Les femmes au gouvernail

Part 10

Chapter 103,784 wordsPublic domain

Parce que la femme, économe de la famille, n'a pas le droit d'être l'économe de la cité et de l'Etat, les dépenses publiques s'accroissent extraordinairement. Les députés, pour être élus, ne refusent jamais de voter les dépenses favorables à leur circonscription afin d'assurer leur réélection, en sorte que le déficit s'accroît et rend de plus en plus difficile la tâche de boucler le budget.

Les hommes ménagers de la nation ne peuvent faire s'équilibrer les recettes et les dépenses et sont incapables d'administrer nos affaires sans nous grever d'emprunts et sans nous frapper d'impôts. Qu'ils passent donc la main aux femmes qui ont coutume de proportionner leurs dépenses à leur avoir, et qui, en supprimant le gaspillage, nous préserveraient des emprunts et des impôts nouveaux.

On multiplie les fonctionnaires inutiles, nuisibles, dont la présence complique les rouages administratifs et hérisse de difficultés nos actes les plus simples.

Puisque les hommes ne peuvent y parvenir, les femmes doivent à leur tour essayer d'enrayer le désordre et le gaspillage qui engloutissent les fonds publics.

Le vote des femmes serait pour l'électeur, le fruit de l'arbre de la science politique. Il ferait le mandant apte à être mandataire.

Les femmes prévoyantes et économes, tenues hors la loi, ne sont ni électeurs ni éligibles, alors que des hommes incapables, ne sachant faire leurs propres affaires, qui sont pourvus d'un conseil judiciaire, étant électeurs et éligibles, sont chargés de gérer la fortune publique. A ces interdits redevenus mineurs qui ne peuvent disposer de leurs biens, on laisse le pouvoir de disposer des biens de la France. Interdits ou non, les gouvernants qui dilapident les caisses publiques sont traités en irresponsables.

Les intérêts de la France sont mis en péril par les hommes. On démembre la France sans l'assentiment des femmes:

M. Caillaux a donné le Congo à l'Allemagne, M. Delcassé a donné une partie du Maroc à l'Espagne.

Comment le gouvernement de la France a-t-il pu sanctionner ces dons de ce qui nous appartient, faits par deux hommes momentanément ministres? La Chambre et le Sénat qui discutent des mois pour voter une dépense, ont sanctionné sans discussion notre dépouillement.

Croit-on que les femmes laisseraient se passer ces énormités si elles avaient leur part de pouvoir?

Dans ce pays où le moteur de tout est la politique, la femme est par le fait d'en être exclue défrancisée, puisqu'elle ne peut s'immiscer en rien à ce qui se fait en France, ni avoir sa part d'avantages sociaux. Les femmes se désintéressant de la politique, les affaires du pays vont à vau l'eau.

L'intégrité territoriale, rien moins qu'assurée par l'administration, exclusivement masculine:

On a aliéné, secrètement, sans profit, une partie du Maroc qui allait nous appartenir, et tout le monde, au ministère des Affaires Etrangères ignorait ce qui s'était passé, et la Chambre ne s'occupa pas de ce qui avait été fait.

La Diplomatie Française et le ministère Caillaux laissèrent ignorer à l'Allemagne le traité Delcassé de 1904 qui attribuait à l'Espagne une partie du Maroc, de sorte que l'accord Franco-Allemand fait s'étendre le protectorat de la France sur tout le Maroc.

Les gouvernants français traitant avec l'Allemagne pour tout le Maroc (alors qu'il en avait été concédé une partie) c'était lui faire exiger de la France une plus grande compensation.

Les hommes inconscients, qui ne savent ce qu'ils font, nous ont fait donner le Congo à l'Allemagne pour doter l'Espagne de la meilleure partie du Maroc et pour assurer l'internationalisation de Tanger.

De même qu'on fait la loi sans les femmes, on démembre la France sans l'assentiment des femmes. Et les femmes doivent payer les fautes faites par les hommes.

