stratagèmes de ce genre : Miltiade en donna un exemple à Marathon. Voyez Cornelius Nepos, Vie de Miltiade, ch. V. [61] Ces Ibères étaient sans doute des Espagnols mercenaires au service de Carthage. [62] Cette manière d'attaquer de biais l'ennemi n'est autre chose que ce qu'on nomme aujourd'hui l'ordre oblique. Il consiste à réunir des forces considérables contre un point quelconque de la ligne ennemie, de manière à l'anéantir sur ce point, ou à la couper pour la prendre ensuite en flanc et à revers, s'il est possible. Épaminondas passe pour le premier général qui ait adopté ce système d'attaque, auquel il fut redevable des victoires de Leuctres et de Mantinée. On l'appelle oblique, par opposition à l'ordre parallèle, habituellement suivi dans l'antiquité, mais abandonné aujourd'hui. Il y a plusieurs manières d'employer l'ordre oblique : on peut donner sur un point du front de bataille de l'armée ennemie, ou sur deux points à la fois, comme fit Napoléon à Austerlitz, : ou bien on tentera d'enfoncer le centre et de tourner une aile. C'était la manoeuvre de prédilection de l'empereur, à qui elle réussit pleinement à Wagram. Quelquefois, enfin, on attaque simultanément les deux ailes, en les débordant et en les tournant. C'est ce que firent les armées alliées à Leipzig, dans la désastreuse journée du 18 octobre, contre les Français, dont le nombre, il est vrai, égalait à peine le tiers de celui des ennemis.

Plusieurs écrivains ont attribué à Frédéric l'honneur d'avoir, le premier parmi les modernes, remis en vigueur l'ordre oblique ; mais il est prouvé que plusieurs généraux de Louis XIV, entre autres Turenne et Luxembourg, en avaient déjà fait usage. [63] Il est utile de voir à côté de cette description, celle de Tite-Live, qui est plus complète, liv. XXX, ch. 33.

On sait que telle était l'ordonnance habituelle des légions romaines. « Rien n'est plus ingénieux que cette disposition, dit M. Rocquancourt (Cours complet d'art militaire, t. I, p. 98) ; tout y est calculé, tout y est prévu. D'abord les vélites préludent à l'action, en se portant en avant pour retarder la marche de l'adversaire, découvrir ses intentions, épier ses mouvements, masquer ceux de l'armée, et lui donner le temps de prendre ses mesures. Les soldats de nouvelle levée, les hastaires, combattent en première ligue, sous les yeux de toute l'armée, prête à les applaudir ou à les blâmer. Là il faut faire son devoir ou périr : la fuite est impossible à ceux qui seraient accessibles à la peur. Viennent ensuite les principes, plus avancés en âge et plus aguerris que les précédents : dans un clin d'oeil ils ont pu remplacer ceux-ci ou combattre avec eux, en les recevant dans les intervalles de leurs rangs, ou plutôt en se portant à leur hauteur. Enfin paraît un troisième et dernier moyen pour enchaîner la victoire, ce sont les triaires, vieux guerriers que d'honorables cicatrices font distinguer des deux premières classes. Combien ne doit-on pas admirer la répartition et l'arrangement de ces différents combattants ! » [64] Voici le précepte d'Homère :

« Nestor dispose au premier rang les cavaliers et les chars, et derrière, de nombreux et vaillants fantassins, rempart de l'armée ; entre ces deux lignes il place les plus faibles, afin que, même malgré eux, la nécessité les oblige à combattre. » [65] On trouve le récit bien circonstancié de cette grande bataille dans César, Guerre d'Alexandrie, liv. III, ch. 88 et suiv.

« À Pharsale, César ne perd que deux cents hommes, et Pompée quinze mille. Les mêmes résultats, nous les voyons dans toutes les batailles des anciens, ce qui est sans exemple dans les armées modernes, où la perte en tués et blessés est sans doute plus ou moins forte, mais dans une proportion d'un à trois ; la grande différence entre les pertes du vainqueur et celles du vaincu n'existe surtout que par les prisonniers. Ceci est encore le résultat de la nature des armes. Les armes de jet des anciens faisaient, en général, peu de mal ; les armées s'abordaient tout d'abord à l'arme blanche ; il était donc naturel que le vaincu perdît beaucoup de monde, et le vainqueur très peu. Les armées modernes, quand elles s'abordent, ne le font qu'à la fin de l'action, et lorsque déjà il y a bien du sang de répandu. Il n'y a point de battant ni de battu pendant les trois quarts de la journée ; la perte occasionnée par les armes à feu est à peu près égale des deux côtés. La cavalerie, dans ses charges, offre quelque chose d'analogue à ce qui arrivait aux armées anciennes. Le vaincu perd dans une bien plus grande proportion que le vainqueur, parce que l'escadron qui lâche pied est poursuivi et sabré, et éprouve alors beaucoup de mal sans en faire.

