Les Phénomènes Psychiques Occultes: État Actuel de la Question
Part 7
Le lendemain, à ma grande surprise, je ne reçus pas ma lettre habituelle de mon fiancé; quatre distributions eurent lieu, pas de lettre; le jour suivant, pas de lettre. Je me révoltais naturellement à l'idée qu'on me négligeait, mais je n'aurais pas eu la pensée de le faire savoir au coupable, de sorte que je n'écrivis pas pour connaître la cause de son silence. Le troisième soir,--je n'avais pas encore reçu de lettre--comme je montais me coucher, ne pensant pas à R..., je sentis tout à coup et avec une grande intensité, dès que j'eus franchi la dernière marche, qu'il était dans ma chambre et que je pourrais le voir comme précédemment. Pour la première fois, j'eus peur qu'il ne lui fût arrivé quelque chose. Je savais fort bien combien serait grand, dans ce cas, son désir de me voir, et je pensais: «Serait-ce vraiment lui que j'ai vu l'autre nuit?» J'entrai droit dans la chambre, sûre de le voir; il n'y avait rien. Je m'assis pour attendre, et la sensation qu'il était là, essayant de me parler et de se faire voir, devint de plus en plus forte. J'attendis jusqu'à ce que je me sentisse si somnolente que je ne pouvais plus veiller; j'allai me coucher et je m'endormis. J'écrivis par le premier courrier, le lendemain matin, à mon fiancé, lui exprimant ma crainte qu'il ne fût malade, puisque je n'avais pas reçu de lettre de lui depuis trois jours. Je ne lui dis rien de ce que je vous raconte. Deux jours après, je reçus quelques lignes horriblement griffonnées, pour me dire qu'il s'était abîmé la main à la chasse et qu'il n'avait pu tenir encore une plume, mais qu'il n'était pas encore en danger. Ce ne fut que quelques jours plus tard, lorsqu'il put écrire, que j'appris toute l'histoire.
La voici: il montait un cheval de chasse irlandais, une bête superbe, mais très vicieuse. Ce cheval était habitué à désarçonner quiconque le montait, s'il lui déplaisait d'être monté, et pour cela, il mettait en jeu une quantité de ruses, se débarrassant des grooms, des chasseurs, de n'importe qui, lorsque l'envie lui en prenait. Lorsqu'il vit que ni ses ruades, ni ses sauts, ni ses écarts ne pouvaient démonter mon fiancé, et qu'il avait trouvé son maître, il devint furieux. Il resta calme un moment, puis il traversa la route à reculons, se redressa tout droit en arrière et pressa son cavalier contre le mur. La pression et la douleur furent telles que R... pensa mourir; il se rappelait d'avoir dit, au moment de perdre connaissance: «May! ma petite May! que je ne meure pas sans te revoir!» Ce fut cette nuit-là qu'il se pencha sur moi et m'embrassa. Il ne fut pas aussi gravement blessé qu'il l'avait d'abord cru, quoiqu'il souffrit beaucoup et qu'il ne pût tenir une plume pendant longtemps. La nuit pendant laquelle je sentis si soudainement que j'allais le voir, et où ne le voyant pas, je sentis si bien qu'il était là, essayant de me le faire savoir, cette nuit même, il se tourmentait de ne pouvoir m'écrire, et il désirait ardemment que je puisse comprendre qu'il y avait un motif grave pour expliquer son silence.
Je racontai tout à ma mère (qui est morte depuis), tel que je l'ai raconté; et elle me conseilla de ne pas lui parler de son apparition jusqu'à ce qu'il fût tout à fait rétabli et que je puisse le faire personnellement. Lorsqu'il vint me voir un peu plus tard, je me fis raconter toute l'histoire, avant de lui parler de l'impression étrange que j'avais éprouvée pendant ces deux nuits.
Je viens de lui lire ceci, et il affirme que j'ai raconté exactement la part qu'il eut dans cette étrange affaire.»
Il est fâcheux que les deux personnes en question n'aient pas fait quelques tentatives de télépathie expérimentale.
