Les Précurseurs

Part 15

Chapter 153,302 wordsPublic domain

Villeneuve, 9 novembre 1918.

_Le Populaire_, Paris, 18 novembre 1918.

* * * * *

_Quelques jours après_, Le Populaire _publiait (4 décembre 1918) une lettre de Romain Rolland à Jean Longuet, où il exposait le fond de sa pensée et les raisons de son attitude à l'égard de Wilson_. (_La lettre a été reproduite par l'_Humanité, _dans son numéro du 14 décembre 1918, consacré au président Wilson_).

«Je ne suis pas Wilsonien. Je vois trop que le message du Président, non moins habile que généreux, travaille (de bonne foi) à réaliser dans le monde la conception de la République bourgeoise, du type franco-américain.

Et cet idéal conservateur ne me suffit plus.

Mais, malgré nos préférences personnelles et nos réserves pour l'avenir, je crois que le plus pressant et le plus efficace est de soutenir l'action du président Wilson. Elle seule est capable d'imposer un frein aux appétits, aux ambitions et aux instincts violents, qui s'assiéront au banquet de la Paix. Elle est la seule chance d'arriver actuellement à un modus _vivendi_, provisoirement et relativement équitable en Europe. Car ce grand bourgeois incarne le plus pur, le plus désintéressé, le plus humain de la conscience de sa classe[99]. Nul n'est plus digne d'être l'Arbitre.»

XXV

Contre le Bismarckisme vainqueur

Le Populaire _de Paris avait demandé à Romain Rolland un article, à l'occasion de l'arrivée du Président Wilson. Romain Rolland, alors malade, à Villeneuve, en Suisse, répondit_:

Jeudi, 12 décembre 1918.

«Mon cher Longuet,

«Votre lettre du 6 ne m'arrive qu'aujourd'hui, naturellement ouverte par la censure militaire, et elle me trouve alité depuis quinze jours, avec une grippe tenace. Je ne puis donc vous écrire l'article que vous me demandez.

«Je vous dirai seulement que, durant ces quinze jours, la lecture des nouvelles de France m'a été souvent plus pesante que la fièvre. Les Alliés se croient victorieux. Je les regarde (s'ils ne se ressaisissent) comme vaincus, conquis, infectés par le Bismarckisme.

«Sans un puissant coup de barre, je vois à l'horizon un siècle de haines, de nouvelles guerres de revanche et la destruction de la civilisation européenne. J'ajoute que, pour celle-ci, je n'aurai pas un regret, si les peuples vainqueurs se montrent aussi incapables de diriger leurs destinées.

«Puissent-ils, au milieu des triomphes enivrants, mais trompeurs, du présent, reprendre conscience de leurs écrasantes responsabilités envers l'avenir! Et qu'ils songent que chacune de leurs erreurs ou de leurs abdications sera payée par leurs enfants et leurs petits-enfants!

«Excusez ces lignes maladroites d'un convalescent et croyez-moi, mon cher Longuet, votre dévoué

ROMAIN ROLLAND.

_Le Populaire_, Paris, 21 décembre 1918.)

XXVI

Déclaration d'Indépendance de l'Esprit

Travailleurs de l'Esprit, compagnons dispersés à travers le monde, séparés depuis cinq ans par les armées, la censure et la haine des nations en guerre, nous vous adressons, à cette heure où les barrières tombent et les frontières se rouvrent, un Appel pour reformer notre union fraternelle, mais une union nouvelle, plus solide et plus sûre que celle qui existait avant.

La guerre a jeté le désarroi dans nos rangs. La plupart des intellectuels ont mis leur science, leur art, leur raison, au service des gouvernements. Nous ne voulons accuser personne, adresser aucun reproche. Nous savons la faiblesse des âmes individuelles et la force élémentaire des grands courants collectifs: ceux-ci ont balayé celles-là, en un instant, car rien n'avait été prévu afin d'y résister. Que l'expérience au moins nous serve, pour l'avenir!

