Les fleurs animées - Tome 2

Part 17

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HORTENSIA.--Charmant arbuste, un des plus beaux ornements d’un parterre, dont les fleurs, roses, rouges ou bleues, selon la variété, s’épanouissent et forment de grosses boules, en août.--Terre légère; beaucoup d’eau.--Multiplication par boutures, au mois d’avril. Cet arbuste ne craint pas le froid, et nous en avons en ce moment sous les yeux un massif superbe en pleine terre, à l’exposition du nord qui, depuis dix ans, n’a fait que croître et embellir. Cependant il est plus sûr de le rentrer pendant les grands froids.

I

IMMORTELLE.--Plante annuelle donnant, en août, des fleurs blanches, violettes, grises ou jaunes, selon la variété. Cette fleur doit son nom à la singulière propriété qu’elle a de conserver sa couleur et son état longtemps après qu’elle a été desséchée; et lorsque, après un certain nombre d’années, elle paraît les avoir perdus, il suffit, pour les lui faire recouvrer, de l’exposer à la vapeur du vinaigre.--Terre légère.--Multiplication par graines semées au printemps.

IRIS.--Il y a deux espèces d’iris bien distinctes, qui comptent chacune un grand nombre de variétés: ce sont l’_iris à racines fibreuses_ et l’_iris à racines bulbeuses_. La première donne, en mai, de jolies fleurs bleues, roses, blanches, panachées, etc., selon la variété, et qui toutes ont une odeur des plus agréables. Elles se multiplient par éclats de racines faits en octobre.--Terre légère, arrosements fréquents.

Les variétés de l’espèce à racines bulbeuses fleurissent également en mai, et ne sont ni moins belles ni moins odorantes. Ces dernières se multiplient par caïeux détachés de l’oignon, la deuxième année, en automne, et replantés aussitôt.--Terre de bruyère; arrosements modérés.

Quelques amateurs font, des variétés de ces deux espèces, de très-belles collections.

IXIA.--Charmantes fleurs à racines bulbeuses, qui s’épanouissent en mai, et sont de couleurs diverses, selon la variété, depuis le rouge de pourpre jusqu’au blanc de neige.--Terre de bruyère; peu d’eau.--Multiplication par caïeux détachés et replantés en septembre.--En serre de novembre en avril.

J

JACINTHE.--Cette plante à oignons est l’une des plus belles et des premières qui fleurissent au printemps. Fleur d’une odeur suave et de toutes les couleurs, selon les variétés, qui ne sont pas moins nombreuses que celles des tulipes.--Multiplication par caïeux, qu’on détache dès que la plante est fanée, et qu’on laisse sécher à l’ombre pendant deux mois. En septembre, on plante les caïeux dans une bonne terre de bruyère mêlée de terreau et d’un peu de terre franche, et arrosée précédemment avec de l’eau salée; on couvre la terre de paille pendant l’hiver.--Arrosements modérés.

La jacinthe est une des fleurs qui ont la propriété de végéter dans l’eau, et l’on peut, par ce moyen, en avoir en fleurs pendant tout l’hiver dans les appartements. Le procédé est simple: on remplit d’eau légèrement salée des carafes dont le goulot est étroit et l’orifice évasé; on place un oignon de jacinthe sur chaque carafe, de manière que l’oignon se trouve à moitié plongé dans l’eau, et l’on remplit les carafes à mesure que l’eau qu’elles contiennent s’évapore ou est absorbée par la plante. Une chaleur de dix à douze degrés dans l’appartement est suffisante, et en peu de temps, chaque oignon produit une fleur qui n’est ni moins belle ni moins odorante que celle des oignons mis en terre; mais ces oignons ainsi forcés, perdent leur vertu germinative, et dès que la fleur est fanée, il faut les jeter.

JASMIN.--Très-joli arbuste, à fleurs blanches ou jaunes, d’un parfum délicieux, de juillet en septembre.--Terre franche mêlée d’un peu de terre de bruyère. De l’air, du soleil et beaucoup d’eau en été.--Multiplication par boutures, et mieux par marcottes, au printemps.

JOUBARBE.--Plante grasse donnant, en juillet, d’assez jolies fleurs rouges ou jaunes, selon la variété.--Terre légère, très-peu d’eau.--Multiplication par boutures plantées deux ou trois jours après avoir été coupées.

