Les Ruines, ou méditation sur les révolutions des empires

Chapter 22

Chapter 223,439 wordsPublic domain

3º Le tableau _statistique_ de l'empereur mogol _Akbar_, intitulé _Ain Akberi_, traduit par Gladwin, dit, pag. 433, tom. II, que _Boudd_ avait disparu 2962 ans avant l'an 40 de cet empereur, c'est-à-dire 1366 ans avant J.-C. (ce serait _Gonagom_.)

Pag. 154, lig. 14 (_Fondés sur l'absence de tout témoignage authentique._) «Tout le monde sait,» disait _Fauste_, qui, quoique manichéen, fut un des plus savants hommes du IIIe siècle, «tout le monde sait que les Évangiles n'ont été écrits ni par J.-C. ni par ses apôtres, mais _long-temps_ après, par des inconnus, qui, jugeant bien qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues, mirent à la tête de leurs récits des noms d'apôtres ou d'hommes apostoliques et contemporains.» Sur cette question, voyez l'_Histoire des Apologistes de la Religion chrétienne_, attribuée à Fréret, mais qui est de Burigny, membre de l'Académie des inscriptions. _Voyez_ aussi Mosheim, _De rébus christianorum_; _Correspondance of Atterbury_, Archbishop, 5 vol. in-8º, 1798; Toland, _Nazarenus_; et Beausobre, _Histoire du Manichéisme_, tom, I. Il résulte de tout ce qu'on a écrit pour et contre, que l'origine précise du christianisme n'est pas connue; que les prétendus témoignages de Josèphe (_Antiq. jud._, lib. XVIII, c. 3) et de Tacite (_Annales_, lib. XV, c. 44) ont été interpolés vers le temps du concile de Nikée, et que personne n'a encore mis en évidence le fait radical, c'est-à-dire l'existence réelle du personnage qui a occasioné le système. Sans cette existence néanmoins, il serait difficile de concevoir l'apparition du système à son époque connue, encore qu'il ne soit pas sans exemple en histoire de voir des suppositions gratuites et absolues. Pour résoudre ce problème, vraiment curieux et important, il faudrait qu'un esprit doué de sagacité, muni d'instruction, et surtout d'impartialité, profitant des recherches déja faites, y ajoutât un tableau comparatif de la doctrine des boudistes, et spécialement de la secte de _Samana Gautama_, contemporain de Kyrus; qu'il examinât quelle fut la facilité des communications de l'Inde avec la Perse et la Syrie, surtout depuis le règne de Darius Hystaspe, qui, selon Agathias et Ammien, consulta les sages de l'Inde, et introduisit plusieurs de leurs idées chez les mages; quelle fut encore cette facilité depuis Alexandre, sous les Séleucides, qui entretenaient des relations diplomatiques avec les rois indiens, il verrait que, par suite de ces communications, le système des samanéens put se répandre de proche en proche jusqu'en Égypte; qu'il put être la cause déterminante de la corporation des esséniens en Judée, etc,: alors il ne resterait plus qu'à examiner si, toutes choses étant ainsi préparées, l'exaltation générale des esprits n'a pas pu susciter un individu qui aurait rempli le rôle désigné: soit que lui-même se fût cru et annoncé pour être le _personnage_ attendu, soit que ce fût la multitude qui, enthousiasmée de sa conduite, de sa doctrine et de ses prédications, lui en eût attribué l'emploi. Dans l'un et l'autre cas, il serait conforme aux probabilités humaines que des attroupements populaires eussent excité la surveillance et l'inquiétude du gouvernement romain, et qu'enfin un incident remarquable, tel que l'_entrée_ en Jérusalem, eût déterminé le préfet à une mesure de rigueur, à un acte de sévice qui aurait brusquement terminé ce drame (à peu près comme il est raconté), mais qui n'aurait fait qu'accroître l'intérêt pour le personnage regretté, et par-là donné lieu à des récits et à des associations dont le résultat cadrerait parfaitement avec l'état de choses qui apparaît ensuite dans l'histoire. Sans doute là où manque son témoignage positif, l'on ne pourrait établir ce qu'on appelle _certitude morale_; mais par l'enchaînement des causes et des effets, on pourrait arriver à un degré de _probabilité_ qui en produirait l'effet; puisque d'ailleurs, avec les témoignages les plus positifs, l'histoire n'a jamais de droit qu'aux plus ou moins grandes probabilités.

_Ibidem_, lig. 27. (_La doctrine intérieure_) Les boudistes ont deux doctrines, l'une _publique_ et ostensible, l'autre _intérieure_ et secrète, précisément comme les prêtres égyptiens. Pourquoi cette différence? demandera-t-on. C'est que la doctrine _publique_ enseignant les _offrandes_, les _expiations_, les _fondations_, etc., il est _utile_ de la prêcher au peuple; au lieu que l'autre enseignant le _néant_ et ne rapportant rien, il convient de ne la faire connaître qu'aux adeptes. On ne peut classer plus évidemment les hommes en _fripons_ et en _dupes_.

Pag. 156, lig. 18. (_Voilà ce qu'a révélé notre Boudah._) Ce sont les propres termes de _La Loubère_, dans sa Description du royaume de Siam et de la théologie des _bonzes_. Leurs dogmes, comparés à ceux des anciens philosophes de la Grèce et de l'Italie, retracent absolument tout le système des stoïciens et des épicuriens, mêlé avec des superstitions astrologiques et quelques traits du pythagorisme.

Pag. 165, lig. 4. (_La barbarie originelle du genre humain._) C'est le témoignage unanime de toutes les histoires, et même des légendes, que les premiers hommes furent partout des sauvages, et que ce fut pour les civiliser et leur apprendre à _faire du pain_, que les dieux se manifestèrent.

_Ibidem_, lig. 9. (_N'acquiert d'idées que par l'intermède de ses sens_). Voilà précisément où ont échoué les anciens, et d'où sont venues leurs erreurs: ils ont supposé les _idées de Dieu innées_, coéternelles à l'ame; et de là toutes les rêveries développées dans Platon et Iamblique. _Voy._ le _Timée_, le _Phédon_, et _de Mysteriis Ægyptiorum_, sect. Ire, chap, 3.

Pag. 170, lig. 21. (_Le témoignage de tous les anciens monuments._) Il résulte clairement, dit Plutarque, des _vers d'Orphée_ et des livres _sacrés_ des Égyptiens et des Phrygiens que la _théologie_ ancienne, non-seulement des Grecs, mais en général de tous les peuples, ne fut autre chose qu'un _système de physique, qu'un tableau des opérations de la nature_, enveloppé _d'allégories mystérieuses et de symboles enigmatiques_: de manière que la multitude ignorante s'attachât plutôt au sens apparent qu'au sens caché, et que même dans ce qu'elle comprenait de ce dernier, elle supposât toujours quelque chose de plus profond que ce qui paraissait. _Plutarque, fragment d'un ouvrage perdu, cité dans Eusèbe, Præpar. evang._ lib. III, chap. I, page 85.

«La plupart des philosophes, dit _Porphyre_, et entre autres _Chæremon_ (_qui vécut en Égypte dans le premier siècle de l'ère chrétienne_) ne pensent pas qu'il ait jamais existé d'autre monde que celui que nous voyons: et ils ne reconnaissent pas d'_autres dieux_, de tous ceux qu'allèguent les Égyptiens, que ce que l'on appelle vulgairement les _planètes_, les _signes du zodiaque_ et les _constellations_, qui jouent avec eux en aspect (de _lever_ et de _coucher_); à quoi ils ajoutent _leurs divisions_ de _signes_ en _décans_ ou _maîtres du temps_, qu'ils appellent les _chefs forts et puissants_ dont les _noms_, les _vertus curatives_ des maladies, les _couchers_, les _levers_, les _présages_ de ce qui doit arriver, font la matière des almanachs (c'est-à-dire que les prêtres égyptiens faisaient de véritables almanachs de _Mathieu Laensberg_); car lorsque les prêtres disaient que le soleil était l'_architecte_ de l'univers, Chæremon sentait que tous leurs récits sur _Isis_ et sur _Osiris_, que toutes leurs fables sacrées se rapportaient en partie aux planètes, aux phases de la lune; au cours du soleil, en partie (_aux étoiles de_) l'hémisphère du jour et de la nuit, ou au fleuve du Nil, en un mot, à des êtres physiques, naturels, et rien à des êtres _immatériels_ et _dépourvus_ de corps... Tous ces philosophes croient que les mouvements de notre volonté et de nos actions dépendent de ceux des astres, qu'ils en sont dirigés; et ils se soumettent aux lois d'une _nécessité_ (physique) qu'ils appellent _destin_ ou _fatum_, supposant une chaîne (de causes et d'effets) qui lie, par je ne sais quel lien, tous les hommes entre eux (depuis l'atome) jusqu'à la puissance supérieure et à l'influence première de ces _dieux_; en sorte que, soit dans les temples, soit dans les _simulacres_ ou _idoles_, ils n'adorent autre chose que la _puissance de la destinée_,» (Porphyr. _Epis. ad Ianebonem_.)

