Les stratagèmes

Chapter 11

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1 On rapporte que pendant la guerre civile, lorsque les armées de Brutus et de Cassius traversaient ensemble la Macédoine, celle de Brutus arriva avant l'autre près d'une rivière sur laquelle il fallait jeter un pont, et que cependant celle de Cassius eut le sien plus tôt achevé, et passa la première. Une discipline ferme avait donné aux soldats de Cassius la supériorité sur ceux de Brutus, non seulement pour de semblables ouvrages, mais encore pour les actions les plus importantes de la guerre.

2 C. Marius, pouvant choisir entre deux armées qui avaient été commandées, l'une par Rutilius, l'autre par Metellus, et toutes deux par lui-même, opta pour celle de Rutilius, quoiqu'elle fût la moins nombreuse, sachant qu'elle était la mieux disciplinée.

3 Domitius Corbulon, n'ayant que deux légions, et fort peu de troupes auxiliaires, fut en état, grâce à la discipline qu'il avait rétablie, de soutenir la guerre contre les Parthes.

4 Alexandre, à la tête de quarante mille hommes, que déjà Philippe[124], son père, avait habitués à la discipline, entreprit la conquête du monde, et vainquit des armées innombrables.

5 Cyrus, faisant la guerre aux Perses avec quatorze mille hommes, surmonta les plus grandes difficultés[125].

6 Épaminondas[126], général thébain, à la tête de quatre mille hommes, dont quatre cents cavaliers, battit l'armée lacédémonienne, qui comptait vingt-quatre mille fantassins et seize cents cavaliers.

7 Quatorze mille Grecs, qui étaient venus au secours de Cyrus contre Artaxerxès, défirent cent mille barbares.

8 Ces mêmes quatorze mille Grecs, ayant perdu leurs chefs dans un combat, confièrent le soin de leur retraite à l'Athénien Xénophon, l'un d'eux, qui les ramena sains et saufs, à travers des lieux dangereux qu'ils ne connaissaient pas.

9 Xerxès, arrêté aux Thermopyles par les trois cents Spartiates, dont il ne put triompher qu'avec beaucoup de peine, dit qu'on l'avait trompé: qu'il avait beaucoup d'hommes, mais de soldats aguerris et disciplinés, point.

III. De la tempérance et du désintéressement.

1 M. Caton se contentait, dit-on, du vin des rameurs.

2 Fabricius, à qui Cinéas, ambassadeur d'Épire, offrait une grande quantité d'or, la refusa, et dit qu'il aimait mieux commander à ceux qui avaient de l'or, que d'en avoir lui-même.

3 Atilius Regulus, après avoir occupé les premières charges de la république, était si pauvre, qu'il n'avait pour vivre, avec sa femme et ses enfants, qu'une petite terre cultivée par un seul fermier. Ayant appris la mort de celui-ci, il écrivit au sénat pour demander un successeur dans le commandement, attendu que son bien, laissé à l'abandon par la mort de ce serviteur, réclamait sa présence.

4 Cn. Scipion, après ses succès en Espagne, mourut tellement pauvre, qu'il ne laissa pas même une somme suffisante pour marier ses filles[127]. Le sénat, touché de leur indigence, les dota aux frais du trésor.

5 Les Athéniens firent de même à l'égard des filles d'Aristide, qui, après avoir rempli les charges les plus importantes, mourut dans une extrême pauvreté.

6 Telle était la tempérance d'Épaminondas, général thébain, que l'on ne trouva chez lui qu'un chaudron, et une seule broche de fer.

7 Hannibal se levait avant le jour, et ne se reposait pas avant la nuit. Il ne soupait que sur le soir, et sa table n'avait pas plus de deux lits[128].

8 Le même, lorsqu'il servait sous le commandement d'Hasdrubal, dormait le plus souvent sur la terre nue, sans autre couverture que son manteau.

9 On rapporte que Scipion Émilien ne prenait pour toute nourriture, pendant les marches, que du pain, qu'il mangeait en se promenant[129] avec ses amis.

10 On en dit autant d'Alexandre le Grand.

11 Nous lisons que Masinissa, à l'âge de quatre vingt-dix ans, prenait ses repas au milieu du jour, debout devant sa tente, ou en se promenant.