Le cas suivant est d'un type plus rare; les hallucinations de la vue et de l'ouïe, au lieu de se combiner en un même événement, ont été séparées par un intervalle de plusieurs heures.
CXXI (302). M. Garling, 12, Westbourne Gardens, Folkestone.
Février 1883.
«Un jeudi soir, vers le milieu d'août, en 1849, j'allai, comme je le faisais souvent, passer la soirée avec le Rev. Harrisson et sa famille, avec laquelle, depuis bien des années, j'avais les rapports les plus intimes. Comme le temps était très beau, nous allâmes passer, avec les voisins, la soirée aux Surrey zoological Gardens. Je note ceci tout particulièrement, parce que cela prouve que Harrisson était incontestablement en bonne santé ce jour-là et que personne ne se doutait de ce qui allait arriver. Le lendemain, j'allai rendre visite à des parents, dans l'Hertfordshire, qui habitaient dans une maison appelée Flamstead Lodge, à 26 milles de Londres, sur la grand'route. Nous dînions d'habitude à 2 heures, et le lundi, dans l'après-midi suivante, lorsqu'on eut dîné, je laissai les dames au salon et je descendis, à travers l'enclos, jusqu'à la grand'route. Remarquez bien que nous étions au milieu d'une journée du mois d'août, avec un beau soleil, sur une grand'route fort large, où il passait beaucoup de monde, à cent mètres d'une auberge. J'étais moi-même parfaitement gai, j'avais l'esprit à l'aise, il n'y avait rien autour de moi qui pût exciter mon imagination. Quelques paysans étaient auprès de là, à ce moment. Tout à coup, un «fantôme» se dressa devant moi, si près, que si c'eût été un être humain, il m'eût touché, m'empêchant, pour un instant, de voir le paysage et les objets qui étaient autour de moi; je ne distinguais pas complètement les contours de ce fantôme, mais je voyais ses lèvres remuer et murmurer quelque chose; ses yeux me fixaient et plongeaient dans mon regard, avec une expression si sévère et si intense que je reculai et marchai à reculons. Je me dis instinctivement et probablement à haute voix: «Dieu juste! c'est Harrisson!» quoique je n'eusse pas pensé à lui le moins du monde à ce moment-là. Après quelques secondes, qui me semblèrent une éternité, le spectre disparut; je restai cloué sur place pendant quelques instants, et l'étrange sensation que j'éprouvai fait que je ne puis douter de la réalité de la vision. Je sentais mon sang se glacer dans mes veines; mes nerfs étaient calmes, mais j'éprouvais une sensation de froid mortel, qui dura pendant une heure et qui me quitta peu à peu, à mesure que la circulation se rétablissait. Je n'ai jamais ressenti pareille sensation, ni avant, ni après. Je n'en parlai pas aux dames, à mon retour, pour ne pas les effrayer, et l'impression désagréable perdit de sa force graduellement.
J'ai dit que la maison était près de la grand'route; elle était située au milieu de la propriété, le long d'un sentier qui mène au village, à 200 ou 300 mètres de toute autre maison; il y avait une grille en fer, de sept pieds de haut devant la façade, pour protéger la maison des vagabonds; les portes sont toujours fermées à la nuit tombante; une allée, longue de trente pieds, toute en gravier ou pavée, menait de la porte d'entrée au sentier. Ce jour-là, la soirée était très belle et très tranquille. Placée comme elle était, personne n'eût pu approcher de la maison, dans le profond silence d'une soirée d'été, sans avoir été entendu de loin. En outre, il y avait un gros chien dans un chenil, placé de manière à garder la porte d'entrée; et, destiné surtout à avertir, dès que l'on entrait à l'intérieur de la maison, un petit terrier qui aboyait contre tout le monde et à chaque bruit. Nous allions nous retirer dans nos chambres, nous étions assis dans le salon, qui est au rez-de-chaussée, près de la porte d'entrée, et nous avions avec nous le petit terrier. Les domestiques étaient allés se coucher dans une chambre de derrière, à 60 pieds plus loin. Ils nous dirent, lorsqu'ils descendirent, qu'ils étaient endormis et qu'ils avaient été éveillés par le bruit.
