Les fleurs animées - Tome 2

Part 8

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Chacune des pièces qui composent la corolle se nomme pétale; on dit qu’elle est _monopétale_ quand elle est formée d’un seul pétale, et _polypétale_ quand elle se compose de plusieurs. On appelle _onglet_ la partie par laquelle le pétale tient à la fleur, et _lame_ sa partie supérieure. De la base au sommet, elle forme le tube, divisé en deux parties: l’_orifice_, qui est la partie supérieure, et le _limbe_, qui comprend toute la partie dilatée.

Hélas! il est bien douloureux de l’avouer, mais l’analyse de cette charmante chose, la _corolle_, que la nature a si richement ornée, est affreusement aride! Nous lisons dans un ouvrage moderne: «Il est bien fâcheux que l’étude des végétaux nécessite la connaissance d’une multitude de termes dont l’emploi doit souvent précéder la définition.» Oh! oui, cela est fâcheux, cela est déplorable! mais Dieu a voulu qu’il n’y ait pas, sur cette terre périssable, de joie, de plaisir sans mélange... Encore quelques pas dans ce sentier épineux! S’il faut souffrir un peu pour être belles, comme on le dit communément, c’est aussi la condition expresse pour être... non pas savantes, mesdames, mais instruites, ce qui est bien différent! Donc, nous reprenons courage, n’est-ce pas? et nous n’aurons pas une trop grande peur des vilains mots, c’est convenu. Ainsi, j’oserai vous dire qu’il y a six espèces de corolles régulières, savoir:

La _campanulée_, qui se dilate vers sa base et s’évase en forme de cloches. Exemple: le liseron des champs (fig. 24);

L’_infundibuliforme_, qui ressemble quelque peu à un entonnoir;

L’_hypocratériforme_, qui a le tube court, la fleur plane, comme le phlox (fig. 25);

La _corolle en roue_, dont le tube se voit à peine et qui est dentelée;

La _tubulée_, dont le tube est allongé et peu ouvert à son orifice;

L’_urcéolée_, dont le tube est plus resserré à son orifice que dans ses autres parties.

Les corolles monopétales irrégulières les plus remarquables sont les _labiées_ et les _personnées_; les premières offrent deux divisions inégales et ouvertes qu’on nomme _lèvres_, et qui sont placées l’une au-dessous de l’autre. Dans les _personnées_, les deux lèvres sont rapprochées, forment une proéminence.

Cette diversité de formes dans les corolles monopétales se reproduit dans les polypétales, dont les régulières comprennent: les _rosacées_, les _caryophyllées_ et les _cruciformes_. Les irrégulières sont nommées _papillonacées_, à cause de leur ressemblance avec le papillon.

Viennent ensuite la corolle _ligulée_ et la corolle _tubuleuse_, qui appartiennent aux fleurs composées, et qui, en se combinant, forment les _floculeuses_, les _semi-floculeuses_ et les _radiées_.

Certains produits minces et colorés se trouvent quelquefois entre la corolle et les étamines, auxquels Linné a donné le nom de _nectaires_, à cause du liquide visqueux et sucré qu’ils sécrètent.

Non-seulement la corolle, ainsi que nous l’avons dit, est presque toujours parée des plus riches couleurs, mais il arrive souvent qu’elle en change: il y a même des corolles coquettes qui changent jusqu’à trois fois de parure en un jour; telle est celle du _gladiolus venicolor_: le matin, sa couleur est brune, c’est un négligé qu’elle quitte bientôt; à midi, elle revêt une fraîche robe verte, et, vers la fin du jour, elle étale avec complaisance sa parure d’un admirable bleu clair...

En vérité, je vous le dis, au risque de paraître trivial à force d’être vrai, jamais il n’y eut, il n’y aura jamais plus d’analogie entre deux choses diverses qu’il n’en existe entre les femmes et les fleurs. Il est vrai que ces dernières sont muettes; mais nous ne disons pas _heureusement_.