Et d'abord, constatons les désastres auxquels a conduit l'abdication presque totale de l'intelligence du monde et son asservissement volontaire aux forces déchaînées. Les penseurs, les artistes, ont ajouté au fléau qui ronge l'Europe dans sa chair et dans son esprit une somme incalculable de haine empoisonnée; ils ont cherché dans l'arsenal de leur savoir, de leur mémoire, de leur imagination, des raisons anciennes et nouvelles, des raisons historiques, scientifiques, logiques, poétiques, de haïr; ils ont travaillé à détruire la compréhension et l'amour entre les hommes. Et, ce faisant, ils ont enlaidi, avili, abaissé, dégradé la Pensée, dont ils étaient les représentants. Ils en ont fait l'instrument des passions (et sans le savoir peut-être), les intérêts égoïstes d'un clan politique ou social, d'un Etat, d'une patrie ou d'une classe. A présent, de cette mêlée sauvage, d'où toutes les nations aux prises, victorieuses ou vaincues, sortent meurtries, appauvries, et, dans le fond de leur coeur (bien qu'elles ne se l'avouent pas), honteuses et humiliées de leur crise de folie, la Pensée, compromise dans leurs combats, sort, avec elles, déchue.

Debout! Dégageons l'Esprit de ces compromissions, de ces alliances humiliantes, de ces servitudes cachées! L'Esprit n'est le serviteur de rien. C'est nous qui sommes les serviteurs de l'Esprit. Nous n'avons pas d'autre maître. Nous sommes faits pour porter, pour défendre sa lumière, pour rallier autour d'elle tous les hommes égarés. Notre rôle, notre devoir, est de maintenir un point fixe, de montrer l'étoile polaire, au milieu du tourbillon des passions dans la nuit. Parmi ces passions d'orgueil et de destruction mutuelle, nous ne faisons pas un choix; nous les rejetons toutes. Nous honorons la seule Vérité, libre, sans frontières, sans limites, sans préjugés de races ou de castes. Certes, nous ne nous désintéressons pas de l'Humanité! Pour elle, nous travaillons, mais pour elle _tout entière_. Nous ne connaissons pas les peuples. Nous connaissons le Peuple,--unique, universel,--le Peuple qui souffre, qui lutte, qui tombe et se relève, et qui avance toujours sur le rude chemin trempé de sa sueur et de son sang,--le Peuple de tous les hommes, tous également nos frères. Et c'est afin qu'ils prennent, comme nous, conscience de cette fraternité que nous élevons au-dessus de leurs luttes aveugles l'Arche d'Alliance,--l'Esprit libre, un et multiple, éternel.

R. R.

Villeneuve, printemps 1919.

[Ce manifeste a été publié dans _l'Humanité_ du 26 juin 1919.]

A la date où paraît ce livre, cette Déclaration a reçu l'adhésion de:

Jane ADDAMS (Etats-Unis); Alain [CHARTIER] (France); Raoul ALEXANDRE, de l'_Humanité_ (France); G. VON ARCO (Allemagne); René ARCOS (France);

Henri BARBUSSE (France); Charles BAUDOUIN, directeur du _Carmel_ (France); Léon BAZALGÉTTE (France); Edouard BERNAERT (France); Lucien BESNARD (France); Enrico BIGNAMI, directeur du _Coenobium_ (Italie); Paul BIRUKOFF (Russie); Ernest BLOCH (Suisse); Jean-Richard BLOCH (France); Louise BODIN (France); Roberto BRACCO (Italie); Dr L.-J. BROUWER (Hollande); Samuel BUCHET (France); Dr E. BURNET, de l'Institut Pasteur (France);

Edward CARPENTER (Angleterre); A. DE CHATEAUBRIANT (France); Georges CHENNEVIÈRE (France); Paul COLIN, directeur de l'_Art libre_ (Belgique); Dr ANANDA COOMARASWAMY (Hindoustan); Bénédicto COSTA (Brésil); François CRUCY, de l'_Humanité_ (France); Benedetto CROCE (Italie);