JULIENNE.--Espèce de giroflée donnant, en mai, des fleurs blanches en grappes d’une odeur très-forte et très-agréable. Plante bisannuelle.--Terre franche; arrosements modérés.--Multiplication par éclats, en juin.

Une autre espèce, appelée _Julienne de Mahon_, compte plusieurs variétés qui sont rouges, violettes, blanches, etc., et qui ont le même parfum que la julienne proprement dite. Cette dernière espèce est annuelle et se multiplie par graines semées en octobre.--Terre légère, peu d’eau.

K

KETMIE.--Il existe deux plantes de ce nom qui sont bien distinctes: l’une, le _ketmie des marais_, est une plante annuelle donnant, en août, de grandes fleurs blanches à onglet rouge.--Terre légère; peu d’eau.--Multiplication par graines semées au printemps.

L’autre ketmie, appelée _ketmie des jardins_, est un arbrisseau qui a assez ordinairement deux mètres de haut, et qui donne, en octobre, d’assez jolies fleurs de toutes couleurs, depuis le blanc jusqu’au rouge foncé, selon la variété.--Terre légère; arrosements fréquents mais peu abondants.--Multiplication par marcottes.

L

LAURIER COMMUN.--Joli arbrisseau dont les feuilles et le bois exhalent une odeur aromatique très-forte, et qui donne, en mai, des fleurs peu apparentes.--Terre franche; peu d’eau.--Multiplication par graines, et mieux par marcottes, au printemps.--En serre pendant l’hiver.

LAURIER-ROSE.--Très-joli arbuste, dont on cultive plusieurs variétés, donnant en juin et en juillet de belles fleurs roses, blanches ou jaunes, selon la variété; mais toutes sans parfum, à l’exception de deux variétés, l’une nommée _laurier odorant_, dont les fleurs, d’un rose très-pâle, exhalent une odeur à peu près semblable à celle de la violette, et l’autre, à fleurs blanches semi-doubles, qui ont le même parfum que l’aubépine. Toutes se cultivent de la même manière--Terre légère, peu d’eau, du soleil.--Multiplication par marcottes et rejetons au printemps.

LAURIER-TIN.--Arbrisseau toujours vert, donnant, en février, de nombreuses fleurs, blanches en dedans et rouges en dehors.--Terre franche mêlée de terre de bruyère; peu d’eau et point de soleil.--Multiplication par boutures en automne.

LILAS.--La plus belle, la plus gaie, la plus gracieuse fleur du printemps. Ce charmant arbrisseau, dont les fleurs embellissent et embaument les derniers jours d’avril et les premiers de mai, et dont le feuillage d’un beau vert ne tombe qu’en octobre, est indispensable dans un jardin, sur une terrasse bien garnie et même sur un balcon, quand ce dernier est d’une certaine étendue. Il se plaît partout, se multiplie de toutes manières, et ne demande presque aucun soin.

On en cultive plusieurs variétés: le _lilas commun_, grand arbrisseau qui a quelquefois de huit à neuf mètres de hauteur; le _lilas varin_, de deux à trois mètres de hauteur, dont les fleurs sont plus petites, mais non moins odorantes que celles du lilas commun, et le _lilas de Perse_, qui diffère peu du lilas varin.

La terre franche est celle qui convient le mieux au lilas.--Arrosements modérés. Lorsque les fleurs sont fanées, il est bon de les couper, à moins qu’on ne veuille recueillir de la graine, et dans ce cas il suffit d’en conserver quelques-unes.

Quelques jardiniers-fleuristes de Paris ont réussi à faire fleurir les lilas deux fois dans la même année, en avril et en août. Pour obtenir ce résultat, il suffit de couper les fleurs en mai, dès qu’elles commencent à se faner, et, vers la fin du même mois, de dépouiller l’arbrisseau de toutes ses feuilles; mais il ne résiste pas longtemps à un pareil régime; il dépérit dès la seconde année, et meurt ordinairement dans le cours de la quatrième.

LILAS DES INDES.--Arbuste toujours vert, donnant en juillet de belles fleurs d’un bleu tendre et d’un parfum doux.--Terre de bruyère mêlée de terreau; en serre pendant l’hiver; le plus d’air et de lumière possible; arrosements modérés.--Multiplication par marcottes et par graines.