Pag. 171, lign. 11. (_Exigea la connaissance des cieux._) Jusqu'à ce jour on a répété, sur l'autorité indirecte de la _Genèse_, que l'astronomie avait été inventée par les _enfants de Noé_. On a raconté gravement que, pâtres errants dans les plaines de _Sennaar_, ils employaient leur désoeuvrement à rédiger un système des cieux; comme si des pâtres avaient _besoin_ de connaître plus que l'étoile polaire, et comme si le _besoin_ n'était pas l'unique motif de toute invention! Si les anciens pasteurs furent si studieux et si habiles, comment arrive-t-il que les modernes soient si ignorants et si négligents? Or, il est de fait que les Arabes du désert ne connaissent pas six constellations, et qu'ils n'entendent pas un mot d'astronomie.

Pag. 172, lign. 12. (_Des génies auteurs des biens et des maux._) Il paraît que par le mot _genius_ les anciens ont entendu proprement une _qualité_, une _faculté génératrice_, productrice; car tous les mots de cette famille reviennent à ce sens: _generare_, _genos_, _genesis_, _genus_, _gens_.

«Les sabéens anciens et modernes, dit Maimonides, reconnaissent un dieu principal, fabricateur du monde et possesseur du ciel; mais à cause de son éloignement trop grand, ils le pensent inaccessible; et imitant la conduite du peuple à l'égard des rois, ils emploient auprès de lui pour médiateurs les _planètes_ et leurs _anges_, auxquels ils donnent le titre de princes et de rois, et qu'ils supposent habiter dans ces corps lumineux, comme dans des _palais_ ou _tabernacles_, etc.» (More Nebuchim, pars III, c. 29.)

_Ibidem_, lign. 28. (_Un sexe tiré du genre de son appellation._) Selon qu'un objet se trouva du genre masculin ou féminin dans la langue d'un peuple, le dieu qui porta son nom se trouva mâle ou femelle chez ce peuple. Ainsi les Cappadociens disaient le _dieu Lunus_ et la _déesse Soleil_; et ceci présente sans cesse les mêmes êtres sous des formes diverses, dans la mythologie des anciens.

Pag. 173, lig. 20. (_Ce qui contribue à la conservation de soi et de ses semblables._) À ceci Plutarque ajoute que ces prêtres (égyptiens) ont toujours fait le plus grand cas de la conservation de la santé..., et qu'ils la regardent comme une condition nécessaire au service des dieux et à la piété, etc. (Voy. _Isis_ et _Osiris_, à la fin.)

_Ibidem_, lig. 26.(_Paraissent remonter au delà de quinze mille ans._) L'orateur historien suit ici l'opinion du savant _Dupuis_, qui d'abord en son mémoire sur l'_Origine des Constellations_, puis dans son grand ouvrage sur l'_Origine de tous les Cultes_, à rassemblé une foule de preuves que jadis la _balance_ était placée à l'équinoxe du printemps, et le _belier_ à l'équinoxe d'automne, c'est-à-dire que la _précession_ des équinoxes a causé un déplacement de plus de sept signes. L'action de ce phénomène est incontestable: les calculs les plus récents l'évaluent à 50 secondes, 12 ou 15 tierces par an; donc chaque degré de signe zodiacal est déplacé et _mis en arrière_, en 71 ans 8 ou 9 mois; donc un signé entier, en 2152 ou 53 ans. Or si, comme il est de fait, le point équinoxial du printemps fut juste au 1er degré du _belier_, l'an 388 avant J.-C.; c'est-à-dire si, à cette époque, le soleil avait parcouru et mis en arrière tout ce signe pour entrer dans les _poissons_, qu'il a quittés de nos jours, il s'ensuit qu'il avait quitté le _taureau_ 2153 ans auparavant, c'est-à-dire vers l'an 2540 avant J.-C., et qu'il y était entré vers l'an 4692 avant J.-C. Ainsi, remontant de signe en signe, le 1er degré du _belier_ avait été le point équinoxial d'automne environ 12,912 ans avant l'an 388, c'est-à-dire 13,300 ans avant l'ère chrétienne: ajoutez nos dix-huit siècles, vous avez 15,100 ans, et de plus la quantité de temps et de siècles qu'il fallut pour amener les connaissances astronomiques à ce degré d'élévation. Maintenant remarquez que le culte du signe _taureau_ joue un rôle principal chez les Égyptiens, les Perses, les Japonais, etc.; ce qui indique à cette époque une marche commune d'idées chez ces divers peuples. Les 5 ou 6000 ans de la Genèse ne font objection que pour ceux qui y croient par éducation: (_Voy._ à ce sujet l'analyse de la Genèse, dans le tom. Ier des _Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne_; voy. aussi l'_Origine des Constellations_, par Dupuis, 1781; _l'Origine des Cultes_, en 3 vol. in-4º, 1794, et le _Zodiaque chronologique_, in-4º, 1806.)

