Les Ruines, ou méditation sur les révolutions des empires

Chapter 23

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En voici une seconde. «Les _prophètes_ ou _hiérophantes_ des Égyptiens, dit l'évêque Synnesius, qui avait été _initié_ aux mystères, ne permettent pas aux ouvriers ordinaires de faire les idoles ou images des dieux; mais ils descendent eux-mêmes dans les _antres_ sacrés, où ils ont des coffres cachés, qui renferment certaines _sphères_ sur lesquelles ils composent ces images en secret et à l'insu du _peuple_, qui méprise les choses simples et naturelles, et qui veut des _prodiges_ et des _fables_.» (_Syn., in Calvit._) C'est-à-dire que les prêtres avaient des sphères armillaires comme les nôtres; et ce passage, si concordant avec celui de Chérémon, nous donne la clé de toute leur _théologie astrologique_.

Enfin, ils avaient des _plans plats_, dans le genre de la planche III; avec cette différence, que leurs plans, très-compliqués, portaient toutes leurs divisions fictives de _décans_ et _sous-décans_, avec les indications (hiéroglyphiques) de leurs influences. Kirker en a donné une copie dans son OEdipe égyptien, et Gébelin un fragment figuré dans son volume du calendrier (sous le nom de _Zodiaque_ égyptien). Les anciens Égyptiens, dit l'astrologue _Julius Firmicus_ (_Astron_., lib. II, c. 4, et lib. IV, c. 16), divisent chaque signe du zodiaque en trois sections; et chaque section fut sous la direction d'un être fictif, qu'ils appelèrent _décan_ ou _chef de dixaine_; en sorte qu'il y eut trois _décans_ par mois et trente-six par an. Or, ces _décans_, qui furent aussi appelés _dieux_ (Théoi), règlent les destinées des hommes..., et ils étaient spécialement placés dans certaines étoiles.... Dans la suite on imagina en chaque dixaine trois autres _dieux_, que l'on appela les _dispensateurs_; de sorte qu'il y en eut neuf par mois, qui furent encore divisés en un nombre infini de _puissances_. (Les Perses et les Indiens firent leurs sphères sur des plans semblables; et si l'on dressait un tableau de la description qu'en donne Scaliger à la fin de Manilius, l'on y verrait précisément la définition de leurs hiéroglyphes, car chaque article en est un.)

_Ibidem_, lig. 18. (_L'hémisphère d'hiver lui était antipode._) Voilà précisément pourquoi le nom d'Ahrimanes était toujours écrit par les Perses renversé ainsi: _Ahrimân [note du transcripteur: mot en sens dessus dessous en arrière.]_.

Pag. 190, lig. 12. (_Typhon, c'est-à-dire le déluge, à raison des pluies._) Typhon, prononcé _touphon_ par les Grecs, est précisément le _touphan_ arabe, qui veut dire _déluge_; et tous ces déluges des _mythologies_ ne sont, tantôt que l'_hiver_ et les pluies, et tantôt le débordement du Nil; de même que les prétendus _incendies_ qui doivent terminer le _monde_, ne sont que la _saison_ d'été. Voilà pourquoi Aristote, _De meteoris_, lib. 1, c. 14, dit que l'hiver de la grande année cyclique est un _déluge_, et son été un _incendie_. «Les Égyptiens, dit Porphyre, emploient chaque année un talisman en _mémoire_ du monde; au solstice d'été, ils marquent de _rouge_ les _maisons_, les _troupeaux_, les _arbres_, disant que ce jour-là tout le monde a été _incendié_. C'était aussi alors que se célébrait la danse _pyrrhique_ ou de l'_incendie_.» (Et ceci explique l'origine des purifications par le feu et par l'eau, car ayant appelé le tropique du cancer _portes des cieux_ et de la _chaleur_ ou _feu_ céleste, et celui du capricorne _porte du déluge_ ou de _l'eau_, il fut censé que les esprits ou ames qui passaient par ces portes pour aller et venir aux cieux, étaient _rôtis_ ou _baignés_: de là le _baptême_ de Mithra, et le passage à travers les flammes, pratiqués dans tout l'Orient long-temps avant Moïse.)

_Ibidem_, lig. 14. (_Dans la Perse_, _en un temps postérieur._) Dans un temps postérieur, c'est-à-dire lorsque le belier devint le signe équinoxial, ou plutôt lorsque le dérangement du ciel eut fait apercevoir que ce n'était plus le taureau.

