Chapter 16
Lancé en juin 1993 par la société Adobe et diffusé gratuitement, le premier logiciel de lecture du marché est l’Acrobat Reader, qui permet de lire des documents au format PDF (portable document format). Ce format permet de figer les documents numériques dans une présentation donnée, pour conserver les polices, les couleurs et les images du document source, quelle que soit la plateforme utilisée pour le créer et pour le lire. Vendu en parallèle, le logiciel Adobe Acrobat permet de convertir n’importe quel document au format PDF.
Au fil des ans, le format PDF devient la norme internationale de diffusion des documents électroniques, pour impression ou pour transfert d'une plateforme à l'autre. Des millions de documents PDF sont présents sur le web pour lecture ou téléchargement, ou bien transitent par courriel sous forme de fichier attaché. L’Acrobat Reader pour ordinateur est progressivement disponible dans plusieurs langues et pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix). En 2001, Adobe lance également un Acrobat Reader pour assistant personnel (PDA), utilisable sur le Palm Pilot (en mai 2001) puis sur le Pocket PC (en décembre 2001).
Face à la concurrence représentée par le Microsoft Reader (lancé en avril 2000), Adobe annonce en août 2000 l’acquisition de la société Glassbook, spécialisée dans les logiciels de distribution de livres numériques à destination des éditeurs, des libraires, des distributeurs et des bibliothèques. Adobe passe aussi un partenariat avec Amazon.com et Barnes & Noble.com afin de proposer des titres lisibles sur l’Acrobat Reader et le Glassbook Reader.
En janvier 2001, Adobe met sur le marché deux nouveaux logiciels. Le premier, gratuit, est l’Acrobat eBook Reader. Il permet de lire les fichiers PDF de livres numériques sous droits, avec gestion des droits par l’Adobe Content Server. Il permet aussi d’ajouter des notes et des signets, de choisir l’orientation de lecture des livres (paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une bibliothèque personnelle. Il utilise la technique d’affichage CoolType et comporte un dictionnaire intégré. Le deuxième logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux éditeurs et distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente sécurisée de livres numériques au format PDF. Ce système de gestion des droits numériques (DRM) permet de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire des droits, par exemple en autorisant ou non l’impression ou le prêt. En avril 2001, Adobe conclut un partenariat avec la grande librairie en ligne Amazon, qui met en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader : titres de grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.
En dix ans, entre 1993 et 2003, l’Acrobat Reader aurait été téléchargé 500 millions de fois. Ce logiciel gratuit est désormais disponible dans de nombreuses langues et pour de nombreuses plateformes (Windows, Mac, Linux, Unix, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.). En mai 2003, l’Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l’Acrobat eBook Reader (2e version) pour devenir l’Adobe Reader (débutant à la version 6), qui permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que les fichiers PDF sécurisés.
Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, dénommée Digital Media Store, avec les titres au format PDF de grands éditeurs (HarperCollins Publishers, Random House, Simon & Schuster, etc.) et des versions électroniques de journaux et magazines (The New York Times, Popular Science, etc.). Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service permettant de lire, publier, vendre et prêter des livres numériques, et l’Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothèque de livres numériques. Très complet, le site Planet PDF permet de suivre l’actualité du PDF. En novembre 2004, l’Adobe Content Server est remplacé par l’Adobe LiveCycle Policy Server. Les versions récentes d’Adobe Acrobat permettent de créer des PDF compatibles avec le standard Open eBook (OeB).
= OeB (Open eBook)
Les années 1998 et 1999 sont marquées par la prolifération des formats, dans le cadre d’un marché naissant promis à une expansion rapide. Aux formats classiques - format texte, Word, HTML (hypertext markup language), XML (extensible markup language) et PDF (portable document format) - s’ajoutent des formats propriétaires créés par plusieurs sociétés pour une lecture sur leurs propres logiciels: Glassbook Reader, Rocket eBook Reader, Peanut Reader, Franklin Reader, logiciel de lecture Cytale, Gemstar eBook Reader, Palm Reader, etc., ces logiciels correspondant le plus souvent à un appareil donné: Rocket eBook, eBookMan (Franklin), Cybook (Cytale), Gemstar eBook, Palm Pilot, etc.