IX

La France menacée par ses multiples Cabarets

L'ordre et l'économie de la femme faisant défaut dans l'Etat, les gouvernants, pour subvenir au gaspillage masculin, sont réduits à demander des ressources à l'alcool, et ainsi, à faire s'empoisonner la nation.

Les femmes sont plus sobres que les hommes. Elles voteraient mieux que les 76.000 électeurs que la police ramasse chaque année ivres-morts sur la voie publique et que la plupart des autres électeurs et législateurs qui, pour n'être pas tous titubants, ne font pas moins leur principale occupation de boire, quand ils se réunissent pour discuter des affaires publiques.

Voyons, rares hommes sobres, qui suivez comme nous, avec effroi, les progrès de l'alcoolisme. Trouveriez-vous à redire à ce que les femmes apportent un peu de lucidité dans les réunions électorales et dans les assemblées administratives et législatives? Le gouvernement englobant les femmes sobres, vaudrait-il moins que le gouvernement des ivrognes?

Les électeurs inconscients, pour la plupart, de leur puissance souveraine vendent, Esaü modernes, leur vote pour un crédit ouvert au cabaret.

A l'heure qu'il est, ce sont les marchands de vins qui sont les maîtres de la France.

L'exclusion des femmes de la vie publique a pour conséquence l'influence des marchands de vins.

Pendant que la maîtresse de maison ne votera pas, la résidence forcée de la politique sera le cabaret dont les philtres engourdissent les esprits, préparent la servitude.

L'alcoolisme fait se restreindre le nombre des naissances.

L'alcoolisme augmente la mortalité en France. Les départements où l'on meurt le plus de tuberculose sont ceux où l'on boit le plus d'alcool. Nombreux sont les enfants créés dans l'ivresse, qui ne naissent point viables, ou qui, faibles de corps et d'esprit sont impropres au service militaire et restent toute leur vie une charge pour la société.

Les médecins qui proscrivaient le vin et ordonnaient de boire de l'eau, ont prescrit l'alcool. Ils ont ainsi encouragé les humains à s'intoxiquer avec ce tonique-panacée, pour rattraper la vie qui continuellement leur échappe.

Quand des êtres affaiblis ont été une fois ressuscités par leur médecin à l'aide de quinquina et de fine champagne, à toute nouvelle épreuve physique, ils recourent aux cordiaux et bientôt ils abusent des apéritifs.

Les médecins et les politiciens peuvent donc compter au nombre des introducteurs de l'alcoolisme en France. Les premiers parce qu'ils ont employé l'alcool comme spécifique vivifiant et curatif. Les seconds parce qu'ils ont fait, de l'alcool, un agent de corruption électorale. Comment refuser de voter pour un candidat qui fait défoncer les barriques où l'on peut, à volonté, s'abreuver? Avec les femmes peu buveuses, cette manœuvre échouerait.

La galanterie n'a pas de pire ennemi que l'alcool qui réduit l'homme à l'impuissance, moralement et physiquement, et l'éloigne de la femme.

Si l'alcool éloigne l'homme de la femme, on peut bien constater aussi que la femme éloigne l'homme de l'alcool. Quand il est soustrait à sa bienfaisante influence, c'est, loin de ses regards, au cabaret, que l'homme s'alcoolise et non en sa maison.

Interrogez les débitants, ils vous répondront qu'on ne boit jamais chez eux autant qu'en période électorale et lors d'agitations politiques. Pourquoi la politique fournit-elle l'occasion de s'intoxiquer?

Parce que les femmes n'y participent pas.

L'avènement des femmes à la politique aurait pour effet immédiat d'enrayer l'alcoolisme, car il ferait se transporter les discussions publiques du cabaret dans le home où des couples humains pourraient, en pleine lucidité, tendre les ressorts de leur esprit vers le mieux-être général.

Si les femmes participaient à la politique avec leur esprit d'ordre et d'économie, elles feraient considérablement diminuer les dépenses publiques; leur concours faciliterait l'allègement de l'impôt. Avec elles on ne tirerait plus l'impôt de sources immorales.

Tant que les Françaises n'auront le droit de rien décider, relativement à l'alcool, dont les députés s'opposent à la suppression, c'est vainement qu'elles se ligueront pour combattre l'intempérance.

