Les incertitudes de l'heure présente
Part 2
Les impulsifs sont toujours dangereux, car les réalités échappent à l’homme qui agit sans réfléchir. Les êtres capables de réflexion, mais dépourvus de volonté, sont aussi nuisibles parce que leur irrésolution les paralyse devant les événements exigeant une décision immédiate.
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En politique, les conséquences d’un acte ont parfois plus d’importance que cet acte lui-même.
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Bien des catastrophes seront évitées le jour, probablement lointain, où les gouvernants posséderont un thermomètre psychologique capable de leur apprendre quand il faut résister et quand il faut céder. Charles Ier perdit sa tête pour avoir trop résisté; Louis XVI pour avoir trop cédé.
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Une pénétration psychologique supérieure peut seule prévoir les réactions de l’âme des peuples sous des influences diverses. Les Allemands n’auraient pas irrité l’Amérique et perdu la guerre, si leurs chefs avaient possédé une telle pénétration.
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Une des plus fréquentes sources d’erreurs politiques est d’attribuer à des causes uniques des événements issus de causes nombreuses et compliquées.
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C’est la série d’erreurs psychologiques commises par les Alliés qui permit à l’Allemagne d’obtenir ces deux grands résultats: dissocier l’Entente et rendre impossible par la dépréciation de sa monnaie le paiement de l’indemnité due aux vainqueurs.
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La véritable force de l’Autriche résidait dans les aspirations contraires des races différentes qui la composaient. Ce grand empire était fondé sur un équilibre de haines.
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Quelle que soit l’intelligence d’un homme d’État, en arrivant au pouvoir il cherche à suivre l’opinion mobile des foules pour se rendre populaire. C’est ainsi que, souvent, il perd le pouvoir.
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La crainte des électeurs, la peur des responsabilités, la préoccupation exclusive de l’heure présente, constituent pour un homme politique moderne trois sources d’erreur auxquelles il lui est difficile d’échapper.
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Les interventions étatistes troublant le jeu des lois naturelles sont chargées d’incidences invisibles qui perturbent profondément la vie d’un pays. La taxe sur le blé pendant la guerre en constitue un exemple frappant. Les paysans délaissèrent aussitôt sa culture et le gouvernement dut se procurer à grands frais, au dehors, le blé nécessaire, puis abolir la taxe.
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Un gouvernement faible a pour terminaison nécessaire un gouvernement anarchique, auquel succède bientôt un gouvernement despotique.
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L’impartialité en politique est impossible parce que l’homme impartial aurait immédiatement contre lui tous les partis, y compris celui auquel il appartient.
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Dans le régime démocratique, les chefs sont souvent plus disposés à obéir qu’à commander. Ils finissent ainsi par perdre tout prestige.
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Suivre toujours l’opinion mobile des multitudes, c’est se résigner à ne rien prévoir, rien empêcher, rien pouvoir.
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En politique comme en agriculture, on récolte ce qu’on a semé. Les Anglais, reprochant à la France d’avoir favorisé la Turquie, oubliaient les ennuis que pendant quatre ans ils nous suscitèrent un peu partout.
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Les erreurs politiques peuvent engendrer par contagion mentale des épidémies dévastatrices. La contagion bolcheviste a fait périr plus d’hommes que bien des batailles et ramené la Russie aux périodes sauvages de la préhistoire.
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L’homme d’État qui ne sait pas orienter les événements est bientôt submergé par eux.
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Bien que la politique soit certainement l’art dont la pratique exigerait le plus de jugement, c’est celui où il s’en dépense le moins.
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L’arsenal psychologique contient des armes qui, bien maniées, peuvent dépasser le pouvoir des canons. Ce maniement, que n’enseignent pas les livres, exige une longue expérience.
CHAPITRE II
LES GUERRES, LES RÉVOLUTIONS ET LE DÉSARMEMENT
I
LES CAUSES FUTURES DE GUERRE ET LA REVANCHE GERMANIQUE
Les anciennes guerres, dérivant surtout de l’ambition personnelle des souverains, n’avaient aucun caractère de nécessité. Les conflits modernes résultant de luttes d’intérêts collectifs sont bien plus difficilement évitables. Alexandre et César pouvaient ne pas entreprendre leurs conquêtes. De nos jours, la volonté de l’empereur d’Allemagne fût, tôt ou tard, devenue impuissante à dominer les aspirations d’un peuple hanté par le besoin mystique d’hégémonie.