Inquiets pour l’avenir du livre numérique qui, à peine né, propose presque autant de formats que de titres, certains insistent sur l’intérêt, sinon la nécessité, d’un format unique. A l’instigation du NIST (National Institute of Standards and Technology, Etats-Unis) naît en juin 1998 l’Open eBook Initiative, qui constitue un groupe de travail de 25 personnes (Open eBook Authoring Group). Ce groupe élabore l’OeB (open ebook), un format basé sur le langage XML pour normaliser le contenu, la structure et la présentation des livres numériques. Le format OeB est défini par l’OeBPS (open ebook publication structure), dont la version 1.0 est disponible en septembre 1999. L’OeB est un format ouvert et gratuit appartenant au domaine public. Le format original est toutefois utilisé uniquement par les professionnels de la publication, puisqu’il doit être associé à un système de gestion des droits numériques (DRM).
Fondé en janvier 2000 à la suite de l’Open eBook Initiative, l’Open eBook Forum (OeBF) est un consortium industriel international regroupant constructeurs, concepteurs de logiciels, éditeurs, libraires et spécialistes du numérique (85 participants en 2002) pour développer le format OeB et définir les versions successives de l’OeBPS. En avril 2005, l’OeBF change de nom pour devenir l’IDPF (International Digital Publishing Forum). La version en cours de l’OeBPS date de décembre 2006.
= LIT / Microsoft Reader
Lancé en avril 2000, le Microsoft Reader est un logiciel permettant la lecture de livres numériques au format LIT (abrégé du terme anglais «literature»), lui-même basé sur le format OeB. Dans un premier temps, le Microsoft Reader équipe uniquement le Pocket PC, l’assistant personnel lancé à la même date par Microsoft. Quatre mois plus tard, en août 2000, il est utilisable sur toute plateforme Windows, et donc aussi bien sur ordinateur que sur assistant personnel. Ses caractéristiques sont un affichage utilisant la technologie Cleartype, le choix de la taille des caractères, la mémorisation des mots-clés pour des recherches ultérieures, et l’accès d’un clic au Merriam-Webster Dictionary.
Ce logiciel étant téléchargeable gratuitement, Microsoft facture les éditeurs et distributeurs pour l’utilisation de sa technologie de gestion des droits numériques (DRM), et touche une commission sur la vente de chaque titre. La gestion des droits numériques s’effectue au moyen du Microsoft DAS Server (DAS: digital asset server). Microsoft passe aussi des partenariats avec les grandes librairies en ligne - Barnes & Noble.com en janvier 2000 puis Amazon.com en août 2000 – pour la vente de livres numériques lisibles sur le Microsoft Reader. Barnes & Noble.com ouvre son secteur numérique en août 2000, suivi par Amazon.com en novembre 2000. En novembre 2002, le Microsoft Reader est disponible pour tablette PC, dès la commercialisation de cette nouvelle machine par 14 fabricants.
= PRC / Mobipocket Reader
Face à Adobe et Microsoft, un nouvel acteur s’impose rapidement sur le marché, sur un créneau bien spécifique, la lecture sur assistant personnel (PDA). Créée à Paris en mars 2000 par Thierry Brethes et Nathalie Ting, la société Mobipocket est financée en partie par Viventures, branche de la multinationale Vivendi. Mobipocket conçoit le logiciel de lecture Mobipocket Reader, qui permet la lecture de fichiers au format PRC (Palm resource). Gratuit et disponible en plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol, italien), il est «universel», c’est-à-dire utilisable sur tout assistant personnel. En octobre 2001, le Mobipocket Reader reçoit l’eBook Technology Award de la Foire internationale du livre de Francfort. A la même date, Franklin passe un partenariat avec Mobipocket pour l’installation du Mobipocket Reader sur l’eBookMan, l’assistant personnel multimédia de Franklin, au lieu du partenariat prévu à l’origine entre Franklin et Microsoft pour l’installation du Microsoft Reader.
