Les fleurs animées - Tome 2

Part 7

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L’analogie est si grande entre les parties du végétal qui s’étendent sous le sol et celles qui s’élèvent au-dessus, que ces dernières peuvent devenir racines; par exemple, les filets pendants des branches du figuier des pagodes tombent jusqu’à terre, s’y enracinent en très-peu de temps: ce sont des enfants qui reviennent au sein maternel.

TIGES.--Les tiges présentent une grande diversité de formes: il en est qui rampent sur le sol sans y jeter de racines; d’autres, au contraire, poussent des drageons qui s’enracinent et produisent de nouvelles tiges; d’autres encore, trop faibles pour atteindre seules l’élévation qu’elles ambitionnent, entourent de leurs circonvolutions les troncs des grands arbres, les unes s’enroulant constamment de gauche à droite, les autres toujours de droite à gauche. Ainsi, si l’on plante au pied d’un arbre une tige de haricot et une de houblon, elles s’enrouleront en sens inverse et se croiseront; que l’on essaye de changer leur direction, elles la reprendront, et si l’obstacle qu’on leur aura opposé est insurmontable, elles mourront.

Les tiges sont ou cylindriques, ou cannelées, ou triangulaires. Dans un grand nombre de végétaux, la tige est unie, sans poil ni duvet; dans beaucoup d’autres, elle est couverte de petites écailles garnies de poil, et elle porte des bulbilles à l’aisselle des feuilles. Les tiges sont _herbacées_ lorsqu’elles sont tendres, molles, et elles meurent après une année d’existence; elles sont vivaces s’il croît une nouvelle tige l’année suivante; elles sont _sous-ligneuses_ quand la base résiste à l’hiver; enfin, elles sont _ligneuses_ quand elles se convertissent en bois.

Maintenant, supposons que de la graine soumise à la germination sorte une plante herbacée, à tige; elle s’élèvera plus ou moins rapidement, sa tige aura des feuilles, mais aux aisselles de ces feuilles il n’y aura point de boutons, et la plante ne vivra que de un à trois ans. De la graine qui doit produire un arbuste, la tige prendra une consistance ligneuse, mais les aisselles des feuilles seront également dépourvues de boutons. Elle résistera aux hivers, et produira des fruits et des fleurs chaque année. La tige de l’arbrisseau sera plus vigoureuse et portera des boutons; mais elle se divisera, à sa base, en un certain nombre de rameaux ligneux. Enfin, la tige qui doit devenir un arbre s’élèvera d’un seul jet à une certaine hauteur. Cette tige, de la racine à ses premiers rameaux, s’appelle _tronc_ (fig. 4). Les rameaux sont divisés en quatre ordres, selon leur force.

Examinons maintenant la structure de la tige, et prenons pour cela celle d’un végétal ligneux qui est le plus complet. En la tranchant transversalement, nous trouverons d’abord l’_écorce_, recouverte d’un mince épiderme; sous l’écorce est le _liber_, partie essentiellement vivante et organique du végétal, et qui doit son nom à la facilité avec laquelle on peut le séparer en feuillets semblables à ceux d’un livre; vient ensuite l’_aubier_, puis le _bois_ proprement dit, et ensuite la _moelle_.

La partie concentrique du bois qui entoure la moelle est composée de vaisseaux poreux, suivant une direction parallèle dans toute la longueur des tiges, et dans lesquels circule la séve, principe vital de tous les végétaux. Une partie de ces vaisseaux se prolongent latéralement, entraînant une portion de la moelle. Ces vaisseaux, qu’on nomme prolongements médullaires, ont dans l’écorce leur partie essentiellement vivante, d’où il résulte que l’on voit souvent des arbres dont la végétation est encore très-vigoureuse, bien que leur partie ligneuse soit anéantie, et qu’ils en soient réduits à leur écorce, ainsi que cela se présente fréquemment dans les saules.

