Les femmes au gouvernail

Part 7

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Pour munir d'étais plus solides la République, on ne peut se dispenser d'appeler à exercer le droit les femmes qui forment l'élément moral de la nation. «Jamais à aucun moment de notre histoire, dit M. Doumer, la société n'a eu plus besoin de la collaboration des femmes!»

Les infirmières volontaires qui affirmaient qu'elles étaient moins fatiguées en soignant en Afrique, jour et nuit les blessés, qu'elles ne le sont à Paris par les obligations mondaines, démontrent que les Françaises préfèrent au plaisir aveulissant le devoir qui grandit les êtres.

Les femmes seraient encore avec plus d'avantages, utilisées par le ministre de l'intérieur que par le ministre de la guerre. De même qu'elles font triompher les soldats des maux physiques, elles feraient triompher la France des maux moraux, en l'initiant à un idéal qui mettrait un frein au déchaînement des appétits.

«Il faut, disait Gambetta, enseigner dans nos écoles primaires les principes de nos lois et de nos constitutions. Il faut qu'on y apprenne les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen.

«Je parle pour les deux sexes, car je ne distingue pas entre l'homme et la femme. Ce sont deux agents dont l'entente est absolument nécessaire dans la société, et, loin de les séparer et de leur donner une éducation différente, donnez-leur les mêmes principes, les mêmes idées, commencez par unir les esprits, si vous voulez rapprocher les cœurs.»

A la question posée par une revue: Les femmes doivent-elles voter? MM. Paul et Victor Marguerite ont répondu:

«Oui, cent fois oui, les femmes doivent voter; plus elles prendront conscience de leur responsabilité sociale et de l'équivalence de leurs droits et de leurs devoirs, mieux elles contribueront à édifier la Cité future.»

En répondant à une enquête sur le suffrage M. Charles Benoist demande:

«Pourquoi faire voter la femme? Elle n'y a pas d'intérêt, elle suit plus son instinct en usant en secret de son influence, qu'en bataillant en plein jour. Songez à ce que pourrait être le foyer de la femme député. Songez à ce que sera la femme au Palais-Bourbon au milieu de tous ses collègues masculins. Encore si elle pouvait témoigner de réelles aptitudes! mais les tendances habituelles de son esprit font qu'elle s'attache aux détails et qu'elle s'élève avec peine aux idées générales.»

Laissons M. Faguet lui répondre à cette dernière objection:

«C'est en vertu d'idées générales que les hommes votent dans leurs comices? C'est en vertu d'idées générales que les députés votent dans leurs Chambres? Mais jamais une idée générale n'a été que la forme d'une passion, tant chez les électeurs que chez les députés! Les femmes ont des idées générales exactement comme les nôtres, c'est-à-dire des passions habillées, plus ou moins élégamment en idées, elles voteront exactement dans les mêmes conditions que nous.» (E. Faguet, _Le Féminisme_).

Pour M. de Las-Cases le suffrage des femmes supprimerait un mensonge, et ferait de cette fiction le suffrage universel, une réalité; peu lui importe que les femmes se révèlent conservatrices. Il songe à leur action morale bienfaisante dans le domaine des lois économiques. Il est sûr que le bulletin de vote ne saurait les détourner du foyer et des devoirs auxquels elles demeurent instinctivement attachées:

«En donnant le droit de vote aux femmes nous ferons acte de justice.»

M. Jénouvrier dit:

«Il est des femmes qui sont de vrais chefs de famille, qui supportent allègrement une responsabilité qui paraîtrait lourde à certains d'entre nous. Pourquoi les priver du droit qui appartient au jeune homme de 21 ans.»

M. le Dr Flaissières s'affirme de nouveau très partisan du vote des femmes et voterait immédiatement la réforme intégrale.

M. Debierre, sénateur, membre de l'Académie de Médecine dit que la femme qui a dans la société les mêmes devoirs à remplir, les mêmes droits à protéger que l'homme, doit être civilement et politiquement l'égale de l'homme.