Si le Mobipocket Reader est gratuit, d’autres logiciels Mobipocket sont payants. Le Mobipocket Web Companion est un logiciel d’extraction automatique de contenu auprès des sites de presse partenaires. Le Mobipocket Publisher permet aux particuliers (qui ont le choix entre une version privée gratuite et une version standard payante) et aux éditeurs (version professionnelle payante) de créer des livres numériques sécurisés utilisant la technologie Mobipocket DRM, afin de contrôler l’accès aux livres numériques sous droits. Dans un souci d’ouverture aux autres formats, le Mobipocket Publisher permet de créer des livres numériques non seulement au format PRC, lu par le Mobipocket Reader, mais aussi au format LIT, lu par le Microsoft Reader.
En avril 2002, la société lance une version du Mobipocket Reader pour ordinateur personnel. Au printemps 2003, le Mobipocket Reader équipe tous les assistants personnels du marché, à savoir les gammes Palm Pilot, Pocket PC, eBookMan et Psion, et les smartphones de Nokia et Sony Ericsson. A la même date, le nombre de livres lisibles sur le Mobipocket Reader se chiffre à 6.000 titres dans plusieurs langues (français, anglais, allemand, espagnol), distribués soit sur le site de Mobipocket soit dans les librairies partenaires.
= PDB / Palm Reader
En mars 1996, la société Palm lance le Palm Pilot, un assistant personnel (PDA) dont le succès est immédiat. Son système d’exploitation est le Palm OS, développé par PalmSource, une division de Palm. Sept ans après, malgré la concurrence de la gamme Pocket PC de Microsoft - lancée en avril 2000 - et des modèles de Hewlett-Packard, Sony, Handspring, Toshiba et Casio, le Palm Pilot reste l’assistant personnel le plus utilisé au monde, avec 23 millions de machines vendues entre 1996 et 2002. Quant au Palm OS, il équipe 55% des assistants personnels vendus en 2002, l'autre grande plateforme étant le système d’exploitation Pocket PC de Microsoft, avec un pourcentage de 25,7%.
En mars 2001, Palm aborde le marché du livre numérique en faisant l’acquisition de Peanutpress.com, éditeur et distributeur de livres numériques pour assistant personnel, qui appartenait jusque-là à la société netLibrary. Le Peanut Reader devient le Palm Reader, et le format correspondant devient le format PDB (Palm database). D’abord utilisable uniquement sur les gammes Palm et Pocket PC, le Palm Reader est utilisable sur ordinateur en juillet 2002. Le Palm Pilot est équipé des logiciels de lecture Palm Reader et Mobipocket Reader.
Lors du rachat de Peanutpress.com par Palm en mars 2001, les 2.000 titres numériques de Peanutpress.com - des best-sellers et des titres de grands éditeurs - sont transférés dans la librairie numérique Palm Digital Media. A la même date, le roman Dreamcatcher de Stephen King, dont on connaît l’intérêt pour le numérique, sort simultanément en version imprimée chez Simon & Schuster et en version numérique chez Palm Digital Media. Sont disponibles aussi chez Palm les versions numériques des best-sellers de Michael Connelly, Michael Crichton, Anne Rice et Scott Turow, ainsi que le Wall Street Journal et plusieurs magazines. En mars 2002, Everything’s Eventual, le nouveau recueil de nouvelles de Stephen King, est lancé simultanément par Scribner, une subdivision de Simon & Schuster, et par Palm Digital Media, qui en propose un extrait en téléchargement libre. En juillet 2002, les collections de Palm Digital Media se chiffrent à 5.500 titres dans plusieurs langues. En 2003, le catalogue approche les 10.000 titres. Palm Digital Media devient ensuite le Palm eBook Store.
= BRF (braille format)
Alphabet tactile inventé en 1829 par le français Louis Braille, le braille est le seul système d’écriture accessible aux aveugles. Il s’agit d’un système de six points composé de deux colonnes de trois points. La combinaison de ces six points permet de former toutes les lettres de l’alphabet, les signes de ponctuation et les symboles. Le braille est d’abord embossé sur papier au moyen d’une tablette et d’un poinçon. A partir de la fin des années 1970, il est produit à l’aide d’un afficheur braille piézo-électrique. A cet afficheur succède la machine Perkins avec son clavier de six touches. Puis apparaît le matériel informatique, par exemple le bloc-notes braille, qui sert à la fois de machine à écrire le braille et, quand il est connecté à un ordinateur, d’écran tactile permettant de lire l’écran de l’ordinateur. Le braille informatique peut s’afficher sur huit points, ce qui permet d’augmenter par quatre le nombre de combinaisons possibles.