Le vrai remède à l'alcoolisation est dans le vote des femmes. C'est en conférant aux femmes le droit de régler la question de l'alcool, c'est-à-dire, le pouvoir de conserver aux hommes la vie qu'elles leur ont donnée, que l'on préserverait la nation d'une imminente déchéance.

La femme électeur serait la plus grande force contre l'alcoolisme.

Comment, en effet, pourrait-on sans la femme triompher de ce fléau? Car, en même temps qu'il faut défendre l'usage de l'alcool, il est nécessaire de mettre l'organisme en état de s'en passer.

Les buveurs sont généralement des êtres débiles qui avalent précipitamment le liquide corrodant, non pour se délecter le palais, mais pour se réconforter le corps.

C'est pour pouvoir jongler plus facilement avec la masse électorale que les habiles de tous les partis éliminent les femmes des salles de vote.

Si la femme participait à la vie publique, avant peu de temps chacun pourrait lire dans la politique comme dans un livre ouvert: voir où tous ses intérêts sont concentrés et se passionner pour ces intérêts, comme le laboureur se passionne pour le champ de blé, dont la récolte lui rapporte moins d'argent que la mauvaise politique ne lui en coûte.

La participation de la femme à la vie publique: mais, ce serait à bref délai le suffrage éclairé, l'émulation des efforts pour le bien public, les décisions politiques mûries dans la saine atmosphère de la famille, remplaçant les étourderies consommées au milieu des vapeurs alcooliques du cabaret.

On n'a pas idée de ce que seraient les délégués au pouvoir, s'ils étaient choisis par les hommes et par les femmes, et de ce que seraient capables de faire ces délégués s'ils se sentaient talonnés par tous, Français et Françaises réunis.

Electeurs! ne sacrifiez donc pas plus longtemps vos intérêts à un vain préjugé de sexe! Sachez bien que tant que les femmes ne voteront pas, toujours hommes indifférents ou naïfs, toujours vous vous laisserez escroquer votre vote. Dans le pouvoir que le vote donne à ceux qui le possèdent de régler les affaires publiques au mieux de leurs intérêts, la question d'opinion n'a rien à faire. Est-ce quand une succession s'ouvre chez un notaire, on s'occupe de la manière de penser de ceux qui héritent?

Eh bien, il en est des droits politiques comme il en est des droits d'héritage. Rien, ni opinion, ni sexe ne peut empêcher les ayants-droit d'entrer en possession de la part de liberté, que les générations qui les ont précédés leur ont laissée en héritage.

Si tout allait si bien dans le monde, qu'un pas en avant pût faire craindre de déranger l'harmonie de la société, on comprendrait l'effroi que certaines gens manifestent à l'idée de voir voter les femmes. Mais alors que nous avons un budget de cinq milliards[14], pénurie de travail et augmentation des vivres, la réduction des naissances, la dépopulation et que l'alcool dissout la France, il n'y a que les bornés ou les hypocrites qui puissent dire que l'intervention des femmes dans les affaires publiques ouvrirait l'ère des cataclysmes.

[14] Écrit avant 1914.

X

Psychologie féminine

«_Les cerveaux n'ont pas de sexe, l'infériorité de la femme n'est qu'un sophisme._»

Pour assurer leur omnipotence, les hommes ont, par la force brutale, imposé aux femmes une infériorité artificielle qui les fait dépendre de leur bon plaisir.

La femme est un être frappé d'indignité qui démérite, en raison de son sexe. Naître femme, augmente cependant, d'après les savants, la valeur des individus.

Mais peu à peu, grâce à la science, la vérité se fait jour. Le Dr Schenk de Vienne révéla que pour obtenir, de la nature, des filles--êtres soi-disant inférieurs--il faut une alimentation plus nutritive à la mère que pour obtenir des garçons, êtres que l'on prétend supérieurs et que les résultats scientifiques remettent à leur place.