Tout à coup, il se fit, à la porte d'entrée, un bruit si grand et si répété (la porte semblait remuer dans son cadre et vibrer sous des coups formidables) que nous fûmes tout de suite debout, tout remplis d'étonnement, et les domestiques entrèrent, un moment après, à moitié habillés, descendus à la hâte de leur chambre, pour savoir ce qu'il y avait. Nous courûmes à la poste, mais nous ne vîmes rien et n'entendîmes rien. Et les chiens restèrent muets. Le terrier, contre son habitude, se cacha en tremblant sous le canapé et ne voulut pas rester à la porte, ni sortir dans l'obscurité. Il n'y avait pas de marteau à la porte qui pût tomber, et il était impossible à qui que ce fût d'approcher ou de quitter la maison, dans ce grand silence, sans être entendu. Tout le monde était effrayé, et j'eus beaucoup de peine à faire coucher nos hôtes et nos domestiques; moi-même, j'étais si peu impressionnable que je ne rattachai pas ce fait à l'apparition du «fantôme» que j'avais vu dans l'après-midi, mais que j'allai me coucher, méditant sur tout cela et cherchant quelque explication, bien qu'en vain, pour satisfaire mes hôtes.
Je restai à la campagne jusqu'au mercredi matin, ne me doutant pas de ce qui était arrivé pendant mon absence. Ce matin-là, je rentrai en ville et je me rendis à mes bureaux, qui étaient alors 11, Kings Road Gray's Inn. Mon employé vint à ma rencontre sur la porte et me dit: «Monsieur, un monsieur est déjà venu deux ou trois fois; il désire vous voir de suite, il est sorti pour aller chercher un biscuit, mais il revient de suite.» Quelques instants après, ce monsieur revint; je le reconnus pour un M. Chadwick, ami intime de la famille Harrisson. Il me dit alors, à ma grande surprise: «Il y a eu une terrible épidémie de choléra dans Wandsworth Road», voulant dire chez M. Harrisson; «_tous sont partis_». Mme Rosco est tombée malade le vendredi et est morte; sa bonne est tombée malade le même soir et est morte; Mme Harrisson a été atteinte le samedi matin et est morte le même soir. La femme de chambre est morte le dimanche. La cuisinière est aussi tombée malade; elle a été emmenée hors de la maison, et il s'en est fallu de très peu qu'elle ne mourût aussi. Le pauvre Harrisson a été pris le dimanche, il a été très malade lundi et hier; on l'a amené du lazaret de Wandsworth Road à Jack Straws' Castle à Hampstead, pour avoir un meilleur air; il a supplié en grâce son entourage, lundi et hier, de vous envoyer chercher, mais l'on ne savait où vous étiez. Prenons vite un cab et venez avec moi, ou vous ne le verrez pas vivant. Je partis avec Chadwick à l'instant, mais Harrisson était mort avant que nous fussions arrivés.»
H.-B. GARLING.
La nécrologie du Walchman du 15 août 1849 indique que Mme Rosco est morte du choléra le 4 août, Mme Harrisson le 8 août, et le Rev. T. Harrisson le jeudi (non le mercredi) 9, à Hampstead.
En réponse à quelques questions, M. Garling nous dit:
Les dames étaient âgées et sont mortes, il y a quelque vingt-cinq ans. On a perdu la trace de tous les domestiques.
M. Garling ajouta quelques détails, dans la conversation que nous eûmes avec lui. L'apparition qu'il rencontra sur la grand'route était si près de lui qu'il n'observa, en détail, que la figure. Il a eu une autre hallucination. Il a cru voir la figure de l'un de ses amis, au pied de son lit; mais il venait d'assister à l'enterrement de cet ami qui avait, de plus, l'habitude de s'asseoir à la place où apparut la «vision», et M. Garling s'endormait à ce moment-là. Cette hallucination ne peut pas prouver une tendance aux hallucinations subjectives.