12 Lorsque M. Curius eut vaincu les Sabins, un décret du sénat lui ayant accordé une portion de terre plus grande qu'aux vétérans, il n'accepta que la mesure des simples soldats, et dit qu'il n'appartenait qu'à un mauvais citoyen de ne pas se contenter de ce qui suffisait aux autres.

13 Souvent même une armée entière se fit remarquer par sa tempérance, témoin celle qui était commandée par Scaurus. D'après le rapport de ce général, un arbre fruitier, qui se trouvait à l'extrémité de son camp, dans l'enceinte même, fut, le lendemain, laissé intact avec ses fruits, au départ de l'armée.

14 Pendant la guerre qui se fit sous les auspices de l'empereur César Domitien Auguste Germanicus, guerre allumée dans les Gaules par Julius Civilis, l'opulente cité de Langres, ayant embrassé le parti des factieux, craignait, à l'approche de César, d'être livrée au pillage; mais, respectée contre son attente, et n'ayant éprouvé aucune perte, elle rentra dans le devoir, et me fournit soixante-dix mille combattants.

15 L. Mummius, qui, après la prise de Corinthe, enrichit de tableaux et de statues l'Italie et les provinces conquises, fut si éloigné de prendre pour lui une partie de ce précieux butin, que sa fille, qu'il laissa dans la pauvreté, fut dotée par le sénat aux frais du trésor public.

IV. De la justice.

1 Pendant que Camille assiégeait Faléries, un maître d'école emmena hors des murs, sous prétexte d'une promenade, les enfants qui lui étaient confiés, et alla les livrer aux Romains, auxquels il dit que, pour retirer de pareils otages, la ville se soumettrait à toute condition. Non seulement Camille rejeta l'offre perfide de ce maître, mais encore il lui lia les mains derrière le dos, et le fit reconduire à coups de verges par ses élèves, vers leurs parents. Cette générosité lui valut la conquête qu'il ne voulait pas devoir à une trahison: car les Falisques, admirant sa justice, se rendirent à lui volontairement.

2. Le médecin de Pyrrhus, roi d'Épire, étant venu près de Fabricius, qui commandait l'armée romaine, lui promit d'empoisonner son maître, si on lui accordait une récompense proportionnée à ce service. Fabricius, qui répugnait à fonder ses succès sur un semblable forfait, découvrit au roi les intentions coupables de son médecin; et cette loyauté engagea Pyrrhus à rechercher l'amitié des Romains.

V. De la fermeté de courage.

1 Les soldats de Cn. Pompée ayant menacé de piller les trésors que l'on devait porter dans son triomphe, Servilius et Glaucia l'engagèrent à les leur distribuer, pour prévenir cette révolte. Pompée déclara qu'il renoncerait au triomphe, et qu'il mourrait même plutôt que de céder à l'indiscipline. Puis, après avoir vivement réprimandé les soldats, il leur fit présenter ses faisceaux ornés de lauriers, comme pour les engager à commencer le pillage par ces objets. Ils sentirent l'odieux de leur conduite, et rentrèrent dans l'obéissance.

2 Une sédition s'étant élevée dans l'armée de C. César, au milieu du tumulte de la guerre civile, ce général licencia la légion coupable, au moment même de la plus grande effervescence, et fit frapper de la hache les chefs de la révolte. Peu de temps après les soldats licenciés, ayant sollicité auprès de lui et obtenu leur réintégration, se montrèrent dès lors irréprochables.

3 Au moment où Postumius, personnage consulaire, exhortait ses soldats, ils lui demandèrent ce qu'il exigeait d'eux: «Suivez- moi,» leur dit-il; et, saisissant une enseigne, il s'élança le premier contre l'ennemi. Ses troupes le suivirent et remportèrent la victoire.

4 Cl. Marcellus étant tombé, sans s'y attendre, entre les mains des Gaulois, tourna avec son cheval, cherchant par où il pourrait s'échapper; mais, se voyant investi de toutes parts, il adressa une prière aux dieux, et s'élança au milieu des ennemis, les frappa d'étonnement par son audace, tua leur chef, et remporta des dépouilles opimes, lorsqu'il avait à peine l'espoir de se sauver.