Pag. 176, lig. 2. (_Les noms des objets terrestres qui leur répondaient._) «Les anciens, dit Maimonides, portant toute «leur attention sur l'agriculture, donnèrent aux étoiles des «noms tirés de leurs occupations pendant l'année.» (_More Neb._..., pars V.)

Pag. 177, lig. 19. (_Tel fut le moyen d'appellation._) Les anciens disaient: _crabiser_, _capriser_, _tortuiser_, comme nous disons _serpenter_, _coqueter_; tout le langage a été construit sur ce mécanisme.

Pag. 179, lig. 26. (_En qui la vertu des astres s'était insérée._) «Les anciens astrologues, dit le plus savant des Juifs (Maimonides), ayant consacré à chaque planète une couleur, un animal, un bois, un métal, un fruit, une plante, ils formaient de toutes ces choses une _figure_ ou représentation de l'astre, observant pour cet effet de choisir un _instant approprié, un jour heureux_, tel que la _conjonction_ ou tout autre aspect favorable; par leurs cérémonies (magiques), ils croyaient pouvoir faire passer dans ces _figures_ ou _idoles_ les influences des êtres supérieurs (leurs modèles). C'étaient ces idoles qu'adoraient les _Kaldéens-sabéens_: dans le culte qu'on leur rendait, il fallait être vêtu de la couleur propre.... Ainsi, par leurs pratiques, les astrologues introduisirent l'idolâtrie, _ayant pour objet de se faire regarder comme les dispensateurs des faveurs des cieux_; et parce que les peuples anciens étaient entièrement adonnés à l'agriculture, ils leur persuadaient qu'ils avaient le pouvoir de disposer des _pluies_ et des autres biens des saisons; ainsi, toute l'agriculture s'exerçait par des règles d'astrologie, et les prêtres faisaient des talismans pour chasser les sauterelles, les mouches, etc.» Voy. _Maimonides_, _More Nebuchim_, pars 111, c. 9.

«Les prêtres égyptiens, indiens, perses, etc., prétendent lier les dieux à leurs idoles, les faire descendre du ciel à leur gré; ils menacent le soleil et la lune de révéler les secrets des mystères, d'ébranler les _cieux_, etc.» _Eusèbe, Præparat. evang._, pag. 198; et Iamblique, _de Mysteriis Ægyptiorum_.

Pag. 180, lign. 12. (_Fut censé en remplir les rôles astronomiques._) Ce sont les propres paroles de Iamblique, _de Symbolis Ægyptiorum_, c. 2, sect. 7. Il était le grand _Protée, le métamorphiste universel_.

Pag. 181, lig. 22. (_Votre tonsure est le disque du soleil._) «Les Arabes, dit Hérodote, lib. III, _se rasent la tête en rond et autour des tempes_, ainsi que se la rasait, disaient-ils, Bacchus (qui est le soleil).» Jérémie, c. 25, V. 23, parle de cette coutume. La touffe que conservent les musulmans est encore prise du soleil, qui, chez les Égyptiens, était peint, au solstice d'hiver, n'ayant plus _qu'un cheveu sur la tête_. (_Votre étole est son zodiaque_). Les étoles de la déesse de Syrie et de la Diane d'Éphèse, d'où dérive celle des prêtres, portent les douze animaux du zodiaque. Les _chapelets_ se retrouvent dans toutes les idoles indiennes, composées il y a plus de 4500 ans, et leur usage est universel et immémorial en Asie. La _crosse_ est précisément le bâton de _Bootes_ ou _Osiris_. (_Voy._ la planche III.) Tous les lamas portent la mitre, ou bonnet _conique_, qui était l'emblème du soleil.