LIS.-C’est le roi du parterre, et il suffit de le voir pour comprendre que les souverains de la France aient voulu qu’il figurât dans leurs armes. Beauté, grandeur, majesté, parfum enivrant, sont le partage de cette fleur superbe. On en cultive un grand nombre de variétés, parmi lesquelles nous citerons le lis de Constantinople, le lis à fleurs doubles, l’orangé, le turban, le tigre, le martagon, dont les bulbes, cuites au four, sont un mets très-agréable. Mais de tous, le lis blanc est le plus beau.

La culture de cette belle fleur ne demande que peu de soins. On met l’oignon en terre, en automne ou en mars, à quinze centimètres de profondeur environ.--Terre franche, mêlée d’un peu de terreau; arrosements modérés. Tous les deux ou trois ans, on relève les oignons, et l’on détache les caïeux, qui doivent être replantés sur-le-champ.

En plein air, le parfum du lis est délicieux; dans un appartement il est dangereux; il peut avoir de fâcheuses influences sur l’économie animale, et même causer une asphyxie complète. C’est une ressemblance de plus avec les grands de la terre, dont le contact est si souvent fatal aux petits.

LISERON SATINÉ.--Arbuste dont les fleurs, d’un rose très-tendre, s’épanouissent en août.--Terre de bruyère; peu d’eau. En serre dès les premiers froids.--Multiplication par marcottes, par boutures et par graines. Les marcottes prennent difficilement; les boutures doivent se faire vers la fin d’avril.

LOBÉLIE.--Jolie plante à racines fibreuses donnant, en août, de grandes et belles fleurs en grappes d’un beau rouge.--Terre franche; beaucoup d’eau. En serre pendant l’hiver.--Multiplication par éclats de racines à la fin de septembre, et par boutures en avril.

LUNAIRE.--Plante annuelle. En avril, fleurs en grappes blanches, rouges ou panachées, selon la variété.--Terre franche.--Multiplication par graines semées fin mars.

LUPIN.--On en cultive de deux espèces, le _lupin vivace_ et le _lupin annuel_. Toutes deux fleurissent en juin. Les fleurs des vivaces, roses d’abord, deviennent bleues quand elles sont entièrement épanouies; celles du lupin annuel sont d’un beau jaune et odorantes. Les deux espèces se multiplient par graines semées fin mars.--Terre franche; arrosements modérés.

M

MARJOLAINE.--Arbuste fleurissant en juin. Fleurs blanches ou roses, selon la variété, et très-odorantes.--Terre de bruyère, peu d’eau. En serre pendant l’hiver.--Multiplication par semences, et mieux par éclats, au printemps.

MATRICAIRE.--Plante vivace, à racines fibreuses, donnant en juin de grosses fleurs blanches.--Terre franche; peu d’eau.--Multiplication par éclats, en automne ou en mars.

MÉLILOT.--En août, fleurs blanches en grappes et odorantes.--Terre franche, arrosements modérés.--Multiplication par graines semées en avril.

MÉLISSE.--En juillet, petites fleurs blanches peu remarquables.--La plante exhale une odeur de citron très-prononcée.--Terre légère; peu d’eau.--Multiplication par graines ou par éclats faits en octobre.

MILLEPERTUIS.--Plante vivace, originaire de la Chine, dont les grandes et belles fleurs jaunes s’épanouissent en octobre.--Terre de bruyère mélangée de terre franche et de terreau; arrosements modérés.--Multiplication par marcottes, boutures, éclats de racines.--En serre l’hiver.

MOURON EN ARBRE.--Petit arbuste donnant, en mai, d’assez jolies fleurs rouges. Terre légère mélangée de terreau, beaucoup d’eau.--Multiplication par marcottes et par boutures.--En serre l’hiver.

MUGUET.--Charmante fleur qui vient parfaitement sans culture dans les bois, qu’elle embaume au mois de mai. Elle ne demande donc que fort peu de soins. Terre franche et fraîche.--Multiplication par éclats de racines. Le _muguet du Japon_, autre espèce, dont les fleurs sont bleues et s’épanouissent à la même époque, se cultive de la même manière.

MYOSOTIS OU SOUVENEZ-VOUS DE MOI.--En avril, charmantes petites fleurs d’un beau bleu.--Terre franche; arrosements fréquents.--Multiplication par éclats.

MYRTE.--Joli arbuste, symbole de l’amour heureux, aromatique dans toutes ses parties, et donnant en août de petites fleurs blanches. Il y en a de plusieurs variétés, qui se cultivent toutes de la même manière.--Terre franche mêlée de terre de bruyère; exposition du midi; arrosements fréquents.--En serre pendant l’hiver, de manière à recevoir le plus de lumière possible.--Multiplication par rejetons, marcottes et graines.

N

NARCISSE.--Jolie plante à oignons, dont les fleurs, qui répandent un doux parfum, s’épanouissent en mai. Il y en a un assez grand nombre d’espèces, qui toutes ont plusieurs variétés. La culture est la même pour toutes. On relève les oignons vers la fin de juin; on en détache les caïeux que l’on nettoie et laisse sécher à l’ombre, dans une serre, pendant deux ou trois mois. On les replante ensuite à quatre ou cinq centimètres de profondeur.--Terre franche mélangée de terre de bruyère et de terreau; beaucoup d’eau. Les narcisses peuvent végéter dans de l’eau comme les jacinthes. (_Voyez_ JACINTHE.)

NIGELLE.--Plante annuelle dont les fleurs, d’un beau bleu, paraissent en juillet.--Terre franche; arrosements modérés.--Multiplication par graines semées en avril.

O

ŒILLET.--Cette fleur si connue est une des plus belles qui puissent orner un parterre. On en compte un grand nombre d’espèces, et chacune a de nombreuses variétés. Quelques amateurs en font d’admirables collections.--Terre franche, mélangée de terre de bruyère et de terreau; arrosements fréquents. Toutes les espèces d’œillets se multiplient par marcottes, qui reprennent très-facilement. Mais pour obtenir des variétés, il faut avoir recours à la graine qu’on sème au printemps. On relève les plants dès qu’ils sont assez forts, et on les met en place.

De même que le lis et la violette, l’œillet a joué un rôle important dans nos discordes civiles. En 1815, par exemple, peu de jours après l’accomplissement de la seconde Restauration, l’œillet rouge devint le signe de reconnaissance des partisans de Napoléon. Par opposition, les royalistes, et particulièrement les gardes-du-corps, les pages, avaient adopté l’œillet blanc. Il y eut souvent des rencontres terribles entre les deux partis. Ils se livrèrent à Paris, sur les boulevards, des combats sérieux, et il en résulta plus d’une déplorable catastrophe. En voici une qui produisit une bien vive sensation.

Un jeune page de Louis XVIII, Jules de Saint-P..., avait pour tante la comtesse de C..., une des dames d’honneur de la duchesse d’Angoulême.

Un jour du mois d’août, le jeune page était venu voir sa tante, dans les appartements de la duchesse.

--Eh quoi! chevalier, s’écria Mme de C..., vous n’avez point d’œillet à votre boutonnière?... Les bonapartistes vous font-ils donc peur?

Comme elle achevait de prononcer ces paroles, la duchesse parut; elle avait entendu le reproche que Mme de C... venait d’adresser à son neveu, et voyant le jeune homme la rougeur sur le front, elle prit en souriant un œillet blanc dans un des beaux vases de Sèvres qui ornaient la cheminée, et le présenta à Jules.

--Votre tante vient de se montrer injuste, chevalier, lui dit-elle; nous savons bien qu’il n’y a dans votre famille que de bons Français, et que les Saint-P... sont sans peur comme sans reproche.

Le page s’inclina respectueusement, et prit la fleur:

--Merci, madame, répondit-il d’une voix fortement émue, et que votre Altesse Royale soit assurée que je m’efforcerai toujours de mériter la bonne opinion qu’elle veut bien avoir de moi.

Une heure après, le jeune page, en habit de ville, était sur le boulevard des Italiens, appelé alors boulevard de Gand, avec plusieurs de ses amis, portant tous l’œillet blanc et ayant à la main une canne à épée. Ils ne tardèrent pas à se trouver en face d’un groupe d’officiers à la demi-solde, décorés de l’œillet rouge.

--Prenez garde, messieurs, dit un de ces derniers, vous portez là une couleur qui se salit aisément.

--Et c’est pour cela que les gens de votre sorte font bien de ne pas la porter, répondit vivement le chevalier.

Des sarcasmes aux menaces la transition fut prompte; on n’avait pas échangé quatre phrases, que les épées étaient tirées. Jules s’attaqua à celui des officiers qui, le premier, l’avait apostrophé, et par malheur c’était le plus rude joûteur de tous: sang-froid, coup d’œil d’aigle, poignet de fer, rien ne lui manquait. Mais le jeune page était trop animé pour s’apercevoir de son infériorité, et s’en fût-il aperçu, qu’il n’eût pas rompu d’une semelle. Comme cela se passait en plein jour, une foule nombreuse entourait les combattants. Tout à coup une voix s’écria: «Voici les gendarmes!»

L’autorité, en effet, avait pris des mesures pour réprimer ces troubles, et une patrouille accourait pour séparer les combattants.

--Nous ne pouvons pourtant nous quitter ainsi, dit l’adversaire du chevalier; tenez, monsieur le chevalier, à l’œillet!

Le coup fut porté avec la rapidité de l’éclair. Jules, atteint en pleine poitrine, tomba sur les genoux. En ce moment les gendarmes n’étaient plus qu’à deux pas des combattants. Les officiers se retirèrent promptement, et le jeune chevalier, relevé par ses amis, plus heureux que lui, fut mis dans une voiture et conduit à l’hôtel des pages. Comme il venait de mettre pied à terre, une calèche passait; une dame seule l’occupait: c’était la comtesse de C... qui, sans faire attention à la pâleur de Jules, soutenu par ses amis, s’écria avec l’accent de l’indignation:

--Un œillet rouge!... Le malheureux nous déshonore!...

Jules, qui n’avait pas perdu connaissance, abaissa son regard sur la fleur placée à sa boutonnière, et répondit d’une voix mourante:

--Oui, madame, rouge, mais toujours pur, car c’est mon sang qui l’a teint!

La calèche s’était arrêtée; la comtesse s’élança vers son malheureux neveu.

--Mon Dieu! mon Dieu! disait-elle éperdue, c’est moi qui l’ai tué!

Et elle disait vrai, car la blessure était mortelle, et le jeune page expirait le soir même, après avoir demandé qu’on mît avec lui dans sa tombe l’œillet, présent si funeste qu’une main royale lui avait fait.

ORANGER.--Dans les pays chauds, et même en France, dans la Provence, l’oranger est un arbre de pleine terre, donnant en abondance des fruits parfumés, d’une saveur délicieuse; mais partout ailleurs on ne cultive l’oranger que comme arbre d’ornement, et pour sa fleur, si belle et d’une si suave odeur.

La culture de l’oranger présente beaucoup moins de difficultés qu’on ne le croit communément. Il se plaît dans une terre franche, mélangée de terre de bruyère et de terreau; il craint plus l’eau que le froid, et bien qu’il soit prudent de le mettre en serre d’octobre en avril, on pourrait sans danger le laisser à l’air libre tant que la température ne serait pas plus basse que quatre degrés centigrades au-dessous de zéro. Aussi, dans la serre où on le place, ne faut-il faire du feu que lorsque le froid arrive à ce point.

Vers la fin d’avril, on remet les orangers à l’air libre; il est bon alors d’en laver les grosses branches et le tronc avec de l’eau claire et une brosse, et d’en arroser abondamment le feuillage.

Tous les trois ou quatre ans au plus, il faut renouveler, au moins en grande partie, la terre dans laquelle végète l’oranger. Lorsqu’on s’aperçoit que les feuilles, ordinairement d’un beau vert, pâlissent, cela annonce que l’arbre est trop à l’étroit; que ses racines sont gênées. On a alors le choix entre deux expédients: l’un consiste à tailler les branches de manière à ce que l’arbre exige moins de subsistance; l’autre est de mettre l’oranger dans une caisse plus grande que celle où il est gêné.