5 L. Paullus, à la bataille de Cannes, voyant l'armée perdue, refusa le cheval que lui offrait Lentulus pour fuir, et ne voulut pas survivre à ce désastre, bien qu'on ne pût le lui imputer à lui-même. Épuisé par ses blessures, et appuyé contre une pierre, il resta en cet état jusqu'à ce qu'il expirât sous les coups des ennemis.

6 Varron, son collègue, montra encore plus de résolution, en conservant sa vie après ce malheur; et le peuple, ainsi que le sénat, lui rendit des actions de grâces pour n'avoir pas désespéré de la république. Au reste, toute sa conduite ultérieure prouva qu'il s'était conservé, non par désir de vivre, mais par amour pour la patrie: car il laissa croître sa barbe et ses cheveux, et ne se coucha plus pour prendre ses repas, il refusa même les dignités qui lui étaient conférées par le peuple, disant qu'il fallait à la république des magistrats plus heureux que lui.

7 Après le massacre de Cannes, Sempronius Tuditanus et C. Octavius, tribuns militaires, étant assiégés dans le plus petit des deux camps, conseillèrent à leurs compagnons de mettre l'épée à la main, et de s'échapper à travers les postes ennemis, déclarant que telle était leur résolution, lors même que personne n'oserait sortir avec eux. Au milieu de l'hésitation générale, douze cavaliers seulement et cinquante fantassins eurent le courage de les suivre, et parvinrent sains et saufs à Canusium.

8 En Espagne, T. Fonteius Crassus, étant allé faire du butin avec trois mille hommes, se trouva enfermé par Hasdrubal dans un poste dangereux. À l'entrée de la nuit, n'ayant fait part de son dessein qu'aux premiers rangs, il s'échappa en traversant les postes ennemis, au moment où l'on s'y attendait le moins.

9 Pendant la guerre contre les Samnites, le consul Cornélius Cossus étant surpris par l'ennemi dans un lieu où il courait du danger, le tribun P. Decius lui conseilla de faire occuper une hauteur qui était près de là, par un détachement qu'il s'offrit de commander. L'ennemi, attiré sur cet autre point, laissa échapper le consul, mais enveloppa Decius, et le tint assiégé. Celui-ci triompha encore de cette difficulté par une sortie nocturne, et revint auprès du consul sans avoir perdu un seul homme.

10 Une action semblable a été faite, sous le consulat d'Atilius Calatinus, par un chef dont le nom nous a été diversement transmis. Les uns l'appellent Laberius, quelques autres Q. Ceditius, la plupart Calpurnius Flamma. Voyant les troupes engagées au fond d'une vallée dont toutes les hauteurs étaient occupées par l'ennemi, il demande et obtient trois cents hommes, qu'il exhorte à sauver l'armée par leur courage, et s'élance avec eux au milieu de cette vallée. Les ennemis descendent de toutes parts pour les tailler en pièces; mais, arrêtés par un combat long et acharné, ils laissent au consul le temps de fuir avec son armée.

11 C. César, étant sur le point de combattre les Germains commandés par Arioviste, et voyant le courage de ses troupes abattu, les assembla et leur dit que, dans cette circonstance, la dixième légion seule marcherait à l'ennemi. Par là il stimula cette légion, en lui rendant le témoignage qu'elle était la plus brave, et fit craindre aux autres de lui laisser à elle seule cette glorieuse renommée.

12 Philippe ayant menacé les Lacédémoniens de les priver de tout, s'ils ne lui livraient leur ville, un des principaux citoyens s'écria: «Nous privera-t-il aussi de mourir pour notre patrie?»

13 Léonidas, roi de Lacédémone, à qui l'on disait que les Perses formeraient un nuage par la multitude de leurs flèches, répondit: «Nous combattrons mieux à l'ombre.»

14 Dans un moment où L. Elius, préteur de la ville, rendait la justice, un pivert vint se poser sur sa tête, et les aruspices dirent que si on laissait partir cet oiseau, la victoire serait aux ennemis; que si on le tuait, le peuple romain serait vainqueur, mais L. Elius périrait avec sa famille. Ce chef tua aussitôt l'oiseau, n'hésitant pas à se sacrifier lui-même. Notre armée triompha, et Elius mourut dans le combat, avec quatorze de ses parents. Quelques-uns pensent qu'il s'agit ici, non de L. Elius, mais de Lélius, et que ceux qui perdirent la vie appartenaient à la famille Lélia.

15. Les deux Decius, le père d'abord, et plus tard le fils, se dévouèrent pour la république pendant leur consulat. Ils s'élancèrent avec leurs chevaux au milieu des ennemis, et donnèrent, en mourant, la victoire à leur patrie.

16 P. Crassus, faisant la guerre en Asie contre Aristonicus, tomba au pouvoir de l'ennemi dans une embuscade, entre Élée et Myrina. Emmené vivant, et se voyant avec horreur prisonnier, lui consul romain, il prit le parti d'enfoncer dans l'oeil d'un Thrace commis à sa garde, la baguette dont il se servait pour conduire son cheval; le soldat, irrité par la douleur, perça de son épée Crassus, qui échappa ainsi, selon son désir, à l'opprobre des fers.

17 M. Caton, fils du Censeur, ayant été jeté à terre par une chute de son cheval, s'aperçut, quand il se fut remis en selle, que son épée avait glissé du fourreau. Craignant le déshonneur d'une telle perte, il retourne au milieu des ennemis, et, non sans recevoir quelques blessures, retrouve enfin son arme, et revient près de ses compagnons.

18 Les habitants de Pétilie, assiégés par Hannibal, et manquant de vivres, firent sortir de la ville les vieillards et les enfants; et, réduits à vivre de cuirs qu'ils faisaient tremper et qu'ils grillaient ensuite, de feuilles d'arbres et de la chair de toute espèce d'animaux, ils soutinrent le siège pendant onze mois.

19 Ceux d'Arabriga, en Espagne, supportèrent les mêmes maux, plutôt que de livrer leur ville à Hirtuleius.

20 Lorsque Hannibal assiégeait Casilinum, les habitants furent réduits à une telle extrémité, qu'un rat y fut vendu, dit-on, cent deniers. Le vendeur mourut de faim, et l'acheteur vécut. Malgré cette famine, la ville persévéra dans sa fidélité envers les Romains.

21 Mithridate, assiégeant Cyzique, fit amener ses prisonniers au pied des remparts, dans l'espoir que les habitants, craignant pour le sort de leurs concitoyens, se décideraient à rendre la place; mais les assiégés exhortèrent les captifs à mourir avec courage, et restèrent fidèles aux Romains.

22 Les habitants de Ségovie, dont les femmes et les enfants étaient mis à mort par Viriathe, aimèrent mieux voir égorger ce qu'ils avaient de plus cher, que de rompre leur alliance avec les Romains.

23 Les Numantins, pour ne pas se rendre, s'enfermèrent dans leurs maisons[130], et s'y laissèrent mourir de faim.

VI. De la bonté et de la douceur.

1 Q. Fabius dit à son fils, qui lui conseillait de sacrifier un petit nombre de soldats pour s'emparer d'une position avantageuse: «Veux-tu être de ce petit nombre [131]?»

2 Xénophon, étant à cheval, venait d'ordonner à son infanterie de s'emparer d'une hauteur, lorsqu'il entendit un soldat dire, en murmurant, qu'il était facile à un homme à cheval de commander des choses aussi pénibles. Il descendit aussitôt, fit monter le soldat à sa place, et se dirigea à pied vers le sommet de la montagne. Le soldat, pour échapper à la honte et aux railleries de ses camarades, se hâta de descendre. Quant à Xénophon, toute son armée eut peine à obtenir de lui qu'il reprît son cheval, et qu'il réservât ses forces pour les fonctions nécessaires de général.

3 Alexandre, pendant une marche en hiver, était assis devant un feu, et regardait défiler ses troupes, lorsqu'il aperçut un soldat presque mort de froid. Il lui fit prendre sa place, et lui dit: «Si tu étais né parmi les Perses, ce serait pour toi un crime capital de t'asseoir sur le siège de ton roi; un Macédonien peut se le permettre.»

4 L'empereur Auguste Vespasien, étant informé qu'un jeune homme d'illustre naissance, mais peu propre au métier des armes, était obligé, par le mauvais état de sa fortune, de servir dans les derniers grades de l'armée, lui assura de quoi vivre selon son rang, et lui donna un congé honorable.

VII. Instructions diverses sur la guerre.

1 César suivait contre l'ennemi, disait-il, le système adopté par la plupart des médecins contre les maladies, dont ils triomphent plutôt par la faim que par le fer.

2 Domitius Corbulon prétendait qu'il fallait vaincre l'ennemi avec la doloire, c'est-à-dire par les ouvrages de siège.

3 L. Paullus disait qu'un général devait avoir le caractère d'un vieillard, c'est-à-dire s'arrêter aux résolutions les plus prudentes[132].

4 On reprochait à Scipion l'Africain de ne pas aimer à se battre: «Ma mère, répondit-il, a fait en moi un général, et non un soldat.»

5 C. Marius, provoqué par un Teuton à un combat singulier, lui dit que, s'il était désireux de mourir, une corde pouvait mettre fin à sa vie. Comme le barbare insistait, Marius lui montra un vieux gladiateur, dont la petite taille inspirait le mépris, et lui dit: «Quand tu auras vaincu cet homme, je combattrai contre toi.»

6 Q. Sertorius, sachant par expérience qu'il ne pouvait résister aux forces réunies des Romains, et voulant le prouver aux barbares ses alliés, qui demandaient témérairement le combat, fit amener en leur présence deux chevaux, l'un plein de vigueur, l'autre extrêmement faible, auprès desquels il plaça deux jeunes gens qui offraient le même contraste, l'un robuste, l'autre chétif; et il ordonna au premier d'arracher d'un seul coup la queue entière du cheval faible, au second de tirer un à un les crins du cheval vigoureux. Le jeune homme chétif s'étant acquitté de sa tâche, tandis que l'autre luttait inutilement avec la queue du cheval faible: «Soldats, s'écria Sertorius, je vous ai montré, par cet exemple, ce que sont les légions romaines: invincibles quand on les prend en masse, elles seront bientôt affaiblies et taillées en pièces, si elles sont attaquées séparément.»

7 Le consul Valerius Lévinus, qui avait une grande confiance en ses troupes, ordonna de promener dans son camp un espion que l'on y avait surpris; et, pour intimider les ennemis, il déclara qu'il leur permettait de faire observer son armée par leurs espions toutes les fois qu'ils le voudraient.

8 Le primipile Célius, qui, après la défaite de Varus, en Germanie, servit de général à notre armée investie par les barbares, craignait que ceux-ci n'approchassent de ses retranchements du bois qu'ils avaient amassé, et n'incendiassent son camp. Il feignit de manquer de bois lui-même, et, envoyant de tous côtés des soldats pour en enlever, il réussit à faire éloigner de là, par les Germains, tous les troncs d'arbres qu'ils y avaient réunis.

9 Dans un combat naval, Cn. Scipion lança sur les vaisseaux ennemis des vases remplis de poix et de résine, dont la chute devait faire un double mal, et par leur pesanteur, et par les matières inflammables qu'ils répandaient.

10 Hannibal enseigna au roi Antiochus[133] à jeter sur les vaisseaux ennemis de petits vases pleins de vipères, pour épouvanter les soldats, et leur faire abandonner le combat et la manoeuvre.

11 Prusias recourut à ce moyen au moment où sa flotte commençait à fuir.

12 M. Porcius, ayant pris de vive force un vaisseau carthaginois, fit main basse sur ceux qui le montaient, donna leurs armes à ses soldats, qu'il revêtit de leurs dépouilles; et, trompant l'ennemi par ce déguisement, il parvint à couler à fond plusieurs de leurs navires.

13 Les Athéniens, dont le territoire était de temps en temps ravagé par les Lacédémoniens, profitèrent des jours pendant lesquels on célébrait, hors de leur ville, les fêtes de Minerve, pour sortir avec toute l'apparence du culte ordinaire, mais avec des armes cachées sous leurs habits. Au lieu de rentrer à Athènes quand leurs cérémonies furent achevées, ils allèrent tout à coup se jeter sur le pays des Lacédémoniens au moment où ceux-ci craignaient le moins cette irruption, et ravagèrent à leur tour les terres de ces ennemis, qui avaient si souvent dévasté les leurs.

14 Cassius, ayant des vaisseaux de charge qui ne lui étaient plus d'une grande utilité, y mit le feu, et les dirigea, par un vent favorable, sur la flotte ennemie, qu'il incendia de cette manière.

15 Lorsque M. Livius eut défait Hasdrubal, on lui conseillait de poursuivre et de détruire entièrement les débris de l'armée ennemie: «Laissons -- en échapper quelques-uns, répondit-il, pour annoncer notre victoire.»

16 Scipion l'Africain disait souvent qu'il fallait non seulement laisser la retraite libre à l'ennemi, mais encore la lui rendre sûre.

17 Pachès, général athénien, promit aux ennemis de leur laisser la vie sauve, s'ils déposaient le fer; et, quand ils se furent soumis à cette condition, il fit mettre à mort tous ceux qui avaient des agrafes de fer[134] à leurs manteaux.

18 Hasdrubal, étant entré sur le territoire des Numides dans l'intention de les soumettre, et les ayant trouvés prêts à se défendre, leur affirma qu'il était venu dans le seul but de prendre des éléphants, animaux communs dans cette contrée. Ils lui permirent cette chasse, à condition qu'il ne les inquiéterait point; et quand, sur la foi de sa promesse, leur armée se fut dissoute, il les attaqua et les réduisit sous sa domination.

19 Alcétas, général de Lacédémone, voulant enlever aux Thébains un convoi de vivres, tint sa flotte prête, mais cachée, et se mit à exercer ses rameurs tour à tour sur la même galère, comme s'il n'eût pas eu d'autres navires. Quelque temps après, lorsque les vaisseaux des Thébains passèrent, il s'élança sur eux avec, toute sa flotte, et s'empara du convoi.

20 Ptolémée, ayant en tête Perdiccas, dont l'armée était plus forte que la sienne, attacha du sarment à tous ses bestiaux, pour le leur faire traîner, les mit sous la conduite de quelques cavaliers, et les précéda lui-même avec ses troupes. La poussière soulevée par ces animaux ayant fait croire aux ennemis que Ptolémée était suivi d'une armée nombreuse, ils en prirent l'épouvante et se laissèrent vaincre.

21 Myronide, général athénien, sur le point d'en venir aux mains avec les Thébains, qui lui étaient supérieurs en cavalerie, apprit à ses soldats que dans les combats en plaine on peut sauver sa vie si l'on tient ferme, mais qu'il est très dangereux de lâcher pied. Il leur donna par là de la résolution, et remporta la victoire.

22 L. Pinarius commandait la garnison romaine à Henna, en Sicile, lorsque les clefs des portes, dont il s'était emparé, lui furent redemandées par les magistrats de la ville. Comme il les soupçonnait d'être disposés à embrasser le parti des Carthaginois, il demanda une nuit pour réfléchir; et, après avoir instruit ses soldats de la perfide intention des Siciliens, il leur ordonna de se tenir prêts pour le lendemain, et d'être attentifs au signal qu'il leur donnerait. Les magistrats s'étant présentés dès le point du jour, il leur promit de rendre les clefs, si tel était le désir unanime des habitants d'Henna. Aussitôt le peuple entier se réunit au théâtre, demanda à grands cris les clefs, et manifesta ainsi la résolution de quitter le parti des Romains. Alors Pinarius donna aux soldats le signal convenu, et tous les habitants furent massacrés.

23 Iphicrate, général athénien, ayant donné à sa flotte l'apparence de celle des ennemis, se dirigea vers une ville alliée dont la fidélité lui était suspecte. Les démonstrations de joie avec lesquelles il fut accueilli lui ayant dévoilé la perfidie des habitants, il livra la ville au pillage.

24 Tib. Gracchus ayant déclaré que ceux des esclaves volontaires[135] de son armée qui se montreraient braves recevraient leur liberté, et que les lâches seraient mis en croix, quatre mille d'entre eux, qui avaient combattu avec peu d'ardeur, s'étaient réunis sur une colline fortifiée, par crainte du châtiment. Il leur envoya dire que tout le corps des volontaires était victorieux à ses yeux, puisque l'ennemi avait été mis en déroute; et, après les avoir ainsi affranchis des effets de sa menace[136] et de toute crainte, il les reçut dans le camp.