Voici maintenant la marche de l’accroissement: chaque année, les feuilles déliées du _liber_ se solidifient et s’unissent aux dernières couches de l’_aubier_, qui n’est encore qu’un bois imparfait, mais qui passe à l’état de _bois_ au fur et à mesure que le _liber_ passe à l’état d’_aubier_. Il en résulte que les couches concentriques se superposant annuellement, elles indiquent parfaitement l’âge du végétal. Ce n’est pas là toutefois une règle sans exception; cette règle, qui s’applique aux tiges dicotylédones, la plus nombreuse des tribus végétales, n’est pas applicable aux monocotylédones, dont la structure présente un sens inverse. Par exemple, que l’on examine la coupe transversale d’un palmier, on ne trouve plus d’écorce, d’aubier, de couches concentriques, de prolongements médullaires; le tissu le plus solide et le plus ancien dans cette tige est à l’extérieur, par la raison que l’accroissement vient de l’intérieur. Ainsi, un palmier, à sa naissance, forme une touffe de feuilles sans tige; un an après, il naît de nouvelles feuilles du centre des premières, et celles-ci, repoussées vers la circonférence, tombent en vieillissant; mais leurs bases se soutiennent et forment un anneau qui est l’origine de la tige; l’année suivante, un second anneau se forme de la même manière au-dessus du premier, de telle sorte que l’âge du palmier peut se calculer par ses anneaux.

BRANCHES ET RAMEAUX.--Les branches et les rameaux ont une organisation parfaitement semblable aux tiges; ils forment, avec la tige, un angle qui s’ouvre davantage à mesure que l’arbre vieillit, et les branches finissent souvent par devenir pendantes.

Les tiges de quelques végétaux croissent avec une grande rapidité et atteignent une prodigieuse longueur: les chênes, dans nos forêts, atteignent souvent une hauteur de quarante mètres, et les palmiers des Cordillères dépassent quelquefois soixante mètres.

La grosseur des tiges de certains végétaux n’est pas moins remarquable; on montre, au village d’Allouville, près d’Yvetot, un chêne qui n’a pas moins de neuf mètres de circonférence, et dans l’intérieur duquel on a construit une chapelle et une salle assez vaste. Le châtaignier de l’Etna, qu’on appelle dans le pays l’_albero a centicavalli_, a près de quatorze mètres de tour, et cent cavaliers peuvent se mettre à l’abri sous ses rameaux, ce qui n’est rien cependant en comparaison de quelques baobabs du Sénégal, qui ont jusqu’à trente mètres de circonférence à la naissance du tronc.

Il est bien dur d’être forcé d’en convenir, mais il faut de la franchise avant tout: les végétaux, qui n’ont peut-être de moins que nous que la faculté de la locomotion, nous sont bien supérieurs sous d’autres rapports: ainsi, ce n’est pas seulement par les graines que les végétaux se reproduisent, mais encore par la greffe, par les boutures, le marcottage, les éclats de racines, etc.

BOUTONS.--Ces moyens de reproduction ont démontré que, dans chacun des _boutons_ espacés sur un rameau, se trouve renfermée une plante entière, pourvue de tous ses organes. Ces boutons sont de petits corps entourés d’écailles qui se développent dans l’aisselle des feuilles et à l’extrémité des rameaux. Ils commencent assez généralement à se montrer en été, et on leur donne alors le nom d’_yeux_. Pendant l’automne, ils grossissent: ce sont les _boutons_ proprement dits. Au retour du printemps, les écailles tombent, les boutons se développent, et ils prennent le nom de _bourgeons_ (fig. 5).

Il y a trois espèces de boutons: ceux qui produisent des branches, et qu’on appelle _boutons à bois_; ceux qui produisent des feuilles, nommés _boutons à feuilles_, et ceux qui produisent des fleurs, qu’on nomme _boutons à fleurs_ ou _boutons à fruits_. Les racines des plantes vivaces portent des boutons qui, en se développant, produisent des tiges annuelles. Ces boutons, qu’on appelle _turions_, se distinguent des boutons proprement dits en ce que leur origine est constamment souterraine.

FEUILLES.--La pousse des feuilles, ou la _foliation_, commence immédiatement après l’apparition du bourgeon. Leur naissance est le signe d’une vie nouvelle pour tous les êtres de la création: dans les bois si longtemps silencieux retentissent les chants des oiseaux; les champs se couvrent de fleurs; les hommes se sentent meilleurs; le cœur s’épanouit, et de même que la séve, le sang circule plus vite. Les feuilles contribuent de deux manières à la production de ce sentiment universel de bien-être: d’abord, en charmant la vue, elles font naître les plus douces émotions; puis elles versent dans l’espace des flots d’air vital, en même temps qu’elles absorbent les émanations putrides, les germes de destruction et de mort.

La plupart des feuilles sont soutenues par une queue mince et légère nommée _pétiole_, et elles se terminent par une expansion membraniforme appelée _disque_. Les feuilles qui n’ont point de pétiole s’étendent en lames dès leur séparation de la tige. On appelle les premières _feuilles pétiolées_, et les secondes _feuilles sessiles_. Elles restent attachées à la tige et aux branches jusqu’aux premiers froids de l’hiver; alors elles tombent, à moins qu’elles ne soient _vivaces_, et elles rendent avec usure à la terre les sucs qu’elles en avaient reçus pour se produire et s’étendre; cette chute se nomme effeuillaison. Dans les arbres qu’on nomme _toujours verts_, les feuilles périssent en tout temps.

C’est sur le disque que l’on peut observer l’arrangement des nervures et toutes les subtiles ramifications, _veines_, _veinules_, dont une substance pulpeuse, appelée _parenchyme_, remplit les intervalles (fig. 6). Le bord de la feuille opposé au pétiole se nomme _sommet_, on appelle _côtés_ les deux extrémités latérales; les deux faces de la feuille sont recouvertes d’un épiderme très-mince: la face supérieure est ordinairement lisse et brillante, la face inférieure est mate et moins colorée.

Il y a trois sortes de feuilles: les _simples_ (fig. 7), les _composées_ (fig. 8), et les _composées articulées_. La feuille simple est formée d’une seule expansion; le pétiole n’a point de division sensible. La feuille composée est un assemblage de petites feuilles ou folioles fixées au sommet ou sur les parties latérales d’un même pétiole par un pétiole particulier; lorsque ces folioles sont douées de certains mouvements, comme dans la sensitive, on dit que la feuille est articulée.

Le vert est la couleur ordinaire des feuilles; mais la nuance en est infiniment variée depuis le vert tendre jusqu’au vert brun et presque noir; quelques plantes portent pourtant des feuilles rouges, jaunes ou panachées; mais alors on peut les considérer comme n’étant point dans leur état normal. La lumière est le principe de la coloration des feuilles, ainsi que l’on peut s’en convaincre en faisant germer des graines dans une cave: si l’on éclaire quelques-unes des jeunes plantes qui se produiront au moyen de lampes et de miroirs à réflexion, les feuilles qui recevront les rayons lumineux se coloreront en vert; celles qui seront demeurées dans l’obscurité seront blanchâtres.

L’irritabilité des feuilles, leur sommeil, leur réveil, sont des phénomènes qui ne peuvent manquer d’attirer vivement l’attention; ils sont extrêmement remarquables dans la sensitive, qui se contracte rapidement, et en même temps toutes ses feuilles, pour se soustraire au contact des corps étrangers. L’attrape-mouche, plante de l’Amérique septentrionale, exécute un mouvement non moins remarquable: chacune de ses feuilles est divisée à son sommet en deux lobes réunis par une charnière le long de la nervure médiane; qu’un insecte, attiré par la liqueur dont elles sont enduites, vienne se placer sur un de ces lobes, ils se rapprochent aussitôt, et retiennent l’insecte prisonnier. Les feuilles du _sainfoin oscillant_, plante du Bengale, sont douées de mouvements plus extraordinaires encore. Ces feuilles se composent de trois folioles attachées sur un pétiole commun. La foliole terminale est très-grande, les deux autres sont très-petites. Ces dernières exécutent un mouvement continuel de torsion, et décrivent continuellement un arc de cercle. Ce mouvement continue même alors que l’on a détaché la feuille de la tige, ce qui prouve qu’il appartient à la feuille, et est tout à fait indépendant de la plante mère. Que la grande foliole soit agitée par une cause quelconque, aussitôt le mouvement des deux petites cesse.

On doit l’observation de ce phénomène à Linné, qui lui donna le nom de sommeil des plantes. Quelques naturalistes en ont cherché la cause dans l’absence de la lumière, et ils sont parvenus à changer les heures de sommeil de la sensitive en l’éclairant artificiellement; mais, pour que cette expérience fût concluante, il faudrait qu’elle eût le même résultat sur beaucoup d’autres végétaux, et il a été impossible de l’obtenir sur le plus grand nombre.

Ainsi, les plantes sentent: elles dorment, elles se meuvent; chez quelques-unes se manifeste un sentiment de crainte: qui oserait dire que tout cela ne soit que purement mécanique? Le mouvement de locomotion qui leur manque n’empêche pas qu’elles tiennent dans la création une place bien supérieure à celle occupée par un grand nombre d’individus du règne animal.

Le sommeil des plantes se manifeste de quatre manières dans celles dont les feuilles sont simples: 1º les feuilles s’appliquent face à face, comme dans l’arroche des jardins; 2º elles enveloppent la tige, comme dans l’onagre molle, pour protéger les boutons et les fleurs; 3º étendues horizontalement pendant le jour, elles se roulent en cornet, et renferment les jeunes pousses, comme la mauve du Pérou; 4º elles se penchent vers la terre et forment une espèce de voûte au-dessus des fleurs inférieures, comme la balsamine.

Les feuilles composées affectent six positions différentes dans les heures de sommeil: 1º elles viennent se placer l’une contre l’autre, comme les feuilles d’un livre: telles sont celles du pois de senteur, du baguenaudier; 2º en s’écartant à leur partie moyenne, elles forment un petit pavillon au-dessus des fleurs, comme le lotier pied-d’oiseau, le trèfle; 3º elles sont réunies à la base et séparées à leur sommet, comme dans le mélilot commun; 4º les folioles se courbent pour couvrir les bourgeons, comme dans le lupin blanc; 5º elles s’abaissent en tournant sur elles-mêmes, tandis que le pétiole commun s’élève, et elles s’appliquent ensuite l’une sur l’autre par leur face supérieure, bien qu’elles pendent vers la terre, comme dans les casses, et ce retournement est d’autant plus remarquable que si l’on voulait l’opérer artificiellement pendant le jour, on ne pourrait y parvenir sans briser les vaisseaux des pétioles particuliers; 6º enfin, elles recouvrent entièrement le pétiole commun à la manière des tuiles d’un toit, comme la sensitive.

Que d’admirables choses! et à quoi bon chercher au loin des émotions quand à chaque pas tant de merveilles s’offrent aux regards de qui veut les voir!

STIPULES, VRILLES, GRIFFES, SUÇOIRS, ÉPINES, AIGUILLONS, POILS, GLANDES.--Indépendamment des organes principaux, un grand nombre de végétaux sont pourvus d’organes accessoires que Linné désignait sous le nom générique de _fulcra_. Les uns, tels que les _aiguillons_ (fig. 9), les _épines_ (fig. 10), ne sont en quelque sorte, pour certaines plantes, que des armes défensives; d’autres, comme les _poils_ (fig. 11) et les _glandes_, sont chargés de fonctions sécrétoires, et quelques-uns, comme les _vrilles_ (fig. 12), servent d’auxiliaires aux végétaux qui en sont armés, pour les aider à quitter le sol sur lequel la faiblesse de leurs tiges semblait les avoir condamnés à ramper.

Le pétiole est parfois accompagné de deux petites feuilles qui diffèrent tout à fait de la forme des autres: ce sont les _stipules_; si on les rencontre à la base d’une fleur, elles prennent le nom de _bractées_. Leurs fonctions consistent à protéger les feuilles; elles les enveloppent dans la jeune pousse, elles les accompagnent dans leur développement, et périssent dès qu’elles sont devenues inutiles.

Les _griffes_ sont des espèces de racines par lesquelles certaines plantes s’accrochent à d’autres végétaux ou aux corps environnants. Lorsque ces griffes, indépendamment du soutien qu’elles prêtent aux plantes, leur procurent les aliments nécessaires à leur nourriture, on les nomme _suçoirs_.

FLEURS.--Les fleurs sont les organes destinés à accomplir le grand œuvre de la reproduction: couleurs séduisantes, parfums suaves, élégance dans les contours, délicatesse dans le tissu, grâces dans le développement et le port, tous ces attributs, prodigués aux fleurs même les plus communes, font du temps de la floraison un moment de parure, de triomphe, et l’époque la plus brillante, la plus éclatante de leur vie. L’enfance est passée, nous touchons au temps de la jeunesse et de la beauté.

La fleur se compose de quatre parties principales: le _calice_ (fig. 13), la _corolle_ (fig. 14), les _étamines_ (fig. 15), et les _pistils_ (fig. 16); on appelle fleur _complète_ celle qui possède ces quatre parties, et fleur _incomplète_ celle à laquelle il en manque une ou plusieurs. Les fleurs peuvent se composer simplement d’étamines et de pistils réunis sur le même support, ou placés sur la même plante, dans des fleurs distinctes, ou situés sur des individus séparés, ce qui forme les fleurs _hermaphrodites_, _monoïques_ et _dioïques_. Ces deux derniers genres sont également compris sous la dénomination de _déclives_ ou d’_unisexuelles_.

Le diamètre des fleurs est très-variable: quelques-unes sont si petites qu’elles échappent à la vue; d’autres, comme l’aristoloche d’Amérique, par exemple, ont quelquefois au delà d’un mètre de circonférence. Leur durée, variable aussi, est également très-courte: nées pour accomplir les fonctions de la reproduction, bientôt elles perdent leur éclat, leurs formes s’altèrent, les grâces s’envolent, la jeunesse s’éteint et la maturité commence.

Les fleurs sont sessiles ou pédonculées: elles sont sessiles lorsqu’elles sont posées sur la tige sans intermédiaire; elles sont pédonculées lorsqu’elles sont soutenues par un support plus ou moins étendu qu’on nomme pédoncule; c’est le plus grand nombre. C’est au sommet du pédoncule, qui va s’élargissant, que paraissent les parties de la fructification. Les formes de cet organe sont très-variées: il est droit ou incliné, parfois il se roule en spirale; il peut être simple ou composé de plusieurs parties que l’on nomme pédicelles. Lorsqu’il part immédiatement de la racine, on le nomme _hampe_. La partie qui soutient les fleurs sessiles ou pédiculées s’appelle _axe_.

INFLORESCENCE

L’arrangement, la disposition générale des fleurs sur la tige ou les autres organes qui les supportent se nomment inflorescence. Les fleurs sont toujours placées à l’aisselle d’une feuille, mais elles affectent diverses dispositions: les unes sont solitaires, les autres sont réunies plusieurs ensemble. C’est ce qui constitue l’_inflorescence simple_ et l’_inflorescence composée_, lesquelles se subdivisent en inflorescences qui ont reçu des noms particuliers, tels que ceux de _panicule_, _thyrse_, _grappe_, _épi_, _spadice_, _verticille_, _ombelle_, _corymbe_, _cyme_, _capitule_. L’inflorescence est panicule lorsque l’axe commun se ramifie, et que ses divisions secondaires sont allongées et laissent entre elles une certaine distance, comme dans les graminées (fig. 17). Le thyrse est une sorte de grappe dont l’axe est très-allongé et dont les rameaux forment de petites cimes. Lorsque le pédoncule commun se ramifie plusieurs fois et régulièrement, l’inflorescence prend le nom de grappe, comme dans le marronnier d’Inde (fig. 18). Lorsque les fleurs sont disposées sur un axe commun, simple, non ramifié, elles forment l’épi, comme le blé, l’orge, le plantin (fig. 19). Dans l’inflorescence spadice, le pédoncule commun est couvert de fleurs sans calice. L’inflorescence est verticille lorsque les fleurs naissent à l’aisselle des feuilles, et forment une espèce d’anneau autour de la tige. Les fleurs sont en ombelle lorsque tous les pédoncules étant égaux, l’ensemble des fleurs présente une surface bombée, telle est la carotte (fig. 20). Dans le mode d’inflorescence appelé corymbe, l’axe central forme une inflorescence terminée et les rameaux latéraux des inflorescences indéfinies, comme dans la millefeuille (fig. 21). Lorsque la fleur terminale est environnée de trois bractées ou plus, et que chaque rameau peut offrir un développement égal au précédent, on nomme cette inflorescence cyme; cette inflorescence est celle de la centaurée (fig. 22). Enfin, on donne le nom de capitule à l’inflorescence qui est particulière aux plantes de la famille des cynanthérées: tels sont le chardon, l’artichaut (fig. 23).

L’inflorescence, en général, peut encore être modifiée par des influences diverses, telles que certains modes de culture: de là résultent les fleurs _doubles_, _pleines_ et _polifères_. La culture est aux fleurs ce que l’éducation est aux jeunes filles; elle augmente leur beauté en les douant de grâces particulières, en les préservant de mille dangers, en leur conservant le plus longtemps possible tout leur éclat.

Dans les fleurs doubles, le nombre des pétales est plus considérable que celui que leur avait primitivement donné la nature. Les fleurs pleines sont entièrement formées de pétales. Les fleurs polifères sont celles du centre desquelles naît une seconde fleur semblable à la première. Tout cela est dû à l’art de l’horticulture, et, pour quelques amateurs sévères, ces fleurs devenues si belles ne sont que des êtres monstrueux. C’est là une ridicule exagération, condamnée par la sagesse des nations qui a formulé ce proverbe:

Et toujours la parure embellit la beauté.

Cela n’est pas très-grammatical, mais cela est vrai.

CALICE.--Nous avons vu plus haut que la fleur se compose de quatre parties principales; examinons maintenant chacune de ces parties.

Le calice peut être considéré comme le protecteur de la fleur; il se compose d’une espèce d’épanouissement de l’écorce à l’extrémité du pédoncule. Sa couleur est toujours verte, à peu d’exceptions près. Ainsi elle devient jaune dans la capucine, et rouge dans la grenade, mais toujours elle est verte d’abord. Quelquefois il est d’une seule pièce, et quelquefois il est composé de plusieurs qui affectent la forme de petites écailles, comme dans l’œillet. Le plus ordinairement il est de forme cylindrique. Lorsqu’il ne renferme qu’une seule fleur, on le nomme calice _propre_, et calice _commun_ lorsqu’il en renferme plusieurs; il est _simple_ quand il ne forme qu’une seule enveloppe; _double_ quand il se compose de plusieurs.

Nous éviterons ici, comme précédemment, les termes scientifiques qui n’ajoutent rien à la connaissance des choses, et qui n’auraient d’autre résultat que de faire grimacer de jolies bouches. Qu’importe, en effet, que l’on sache que les savants nomment _monophylle_ le calice qui se compose d’une seule pièce, et _polyphylle_ celui qui en a plusieurs? Qu’importent les _supères_, les _infères_, les _embriqués_, les _caliculés_, etc., qui n’indiquent que des modifications insignifiantes?

Le calice a beaucoup d’analogie avec la feuille, non-seulement par sa forme, mais encore par sa contexture et les fonctions qu’il remplit. On y remarque des nervures, des trachées, etc., absolument comme dans la feuille, et dans quelques fleurs même, le calice se transforme en véritables feuilles; enfin, comme les feuilles, il absorbe et exhale certains fluides.

COROLLE.--C’est la corolle qui continue la beauté de la fleur: grâce, coloris, parfum, tout lui est réservé. Comme le calice, elle peut être formée d’une seule ou de plusieurs pièces; c’est ce qui a fait croire à plusieurs botanistes qu’elle n’était qu’une modification du calice; plusieurs ont même confondu le calice et la corolle, grossière erreur, relevée à bon droit par les savants naturalistes dignes de ce nom.