Le document numérique permettant de dissocier contenu et présentation, on peut désormais influer sur cette dernière en changeant la taille et la police des caractères, en inversant les contrastes, en supprimant la couleur ou en la modifiant, afin de faciliter la lecture des personnes malvoyantes. Les personnes aveugles peuvent convertir le contenu au format BRF ou alors au format DAISY pour lecture sur synthèse vocale.
= DAISY / livre audio
Quelle est l’origine du format DAISY, acronyme de «digital audio information system» puis de «digital accessible information system»?
Depuis trente ans sinon plus, les personnes ayant un problème visuel peuvent écouter des livres sur bandes magnétiques ou sur cassettes, enregistrés au fil des ans par des centaines de bénévoles. Elles peuvent aussi se procurer en librairie des livres audio sur cassettes et - plus récemment - sur CD-Rom. Certains éditeurs proposent en effet une petite série de titres parfois enregistrés par les auteurs eux-mêmes.
Fait récent, les technologies numériques permettent désormais de convertir automatiquement un document numérique en «voix» pour lecture sur synthèse vocale.
Si les techniques de synthèse vocale s’améliorent, de l’avis de certains, rien ne remplace une vraie voix, c’est-à-dire une voix humaine, moins parfaite peut-être, mais vivante, avec des nuances, des intonations, des inflexions, etc. Or de nombreux organismes disposent d’enregistrements réalisés en analogique (à savoir sur bandes magnétiques et sur cassettes) par des bénévoles. La numérisation de tous ces enregistrements permettrait de les utiliser non seulement dans la communauté desservie mais partout ailleurs. D’une part chaque organisme pourrait accroître ses collections de manière exponentielle, d’autre part de nouvelles bibliothèques audio pourraient être créées à moindre coût, notamment dans les pays en développement.
Plusieurs organismes spécialisés décident d’unir leurs forces pour oeuvrer en commun. Ils fondent en mai 1996 le DAISY Consortium, un consortium international chargé d’assurer la transition entre le livre audio analogique et le livre audionumérique. Sa tâche est immense: définir une norme internationale, déterminer les conditions de production, d’échange et d’utilisation du livre audionumérique, organiser la numérisation du matériel audio à l’échelle mondiale. Les activités du consortium sont peu à peu mises en place: définition des normes de spécification de fichiers à partir de celles du World Wide Web Consortium (W3C), conception de logiciels de conversion des bandes son analogiques en bandes son numériques, gestion d’ensemble de la production, échange de livres audionumériques entre bibliothèques, définition d’une loi internationale du droit d’auteur pour les personnes atteintes de déficience visuelle, protection des documents soumis au droit d’auteur, et enfin promotion de la norme DAISY à l’échelle mondiale.
La norme DAISY se base sur le format DTB (digital talking book), qui permet l’indexation du livre audio et l’ajout de signets pour une navigation facile au niveau du paragraphe, de la page ou du chapitre. Près de 41.000 livres audio répondent à cette norme en mars 2003, 104.100 livres audio en mars 2004 et 129.650 livres audio en août 2005. D’autres formats possibles sont les standards de compression audio utilisés pour la musique, comme le MP3 ou le WMA (Windows media audio). En 2007, les collections enregistrées de livres du domaine public sont nombreuses, et le plus souvent en accès libre, par exemple AudioLivres (en français), LiteralSystems (en anglais), AudioBooksForFree (en anglais) et LibriVox (multilingue).
9.2. Une tâche titanesque
= Une voie tracée par la presse
Le développement de la presse en ligne (dans les années 1990) est intéressant parce qu’il préfigure celui du livre en ligne (dans les années 2000). Raison pour laquelle on l’expose brièvement ici.