Les armées anciennes, se battant à l'arme blanche, avaient besoin d'être composées d'hommes plus exercés : c'étaient autant de combats singuliers. Une armée composée d'hommes d'une meilleure espèce et de plus anciens soldats, avait nécessairement tout l'avantage ; c'est ainsi qu'un centurion de la dixième légion disait à Scipion, en Afrique : « Donne-moi dix de mes camarades qui sont prisonniers comme moi, fais-nous battre contre une de tes cohortes, et tu verras qui nous sommes. » Ce que ce centurion avançait était vrai. Un soldat moderne qui tiendrait le même langage ne serait qu'un fanfaron. Les armées anciennes approchaient de la chevalerie. Un chevalier armé de pied en cap affrontait un bataillon.

« Les deux armées, à Pharsale, étaient composées de Romains et d'auxiliaires, mais avec cette différence que les Romains de César étaient accoutumés aux guerres du Nord, et ceux de Pompée aux guerres de l'Asie. » (Napoléon.) [66] Pour que le détachement envoyé ainsi à l'avance ne fût pas compromis, il fallait que Marius eût la certitude que les Teutons accepteraient la bataille le lendemain, et qu'ils ne feraient aucun changement à leurs dispositions.

« Il ne faut faire aucun détachement la veille du jour d'une bataille, parce que, dans la nuit, l'état des choses peut changer, soit par des mouvements de retraite de l'ennemi, soit par l'arrivée de grands renforts qui le mettent à même de prendre l'offensive et de rendre funestes les dispositions prématurées que vous avez faites. » (Napoléon.) [67] Cela n'est pas exact. La victoire, qui penchait d'abord du côté des Romains, se déclara enfin pour Pyrrhus. Voyez Plutarque, Vie de Pyrrhus, ch. XIV et suiv. ; Florus, liv. I, ch. 18. [68] Polybe, qui raconte ce fait (liv. I, ch. 39 et 40), dit seulement que les éléphants s'avancèrent sur le bord du fossé. Il est difficile de croire qu'il n'y ait pas erreur de la part de Frontin, à moins que ce fossé n'ait été creusé de manière à donner accès aux éléphants, ce qui est peu probable. Voyez Tite-Live, Suppléments de Freinshemius, liv. XVIII, ch. 52 et suiv. [69] Selon Tite-Live (liv. XL, ch. 31), Fulvius resta dans son camp pour le défendre, et chargea Acilius, un de ses officiers, de surprendre celui des Celtibériens. [70] C'était sur le bord de la Seine. Voyez César, Guerre des Gaules, liv. VII, ch. 58 et suiv. [71] Tite-Live (liv. XXII, ch. 27 et suiv.) donne plus de détails sur ce stratagème, et fait apprécier le beau caractère du dictateur Fabius, ainsi que l'inexpérience présomptueuse de Minutius, et son noble repentir. [72] La ruse la plus familière à Hannibal consistait à cacher des troupes qui devaient tomber sur les derrières de l'ennemi quand l'action serait engagée. À. la bataille de Hohenlinden, le 3 décembre 1800, le général Richepanse recourut à un stratagème semblable, en allant s'embusquer avec une division, et contribua ainsi puissamment à la victoire. Cependant il ne faut pas se dissimuler que cet expédient, en général, présente les plus grands dangers au corps détaché, qui, s'il était aperçu, pourrait être écrasé sans aucun moyen de fuir, attendu qu'il se trouve coupé par sa propre manoeuvre. [73] Il faudrait peut-être lire Pharnapatis, comme on le voit dans Plutarque (Vie d'Antoine, ch. XXXIII). Ce général eut dans ce combat le même sort que Labienus, jeune Romain qui avait pris du service chez les Parthes. Celui-ci était neveu du tribun Labienus, qui abandonna le parti de César pour embrasser celui de Pompée. [74] Aujourd'hui Castel Franco, près de Modène. [75] Ces fuites simulées ont souvent réussi dans l'antiquité, parce qu'alors on ne prenait presque jamais la peine de s'éclairer. Il y en a encore quelques exemples notables dans les temps modernes : ainsi, à la bataille de Lens, le grand Condé sut faire quitter à l'archiduc une position excellente, en l'attirant, par une retraite simulée, dans une plaine où la cavalerie eut bon marché de l'infanterie des Impériaux. [76] Cette odieuse trahison est rapportée, avec quelques détails de plus, par Polyen, liv. I, ch. 19. [77] Il s'agit ici du combat de Leucade. [78] Il s'agit ici de la bataille de Coronée. [79] Ce pont avait été construit, par ordre de Xerxès, sur l'Hellespont, près d'Abydos. Voyez Hérodote, liv. VII, ch. 33-36, et surtout liv. VIII, ch. 109 et 110.

L'historien grec pense que Thémistocle ne laissa la retraite libre aux Perses que pour se ménager l'amitié de Xerxès, et s'assurer un asile chez ce roi, en cas qu'il éprouvât dans la suite quelque disgrâce de la part de ses concitoyens, ce qui arriva en effet. [80] Non usque adperniciem fugientibus instaturns victores. À ce précepte de Pyrrhus on peut ajouter celui-ci : « Clausis ex desperatione crescit audacia : et quum spei nihil est, sumit arma formido. Ideoque Scipionis laudata sententia est, viam hostibus qua fugiant, muniendam. » (Vegetius liv. III ch. 21.)

De là vient sans doute la maxime : « Qu'il faut faire un pont d'or à l'ennemi qui fuit. »

Mais c'est une opinion qui a rencontré depuis longtemps des contradicteurs parmi les plus célèbres tacticiens : « Si Dieu vous donnait la victoire, dit l'empereur Léon (Instit. 14), ne vous arrêtez point à cette mauvaise maxime : Vince, sed ne nimis vincas ; ce serait vous préparer de nouvelles affaires, peut-être des retours fâcheux. Profitez de votre avantage, et poussez l'ennemi jusqu'à sa ruine totale. À la guerre, comme à la chasse, c'est n'avoir rien fait que de ne pas achever ce qui était commencé. »

Montecuculli et le maréchal de Saxe pensaient de même. Ce dernier, blâmant le proverbe du pont d'or, qu'il appelle une grave erreur, dit, par une sorte de corollaire, qu'il n'y a de belles retraites que celles qui se font devant un ennemi qui poursuit mollement.

« La force d'une armée consistant dans son organisation, dit M. Rocquancourt (Cours complet d'art militaire, t. IV, p. 352), et celle-ci résultant de l'harmonie et de l'union de tous les éléments entre eux et avec la volonté unique qui les fait mouvoir, on ne saurait pousser trop vivement une armée battue, puisque, après une défaite, cette harmonie entre la tête qui combine, et les corps qui doivent exécuter, est détruite ; leurs rapports, s'ils ne sont entièrement brisés, se trouvent au moins suspendus. L'armée entière n'est plus qu'une partie faible ; l'attaquer, c'est marcher à un triomphe certain. » [81] Il y a ici une double erreur historique. Ce n'est pas le consul M. Fabius qui fut blessé, mais son frère Q. Fabius, qui servait sous ses ordres ; et le combat ne fut pas rétabli par Manlius, mais bien par M. Fabius, le consul. Voyez Tite-Live, liv. II, ch. 46 et suiv. [82] Pour exciter le courage des soldats, les anciens lançaient au milieu des ennemis non-seulement des enseignes ou des étendards, mais encore des armes. [83] Suivant Tite-Live (liv. III, ch. 70), c'étaient les Volsques, et non les Herniques, qui combattaient avec les Èques contre les Romains. [84] Il s'agit plutôt ici de T. Q. Cincinnatus. Voyez Tite- Live, liv. IV, ch. 26-29. [85] Le même fait est rapporté par Tite-Live, liv. VI, ch. 8.

Des moyens de ce genre ont été souvent mis en usage pour relever le moral du soldat. Ainsi, à la bataille d'Austerlitz, le 15e régiment léger, qui venait de se battre avec courage, se voyant forcé d'opérer un mouvement rétrograde, le faisait avec trop de précipitation pour pouvoir se reformer, et arrêter la marche de l'infanterie russe, qu'il avait en tête. Le colonel Dulong saisit l'aigle du 2e bataillon, et s'écria : « Soldats ! je m'arrête ici ; abandonnerez-vous votre étendard et votre colonel ? » Le 2e bataillon se reforme, et reprend l'offensive ; le 1er bataillon en fait autant, et bientôt les Russes sont repoussés.