Indépendamment des riches couleurs qui la parent, la corolle a encore l’avantage d’être un foyer d’émanations délicieuses. Cela est vrai comme règle, mais nous devons avouer qu’elle souffre d’assez nombreuses exceptions: d’abord, il est une assez grande quantité de fleurs qui ne sentent absolument rien, et de ce nombre sont quelques-unes des plus riches en parure, comme les dahlias, les camélias; il en est, en outre, dont l’odeur est insupportable, comme certaine espèce de géranium, l’arum dracunculus, etc.

ÉTAMINES, PISTILS.--Les étamines et les pistils sont les organes de la fructification; c’est par eux que s’accomplit le grand, l’inexplicable mystère de la reproduction des plantes: privée de ces organes essentiels, la fleur est stérile. D’une partie de l’étamine, nommée _anthère_, s’échappe, dans un temps propice, une poussière fécondante nommée _pollen_; ce sont de petits corps jaunes, blancs, rouges ou violets, qui se répandent sur le ou les pistils, et dès lors la plante est fécondée.

Ce grand secret de la fécondation des plantes a été découvert par Linné. Nous avons déjà montré que les plantes sentent; Linné dit qu’elles aiment, et il le prouve, l’audacieux! Nous le répétons, les savants sont capables de tout!

FRUCTIFICATION

C’est alors que commence cette maturité dont nous avons parlé plus haut: les pistils et étamines se flétrissent, les pétales tombent, le fruit se montre soutenu par le calice, ce père nourricier dont la tâche n’est pas encore entièrement remplie.

FRUIT.--Le fruit se compose toujours de deux parties principales: le péricarpe et la graine.

Le péricarpe est une enveloppe parfois sèche ou membraneuse, le plus souvent épaisse et charnue, laquelle contient dans son intérieur une ou plusieurs graines.

Le péricarpe est quelquefois si ténu et semble si bien identifié avec la graine, qu’on ne l’en distingue que difficilement; aussi quelques auteurs ont-ils émis l’opinion que, dans certains fruits, le péricarpe n’existait pas; mais c’est une erreur aujourd’hui bien reconnue: le péricarpe existe constamment, et il est toujours composé de trois parties, savoir: une membrane extérieure ou épiderme, nommée _épicarpe_; une substance charnue (_sarcocarpe_), et une membrane intérieure (_endocarpe_)... N’avions-nous donc pas trois fois raison en disant, au commencement de ce traité, que les savants sont des suppôts de tyrannie! Nous leur accordons l’_épicarpe_, le _sarcocarpe_, l’_endocarpe_; nous convenons avec eux que, arrivés à l’époque de leur maturité, les péricarpes ont la complaisance de s’ouvrir pour livrer passage aux graines; nous voulons même bien que ces complaisants péricarpes se nomment _déhiscents_, et toujours animés du même esprit de paix, nous convenons volontiers qu’ils sont bien plus estimables que les péricarpes _indéhiscents_, qui ne laissent échapper les graines que lorsqu’ils tombent en pourriture. Alors nous croyons en avoir fini sur ce point... Hélas! les savants commencent et ne finissent jamais: pour eux, il y a toujours quelque chose de nouveau sous le soleil... Et les _valves_, s’il vous plaît?... et les _cloisons_, et les _loges_, et la _suture_? Nous nous bornerons à dire que ces quatre derniers noms représentent des choses destinées à retenir les graines prisonnières jusqu’à ce que l’heure de la liberté ait sonné pour elles.

Les fruits se présentent sous douze formes principales que l’on divise en deux grandes classes: les fruits à péricarpes secs, qui sont au nombre de neuf, et les fruits à péricarpes charnus, divisés en quatre espèces.

Dans les péricarpes secs, le plus commun est la _capsule_, dont la boîte est d’une forme et d’une capacité très-variables; elle est elliptique, ou orbiculaire, ou en croissant, ou bien elle offre la forme d’une silique, comme la grande chélidoine (fig. 26).

Le péricarpe appelé _follicule_ se compose ordinairement de deux follicules dressées ou divergentes, fusiformes ou cylindriques; les semences sont contenues dans la follicule, et le plus souvent enveloppées d’une substance cotonneuse (fig. 27).