Paul DESANGES, de la revue _La Forge_ (France); Lowes DICKINSON (Angleterre); Georges DONVALIS (Grèce); Albert DOYEN (France); Georges DUHAMEL (France); Edouard DUJARDIN, directeur des _Cahiers Idéalistes_ (France), Amédée DUNOIS, de _l'Humanité_ (France); Gustave DUPIN (France);

Dr Robert EDER (Suisse); Dr Frederik VAN EEDEN (Hollande); Georges EECKHOUD (Belgique); Prof. A. EINSTEIN (Allemagne); J.-F. ESLANDER (Belgique);

Dr Joseph FIÉVEZ (France); Prof. A. FOREL (Suisse); Prof. W. FORSTER (Allemagne); Leonhard FRANK (Allemagne); Waldo FRANK (Etats-Unis); Dr A.-H. FRIED (Autriche allemande); R. FRY (Angleterre);

Waldemar GEORGE, de la revue _La Forge_; G. GEORGES-BAZILLE, directeur des _Cahiers Britanniques et Américains_ (France); H. VON GERLACH (Allemagne); Ivan GOLL (Allemagne);

Augustin HAMON (France); Verner VON HEIDENSTAM (Suède); Wilhelm HERZOG (Allemagne); Hermann HESSE (Allemagne); Prof. David HILBERT (Allemagne); Charles HOFER (Suisse);

P.-J. JOUVE (France);

J.-C. KAPTEYN (Hollande); Ellen KEY (Suède); Georges KHNOPFF (Belgique); Käte KOLLWITZ (Allemagne);

Selma LAGERLOF (Suède); C.-A. LAISANT (France); Andreas LATZKO (Hongrie); A.-M. LABOURÉ (France); Raymond LEFEBVRE (France); Prof. Max LEHMANN (Allemagne); Carl LINDHAGEN (Suède); M. LOPEZ-PICO (Catalogne); Arnaldo LUCCI (Italie);

Heinrich MANN (Allemagne); Marcel MARTINET (France); Frans MASEREEL (Belgique); Alfons MASERAS (Catalogne); Emile MASSON [BRENN] (France); Mélot DU DY (Belgique); Alexandre MERCEREAU (France); Luc MÉRIGA, directeur de la revue _La Forge_ (France); Jacques MESNIL (Belgique); Sophus MICHAELIS (Danemark); A. MOISSI (Allemagne); Mathias MORHARDT (France); Georges et Madeleine MATISSE (France);

Paul NATORP (Allemagne); Scott NEARING (Etats-Unis); Prof. Georg-Fr. NICOLAI (Allemagne); NITHACK-STAHN (Allemagne);

Eugenio D'ORS (Catalogne);

H. PAASCHE (Allemagne); Edmond PICARD (Belgique); A. PIERRE, de l'_Humanité_ (France); Prof. A. PRENANT (France);

Prof. RAGAZ (Suisse); Gabriel REUILLARD (France); Romain ROLLAND (France); Jules ROMAINS (France); H. ROORDA VAN EYSINGA (Suisse); Dr Nicolas ROUBAKINE (Russie); Nelly ROUSSEL (France); Dr M. DE RUSIECKA (Pologne); Bertrand RUSSELL (Angleterre); Han RYNER (France);

Dr SCHIRARDIN, Prof. Edouard SCHOEN, Prof. P. SCHULTZ, professeurs à l'Ecole Réale supérieure de Metz (France); Edouard SCHNEIDER (France); SÉVERINE (France); Paul SIGNAC (France); Upton SINCLAIR (Etats-Unis); Dr Robert SOREL (France); Hélène STOCKER (Allemagne); Jean SUCHENNO (France);

