Les fleurs animées - Tome 2

Part 6

Chapter 63,742 wordsPublic domain

Il y a longtemps qu’on a donné la préférence à la Jonquille sur la Tubéreuse. Nous souscrivons de grand cœur à ce jugement, mais nous craignons bien qu’on n’en conteste la validité. Les sages seuls sont de l’avis du Ramier. Le reste des hommes hésite encore entre le Désir et la Volupté.

LE BAL DES FLEURS

De joie de se trouver réunies après tant de vicissitudes, les premières Fleurs de retour se décident à donner un bal avant de reprendre leur forme primitive. La Fée aux Fleurs avait fait construire une salle de bal magnifique; mais nous nous dispenserons d’en donner la description, attendu que les Fleurs n’y entrèrent pas. Elles préférèrent danser en plein air.

Il est vrai que le plein air au pays des Fées ne ressemble nullement à celui de nos climats. Le ciel est si rapproché de la terre qu’il ressemble à un plafond parsemé d’étoiles; le vent est caressant et léger: on dirait une gaze invisible. Les Fleurs d’ailleurs craignaient, en se retrouvant dans un salon, d’être obligées de se rappeler la terre.

Des milliers de Lucioles, girandoles vivantes, traînaient partout comme une mouvante illumination. Rien n’était joli comme de voir ces insectes gracieux décrire sur la tête des danseuses leurs courbes lumineuses.

Enfin, l’orchestre commença; il était entièrement composé de Rossignols, membres du Conservatoire de la Fée de la musique. L’Oiseau bleu le dirigeait en marquant la mesure avec un bâton d’or incrusté de diamants.

Les musiciens jouèrent d’abord une contredanse, puis une polka, puis une valse, ainsi que cela se pratique maintenant dans les salons du grand monde.

Au bout de deux contredanses, les Fleurs se sentirent fatiguées. Comment avons-nous pu voir un plaisir dans la danse? se disaient-elles avec étonnement. La Belle-de-Nuit elle-même ne comprenait pas la passion qu’elle avait eue pour les bals masqués.

--Tous ces pas, disait le Lis, ne valent pas le doux balancement que m’imprime le Zéphire.

--Elle a raison, répétèrent toutes ses compagnes, plus de danse; allons supplier la Fée de mettre fin à notre métamorphose, et de nous rendre au doux balancement du Zéphire.

La Reine-Marguerite présidait en ce moment un immense galop; il fallut le rompre et se joindre aux autres Fleurs qui s’avançaient vers la Fée.

En reconnaissant leur ancien asile, le premier sentiment qu’elles éprouvèrent fut un sentiment de joie auquel succéda bientôt la crainte. Quel accueil allait leur faire la Fée?

Elles étaient parties malgré elle, sans vouloir écouter ses sages avertissements. Maintenant, les trouverait-elle assez punies? consentirait-elle à les recevoir?

Aucune d’elles n’osait s’avancer pour sonner et se faire ouvrir la grille du jardin.

Tout à coup la porte s’ouvrit comme d’elle-même à deux battants, et l’on vit paraître la Fée. Les Fleurs tombèrent à ses genoux en versant des larmes, mais elle les releva avec bonté.

--Entrez, leur dit-elle, pauvres enfants; venez reprendre auprès de moi la place que vous n’auriez jamais dû quitter.

L’Oiseau bleu était perché sur l’épaule de la Fée.

--Va, reprit-elle, gentil messager, retourne sur la terre, et guide vers moi les pauvres égarées qui ne savent plus retrouver le chemin de la patrie.

L’Oiseau bleu agita ses ailes de turquoise et prit son essor.

Pendant toute la journée, la grille du jardin s’ouvrit et se referma plus de vingt fois. Les Fleurs rentraient par bandes nombreuses. Le soir, deux ou trois retardataires seulement manquaient à l’appel.