L’oranger se multiplie assez facilement par marcottes et par boutures; il est aussi très-facile de le multiplier par graines: dans une terre composée comme nous l’avons dit plus haut, on plante, à une profondeur de deux centimètres et à une distance de sept à huit centimètres les uns des autres, les pépins d’une orange très-mûre et même pourrie; puis on enfonce le contenant de cette plantation dans un pot plus grand ou une caisse remplie de fumier de cheval. On le couvre d’une cloche de verre qu’on lève de temps en temps pour donner de l’air et arroser avec de l’eau tiède. Cela se fait en mars; au mois de mai on peut supprimer la cloche, et, en septembre, les plantes étant assez fortes, on les sépare pour mettre chacune dans le pot ou dans la caisse qui lui est destinée, et dont la terre doit être mélangée comme il est dit plus haut. Il est très-important, en levant ces jeunes plantes, de ne point dégarnir leurs racines de la terre qui leur est adhérente.

Les fleurs de l’oranger nouvellement cueillies sont d’un grand prix; les distillateurs, à Paris, les payent jusqu’à douze francs le kilogramme; mais les jardiniers fleuristes les font payer bien plus cher encore, quand il s’agit d’en faire une couronne de mariée; car la fleur d’oranger est l’emblème par excellence de la virginité. Et voyez comme l’épigramme se glisse partout! il n’est pas un produit de nos jardins que les fabricants de fleurs artificielles soient parvenus à imiter d’une manière plus parfaite. C’est à ce point qu’aujourd’hui presque toutes les couronnes de jeunes mariées sortent des ateliers de la rue Saint-Denis, à Paris... Mon Dieu! nous savons bien qu’elles n’en sont pas moins pures pour cela (les jeunes mariées); mais, il faut le dire, si la fraude n’est pas là d’un fâcheux augure, elle est certainement de bien mauvais goût.

OREILLES D’OURS.--C’est le nom fort laid d’une très-jolie plante dont les amateurs cultivent jusqu’à six cents variétés et dont ils font d’admirables collections. Toutes ces variétés fleurissent en avril, et leurs couleurs vives et veloutées présentent l’aspect le plus agréable. L’oreille-d’ours n’aime pas le soleil, et pourtant plus qu’une autre plante elle redoute l’humidité; aussi est-il nécessaire, pour en obtenir de beaux produits, de la cultiver en pots, afin de pouvoir, lorsque les pluies du printemps sont trop abondantes, les garantir de ce danger. Pour cela, il n’est pas nécessaire de rentrer les pots; on les couche seulement de manière que la pluie n’atteigne que les parois extérieures du vase sans pouvoir pénétrer à la racine de la plante. L’oreille-d’ours se plaît à l’exposition du nord et de l’ouest, dans une terre composée moitié de terre franche, moitié de terre de bruyère, le tout mélangé d’un peu de terreau. On n’arrose cette plante que dans les temps très-secs; encore ces arrosements doivent-ils être fort peu abondants. La multiplication s’obtient par éclats de racine; mais pour former une collection, il faut semer les graines, dès qu’elles sont mûres, en terre de bruyère et à l’ombre. Le plant étant assez fort, on le relève et on le repique, en observant une distance de dix ou douze centimètres entre chacun. On obtient ainsi toutes les variétés possibles, et lors de l’inflorescence on peut faire un choix des plus jolis.

ORNITHOGALE.--Plante bulbeuse, donnant en juin des fleurs blanches en étoile. On en cultive plusieurs variétés, de couleurs diverses, dont quelques-unes sont odorantes. Toutes se cultivent de la même manière.--Terre franche mêlée de terre de bruyère; arrosements fréquents.--Multiplication par caïeux séparés des oignons, que l’on relève tous les deux ans, en juillet. On nettoie ces caïeux, on les met sur une planche, dans un lieu sec et à l’ombre, et on les plante en octobre. C’est encore une des fleurs dont on fait collection: il y a des ornithogales indigènes et d’autres exotiques; la culture des diverses espèces est la même.

OROBE.--C’est une des plus précoces et des plus jolies fleurs printanières, jaunes ou rouges, selon la variété, qui s’épanouissent en mars.--Plante vivace, à racines fibreuses, demandant peu de soins.--Terre franche.--Multiplication par semis, ou mieux par éclats.

ORVALE ou LAMIER.--Belle plante à racines fibreuses, donnant, en avril, de grandes fleurs blanches tachetées d’un beau vert.--Terre franche.--Multiplication par éclats en octobre ou par semis en février.