RABINDRANATH TAGORE (Hindoustan); Gaston THIESSOU (France); Jules UHRY, de l'_Humanité_ (France); Fritz VON UNRUH (Allemagne);

Paul VAILLANT-COUTURIER (France); Henry VAN DE VELDE (Belgique); Charles VILDRAC (France);

Dr WACKER, professeur à l'Ecole Réale Supérieure de Metz (France); H. WEHBERG (Allemagne); Franz WERFEL (Allemagne); Léon WERTH (France); L. DE WISKOVATOFF (Russie);

YANNIOS (Grèce);

Israel ZANGWILL (Angleterre); Stefan ZWEIG (Autriche allemande).

M. Emilio-H. DEL VILLAR, directeur de l'_Archivo Geografico de la Peninsula Ibérica_, de Madrid, nous a fait parvenir un manifeste: _Por la causa de la civilizacion_, publié dans les journaux de Madrid, en juin dernier, et inspiré de sentiments analogues à ceux de notre Déclaration. Ce manifeste est signé d'une centaine d'écrivains et savants espagnols, professeurs aux Universités. M. Emilio H. del Villar envoie son adhésion et celle des signataires du manifeste espagnol à la _Déclaration d'Indépendance de l'Esprit_.

Nous regrettons de ne pouvoir faire figurer sur cette liste[100] nos amis de Russie, dont nous sépare encore le blocus des gouvernements; mais nous leur gardons leur place parmi nous. La pensée russe est l'avant-garde de la pensée du monde.

R. R.

Août 1919.

NOTE APPENDICE A L'ARTICLE XX

Un Grand Européen

G.-F. Nicolaï, p. 167

Il y a lieu d'apporter une rectification aux reproches adressés par G.-F. Nicolaï aux diverses sectes chrétiennes. Leur opposition à la guerre a été, en plusieurs pays d'Europe, beaucoup plus vive qu'on ne l'a dit généralement. Mais comme le pouvoir l'a étouffée violemment, en faisant le silence autour, ce n'est que depuis la fin de la guerre que se sont révélés ces révoltes de conscience et ces sacrifices. Sans parler des milliers de _Conscientious Objectors_, aux Etats-Unis et surtout en Angleterre, où M. Bertrand Russell s'est fait leur défenseur et leur interprète, M. Paul Birukoff a attiré mon attention sur l'attitude des Nazarénens de Hongrie et de Serbie, qui ont été fusillés en masse, des Tolstoyens, Doukhobors, Adventistes, jeunes Baptistes, etc., en Russie. Quant aux Mennonites, d'après les renseignements de M. le Dr Pierre Kennel, ils ont, aux Etats-Unis, refusé en grande majorité de souscrire aux emprunts de guerre, et ils n'ont pas été astreints au service militaire; mais ils se sont engagés pour aider à la reconstruction des régions dévastées du Nord de la France. En Russie tsariste et en plusieurs Etats d'Allemagne, ils ont été autorisés à ne servir dans l'armée que comme infirmiers, ou auxiliaires. En France, un décret de la Convention, respecté par Napoléon, les classait aussi dans les services auxiliaires. Mais la Troisième République n'en a pas tenu compte.