Pag. 191, lig. 11. (_Tous les actes religieux du genre gai._) Toutes les fêtes anciennes, relatives au retour ou à l'exaltation du soleil, portaient ce caractère: de là les _hilaria_ du calendrier romain au _passage_ (pascha) de l'équinoxe vernal. Les danses étaient des imitations de la marche des planètes. Celle des derviches la figure encore aujourd'hui.

_Ibid._, lig. 17. (_Tous les actes religieux du genre triste._) On n'offre, dit Porphyre, de sacrifices sanglants qu'aux démons et aux génies malfaisants, pour détourner leur colère.... Les démons aiment le sang, l'_humidité_, la puanteur. _Apud Euseb._, _Præp. evang._, p. 173.

«Les Égyptiens, dit Plutarque, n'offrent de victimes sanglantes qu'à Typhon. On lui immole un boeuf roux; et l'animal de sacrifice est un animal exécré, chargé de tous _les péchés du peuple_ (le bouc de Moïse).» Voyez _De Iside et Osiride_.

(_Ce partage des animaux en sacrés et abominables._) Strabon dit, à l'occasion de Moïse et des Juifs: «De la superstition sont nées les prohibitions de certaines viandes et les circoncisions.»--Et j'observe, à l'égard de cette dernière pratique, que son but était d'enlever au symbole d'Osiris (phallus) l'_obstacle_ prétendu de la fécondation: obstacle qui portait le sceau de Typhon, «dont la nature, dit Plutarque, est tout ce qui _empêche, s'oppose, fait obstruction_.»

Pag. 197, lig. 6. (_Les heureux n'y donneront point d'ombre._) Il est à ce sujet un passage de Plutarque si intéressant et si explicatif de tout ce système, que le lecteur nous saura gré de le lui citer en entier; après avoir dit que la théorie du _bien_ et du _mal_ avait de tout temps exercé les physiciens et les théologiens: «Plusieurs, ajoute-t-il, croient qu'il y a deux dieux dont le penchant opposé se plaît, l'un au _bien_, et l'autre au _mal_; ils appellent spécialement _dieu_ le premier, et _génie_ ou _dæmon_ le second. Zoroastre les a nommés _Oromaze_ et _Ahrimanes_, et il a dit que de tout ce qui tombe sous nos sens, la lumière est l'être qui représente le mieux l'un; les ténèbres et l'ignorance, l'autre. Il ajoute que _Mithra_ leur est _intermédiaire_; et voilà pourquoi les Perses appellent _Mithra_ le _médiateur_ ou l'_intermédiaire_. Chacun de ces dieux a des plantes et des animaux qui lui sont particulièrement consacrés: par exemple, les chiens, les oiseaux, les hérissons, sont affectés au bon génie; tous les animaux _aquatiques_ au mauvais.

Les Perses disent encore qu'Oromaze naquit ou fut formé de la lumière la plus pure; Ahrimanes, au contraire, des ténèbres les plus épaisses; qu'Oromaze fit _six_ dieux aussi bons que lui, et qu'Ahrimanes leur en opposa six méchants; qu'ensuite _Oromaze se tripla_ (Hermès trismégiste), et s'éloigna du soleil autant que le soleil est éloigné de la terre, et qu'il fit les étoiles, et entre autres _Sirius_, qu'il plaça dans les cieux comme un _gardien_ et une _sentinelle_. Or, il fit encore vingt-quatre autres dieux, qu'il plaça dans un _oeuf_; mais Ahrimanes en créa vingt-quatre autres qui percèrent l'_oeuf_, et alors les biens et les maux furent mêlés (dans l'univers). Mais enfin Ahrimanes doit être un jour vaincu, et la terre deviendra _égale_ et _aplanie_, afin que tous les hommes vivent heureux.

Théopompe ajoute, d'après les livres des mages, que tour à tour l'un de ces dieux domine tous les trois mille ans, pendant que l'autre a du _dessous_; qu'ensuite ils combattent à armes égales pendant trois autres mille ans; mais enfin que le mauvais génie doit succomber (sans retour). _Alors les hommes deviendront heureux, et ne donneront point d'ombre._ Or, le dieu qui médite ces choses, se repose en attendant qu'il lui plaise de les exécuter.» (_De Iside et Osiride._)

L'allégorie se montre à découvert dans tout ce passage. L'oeuf est la sphère des fixes, le _monde_; les six dieux d'Oromaze sont les six signes d'été; les six signes d'Ahrimanes, les six signes d'hiver. Les quarante-huit dieux créés ensuite sont les quarante-huit constellations de la sphère ancienne, partagée également entre Ahrimanes et Oromaze. Le rôle de _Sirius_, _gardien_, _sentinelle_, décèle l'origine égyptienne de ces idées; enfin cette expression, que la terre deviendra _égale_ et _aplanie_, et que les _hommes heureux ne donneront point d'ombre_, nous montre que le _paradis véritable_ était l'_équateur_.

