Part 10
--Chut! c’est une tulipe qui, à elle seule, vaut tout le reste de ma collection; il n’y en a que deux au monde, Messieurs.
--Mais son nom?
-Chut!... son nom... je ne puis le prononcer sans forfaire à l’honneur...--Je serais bien fier et bien malheureux de dire son nom, de le dire à haute voix,--de l’écrire en lettres d’or au-dessus de sa magnifique corolle; c’est un nom connu et respecté.
--Pardon, Monsieur, je n’insiste pas,--cela paraît tenir à la politique; peut-être est-ce le nom de quelque fameux proscrit;--je ne veux pas me compromettre... D’ailleurs, nous ne partageons pas peut-être les mêmes opinions...
--Nullement, Monsieur, ce nom n’a rien de politique; mais j’ai juré sur l’honneur de ne pas la faire voir sous son _vrai nom_;--elle est ici _incognito_, sous l’incognito le plus sévère;--peut-être même en ai-je trop dit... Mais avec tout le monde, avec les gens pour qui je n’ai pas l’estime que vous m’inspirez,--je ne vais pas aussi loin;--je n’avoue même pas que c’est une tulipe, la reine des tulipes; je passe devant avec une indifférence,--une indifférence jouée,--comprenez bien.--Je la désigne sous le nom de _Rebecca_, mais ce n’est pas son nom...
Les amateurs partirent et moi avec eux; mais je retournai le lendemain, et je lui dis:
--Mais, enfin, c’est donc un mystère bien terrible?
--Vous allez en juger. Cette tulipe... que nous continuerons à appeler Rebecca... était en la possession d’un homme qui l’avait payée fort cher,--surtout parce que, sachant qu’il y en avait une autre en Hollande, il était allé l’acheter, et l’avait écrasée sous les pieds pour rendre la sienne unique.--Tous les ans elle excitait l’envie des nombreux amateurs qui vont voir sa collection; tous les ans, il avait soin de détruire les caïeux qui se formaient autour de l’oignon et qui auraient pu la reproduire.--Pour moi, Monsieur, je n’ose pas vous dire ce que je lui avais offert pour l’un de ces caïeux qu’il pile tous les ans dans un mortier; j’aurais engagé mon bien, compromis l’avenir de mes enfants!
Je ne regardais plus ma collection; mes plus belles tulipes ne pouvaient me consoler de ne pas avoir celle... que je ne dois pas nommer. En vain mon ami...--dois-je appeler ainsi un homme qui me laissait dépérir sans pitié?--en vain mon ami me disait: Venez la voir tant que vous voudrez. J’y allais,--je m’asseyais devant des heures entières; on ne me laissait jamais seul avec elle,--on eût craint sans doute ma passion.--En effet... je l’aurais peut-être volée,--je l’aurais peut-être arrosée d’une substance délétère pour la faire périr; au moins, elle n’aurait pas existé, et je n’aurais pas eu de remords!
Quand Gygès tua Candaule pour avoir sa femme, tout le monde donna tort au roi Candaule, qui avait voulu la faire voir à Gygès, toute nue, sortant du bain.--On n’a qu’à ne pas montrer la tulipe.--J’arrivai à un tel état de désespoir,--qu’une année je ne plantai pas mes tulipes,--mes chères tulipes.--Mon jardinier eut pitié d’elles et peut-être de moi,--et le rustre... je le lui pardonne,--car il les a sauvées,--les planta au hasard,--dans une terre vulgaire.
--Mais enfin, comment avez-vous eu cette tulipe?
--Voilà la chose... Je n’ai pas tout à fait imité Gygès, quoique mon ami ne se soit pas montré plus délicat que Candaule, mais cependant j’ai fait un crime: j’ai fait voler un caïeu.--Candaule a un neveu... Ce neveu, qui attend tout de son oncle, lequel est fort riche, l’aide à planter et à déplanter ses tulipes, et affecte pour ces plantes une admiration qu’il n’a pas, le malheureux! mais sans laquelle son oncle ne supporterait même pas sa présence.--L’oncle est riche, mais il n’est pas d’avis que les jeunes gens aient beaucoup d’argent... Le neveu avait contracté une dette qui le tourmentait beaucoup... Son créancier menaçait de faire sa déclaration à son oncle.--Il s’adressa à moi et me supplia de le tirer d’embarras.--Je fus cruel, Monsieur, je refusai net.--Je me plus à lui exagérer la colère où serait son oncle quand il aurait appris l’incartade. Je le désespérai bien,--puis je lui dis: Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.