Le général Souvaroff, voyant ses troupes en déroute, courut à la tête des fuyards, se coucha par terre, et s'écria : « Qui osera passer sur le corps de son général ? » On assure qu'il réussit plusieurs fois, par cet expédient, à rétablir le combat. [86] Voyez le récit de la bataille de Munda, dans César (Guerre d'Espagne, ch. XXVIII - XXXI), qui ne dit pas avoir quitté son cheval pour combattre à pied.

« On dit que César fut sur le point de se donner la mort pendant la bataille de Munda. Ce projet eût été bien funeste à son parti : il eût été battu comme Brutus et Cassius !... Un magistrat, un chef de parti peut-il abandonner les siens volontairement ? » (Napoléon.) [87] « Au commencement d'une campagne, il faut bien méditer si l'on doit, ou non, s'avancer ; mais, quand on a effectué l'offensive, il faut la soutenir jusqu'à la dernière extrémité. Quelle que soit l'habileté des manoeuvres dans une retraite, elle affaiblira toujours le moral de l'armée, puisque, en perdant les chances de succès, on les remet entre les mains de l'ennemi. Les retraites, d'ailleurs, coûtent beaucoup plus d'hommes et de matériel que les affaires les plus sanglantes ; avec cette différence que, dans une bataille, l'ennemi perd à peu près autant que vous, tandis que, dans une retraite, vous perdez sans qu'il perde. » (Napoléon.) [88] Ce système de retraite, par dispersion suivie du ralliement, est à peu près celui que pratiquent encore aujourd'hui les Arabes en Afrique, devant les troupes françaises. [89] Florus (liv. II, ch. 2) dit un mot de cette défaite, qu'il attribue à un acte irréligieux de Claudius. Au moment où il se préparait à livrer bataille, on vint le prévenir que les poulets sacrés refusaient de sortir de leur cage, et ne voulaient pas manger, ce qui était un fort mauvais présage : « Eh bien, dit-il, s'ils ne veulent pas manger, qu'ils boivent. » Il les fît jeter à la mer, et donna le signal de l'attaque : Inde mali labes. [90] On ne saurait croire à quelle antiquité remontent l'invention et l'usage presque général des machines et des ouvrages de siège, et pendant combien de siècles les moyens d'attaque et de défense des villes et des camps retranchés sont restés les mêmes, avant la découverte de la poudre. M. Dureau de La Malle a établi, dans son ouvrage sur la poliorcétique des anciens, que, plus de vingt siècles avant l'ère chrétienne, les Égyptiens avaient porté à un point très-élevé l'art de fortifier les villes, et que leurs temples étaient de véritables citadelles ; que les monuments de Karnak, de Louqsor, etc., offrent des gabions, des machines pour l'escalade, et les tortues ; que chez les Hébreux, la mine ou la sape étaient employées du temps de Jacob ; que sous Ozias (870 av. J.-C.) on faisait usage de balistes et de catapultes ; enfin, que deux cents ans après, les villes étaient attaquées au moyen des tours mobiles, des terrasses, du bélier, etc., toutes choses que les peuples de l'Orient ont connues avant les Grecs. [91] Ceci rappelle le mot du maréchal de Saxe : « Tout le secret de la guerre est dans les jambes. » Mais peut-être le maréchal avait-il en vue, à côté des avantages de la vitesse, ceux du pas emboîté, dont il est l'inventeur. [92] Ce stratagème rappelle l'artifice à l'aide duquel les Espagnols s'emparèrent d'Amiens en 1597. Des soldats, déguisés en paysans, entrèrent dans la ville en conduisant une voiture chargée de noix, dont ils laissèrent tomber une certaine quantité. Pendant que les gardiens des portes en ramassaient, les soldats déguisés les sabrèrent, et ouvrirent la ville à l'armée qui les suivait. [93] Les déguisements ont été de tout temps en usage pour surprendre ou pour reconnaître les places. Ainsi Catinat prit les habits d'un charbonnier pour entrer dans Luxembourg, et constater l'état des fortifications de cette ville.