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Les accroissements de territoires récemment réalisés par l’Angleterre montrent à quel point l’idée de s’agrandir au moyen de conquêtes reste une des conceptions directrices de certains peuples.
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A l’heure de la victoire, il est facile au vainqueur d’imposer ses volontés. Cette possibilité s’atténue progressivement jusqu’au jour où la résistance du vaincu ne pouvant plus être anéantie que par la force, une nouvelle guerre devient nécessaire.
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Les peuples ne se résignent pas à la défaite quand ils se croient supérieurs à leurs vainqueurs. Une tentative de revanche germanique peut donc être considérée comme un des plus sûrs événements de la future Histoire.
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L’idéal de l’empereur Guillaume, d’après ses _Mémoires_, était d’avoir une armée et une flotte assez puissantes pour que nul n’osât les attaquer. Il oubliait alors que le possesseur de pareils moyens de défense songe bientôt à les utiliser pour se débarrasser de rivaux gênants. Ce fut justement la notion de sa force qui le conduisit à la guerre.
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Deux formes de revanche sont rêvées en Allemagne: 1º par les armes; 2º par l’expansion commerciale. Le succès de la seconde tentative entraînerait fatalement la réalisation de la première.
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L’unique moyen--en dehors de formidables armements--d’empêcher une future agression de l’Allemagne, eût été son retour aux provinces autonomes qui la composaient avant 1871. Elle-même le réclamait après l’armistice, pour se soustraire à la domination prussienne. Les historiens s’étonneront sûrement que les auteurs du traité de paix n’aient pas compris une telle évidence.
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Beaucoup de phénomènes sociaux possèdent un point critique comparable à celui de certains phénomènes physiques. Dans son voisinage, de faibles influences peuvent déterminer des changements très grands, la paix ou la guerre, par exemple. L’origine des guerres de 1870 et de 1914 vérifie cette observation.
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Le conflit mondial a révélé deux principes que les guerres antérieures ne permettaient pas de pressentir. Le premier, que le vainqueur se trouve aussi ruiné que le vaincu. Le second, que les indemnités incombant au vaincu sont indirectement payées par les autres peuples, y compris ceux qui n’ont pris aucune part au conflit.
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Le capital matériel d’un peuple peut être détruit dans une guerre. Le capital moral, constitué par l’intelligence, le pouvoir d’organisation et la capacité technique, étant indestructible, permet de reconstituer rapidement le capital matériel. L’Allemagne en fournit un nouvel exemple.
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La prochaine histoire de l’Europe dépendra surtout de l’intérêt qu’auront les grandes nations à prolonger, durant la paix, les alliances formées pendant la guerre.
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Il est de toute évidence que si trois grands pays comme la France, l’Angleterre et l’Amérique avaient accepté de s’unir contre un agresseur quelconque, la paix se fût trouvée assurée. Les divergences d’intérêts et de mentalité de ces nations et la méfiance réciproque de leurs gouvernants, ayant empêché cette alliance de se réaliser, les peuples sont condamnés à se ruiner en armements.
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Si la raison pouvait exercer un rôle quelconque sur les relations entre les peuples, ils seraient vite persuadés que leur intérêt est de s’entr’aider au lieu de s’entre-détruire.
II
LES LUTTES POUR L’HÉGÉMONIE
Les conséquences réelles de la grande guerre diffèrent beaucoup des résultats prévus. Certains peuples s’aperçoivent maintenant qu’après avoir écarté au prix de gigantesques efforts l’hégémonie militaire allemande, il leur faut subir l’hégémonie économique et politique de l’Angleterre. Elle ne paraît pas moins lourde.
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L’hégémonie anglaise n’a plus aujourd’hui d’autre contrepoids que le pouvoir grandissant des États-Unis.
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Parmi les signes divers révélant l’aspiration à l’hégémonie figure le langage des diplomates. L’Angleterre s’est emparée des flottes et des colonies germaniques, puis a proclamé son protectorat sur la Perse et l’Égypte; mais quand les alliés voulurent défendre leurs droits, le langage des dirigeants anglais devint agressif. Le monde comprit alors qu’une hégémonie nouvelle était née.
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Le jour où l’expérience prouva que, malgré flottes et sous-marins, l’Amérique pouvait envoyer en Europe un million d’hommes armés, la situation mondiale de l’Angleterre s’est trouvée virtuellement transformée. La domination des mers et la suprématie commerciale lui échapperont fatalement dans l’avenir au profit de l’Amérique.
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Si l’Angleterre avait réussi, au moyen de ses tentatives répétées, à empêcher la France d’exiger les réparations dues par l’Allemagne, elle eût retiré de la guerre ces deux immenses résultats: 1º se débarrasser de la rivalité maritime allemande; 2º supprimer la rivalité commerciale possible de la France, forcée de consacrer toutes ses ressources à la restauration des départements dévastés.
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Lorsque l’Allemagne rêvait d’une paix universelle par l’établissement de son hégémonie, elle subissait une illusion psychologique dont furent victimes tous les grands conquérants. Son succès eût fatalement déclanché une série de coalitions qui auraient détruit sa puissance, comme le fut celle de Napoléon.
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La grande rivalité entre l’Angleterre et l’Allemagne s’est terminée par l’hégémonie anglaise en Europe. La lutte pour l’hégémonie de l’Asie ne fait que commencer.
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L’importance donnée au Japon par la guerre et sa rapide conquête du Pacifique hâteront nécessairement le choc colossal entre la race blanche et la race jaune. Les résultats du conflit diront dans quelles mains le sceptre de l’Asie devra passer.
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Les hommes d’État actuels se défendent bien haut de toute pensée d’impérialisme et affectent de considérer cette accusation comme une injure. Ils savent cependant que seules des visées impérialistes ont édifié et fait prospérer les grands empires dont est formée l’Europe.
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Le premier acte de la guerre mondiale, la lutte militaire, est aujourd’hui terminé. Le second acte, la guerre économique, commence. Le troisième acte, lutte de la race jaune contre la race blanche pour l’hégémonie de l’Asie, semble prochain.
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Si la notion d’interdépendance des peuples n’arrive pas à remplacer celle d’hégémonie, l’Europe devra subir des guerres d’extermination qui la plongeront dans une décadence sans espoir.
III
LES ILLUSIONS SUR LA POSSIBILITÉ D’UN DÉSARMEMENT
A tous les âges de l’histoire, et aujourd’hui plus que jamais, le respect qu’inspire un peuple dépend surtout de son prestige militaire.
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Les grandes nations modernes sont oppressées par ce dilemme: renoncer à leurs armements pour éviter une ruine financière, ou les accroître pour empêcher des invasions plus coûteuses encore.
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Un peuple ne se protège contre les attaques de ses rivaux qu’en restant fort. Si les idées pacifistes propagées avant la guerre par les socialistes n’avaient pas considérablement affaibli notre préparation militaire, il est infiniment probable que l’Allemagne n’aurait jamais songé à nous attaquer.
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Guillaume II, dans ses _Mémoires_, écrit un véritable traité de la guerre et de la paix en deux lignes quand il dit qu’un peuple doit être assez armé sur terre et sur mer pour créer chez son adversaire la peur du risque. On ne se permet guère, en effet, d’attaquer les forts, alors que les faibles restent toujours menacés.
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Les guerres ne pourront disparaître qu’avec la suppression des causes qui les font naître: haine entre les races, besoin d’hégémonie des peuples forts, rivalités économiques, etc. La science devra donc d’abord découvrir un moyen de transformer complètement la nature de l’homme.
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Depuis les origines de l’histoire, les relations entre peuples faibles et peuples forts furent exactement celles du gibier avec le chasseur.
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L’idée finit quelquefois par dominer le canon, mais privée de la protection du canon elle reste sans force.
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Les philosophes soutenant que la philanthropie occasionnera encore plus de ravages que les épidémies et les canons auraient peut-être raison, si les harangues des philanthropes avaient jamais exercé une influence quelconque sur la conduite des peuples. Mais elles ne servent guère qu’à orner des discours.
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Aimez-vous les uns les autres, conseillent inutilement les religions; supportez-vous, exigent simplement les codes. Aidez-vous deviendra la maxime de l’avenir quand les peuples auront découvert l’interdépendance qui les lie.
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Dans l’état de déséquilibre du monde actuel, le terme désarmement est synonyme de servitude.