--Oh! s’écria-t-il, vous me sauvez la vie.
--Oui, mais à une condition.
--A mille, si vous voulez.
--Non, une seule:--tu me donneras un caïeu de la... tulipe en question.
Il recula d’horreur à cette proposition.
--Mon oncle me chassera, s’écria-t-il,--me chassera et me déshéritera!
--Oui, mais il ne le saura pas,--tandis qu’il saura certainement que tu as fait des dettes.
--Mais s’il le savait jamais!
--A moins que tu ne le lui dises...
--Mais vous...
Enfin, je le pressai, j’effrayai le malheureux jeune homme; il promit de me donner un caïeu quand on déplanterait les tulipes,--mais il exigea mon serment sur l’honneur de ne jamais nommer... celle que j’appelle Rebecca, à personne--et de lui donner un autre nom--jusqu’à la mort de son oncle.
En échange de cette promesse, je lui donnai l’argent dont il avait besoin. Depuis, nous avons tenu tous deux nos serments: j’ai eu la tulipe, et je ne l’ai nommée à personne.--La première fois qu’elle a fleuri ici,--chez moi,--étant à moi,--l’oncle est venu voir mes tulipes.--C’est une politesse qu’on échange entre amateurs.--Il l’a regardée et a pâli.--Comment appelez-vous ceci? m’a-t-il dit d’une voix altérée.
Ah! Monsieur, je pouvais lui rendre tout ce qu’il m’avait fait souffrir!--Je pouvais lui dire le nom... que vous ne savez pas... Je me suis rappelé ma promesse, ma promesse sur l’honneur, et le neveu était là, il me regardait avec angoisse,--et j’ai dit: Rebecca.
Cependant, il trouvait bien quelque ressemblance;--aussi il est resté préoccupé;--il a beaucoup loué le reste de ma collection, et n’a rien dit de celle qui est la perle, le diamant de ma collection.--Il est revenu le lendemain,--puis le surlendemain,--puis tous les jours tant qu’elle a été en fleur;--puis il a réussi à se tromper lui-même: il a cru voir entre Rebecca et... l’autre... des différences imaginaires. Alors il a dit: Elle ressemble un peu à... vous savez?
Eh bien, Monsieur, j’ai aujourd’hui la tulipe que j’ai tant désirée--et je ne suis pas heureux.--A quoi cela me sert-il, puisque je ne puis le dire à personne?
--Quelques amateurs,--forts,--la reconnaissent à peu près:--mais je suis forcé de nier,--et je n’en rencontre pas un assez sûr de lui pour me dire:--Vous êtes un menteur!--Je souffre tous les jours d’affreux tourments:--j’entends ici faire l’éloge de la tulipe que j’ai comme lui.--Quand je suis seul, je m’en régale, je l’appelle de son vrai nom, auquel je joins les épithètes les plus tendres et les plus magnifiques.--L’autre jour, j’ai eu un peu de plaisir:--je l’ai prononcé, ce nom mystérieux,--tout haut, à un homme.--Mais je n’ai pas manqué à mon serment:--cet homme est sourd à ne pas entendre le canon.
Eh bien! cela m’a un peu soulagé;--mais c’est incomplet.--On ne sait pas que je l’ai,--elle...--Tenez... ayez pitié de moi,--mon serment me pèse... Jurez-moi sur l’honneur, à votre tour, de ne pas répéter ce que je vais vous dire... Je vous dirai alors son vrai nom,--le vrai nom de Rebecca,--de cette reine déguisée en grisette.--Votre serment à vous ne sera pas difficile à tenir,--vous n’aurez pas à lutter comme moi, Monsieur. C’est affreux,--mais je désire que cet homme, que ce Candaule soit mort,--pour dire tout haut que j’ai... Tenez, faites-moi le serment que je vous demande.
J’eus pitié de lui, et je lui promis solennellement de ne pas répéter le nom de la fameuse tulipe.
Alors, avec une expression d’orgueil intraduisible,--il toucha la plante de sa baguette, et me dit:--Voici...
Mais, à mon tour, je suis engagé par un serment:--je ne puis dire le nom qu’il fut si heureux de prononcer.
--Croyez-vous qu’on invente ces choses-là?
On remarque encore dans cette famille la majestueuse _fritillaire_, ou couronne impériale, l’un des ornements les plus pittoresques des jardins; les _hémérocalles_, dont les fleurs sont presque aussi belles que celles du lis; les _yucca_, charmants arbrisseaux qui ressemblent un peu au palmier; et une foule d’autres genres qui seuls suffiraient pour justifier le titre de glorieuse donné à cette si belle et si nombreuse réunion.
Auprès de cette superbe famille, dont nous n’avons pu dire toutes les beautés, vient s’en grouper une autre toute petite, celle des _broméliées_, formée seulement de trois genres, l’_ananas_ ou _bromelia_, le _pitcairnia_ et la _tillandrie_. L’ananas est le genre le plus remarquable des trois, et il est assez connu par la délicieuse saveur de son fruit.
Après cette petite famille en vient une immense et belle, celle des _narcissées_, qui disputent aux liliacées le prix de la beauté des fleurs, de l’élégance du port et de la suavité des parfums. En tête de cette famille se placent les amaryllis, genre si nombreux et si varié, que nous n’en saurions ici énumérer les espèces. Parlons de la plus remarquable, de l’amaryllis gigantesque, qui est peut-être la plus belle des fleurs connues: son oignon, d’une grosseur énorme, pousse, au milieu d’une touffe de feuilles de la plus grande dimension, une tige de trois pouces de diamètre et de plus de deux pieds de hauteur, du sommet de laquelle, et en tous sens, s’étalent au moins soixante pédicules fort longs, terminés chacun par une fleur d’un rose vif, rayée d’un rose plus foncé, et de trois pouces de longueur. Qu’on se figure l’éclat de cette magnifique couronne de plus de six pieds de circonférence, et dont on chercherait en vain dans tout le règne végétal un second exemple! Cette plante si belle a fleuri en France pour la première fois dans le cours de l’année 1820.
C’est à la famille des narcissées qu’appartiennent en outre la jonquille (fig. 38), le narcisse de Constantinople, celui de Chypre, le lis des Incas, les hémantes, les galantines, les perce-neige et l’agavé, dont la floraison est un objet d’admiration: après une croissance d’un grand nombre d’années, l’agavé, ayant acquis toutes ses forces, accomplit ce phénomène: du milieu de ses feuilles s’élève, ou plutôt s’élance, tant son développement est rapide, une tige nue, haute de quinze à vingt pieds, terminée par une immense quantité de fleurs jaune verdâtre, disposées en une magnifique pyramide. Cet accroissement subit s’exécute en quinze jours environ; puis bientôt les fleurs passent, la tige se flétrit, et la plante meurt en laissant un nombre infini de graines et quelques rejetons qui offrent un moyen plus prompt de la propager.
La dernière famille de la classe MONOPÉRIGYNIE se compose des _iridées_, dont les _iris_ sont le genre principal et le plus nombreux; les deux autres genres les plus importants sont les _ixia_, dont les fleurs offrent toutes les couleurs et toutes les nuances imaginables, et les _glaïeuls_, dont les fleurs, aussi fugaces que belles, ne vivent que quelques heures.
QUATRIÈME CLASSE
MONOÉPIGYNIE
Quatre familles seulement composent la quatrième classe: la première est celle des _musacées_, peu nombreuses en genres, mais qui comptent parmi eux les bananiers, ce qui suffit à son illustration. On croirait aisément, en voyant ce beau et vigoureux végétal, dont la tige a communément trois pieds de circonférence et quinze pieds de hauteur, que c’est un arbre d’une grande solidité et d’une existence durable. Ce n’est pourtant qu’une plante herbacée dont la vie, dans les contrées voisines de l’équateur, ne dure jamais une année entière. Dans les climats tempérés, où, pour la faire croître et fructifier, il faut que l’art vienne au secours de la nature, sa vie se prolonge pendant une assez longue suite d’années; elle peut même être d’un siècle; mais il ne peut éviter sa destinée, qui est de périr dès qu’il a donné ses fruits.
Tout récemment, alors que la fièvre de la commandite était dans toute sa violence, des spéculateurs s’en étaient pris au bananier; ils prétendaient pouvoir faire du papier avec la tige de cette plante. Vite, la prétendue découverte est mise en actions au capital de plusieurs millions: les actionnaires vinrent... Où n’en viendrait-il pas? On fit réellement du papier de bananier; mais il était fort mauvais, et il revenait à un prix quadruple de celui fabriqué par les procédés et avec les matières ordinaires. Il est vrai que les actionnaires avaient le droit d’aller contempler deux bananiers rabougris, souffreteux, qui s’étiolaient dans les salons du gérant, rue Montmartre, nº 171, et que ce plaisir ne leur a coûté que quelques centaines de mille francs!... En vérité, quand on pense au _genre_ actionnaire et à quelques autres, on est forcé de convenir que notre orgueil seul a pu nous faire placer le règne auquel nous appartenons au-dessus de celui où se trouvent tant de si belles et si bonnes choses qui ne mentent pas, qui ne volent pas, et dont le muet et doux langage ne passe par les yeux que pour réjouir le cœur... Décidément les fous-tulipiers ne sont pas si fous qu’ils le paraissent!
Les _amomées_, deuxième famille de cette classe, comprennent le _basilier_, plante d’ornement, haute de quatre pieds, dont les feuilles sont tournées en cornet avec tant de perfection, que les eaux de la pluie y séjournent comme dans des vases. Dans cette famille sont rangés l’amome gingembre, le curcuma, la zédoaire, et quelques autres genres moins importants.
La bizarrerie est le caractère principal de la famille des _orchidées_. L’orchis militaire, par exemple, et l’orchis singe présentent, dans chacune de leurs fleurs, l’apparence d’une figure humaine suspendue. Il est vrai que l’imagination aide quelque peu à ces ressemblances; mais elle n’ajoute rien à l’illusion que produisent les fleurs des autres genres de cette famille, qui figurent, les unes des mouches, les autres des taons et plusieurs autres insectes. A cette singularité, la famille des _orchidées_ joint l’avantage de compter parmi ses membres la vanille, qui fournit le plus suave des parfums du règne végétal.
Nous ne mentionnerons que pour mémoire la dernière famille de cette classe, les _hydrocharidées_, herbes aquatiques que quelques auteurs ont rangées à tort parmi les naïadées.
CINQUIÈME CLASSE
ÉPISTAMINIE
Cette classe ne contient qu’une seule famille, les _aristolochiées_, plantes qui habitent ordinairement les pays chauds. C’est dans cette famille que se trouvent les plus grandes fleurs connues: le célèbre voyageur de Humboldt a vu, dans l’Amérique méridionale, des fleurs d’aristoloche qui avaient quatre pieds de circonférence.
SIXIÈME CLASSE
PÉRISTAMINIE
La plupart des genres de la première famille de cette classe, les _éléagnées_, viennent de l’Inde et de l’Amérique septentrionale. On remarque parmi ces plantes le grignon de Cayenne, l’argousier, les badamiers, et, plus particulièrement, le badamier au vernis, d’où découle la matière résineuse qui forme le célèbre vernis avec lequel les Chinois recouvrent les meubles connus en Europe sous le nom d’objets en _laque de Chine_.
Les _daphnoïdes_ ne sont pas une famille bien importante; cependant c’est au nombre des genres dont elle se compose que se trouve le _bois-dentelle_. C’est un arbuste de la Jamaïque dont l’écorce intérieure est formée de fils entrelacés qu’on peut étendre avec un peu de précaution, et qui offre alors une ressemblance frappante avec la dentelle la plus belle, à supposer pourtant que la dentelle soit une jolie chose. On rapportait à une dame de beaucoup d’esprit que cet arbrisseau pouvait parfaitement s’acclimater en Europe, ce qui serait un grand bonheur pour les dames, qui pourraient désormais avoir de très-belle dentelle à bon marché.
--Eh! Monsieur, répondit la dame au nouvelliste mal avisé, ne comprenez-vous pas que les femmes ne font cas de cette laide chose qu’on appelle dentelle, que parce qu’elle coûte un prix fou? Viennent vos arbustes, et personne n’en voudra.
La famille des _protéacées_ se compose de très-beaux arbres qui croissent naturellement en Afrique; le genre le plus remarquable est l’arbre d’argent, dont les feuilles en fer de lance, et d’un éclat presque métallique, reflètent les rayons du soleil d’une manière éblouissante.
Les espèces du genre laurier, qui a donné son nom à la quatrième famille de cette classe, les _lauroïdes_, sont fort nombreuses et trop connues pour que nous en parlions longuement. Le plus important du genre est le cannellier, espèce de laurier cultivé à Ceylan, et dont l’écorce, enlevée et exposée au soleil, se roule et forme ce que nous appelons la _cannelle_. Une autre espèce du même genre est le muscadier, dont la graine est connue sous le nom de muscade.
Les polygones, les patiences et les rhubarbes sont les principaux genres de la famille des _polygonées_. Le blé noir ou sarrasin est le plus important; les patiences et les rhubarbes sont d’une utilité douteuse.
Les _atriplicées_, sixième et dernière famille de cette classe, sont des plantes potagères, la bette blanche, la betterave, etc. La betterave a acquis depuis trente ans une haute importance. En 1812, on ne connaissait que le sucre de canne, qui valait _quatorze francs_ le kilogramme en France, par suite de la guerre avec l’Angleterre. Des essais furent faits pour obtenir du sucre de quelques plantes indigènes. Les Parisiens se moquèrent beaucoup de ces tentatives; on chansonna le sucre indigène et ses fabricants, et nous nous rappelons avoir vu aux vitres de Martinet, ce musée en plein vent de la rue du Coq, une caricature représentant le roi d’Angleterre et Napoléon, tous deux couronne en tête; l’Anglais lançait à l’Empereur une énorme betterave, en s’écriant: _Va te faire sucre!_ Et voilà qu’aujourd’hui le sucre de betterave, aussi beau, aussi bon, aussi et même plus abondant que le sucre de canne, met en péril les plantations de nos colonies! Les Anglais, qui ont beaucoup ri du mot, trouveraient sans doute, en cas de guerre, la chose fort peu plaisante.
SEPTIÈME CLASSE
HYPOSTAMINIE
Les propriétés des _amarantées_, première famille de cette classe, sont nulles ou inconnues. Les genres les plus remarquables sont l’amarante tricolore et la queue-de-renard, qu’on cultive dans les jardins.
Les _plantaginées_ sont une petite famille composée des genres plantain (fig. 39) et littorelle; ce sont des plantes herbacées qui croissent sous presque toutes les latitudes.
Les _nyctaginées_ sont ainsi nommées parce que, dans la plupart des espèces de cette famille, les fleurs ne s’épanouissent que pendant la nuit. L’espèce la plus commune est la belle-de-nuit, qu’on appelle aussi merveille du Pérou, parce qu’elle est originaire de ce pays.
La quatrième et dernière famille de cette classe se compose des _plombaginées_. Ce sont de petites plantes comme le gazon d’Olympe, et d’autres petits gazons employés en bordure dans les jardins.
HUITIÈME CLASSE
HYPOCOROLLIE
La primevère et l’oreille-d’ours sont les principaux genres de la famille des _primulacées_, la première de la huitième classe. Ces fleurs sont fort connues et peu remarquables.
Les _acanthées_, qui forment la deuxième famille, sont surtout remarquables à cause de l’élégance de leurs feuilles, qui ont été adoptées pour ornement par les sculpteurs de l’antiquité. Callimaque fut le premier qui s’en servit pour décorer le chapiteau de l’ordre corinthien dont il est regardé comme l’inventeur.
Parure élégante des jardins, les espèces composant la famille des _jasminées_ forment autour d’elles une atmosphère de parfums s’exhalant du lilas et de toutes les espèces de jasmin. Mais le genre le plus important de cette famille est l’olivier, source de prospérité pour la Provence et les contrées méridionales de l’Europe.