M. Raspail croit que les femmes électeurs se distribueraient entre tous les partis, c'est-à-dire, que tous les partis profiteraient d'une influence salutaire.

Pour M. Maurice Barrès, le grand point c'est de savoir ce que feraient les femmes de leurs droits politiques. Il croit que pour obtenir leur émancipation, elles n'hésiteraient pas devant un bouleversement qui pourrait faire sombrer la société.

Toute la question, pour M. Paul Boncour, consiste à savoir dans quelle mesure l'accession des femmes aux droits politiques développerait et fortifierait la vie corporative et professionnelle.

Si la réforme était votée, dit M. Denis Cochin, elle aurait pour résultat de faire sortir la femme de son vrai rôle, celui que le christianisme lui a assigné.

M. Cruppi:

«En équité il est souverainement injuste de refuser à la femme la qualité de citoyen, mais la femme est-elle préparée pour remplir du jour au lendemain ces devoirs nouveaux pour elle? Nos Françaises, dans leur ensemble, veulent-elles ardemment cette réforme, qui comme toutes les réformes se conquiert par un effort résolu? Je ne sais...»

M. Dejeante est d'avis que dès que les femmes pourront exercer leurs droits, leur éducation sera plus rapidement faite que celle des hommes.

Dès 1884, M. G. Roche présentant un amendement pour faire obtenir aux commerçantes l'électorat consulaire disait:

«Puisque l'électorat consulaire dérive de la qualité de Français, il n'y a aucune raison de ne pas l'étendre à toutes les personnes qui ont cette qualité, à moins qu'on ne veuille établir, en principe, que la femme ne peut voter par cela seul qu'elle est femme.»

IV

Pétition réclamant la représentation intégrale de la nation

«_Ce papier-pouvoir, le bulletin de vote, est aussi nécessaire à la femme que le papier monnaie._ »

Hubertine AUCLERT.

_L'autorité des électeurs_

Pour être écouté des députés il faut avoir pour soi les électeurs. La puissance de ceux qui confèrent des mandats est même pour les mandataires qui n'en tiennent point compte, tellement grande, que les ministres eux-mêmes font consulter, par les préfets, les électeurs sur une réforme avant de vouloir exprimer leur opinion sur cette réforme et de faire adopter ou repousser les projets de loi qui sont, à son sujet, présentés. A l'exemple des maîtres du pouvoir, ces spoliées du droit politique, les femmes, ont voulu demander aux électeurs de recommander aux députés leurs revendications.

Des déléguées de la société «Le Suffrage des Femmes» sont allées à la Bourse du Travail faire appuyer, par une élite électorale, cette pétition réclamant la représentation de la nation:

«Messieurs les législateurs,

«Les Françaises, non représentées, n'ont personne pour défendre leurs intérêts dans les assemblées administratives et législatives.

«Nous vous prions d'assurer la représentation intégrale de la nation, en accordant aux femmes le droit de déléguer des mandataires au Parlement et à l'Hôtel-de-Ville.

«Si vous persistez à exclure l'élément féminin du droit commun politique, vous ne pourrez prendre que le nombre des électeurs pour base de l'élection des députés. Les Françaises point admises à conférer de mandats, ne devant pas logiquement être comptées pour établir les circonscriptions électorales.»

Les suffragistes, aussitôt, ont été comprises par les hommes très avertis qui constituent l'important syndicat des moyens de transports. En dépit du manque de plumes et d'encriers, des centaines de noms et d'adresses furent en peu de temps recueillies. Des citoyens voulaient tous à la fois apposer leur signature sur les feuilles réclamant le vote des femmes.

Les syndiqués qui trouvent tout naturel que les femmes qui luttent, qui peinent, qui mangent aient les mêmes droits que les hommes, ne se sont pas contentés d'appuyer nos revendications; ils nous ont indiqué des voies et moyens pour faire aboutir plus vite notre campagne.

