Les fleurs animées - Tome 2

Part 18

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OXALIDE.--Plante de serre chaude, qui fleurit en février. On en cultive plusieurs espèces, dont une seule, l’_oxalide pied-de-chèvre_, est odorante. Les fleurs de cette dernière sont d’un beau jaune; celles des autres espèces sont d’un rose tendre, ou blanches rayées de rouge.--Terre de bruyère; arrosements peu abondants, mais fréquents.--Multiplication par caïeux, détachés en juin et replantés en septembre.

P

PACHYSANDRE.--Plante vivace dont les fleurs, petites et d’un rose tendre, s’épanouissent en mai.--Terre de bruyère, peu d’eau.--Multiplication par rejetons ou par éclats de racines.

PAIN-DE-POURCEAU ou CYCLAME.--Les fleurs de cette plante s’épanouissent en mai, et présentent cette singularité que la partie supérieure de leur corolle regarde la terre; aussi en a-t-on fait le symbole du regret. On en cultive plusieurs espèces, dont quelques-unes ont une odeur fort agréable; mais l’aspect de ces fleurs est triste; on dirait, selon l’expression de M. de Chateaubriand, qu’elles aspirent à la tombe. Cette disposition ne justifie pourtant pas le hideux nom vulgaire qu’on leur a donné.--Terre de bruyère, peu d’eau; en serre aux premiers froids.--Multiplication par racines ou par graines semées en juin, en pots, et dont les plants doivent être relevés et repiqués au mois de mars suivant.

PANCRATIER.--On en cultive deux espèces: le pancratier maritime et le pancratier d’Illyrie. Ce sont des plantes bulbeuses fort jolies, dont les grandes fleurs blanches, qui s’épanouissent en juillet, exhalent une odeur fort agréable.--Terre de bruyère; peu d’eau.--Multiplication par caïeux détachés en septembre et replantés un mois après, de même que les oignons.

PANICAUT.--Fleurs bleues en août.--Terre fraîche; arrosements modérés.--Multiplication par rejetons, ou par graines semées au printemps.

PAQUERETTE.--Charmante petite plante vivace dont les fleurs, dès le mois d’avril, émaillent le gazon des pelouses, et qui n’ont besoin, pour s’épanouir, que d’un rayon de soleil et d’une goutte de rosée. De cette gentille petite villageoise l’éducation a fait presque une grande dame; sa parure si simple s’est nuancée de riches couleurs, et ses formes ont gagné en grâce ce qu’elles ont perdu en modestie. Par la culture, en effet, on obtient des pâquerettes doubles, blanches, rouges, roses, panachées, etc.; mais, malgré ces métamorphoses, la pâquerette se contente de peu.--Terre franche et fraîche, c’est tout ce qu’il lui faut, et il suffit, pour la multiplier à l’infini, d’en diviser les touffes au mois de mars.

PARNASSIE.--En août, fleurs blanches et jaunes, d’un aspect singulier, à cause des espèces d’écailles et de cils dont elle est garnie. Plante vivace à racines fibreuses.--Terre de bruyère; arrosements fréquents et abondants en tout temps.--Multiplication par éclats de racines, au printemps.

PAVOT.--Charmante fleur qui s’épanouit en juin, et dont la graine a des propriétés narcotiques très-puissantes et même dangereuses. On en cultive plusieurs espèces: la plus brillante est le _pavot oriental_, dont les fleurs, d’un rouge éclatant, atteignent une grandeur extraordinaire. C’est de cette espèce, ainsi que nous l’avons dit dans la BOTANIQUE, que l’on tire l’opium, poison d’un grand prix, et dont les effets sont si singuliers ou si terribles, selon les doses qu’on en absorbe. Pris à dose modérée, l’opium exalte au plus haut degré toutes les facultés intellectuelles: sous l’influence de cette substance, on vit en quelque sorte dans un monde nouveau et tout rempli de prodiges dont, à l’état normal, il serait impossible de se faire l’idée; l’homme d’une élocution difficile devient éloquent; le plus illettré est poète; quelques-uns parlent des langues qu’ils n’ont jamais apprises, qu’ils possèdent comme par intuition tant que l’influence de l’opium est dans sa force, et qu’ils oublient entièrement lorsque vient la réaction. Cette réaction est terrible: le regard s’éteint; une pâleur livide succède à l’animation du visage; les sens s’affaiblissent d’autant plus que la surexcitation qu’ils viennent d’éprouver a été plus violente, et le malheureux mangeur ou fumeur d’opium arrive à un état presque complet d’idiotisme, qui dure jusqu’à ce qu’une nouvelle dose de ce poison l’en fasse sortir. L’homme le mieux constitué ne résiste pas longtemps à ces alternatives d’exaltation et d’anéantissement: il vieillit vite; ses cheveux blanchissent et ses mains tremblent avant l’âge, et il touche à la caducité alors que les facultés dont la nature l’a doué devraient être dans toute leur force...