Au début des années 1990, les premières éditions électroniques de journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Suite à l'apparition du premier navigateur fin 1993 et à la croissance rapide du web qui s'ensuit, les organes de presse créent leurs propres sites. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition personnalisée. Aux Etats-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante, avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l’actualité quotidienne en ligne et de nombreux articles archivés, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder (rebaptisé ensuite Time) est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y lire les articles maison et les rechercher par date ou par sujet. Lancé en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprimé entièrement consacré à la culture cyber, est bien évidemment présent sur le web.
Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde diplomatique est le premier site d’un périodique imprimé français. Monté dans le cadre d’un projet expérimental avec l’Institut national de l’audiovisuel (INA), ce site est inauguré lors du forum des images Imagina. Il donne accès à l’ensemble des articles depuis janvier 1994, par date, par sujet et par pays. L’intégralité du mensuel en cours est consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa parution. Un forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs. En juin 1998, Philippe Rivière, responsable du site, précise que, trois ans après sa mise en ligne, celui-ci a «bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce de sommaire». Grâce à l’internet, «le travail journalistique s’enrichit de sources faciles d’accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par l’échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement.»
Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après le lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire inclus dans l’édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la rubrique Multimédia, qui propose les articles du Cahier Multimédia et les archives des cahiers précédents, le Cahier Livres complété par Chapitre Un (les premiers chapitres des nouveautés), et bien d’autres rubriques. La rubrique Multimédia est ensuite rebaptisée Numériques.
Le site du quotidien Le Monde est lancé en 1996. On y trouve des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 h, l’intégralité du journal avant 17 h, l’actualité en liaison avec l’AFP (Agence France-Presse), et des rubriques sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. En 1998, le journal complet en ligne coûte 5 FF (0,76 euros) alors que l’édition papier coûte 7,50 FF (1,15 euros). S’ils concernent le multimédia, les articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.
L’Humanité est le premier quotidien français à proposer la version intégrale du journal en accès libre. Classés par rubriques, les articles sont disponibles entre 10 h et 11 h du matin, à l’exception de L’Humanité du samedi, disponible en ligne le lundi suivant. Tous les articles sont archivés sur le site. En juillet 1998, Jacques Coubard, responsable du site web, explique: «Le site de L’Humanité a été lancé en septembre 1996 à l’occasion de la Fête annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site consacré à la récente Coupe du monde de football (avec d’autres partenaires), et des données sur la Fête et sur le meeting d’athlétisme, parrainé par L’Humanité. Nous espérons pouvoir développer ce site à l’occasion du lancement d’une nouvelle formule du quotidien qui devrait intervenir à la fin de l’année ou au début de l’an prochain. Nous espérons également mettre sur le web L’Humanité Hebdo, dans les mêmes délais. Jusqu’à présent on ne peut pas dire que l’arrivée d’internet ait bouleversé la vie des journalistes, faute de moyens et de formation (ce qui va ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s’en servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute encore une "peur" culturelle à plonger dans l’univers du net. Normal, en face de l’inconnu. L’avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d’édition électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens financiers.»
La presse régionale est présente sur le web, par exemple Dernières nouvelles d’Alsace et Ouest-France. Lancé en septembre 1995, le site des Dernières nouvelles d’Alsace propose l’intégrale de l’édition du jour, tout comme des informations pratiques: cours de la bourse, calcul des impôts, etc. Il offre aussi une édition abrégée en allemand. Michel Landaret, responsable du site, précise en juin 1998 que celui-ci «compte actuellement 5.500 lecteurs par jour».
Le quotidien Ouest-France est mis en ligne en juillet 1996. D’abord appelé France-Ouest, le site est ensuite renommé Ouest-France, du nom du journal. En juin 1998, Bernard Boudic, son responsable éditorial, relate: «A l’origine, l’objectif était de présenter et relater les grands événements de l’Ouest en invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes tournés vers la mise en ligne de dossiers d’actualité, puis d’actualités tout court. Aujourd’hui nous avons quatre niveaux d’infos : quotidien, hebdo (tendant de plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous offrons des services (petites annonces, guide des spectacles, presse-école, boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total: mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie de l’information et autorisant la constitution par chacun de son journal personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques).»