La corporation des ferblantiers a fait aux suffragistes bon accueil; le bureau recommanda notre pétition qui fut de suite signée.

Les Français présents à la réunion des couturières et tailleurs étrangers appuyèrent aussi de leur signature nos réclamations.

Partout on nous encouragea à persévérer, on nous invita à revenir.

Chez les syndiqués, il n'est pas nécessaire que notre cause soit plaidée, elle est gagnée d'avance; car, les laborieux, intelligents, savent qu'ils seront plus forts, quand leurs compagnes posséderont cet instrument émancipateur, le bulletin de vote.

Ce sont seulement ceux que l'égoïsme aveugle qui ne voient pas que l'asservissement de la femme arrête l'évolution des citoyens, attendu qu'à la chaîne de la paria française est rivé le boulet qui empêche l'humanité de s'élever.

Les hommes qui pensent et qui observent, croient qu'en annihilant les femmes, on se prive d'un élément précieux pour la diffusion du progrès.

Les Françaises assureraient à leur pays l'aisance. En restreignant le gaspillage des fonds publics, elles procureraient le moyen d'organiser le travail de manière que plus aucun Français courageux ne puisse manquer de pain.

C'est au détriment général que les gouvernants s'obstinent à tenir hors la loi les femmes. Ils oublient qu'il faut aussi du cœur pour résoudre certaines questions, et qu'en tout on obtiendrait plus de résultats si le sentiment agissant de la femme s'alliait à l'indifférentisme de l'homme.

On trouve qu'il est anormal de ne point faire voter les officiers quand les politiciens votent, n'est-ce pas encore plus anormal de ne pas faire voter les femmes quand les hommes votent?

Tous les êtres, qu'ils soient d'un sexe ou de l'autre, étant en la société également, doivent avoir leur part de souveraineté afin de pouvoir pareillement s'ingénier pour se créer dans un milieu plus harmonique un meilleur sort.

Il y a un fait important qui va, maintenant chez nous, faire envisager le suffrage des femmes d'une tout autre manière par les députés. Jusqu'ici le vote des femmes avait été demandé par les femmes, afin qu'elles puissent au moyen de cet instrument d'émancipation changer leur sort; mais voilà que le vote des femmes est aujourd'hui réclamé... par les hommes!

Le vote des femmes est demandé par des hommes, dans leur propre intérêt...

Des orateurs mâles disent: «Pendant que la femme ne vote pas, elle arrête l'émancipation de l'homme... elle contraint l'homme à se désintéresser... elle l'empêche de se syndiquer... parce que étant écartée de tout, elle ne comprend rien. En votant, la femme s'éclairera, elle apprendra à servir nos communs intérêts».

L'approbation d'électeurs d'élite, la façon sympathique, dont en appuyant de leur signature notre requête électorale, ils disent: «J'en suis!» excite l'allégresse des suffragistes. Les feuilles qu'elles présentent aux Sociétés savantes, à l'Ecole des hautes études, dans les associations, corporations et dans la rue même, comme à Toulouse, où l'éloquente Mlle Arria Ly et sa mère ont recueilli quinze cents signatures.

Sur nos pétitions les noms de savants, d'artistes, de commerçants voisinent avec ceux d'intelligents travailleurs.

Hormis les anarchistes il y a peu d'hommes hostiles au vote des femmes. Pour beaucoup, il ne peut y avoir de masculin ni de féminin lorsqu'il s'agit d'imposer des remaniements sociaux nécessaires. Tous hommes et femmes doivent voter des réformes.

L'empressement des antisuffragistes à se muer en suffragistes, décèle autant que le succès de notre pétition, les progrès accomplis dans l'opinion par la question du vote des femmes.

Aussitôt que les députés ont commencé à s'occuper des projets de loi sur la réforme électorale nous avons pensé qu'il était urgent d'attirer leur attention sur les revendications des Françaises mises hors le droit commun politique.