On attribuait autrefois aux espèces de la famille des _verbénacées_ des propriétés prodigieuses: ainsi, le genre gattilier passait pour être le remède le plus efficace contre les tourments de l’amour; et la verveine, autre genre de la même famille, jouait un grand rôle dans les enchantements et la sorcellerie. Aujourd’hui il n’y a plus guère que les médecins qui reconnaissent quelque vertu à cette plante, mais ils n’en sont pas plus sorciers pour cela.
Les jolies plantes composant la famille des _labiées_, plantes dont les caractères sont aussi naturels que les propriétés, habitent plus particulièrement les collines et les lieux exposés au soleil; tels sont le thym, la sarriette, la sauge, qui forment un si agréable assaisonnement. Un phénomène curieux s’observe dans une espèce de cette famille, le dracocephalum variegatum: les fleurs, au nombre de quatre, sont presque droites et sessiles; elles sont susceptibles d’être mues horizontalement dans l’espace d’un demi-cercle, et restent immobiles dans la position qu’on leur a fait prendre.
On a donné le nom de _personnées_ aux plantes composant la sixième famille de cette classe, parce que la configuration de leurs fleurs représente assez bien un masque. Elles sont d’un grand usage en médecine; quelques-unes contiennent un poison très-actif.
Les plantes de la famille des _solanées_ ont en général une teinte sombre et livide, une odeur fétide, qui semblent indiquer leurs propriétés dangereuses; telles sont la belladone, la mandragore, la jusquiame, la pomme épineuse, etc. Mais, par compensation, cette famille compte au nombre de ses membres la pomme de terre, qui est du pain tout fait, et grâce à laquelle il ne peut plus y avoir de famine en Europe. Cette plante fut apportée en 1590 du Pérou en Europe, où elle s’est multipliée à l’infini, non sans peine pourtant! Pendant près de deux siècles, le peuple n’en voulait faire d’autre usage que de la donner pour nourriture aux pourceaux, et il fallut des efforts inouïs pour déraciner le préjugé qui l’empêchait d’être admise sur la table du pauvre. Le célèbre Parmentier fut le plus infatigable propagateur de la pomme de terre. Désespéré pourtant du peu de succès qu’il obtenait, il s’avisa de s’adresser au roi Louis XVI.--«Sire, lui dit-il, c’est dans trois jours la fête de Votre Majesté (Saint-Louis, 25 août): si vous consentiez à porter ce jour-là une fleur de pomme de terre à la boutonnière de votre habit, je suis persuadé que cela ferait plus que tous les écrits possibles pour faire adopter cette plante.» Le roi y consentit, et il ordonna en même temps qu’à partir de ce moment on servît chaque jour sur sa table un plat de pommes de terre. L’expédient eut un résultat prodigieux: bien en cour, les pommes de terre firent fureur à la ville, et le peuple accepta enfin un bienfait qu’il avait si longtemps repoussé.
C’est encore dans la famille des solanées que se trouve le tabac. Jean Nicot, ambassadeur de France en Portugal l’apporta en 1559 à la reine Catherine de Médicis. L’usage du tabac est une lèpre qui va s’étendant sans cesse; aussi n’a-t-il pas fallu de grands efforts pour le propager.
Dans la famille des _borraginées_, les changements de couleurs sont presque universels. C’est ainsi, par exemple, que les fleurs du tournefort, d’un blanc verdâtre d’abord, passent, avant de se flétrir, à une couleur noire très-foncée: d’autres plantes de la même famille, telles que la pulmonaire, la consoude, ont les fleurs rouges à leur épanouissement, et bleues dans leur vieillesse. A cette famille appartiennent les héliotropes, dont quelques espèces sont très-recherchées, et l’orcanette, dont la racine contient un principe colorant d’un rouge plus ou moins foncé, et dont les dames athéniennes se servaient comme de fard, pensant sans doute qu’il devait leur être permis d’emprunter quelque chose aux fleurs auxquelles on les comparait.
La famille des _convolvulacées_ se compose de plusieurs genres de liserons d’une forme élégante. A cette famille appartient la patate, qui offre un aliment presque aussi substantiel que la pomme de terre.