IV
LES INCERTITUDES SUR LES ORIGINES DE LA GUERRE
Il n’est pas toujours facile de découvrir les vrais auteurs d’une guerre. Il fallut longtemps pour reconnaître qu’en 1870, le roi de Prusse et l’Empereur des Français firent la guerre malgré eux.
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Les origines de la guerre mondiale sont incompréhensibles quand on l’imagine issue de la volonté des trois empereurs qui l’ordonnèrent. Il faut l’envisager comme la résultante inévitable non seulement de l’histoire des États européens depuis un siècle, mais aussi de l’enseignement des historiens et des universités germaniques depuis cinquante ans.
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Pour écrire aujourd’hui l’histoire de la grande guerre et de ses causes, ce ne sont pas les documents qui manquent mais la sérénité de jugement permettant de l’étudier comme s’il s’agissait d’événements anciens, tels que les guerres puniques ou la bataille d’Actium.
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Il est probable qu’en 1914 l’empereur d’Allemagne n’eût pas déclaré la guerre si l’Angleterre avait manifesté plus tôt son intention de s’unir à la France, mais étant donné l’état d’esprit créé par les militaires et les universitaires allemands, il semble que le conflit eût été simplement retardé.
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Les guerres franco-allemandes ne sont intelligibles que considérées comme des phases successives d’un conflit séculaire dont la fin ne s’entrevoit pas encore.
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Quand on recherche les origines lointaines de la dernière guerre, il apparaît vite qu’une lutte armée entre l’hégémonie allemande et l’hégémonie anglaise était aussi fatale que le fut, jadis, celle entre Rome et Carthage.
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V
LES CAUSES DES RÉVOLUTIONS
Les peuples vivent surtout d’espérances. Leurs révolutions ont pour but de substituer des espérances nouvelles à d’anciennes espérances devenues sans force.
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Un pays est voué aux révolutions dès que les partis ayant intérêt à défendre l’ordre établi deviennent moins énergiques que ceux qui aspirent à le détruire.
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Le principal résultat des révolutions qui bouleversent l’histoire est de changer les chefs incarnant le principe d’autorité. Les multitudes profitent rarement de cette substitution.
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Lorsque les nécessités économiques sont contraires aux impulsions affectives et mystiques qui mènent les hommes, une révolution devient inévitable.
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L’envie et son inséparable compagne, la haine, forment les grands ressorts des révolutions sociales. La Révolution Française eut pour cause initiale les différences extérieures et les privilèges qui séparaient la bourgeoisie de la noblesse. La révolution sociale dont nous sommes menacés comptera parmi ses origines les distinctions existant, non dans les codes, mais dans les mœurs, entre les diverses classes.
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Quand la haine remplace chez l’inférieur le respect du supérieur, une révolution est proche.
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Le bolchevisme représente un état mental qui a plusieurs fois sévi dans l’histoire. Ses éléments psychologiques furent toujours les mêmes: indiscipline, haine jalouse des supériorités, désir intense de s’emparer par la violence des biens qu’on se sent incapable d’acquérir par le travail ou l’intelligence.
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Les civilisations modernes traînent derrière elles une foule croissante d’inadaptés rêvant de les détruire afin de leur substituer des formes de vie sociale moins compliquées, telles que le communisme.
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L’armée des inadaptés devient aussi menaçante aujourd’hui que les futures invasions germaniques.
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Un des grands problèmes modernes consiste à savoir si des bolchevistes sans culture--ou, ce qui est plus dangereux encore, munis d’une demi-culture,--réussiront à ramener nos grandes civilisations à des types inférieurs voisins de la barbarie.
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La mentalité d’un peuple déterminant rigoureusement ses institutions et ses lois, certaines nations l’Irlande en Europe, les républiques latines dans l’Amérique, semblent condamnées par leur âme même à ne jamais sortir des révolutions et de l’anarchie.
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La Révolution Française, faite par la bourgeoisie contre la noblesse, réussit parce que les capacités de cette bourgeoisie étaient devenues supérieures à celles de la noblesse. De nos jours, une révolution prolétarienne pourrait momentanément triompher, grâce à la puissance du nombre, mais elle ne saurait durer parce que l’évolution industrielle exige des compétences directrices que l’ouvrier ne possède pas.
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Un parti révolutionnaire doué de prestige rallie facilement des mécontents de tous les autres partis. Les bolchevistes recrutent des adeptes en Perse et en Turquie, bien que l’islamisme et le communisme n’aient aucun caractère commun.
VI
LES RÉSULTATS DES RÉVOLUTIONS
La première phase d’une révolution est consacrée à combattre les nécessités économiques et sociales qui régissent la vie des peuples. L’expérience prouvant bientôt que ces nécessités dominent les volontés, l’ancienne organisation reparaît sous des noms nouveaux. Ainsi se terminera nécessairement la révolution russe.
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Les rêveurs n’ont aucun pouvoir créateur, mais ils possèdent parfois une puissance destructive considérable. Sous leur dissolvante action, les institutions péniblement édifiées par le temps se désagrègent avec une extrême rapidité. Quelques mois suffirent aux communistes russes pour ramener leur pays à la barbarie.
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L’imagination créatrice prépare l’invention. Le laboratoire en fixe les contours. L’usine la transforme en éléments de progrès qu’utilisent tous les hommes. Le massacre des intellectuels par les communistes russes montre combien est ignorée des foules cette genèse des découvertes dont elles profitent. Le bolchevisme a révélé le degré de misère auquel peut tomber l’ouvrier privé de la pensée capable d’orienter ses efforts.
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Si équitable que puisse être un idéal révolutionnaire, il ne triomphe qu’au prix de guerres acharnées. Vingt années de luttes meurtrières furent nécessaires pour établir en Europe le principe d’égalité devant la loi et supprimer les privilèges de certaines classes.
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Un gouvernement révolutionnaire ne subsiste qu’à la condition de tomber sous le despotisme de quelques meneurs.
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Les révolutions ne durent jamais longtemps parce qu’elles se heurtent bientôt au mur des nécessités économiques et sociales qui dominent le monde. Percevant alors l’impuissance des théoriciens, la foule se détourne d’eux. Avant d’arriver à cette dernière phase, bien des ruines sont accumulées. La Russie en fait aujourd’hui l’expérience.
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Les révolutions enrichissent quelques-uns des chefs qui leur survivent, mais elles augmentent invariablement la misère des foules qui les ont réalisées. Cette vérité étant inaccessible aux multitudes, les meneurs révolutionnaires pourront continuer longtemps à bouleverser le monde.
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L’histoire des assemblées révolutionnaires de tous les temps montre que les fanatiques n’ont encore découvert aucune autre méthode de persuasion que le massacre systématique de leurs adversaires.
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Ce n’est pas à la liberté mais à la servitude que beaucoup de révolutionnaires modernes aspirent sans le savoir. La liberté n’est conçue par eux que sous forme de soumission à un maître dont les moindres paroles sont des oracles. Toutes les révolutions modernes se terminent par la création d’un autocrate.
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La soif d’inégalité semble un besoin irréductible de la nature humaine. On sait avec quelle ardeur les Conventionnels échappés à la guillotine sollicitaient de Napoléon des titres nobiliaires. Le rêve égalitaire qui les avaient conduits à tant de massacres n’était donc en réalité qu’un violent désir d’inégalité à leur profit. L’histoire n’a pas encore cité, d’ailleurs, de pays où régnât l’égalité.
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Jamais baron féodal ne manifesta pour les serfs un mépris égal à celui que témoignent au peuple les chefs des nouveaux partis révolutionnaires, le communisme russe notamment. Dès l’arrivée au pouvoir des dictateurs bolchevistes, la liberté de la presse, la journée de huit heures, le suffrage universel, furent supprimés et l’ouvrier devint un simple esclave.
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On ne rencontre guère d’exemple dans l’Histoire de révolutions n’ayant pas finalement engendré des résultats absolument contraires à ceux que poursuivaient leurs auteurs.
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La Révolution bolcheviste est une de celles qui montrent le mieux combien les buts atteints par les révolutions peuvent différer des buts poursuivis. Elle triompha en promettant la paix, et se trouva bientôt en guerre avec tous ses voisins. Elle voulait supprimer le militarisme et n’a fait qu’établir un régime militaire plus dur que tous les régimes antérieurs. Elle prétendait abolir le droit de propriété et n’a réussi qu’à créer la propriété individuelle dans un pays qui n’avait encore connu que la propriété collective.
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