Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question
Part 6
Après que S. B... eut pris congé de nous, ma femme me dit: «Evidemment, le jeune B... désirait que nous lui disions d'entrer, mais j'ai pensé que vous ne vous souciez pas de vous laisser déranger par lui.» Une demi-heure plus tard environ, je le rencontrai de nouveau, et, comme je voulais jeter un coup d'œil sur un travail que l'on faisait tout au bout du domaine, je lui demandai de faire la route avec moi. Sa conversation n'eut rien de particulier, ce jour-là; toutefois, il semblait être un peu ennuyé par le mauvais temps et le bas prix des produits agricoles. Je me rappelle qu'il me demanda des cordages en fil de fer, pour faire un treillage dans sa ferme, et que je lui promis de lui en donner. Au retour de notre promenade et à l'entrée du village, je m'arrêtai au chemin de traverse pour lui dire bonsoir; le chemin qui conduisait chez lui tombait à angle droit sur le mien. Et à ma grande surprise, je l'entendis dire: «Venez fumer un cigare chez moi, ce soir.» Je lui répondis: «Ce n'est guère possible, je suis engagé ce soir.» «Venez donc!» me dit-il. «Non, lui répliquai-je, je viendrai un autre soir.» Sur ce mot, nous nous séparâmes.
Nous étions peut-être à 40 yards l'un de l'autre, lorsqu'il se retourna vers moi et me cria: «Alors, puisque vous ne viendrez pas, bonsoir.» Ce fut la dernière fois que je le vis vivant.
Je passai la soirée à écrire dans ma salle à manger. Je puis dire que, pendant quelques heures, il est fort probable que la pensée du jeune homme B... ne me vînt pas à l'esprit. La nuit était brillante et claire, et la lune était pleine ou peu s'en fallait; il ne faisait pas de vent. Depuis que j'étais rentré, il avait un peu neigé, tout juste assez pour blanchir la terre.
A 10 heures moins 5 environ, je me levai et je quittai la chambre; je pris une lampe sur la table du vestibule et je la mis sur un guéridon placé dans l'embrasure de la fenêtre de la salle à déjeuner. Les rideaux des fenêtres n'étaient pas fermés. Je venais de prendre dans la bibliothèque un volume de l'ouvrage de Macgillivray sur les _Oiseaux d'Angleterre_, pour y chercher un renseignement. J'étais en train de lire le passage, le livre approché tout près de la lampe et mon épaule appuyée contre le volet; j'étais dans une position où je pouvais entendre le moindre bruit du dehors. Tout à coup, j'entendis distinctement qu'on avait ouvert la grande porte de devant et qu'on l'avait refermée en la faisant claquer. Puis, j'entendis des pas précipités qui s'avançaient sur le chemin. Les pas étaient d'abord fort distincts et très sonores; mais, quand ils arrivèrent en face de la fenêtre, la pelouse qui était au-dessous de la fenêtre en amortit le son, et, au même moment, j'eus la conscience que quelque chose se tenait tout près de moi, en dehors, séparé seulement de moi par la mince jalousie et le carreau de verre. Je pus entendre la respiration courte, haletante, pénible du messager, ou de quoi que ce fût, qui s'efforçait de reprendre haleine avant de parler. Avait-il été attiré par la lumière qui filtrait à travers les volets? Mais, subitement, pareil à un coup de canon, retentit en dedans, en dehors, partout, le plus épouvantable cri, un gémissement, une plainte prolongée d'horreur qui glaça le sang dans mes veines. Ce ne fut pas un seul cri, mais un cri prolongé, qui commença sur une note très élevée, puis qui s'abaissa et qui allait s'égrenant, s'éparpillant en gémissements vers le Nord; il devenait de plus en plus faible, comme s'il s'évanouissait dans les sanglots et les affres d'une horrible agonie. Impossible de décrire mon épouvante et mon horreur, augmentées dix fois lorsque je retournai dans la salle à manger et que j'y trouvai ma femme, tranquillement assise à son travail, près de la fenêtre, située sur la même ligne que celle de la salle à déjeuner, et qui était éloignée seulement de 10 à 12 pieds. _Elle n'avait rien entendu._ Je vis cela du premier coup d'œil; d'après la position où je la trouvai assise, je pouvais conclure qu'elle aurait dû entendre le moindre bruit qui se serait produit au dehors et surtout le bruit des pas sur le sable. S'apercevant que quelque chose m'avait alarmé, elle me demanda: «Qu'y-a-t-il?» «Il y a seulement quelqu'un dehors», lui dis-je. «Alors, pourquoi ne sortez-vous pas pour aller voir? Vous le faites toujours, quand vous entendez quelque bruit extraordinaire.» Je dis: «Il y a quelque chose de si étrange et de si terrible dans ce bruit, que je n'ose pas le braver. Ce doit être la _banshee_ (la fée) qui a crié.»