R. R.

TABLE DES MATIÈRES

_A la mémoire des Martyrs de la Foi nouvelle_ 5

Introduction 7

I. _Ara Pacis_ 11

II. La Route en lacets qui monte 14

III. Aux peuples assassinés 22

IV. A l'Antigone éternelle 32

V. Une voix de femme dans la mêlée 34

VI. Liberté! 37

VII. A la Russie libre et libératrice 39

VIII. Tolstoy: l'esprit libre 41

IX. A Maxime Gorki 45

X. Deux lettres de Maxime Gorki 47

XI. Aux écrivains d'Amérique 52

XII. Voix libres d'Amérique 56

XIII. Pour E.-D. Morel 69

XIV. La jeunesse suisse 71

XV. _Le Feu_, par HENRI BARBUSSE 90

XVI. _Ave, Cæsar, morituri te salutant_ 100

XVII. _Ave, Cæsar_... ceux qui veulent vivre te saluent 106

XVIII. L'Homme de Douleur: _Menschen im Krieg_, par ANDREAS LATZKO 111

XIX. _Vox Clamantis... Jeremias_, poème dramatique de STEFAN ZWEIG 127

XX. Un grand Européen: G.-F. Nicolaï 146

XXI. En lisant Auguste Forel 185

XXII. Pour l'Internationale de l'Esprit 196

XXIII. Un Appel aux Européens 207

XXIV. Lettre ouverte au président Wilson 216

XXV. Contre le Bismarckisme vainqueur 219

XXVI. Déclaration de l'Indépendance de l'Esprit 221

Note Appendice à l'article XX 227

IMPRIMERIE "L'UNION TYPOGRAPHIQUE"

VILLENEUVE-SAINT-GEORGES

NOTES:

[1] Publiée en brochure dans les éditions du _Carmel_, à Genève et à Paris, en 1918.

[2] Sauf la dernière strophe, qui est de l'automne de la même année.

[3] Voir conversation avec L. Mabilleau, _Opinion_, 20 juin 1908.

[4] Dans un récent numéro de la _Revue des Deux Mondes_.

[5] _Institut für Kulturforschung_, fondé en février 1915, à Vienne, par le Dr Erwin Hanslick. Son succès fut si rapide qu'en février 1916, il fut dédoublé et donna naissance à un nouvel «Institut de recherches pour l'Est et pour l'Orient».

[6] «La nature, dit Voltaire, est comme ces grands princes qui comptent pour rien la perte de 400.000 hommes, pourvu qu'ils viennent à bout de leurs augustes desseins.» (_L'Homme aux quarante écus._)

Les grands et les petits princes d'aujourd'hui ne se contentent pas à si bon marché!

[7] Voir dans _La Révolte de l'Asie_, par Victor BÉRARD, le bref récit de la campagne de Mandchourie,--et dans _Les derniers Jours de Pékin_, par Pierre LOTI, le tableau de la destruction de la «Ville-de-la-Pureté-Céleste», Tong-Tchéou.

[8] Toute une série des _Cahiers de la Quinzaine_ a été consacrée à flétrir les crimes de la civilisation. Je signale:

a) _Sur le Congo_, les cahiers de E.-D. MOREL, Pierre MILLE et Félicien CHALLAYE. (Cahiers de la Quinzaine, VII, 6, 12, 16.)

b) _Sur les Juifs en Russie et en Roumanie_, les cahiers de Bernard LAZARE, Elie EBERLIN et Georges DELAHACHE. (III, 8; VI, 6.)

c) _Sur la Pologne_, cahier de Edmond BERNUS. (VIII, 10, 12, 14.)

d) _Sur l'Arménie_, cahier de Pierre QUILLARD. (III, 19.)

e) _Sur la Finlande_, cahier de Jean DECK. (III, 21.)

[9] Arnold PORRET: _Les causes profondes de la Guerre_. Lausanne, 1916.

[10] Le 18 juin 1916. Ce discours, qui marque un tournant dans l'histoire du monde et dont aucun grand journal européen n'a parlé, fait appel au Japon, «avant-garde de l'Asie». Il a été reproduit dans l'_Outlook_ de New-York, 9 août 1916, sous le titre: «India's Message to Japan», et le _Journal religieux de la Suisse romande_ en a donné quelques fragments, le 23 septembre.--Depuis, Tagore l'a publié dans son volume intitulé: _Nationalism_.