En vérité, je vous le dis, tout cela est dans une fleur, et j’en sais d’autres encore dont les propriétés sont plus redoutables...; mais c’est du pavot qu’il s’agit: cette plante annuelle se sème en mars.--Terre franche; arrosements modérés.

PENSÉE.--Cette fleur, qui fleurit en mars, n’est qu’une variété de la violette, et c’est la seule qui se plaise au soleil, où elle étale avec complaisance sa parure violette et jaune. Il faut bien lui pardonner cette ostentation, car elle n’a pas, comme sa modeste sœur, un doux parfum qui puisse faire deviner sa retraite.--Terre franche, arrosements modérés.--Multiplication par graines.

PERCE-NEIGE.--Jolie petite fleur blanche, la première qui se montre à travers le manteau glacé qui couvre assez ordinairement la terre au mois de février. Au banquet de la vie, la pauvrette ne doit apparaître qu’un instant; penchée mélancoliquement vers la terre, elle semble regretter l’obscurité d’où elle n’est sortie que pour annoncer le réveil de la nature. Ce gentil précurseur du printemps se plaît en terre franche et fraîche.--Multiplication par caïeux que l’on détache des oignons tous les deux ou trois ans, au mois de juillet.

PERVENCHE.--Si cette plante nous est chère, ce n’est pas la faute à Voltaire, comme disait Béranger, il y a quelque trente ans; mais nous devons convenir que c’est un peu la faute de Rousseau. La pervenche était, en effet, la fleur de prédilection du philosophe de Genève, auquel elle rappelait quelques jours heureux de sa jeunesse. On en a fait depuis le symbole du premier amour. C’est, en réalité, une petite fleur modeste, d’une inocuité parfaite. On en cultive deux espèces: la grande, dont la fleur, qui s’épanouit en mai, est d’un bleu d’azur, et la petite, qui est d’un rouge vif.--Terre franche, peu d’eau.--Multiplication par rejetons et par graines.

PHALANGÈRE.--Belle plante, dont les fleurs en épi, blanches ou roses, selon la variété, s’épanouissent en juillet. On en cultive de plusieurs espèces, et les fleurs de quelques-unes ressemblent, en petit, aux fleurs du lis, ce qui a fait donner à l’une d’elles le nom de _lis de saint Bruno_.--Terre franche, mêlée de terre de bruyère et de terreau; arrosements fréquents.--Multiplication par graines.

PHLOX.--Admirable plante vivace qui a souvent plus d’un mètre et demi de hauteur, et dont les charmantes fleurs, roses, bleues, lilas, blanches, selon la variété, doivent être mises au nombre des plus beaux ornements des jardins, de juillet en septembre.--Terre franche; arrosements abondants.--Multiplication par éclats de racines.

PHLOMIS.--Plante vivace qui fleurit en août. Ses fleurs, d’un rouge violacé, sont peu remarquables; mais cela fait nombre et jette de la variété dans un parterre. Les racines de cette plante sont bulbeuses, et on la multiplie par la séparation de ses bulbes, qu’on opère au mois d’avril, et qui doivent être replantées aussitôt.

PIED-D’ALOUETTE.--Plante annuelle, dont les fleurs en épi offrent toutes les variétés de couleurs imaginables. Rien de plus joli au mois de juin et de juillet qu’une bordure de pied-d’alouette; il n’est pas de fleur qui ajoute autant à la beauté d’un parterre, surtout lorsque les graines ayant été recueillies avec soin, on a pu mélanger les couleurs.--Terre franche mélangée de terreau; arrosements fréquents et peu abondants.--Multiplication par graines semées fin mars.

On cultive une autre espèce de pied-d’alouette, dont la tige est plus élevée que celle dont nous venons de parler, et dont les fleurs sont plus grandes. Cette dernière est vivace et peut se multiplier par éclats de racines, séparés en octobre.

PIGAMON.--La fleur de cette plante, qui s’épanouit en mai, est surtout remarquable à cause d’une aigrette de soixante étamines que portent ses pétales. On en cultive deux variétés, l’une jaune, l’autre lilas. C’est une plante vivace, à racines fibreuses, qui se plaît en terre franche et qu’on multiplie par éclats en octobre.

PIMENT.--Ce n’est pas pour ses fleurs qu’on cultive cette plante annuelle, mais pour ses fruits, qui sont au mois d’août gros comme des œufs de poule, et d’un beau rouge éclatant, et qui font un très-bel effet au milieu des fleurs qui s’épanouissent dans le cours de ce mois. Ce fruit a d’ailleurs l’avantage de pouvoir être employé en cuisine. Il est plus ardent que le poivre, dont il a, en partie, la saveur et les propriétés. Sa culture, d’ailleurs, demande peu de soins. On le sème, au printemps, en terre franche mêlée de terreau, exposition du midi; peu ou point d’eau.

PIVOINE.--On cultive deux espèces de pivoine, qui fleurissent en mai; la pivoine _commune_ et la _pivoine en arbre_. La première est une plante vivace, dont les grandes et belles fleurs sont rouges, blanches ou roses, selon la variété. Elle se plaît en terre franche, demande peu de soins, et se multiplie par éclats de racines, faits en octobre.

La pivoine en arbre est un bel arbuste qui a quelquefois deux mètres de haut. Ses fleurs, grandes et roses, conservent pendant un mois entier et plus leur fraîcheur, qui est des plus suaves. La culture de cet arbuste demande quelques soins. D’abord, il doit être en pot ou en caisse, afin de pouvoir être rentré dès les premiers froids, et tant que dure l’hiver, il faut qu’il reçoive le plus de lumière possible.--Terre de bruyère, cinq dixièmes; terre franche, trois dixièmes; terreau, deux dixièmes.--Multiplication par graines, et mieux par marcottes, qui prennent très-facilement, mais qu’il ne faut sevrer que la deuxième année, afin que la plante soit vivace; levée la première année, la marcotte donnerait des fleurs; mais ce ne serait qu’une plante annuelle.

PODALYRIA.--Plante vivace, à racines fibreuses, dont les fleurs, d’un beau bleu, paraissent en juin; elles sont inodores et peu remarquables, malgré leur couleur; mais elles font nombre dans un parterre, où il faut avant tout de la variété.--Terre franche; arrosements modérés.--Multiplication par graines semées fin mars, ou par éclats de racines, au mois d’octobre.

PODOPHILLE.--Les fleurs de cette plante, à racines fibreuses, s’épanouissent en mai; elles sont blanches et présentent la forme d’un bouclier.--Terre franche; arrosements modérés.--Multiplication par rejetons ou par graines semées en mars.

POIS DE SENTEUR.--C’est encore là une de ces belles, suaves et modestes fleurs qui prodiguent leurs faveurs à quiconque leur accorde quelques brins de terre, un peu d’eau, et leur permet de recevoir un rayon de soleil. Rien de plus joli que ces fleurs veloutées, rouges, roses, bleues, blanches, qui ressemblent aux ailes des plus beaux papillons et qui répandent au loin leur enivrant parfum. Et pourtant cette délicieuse fleur est assez généralement dédaignée; c’est que, par malheur... par bonheur plutôt, elle ne coûte rien, ce qui la fait adopter par le pauvre. Elle fait, avec la capucine, le cobæa, l’ornement des fenêtres-mansardes, et il est peu de chaumières dont les chétives murailles ne lui accordent protection.

Belle et bonne, c’est aux belles et aux bonnes que nous la recommandons.--Terre franche.--Multiplication par graines semées fin mars.

POLÉMOINE.--Plante peu remarquable, donnant en mai des fleurs en bouquets, d’un rouge nuancé de bleu.--Terre franche.--Multiplication par graines ou par éclats de racines, en mars.

PRIMEVÈRE.--C’est encore une de ces plantes dont certains amateurs font des collections, à cause du nombre de variétés qu’on peut en obtenir. Les primevères offrent près de quatre cents variétés qui présentent toutes les couleurs et toutes les nuances connues et qui toutes fleurissent en avril. Cette plante se multiplie parfaitement par éclats; mais, pour obtenir des variétés, il faut avoir recours au semis, qui se fait dans les premiers jours de mars.--Terre légère et franche.

PULMONAIRE.--On cultive deux espèces de cette plante, qui ne diffèrent entre elles qu’en ce que l’une est vivace: c’est la _pulmonaire de Virginie_, et l’autre est annuelle: c’est la _pulmonaire de Sibérie_. Toutes deux donnent, en mars, de petites fleurs. Celles de la première espèce sont rouges, bleues ou blanches, selon la variété. La seconde n’a que des fleurs bleues, petites, comme celles de l’autre, mais d’un éclat plus vif.

La pulmonaire vivace se multiplie par éclats de racines, au mois d’octobre; on multiplie celle de Sibérie par graines semées aussitôt après les grands froids.--Terre légère et fraîche pour toutes deux.

PYROLE.--En juin, petites fleurs d’un rose tendre, placées par deux sur chaque pédoncule. On en cultive deux espèces: l’une odorante et l’autre inodore. Même culture pour toutes deux.--Terre de bruyère; arrosements fréquents.--Multiplication par éclats de racines, au printemps.--En serre pendant l’hiver.

R

REINE-MARGUERITE.--Les fleurs de cette plante, que l’on nomme aussi _Aster_ de la Chine, rivalisent de beauté avec celles du dahlia, et ses variétés ne sont pas moins nombreuses. Elles s’épanouissent en juillet, et l’on en fait de brillantes collections qui offrent un aspect charmant. La culture en est excessivement facile.--Terre franche.--Multiplication par graines semées en avril. La meilleure graine est celle que la tige-mère porte à son extrémité; si on la garde un an avant de la semer, la fleur n’en est que plus belle.

Il y a un grand nombre d’espèces d’asters; les plus remarquables après la reine-marguerite sont: l’_œillet-de-christ_, le _soyeux_, le _géant_ et le _denté_. Ces quatre espèces peuvent se multiplier par éclats de racines séparées en octobre.

RENONCULE.--C’est encore une des plus belles fleurs qui se puissent voir. Les faiseurs de collections en comptent près de six cents variétés qui réunissent toutes les couleurs et toutes les nuances connues, toutes... excepté le bleu. Certes, nous sommes loin du temps où les oignons de tulipes se cotaient à la banque d’Amsterdam et atteignaient des prix fabuleux. Cependant il est certain qu’un horticulteur qui serait assez heureux pour obtenir une renoncule bleue pourrait faire une rapide et brillante fortune. Quoi d’extraordinaire? N’avons-nous pas vu, il y a quelques années, la graine d’une certaine espèce de chou se vendre, rue de Richelieu, à Paris, cinq francs l’une... oui, cinq francs une seule graine, ce qui portait le produit d’un seul chou à cinquante ou soixante mille francs! L’industriel qui possédait ces graines en vendit pour un demi-million en six mois. Ce prodigieux résultat bouleversa l’esprit de ce malheureux; il devint fou et se fit sauter la cervelle.

Donc il n’existe pas de renoncules bleues, mais il en peut naître une, et c’est là le plus cher espoir de tous les amateurs qui cultivent exclusivement cette jolie fleur. Au reste, cette culture est des plus faciles. La graine, que l’on récolte en octobre, doit être gardée dans un lieu sec pendant un an et même deux ans. On la sème en automne sur une terre franche, puis on la recouvre d’une légère couche de terreau et l’on arrose fréquemment. Mais on ne multiplie les renoncules par graines que pour obtenir de nombreuses et nouvelles variétés. Lorsqu’on veut s’en tenir à la collection qu’on possède, il est plus simple de les multiplier par la séparation des griffes, qu’on replante aussitôt, ou l’année suivante. Dans ce cas, les couleurs de la fleur sont plus vives. Les renoncules fleurissent en juin; la séparation des griffes se fait vers la fin de juillet.

RÉSÉDA.--Petite plante vivace, connue de tout le monde. Ses formes n’ont rien de remarquable, mais son parfum le dispute à celui de la rose. Le réséda est vivace; on le multiplie par éclats de racines ou par semis. Toutes les terres lui sont bonnes, pourvu qu’elles ne soient pas trop sèches.

Le réséda dit en _arbre_ n’est pas une espèce différente de celle dont nous venons de parler; on fait du réséda un arbuste en retranchant les branches inférieures, et en soutenant, à l’aide d’un tuteur, la tige qui s’élève ainsi et devient ligneuse.

RHEXIE.--Plante originaire de la Virginie, dont les grandes fleurs, d’un rouge vif s’épanouissent en juin.--Terre de bruyère; beaucoup d’eau.--Multiplication par graines semées au commencement du printemps.--En terre pendant l’hiver.

RHODODENDRON.--Bel arbrisseau d’Amérique, de deux mètres de hauteur, dont les grandes fleurs blanches, roses ou rouges, selon la variété, ont la forme d’un cornet fort évasé.--Terre de bruyère, exposition du nord; beaucoup d’eau.--Multiplication par marcottes et par graines, quand elles arrivent à parfaite maturité, ce qui est rare. On en cultive de plusieurs espèces; le _rhododendron en arbre_ est une des plus belles, mais elle ne supporte pas le froid; elle doit être rentrée de bonne heure.

ROMARIN.--Joli arbrisseau dont la hauteur ne dépasse guère un mètre et demi, et qui forme ordinairement un buisson touffu. Ses fleurs, d’un bleu pâle, s’épanouissent au mois de février, dans la saison des bals, alors que la terre est couverte de neige et de glace. Autrefois, à cette époque de l’année, la moindre fleur était une merveille; aujourd’hui que Paris possède des jardins d’hiver où les fleurs sont aussi abondantes au mois de janvier qu’elles peuvent l’être en juin dans le plus riche parterre, le romarin est presque dédaigné... Ainsi passe la gloire de ce monde!

Le romarin, dont toutes les parties sont aromatiques, se plaît dans une terre légère, peu humide, et il se multiplie par marcottes et par boutures.

RONCE.--Voilà une pauvre plante bien calomniée par les moralistes, qui ne cessent de comparer la vie de l’homme à _un sentier parsemé de ronces et d’épines_! Eh! messieurs, qui savez tout et une infinité d’autres choses encore, faut-il donc vous apprendre qu’il est des ronces charmantes qui n’ont point d’épines... Et, quand elles en auraient! La rose en a bien... Nous le répétons, des ronces charmantes, sans épines, à feuilles panachées, à fleurs doubles roses et à fruits blancs. C’est un de nos travers de nous laisser prendre aux mots qui, la plupart du temps, ne servent qu’à enraciner l’erreur. Par exemple, il est arrivé qu’un naturaliste obtus a dit, a écrit que l’écrevisse marchait à reculons; eh bien! quarante siècles ne suffiront pas à détruire cette erreur. La vérité est que l’écrevisse marche comme tous les autres animaux doués des organes de la locomotion, en avant; seulement elle peut nager en arrière... Hélas! il en sera des ronces comme il en est des écrevisses, et c’est en vain que nous tentons de les réhabiliter. Mais c’est ici le cas de mettre en pratique cette belle devise: _Fais ce que dois, advienne que pourra_. Nous proclamons donc qu’il est des espèces de ronces fort jolies; telles sont celles à feuilles découpées, le framboisier du Canada, et quelques autres.--Terre franche et ferme; exposition du nord ou de l’ouest.--Multiplication par graines, marcottes et rejetons, au printemps: les fleurs paraissent en juillet.

ROSE D’INDE.--En septembre, grandes fleurs jaunes et blanches, selon la variété.--Terre franche.--Multiplication par semis, en mars; relever les plants et les repiquer en mai ou en juin. Beaucoup d’eau.

ROSE DE NOËL.--Plante à racines fibreuses, donnant, en février, de grandes fleurs d’un rose tendre.--Terre franche, mêlée de terre de bruyère. En serre.--Multiplication par éclats de racines, en octobre.

ROSE TRÉMIÈRE.--Grande et superbe plante de deux à trois mètres de haut, dont les larges et admirables fleurs, qui s’épanouissent en juillet, offrent toutes les couleurs et toutes les nuances. Les variétés de cette plante sont innombrables, et les collections qu’on en fait grossissent chaque année.--Terre fraîche; peu d’eau--Multiplication par graines semées dans les derniers jours d’avril.

ROSIER.--Hélas! _tarde venientibus_... Pardon, Mesdames, cela veut dire que les absents ont tort, ou bien que les derniers venus doivent se contenter de ce qu’ils trouvent. Or, nous venons le dernier vous parler de la rose... Oh! oui, nous le savons bien, on vous a tout dit sur la rose: on vous a fait son histoire; on vous a raconté ses qualités, ses défauts, ses mœurs, ses amours; on vous a initiées à tous ses secrets, à toutes ses métamorphoses, et vous avez vu la rose, fleur, femme, reine! Mais il n’est pas de récolte si complétement faite que le pauvre ne trouve à glaner dans le champ qui l’a produite: essayons de glaner.

On compte aujourd’hui un peu plus de deux mille espèces de roses, et nous avons entendu un savant horticulteur affirmer que quatre gros volumes in-folio en petit texte ne suffiraient pas pour rapporter ce qu’il y a seulement de plus curieux dans la culture de cette fleur. Nous l’avouerons, toutefois, nous nous défions énormément de ces prétendues curiosités visibles seulement pour ces amateurs enthousiastes bien résolus à voir des merveilles partout. Mais les deux mille et tant d’espèces existent, et c’est un fait que nous constatons, heureux que nous sommes d’avoir à constater ici quelque chose!

Puisque nous voici entré dans cette voie, nous pourrions bien, Mesdames, vous donner la nomenclature de ces espèces; mais vous en seriez quittes pour tourner rapidement le feuillet, et nous en serions pour nos frais d’érudition horticole; ce serait trop de moitié.

Nous nous contenterons donc de vous dire que les botanistes et les horticulteurs,--car ces gens-là s’entendent quelquefois,--ont divisé les rosiers en onze classes, savoir:

Les _rosiers à feuilles simples_, Les _rosiers_ FÉROCES... Oh! Les _rosiers_ BRACTÉOLÉS, Les _rosiers cannelles_, Les _rosiers pimprenelles_, Les _rosiers à cent feuilles_, Les _rosiers velus_, Les _rosiers rouillés_, Les _rosiers_ CYNORRHODONS... Ouf! Les _rosiers à styles soudés_, Les _rosiers_ BANKSIENS... Ah!

Et cela est tout rose; qui oserait le contester?... Mais cela n’empêche pas que la rose soit le chef-d’œuvre de la végétation, d’où il résulte que les rosiers sont indispensables dans un parterre, quelque peu étendu qu’il soit. Et rien n’est si facile de les y mettre et de les y faire vivre, la culture de ces arbustes étant des plus simples. Presque tous les rosiers se plaisent dans une terre franche, légère; ceux du Bengale seuls s’accommodent mieux de la terre de bruyère. Tous se multiplient par graines, rejetons, boutures, marcottes, et il n’est pas d’arbustes plus dociles à la greffe et qui se prêtent plus volontiers aux caprices de l’horticulteur.

Les plus belles roses fleurissent en juin; mais il en est pour toutes les saisons, et il n’est pas rare de voir, dans nos jardins, des roses du Bengale s’épanouir sous des flocons de neige.

RUDBECKIA.--En juillet, grandes fleurs rouges. Cette plante, à racines fibreuses, demande peu de soins.--Terre franche, arrosements modérés.--Multiplication par graines semées en avril.

S

SABLINE.--Charmantes petites fleurs blanches qui surgissent en mai du milieu d’un gazon touffu, et dont on fait de très-jolies bordures.--Terre franche; arrosements fréquents.--Multiplication par éclats de racines, en octobre, ou par graines semées fin mars.

SABOT DE VÉNUS.--Fleurs brunes, d’une forme singulière, paraissant en mai et exhalant absolument le même parfum que les fleurs d’oranger. Les pétales de cette fleur, au nombre de quatre, ressemblent parfaitement aux ailes d’un moulin à vent.--Terre de bruyère; exposition de l’ouest; arrosements fréquents.--Multiplication par graines semées en mars.