Pag. 182, lig. 21. (_On en fit la vie historique d'Hercule._) _Voy._ l'ouvrage de Dupuis, _Origine des Constellat_, et _Origine de tous les Cultes_.

Pag. 183, lig. 19. (La réunion de ces figures avait des sens convenus.) Le lecteur verra sans doute avec plaisir plusieurs exemples des hiéroglyphes des anciens.

«Les Égyptiens, dit Hor-Apollo, désignent l'éternité par les figures du soleil et de la lune. Ils figurent le monde par un serpent bleu à _écailles jaunes_ (_les étoiles_; c'est le dragon chinois). S'ils veulent exprimer l'année, ils représentent _Isis_, qui dans leur langue se nomme aussi _Sothis_, ou la _canicule_, première des constellations, par le lever de qui l'année commençait. Son inscription à Saïs était: _C'est moi qui me lève dans la constellation du chien_.

«Ils figurent aussi l'année par un _palmier_, et le mois par un _rameau_, parce que, chaque mois, le palmier pousse une branche.

«Ils la figurent encore par le quart d'un arpent. (L'arpent entier, divisé en _quatre_, désignait la période bissextile de quatre ans: l'abréviation de cette figure du champ quadripartite est visiblement la lettre _ha_ ou _hêth_, septième de l'alphabet samaritain; les lettres alphabétiques pourraient bien n'être que des abréviations d'hiéroglyphes astronomiques, et par cette raison on aurait écrit de droite à gauche, dans le sens de la marche des étoiles.) Ils désignent un _prophète_ par l'image d'un _chien_, attendu que l'astre-chien (_Anoubis_) annonce par son lever l'inondation.

«Ils peignent l'inondation par un lion, parce qu'elle arrive sous ce signe; et de là, dit Plutarque, l'usage des figures de lion vomissant de l'eau à la porte des temples.

«Ils expriment Dieu et la destinée par une étoile. Ils représentent aussi Dieu, dit Porphyre, par une pierre _noire_, parce que sa nature est _ténébreuse_, _obscure_. Toutes les choses blanches expriment les dieux _célestes_, _lumineux_; toutes les _circulaires_ expriment le monde, la _lune_, le _soleil_, les _orbites_; tous les _arcs_ et _croissans_, la lune.... Ils figurent le _feu_ et les dieux de l'Olympe par des _pyramides_ et des _obélisques_ (le nom du soleil, _Baal_, se trouve dans ce dernier mot); le soleil par un _cône_ (la mitre d'Osiris); la terre par un cylindre (qui roule); la puissance génératrice (de l'air) par le _phallus_, et celle de la terre par un triangle, emblème de l'organe femelle. (_Euseb., Præpar. evang._, p. 98.)

«Le limon, dit Iamblique, _de Symbolis_, sect. 7, c. 2, désigne la _matière_, la puissance _générative_ et _nutritive_; tout ce qui reçoit la _chaleur_, la _fermentation_ de la vie.

«Un homme assis sur le _lotos_ ou _nénuphar_ désigne l'_esprit moteur_ (le soleil), qui, de même que cette plante vit dans l'eau sans toucher au limon, existe pareillement séparé de la matière, nageant dans l'espace, _se reposant sur lui-même_; _rond_ dans toutes ses parties, comme le fruit, les feuilles et les fleurs du _lotos_. (Brahma a des yeux de lotos, dit le _Chaster Néardisen_, pour désigner son intelligence, son _oeil_, qui surnage à tout, comme la fleur du _lotos_ sur l'eau.) Un homme au timon d'un vaisseau, continue Iamblique, désigne le _soleil_ qui _gouverne_ tout. Et Porphyre nous dit que c'est encore lui que représente un homme dans un vaisseau sur un crocodile (amphibie, emblème de l'air et de l'eau.)

«À Éléphantine on adorait une figure d'homme _assis, de couleur bleue_, ayant une tête de _belier_, et des cornes de bouc qui embrassaient le disque; le tout pour figurer la conjonction du soleil dans le belier avec la lune. La couleur bleue désigne la puissance attribuée à la lune dans cette conjonction, d'élever les eaux en _nuages_ (apud Euseb., _Præpar. evang._, pag. 116).