Le 25 octobre 1909 la Société «Le suffrage des Femmes» a envoyé à la Chambre une délégation de cinq de ses membres pour prier M. Louis Marin, le distingué député de Nancy, de déposer sur le bureau de la Chambre la pétition signée par plus de trois mille personnes.

M. Louis Marin accepta de rendre à la société «Le suffrage des Femmes» le service qu'elle demandait; mais en attendant le renouvellement de la commission des pétitions, où il s'efforcerait de faire introduire des députés féministes, il nous engagea à recueillir d'autres signatures.

Trois semaines après, nous remettions à M. Louis Marin de nombreuses nouvelles feuilles de notre pétition, qui se trouvait ainsi couverte de plus de quatre mille signatures.

Le député de Meurthe-et-Moselle portant sous le bras, attaché par un ruban vert, notre volumineux dossier qu'il allait déposer sur le bureau de la Chambre, était radieux, disent des journalistes.

RAPPORT de M. Louis MARIN, Rapporteur Pétition nº 1.945.

Motifs de la commission.

La société «Le suffrage des Femmes» a fait déposer sur le bureau de la Chambre une pétition signée par un nombre considérable de Français et de Françaises réclamant la représentation intégrale de la nation.

En effet, tant que la moitié des adultes sera exclue du droit de vote et qu'on n'aura pas donné celui-ci aux femmes, on ne pourra parler du suffrage vraiment universel.

L'égalité des droits entre toutes les personnes humaines, étant aujourd'hui dans la conscience de tous une idée clairement établie, ne permet de refuser aux femmes, en raison de leur sexe, aucun droit politique et par conséquent le droit de vote.

La justice de cette revendication abstraite est précisément renforcée encore par les démonstrations expérimentales qu'apportent aujourd'hui toutes les études sociales: quel économiste nierait que l'infériorité du salaire payé à la femme pour le même travail ne soit un abus de la force, et que le bulletin de vote ne puisse aider à le faire disparaître? Quel historien méconnaîtrait les résultats donnés autrefois par le rôle politique des femmes, notamment dans la France du Moyen Age? Quel psychologue douterait que dans l'établissement des Lois le tempérament féminin ne doive avec celui de l'homme jouer avec fruit son rôle complémentaire habituel? Quel juriste n'affirmerait que maintes injustices disparaîtraient certainement avec le vote des femmes! etc.

Toutes nos spéculations intellectuelles, morales et scientifiques obligent à penser que le suffrage politique est non seulement un droit nécessaire pour la femme, mais qu'il serait pour tous les citoyens, pour l'enfant en particulier, et pour la société entière, un très grand bienfait.

A l'encontre, en revanche, on n'entend que des objections aujourd'hui reconnues puériles.

Le droit des femmes est si clair que la plupart admettent l'excellence de la réforme comme évidente en théorie, mais la combattent, disent-ils, au point de vue pratique.

Or, aujourd'hui dans de nombreux pays, l'expérience est faite qui peut rassurer les plus inintelligents et les plus timorés. Le suffrage municipal est exercé par les femmes en Angleterre, en Suède, au Danemark, en Norvège, en Hollande, dans divers Etats des Etats-Unis d'Amérique, en Australie, en Nouvelle-Zélande.

Partout le suffrage des femmes a provoqué des réformes salutaires. Partout l'expérience a montré que les femmes tenaient particulièrement aux qualités de caractère des candidats, qu'elles obligeaient à effectuer les élections dans des conditions d'ordre et de calme, de dignité, qu'elles amenaient un plus large développement de la législation protectrice de la maternité, de l'enfance et, en général, de tout ce qui favorise la vie de famille, qu'elles tenaient à améliorer les conditions de travail de l'ouvrière, l'organisation de l'assistance, etc.

La preuve, la meilleure de l'évidence de ces bons résultats est que dans les pays qui ont procédé par étapes, c'est très rapidement, devant les fruits excellents donnés par une application d'abord restreinte du vote des femmes, que les extensions successives du suffrage leur ont été très vite accordées.

Aujourd'hui, en France, les institutrices sont électrices et éligibles aux conseils départementaux; elles peuvent prendre part aux élections et faire partie du Conseil supérieur de l'Instruction publique; les femmes commerçantes sont électrices aux tribunaux de commerce, aux Chambres de commerce et aux Chambres consultatives.

Les ouvrières sont électrices et éligibles aux conseils de prud'hommes, aux conseils de travail et au conseil supérieur de Travail.

Conformément à la pétition de la Société «Le suffrage des Femmes» il est utile de proclamer que si la tactique parlementaire la meilleure paraît être celle qui série les réformes et réclame d'abord ce qui peut être immédiatement et facilement réalisable, il faut aussi sur ces questions ne point cacher son idéal et dire clairement ce qu'on ambitionne.

Aussi la 22e commission des pétitions, en présence de la demande des pétitionnaires, c'est-à-dire, le suffrage intégral donné aux femmes, pour réaliser enfin la représentation intégrale de la nation, a jugé nécessaire de se prononcer officiellement. A l'unanimité elle a accepté le bien fondé du principe de la demande des pétitionnaires et reconnu l'importance essentielle que sa réalisation aurait pour le pays.

C'est un succès pour la société «Le suffrage des Femmes» et pour toutes les suffragistes françaises que la question du suffrage des femmes ait fait un pas officiel. Sur le rapport de M. Louis Marin la 22e commission a voté la résolution suivante:

«En présence de la demande des pétitionnaires, c'est-à-dire le suffrage intégral donné aux femmes pour réaliser, enfin, la représentation intégrale de la nation; la commission a jugé nécessaire de se prononcer officiellement: à l'unanimité elle a accepté le bien fondé du principe de la demande des pétitionnaires et reconnu l'importance essentielle que sa réalisation aurait pour le pays.»

V

Les réformateurs de la loi électorale. Premier contact avec la commission de la réforme électorale.

«_Ce ne sera qu'en participant à la politique que les femmes s'y initieront._»

H. AUCLERT.

Aussitôt que les députés projetèrent de réformer la loi électorale, les Suffragistes Françaises pensèrent qu'elles devaient attirer l'attention sur leurs revendications.

La société «Le Suffrage des Femmes» par son action incessante, ses démarches au parlement, ses requêtes, ses pétitions, les ordres du jour votés dans ses réunions a demandé que la nouvelle loi électorale englobe les femmes, fasse les Françaises électeurs.

En octobre 1907 la requête ci-dessous fut adressée au congrès Radical de Nancy.

«Messieurs les membres du congrès, «La société «Le Suffrage des Femmes» vous demande de comprendre dans la réforme électorale que vous désirez réaliser, l'admission des femmes à l'exercice des droits politiques.

«Les Françaises contribuables et justiciables, qui adorent leur pays, n'ont point comme les antipatriotes, de représentants au Parlement. Ce ne seront cependant que leurs bulletins compensateurs qui pourront contrebalancer et annuler les bulletins patricides.

«Nous espérons, messieurs les membres du congrès, que vous voudrez assurer la stabilité du parti radical et radical socialiste en permettant aux femmes évolutionnistes--qui forment la majorité de la nation française--de lui servir de point d'appui.

Pour la société «Le suffrage des Femmes».

«La secrétaire générale, «Hubertine AUCLERT».

Le premier contact des femmes revendiquant le suffrage avec la commission du suffrage universel ont lieu en novembre 1908, alors que l'on parlait à la Chambre de l'abolition de la peine de mort. Des déléguées de la Société «Le Suffrage des Femmes» furent reçues au Palais Bourbon par M. Charles Benoist président de la commission du suffrage universel qui voulut bien se charger de la pétition qui suit:

«Messieurs les Députés,

«Intéressez-vous aux femmes, décapitées devant l'urne, comme aux assassins.