Le Bleuet et le Coquelicot se présentèrent ensemble, suivis du Liseron, qui avait beaucoup de peine à marcher. L’Aubépine guidait la marche de la Belle-de-Nuit, dont les yeux faibles ne pouvaient supporter la clarté du jour. Le Lis, la Rose, la Capucine, le Jasmin, le Chèvrefeuille, l’Œillet, l’Oranger, la Pervenche, l’Aubépine, le Grenadier, la Violette, la Pensée, la Tulipe, la Guimauve, l’Églantine, le Myrte, le Laurier, le Narcisse, l’Anémone, toutes les fleurs dont nous avons raconté l’histoire avaient éprouvé le besoin de cesser d’être femmes; elles étaient venues en même temps solliciter le pardon de leur souveraine.

Pas une qui ne revît avec délices les lieux où elle était née; pas une qui ne se rappelât, avec une terreur mêlée de honte, les heures qu’elle avait passées sur la terre.

Bleuette et Coquelicot, les deux bergères, songeaient à la trahison dont elles avaient été victimes de la part des deux bergers si langoureux, mais si infidèles.

La Pensée maudissait les hommes qui, à l’envi les uns des autres, semblaient se faire un plaisir de la repousser. L’Aubépine frissonnait en pensant au Sécateur. La Tulipe se demandait comment elle avait pu s’habituer aux ennuis du sérail.

L’Églantine tremblait intérieurement qu’en punition de son escapade, la Fée ne la forçât à lire les livres qu’elle avait composés du temps qu’elle figurait parmi les bas-bleus.

La Capucine, libre en plein air, plaignait du fond de l’âme les pauvres jeunes filles qu’on condamne à vivre dans un couvent. Ainsi de suite des autres Fleurs.

La Fée, cependant, ne songeait pas à se venger, ainsi que l’Églantine et quelques autres Fleurs paraissaient le craindre, surtout en voyant qu’elle ne se hâtait pas trop de leur faire quitter leur costume terrestre. La Fée avait son projet. Nous le révélerons tout à l’heure.

Lorsque la fraîcheur commença à descendre du ciel avec l’ombre, la Fée réunit toutes les Fleurs dans son palais.

--Mes filles, leur dit-elle, je pourrais vous faire de la morale, mais je m’en dispense. Je lis au fond de votre cœur et je vois qu’il vous adresse lui-même une semonce que toutes les miennes ne vaudraient peut-être pas. Vous vous contenterez désormais d’être Fleurs, j’en suis certaine; si cependant quelqu’une d’entre vous voulait devenir femme tout à fait, elle n’a qu’à le dire. Je donne ma parole de Fée que son souhait sera exaucé à l’instant.

Un silence universel accueillit cette proposition.

--Maintenant, reprit la Fée, allez vous reposer. Demain commenceront les fêtes par lesquelles je veux célébrer votre retour. C’est pour cela que je vous ai laissé conserver vos vêtements humains. Tous les Sylphes du voisinage y seront invités.

Les Fleurs crièrent: Vive la Fée! et défilèrent devant elle. Il y eut un baisemain général.

ERRATUM

Voici un chapitre que nous n’entamons qu’en tremblant. Méfions-nous des errata. On sait quand on les commence, et on ne sait pas quand on les finit.

Cependant les droits de la vérité sont imprescriptibles. Il faut que nous nous accusions de nos erreurs. Encore si nous pouvions les rejeter sur un prote distrait; mais les fautes que nous avons commises ne sont pas des fautes d’impression.

Elles touchent au fond même des choses; elles faussent leur signification morale, elles blessent la vérité historique, philosophique, mystique, que sais-je encore?

Aussi n’avons-nous pas hésité un seul instant à nous exécuter de bonne grâce. Nous ne voulons pas, dans un ouvrage de cette importance, rester en arrière des idées progressives, et nous faire traiter d’écrevisse littéraire par la critique.

La critique est sévère quand elle s’y met!

Une foule de lettres anonymes nous ont été adressées dans le cours de cette publication. Les unes nous portaient aux nues, les autres nous accablaient de malédictions. La dernière de ces lettres était foudroyante; le lecteur pourra en juger:

«Téméraire, craignez le courroux de Flore!»

Nous nous sommes empressé d’apaiser la déesse par des sacrifices convenables. Serons-nous aussi heureux auprès de la critique?

Nous savons qu’on nous a reproché, dans une des dernières séances de l’Académie des sciences morales et politiques, d’avoir usé d’un symbolisme rétrograde pour caractériser le Myrte et le Laurier. Nous nous empressons de reconnaître la vérité de ces observations. Le lecteur est prié de considérer comme non avenus les deux dessins représentant le Myrte et le Laurier. Grâce aux lumières qui lui ont été fournies par l’analogie, et après deux mois de conférence avec un professeur de myrtes indien, Grandville a fini par trouver que le Myrte ne pouvait pas mieux se représenter que par un vieux roué, et le Laurier par un vieux mousquetaire.

Dans le congrès scientifique de France qui a eu lieu cette année, plusieurs séances ont été consacrées à l’examen des _Fleurs animées_.La section de botanique, tout en constatant les services que ce livre est susceptible de rendre à la science, n’a point hésité à signaler une erreur de détail commise par nous. Le portrait que Grandville a donné de la Belle-de-Nuit dans la 20e livraison, est celui d’une Fleur qui appartient évidemment à la famille des Liserons. Dans le dessin ci-joint, on trouvera la véritable Belle-de-Nuit telle qu’elle est décrite par Linné, Tournefort, de Jussieu et de Candolle. Trop heureux si nous nous montrons digne, par cette rectification, de la bienveillance et des éloges du congrès scientifique!

Un impardonnable oubli nous avait fait négliger, à côté du Myrte et du Laurier, de placer l’Olivier. Il était digne cependant de figurer dans notre galerie allégorique. L’Olivier est l’arbre de Minerve; il représente la sagesse et la paix. Le lecteur le reconnaîtra sans peine sous son bonnet de coton.

Dans cette jeune fille à l’allure vive et dégagée qui fume avec tant d’intrépidité le havane de la régie, nous avons personnifié le Tabac, dont nous n’avions donné dans les livraisons précédentes que les attributs. Pour aller au-devant de toutes les objections, nous avons appliqué à l’Immortelle le même procédé qu’au Myrte, au Laurier et au Tabac. De l’emblème mort nous avons fait une créature vivante. Le dessin de l’Immortelle, qui figure dans le groupe joint à cette livraison, a été copié par Grandville dans les cartons de Phidias, récemment découverts à Athènes par un voyageur français. L’artiste grec comptait sans doute en faire une statue de l’Éternité.

Maintenant que nous avons réparé les fautes et comblé les lacunes signalées par la critique, il ne nous resterait plus qu’à nous féliciter d’avoir mené à bonne fin un ouvrage de cette importance morale, philosophique et littéraire. Le crayon peut se reposer en paix, lui du moins n’a pas de remords. L’esprit, la verve, la grâce, la finesse ne lui ont pas fait défaut un seul instant; mais, hélas! la plume ne peut en dire autant; pardonnez-lui, pauvres Fleurs! qu’avait-elle besoin de vous faire parler, vous, si éloquentes dans votre silence! La plume, c’est la bavarde du livre; le poète, c’est le crayon.

TAXILE DELORD.

BOTANIQUE DES DAMES

BOTANIQUE

DES DAMES

INTRODUCTION

PAR

ALPHONSE KARR

Arrêtez-vous ici,--charmantes lectrices,--n’allez pas plus loin,--posez le livre,--on vous trompe.--M. Grandville, avec ses ingénieux et gracieux caprices; M. Delord, avec ses pages spirituelles, sont tout simplement deux traîtres: à travers des sentiers fleuris et parfumés, ils vous conduisent dans un piége; ils veulent vous livrer aux savants,--et à quels savants! aux botanistes,--à ces hommes qui sont vos ennemis, comme ils sont ceux des fleurs.

Pauvres fleurs!--voyez le sort qu’ils leur font subir: ils arrachent la pervenche aux bords des haies,--les wergiss-mein-nicht aux rives des fleuves,--le réséda au pied des vieux murs;--puis, comme nous l’avons dit dans notre monologue, ils les assassinent, les aplatissent, les écrasent, les dessèchent, leur ôtent leur parfum et leur couleur;--puis, sur ces tombes qu’ils appellent des herbiers, ils gravent de ridicules et prétentieuses épitaphes;--ils les rendent laides d’abord, et enfin ennuyeuses.

Prenez garde!--ils veulent vous rendre savantes.--Défiez-vous d’eux comme des hommes qui veulent vous faire fumer des cigarettes.--Au nom du ciel,--au nom de votre beauté, au nom de notre amour, restez femmes,--n’espérez pas devenir rien de mieux.

Vous devez savoir quelque gré à l’éditeur des _Fleurs animées_ de ce qu’il a fait dans votre intérêt.

Il n’a pas osé ne pas mettre un petit traité de botanique dans son ouvrage; mais il a voulu écrire devant: Ici est un piége; ici est l’ennui.

A qui a-t-il demandé une introduction?--Certes, il n’avait pas besoin de moi.--M. Delord lui a fait un livre spirituel, et dix autres mieux que moi lui auraient écrit son introduction; dix autres qui demeurent à Paris comme lui,--qui sont ses voisins,--qu’il rencontre tous les jours.

Eh bien! il est allé me chercher aux bords de la mer, loin de Paris,--au lieu de dire à M. Delord: Monsieur Delord, finissez le livre, tout le monde y trouvera son compte.

Au lieu de dire à un botaniste: Monsieur le botaniste, faites-moi ici un éloge de votre science.

Il s’est adressé à moi,--parce qu’il sait que moi, qui suis jardinier,--que moi, qui aime toutes les fleurs, et que les fleurs aiment un peu, j’ai écrit bien des pages contre des gens qui ont dit que la rose à cent feuilles est un monstre.

Il n’osait pas ne pas joindre à son ouvrage un traité de botanique, mais il a placé à la porte une sentinelle vigilante pour vous crier: Au large! si vous tentez de franchir le seuil de ce petit temple élevé à l’ennui.

En France, on aime le plaisir, mais on respecte, on vénère l’ennui;--on lui élève des temples et on lui fait des sacrifices,--comme les anciens sans doute en faisaient aux Euménides, à la fièvre, à la peste et à la guerre; les places, les honneurs, les dignités, sont pour les auteurs des gros livres ennuyeux.--On enferme les livres d’abord dans de magnifiques reliures,--puis dans une bibliothèque.

On gorge les auteurs de tout ce qu’ils peuvent désirer,--on tâche de les apaiser; puis alors on lit les charmants poètes,--et les historiens de cœur.

Peut-être aussi vous trompe-t-on--et me trompe-t-on en même temps.

Peut-être suis-je aussi,--mais sans le savoir,--un des complices des embûches qui vous sont tendues ici.

Peut-être, après avoir cherché les moyens de vous faire lire la botanique,--après vous y avoir fait amener tout doucement par les deux traîtres que je vous ai dénoncés; après avoir confié la machine infernale à un ouvrier adroit et spirituel, qui en a habilement déguisé la forme, a-t-on encore eu peur que vous ne lisiez pas le traité de botanique,--et a-t-on pensé que le seul attrait sérieux qu’on pût lui donner était d’en faire quelque chose de défendu.

Et c’est alors qu’on est venu me chercher.

Pour moi, si je suis complice de cette trahison, c’est, je le répète, à mon insu,--et je vous dis encore: Arrêtez-vous.--N’allez pas plus loin par le livre, on vous trompe!

ALPHONSE KARR.

PREMIÈRE PARTIE

PHYSIOLOGIE

Les savants sont des tyrans impitoyables. Voyez ce qu’ils ont fait de la botanique, cette charmante et gracieuse science! Ils avaient à dire l’histoire des arbres, des plantes, des fleurs! Leur mission principale paraissait être de faire répéter cette histoire par de jolies et fraîches lèvres, sur lesquelles il semble qu’on ne doive mettre que des perles et des feuilles de rose. Eh bien! sans pitié ni merci, ils se sont brutalement emparés de ces frêles et suaves filles du ciel et de la rosée; ils les ont froissées, mutilées; ils les ont jetées dans le creuset de l’étymologie, et après toutes ces effroyables tortures, et comme pour s’assurer l’impunité, ils ont caché leurs victimes sous un monceau de noms barbares. Ainsi, grâce à eux, l’aubépine, ce symbole d’espérance et de virginité, gémit sous l’affreux nom de _mespilus oxyacantha_; le chèvrefeuille, ce doux lien d’amour, s’appelle _lanicera caprifolium_; la giroflée des murailles, charmante consolatrice du pauvre, est à jamais marquée de ce double stygmate _cheirantus chieri_; puis, ce sont des _chrysanthemum leucanthemum_ (grande marguerite), des _lyriodendron tulipifera_, _vaccinium oxycocus_, etc. Nous en passons des plus terribles.

Tout cela est affreux, n’est-ce pas?... Malheureusement tout cela est nécessaire. Admirer n’est pas connaître, et pour connaître, l’ordre et la méthode sont indispensables. Comment, en effet, étudier les vingt mille espèces de plantes connues sans les diviser en groupes, familles, classes, etc.? Comment, au milieu de cette multitude, se passer des secours de l’étymologie? Pardonnons donc aux savants, qui n’ont fait qu’obéir à la nécessité, et entrons dans ce beau domaine dont ils ont dissipé les ténèbres.

Le règne végétal ne tient pas, comme on le croit communément, le milieu entre les règnes minéral et animal; il se rapproche beaucoup plus de ce dernier que de l’autre; les végétaux, comme les animaux, naissent, vivent, s’accroissent, se reproduisent et meurent; quelques plantes même semblent douées de sentiment. On a donné à l’étude de ce règne le nom de botanique.

SEMENCE OU GRAINE.--Le but que s’est proposé la nature dans la création des êtres animés, est la reproduction de l’espèce. C’est pour elle qu’elle a varié à l’infini ces enveloppes protectrices destinées à garantir les fleurs des injures de l’air; c’est pour elle qu’elle mûrit les fruits dont les sucs alimentaires contribuent au développement et à l’accroissement de la semence, qui est à la fois la terminaison et le point de départ du grand œuvre de la végétation.

La graine a des analogies très-marquées avec l’œuf des animaux: c’est d’elle que doit sortir une plante parfaitement semblable à celle qui l’a portée. Le prolongement filiforme qui attache la graine à son enveloppe est destiné à lui transmettre des sucs nourriciers. L’embryon contenu dans la graine est la plante entière en miniature. C’est lui qui, se développant, deviendra un végétal semblable à celui dont il tire son origine.

L’embryon est essentiellement formé de quatre parties: le _mésofite_ ou la _tigelle_, la _radicule_, la _plumule_ et les _cotylédons_.

Le mésofite est la partie de l’embryon qui unit la radicule à la plumule; la radicule s’échappe la première des enveloppes de la semence; c’est le rudiment de la plante; la plumule est la partie de l’embryon qui représente la tige; les cotylédons forment la partie la plus considérable de l’embryon, ce sont des lobes ou corps charnus; leur nombre varie selon les plantes; quelquefois ils manquent tout à fait. C’est sur leur présence, leur absence et leur nombre que l’on a établi les trois grandes tribus du règne végétal:

Les plantes _acotylédones_, qui n’ont point de cotylédons;

Les _monocotylédones_, qui n’ont qu’un seul cotylédon;

Les _dicotylédones_, qui ont plusieurs cotylédons.

GERMINATION.--Ainsi, dans toute graine réside le principe de la vie, du développement, de la grâce ou de la majesté. Mais ce principe dort, et son sommeil peut être éternel, si une main amie ne lui vient en aide. Il est vrai que la plupart des embryons enfermés dans ces œufs végétaux peuvent attendre sans péril la circonstance favorable qui leur permettra d’en briser la coquille. Quelques graines, en effet, conservent pendant fort longtemps la faculté germinative: pour plusieurs, cette faculté existe encore plus d’un siècle après la maturité, et l’on assure que des graines trouvées à Herculanum et à Pompéi, deux mille ans après que ces cités eurent été ensevelies sous le sol, ont germé facilement.

Et puis, à défaut de la main de l’homme, la nature, cette tendre mère, use de toutes sortes d’ingénieux moyens pour assurer la propagation des espèces; c’est ainsi qu’elle a doué certains fruits, tels que ceux de la balsamine, du sablier, d’un mouvement élastique qui lance au loin les semences: l’air, les vents, les eaux de la mer, des fleuves, servent aussi à transporter les semences à des distances prodigieuses. Il n’est pas rare que la mer jette sur les côtes de la Norvége divers fruits de l’Amérique qui ont conservé leur propriété germinative, malgré l’espace de temps considérable qu’a nécessité cette longue traversée. Certaines graines sont aussi transportées d’un lieu dans un autre par des oiseaux, et déposées sur un terrain favorable à la germination. Enfin, une foule de circonstances fortuites aident encore à la propagation. C’est ainsi que les habitants de l’île de Guernesey se trouvèrent dotés d’une des plus belles fleurs du Japon: un vaisseau venant de ce dernier pays en France, apportait plusieurs caisses d’oignons d’une très-belle espèce de liliacée, connue depuis sous le nom d’amaryllis de Guernesey. Ce vaisseau fit naufrage sur les côtes de l’île; les caisses se brisèrent contre des rochers, et les oignons furent disséminés sur le sable; ils s’y enracinèrent, s’y naturalisèrent, et devinrent, pour les habitants, un objet de commerce très-lucratif.

Beaucoup de graines périssent cependant; mais c’est là une nécessité, à raison de leur abondance, qui est réellement prodigieuse; ainsi, on en a compté jusqu’à trente-deux mille sur un seul pied de pavot, et l’on a calculé que si toutes ces semences réussissaient, elles couvriraient notre globe tout entier à la cinquième génération.

Trois choses sont essentiellement nécessaires à la germination: la chaleur, l’air et l’humidité. Confiée à la terre dans ces conditions, la graine ne tarde pas à se gonfler; la vie commence: l’embryon déchire son enveloppe, et livre passage à la plumule à travers ses cotylédons écartés. La radicule se tourne vers la terre et produit en tous sens des fibrilles. La radicule devient et reste le pivot de la racine; les fibrilles en forment le chevelu. La plumule s’élève, nourrie par les cotylédons dont la substance se liquéfie, devient laiteuse, et qui remplissent l’office de véritables mamelles.

L’enfant est né, il grandit chaque jour; ses traits se dessinent, ses formes se dégagent; on voit encore un peu ce qu’il fut, et l’on commence à deviner ce qu’il sera.

ORGANES DE LA VÉGÉTATION

RACINES.--Presque tous les végétaux sont formés de deux parties distinctes, la tige et la racine; la première, brillante de parure et de beauté, s’élève dans l’atmosphère; l’autre, dépourvue d’éclat, s’enfonce dans la terre pour y accomplir obscurément ses fonctions, véritable image des destinées diverses des grands et du peuple: ayant une même origine, l’un travaille et souffre au profit de l’autre qui s’étend et domine.

C’est par les racines que les végétaux vivent: qu’elles cessent de fonctionner, ils s’étiolent et meurent. Il y a des racines dont l’existence ne dure qu’un an, d’autres vivent deux ans, d’autres encore de trois à douze ans; la durée d’un certain nombre est illimitée. C’est ce qui a fait diviser les plantes en _annuelles_, _bisannuelles_, _vivaces_ et _ligneuses_.

On divise les racines en trois classes: les _fibreuses_ (fig. 1re), qui sont composées d’une multitude de jets longs et filamenteux; les _tubéreuses_ (fig. 2), qui présentent des masses tuberculeuses irrégulières, charnues, contenant souvent une fécule abondante, et les _pivotantes_ (fig. 3), qui s’enfoncent perpendiculairement dans la terre.

Ces formes variées ne sont point un effet du hasard; elles sont, pour l’observateur, une preuve de la prévoyance de notre bonne mère commune, prévoyance qui se manifeste partout et toujours, et qui a donné naissance à ce proverbe:

A brebis tondue, Dieu mesure le vent.

Ainsi, sur les montagnes, sans cesse assaillies par les vents, on ne trouve que des racines fibreuses, dont les ramifications pénètrent dans les anfractuosités, s’y cramponnent et permettent aux tiges de braver les orages; les racines pivotantes se logent dans les terres fortes, profondes, et les racines tubéreuses s’étendent dans les terrains maigres et sablonneux.

Comme on vient de le voir, la durée de la vie des végétaux est subordonnée à celle des racines; mais celles-ci, à leur tour, sont soumises à l’influence de la température. Le ricin, par exemple, qui dans les pays chauds forme des arbres ligneux, n’est dans notre climat qu’une plante annuelle; et nos plantes potagères, transportées dans les contrées méridionales, y deviennent vivaces et ne peuvent plus y être mangées.