«L'épervier est l'emblème du _soleil_ et de la _lumière_, à raison de son vol rapide et élevé au plus haut de l'air, où _abonde la lumière_.

«Le poisson est l'emblème de l'aversion, et l'hippopotame de la violence, parce que, dit-on, il tue son père et viole sa mère. De là, dit Plutarque, l'inscription hiéroglyphique du temple de Saïs, où l'on voit peints sur le vestibule, 1º un enfant, 2º un vieillard, 3º un épervier, 4º un poisson, et 5º un hippopotame; ce qui signifie: 1º arrivants (à la vie), et 2º partants, 3º dieu, 4º hait, 5º l'injustice. (Voyez _Isis_ et _Osiris_.)

«Les Égyptiens, ajoute-t-il, peignent le _monde_ par un scarabée, parce que cet insecte pousse à contre-sens de sa marche une boule qui contient ses _oeufs_, comme le ciel des fixes pousse le _soleil_ (jaune de l'oeuf) à contre-sens de sa rotation.

«Ils peignent le monde par le nombre _cinq_, qui est celui des éléments, savoir, dit Diodore, la terre, l'eau, l'air, le feu et l'éther ou _spiritus_ (ils sont les mêmes chez les Indiens); et, selon les mystiques, dans Macrobe, ce sont le Dieu suprême ou premier mobile, l'intelligence ou _mens_ née de lui, l'ame du monde qui en procède, les sphères célestes et les choses terrestres. De là, ajoute Plutarque, l'analogie de _penté_, _cinq_ (en grec), à _Pan_, le _tout_.

«L'âne, dit-il encore, désigne _Typhon_, parce qu'il est de couleur _rousse_, comme lui: or, Typhon est tout ce qui est _bourbeux_, limoneux» (et j'observerai qu'en hébreu, _limon_, couleur _rousse_, et _âne_, sont des mots formés de la même racine _hamr_). De plus, Iamblique nous a dit que le _limon_ désignait la _matière_, et il ajoute ailleurs que tout _mal_, toute _corruption_ viennent de la matière; ce qui, comparé au mot de Macrobe, _tout est périssable_, sujet au changement dans la sphère céleste, nous donne la théorie du système d'abord physique, puis moralisé, dû _bien_ et du _mal_ des anciens. (_Voy._ encore le Mémoire _sur le zodiaque de Dendera_, que le savant Dupuis a inséré dans le journal intitulé: _Revue philosophique_, année 1801.)

Pag. 187, lig. 1. (_Une cause insensée de superstition._) C'est le propre texte de Plutarque, qui raconte que ces divers cultes furent donnés par un roi d'Égypte, aux différentes villes, pour les désunir et les asservir (et ces rois étaient pris dans la caste des prêtres). V. _Isis_ et _Osiris_.

Pag. 189, lig. 15. (_Dans la projection de la sphère que traçaient les prêtres astronomes._) Les anciens prêtres eurent trois espèces de projection, qu'il est utile de faire connaître au lecteur.

«Nous lisons dans _Eubulus_, dit Porphyre, que _Zoroastre_ fut le premier qui, ayant choisi dans les montagnes voisines de la Perse une caverne agréablement située, la consacra à _Mithra_ (le soleil), _créateur_ et _père_ de toutes choses, c'est-à-dire qu'ayant partagé cet antre en divisions géométriques qui représentaient les _climats_ et les _éléments_, il imita en petit l'ordre et la disposition de l'univers par _Mithra_. Après Zoroastre, ce devint un usage de consacrer les antres à la célébration des _mystères_; en sorte que, de même que les temples sont affectés aux dieux célestes, les autels champêtres aux héros et aux dieux terrestres, les souterrains aux dieux _infernaux_ (inférieurs); de même les _antres_ et les grottes furent spécialement attribués au _monde_, à l'_univers_ et aux nymphes: de là est venue à Pythagore et à Platon l'idée d'appeler le _monde_ une _caverne_, un _antre_. (_Porphyre_, _De antro Nympharum_.)

Voici donc une première projection en relief; et quoique les _Perses_ aient fait honneur de son invention à Zoroastre, on peut assurer qu'elle eut lieu chez les Égyptiens, et que même étant la plus simple, elle dut y être la plus ancienne; les cavernes de Thèbes, remplies de peintures, autorisent ce sentiment.