[11] Lire la série d'articles pénétrants publiés par Francis DELAISI dans ces dix dernières années, et, à titre d'exemple, celui du 1er janvier 1907 dans _Pages libres_ sur les affaires extérieures en 1906 (l'année d'Algésiras). On y verra de beaux exemples, comme il dit, de «diplomatie industrialisée». Comme complément à cette lecture, les articles financiers de la _Revue_ (nov.-déc. 1906) signés LYSIS, et le commentaire qu'en fait P.-G. LA CHESNAIS, dans _Pages libres_ (19 janvier 1907). Le pouvoir des oligarchies financières, «collectif, mystérieux, indépendant de tout contrôle», y apparaît nettement dans le gouvernement des Etats d'Europe--républiques et monarchies.

[12] Citons ici quelques lignes de MAURRAS, si lucide quand il ne se livre pas en proie à son idée fixe:

«L'Etat-Argent administre, dore et décore l'Intelligence: mais il la musèle et l'endort. Il peut s'il le veut, l'empêcher de connaître une vérité politique, et, si elle la dit, d'être écoutée et entendue. Comment un pays connaîtrait-il ses besoins, si ceux qui les connaissent peuvent être contraints au silence, au mensonge ou à l'isolement?» (_L'Avenir de l'Intelligence._)

Tableau véridique, du présent!

[13] Introduction au volume de Mme Marcelle CAPY: _Une voix de femme dans la mêlée_, Ollendorff.

Les passages en italique ont été supprimés par la censure du temps.

[14] Voyez page 26 du volume de Mme Marcelle CAPY, quel écho émouvant ces pages de robuste pitié ont éveillé dans le coeur généreux de nos soldats.

[15] Genève, J.-H. Jeheber, éditeur.

[16] 7 décembre 1895.

[17] Exception faite pour quelques voix allemandes, dont la plus haute est celle du professeur Foerster. Mais il ne faudrait pas laisser croire que ces honnêtes gens soient le monopole de l'Allemagne, et qu'il n'en existe pas chez l'opposition d'en face, dans l'autre camp.

[18] J'en vois un indice dans la fondation récente et le succès de nouveaux journaux ou revues suisses qui réagissent contre ces procédés. Au reste, les regrets que j'exprime l'ont été, maintes fois, par des écrivains suisses indépendants, comme M. H. Hodler (dans _la Voix de l'Humanité_), M. Ed. Platzhoff-Lejeune (dans _Coenobium_ et dans la _Revue Mensuelle_), et tout récemment par M. Adolphe Ferrière, dans un excellent article de _Coenobium_ (mars-avril 1917): _Le rôle de la presse et de la censure dans la haine des peuples_.

[19] _The Masses_, a free magazine, 24, Union Square, East New-York.--Tous les renseignements qui suivent sont extraits de ses deux numéros de juin et juillet 1917.

[20] Article: _Pour la démocratie_, juin 1917.

[21] Article: _Qui a voulu la guerre?_ juin 1917.

[22] _Les socialistes et la guerre_, juin 1917.

[23] _La religion du patriotisme_, juillet 1917.

[24] _Sur le fait de ne pas aller à la guerre_, juillet 1917.

[25] _Patriotisme dans le Middle West_, juin 1917.

[26] Le fait serait arrivé, assure-t-on, pour le _Pearson's Magazine_ (voir l'article: _Liberté de parole, Free Speech_, numéro de juillet 1917).--Sans parler de la _maestria_ avec laquelle on implique tous les gêneurs indépendants dans de prétendus «complots».

[27] Numéro de juillet 1917.

[28] Le Sénat américain a, depuis, frappé d'un lourd impôt les «extraprofits» de guerre.

[29] Depuis, E.-D. Morel, libéré, a, dans des conférences publiques en Angleterre, dévoilé, à l'indignation de ses auditeurs, les illégalités du procès et les dessous de l'affaire, où l'on vit reparaître certains louches personnages, dont il avait jadis lésé les criminels intérêts, dans son intrépide campagne de presse pour le Congo.--Voir _The Persecution of E.-D. Morel_ (Glasgow, Reformer's Series, 1919).