Depuis 30 ans, d'éminents zoologistes ont fait des observations curieuses sur différentes espèces animales. MM. Henneguy et Balbiani, professeurs au collège de France, ont constaté que chez les têtards de grenouilles, une bonne nutrition donnait des femelles et qu'une nutrition défectueuse produisait des mâles.

M. Houssay, professeur à la Sorbonne a constaté que chez les poules une bonne nutrition produisait des poulettes et une mauvaise nutrition des coqs.

M. Dantan a observé que le sexe des huîtres est très variable, un même sujet pouvant alternativement être mâle ou femelle. Seules les huîtres portugaises échappent à cette particularité et possèdent un sexe fixe. De plus, ce sont chez les mâles, que les huîtres semblent en état d'infériorité manifeste. Quand les conditions de nutrition sont défavorables, on voit des femelles évoluer et se transformer en mâles, pour redevenir femelles aussitôt que l'alimentation est devenue normale.

On peut dire que chez les mollusques le sexe féminin apparaît comme un épanouissement de l'espèce.

L'espèce humaine subit la même loi naturelle que les espèces animales. Les conjoints qui ont une bonne nutrition donnent le jour à des filles. A mesure que le bien-être se répand, le nombre des filles s'élève, le nombre des garçons diminue. Dans les pays pauvres il naît de 110 à 112 garçons pour 100 filles. En France il naît maintenant 104 garçons pour 100 filles. Pourtant les femmes sont plus nombreuses que les hommes de près d'un million en France.

C'est que le sexe masculin est plus frappé par la mort que le sexe féminin. La mortalité masculine est grande pendant la vie intra-utérine. Et pendant les premiers jours, les premières semaines, les premières années les petits garçons sont beaucoup plus fauchés par la mort que les petites filles. C'est qu'ils sont nés dans de moins bonnes conditions de nutrition que les petites filles et qu'il y a en eux une faiblesse congénitale.

La femme est plus résistante que l'homme; elle supporte mieux la fatigue et la privation.

M. Edmond Perrier, directeur du Muséum, se demandait pourquoi, seules les femelles d'un parasite de l'homme connu sous le nom de filiaire de Médine ou dragonneux, se développait sous la peau en provoquant de graves abcès. Il donne, à défaut d'observation, cette solution qu'il croit possible: Dans les formes peu actives du règne animal, de même que dans la société humaine en décadence, le rôle du sexe masculin s'amoindrit de plus en plus, tandis que le sexe féminin prenant une existence croissante se substitue à lui peu à peu et finit par l'éliminer. Dans le règne animal c'est l'organisme masculin qui s'amoindrit et disparaît. Dans les sociétés humaines, c'est la volonté masculine qui s'amollit, qui «s'efféminise» et laisse une sensibilité maladive prendre la place des fières abnégations de soi-même que comporte le rôle de père de famille. Ce n'est pas la femme qui s'élève dans ces sociétés, c'est l'homme oublieux de sa mission qui se laisse glisser.

La supériorité organique de la femme rend impossible son égalité avec l'homme, suivant le directeur du Muséum, qui vient comme il peut, au secours du masculinisme.

Ce membre de l'Institut, bien qu'imbu de préjugés, déclare que le «sexe féminin» est le sexe de la nutrition intensive, qu'il naît dans l'abondance et s'y maintient par le dépôt dans les tissus d'importantes réserves alimentaires.

«Le sexe masculin est au contraire le sexe de la nutrition imparfaite. Il se caractérise par une dilapidation extraordinaire des substances qui dans le sexe féminin sont mises en réserve.»

Mais, pour M. Edmond Perrier, que la femme soit supérieure ou inférieure à l'homme, c'est une question oiseuse (_sic_) dès qu'elle ne peut selon lui combiner les devoirs de la maternité avec une existence analogue à celle que l'homme peut mener, en raison de son indépendance vis-à-vis de sa progéniture.

Le directeur du Muséum s'écarte de la réalité, en ne constatant pas que les deux tiers des femmes sont sans progéniture et sans maris pour subvenir à leurs besoins.