Le péricarpe appelé la _samare_ est une espèce de capsule membraneuse, plus ou moins comprimée, divisée en une ou deux loges.

Le _légume_ ou _gousse_ est un fruit membraneux à deux valves qu’on nomme cosses, réunies par deux sutures opposées; les graines sont attachées le long de la suture inférieure, et placées alternativement sur l’une et l’autre _valve_ ou _cosse_, ainsi que cela se voit dans le pois, la vesce (fig. 28).

La _silique_ ne diffère de la _gousse_ que par une cloison longitudinale qui divise les deux valves.

Le _cône_ est composé d’écailles ligneuses, comme la pomme de pin (fig. 29).

La _nucule_ ou _noisette_ est un péricarpe osseux qui ne contient qu’une graine et ne s’ouvre pas.

La _cariopse_ est un fruit sec à une seule graine, dont le péricarpe est tellement adhérent à la graine proprement dite, qu’il ne peut s’en séparer que par l’opération du blutage, comme pour le blé, le seigle, etc.

Le péricarpe nommé _achaine_ est un peu moins adhérent à la graine que le précédent. Il est simple ou composé.

Voyons maintenant les péricarpes des fruits charnus; ils sont, comme nous l’avons dit, au nombre de quatre: la _baie_, le _drupe_, la _pomme_ et le _pépon_.

La _baie_ ne s’ouvre point naturellement à la maturité; elle renferme une ou plusieurs semences, et ses graines et ses loges sont disposées dans un ordre apparent, comme dans la groseille, le raisin (fig. 30).

Le _drupe_ est un péricarpe charnu, composé de deux substances de différente nature: l’une extérieure, charnue, pulpeuse; l’autre intérieure, ligneuse, comme dans les pêches, cerises, noix, marrons (fig. 31).

La _pomme_ est un péricarpe charnu, couronné par le limbe du calice, partagé en plusieurs loges dont la paroi interne est cartilagineuse. Exemple: la pomme d’api (fig. 32 et 33).

Le _pépon_ est un fruit charnu, régulier, qui fait corps avec le calice et renferme plusieurs graines. Ce fruit est particulier à la famille des cucurbitacées (fig. 34 et 35).

Le volume des fruits est souvent bien disproportionné avec celui des végétaux qui les produisent: ainsi la courge, plante rampante et herbacée, porte des fruits énormes, et le chêne n’en a que de très-petits. Les physiologistes cherchent vainement la raison de cette anomalie; nous leur conseillons de consulter La Fontaine, fable IV, livre IX.

Et pourtant, nous osons affirmer que La Fontaine avait très-peu étudié les péricarpes; il était certainement moins savant, sur ce point, que M. de Jussieu; mais, d’un autre côté, les fables de M. de Jussieu sont beaucoup moins amusantes que celles de La Fontaine. Évidemment, il n’y a pas compensation.

HABITATION DES VÉGÉTAUX

Les climats divers ne conviennent point indistinctement aux végétaux. Il faut presque à chaque plante un terrain particulier, une atmosphère différente. Les unes ne se plaisent que dans les champs incultes, tandis que d’autres ne peuvent germer que dans des terres cultivées. Plusieurs naissent dans les sables; un certain nombre se plaisent sur les rochers. Il en est qui ne peuvent vivre qu’au fond des marais, d’où elles s’étendent à la surface des eaux. Enfin, la mer a aussi sa végétation, végétation luxuriante, qui ne le cède en puissance à aucun des terrains les plus favorisés.

Il n’est presque aucune portion de la terre où la végétation ne puisse s’établir; mais elle présente des différences immenses entre les contrées équatoriales, les régions tempérées et les régions polaires. C’est entre les tropiques qu’elle se montre dans toute sa puissance et sa majesté; c’est là qu’on trouve le baobab, ce colosse du règne végétal, dont le tronc, ainsi que nous l’avons dit, atteint quelquefois jusqu’à trente mètres de circonférence; c’est là que vit et se multiplie cette admirable famille de palmiers avec lesquels nos plus beaux arbres ne sauraient soutenir la comparaison. Dans ces contrées, les graminées deviennent arborescentes; les fougères s’élèvent jusqu’à huit ou neuf mètres: c’est la patrie des fruits les plus exquis, des parfums les plus suaves. C’est surtout dans les régions équatoriales, comme aux bords du Gange, où la température, constamment humide et chaude, est entretenue par les feux du soleil et le débordement des grands fleuves, que la végétation montre une vigueur prodigieuse.

Mais cette exubérance de vie, qui augmente la puissance des forts, tuerait les faibles. Que l’on transporte sous ce ciel de feu une frêle et légère Parisienne, elle s’étiolera promptement, et rien ne pourra la sauver d’une prompte destruction... C’est toujours cette éternelle comparaison entre les deux règnes, comparaison née de ce que d’une seule, unique et admirable chose sortie de la main de Dieu, notre orgueil a voulu faire trois choses distinctes. Qui donc, en effet, pourrait dire avec précision où finit l’un des trois règnes et où commence l’autre?

L’histoire naturelle est une immense chaîne à laquelle il ne manque pas un anneau, et c’est en vain que les princes de la science y ont cherché une solution de continuité. Il y a sur les confins du règne minéral des individus qui végètent, et sur les confins du règne végétal des individus qui vivent...

L’extrême chaleur sans humidité n’est pas favorable à la végétation. Aussi, quelle différence entre les contrées dont nous venons de parler et les déserts sableux de l’Afrique, desséchés par les ardeurs brûlantes du soleil, où l’homme, en y entrant, semble se dévouer à la mort! Là, de quelque côté qu’on jette les yeux, on n’aperçoit que des images de destruction et de néant.

L’excessive chaleur n’est pourtant pas un obstacle à toute végétation; il est des plantes qui résistent à quatre-vingts et même cent degrés de chaleur (température de l’eau bouillante). Aux eaux thermales de Dax, on a vu croître et se développer une tremella dans une fontaine dont l’eau est constamment chaude de soixante-dix à soixante-douze degrés.

Si la végétation des pays tempérés n’a pas cette beauté, cette magnificence des plantes des tropiques, elle ne leur cède en rien pour la grâce des formes et l’abondance des produits. Le Nord lui-même n’est pas déshérité sous ce rapport; c’est là que les robustes pins et sapins élèvent vers les nues leurs troncs vigoureux. Mais, au-dessus de deux mille mètres d’élévation, on ne les trouve plus; ils sont remplacés par les aliziers, les bouleaux, qui bravent un froid de quarante degrés, froid capable de faire éclater les sapins les plus vigoureux.

Ce dernier phénomène a souvent été remarqué par nos soldats pendant la désastreuse campagne de Russie; alors que ces malheureux s’asseyaient sur la neige pour y prendre quelque repos, il arrivait que de violentes explosions se faisaient entendre autour d’eux: «Encore l’ennemi! se disaient-ils; toujours, toujours sur nos pas! Un ciel de fer sur nos têtes, et devant nous des déserts de glace sans horizon!» Ils reprenaient leurs armes avec désespoir et marchaient vers le lieu d’où l’explosion s’était fait entendre, et ils ne trouvaient rien, rien que des arbres que l’intensité du froid avait fait éclater avec un bruit semblable à celui du canon.

Plus on s’approche des pôles, plus le nombre des végétaux diminue; au Spitzberg, au Groënland, au Kamtschatka, le nombre des espèces ne dépasse pas trente.

De même qu’elle se montre sur les plus hautes montagnes, la végétation pénètre aux plus grandes profondeurs, dans les entrailles de la terre, dans les cavernes, dans les mines les plus profondes; mais à ces deux extrémités, il n’y a que des champignons et des lichens.

On trouve sur une haute montagne, en la parcourant de sa base à son sommet, à peu près tous les changements de végétation que l’on pourrait observer en voyageant de l’équateur au pôle nord. Au pied de la montagne végètent les plantes des plaines et des contrées méridionales de l’Europe. Les chênes occupent le premier plan; cinq ou six cents pieds au-dessus sont les hêtres; plus haut, les ifs, pins et sapins; puis viennent les aliziers, les bouleaux, les rhododendrons; plus haut encore, on trouve les daphnés, les globulaires, les cistes ligneux. Dans la région des glaces se montrent les saxifrages, les primevères; puis enfin les lichens.