L'observation qui précède est remarquable à plus d'un titre. Mais ce qui la rend pour nous particulièrement précieuse, c'est qu'elle contient une sorte de témoignage assez rare, et dont il semble que l'on n'ait pas jusqu'ici apprécié toute l'importance: c'est le témoignage des animaux. Nous nous bornons à le signaler à l'attention du lecteur, nous proposant de revenir plus loin sur ce sujet.
_D._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES RÉCIPROQUES
Voici une classe d'hallucinations véridiques, très curieuses et très importantes, en ce qu'elles semblent restreindre encore la possibilité d'une coïncidence fortuite, l'annuler presque, et aussi parce que c'est par elles que l'on pourra probablement arriver à élucider les conditions et le mécanisme de ces phénomènes. Mais, pour cela, il faudra posséder un nombre d'observations exactes, qui est loin encore d'avoir été atteint.
Ici, le «sens du courant», qui semblait nettement indiqué, de l'agent au sujet, n'existe plus; chacune des deux parties est, à la fois, sujet et agent: elles s'apparaissent mutuellement l'une à l'autre.
Comme les cas de cette nature sont très rares, nous nous en tiendrons au suivant, que nous empruntons toujours au même ouvrage:
CXXV (304). M. J. T. Milward Pierce Bow Ranche, Knox County, Nebraska (Etats-Unis).
Frettons, Danbury, Chelmsford.
5 janvier 1883.
«J'habite dans le Nebraska (Etats-Unis), où j'ai un élevage de bétail, etc. Je dois épouser une jeune personne qui habite Yankton, Dakota, à 25 milles au nord.
Vers la fin d'octobre 1884, pendant que j'essayais d'attraper un cheval, je reçus un coup de sabot dans la figure, et il ne s'en fallut que d'un pouce ou deux que je n'eusse le crâne brisé; j'eus cependant deux dents cassées et je reçus un rude coup dans la poitrine. Plusieurs hommes se tenaient auprès de moi. Je ne perdis pas connaissance un seul instant, car il fallait se garder d'une seconde ruade. Il s'écoula un moment, avant que quelqu'un ne parlât. Je m'appuyais contre le mur de l'écurie, lorsque je vis, à ma gauche, la jeune personne dont j'ai parlé. Elle était pâle. Je ne fis pas attention à son costume, mais je fus frappé de l'expression de ses yeux: c'était une expression de trouble et d'anxiété. Ce n'était pas seulement son visage que je voyais, mais sa personne tout entière, une forme parfaitement matérielle, qui n'avait rien de surnaturel. A ce moment, mon fermier me demanda si je m'étais fait mal. Je tournai la tête pour lui répondre, et lorsque je regardai de nouveau, l'ombre avait disparu. Le cheval ne m'avait pas fait grand mal, ma raison était parfaitement saine, car, tout de suite après, je rentrai dans mon bureau et je dessinai le plan et j'établis le devis d'une nouvelle maison, travail qui nécessite un esprit très dégagé et très attentif. Je fus tellement obsédé par le souvenir de cette apparition que, le lendemain matin, je partis pour Yankton. Les premières paroles que la jeune fille me dit, lorsque je la vis, furent: «Mais je vous ai attendu, hier, toute l'après-midi. J'ai cru vous voir, vous étiez très pâle et votre figure était toute en sang.» (Je puis dire que mes contusions n'avaient pas laissé de traces visibles). Je fus très frappé de cela et lui demandai quand elle avait cru me voir. Elle dit: «Immédiatement après le déjeuner.» L'accident avait eu lieu juste après mon déjeuner. Je notai les détails. Je dois dire qu'avant d'arriver à Yankton, j'avais peur que quelque accident ne fût arrivé à la jeune fille. Je serai heureux de vous envoyer de plus amples détails, si vous le désirez.»
Jno. T. Milward PIERCE.
En réponse à quelques questions, M. Pierce nous dit:
Je crois que la vision dura un quart de minute.
Il n'a pas eu d'autre hallucination visuelle, sauf une fois où, étendu à terre d'un coup de feu qu'un Indien lui avait tiré dans la mâchoire, il crut voir un Indien se pencher sur lui; il pense que ce n'était pas un Indien en chair et en os, parce que, dans ce cas, il eût été scalpé.
M. Pierce nous écrivit le 27 mai 1885:
«J'ai envoyé votre lettre à la personne en question, mais je n'ai pas reçu de réponse avant de quitter l'Angleterre, et, à mon arrivée, j'ai trouvé la jeune fille très malade, et ce n'est que récemment que j'ai pu obtenir les détails que vous désirez. Elle désire que je dise qu'elle se rappelle aussi m'avoir entendu, craignant que quelque chose ne me fût arrivé; ce n'était pas cependant le jour où j'allais la voir d'habitude; mais, bien qu'à cette époque, elle m'eût dit qu'elle m'avait vu avec la figure en sang, maintenant elle ne semble plus s'en souvenir, et je ne lui en ai rien dit, afin de ne pas l'influencer.»
Dans une lettre du 13 juillet 1885, M. Pierce nous dit:
«Je regrette de ne pouvoir faire mieux. Il semble que des événements très importants et la maladie aient fait oublier presque complètement l'incident à Mlle Mac Gregor, qui n'y attachait pas une grande importance au début. J'ai aidé sa mémoire, mais elle dit que, sans doute, j'ai raison, mais qu'elle ne peut plus maintenant se souvenir de rien.»
Lettre de Mlle Mac Gregor:
Yankton, D. T. 13 juillet 1885.
«J'ai lu la lettre que vous avez envoyée à M. Pierce. J'ai peur de ne pouvoir me rappeler les choses assez clairement pour vous donner des détails exacts. Je me rappelle que j'ai senti que quelque accident, était survenu, mais je racontais à M. Pierce alors tout ce qui m'arrivait d'anormal, et les événements qui sont survenus ont, je le crains, effacé de mon esprit tout souvenir des faits.»
Annie Mac GREGOR.
Les restrictions de la jeune fille, bien que fâcheuses, ne sauraient cependant affaiblir le témoignage d'un homme qui semble avoir un esprit très positif et beaucoup de sang-froid.
Les _Phantasms_ contiennent une douzaine de cas analoques d'hallucinations réciproques.
_E._--HALLUCINATIONS TÉLÉPATHIQUES COLLECTIVES
Les images hallucinatoires _identiques_ qui affectent à la fois plusieurs sujets, autrement dit les hallucinations collectives _ordinaires_, sont relativement assez fréquentes, et «les illusions de la vue et de l'ouïe se sont même plusieurs fois montrées sous la forme épidémique; les histoires en contiennent un grand nombre de faits[79].»
[79] Brierre de Boismont: _Hallucinations_, p. 124, 489, etc.
Mais les hallucinations _véridiques_, impressionnant à la fois deux ou plusieurs sujets, sont très rares.
Et ici deux interprétations du phénomène sont possibles.
On peut admettre que l'agent A impressionne, à distance, chacun des deux sujets B et C, ou bien qu'il impressionne le seul B et que celui-ci transmet l'action télépathique à C; en d'autres termes, qu'il y a _contagion de l'hallucination_. C'est cette contagion qui, dans les cas ordinaires, produit les épidémies d'hallucinations dont parle Brierre de Boismont. Ce qui semblerait indiquer que, dans les hallucinations véridiques collectives, il y a réellement contagion, c'est que, très souvent, l'hallucination a été partagée «par une personne _tout à fait étrangère_ à l'agent et que, d'autre part, il est fort rare que des personnes, étroitement liées avec l'agent les unes et les autres, éprouvent, au même moment, la même hallucination, _si elles ne sont pas ensemble_[80]».
[80] _Hallucinations télépathiques_, p. 344.
Pourtant, nous allons citer un cas choisi parmi ceux où les deux sujets B et C ont été impressionnés séparément.
CXXXI (36). M. John Done, Stockley Cottage, Stretton.
«Ma belle-sœur, Sarah Eustance, de Stretton, était à l'agonie et ma femme était partie de Lowton Chapel, où nous demeurions (à 12 ou 13 milles de Stretton), pour la voir et l'assister à ses derniers moments. La nuit avant sa mort (environ 12 ou 14 heures avant qu'elle mourût), je dormais seul dans ma chambre; je me réveillai, j'entendis distinctement une voix qui m'appelait. Je pensai que c'était ma nièce Rosanna, qui habitait seule avec moi la maison; je crus qu'elle était effrayée ou malade. J'allai donc à sa chambre, et je la trouvai réveillée et agitée. Je lui demandai si elle m'avait appelé. Elle répondit: «Non, mais quelque chose m'a réveillée; j'ai entendu quelqu'un appeler.»
Lorsque ma femme revint, après la mort de sa sœur, elle me dit combien elle avait désiré me voir. Elle demandait qu'on envoyât me chercher; elle disait: «Oh! comme je désire voir Done encore une fois!» Bientôt après, elle ne put plus parler. Ce qu'il y a d'étrange, c'est qu'au moment même où elle me demandait, moi et ma nièce, nous l'avons entendue appeler.»
John DONE.
M. Done s'exprime ainsi dans une lettre ultérieure:
«Pour répondre aux questions que vous m'avez faites, sur la voix ou l'appel que j'ai entendu dans la nuit du 3 juillet 1866, je dois vous expliquer qu'une sympathie et une affection puissantes existaient entre ma belle-sœur et moi; nous avions l'un pour l'autre les sentiments d'un frère et d'une sœur. Elle avait la coutume de m'appeler «oncle Done» comme un mari appelle sa femme «mère» quand il y a des enfants dans la famille, ce qui était le cas. Or, comme je m'entendais appeler: oncle, oncle, oncle! je supposai que c'était ma nièce qui m'appelait; c'était la seule personne qui fût, cette nuit-là, à la maison.»
Copie de la lettre de faire part (_funeral card_):
«En souvenir de feue Sarah Eustance, morte le 3 juillet 1866, âgée de quarante-cinq ans, et enterrée à l'église de Stretton, le 6 juillet 1866.»
«Ma femme, qui était partie, le dimanche en question, de Lowton, pour voir sa sœur, peut attester que la nuit où elle était auprès de Sarah (après le départ du pasteur), Sarah désirait me voir et me demandait avec insistance, répétant à plusieurs reprises: «Oh! que je voudrais voir oncle Done et Rosie, encore une fois avant de m'en aller.» Bientôt après, elle perdit conscience ou du moins elle ne parla plus; elle mourut le lendemain. Je n'appris cela qu'au retour de ma femme, le soir du 4 juillet.
J'espère que ma nièce voudra bien témoigner de l'exactitude des faits. Je puis, en tous cas, affirmer qu'elle m'a dit qu'elle croyait que je l'appelais et qu'elle allait venir auprès de moi, lorsqu'elle m'a rencontré dans le couloir; je puis affirmer aussi que je lui ai demandé si elle m'avait appelé.
Je ne me rappelle pas avoir jamais entendu une autre voix ou un autre appel.»
Le 7 août 1885, M. Done nous a écrit ce qui suit:
Comme ma femme est malade et affaiblie, elle me dicte la déclaration suivante:
«Moi, Elisabeth Done, femme de John Done et tante de Rosanna Done (à présent Sewil), je certifie que, le 3 juillet 1886, j'assistai ma sœur agonisante, Sarah Eustance, à Stretton, à douze milles de ma maison à Lowton Chapel, Newton-le-Willows. Pendant la nuit qui précéda sa mort, elle me sollicitait sans cesse d'envoyer chercher mon mari et ma nièce, parce qu'elle désirait les voir encore une fois avant de s'en aller pour toujours. Elle disait souvent: «Oh! combien je voudrais que Done et Rosie fussent ici! oh! comme je voudrais voir l'oncle Done!» Bientôt après, elle perdit la parole et sembla rester sans conscience; elle mourut le lendemain».
Elisabeth DONE.
M. Done ajoute: