Les fleurs animées - Tome 2

Part 11

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Presque toutes les plantes de la famille des _polémoniacées_, qui vient ensuite, sont originaires de l’Amérique septentrionale. L’un des genres les plus remarquables de cette famille est le phlox, qui présente une grande variété de couleurs. Le genre des cobæa est aussi fort joli. A Paris, dans les quartiers populeux, les cobæa tapissent une grande partie des fenêtres, et la beauté de leurs fleurs fait un contraste frappant avec la malpropreté des rues. C’est la fleur du pauvre; comme lui, elle vit de peu, sa jeunesse passe vite et ses joies sont courtes.

Entièrement exotique, la famille des _bignoniées_ porte de très-belles fleurs. La principale espèce est le catalpa, bel arbre originaire d’Amérique, qui forme dans quelques-uns de nos jardins de magnifiques allées. La bignone toujours verte, qu’on nomme aussi jasmin odorant de la Caroline, et la bignone droite, ou jasmin de la Virginie, sont aussi de fort belles plantes. A la même famille appartient le sésame d’Orient; c’était le sésame des anciens: ses graines contiennent un principe oléagineux dont on tire une huile excellente.

Après la famille des _gentianées_, entièrement composée de plantes herbacées donnant de très-belles fleurs, vient celle des _apocynées_, plus nombreuse et plus brillante, qui comprend les lauriers-roses, les frangipaniers et les pervenches, ces douces et modestes fleurs que Rousseau affectionnait et qu’il préférait même à la rose. C’est aussi aux apocynées qu’appartient le genre des asclépias, qui est très-nombreux, et la plante appelée gobe-mouche, dont nous avons parlé dans notre première partie.

Les _sapotées_, qui forment la dernière famille de cette classe, sont toutes plantes exotiques dont plusieurs sont cultivées dans les pays chauds, tant à cause du parfum de leurs fleurs que pour leurs fruits, qui ont une saveur très-agréable. Celui du sapotillier est un mets délicieux pour les habitants des Antilles.

NEUVIÈME CLASSE

PÉRICOROLLIE

Les _diospyrées_, première famille de la neuvième classe, sont des arbres résineux; le styrax est une de ses espèces les plus remarquables: la résine qu’on en retire par incision dans quelques contrées de l’Asie, se nomme storax; le benjoin, résine précieuse, est produit par un autre arbre de la même famille.

On doit au genre rhododendron, le plus remarquable de la famille des _rhodoracées_, plusieurs belles espèces qui font l’ornement des jardins; l’azalée est aussi une fort jolie plante de la même famille. On assure que le miel des abeilles qui ont butiné sur les fleurs de cette plante est dangereux.

La famille des _éricoïdes_ diffère peu de la précédente: le genre bruyère est le principal de cette famille; il renferme un grand nombre d’espèces originaires du cap de Bonne-Espérance; telles sont la bruyère en arbre, la bruyère cendrée, la bruyère élégante et celle de la Méditerranée.

La plupart des plantes de la famille des _campanulacées_ sont cultivées à cause de leur brillante corolle en forme de clochette; le nombre des campanules est considérable, et leurs fleurs rivalisent de beauté. Un autre genre de cette famille, les lobélies, porte un suc vénéneux, et la lobelia tupa, qu’on trouve au Chili, est un des poisons les plus actifs que l’on connaisse.

DIXIÈME CLASSE

ÉPICOROLLIE--SYNANTHÉRIE

Cette classe ne se compose que de trois familles; la première est celle des _chicoracées_, dont les fleurs ne s’épanouissent que par un beau temps. A cette famille appartient la laitue, la romaine, la chicorée sauvage, que l’on a si ridiculement essayé de substituer au café, la scorsonère et le salsifis.

A la famille des _cyranocéphales_ appartiennent les artichauts, les cardons, le chardon, et au milieu de beaucoup d’autres plantes, la plus précieuse pour les dames, celle à l’aide de laquelle elles font disparaître la pâleur produite par l’insomnie, les plaisirs et les fatigues du bal, le carthame, enfin, qui est la base du rouge végétal, grâce auquel tant de belles ajoutent l’éclat et la fraîcheur de la rose à la blancheur du lis (vieux style).

La plus grande partie des plantes appartenant à la famille des _corymbifères_ produisent de jolies fleurs; tel est le genre aster, qui comprend l’œil-de-Christ, l’aster en feuilles de cœur, la reine-marguerite. Viennent ensuite les chrysanthèmes (fig. 40), les soleils et les immortelles, qui doivent ce nom à leur longue durée.

ONZIÈME CLASSE

ÉPICOROLLIE--CORISANTHÉRIE

Après les _dispacées_, première famille de cette classe, dont les valérianes sont le genre principal, viennent les _rubiacées_, nombreuse famille qui doit surtout son importance à l’efficacité des remèdes produits par quelques-unes de ses espèces; tels sont le quinquina et l’ipécacuanha. C’est aussi aux rubiacées qu’appartient le végétal qui fournit le café. Cet arbrisseau, originaire de l’Arabie, fut transporté par les Hollandais à Batavia, et de là à Amsterdam. Un pied fut envoyé à Paris, où il prospéra dans les serres du Jardin des Plantes. Plusieurs pieds furent, de là, envoyés à la Martinique; mais un seul y arriva vivant. Telle est l’origine de toutes les plantations qui existent aujourd’hui aux Antilles.

Le principal genre des _caprifoliées_, troisième et dernière famille de la onzième classe, est le chèvrefeuille, dont les fleurs exhalent un parfum si délicieux; viennent ensuite le sureau, le gui, le manglier et quelques autres peu importants.

DOUZIÈME CLASSE

ÉPIPÉTALIE

Deux familles seulement composent cette classe, les _araliées_, petite famille à laquelle est dû le genseng, dont l’origine a été longtemps douteuse, et qu’on a confondu avec l’angélique, et la famille des _ombellifères_, à laquelle appartiennent la carotte, le panais, le céleri, le persil, l’anis, la coriandre, l’angélique, etc.

TREIZIÈME CLASSE

HYPOPÉTALIE

Cette classe est la plus nombreuse du règne végétal; vingt-trois familles la composent. La première est celle des _renonculacées_, famille aussi dangereuse que belle, dont presque tous les individus ont des propriétés vénéneuses; telles sont la renoncule âcre, la rampante, appelée bouton-d’or, la renoncule aquatique, la scélérate, la clématite brûlante, appelée vulgairement _herbe aux gueux_, parce que les mendiants s’en servent souvent pour se donner des ulcères factices.

Cela n’empêche pas qu’un grand nombre de _renonculacées_ soient cultivées dans les jardins à cause de la beauté de leurs fleurs. Les plus remarquables sont le gant de Notre-Dame, le pied-d’alouette, toutes les variétés d’anémones, les pivoines, etc. C’est aussi à cette famille qu’appartiennent les aconits, dont une espèce, l’aconit napel, servait à empoisonner les flèches dans l’antiquité. Bien que le suc de cette dernière plante soit encore une substance très-dangereuse de nos jours, il est permis de penser qu’elle a perdu quelque chose de sa violence, de même que la ciguë, qui, au témoignage de l’histoire, était, dans l’antiquité, un poison des plus violents et des plus infaillibles, et qui est maintenant, dans nos contrées, une plante presque anodine. Le meilleur est pourtant de ne pas s’y fier.

La famille des _papavéracées_ n’est pas moins remarquable que la précédente: les sucs de ces plantes offrent des colorations diverses, à l’aide desquelles les sauvages de l’Amérique se teignent le corps. Presque tous les genres de papavéracées jouissent de propriétés narcotiques; mais c’est surtout dans le pavot d’Orient (_papaver somniferum_), très-cultivé dans nos jardins, que cette propriété se trouve à un haut degré. La meilleure espèce est celle de Perse; c’est d’elle qu’on tire l’_opium_, qui est d’un usage si général parmi les Orientaux, chez lesquels il remplace les liqueurs spiritueuses, proscrites par la loi de Mahomet. L’opium, dans ces contrées, se prend en infusion ou il se fume mêlé avec du tabac. Pris à petite dose de l’une ou de l’autre manière, l’opium excite la gaieté et plonge dans une douce ivresse; à une dose plus forte, il détermine l’assoupissement, le délire, la mort. L’abus que font les Orientaux de cette substance est la seule cause de l’espèce d’engourdissement moral dans lequel ces peuples sont constamment plongés. Il faut qu’il soit bien difficile de renoncer à l’usage de l’opium quand on en a l’habitude, puisque la peine de mort prononcée par la loi, en Chine, contre tout fumeur, mangeur, vendeur ou acheteur de cette substance, n’a pu y faire renoncer la population. L’empereur, voulant absolument détruire ce déplorable usage, a tenté d’interdire l’accès de ses États aux navires anglais chargés d’opium. Mais les Anglais, marchands avant tout, lui ont fait la guerre, et le grand souverain du Céleste Empire a dû se résigner à laisser empoisonner ses sujets. Il y a des gens qui voient là un progrès de la civilisation!

La famille des _crucifères_ comprend les ravenelles, les giroflées, les juliennes, charmantes fleurs qui ornent et embaument nos parterres; le genre raifort, rave, radis, cresson, appartient aussi à la famille des crucifères, de même que le genre chou, dont les variétés sont innombrables, le colza, le turneps, le navet, le pastel, dont on retire l’indigo, la moutarde, etc.

Les _capparidées_ forment une famille beaucoup moins nombreuse et moins importante; on y remarque pourtant le câprier, dont les fruits se mangent confits dans du vinaigre, et le réséda, modeste fleur dont l’odeur est si agréable.

Les _sapindées_ forment la cinquième famille de cette classe. Toutes les plantes de cette famille sont exotiques; la principale est le savonnier: ses fruits sont revêtus d’une écorce savonneuse dont on se sert en Amérique et aux Indes pour blanchir le linge.

La famille des _acéridées_ est aussi fort restreinte, puisqu’elle ne se compose que des érables, des marronniers et des frênes. L’érable produit le sucre en assez grande abondance; il suffit, pour obtenir cette substance, de faire une incision à l’arbre; il en découle un sirop que l’on cristallise facilement. C’est du frêne à fleurs qu’on obtient la _manne_. A voir ces énormes marronniers d’Inde qui font l’ornement de nos plus belles promenades, on pourrait croire que quelques-uns sont âgés de plusieurs siècles; il n’en est rien pourtant, car le premier individu de ce genre ne fut apporté en France qu’en 1615; on le planta à l’hôtel Soubise, et ce fut encore bien longtemps après que la beauté de ses fleurs le fit adopter comme arbre d’ornement.

Les _malpighiacées_ ont beaucoup d’analogie avec les _acéridées_. On doit la découverte de cette famille au célèbre botaniste Malpighi, qui lui donna son nom. Quelques genres de malpighiacées donnent des fruits assez estimés dans les îles de l’Amérique et du Pérou.

Les _hypéricées_, dont les genres sont vulgairement appelés millepertuis, doivent ce nom à la grande quantité de points glanduleux, transparents, dont leurs feuilles sont souvent parsemées. Plusieurs genres de cette famille donnent un suc résineux connu sous le nom de gomme-gutte d’Amérique.

Il en est de même de la plupart des genres de la famille des _guttifères_.

Les _hespéridées_ sont aussi des végétaux exotiques, dont beaucoup sont cependant cultivés avec succès en Europe. Ornements majestueux de nos jardins, les hespéridées séduisent nos yeux par la beauté de leurs fleurs et de leurs fruits, comme elles charment notre odorat par les délicieux parfums qu’elles exhalent. C’est à cette belle famille qu’appartiennent l’oranger, le citronnier, le camélia, le thé, etc.

La famille des _méliacées_ donne aux arts plusieurs bois précieux, entre autres l’acajou.

Celle des _sarmentacées_, qui vient ensuite, n’a qu’un seul genre important, la vigne; mais ses innombrables variétés sont une source immense de richesse. La vigne habite un grand nombre de contrées; mais c’est dans les pays méridionaux et surtout dans les terroirs volcaniques qu’elle déploie toute la vigueur et la beauté de sa végétation.

«Je me rappelle encore, dit un voyageur, l’impression que produisit sur moi l’aspect enchanteur de l’immense jardin du Vésuve; de toutes parts s’élevaient de longs sarments de vigne qui, s’entrelaçant de mille manières différentes, offraient leurs grappes magnifiques au voyageur brûlé par les ardeurs du soleil. Point d’épiderme ni de graines coriaces comme dans la plupart des raisins de nos contrées: peau, pulpes, semences, tout se résolvait en un suc délicieux. Après avoir franchi ce nouvel Éden et dépassé la demeure de l’ermite, la végétation, jusqu’alors si brillante, ne s’annonça plus que par quelques arbres; bientôt elle cessa entièrement, et ma vue n’eut plus à se reposer que sur de vastes champs de lave. Le chemin devenait roide et escarpé; mais une fois arrivé au sommet, je fus bien dédommagé de mes fatigues par l’imposant spectacle qui s’offrit à mes regards. A gauche, je contemplais le cap Sorrento, les îles de Caprée, de Procita, Portici, Torre del Greco et la mer. A droite se dessinait le beau bassin du golfe de Naples, l’immense amphithéâtre formé sur ses bords par la ville, la côte du Pausilippe, Pouzzoles et le promontoire de Misène. Derrière moi j’avais les montagnes de la Calabre et la ville de Pompeïa; enfin les Camaldules terminaient ce magnifique paysage. L’admiration que me causait ce tableau était souvent interrompue par les bruits qu’on entendait dans l’intérieur de la montagne, et qui précédaient les longues colonnes de feu qu’on voyait s’élever dans les airs, retomber en gerbes immenses, ou se répandre comme un torrent sur les flancs du Vésuve, qui ressemblait à une mer de feu. Je quittai ce lieu de merveilles, l’âme pleine de ces grandes émotions qu’un tel spectacle peut seul faire naître. En descendant la montagne, le guide me montra plusieurs endroits où la vigne est d’une fertilité prodigieuse. Lorsque la lave d’une éruption l’a détruite, il suffit du plus petit rejet pour qu’elle repousse avec la plus grande rapidité, et dans l’espace d’un an, elle se couvre d’une récolte supérieure à celle de l’année précédente. Cette extrême fertilité explique l’insouciance de l’habitant du Vésuve pour les dangers sans cesse renaissants dont il est entouré.»

La famille des _géraniées_ est une de celles qui renferment le plus de plantes d’agrément; à elle appartiennent les géraniums, dont il existe plus de deux cents variétés, depuis le géranium écarlate, dont l’odeur est fétide, jusqu’au géranium triste, qui exhale pendant la nuit un si délicieux parfum. A cette famille appartiennent également la vive capucine, la tendre balsamine et la timide violette, ce doux symbole de discrétion et de modestie.

A la famille des _malvacées_ appartiennent les mauves, ces belles roses trémières aux mille couleurs dont il se fait maintenant de si charmantes et si nombreuses collections; le cacaoyer, avec le fruit duquel se fait le chocolat, et le baobab ou calebassier, ce colosse du règne végétal, dont le tronc a souvent plus de cent pieds de circonférence. Le célèbre Adanson a observé en Afrique quelques-uns de ces arbres dont l’existence, d’après ses calculs, remontait à plus de quatre mille ans.

Les _magnoliées_ sont une famille dont le genre badiane est le plus important; c’est à lui que l’on doit ces semences connues sous le nom d’anis étoilé de la Chine.

Les _anonées_ croissent, pour la plupart, dans l’Amérique septentrionale; plusieurs fournissent des fruits délicieux, comme la pomme de cannelle, la cherimoya, qu’on cultive maintenant avec succès en Espagne.

Les _ménispermées_, qui viennent ensuite, croissent dans l’Inde et sont peu remarquables.

Les _berbéridées_, auxquelles appartient l’épine-vinette, ne le sont pas davantage, non plus que les _hermanniées_, dont tous les genres sont exotiques.

Les _liliacées_ ne forment pas non plus une famille bien nombreuse; mais elle comprend des arbres remarquables, les tilleuls, dont les fleurs, les baies, le bois, l’écorce, sont d’une si grande utilité.

Les _cistées_, les _rustacées_ sont deux familles peu importantes de cette même classe; mais il n’en est pas de même de la vingt-troisième et dernière famille de l’hypopétalie, celle des _cariophyllées_, comprenant ces belles et nombreuses variétés d’œillets qui charment les yeux et embaument les airs: la bourbonnaise, la croix-de-Jérusalem ou de Malte, les agrostèmes, les béhens, la nielle des blés, et enfin le lin, si utile à la santé des hommes.

QUATORZIÈME CLASSE

PÉRIPÉTALIE

Les _portulacées_, première famille de cette classe, doivent leur nom au genre _pourpier_, le principal de cette famille, qui n’offre rien de remarquable.

Les _saxifragées_ forment une famille nombreuse dont quelques espèces contribuent à l’embellissement des jardins, comme la mignonnette, le gazon de Sibérie, deux charmantes petites plantes dont on fait de jolies bordures, et le rossolis à feuilles rondes, autre petite fleur dont les feuilles sont si irritables, qu’elles se crispent à l’instant au contact du corps le plus léger. Malheur à l’insecte qui vient s’y poser! il périt, retenu par le suc glutineux qui les recouvre.

Les _crassulées_, que Linné appelait _plantes succulentes_, et auxquelles on a aussi donné le nom de _plantes grasses_, comprennent les crassules proprement dites et les joubarbes. Le premier genre n’offre de remarquable et digne des soins de l’horticulteur que la crassule écarlate, originaire d’Afrique, jolie fleur très-recherchée des amateurs, et le rhodiola rosea, d’un aspect peu séduisant, mais dont les racines exhalent une délicieuse odeur de rose. Les joubarbes forment un genre très-nombreux. On cultive peu cette plante, qui n’offre rien d’agréable à la vue. Cependant, dans certaines contrées, on mange les feuilles de plusieurs espèces de joubarbes, et deux autres espèces, l’orpin et le poivre des murailles, ont été pendant fort longtemps et sont encore quelque peu de nos jours employées en médecine; mais quelle est la plante qui n’a pas eu cet avantage ou ce malheur? Le règne végétal tout entier n’a-t-il pas été la proie de ces prétendus guérisseurs? Est-il une pauvre petite plante qui ait échappé à leur barbarie; une contre laquelle ils n’aient employé le fer et le feu; une seule qu’ils n’aient hachée, disséquée, broyée? Heureusement cette férocité s’est amoindrie depuis quelques années; les médecins mutilent moins de plantes et leurs malades meurent un peu moins vite: que le ciel les fasse persévérer dans cette voie!

La famille des _cactoïdes_ est aussi presque entièrement composée de plantes grasses. Rien n’est plus bizarre que les différents genres de cette famille. C’est à elle qu’appartiennent les cierges ou cactiers, plantes admirables par la diversité de leurs formes, l’éclat, la beauté de leurs fleurs, l’abondance de leurs sucs rafraîchissants, qui leur a fait donner, par Bernardin de Saint-Pierre, le nom de _sources végétales du désert_. Le nopal est l’espèce la plus intéressante de cette famille: c’est sur lui qu’habite et qu’on recueille la cochenille, insecte précieux à cause de la belle couleur écarlate qu’on en tire. La tige du cierge du Pérou qu’on cultive au Jardin des Plantes, à Paris, est ronde, droite, et s’élève à quarante pieds de haut; dans le cierge à grandes fleurs, la tige est rampante, disposition qui lui a fait donner par les amateurs le nom de grand cierge serpentaire. Enfin, c’est dans cette famille que se trouve la plante appelée glaciale, ou licoïde cristallin, nom qu’elle doit à la transparence des vésicules dont elle est couverte, qui la font ressembler à de la glace.

Un des principaux genres des _onagrées_, cinquième famille de la quatorzième classe, sont les épilobes, remarquables par le mouvement de leurs étamines à l’époque de la fécondation. C’est à ce genre qu’appartiennent le laurier de saint Antoine et l’épilobe à feuilles étroites, dont les racines sont un mets fort recherché dans certaines contrées. Un autre genre de cette famille, l’onagre bisannuelle, concourt à l’ornement des jardins par deux belles fleurs, l’onagre à fleur rose, originaire du Pérou, et l’onagre à grandes fleurs, qui vient de l’Amérique septentrionale. Enfin, à cette famille importante appartiennent encore le santal, dont le bois aromatique est employé dans les parfums, et la macre, connue en France sous le nom de châtaigne d’eau, fruit d’un goût très-agréable.

Les _myrtées_, sixième famille de cette classe, comprennent quelques arbres et arbrisseaux dont les fruits sont délicieux; le grenadier, le goyavier-poivre, le jambosier, sont de ce nombre. Le grenadier, qui croît naturellement en Afrique, a été cultivé avec succès dans le midi de l’Europe, où il s’est parfaitement naturalisé, particulièrement dans les contrées méridionales de la France. Il faut mettre aussi au nombre de ces précieux végétaux l’angolan du Malabar, qui atteint souvent plus de trente mètres de hauteur, et dont les fruits sont des plus savoureux; et puis encore le giroflier, dont les fleurs non écloses, connues sous le nom de _clous de girofle_, tiennent un rang si honorable dans les laboratoires du distillateur, du confiseur et de l’artiste culinaire. Enfin, à cette famille appartiennent le syringa, dont on cultive deux espèces, l’odorante et l’inodore, et le myrte, pauvre petit arbrisseau bien inoffensif, bien modeste, dont on a fait le symbole de l’amour heureux, pour exprimer apparemment que l’amour satisfait est une chose assez triste, maussade, à laquelle conviennent l’ombre et le sommeil.

La famille des _mélastomées_, celle des _lythrées_ sont peu remarquables; mais après elles viennent les _rosacées_. Un volume ne suffirait pas pour faire l’histoire de la rose, et nous serions bien pâle auprès de l’artiste et du biographe qui ont si heureusement réuni leurs efforts pour donner une âme à cette belle reine. Mais, pour être moins brillante, notre tâche n’en est pas moins douce: s’ils ont fait un délicieux portrait du plus bel enfant de la famille, ils n’ont rien dit des autres: ils ont usé de leur esprit, de leur admirable talent; ils ont fait de l’art et dédaigné la science; ils ont laissé au savant les miettes de leur table; mais ce sont des miettes abondantes et savoureuses, car les rosacées comprennent les fraisiers, les framboisiers, les pêchers, pruniers, abricotiers, amandiers, cerisiers, pommiers, poiriers. Ainsi, les rosacées ne sont pas seulement l’honneur de nos jardins, elles sont aussi l’honneur de nos tables; c’est la beauté et l’abondance: nulle part le parfum et la saveur ne sont plus délicieusement et plus intimement unis. N’est-il pas vrai que les couleurs veloutées de la pêche le disputent à la rose pour l’éclat? Que de charmes, de volupté dans ces formes arrondies!... Et la pêche n’a point d’épines; et la framboise fait pardonner les siennes, non-seulement par son parfum, mais aussi par sa délicieuse saveur... Ah! roses, que ne devez-vous pas au savant qui vous a mises en si bonne compagnie! Vous voyez bien, mes belles, que la science est bonne à quelque chose: grâce à elle, nul n’a le droit de vous exclure de cette brillante et somptueuse réunion; vous êtes, comme la pêche, comme la cerise, comme la fraise, etc., de jolies dicotylédones polypétales périgynes. Vos titres de noblesse sont palpables, authentiques, nul ne peut les contester. Allez, soyez flattées, vantées, chantées, et surtout ne faites pas fi de vos sœurs dont les traits sont moins brillants que les vôtres, mais dont le cœur est plus doux!

Après les rosacées se placent immédiatement les _légumineuses_, nombreuse et bienfaisante famille qui comprend les pois, les fèves, les haricots, les lentilles, le caroubier, les bois de teinture dits du Brésil, l’acacia, les genêts, les tamariniers, la pistache de terre, dont les gousses, après la fécondation, s’enfoncent dans le sol pour y mûrir.