_Ibidem_, lig. 15. (_Les cérémonies de l'antre de Mithra._) Dans les antres factices que les prêtres pratiquèrent partout, on célébrait des mystères qui consistaient, dit Origène contre Celse, _à imiter les mouvemens des astres_, des _planètes_ et de tous les cieux. Les initiés portaient des noms de constellations, et prenaient des figures d'animaux. L'un était déguisé en lion, l'autre en corbeau, celui-ci en belier. De là les masques de la première comédie. Voy. _Antiq. dévoilée_, tom. II pag. 244. Dans les mystères de Cérès, le chef de la _procession_ s'appelait le _créateur_; le porteur de flambeau, le _soleil_; celui qui était près de l'autel, la _lune_; le héraut ou diacre, _Mercure_. En Égypte, il y avait une fête où des hommes et des femmes représentaient l'_année_, le _siècle_, les _saisons_, les parties du jour, et ils suivaient Bacchus. (Athénée, lib. V, c. 7.) Dans l'antre de _Mithra_ il y avait une échelle à sept échelons ou degrés, figurant les sept sphères des planètes, par ou montaient et descendaient les _ames_; c'est précisément l'échelle de la vision de Jacob; ce qui indique, à cette époque, tout le système formé. Il y a à la Bibliothèque royale un superbe volume de peinture des dieux de l'Inde, où l'échelle se trouve representée avec les ames qui y montent, _planche dernière_.

_Voy._ l'astronomie ancienne par Bailly, où nos assertions sur les connaissances des prêtres sont amplement prouvées.

Pag. 200, lig. 1. (_Dont toutes les parties avaient une liaison intime._) Ce sont les propres paroles de Iamblique. _De myst. Ægypt._

_Ibidem_, lig. 4. (_Un fluide iégn, électrique._) Plus je considère ce que les anciens ont entendu par _æther_ et _esprit_, et ce que les Indiens nomment l'_akache_, plus j'y trouve d'analogie avec le fluide électrique. Un fluide lumineux remplissant l'univers, composant la matière des astres, principe de mouvement et de chaleur, ayant des molécules rondes, lesquelles s'insinuant dans un corps, le remplissent en s'y dilatant, quelle que soit son étendue: quoi de plus ressemblant à l'électricité?

_Ibidem_, lig. 7. (_Le coeur ou le foyer._) Les physiciens, dit Macrobe, appelèrent le soleil coeur du monde, c. 20, _Som._ _Scip._ Les Égyptiens, dit Plutarque, appellent l'orient le _visage_, le nord le _côté droit_, le midi le _côté gauche_ du monde (parce que le coeur y est placé). Sans cesse ils comparaient l'univers à un _homme_, et de là le _Microcosme_ si célèbre des _alchimistes_. Observons, en passant, que les alchimistes, les cabalistes, les francs-maçons, les magnétiseurs, les martinistes, et tous les visionnaires de ce genre, ne sont que des disciples égarés de cette école antique. Consultez, encore le pythagoricien _Ocellus Lucanus_, et l'OEdipus Ægypliacus de Kirker, t. II, page 205.

_Ibidem_, lig. 28. (_Dans l'éther, au milieu de la voûte des cieux._) Cette comparaison à un jaune d'oeuf porte, 1º sur l'analogie de la figure _ronde_ et _jaune_; 2º sur la situation au _milieu_; 3º sur le _germe_ ou principe de vie placé dans le jaune. La figure ovale serait-elle relative à l'_ellipse des orbites_? Je suis porté à le croire. Le mot _orphique_ offre d'ailleurs une remarque nouvelle. Macrobe dit (_Som. Scipion._, c. 14 et c. 20) que le soleil est la _cervelle_ de l'univers, et que c'est par analogie que dans l'homme le crâne est _rond_, comme l'astre siége de l'intelligence: or, le mot _ærph_ (par aïn) signifie en hébreu le cerveau et son _siège_ (cervix); alors _Orphée_ est le même que _Bedou_ ou _Baits_; et les _bonzes_ sont ces mêmes _orphiques_ que Plutarque nous peint comme des charlatans qui ne mangeaient point de viande, vendaient des talismans, des pierres, etc., et trompaient les particuliers et même les gouvernements. Voy. _un savant Mémoire de Fréret, sur les Orphiques. Acad des Inscrip._ tom. XXIII, in-4º.