Le jeune S. B..., après avoir pris congé de moi, était rentré chez lui. Il avait passé la plus grande partie de la soirée sur le sofa, lisant un roman de Whyle Melville. Il avait vu son domestique à 9 heures et lui avait donné des ordres pour le lendemain. Le domestique et sa femme, qui habitaient seuls la maison avec S. B..., allèrent se coucher. A l'enquête, le domestique déclara qu'au moment où il allait s'endormir, il avait été brusquement réveillé par un cri. Il courut dans la chambre de son maître qu'il trouva expirant sur le sol. On constata que le jeune B... s'était déshabillé en haut et qu'il était descendu dans son salon, vêtu seulement de sa chemise de nuit et de son pantalon; il s'était versé un demi-verre d'eau, dans lequel il avait vidé un flacon d'acide prussique (il se l'était procuré le matin, sous prétexte d'empoisonner un chien; en réalité, il n'avait pas de chien). Il était remonté et, après être rentré dans sa chambre, il avait vidé le verre, en poussant un cri: il s'était abattu mort par terre. Tout cela s'était passé, autant du moins que je puis le savoir, exactement au même moment où j'avais été si effrayé chez moi. Il est tout à fait impossible qu'aucun bruit, sauf peut-être celui d'un coup de canon, ait pu arriver à mon oreille, depuis la maison de B... Les fenêtres et les portes étaient fermées; il y avait entre sa maison et la mienne un grand nombre d'obstacles: des maisons, des jardins, des fermes, des plantations, etc.
Forcé de partir par le premier train, j'étais sorti le lendemain matin de bonne heure, et, examinant le terrain au-dessous de la fenêtre, je ne trouvai aucune trace de pas sur le sable ou le gazon: le sol était encore couvert de la légère couche de neige tombée le soir précédent.
Tout l'incident avait été un rêve d'un moment, une imagination, appelez-le comme vous voudrez; je raconte simplement les faits comme ils se sont passés, sans essayer d'en fournir une explication, qu'en vérité je suis tout à fait incapable de donner. Tout l'incident est un mystère et restera toujours un mystère pour moi. Je n'appris les détails de la tragédie que dans l'après-midi du lendemain, parce que j'étais parti par le premier train. On disait que le motif du suicide était un chagrin d'amour.»
Dans une lettre ultérieure, datée du 12 juin 1885, M. A. Z... nous dit:
«Le suicide a eu lieu dans cette paroisse, le jeudi 9 mars 1876, vers 10 heures du soir. L'enquête a eu lieu le samedi 11; elle fut faite par.... alors coroner. Il y a quelques années qu'il est mort, autrement j'aurais peut-être obtenu de lui une copie des notes qu'il a prises alors; vous trouverez probablement quelques détails de l'enquête, dans le.... du 17 mars.
Moi-même, je n'appris les détails de l'événement qu'à mon retour, dans l'après-midi du vendredi, c'est-à-dire dix-sept heures plus tard.
La légère couche de neige tomba vers 8 heures, _pas plus tard_. A partir de ce moment, la nuit fut claire et belle et très silencieuse; il gela assez dur; j'ai des preuves de tout cela qui pourraient satisfaire n'importe quel magistrat.
Le lendemain matin, de bonne heure, avant de quitter la maison pour toute la journée, j'allai voir sous la fenêtre s'il y avait des traces de pas. Peut-être n'est-il pas tout à fait exact de dire qu'il avait neigé. Il était tombé plutôt un peu de grêle et de grésil, et l'on voyait à travers les brins d'herbe, mais cela suffisait pour que personne ne pût passer par là sans laisser de traces.
Je n'assistai pas moi-même à l'enquête, de sorte que je n'en sais que ce que j'ai entendu dire. Dans mon récit, j'ai dit que le domestique avait été réveillé par un cri. J'ai interrogé cet homme (dont M. Z... donne le nom) et je l'ai serré de près, en le contre-interrogeant sur ce détail de sa déclaration: il est plus exact de dire qu'il fut réveillé par une série de bruits, qui se terminèrent par un fracas ou une «lourde chute». Cela est probablement plus exact, car le fils du fermier (suit le nom), qui demeurait dans la maison voisine, fut réveillé par _la même sorte de bruits_, qui arriva de la maison de B... à travers le mur, jusqu'à la chambre où il couchait.
Cependant, je ne veux pas que l'on pense que des bruits _matériels_ quelconques, entendus dans la maison de B... aussi bien que dans celle du voisin, aient pu avoir quelques relations avec le bruit et le cri particulier qui m'ont tant effrayé. Toute personne, connaissant la localité, doit admettre l'_impossibilité_ absolue que de pareils bruits puissent traverser tous les obstacles interposés. Je veux seulement dire que la scène qui se passa dans l'une des deux maisons coïncida avec mon alarme et avec les phénomènes qui se passaient dans l'autre maison.
J'apprends par un renseignement, puisé dans le livre de.... (suit le nom), pharmacien de..., que le jeune S. B.. s'était procuré le poison le 8 mars. Ci-joint, en réponse à votre demande, une note de Mme A. Z...»
La note ci-jointe, signée par Mme A. Z... et aussi datée du 12 juin 1885, dit ce qui suit:
«Je puis attester que, dans la nuit du 9 mars 1876, vers dix heures, mon mari, qui était allé dans la chambre attenante, pour consulter un livre, fut fortement alarmé par des bruits qu'il entendit. A ce qu'il me dit, il avait entendu la grande porte claquer, puis des pas sur le chemin et sur la pelouse, puis une respiration haletante près de la fenêtre, et enfin un cri terrible.
Je n'entendis rien du tout. Mon mari ne sortit pas pour regarder autour de la maison, comme il aurait fait en tout autre moment. Et lorsque je lui demandai _ensuite_ pourquoi il n'était pas sorti, il me dit: «Parce que j'ai senti que je ne pouvais pas.» Lorsqu'il alla se coucher, il monta son fusil, et lorsque je lui demandai pourquoi, il me répondit: «Parce qu'il doit y avoir quelqu'un par ici.»
Le lendemain matin, il partit de bonne heure, et il n'entendit pas parler du miracle de M. S. B... avant l'après-midi du même jour.»
M. A. Z... nous a dit qu'il n'avait jamais éprouvé d'impression semblable.
Un article d'un journal local, que nous avons lu, donne une relation du miracle et de l'enquête qui confirme le récit donné par M. A. Z...
Dans le cas suivant, le sujet a entendu une phrase tout entière, qui probablement a été prononcée par l'agent ou tout au moins fortement imaginée:
CXI. (284). R. H. K. Killick Greatmeaton Rectory, Northalleston. C'est un extrait d'une lettre adressée au Rev. R. H. Davies de Chelson. Cette lettre ne porte pas de date.
Le Rev. Davies nous a dit, le 15 novembre 1885, qu'il devait l'avoir reçue il y a dix ou douze ans. M. Killick nous a envoyé, le 23 avril 1884, un récit presque identique; nous n'avons pu obtenir de sa femme qui est maintenant infirme, une confirmation directe du récit, mais M. Killick nous a dit que les souvenirs de sa femme étaient d'accord avec les siens. L'événement s'est passé il y a plus de trente ans.
«Une de mes filles bien-aimées (maintenant mariée) était avec toute ma famille à notre presbytère, dans le Wiltshire: j'étais alors à Paris. Un dimanche après-midi, j'étais assis dans la cour de l'hôtel où je prenais mon café, lorsqu'une pensée traversa subitement mon esprit: «Etta est tombée dans l'eau.»
Dans le récit qu'il nous a envoyé plus tard: le passage parallèle est «quand, tout à coup, je crus entendre une voix me dire: «Etta est tombée dans l'étang.»
Je dois vous dire que nous avions une très grande pelouse, une belle pièce d'eau artificielle, avec une allée verte tout autour, une cascade, une grotte, etc. C'était l'endroit préféré.
J'essayai de chasser cette pensée, mais en vain. Je me promenai durant des heures dans Paris, essayant d'effacer cette impression, mais en vain. Je marchai jusqu'à ce que je ne pusse plus aller; je rentrai me coucher, mais sans pouvoir dormir. Le lendemain, j'allai au bureau de poste, dans l'espoir d'y trouver des lettres; il n'y en avait pas. Je ne pouvais plus rester à Paris; j'allai à l'ambassade et je pris un passeport pour Bruxelles.
Je reçus ensuite des lettres où l'on me disait que tout le monde se portait bien; j'achevai mon voyage, sans parler de «mon inquiétude absurde», comme je l'appelais.
Quelques mois plus tard, je dînais chez des amis, lorsque la maîtresse de la maison dit: «Qu'avez-vous pensé d'Etta, quand vous l'avez appris?»
--Appris quoi? dis-je.
--Oh! dit la dame, ai-je trahi un secret?
--Je ne vous quitte pas avant de tout savoir.
Elle me dit: «Ne me faites pas arriver d'ennuis, mais je parlais de sa chute dans l'étang.»
--Quel étang?
--Votre étang.
--Mais quand?
--Lorsque vous étiez sur le continent.»
Comme j'allais partir, je ne parlai plus de cela, mais je me hâtai de rentrer à la maison, je cherchai la gouvernante, et lui demandai ce que tout cela voulait dire.
Elle me répondit: «Oh! que c'est cruel de vous le dire, maintenant que tout est passé. Eh bien! une après-midi de dimanche, nous nous promenions près de l'étang, lorsque Théodore dit: «Etta, c'est si drôle de marcher les yeux fermés.» Elle essaya, et tomba dans l'eau. J'entendis un cri, je regardai et je vis la tête d'Etta sortir de l'eau; je courus, la saisis et la tirai hors l'étang. Oh! c'est affreux! Alors je la portai à sa maman; nous la mîmes au lit et elle se remit bien vite.» Je lui demandai le jour: c'était «le dimanche même où j'étais à Paris et où j'avais eu cette affreuse impression.»
Je demandai l'heure. C'était vers quatre heures! le moment même où cette pensée pénible s'était présentée à mon esprit.
Je dis alors: «Cela m'a été révélé à Paris, au moment même de l'accident,» et, pour la première fois, je lui parlai de la triste impression que j'avais éprouvée à Paris, cette après-midi.»
R. Henry KILLICK.
M. Killick nous écrit, le 6 mai 1884:
«Vous me demandez si c'est la seule impression de ce genre que j'aie eue; je crois pouvoir répondre que oui. Je ne me rappelle rien de semblable. Vous me demandez si l'étang était dangereux, etc. On ne permettait _jamais_ aux enfants de s'en approcher, si ce n'est avec des personnes sérieuses; l'accès en était défendu, et l'étang était loin de leur terrain de jeu. Nous étions si sévères et si attentifs qu'un accident était impossible. Nous n'avions pas d'inquiétude à ce sujet-là.
A ce moment, dix enfants se trouvaient réunis chez moi; et l'enfant qui faillit se noyer était bien présente à mon esprit à ce moment, et non une autre. La voix semblait dire: «Etta est tombée dans l'étang.»
On trouve dans les _Phantasms of the Living_ le récit de 36 autres cas semblables.
_C._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES TACTILES
Les hallucinations _tactiles_, d'origine télépathique, sont encore plus rares que les auditives.
Il en est de même, du reste, pour les hallucinations du toucher, qui sont simplement subjectives. Dans ce dernier cas même, on peut supposer que, souvent, la sensation a eu pour origine une secousse musculaire involontaire, ce qui réduit encore le nombre des hallucinations tactiles ordinaires.
Rien d'étonnant donc à ce que celles qui sont de nature télépathique soient aussi rares.
Dans ces dernières, tantôt le sens du toucher est seul impressionné, tantôt les autres sens participent aussi à l'impression.
Voici maintenant quelques observations.
--Dans celle-ci, l'hallucination affecte le toucher seul:
CXV (292) M. J. C. Harris, Wellington, Nouvelle-Zélande, propriétaire du _New Zealand Times_ et du _New Zealand Mail_.
6 juillet 1887.
«Ma femme avait un oncle, capitaine dans la marine marchande, qui l'aimait beaucoup; lorsqu'elle était enfant, et souvent, lorsqu'il était chez lui, à Londres, il la prenait sur ses genoux, et lui caressait les cheveux. Elle partit avec ses parents pour Sydney, et son oncle continua son métier dans d'autres parties du monde.
Environ trois ou quatre ans plus tard, elle était montée s'habiller pour dîner: elle avait défait ses cheveux; tout d'un coup, elle sentit une main se poser sur le sommet de sa tête et caresser rapidement ses cheveux, jusqu'à ses épaules. Effrayée, elle se retourna et dit: «Oh! mère, pourquoi me faire peur ainsi?» Car elle croyait que sa mère voulait lui faire une niche. Il n'y avait personne dans la chambre. Lorsqu'elle raconta l'incident à table, un ami superstitieux leur conseilla de prendre note du jour et de la date.
On le fit. Un peu plus tard, arriva la nouvelle que son oncle William était mort ce jour-là; si l'on tient compte de la différence de longitude c'était à peu près l'heure à laquelle elle avait senti la main se poser sur sa tête.»
Voici le récit de Mme Harris elle-même:
Hill Street, Wellington, Nouvelle-Zélande.
5 décembre 1855.
«Je regrette vivement qu'il ne soit pas en mon pouvoir, tout désireux que nous soyons d'aider, si peu que ce soit, la cause de la science, de vous fournir une confirmation du récit de mon mari. Des amies que j'avais alors, une seule vit encore et elle habite dans le Queensland. Nous n'avons pas considéré les notes prises alors comme assez importantes pour être gardées; et nous n'avons ni lettres de faire part, ni annonce de décès. Par conséquent, mon récit ne peut, je le comprends, avoir une grande valeur, puisqu'aucun témoignage ne vient le confirmer. Toutefois, pour vous être agréable, je vous envoie mon récit, bien assurée que vous le considérerez comme authentique.
Le fait a eu lieu, il y a si longtemps, que, bien que l'incident soit présent à ma mémoire, la date précise (qui n'a jamais été soigneusement prise) m'échappe.
C'était en 1860, au mois d'avril. J'étais alors jeune fille, j'étais debout devant ma toilette, dans ma chambre à coucher, arrangeant quelque détail de ma toilette.
Il était à peu près 6 heures du soir, et à cette époque de l'année, c'est déjà le crépuscule, lorsque, tout à coup, je sentis une main se poser sur ma tête, descendre le long de mes cheveux, et s'appuyer lourdement sur mon épaule gauche. Effrayée par cette caresse inattendue, je me retournais vivement pour reprocher à ma mère d'entrer sans bruit, quand, à ma grande surprise, je ne vis personne. Aussitôt, je pensai à l'Angleterre, où mon père était parti au mois de janvier précédent, et je pensai que quelque chose était arrivé, bien qu'il me fût impossible de rien définir.
Je descendis, et je racontai ma peur à ma mère. Dans la soirée, Mme et Mlle W... vinrent, et comme elles s'informaient des causes de ma pâleur, on les mit au courant de l'affaire. Mme W... dit immédiatement: «Notez la date, et nous verrons ce qui aura lieu.» On le fit, et l'incident cessa de nous troubler, bien que ma famille attendit avec inquiétude la première lettre de mon père. Dans la première lettre que nous reçûmes, il nous raconta qu'à son arrivée en Angleterre, il avait trouvé son frère Henri gravement malade, mourant, à vrai dire. Dans mon enfance, j'étais sa préférée, et à sa mort, mon nom fut le dernier mot qu'il prononça.
En comparant les dates et en tenant compte de la différence de longitude, nous trouvâmes que l'époque de la mort de mon oncle coïncidait exactement avec celle de mon étrange impression. Je me rappelai aussi que mon oncle avait l'habitude de me caresser les cheveux. Ma mère, qui demeure avec moi, est la seule personne qui puisse confirmer l'histoire, et elle signe avec moi ce récit.»
Elisabeth HARRIS. Elisabeth BRADFORD.
En réponse à nos questions, Mme Harris nous dit qu'elle n'a jamais eu d'autres hallucinations.
Dans le _Thame Gazette_ et le _Oxford Chronicle_, nous voyons que l'oncle de Mme Harris mourut le 12 mai (et non avril) 1860, à l'âge de 51 ans.
L'observation suivante nous présente un cas d'hallucination tactile accompagnée d'hallucination visuelle:
CXVIII.--Mme Randolph Lichfield, Cross Deeps Twickenham. Son mari n'a pu confirmer le récit par écrit parce que des douleurs dans la main l'empêchent d'écrire.
1883.
«J'étais assise dans ma chambre, un soir avant mon mariage, près d'une table de toilette, sur laquelle était posé le livre que je lisais: la table était dans un coin de la chambre, et le large miroir qui était dessus touchait presque le plafond, de sorte que l'image de toute personne qui se trouvait dans la chambre pouvait s'y refléter tout entière. Le livre que je lisais ne pouvait nullement affecter mes nerfs, exciter mon imagination. Je me portais très bien, j'étais de bonne humeur, et rien ne m'était arrivé, depuis l'heure où j'avais reçu mes lettres, le matin, qui eût pu me faire penser à la personne à laquelle se rapporte l'étrange impression que vous me demandez de raconter. J'avais les yeux fixés sur mon livre; tout à coup je _sentis_, mais sans le _voir_, quelqu'un entrer dans ma chambre. Je regardai dans le miroir pour savoir qui c'était, mais je ne vis personne. Je pensais naturellement que ma visite, me voyant plongée dans ma lecture, était ressortie, quand, à mon vif étonnement, je ressentis un baiser sur mon front, un baiser long et tendre. Je levai la tête nullement effrayée, et je vis mon fiancé debout derrière ma chaise, penché sur moi, comme pour m'embrasser de nouveau. Sa figure était très pâle et triste au-delà de toute expression. Très surprise, je me levai, et, avant que j'aie pu parler, il avait disparu, je ne sais comment. Je ne sais qu'une chose, c'est que, pendant un instant, je vis bien nettement tous les traits de sa figure, sa haute taille, ses larges épaules, comme je les ai vus toujours, et le moment d'après, je ne vis plus rien de lui.
D'abord, je ne fus que surprise, ou pour mieux dire, perplexe. Je n'éprouvai aucune frayeur, je ne crus pas un instant que j'avais vu un esprit; la sensation qui s'ensuivit fut que j'avais quelque chose au cerveau, et j'étais reconnaissante que cela n'eût pas amené une vision terrible, au lieu de celle que j'avais éprouvée, et qui m'avait été fort agréable. Je me rappelle avoir prié pour ne pas imaginer quelque chose de terrifiant.