Ce n'est pas en faisant de la maternité une cause de dégradation civique, que l'on amènera à s'augmenter, en France, le nombre des naissances. C'est en substituant, comme le demandent les féministes, la citoyenne consciente du devoir, au mannequin qui sert d'instrument de plaisir.

Les grands enfants qui gouvernent ont besoin d'un jouet, et, au détriment de la race, ils sacrifient à leur amusement, les femmes. Mais il va falloir cesser de se contredire pour appliquer les principes républicains, en faisant participer la Française aux affaires publiques.

Puisque le sexe féminin est mieux organisé physiquement et par conséquent intellectuellement et moralement que le sexe masculin, il ne doit pas subir la domination de celui-ci.

M. Bergson dit qu'il y a une source de connaissance indépendante de l'intelligence et aussi essentielle qu'elle. C'est l'intuition.

Si l'on arrive à cultiver, à étendre l'intuition, elle sera capable de donner la clef de tous les grands problèmes de l'univers.

Les femmes sont douées d'intuition, mais leur annulement rend cette qualité, innée en elles, inutile, puisque inutilisée.

XI

Le rôle des Femmes et leur devoir dans la société

«_L'homme fait verser tous les droits de son côté, tous les devoirs du côté de la femme. Dans notre législation la femme ne possède pas, elle n'este pas en justice[15], elle ne vote pas. Il y a des citoyens, il n'y a pas de citoyennes. C'est là un état violent: il faut qu'il cesse._»

Victor HUGO.

Les objections qu'on oppose _a priori_ aux droits des femmes émanent de gens qui, sans discussion dénient absolument l'électorat et l'éligibilité aux femmes. Ils soutiennent cette théorie à savoir, que les femmes n'ayant pas à remplir dans la société le même rôle que les hommes, elles ne doivent pas posséder les mêmes droits qu'eux.

[15] Les femmes peuvent ester en justice par la loi de 1900.

Cela s'accommode à tous les langages et s'exprime selon la franchise et l'hypocrisie de chacun.

Les uns pour refuser à la femme ses droits civiques prétextent son intérêt; ils entament des dissertations philosophiques sur sa nature, sur sa mission. La femme ne peut, disent-ils, quitter le foyer où elle est _reine_ pour se mêler aux agitations de la place publique.

Voyez-vous cette reine qui ne peut qu'obéir, qui ne peut que se soumettre aux injures et aux mauvais traitements? L'ironie est cruelle.

Les autres, lui assignent carrément ce lot: repriser les chaussettes de l'homme.

Bref, la vérité, qu'elle se cache sous des fleurs de rhétorique ou qu'elle se dégage de cette rude franchise, la vérité est que la femme est vouée à servir l'homme, à être esclave et non pas libre. Ceci est criant dans cette France qui a écrit sur ses murailles le mot égalité!

La différence de rôle que certains hommes invoquent pour nous refuser nos droits, n'est bien entendu qu'un prétexte, car si dans la société les femmes n'ont pas à remplir les mêmes rôles que les hommes, les hommes ne remplissent pas non plus tous le même rôle. N'y a-t-il pas des hommes qui ont le rôle de construire des maisons, d'autres, le rôle de tailler des habits, ceux-ci d'écrire, d'imprimer, ceux-là de labourer la terre?

Chaque homme a dans la société un rôle spécial et bien déterminé. Eh bien! Que feraient les hommes si on les renfermait dans le cercle étroit de leur profession. Si on leur disait: Vous boulanger, votre rôle est de pétrir du pain! Vous n'aurez pas vos droits politiques. Vous cordonnier, votre rôle est de coudre des souliers, vous n'aurez pas de droits politiques.--Vous avocat, votre rôle est de plaider, vous n'aurez pas de droits politiques.

Ce serait aussi logique que de dire à la femme que parce qu'il est dans son rôle de prendre soin du ménage, des vêtements et des enfants, elle n'aura pas de droits politiques.

Quoiqu'ils aient des rôles essentiellement différents dans la société, aucun homme n'est, de par son rôle, si infime ou si supérieur qu'il paraisse, exclu du droit? Pourquoi donc dit-on que le rôle des femmes doit les priver de l'exercice de leurs droits? Est-ce que la femme remplit un rôle inférieur à celui de l'homme?