[30] La section de Bellinzona, ou du Tessin, n'a été fondée qu'en novembre 1916. Pour son inauguration, le président, Julius Schmidhauser, a prononcé un discours d'un beau souffle européen. Il oppose à l'union des trois races suisses le spectacle encore préhistorique de notre Europe, où «le Français ne voit dans l'Allemand qu'un ennemi, et l'Allemand ne voit qu'un ennemi dans le Français, et l'un ne peut estimer l'autre comme créature humaine. Mais nous, c'est notre manière suisse, de voir dans tous les hommes l'homme».

(_Central-Blatt d. Z.-V._, déc. 1916.)

[31] En 1917. Depuis que cet article a été écrit, de nouvelles luttes se sont élevées, au sein de la _Zofingia_. La Révolution russe a accentué les désaccords.

[32] Le programme du nouveau Comité (_Der Centralausschuss an die Sektionen_), publié dans le nº d'octobre 1916, a été reproduit partiellement dans le _Journal de Genève_, du 19 octobre, sous le titre: «_Le programme de la jeunesse_». Il affirme la foi «supernationaliste» et l'anti-impérialisme, qu'on verra exposés dans la discussion dont je donne plus loin le résumé: «Nous ne vivons pas du culte de notre histoire guerrière... Au milieu d'un système de grandes puissances impérialistes, visant à la domination par la violence, à la grandeur matérielle et à la gloire, notre tâche est de combattre ouvertement, hardiment, avec foi dans l'avenir, pour l'idée de l'humanité contre l'impérialisme».

Les préoccupations sociales, la solidarité avec le peuple «maigre», avec les déshérités, sont, aussi, nettement indiquées.

[33] Pourtant, au cours des discussions que je résume plus loin, j'ai été frappé de l'idéalisme clair et hardi de quelques jeunes Romands.

[34] _Le Feu_ (_Journal d'une escouade_), par Henri BARBUSSE.--Paris, E. Flammarion, 1916.

[35] _Paroles avant le départ_ (Nº de mai 1917).

[36] Entre autres, mon article: _Aux Peuples Assassinés_, dont la censure coupa _cent lignes_, et dont Wullens combla les vides avec des bois gravés de Belot. (Nº de mai 1917.)

[37] En dépit de la condamnation, qui, depuis, l'a frappé, nous maintenons notre confiance en Guilbeaux. Nous ne partageons pas beaucoup ses idées, mais nous admirons son courage; et pour tous ceux qui l'ont connu de près, sa loyauté reste au-dessus de tout soupçon.

R. R., août 1919.

[38] G. THURIOT-FRANCHI: _Les Marches de France_.

[39] _Menschen im Krieg_, 1917, édit. Rascher à Zurich (publié dans la collection «Europäische Bücher»).

Une traduction française, par H. Mayor, a depuis, été publiée en Suisse.

[40] Andreas Latzko est officier hongrois. Il a été blessé dans les combats de 1915-1916, au front italien.

[41] «_Der Kamerad_».

[42] Stefan ZWEIG: _Jeremias_, «eine dramatische Dichtung in 9 Bildern»--Insel-Verlag, Leipzig, 1917.

[43] Edit. de la revue _Demain_, Genève.

[44] Edit. de la _Nouvelle Revue Française_, Paris.

[45] Edit. de la revue _Demain_, Genève.

[46] Edit. des _Tablettes_, Genève.--Réédité par _l'Action Sociale_, La-Chaux-de-Fonds.

[47] _The Fortune, a romance of friendship._--Ed. Maunsel, Dublin et Londres, 1917.

[48] Dr-med. G.-F. NICOLAI, prof. der Physiologie an der Universität in Berlin: _Die Biologie des Krieges, Betrachtungen eines deutschen Naturforschers_ (La biologie de la Guerre, considérations d'un naturaliste allemand). Art. Institut Orell-Füssli, Zurich, 1917.

[49] Septembre 1917.