Pag. 201, lig. 10. (_Sur là tête une sphère d'or._) _Voy._ Porphyre, dans Eusèbe, _Præpar. evangel._, lib. III, pag., 115.

Pag. 203, lig. 13. (_De la tout le système de l'immortalité de l'ame._) Dans le système des premiers spiritualistes, l'ame n'était point créée avec le corps, ou en même temps que lui, pour y être insérée; elle existait antérieurement et de toute éternité. Voici, en peu de mots, la doctrine qu'expose Macrobe à cet égard. _Som. Scip. passim_.

«Il existe un fluide _lumineux, igné, et très subtil_, qui, sous le nom d'_æther_ et de _spiritus_, remplit l'univers; il compose la substance du soleil et des astres; il est le principe et l'_agent essentiel_ de tout mouvement, de toute vie; il est la Divinité. Quand un corps doit être animé sur la terre, une molécule _ronde_ de ce fluide gravite par la voie lactée vers la sphère lunaire; et parvenue là, elle se combine avec un air plus grossier, et devient propre à s'associer à la matière: alors elle entre dans le corps qui se forme, le remplit tout entier, l'anime, croît, souffre, grandit et diminue avec lui: lorsque ensuite il périt et que ses éléments grossiers se dissolvent, cette molécule _incorruptible_ s'en sépare, et elle se réunirait de suite au grand océan de l'éther, si sa combinaison avec _l'air_ lunaire ne la retenait: c'est cet air (ou _gaz_) qui, conservant les formes du corps, reste dans l'état d'ombre ou de fantôme, image parfaite du défunt. Les Grecs appelaient cette ombre l'_image_ ou l'_idole_ de l'ame; les pythagoriciens la nommaient son _char_, son _enveloppe_; et l'école rabbinique son vaisseau, sa nacelle. Lorsque l'homme avait bien vécu, cette ame entière, c'est-à-dire, son _char_ et son _éther_, remontaient à la lune, où il s'en faisait une séparation; le _char_ vivait dans l'élysée _lunaire_, et l'_éther_ retournait aux _fixes_, c'est-à-dire à _Dieu_; car, dit Macrobe, plusieurs appellent _Dieu_ le ciel des fixes (c. 14).

«Si l'homme n'avait pas bien vécu, l'ame restait sur terre pour se purifier, et elle errait çà et là à la manière des ombres d'Homère, qui connut toute cette doctrine, en Asie, trois siècles avant que Phérécyde et Pythagore l'eussent rajeunie en Grèce. Hérodote dit, à cette occasion, que tout le _roman de l'ame et de ses transmigrations a été inventé par les Égyptiens_, et répandu en Grèce par des hommes qui s'en sont prétendus les auteurs. Je sais leurs noms, dit-il, mais je veux les taire (lib. II). Cicéron y supplée, en nous apprenant positivement que ce fut Phérécyde, maître de Pythagore (_Tuscul._, lib. I, § 16). Dans la Syrie et dans la Judée, nous trouvons une preuve palpable de son existence, cinq siècles avant Pythagore, en cette phrase de Salomon, où il dit: «Qui sait si l'esprit de l'homme monte dans les régions supérieures? Pour moi, méditant sur la condition des hommes, j'ai vu qu'elle était la même que celle des animaux. Leur fin est la même; l'homme périt comme l'animal; ce qui reste de l'un n'est pas plus que ce qui reste de l'autre; tout est néant.» _Eccles._, c. III, V. II.

Et telle avait été l'opinion de Moïse, comme l'a bien observé le traducteur d'Hérodote (Larcher, dans sa première édition, note 389 du liv. II), où il dit aussi que _l'immortalité_ ne s'introduisit chez les Hébreux que par la communication des Assyriens. Du reste, tout le système pythagoricien, bien analysé, n'est qu'un pur système de physique mal entendu.

Pag. 206, lig. 27. (_Ses noms mêmes, tous dérivés._) En dernière analyse, tous les noms de la Divinité reviennent à celui d'un _objet matériel_ quelconque, qui en fut censé le siège. Nous en avons vu une foule d'exemples: donnons-en un encore dans notre propre mot _dieu_. Ce terme, comme on le sait, est le _deus_ des Latins, qui lui-même est le _theos_ des Grecs. Or, de l'aveu de Platon (_in Cratylo_), de Macrobe (_Saturn._ lib. I, c. 24), et de Plutarque (_Isis et Osiris_), sa racine est _théin_, qui signifie _errer_, comme _planéin_; c'est-à-dire qu'il est synonyme à _planètes_, parce que, ajoutent ces auteurs, _les anciens Grecs, ainsi que les barbares, adoraient spécialement les planètes_. Je sais que l'on a beaucoup décrié cette recherche des étymologies; mais si, comme il est vrai, les _mots_ sont les _signes_ représentatifs des _idées_, la généalogie des uns devient celle des autres, et un bon dictionnaire étymologique serait la plus parfaite _histoire_ de l'entendement humain. Seulement il faut porter dans cette recherche des précautions que l'on n'a pas prises jusqu'à ce jour, et entre autres il faut avoir fait une comparaison exacte de la valeur des lettres des divers alphabets. Mais, pour continuer notre sujet, nous ajouterons que dans le phénicien, le mot _thàh_ (par aïn) signifié aussi _errer_, et qu'il paraît être la source de _théin_: si l'on veut que _déus_ dérive du grec _Zeus_, nom propre de _Youpiter_, ayant pour racine _zaw, je vis_, il reviendra précisément au sens de _you_, qui signifiera l'ame du monde, le _feu principe_. _Div-us_, qui ne signifie que _génie_, _dieu_ du second ordre, me paraît venir de l'oriental _div_ pour _dib_, _loup_ et _chacal_, l'un des emblèmes du _soleil_. À Thèbes, dit Macrobe, _le soleil était peint sous la forme d'un loup_ ou _chacal_ (car il n'y a pas de _loups_ en Égypte). La raison de cet emblème est sans doute que le _chacal_ annonce par ses cris le lever du soleil, ainsi que le coq; et cette raison se confirme par l'analogie du mot _lykos_, _loup_, et _lyké_, _lumière du matin_, d'où est venu _lux_.

_Dius_, qui s'entend aussi du soleil, doit venir de _dîh_, _épervier_. «Les Égyptiens, dit Porphyre (_Euseb., Præp. evang., p._ 92), peignent le soleil sous l'emblème d'un _épervier_, parce que cet oiseau vole au plus haut des airs, où abonde la lumière.» Et, en effet, on voit sans cesse au Kaire des milliers de ces oiseaux planer dans l'air, d'où ils ne descendent que pour importuner par leur cri qui imite la syllabe _dîh_; et ici comme dans l'exemple précédent, se retrouve l'analogie des mots _dies_, _jour_, _lumière_, et _dius_, _dieu_, _soleil_.

Pag. 207, lig. 16. (_Hâtèrent par leurs disputes le progrès des sciences et des découvertes._) L'une des preuves les plus plausibles que ces systèmes furent inventés en Égypte, réside surtout en ce que ce pays est le seul où l'on voie un corps complet de doctrine formé dès la plus haute antiquité.

Clément d'Alexandrie nous a transmis (_Stromat_. lib. VI) un détail curieux de 42 volumes que l'on portait dans la procession d'Isis. «Le chef, dit-il, ou chantre, porte un des instruments, symboles de la musique, et deux livres de Mercure, contenant, l'un des hymnes aux dieux, l'autre la liste des rois. Après lui l'_horoscope_ (l'observateur du temps) porte une palme et une horloge, symboles de l'astrologie; il doit savoir par coeur les quatre livres de Mercure qui traitent de l'astrologie, le premier sur l'ordre des planètes, le second sur les levers du soleil et de la lune, et les deux autres sur les levers et aspects des astres. L'_écrivain sacré_ vient ensuite, ayant des plumes sur la tête (comme _Kneph_), et en main un livre, de l'encre et un _roseau_ pour écrire (ainsi que le pratiquent encore les Arabes); il doit connaître les _hiéroglyphes_, la description de l'univers, le cours du soleil, de la lune, des planètes; la division de l'Égypte (en 36 nomes), le cours du Nil, les instruments, les ornements sacrés, les lieux saints, les mesures, etc. Puis vient le _porte-étole_, qui porte la coudée de _justice_, ou mesure du Nil, et un _calice_ pour les libations: dix volumes concernent les sacrifices, les hymnes, les prières, les offrandes, les cérémonies, les fêtes. Enfin arrive le _prophète_, qui porte dans son sein et à découvert une _cruche_: il est suivi par ceux qui portent les _pains_ (comme aux noces de Cana). Ce prophète, en qualité de président des mystères, apprend dix (autres) volumes sacrés qui traitent des lois, des dieux et de toute la discipline des prêtres, etc. Or, il y a en tout quarante-deux volumes, dont trente-six sont appris par ces personnages; les six autres sont du ressort des _pastophores_: ils traitent de la médecine, de la construction du corps humain (l'anatomie), des maladies, des médicaments, des instruments, etc.»

Nous laissons au lecteur à déduire toutes les conséquences d'une pareille encyclopédie. On l'attribuait à Mercure; mais Iamblique nous avertit que tout livre composé par les prêtres était dédié à ce _dieu_, qui, à titre de génie ou décan _ouvreur_ du zodiaque, présidait à l'ouverture de toute entreprise: c'est le _Janus_ des Romains, le _Guianesa_ des Indiens, et il est remarquable que _Ianus_ et _Guianes_ sont homonymes. Du reste, il paraît que ces livres sont la source de tout ce que nous ont transmis les Latins et les Grecs dans toutes les sciences, même en _alchimie_, en nécromancie, etc. Ce que l'on doit le plus regretter est la partie de l'hygiène et de la diététique, dans lesquelles il paraît que les Égyptiens avaient réellement fait de grands progrès et d'utiles observations.

Pag. 208, lig. 18. (_Son dieu n'en fut pas moins un dieu égyptien._) «À une certaine époque, dit Plutarque (_De Iside_), tous les Égyptiens font peindre leurs dieux-animaux. Les Thébains sont les seuls qui ne paient pas de peintres, parce qu'ils adorent un dieu dont les formes ne tombent pas sous les sens et ne se figurent point.» Et voilà le dieu que Moïse, élevé à Héliopolis, adopta par préférence, mais qu'il n'inventa point.

_Ibid._, lig. 20. (_Et Yahouh, décelé par son propre nom_.) Telle est la vraie prononciation du _Jehovah_ de nos modernes, qui choquent en cela toutes les règles de la critique, puisqu'il est constant que les anciens, surtout les orientaux Syriens et Phéniciens, ne connurent jamais ni le _Jé_ ni le _v_, venus des Tartares. L'usage subsistant des Arabes, que nous rétablissons ici, est confirmé par Diodore, qui nomme _Iaw_ le _dieu_ de Moïse (lib. I); et l'on voit que _Iaw_ et _Iahouh_ sont le même mot: l'identité se continue dans celui de _Ioupiter_; mais afin de la rendre plus complète, nous allons la démontrer par le sens même.

En hébreu, c'est-à-dire dans l'un des dialectes de la langue commune à la basse Asie, le mot _Yahouh_ équivaut à notre périphrase _celui qui est lui, l'être existant_, c'est-à-dire _le principe de la vie_, le _moteur_ ou même le _mouvement_ (l'ame universelle des êtres). Or, qu'est-ce que Jupiter? Écoutons les Latins et les Grecs expliquant leur théologie: «Les Égyptiens,» dit Diodore d'après Manethon, prêtre de Memphis, «les Égyptiens, donnant des noms aux _cinq éléments_, ont appelé l'_esprit_ (ou éther) _Youpiter_, à raison du _sens propre de ce mot_; car l'_esprit_ est la _source de la vie_, l'auteur du _principe vital_ dans les animaux; et c'est par cette raison qu'ils le regardèrent comme le _père_, le _générateur des êtres_. Voilà pourquoi Homère dit _père_ et _roi_ des hommes et des dieux.» (_Diod._, lib. I, sect. I.)

Chez les théologiens, dit Macrobe, Youpiter est l'ame du monde; de là le mot de Virgile: _Muses_, commençons par _Youpiter_: tout est plein de _Youpiter_ (_Songe de Scipion_, c. 17); et dans les _Saturnales_, il dit: _Jupiter est le soleil lui-même_; c'est encore ce qui a fait dire à Virgile: «L'esprit alimente la vie (des êtres), et l'_ame_ répandue dans les vastes membres (de l'univers) en agite la masse, et ne forme qu'un corps immense.»