Les soins donnés aux affaires domestiques sont-ils moins précieux que l'attention apportée à l'exercice d'un métier? Non.

L'aisance relative qui résulte du judicieux emploi de l'argent n'est pas moins précieuse au point de vue social que l'argent qui peut être acquis dans les professions manuelles ou libérales. D'ailleurs, en dépit de la surveillance des affaires de l'intérieur qui lui est attribuée, le plus souvent la femme n'exerce-t-elle pas une profession?

Eh bien! c'est à elle qui se multiplie, c'est à la femme qui meurt à la peine pour exercer son double rôle qu'on ose dire: «Ton rôle te fait déchoir du droit.»

Que les hommes n'envisagent donc pas ce prétexte, la différence de leurs rôles, pour exclure les femmes du droit.

Ce n'est pas parce que les femmes et les hommes, parce que les hommes entre eux et les femmes entre elles ont des devoirs différents, qu'il peut s'en suivre qu'ils n'ont pas de droits égaux.

Tout le monde ne peut remplir le même rôle. La diversité des fonctions est au contraire indispensable à la bonne harmonie de la société.

Le devoir imposé à tous est différent pour chacun.

Le droit inhérent à l'individu est égal pour tous.

Ce n'est pas parce que la femme française voterait, qu'elle cesserait d'être dans la maison l'administratrice intelligente et économe, la travailleuse ou l'intendante active qui surveille tout, qui est à tout.

Ce n'est pas parce que la femme voterait, qu'elle cesserait d'être pour la famille ce qu'est le soleil pour la fleur, un astre qui la réchauffe de son amour. Non! les femmes peuvent à la fois jouir de l'intégralité de leurs droits et être irréprochables dans l'accomplissement de leurs devoirs.

Voter et légiférer ne constitue pas un rôle, mais bien le droit et le devoir d'administrer la fortune publique; comme de passer un bail, de vendre ou d'acheter des titres de rente constitue le droit et le devoir d'administrer sa fortune privée.

Le femme ne cessera pas plus d'être femme en devenant citoyenne, que l'homme en devenant citoyen ne cesse d'être homme.

En entrant en possession des droits, des titres, des prérogatives, de la part de souveraineté qui lui appartient, la femme conservera toute sa féminité; mais elle acquerra avec la puissance politique, une valeur morale qui la fera cesser d'être méprisée, quand elle a passé l'âge de plaire.

Tant que l'on continuera à dire dans l'Etat: «Qui a la direction de la barque sociale?» et dans le ménage: «Qui a la maîtrise?», on sera bien loin de posséder les mœurs qui font les gouvernements démocratiques.

Qu'est-ce que la liberté? Qu'est-ce que l'égalité dans ce beau pays de France, où un sexe tient l'autre sous le joug?

Une pure fiction.

Dans une vraie République, le gouvernement qui procède de tous, doit être à tous. Il ne doit pas plus y avoir de maîtres dans la maison que de maîtres dans l'Etat. Mais, selon que, quelqu'un a plus ou moins d'aptitude pour remplir telle fonction, il doit dans l'intérêt général être délégué à cette fonction dans l'Etat, ou à cette autre fonction dans le ménage. C'est de cette adaptation aux emplois des facultés de chacun, de la mise en place de tous, de la concordance et de l'acquiescement des volontés et des capacités, que découlera l'ordre véritable: l'harmonie.

Ceux qui placent la femme plus bas que les repris de justice et les rôdeurs de barrière, disent que l'homme est un être supérieur qui doit diriger les affaires extérieures et que la femme qui est un être inférieur doit se consacrer exclusivement à la direction du ménage.

Est-il plus difficile de diriger les affaire extérieures que les affaires intérieures?

Nous serions très désireux de voir comment les habiles politiciens qui ne savent faire face aux exigences sociales avec le gros budget de la France, se tireraient d'affaire dans le ménage, s'ils avaient un très modeste budget pour satisfaire aux besoins d'une famille.