Après la paix de Tilsitt, la ville de Pilau, port de mer sur la Baltique, ayant refusé d'ouvrir ses portes aux Français, le général Saint-Hilaire en fit le siège. Dans le cours des hostilités, ce général convint d'une entrevue avec le gouverneur, et se fit accompagner dans l'intérieur de la ville par le colonel du génie Séruzier, qui se déguisa en hussard, pour n'inspirer aucune défiance, et reconnut les points attaquables des fortifications.

Cette ruse contribua à mettre les Français en possession de la place. [94] Il y a ici erreur de l'auteur ou des copistes : il faut lire Darius et non Cyrus. - Voyez Hérodote, liv. III, ch. 153 ; et Justin, liv. I, ch. 10. [95] Suivant Tite-Live, qui rapporte ce fait (liv. XXIII, ch. 18), Fabius n'aurait pu réduire Capoue par famine, puisque cette ville ne fut prise que deux ans après, ainsi que nous l'apprend le même historien, liv. XXVI, ch. 8 - 14. [96] Les sept exemples contenus dans ce chapitre ne parlent pas des lignes de circonvallation et de contrevallation que les assiégeants établissent pour couvrir les travaux de siège, et pour tenir en échec les troupes qui peuvent venir au secours de la place. Il est cependant prouvé que César et d'autres capitaines de l'antiquité en ont fait usage.

« Il n'y a que deux moyens d'assurer le siège d'une place : l'un, de commencer par battre l'armée ennemie chargée de couvrir cette place, l'éloigner du champ d'opérations, et en jeter les débris au delà de quelque obstacle naturel, tel que des montagnes ou une grande rivière ; ce premier obstacle vaincu, il faut placer une armée d'observation derrière cet obstacle naturel, jusqu'à ce que les travaux du siège soient achevés, et la place prise. Mais, si l'on veut prendre la place devant une armée de secours, sans risquer une bataille, il faut être pourvu d'un équipage de siège, avoir ses munitions et ses vivres pour le temps présumé de la durée du siège, et former ses lignes de contrevallation et de circonvallation en s'aidant des localités, telles que hauteurs, bois, marais, inondations. N'ayant plus alors besoin d'entretenir aucunes communications avec les places de dépôt, il n'est plus besoin que de contenir l'armée de secours ; dans ce cas, on forme une armée d'observation qui ne la perd pas de vue, et qui, lui barrant le chemin de la place, a toujours le temps d'arriver sur ses flancs ou sur ses derrières, si elle lui dérobait une marche. En profitant des lignes de contrevallation, on peut employer une partie du corps assiégeant pour livrer bataille à l'armée de secours. Ainsi, pour assiéger une place devant une armée ennemie, il faut en couvrir le siège par des lignes de circonvallation. Si l'armée est assez forte pour qu'après avoir laissé devant la place un corps quadruple de la garnison, elle soit encore aussi nombreuse que l'armée de secours, elle peut s'éloigner de plus d'une marche ; si elle reste inférieure après ce détachement, elle doit se placer à une petite journée de marche du siège, afin de pouvoir se replier sur les lignes, ou bien recevoir du secours en cas d'attaque. Si les deux armées de siège et d'observation ensemble ne sont qu'égales à l'armée de secours, l'armée assiégeante doit tout entière rester dans les lignes ou près des lignes, et s'occuper des travaux de siège, pour le pousser avec toute l'activité possible.

« Feuquières a dit qu'on ne doit jamais attendre son ennemi dans les lignes de circonvallation, et qu'on doit en sortir pour l'attaque. Il est dans l'erreur ; rien ne peut être absolu à la guerre, et on ne doit pas proscrire le parti d'attendre son ennemi dans les lignes de circonvallation.

« Ceux qui proscrivent les lignes de circonvallation et tous les secours que l'art de l'ingénieur peut donner, se privent gratuitement d'une force et d'un moyen auxiliaire qui ne sont jamais nuisibles, presque toujours utiles, et souvent indispensables. Cependant les principes de la fortification de campagne ont besoin d'être améliorés ; cette partie importante de l'art de la guerre n'a fait aucuns progrès depuis les anciens : elle est même aujourd'hui au- dessous de ce qu'elle était il y a deux mille ans. Il faut donc encourager les officiers du génie à perfectionner cette partie de leur art, et à la porter au niveau des autres. » (Napoléon.) [97] Les Crotoniates, qui sans doute avaient une citadelle, ainsi que les Épirotes et les habitants de Delminium, dont il est question dans les deux exemples précédents, ont péché contre la maxime suivante :