La végétation qui n’existe que faiblement dans un lieu peut y devenir abondante et vigoureuse; tout se modifie, tout change: les marais se dessèchent, les rochers que nous voyons nus et arides porteront peut-être quelque jour des arbres majestueux. Dans les marais, la surface des eaux se couvre d’abord d’une écume verdâtre; ce sont des conferves, frêles plantes auxquelles succèdent des carex, des roseaux, des typhas; puis viennent les sphaignes, qui se multiplient d’une manière prodigieuse. A mesure que ces plantes végètent, leur détritus exhausse le fond du marais, qui finit par se dessécher entièrement. Il en est de même des rochers: des lichens crustacés viennent d’abord marbrer leur surface; de leur décomposition naissent des lichens d’un autre ordre sur le détritus desquels paraissent plus tard des graminées; puis, enfin, la terre végétale augmentant sans cesse, les végétaux ligneux se montrent.

Ainsi que nous venons de le voir, il est, dans les végétaux, des familles particulières à certaines contrées; une seule famille, les céréales, peut s’habituer à tous les climats; œuvre admirable de la Providence, qui, en donnant la terre à l’homme, a voulu qu’il pût trouver à chaque pas une preuve de sa paternelle sollicitude!

MALADIES, MORT ET DÉCOMPOSITION DES VÉGÉTAUX

Les maladies des végétaux peuvent être divisées en deux classes: celles qui n’affectent qu’une partie du végétal, comme les ulcères, les excroissances qui résultent presque toujours de blessures, et les maladies générales qui envahissent toute la plante.

Les plaies faites par un instrument tranchant se guérissent plus facilement que celles produites par un instrument contondant. Lorsqu’une portion d’écorce a été enlevée à un arbre, la cicatrisation s’opère par l’extension des bords de l’écorce qui se rapprochent en bourrelets.

Les plaies contuses doivent être enlevées par le fer, afin que les lèvres en soient nettes; sans quoi elles donneraient lieu à des exostoses, des tumeurs, qui deviendraient incurables.

Lorsque les blessures ont pénétré jusqu’au cœur du tronc, il s’ensuit un écoulement sanieux qui détermine promptement l’ulcère, la carie, la mort. Ces plaies ne sont pourtant pas absolument incurables, et l’on parvient quelquefois à les faire disparaître par le fer ou par le feu.

De toutes les maladies générales, la mieux caractérisée est l’_étiolement_, qui a pour cause ordinaire la privation de la lumière. Les plantes atteintes de cette maladie sont faibles, grêles, blafardes. Pour la guérir, il suffit, lorsque le mal n’est pas trop avancé, de rendre la lumière à la plante qui en est atteinte; mais cela ne doit se faire que graduellement: le passage trop brusque d’un état à un autre serait plus nuisible qu’efficace.

La _panachure_, la _jaunisse_, qui atteignent un grand nombre de végétaux, sont presque toujours causées par l’abondance de la séve et l’extravasation des sucs.

Le froid exerce une grande influence sur les plantes. Dilatés par la congélation des liquides, les vaisseaux, les tissus cellulaires se déchirent, et le végétal meurt. Lorsque le déchirement se fait du centre à la circonférence, il se nomme _cadron_; s’il s’opère en séparant l’une de l’autre les couches ligneuses, il s’appelle _roulure_; si le froid détruit seulement la couche du liber, on nomme la maladie qui en résulte _gelivure_.

Les pêchers et les abricotiers ont quelquefois leurs feuilles couvertes d’une substance blanchâtre, mielleuse; c’est le résultat d’une maladie nommée _meurier_ ou _blanc mielleux_. On opère la guérison de l’arbre qui en est attaqué en enlevant les feuilles qui ne sont point dans leur état normal, et changeant la terre au pied de l’arbre.

Les plantes parasites et certains insectes sont très-souvent une cause de maladie pour les plantes.

Les céréales sont sujettes à plusieurs maladies qui leur sont particulières: le froment peut être atteint de la _carie_, du _charbon_, de la _rouille_. La _carie_ attaque l’intérieur du grain; l’écorce en est sèche, et en la rompant, on trouve à l’intérieur une poussière fine, noire et fétide.

Une espèce de champignon microscopique, nommé _uredo segetum_, réduit les semences en une poussière d’un brun verdâtre; c’est la maladie nommée _charbon_. Un autre champignon microscopique, l’_uredo linearis_, donne naissance à la _rouille_. Le seul préservatif contre les diverses maladies des céréales consiste à secouer les plantes au moyen d’une corde tendue, que deux hommes, séparés par le champ, promènent sur toute sa superficie. Cette opération suffit pour détruire, au moins en grande partie, les germes de ces maladies.

La _cloque_ ou _roulure_ des feuilles provient de la piqûre d’insectes; les _bédéguars_, pelotes filamenteuses qui se trouvent sur les rosiers, les _galles arrondies_ des chênes, la _laque_, la _cochenille_, n’ont pas d’autre cause.

Après avoir langui pendant un temps, la vie s’éteint entièrement dans le végétal; il devient la proie de tous les agents extérieurs, qui le décomposent entièrement.

Les arbres meurent ordinairement par portions; le plus souvent la mort commence par le sommet; on dit alors que l’arbre est couronné. La racine subit la même altération, dans le même temps, à son extrémité. L’arbre qui est dans cet état peut vivre encore longtemps, mais il ne croît plus.

La décomposition des plantes est un des phénomènes les plus intéressants de la nature; elle présente des différences selon qu’elle s’opère dans le feu, à l’air libre ou dans l’eau.

L’analyse d’un végétal par le feu y démontre la présence de la lumière et du calorique, qui se dégagent entraînant avec eux des matières salines, huileuses; dans cet état, ils constituent la fumée; mais si on les condense dans un tuyau étroit, ils déposent le long des parois une partie des matières qu’ils enlevaient; celles-ci forment la suie, qui contient une huile empyreumatique, du carbone, du fer. Il reste une masse assez considérable qu’on appelle _cendres_, et qui est une des bases de la terre végétale.

Les plantes exposées à l’air libre se décomposent rapidement: l’eau et l’air qu’elles contiennent déterminent la fermentation, et, par suite, le dégagement des fluides gazeux. Les parties non volatiles, principalement composées de matières salines, forment le _terreau_, substance très-variable.

Lorsque la décomposition des plantes s’opère dans l’eau, les résultats ne sont plus les mêmes; on obtient alors des produits auxquels on donne le nom de _tourbes_: les tourbes des marais, presque entièrement formées de jeunes plantes herbacées, mêlées à une certaine quantité de limon, et les tourbes ligneuses, qui constituent la _houille_ ou _charbon de terre_. Ces dernières sont formées par des masses d’arbres dont plusieurs sont quelquefois assez bien conservés pour qu’on puisse en déterminer l’espèce. Dans la production des tourbes, l’eau est le principal et peut-être le seul agent de la décomposition des plantes, qui sont garanties par ce fluide du contact immédiat de l’air et du soleil.

Ici se termine l’histoire physiologique des plantes; nous avons vu comment elles naissent, s’accroissent, vivent, se reproduisent, meurent et se décomposent; nous les avons vues se mouvoir, veiller, dormir, sentir, aimer, souffrir. Il nous reste à peindre les mœurs de chaque tribu, de chaque famille, leurs goûts, leurs usages, leurs lois; ce sera l’objet de notre seconde partie.

SECONDE PARTIE

MÉTHODES-FAMILLES

Dieu seul sait quel est le nombre des espèces de plantes qui couvrent notre globe; quant à nous, chétifs, nous n’en connaissons qu’un peu plus de vingt mille. Il est vrai que ce nombre augmente tous les jours, et que, les savants aidant, il continuera à augmenter jusqu’à la fin des siècles; car, je l’ai déjà dit, les savants commencent et ne finissent jamais.