«Nous vous demandons de supprimer la Mort politique qui frappe toutes les femmes, en accordant aux Françaises le Droit électoral.»

Cette pétition fut remise par M. Charles Benoist à la commission de la réforme électorale.

Les journaux ont publié sans commentaires, la pétition si juste de la société «Le Suffrage» demandant aux députés de s'intéresser aux femmes devant l'urne, de supprimer la mort politique qui frappe les femmes, en accordant aux Françaises le droit électoral.

Quand, en France les femmes sont traitées comme des idiotes et des criminelles, ne participant pas à l'élaboration de la loi qui leur sera appliquée; quand les maris peuvent, sans jugement, tuer leurs épouses, en prétextant l'infidélité; quand la puissance maritale, confère à l'homme sur la femme l'autorité d'un négrier sur une esclave, on est stupéfait de voir les humanitaires au Parlement, qui restent indifférents devant les femmes suppliciées et frappées sans motifs de mort politique, s'attendrir sur les assassins.

Les humanitaires qui laissent retrancher les Françaises du droit commun n'entendent pas que l'on retranche de la vie les assassins, qui d'ailleurs ne doivent point porter la responsabilité de leurs crimes; tandis que les femmes doivent porter la responsabilité de leur sexe. C'est parce que les femmes donnent la vie qu'elles sont frappées de mort politique. Le voilà le sceau de la barbarie, qui laissera sur cette législation sa marque indélébile.

Pour l'élément féminin pas de pitié. Les législateurs, doux aux assassins sont durs aux femmes! Les Françaises n'ont point la responsabilité de rejeter les règlements qu'on leur impose, mais les assassins doivent avoir le droit de choisir la peine qui leur sera appliquée.

Je ne suis pas pour la guillotine. J'ai longtemps gardé une impression pénible de l'exécution de Vaillant, qui n'avait tué personne et que j'ai vu aller à l'échafaud avec le visage transfiguré d'un apôtre qui croit imposer sa doctrine en mourant pour elle.

Seulement, avant de s'apitoyer sur les assassins, il convient de s'apitoyer sur les femmes, qui sont en la société, des victimes. Ce ne serait qu'une façade qui ressortirait de la suppression actuelle de la peine de mort, tandis que de l'affranchissement politique des femmes résultera tout de suite cette chose positive, le relèvement moral de la nation, donc, à bref délai, la réduction du nombre des assassins.

On ne peut faire un pas vers l'avenir, on ne peut chercher à réaliser le perfectionnement individuel, sans mettre d'abord la femme au niveau de l'homme; par cette bonne raison que les femmes mettent les enfants au monde et façonnent les grandes personnes...

Il est regrettable que les humanitaires, si tendres aux assassins, ne comprennent pas que donner aux Françaises, avec le droit, la faculté de bien mouler les êtres, ce serait s'épargner la peine de les redresser et de les garantir des chutes.

Les femmes qui n'ont commis aucun crime, ne peuvent être indéfiniment les victimes du droit de la force auquel on veut soustraire les assassins.

En décembre 1910, la société le Suffrage des Femmes en sa réunion à la Mairie du XIe arrondissement, vota l'ordre du jour suivant:

«Considérant que la mise hors du droit commun politique des femmes contribuables et justiciables qui forment la majorité des Français est un sabotage des principes républicains, qui amoindrit la République et la met en péril,

«Nous demandons que la réforme électorale commence par assurer la représentation de toute la nation, en permettant aux femmes non représentées de nommer des députés, des sénateurs, des conseillers généraux et municipaux, pour défendre leurs intérêts dans les assemblées législatives et administratives».

Cet ordre du jour a été envoyé à la commission du Suffrage universel.

En février 1911, ordre du jour voté à la Mairie du XIe arrondissement: