Les cent histoires de Troye

lxxx. Glose

Chapter 53,798 wordsPublic domain

Quant le roy priam eut fait reediffier troye qui pour la cause du congeement de ceulx qui aloient en colcos eut esté destruicte. Adonc d’icelle destruction voulut priam faire la vengance/ adonc assembla son conseil ou moult eut de haulx barons et sages/ pour savoir se bon seroit que paris son filz alast en grece ravir heleyne en eschange d’esyona sa seur qui eut esté prinse par thalamon ajaux et menee en servage/ mais tous les sages s’acordoient que non pour cause des prophecies & des escriptures qui disoient que par celluy ravissement seroit troye destruite. Adonc troylus qui enfant estoit et luy moinsné des filz priam dist que on ne devoit croire en conseil de guerre ces viellars ne ces provoires qui par recreandise conseilloient le repos sy conseilla tout l’opposite/ si fut le conseil troylus tenu dont grant mal s’en ensuyvit. Pour ce dit au bon chevalier que a conseil d’enfant qui naturellement est de legiere et petite consideration ne se doit tenir ne croire. A ce propos dit une auctorité. La terre est mauldite dont le prince est enfant.

lxxx Allegorie

A conseil d’enfant ne se doit acorder le bon esperit/ & c’est a entendre que ignorant ne doit estre mais sachant et aprins de ce qui peult estre prouffitable a son salut/ et contre les ignorans dit sainct augustin. Ignorance est une tresmauvaise mere qui a tresmauvaises filles c’estassavoir faulceté et doubtance. La premiere est meschante et la seconde miserable. La premiere si est plus vicieuse mais la seconde est plus moleste/ et ces deux sont estaintes par sapience. de ce dit le sage.

Sapientiam pretereuntes non tantum in hoc lapsi sunt ut ignorent bona: sed insipientie sue reliquerunt hominibus memoriam. Sapientie. v. ca.

lxxxi Texte.

Hayz calcas et ses complices Dont les infinies malices Traÿssent regnes et empires Il n’est au monde aultres gens pires

lxxxi Glose.

Calcas fut ung soubtil clerc de la cité de troye/ et quant le roy priam sceut que les gregois venoient sur luy a grant ost il envoia calcas en delphos savoir au dieu appolin comment il iroit de la guerre mais apres la response du dieu qui dist que apres dix ans aroient les grecz la victoire se tourna calcas devers les grecz et s’acointa d’achilles qui en delphos estoit venu pour celle mesme cause & avec lui s’en ala devers les grecz lesquelz il ayda a conseiller contre sa propre cité/ et maintesfois puis destourna a faire paix entre grecz & troyens. Et pource que il fut traitre/ dit au bon chevalier que telz subtilz & mauvais doit haÿr/ car leurs traÿsons faictes par cautelles pevent moult dommager royaulmes et empires et toutes gens. Pource dit platon. le soubtil ennemy povre et non puissant peult plus grever que le riche/ puissant et non sachant.

lxxxi Allegorie.

Calcas qui doit estre haÿ peult estre entendu que le bon esperit doit haÿr toute malice frauduleuse contre son prochain et nullement ne la doit consentir et dit saint hierome que le traitre ne se adoulcist ne pour familiarité de compaignie ne pour priveté de boire et de menger ne pour grace de service ne pour planté de beneficez/ de ce vice disoit saint pol l’apostre.

Erunt homines elati cupidi superbi proditores proterui tumidi. ii. Ad thimoteum. iii. ca.

lxxxii Texte

Ne soyes dur a ottroyer Ce que tu peulz bien employer A hermofrodicus te mire A qui mal print pour escondire

lxxxii Glose

Hermofrodicus fut ung jouvenceau de moult grant beaulté/ une nimphe fut moult esprinse de s’amour mais nullement il ne la vouloit aymer & celle partout le poursuyvoit tant que une foys le damoyseau estoit moult lassé pour la chace ou toute jour avoit travaillé/ adonc arriva a la fontaine de salinaxis ou il avoit ung bel estanc cler & sery/ adonc luy print talent de soy baigner/ de ses draps se despouilla & en l’eaue se mist. Quant la nimphe le veyt tout nud soy despouiller apres luy se getta & le jouvenceau print par grant amour a embrasser/ mais cil qui fut plain de felonnie la print a debouter par grant rudesse ne celle son cueur ne peult amollier pour nulle priere. Adonc de grant voulenté pria la nimphe aux dieux que de son amy qui sy la deboutoit jamais ne peust departir/ les dieux ouyrent sa devote orayson si misrent les deux corps en ung seul qui deux sexes avoit.

Ceste fable peult estre entendue en assez de manieres. Et comme les clercz soubtilz philosophes ayent mussez leurs grans secretz soubz couverture de fables y peult estre entendue sentence appartenant a la science d’astronomye & aussi d’arquemye comme dient les maistres/ et pour ce que la matiere d’amours est plus delectable a ouyr que aultre firent communement leurs fictions sur amours pour estre plus delectable mesmement aux rudes qui n’y prennent fors l’escorche/ & plus aggreable aux soubtilz qui en succent la liqueur. Mais a nostre propos pouons entendre que layde chose est & vilaine reffuser ou ottroyer a dangier ce qui ne peult tourner a vice ou n’a prejudice estre ottroyee. Et dit Hermes. Ne fay mye longue demeure a mettre a execucion ce que tu doibs faire.

lxxxii Alegorie

Dur ne doit estre a ottroyer le bon esperit la ou il voyt la necessité/ mais reconforter le besoigneur a son pouoir comme dit sainct gregoire es morales que quant nous voulons conforter aulcun afflict en sa tristesse nous devons premierement douloir avecques luy/ car celuy ne peult proprement reconforter le dolent qui ne s’accorde a sa douleur/ car ainsi comme on ne pourroit joindre ung fer a l’autre se tous les deux ne sont chauffez & amolliez au feu. Aussi ne pouons nous aultruy redresser de tristesse se nostre cueur n’est amolly par compassion. A ce propos dit la saincte escripture.

Confortare manus dissolutas & genua debilia robotate. ysaie. xxxv. capitulo.

lxxxiii Texte

Tu te peulx bien esbatre aux gieux Ulixés/ en temps & en lieux Car ilz sont soubtilz & honnestes En temps de treves et de festes

lxxxiii Glose

Ulixés fut ung baron de grece de grant subtillité/ & au temps du long siege devant troye qui dix ans dura tousjours quant treves estoient trouvoit jeulx soubtilz & moult beaux pour esbatre les chevaliers tant que ilz estoient a sejour/ & dient aulcuns que il trouva le jeu des eschés & de telz semblables jeux a s’esbatre. Et dit Solin. Toute chose subtille et honneste est louable a faire.

lxxxiii Alegorie

Les gieux Ulixés pevent estre entenduz que quant l’esperit chevalereux sera lassé d’adourer & d’estre en contemplacion il pourra bien soy esbatre a lyre les sainctes escriptures/ car comme dit sainct Hierome es morales. La saincte escripture si est proposee aux yeulx de nostre cueur comme en ung mirouer/ affin que nous y veons l’enteraine face de nostreseigneur/ la pouons nous veoyr nostre laid/ la pouons nous veoyr combien nous prouffitons & combien nous sommes loing de prouffiter. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.

Scrutatis scripturas in quibus putatis vitam eternam habere. Johannis. v. capitulo.

lxxxiiii Texte

S’a cupido tu veulx donner Ton cueur et tout abandonner Gard briseyda n’acointier Car trop a le cueur villotier

lxxxiiii Glose

Briseida fut une damoiselle de moult grant beaulté et encor plus cointe et de vague attrait. Troylus ly moinsné des filz priam qui trop fut plain de grant prouesse/ de beaulté et de gentillesse l’ayma de grant amour/ et elle luy donna s’amour et a tousjours promist de la non faulcer. Calcas pere a la damoiselle qui par science savoit que troye seroit destruite/ si fist tant que sa fille lui fut rendue et tiree hors de la cité/ et menee au siege/ grant fut la douleur des deux amans a la departie neantmoins dedens brief temps dyomedes qui hault baron estoit des grecz et moult vaillant chevalier s’accointa de briseyda & tant fist par son pourchas que elle l’aima & du tout oublia son bon amy troyolus. Et pour ce que ainsi eut briseyda legier courage dit au bon chevalier que se il veult son cueur donner que il se garde d’acointer semblable dame que fut briseyda. Et dit hermes/ garde toy de la compaignie des mauvais que tu ne soyes comme ung d’eulx.

lxxxiiii Allegorie

Briseida dont il se doibt garder d’accointer c’est vaine gloire que le bon esperit ne doit nullement acointer/ mais fuyr a son pouoir car trop est legiere & trop vient soudainement. et dit saint augustin sur le psaultier que cellui qui a bien aprins & essaye par experience les degrez des vices surmonter est venu a congnoissance que le peché de vaine gloire qui tout seul ou plus especialement est a eschever aux parfais hommes car c’est entre les pechez celluy qui est le plus fort a vaincre. Pour ce dit saint pol l’apostre

Qui gloriatur in domino glorietur. ii. ad chorin.

lxxxv Texte

Quant patroclus occis aras Lors d’achiles te garderas Se tu m’en crois/ car c’est tout ung Leurs biens sont entr’eux deux commun

lxxxv Glose

Patroclus & achiles furent compaignons ensemble et si tres amys que oncques deux freres plus ne s’entre aymerent & eulx & leurs biens furent une mesme chose/ & pource que Hector occist patroclus en la bataille vint la grant hayne de achiles sur hector/ mais pource que trop redoubtoit sa grant force oncques depuis ne fina de le guetter pour le surprendre a descouvert & en trahyson. Si dist othea a hector comme par prophecie de ce qui estoit a advenir que quant patroclus occis aroit besoing luy seroit soy garder de achiles. Et est a entendre que tout homme qui a occis ou meffait au loyal compaignon d’un aultre que le compaignon en fera la vengeance se il peut. Pource dit Madarge. En quelque lieu que tu soyes avec ton ennemy tien le tousjours pour suspec ja soit ce que tu soyes plusfort que luy.

lxxxv Alegorie

Ce que il est dit que quant patroclus occis aura d’achiles se doit garder pouons entendre que se le bon esperit se laisse a l’ennemy encliner a peché il doibt douter mort pardurable/ & comme dit Job/ la vie presente n’est que une chevalerie/ & en signe de cecy la vie presente est appellee guerriant a la difference de celle de la amont qui est appellee triumphant/ car celle a ja victoire des ennemys. A ce propos dit sainct pol l’apostre.

Induite vos armatura dei ut possitis stare adversus insidias diaboli. Ad ephesios. vi. capitulo.

lxxxvi Texte

Gardes qu’echo tu n’escondises Ne ses piteux plaintz ne desprises Se son vueil tu peulz soustenir Tu ne scez qu’il t’est a venir

lxxxvi Glose

Echo ce dit une fable fut une nimphe/ Et pource que trop grant gengleresse souloit estre & par sa gengle encusa juno qui ung jour guettoit son mari par jalousie/ la deesse s’en couroussa & dist d’ores en avant plus ne parleras premiere si se n’est apres aultruy. Echo fut amoureuse du bel narcisus/ mais pour nulle priere ne pour signe d’amytié que elle luy feist pitié n’en daigna avoir & tant que la belle mourut pour son amour/ mais en mourant pria aux dieux qu’elle peust estre vengee de celuy en qui tant avoit trouvé de cruaulté que encor luy donnassent sentir l’amoureuse pointure parquoy il peust sçavoir la grant douleur que ont les fins amans qui d’amour sont refusez & dont mourir luy convenoit/ atant fina Echo/ mais la voix d’elle remaint qui encor dure/ et la firent les dieux perpetuelle pour memoire de celle adventure & encor respond aux gens en ses valees & sur rivieres apres voix d’aultruy/ mais parler ne peult premiere.

Echo peult signifier personne qui par grant necessité requiert aultruy/ la voix qui est demouree/ c’est que de gens souffreteux il est assez demouré/ ne ilz ne pevent parler fors apres aultruy/ c’est que ilz ne se pevent ayder d’eulx mesmes sans ayde d’aultruy. Pource veult dire au bon chevalier que il doibt avoir pitié des souffretteux qui le requierent. Et dit zaqualquin. Qui veult bien garder la loy doibt ayder a son amy de son avoir/ & prester aux souffreteux/ estre gracieux/ non denyer justice a son ennemy/ & soy garder de tous vices & de deshonneur.

lxxxvi Alegorie

Echo qui ne doit estre escondite peult estre nottee misericorde que le bon esperit doit avoir en soy/ & dit sainct augustin au livre du sermon de nostreseigneur en la montaigne que benoitz sont ceulx qui voulentiers secourent aux presens qui sont en misere/ car ilz desservent que la misericorde de dieu les delivre de leurs miseres et est chose juste que qui veult estre aydé du souverain plus puissant que ainsi il ayde au moindre de soy en ce en quoy il est plus puissant que luy. Pource dit le sage es proverbes.

Qui pronus est ad misericordiam benedicetur. Proverbiorum xxii. capitulo.

lxxxvii Texte

Se de laurier couronne avoir Veulx/ qui mieulx vault que nul avoir Dampné te convient poursuyvir Et tu l’auras par bien suyvir

lxxxvii Glose

Dit une fable que dampné fut une damoiselle que phebus ayma par amours & moult la poursuyvit mais elle accorder ne s’y vouloit. Advint ung jour que il veit la belle aller par une voye & quant elle le veit venir elle print a fuyr & le dieu apres/ et quant il fut sy pres que elle veit bien que eschapper ne pouoit sa priere fist a dyane la deesse que sa virginité luy voulsist saulver/ & adonc fut le corps de la pucelle mué en ung vert laurier/ & quant phebus fut approché il print des branches de l’arbre & chappeau s’en fist en signe de victoire. Et depuis lors en ça chappeau de laurier signifie victoire/ & mesmes au temps de la grant felicité aux rommains couronnoient de laurier les victorieux.

Plusieurs entendemens peult avoir la fable: & peult advenir que ung puissant homme poursuyvit a long travail une dame & tant que soubz ung laurier il l’attaignit a sa voulenté/ & pour celle cause depuis lors en ça ayma le laurier & le porta en devise en signe de victoire que il avoit eue de ses amours soubz le laurier. Et peult estre aussi le laurier prins pour or qui signifie noblesse/ & pour ce que le laurier signifie honneur/ dit au bon chevalier que il luy convient Dampné poursuyvir se couronne de laurier veult avoir. C’est a entendre peine & travail se a honneur veult avenir. A ce propos dit Omer. Par grant diligence vient on a perfection.

lxxxvii Alegorie

Se de laurier veult couronne avoir dampné luy convient poursuivir/ pouons entendre que se le bon esperit veult victoire glorieuse avoir luy convient perseverance qui le mainera a la victoire de paradis dont les joyes sont infinies comme dit sainct gregoire. Qui est dit il la langue qui souffise racompter/ et qui est l’entendement qui puisse comprendre quantes sont les joyes de ceste souveraine cité de paradis estre tousjours present aux ordres des angelz avec les benoictz esperitz assister a la gloire du conditeur regarder le present visage de dieu/ veoir la lumiere incircunscriptible estre asseur de non avoir jamais paour de la mort soy esjouyr du don de pardurable incorruption. A ce propos dit david au psaultier.

Gloriosa dicta sunt de te: civitas dei.

lxxxviii Texte

Aussi te fays je mencion D’andromaca/ la vision Ta femme du tout ne desprises Ne d’aultres femmes bien apprises

lxxxviii Glose

Andromaca fut femme Hector & la nuyt devant ce que il fust occis vint a la dame en avision que se le jour Hector alloit en la bataille sans faille il y seroit occis/ dont andromaca atout grans souspirs & pleurs fist son pouoir que il n’allast en la bataille/ mais ne l’en voulut croire et il fut occis. Pource dit que le bon chevalier ne doibt du tout despriser les avisions sa femme/ c’est a entendre le conseil & advis de sa femme se elle est sage & bien condicionnee/ & dit Platon. Tu ne doibz despriser conseil de petite personne sage/ car ja soit ce que tu soyes vieulx n’ayes pas honte d’apprendre supposé que ung enfant te monstrast/ car aulcunefois peult le ignorant aviser le sage.

lxxxviii Alegorie

La vision andromaca que despriser ne doibt/ c’est que le bon propos envoyé par le saint esperit ne doibt le bon chevalereux getter a neant/ mais tost mettre a effect selon son pouoir/ de ce dit sainct Gregoire es morales/ que le bon esperit pour nous attraire a bien faire nous admonneste/ nous esmeut/ nous enseigne/ il admonneste nostre memoire/ il meult nostre voulenté & enseigne nostre entendement/ l’esperit doulz & souef ne seuffre demourer quelconque petite paille en l’abitation du cueur la ou il se inspire/ mais tantost la brusle du feu de sa circunspection soubtille. Pource dit sainct pol l’apostre.

Spiritum nolite extinguere. Ad hebreos. xi. capitulo

lxxxix Texte

Se tu as grant guerre ou essoine En la force de babiloine Ne t’y fie/ car par ninus Fut prinse nel peult nyer nulx

lxxxix Glose

Babiloine la grant qui fut fondee par nambrot le geant fut la plus forte cité qui oncques fut faite mais nonobstant ce fut elle prinse par le roy ninus. pour ce dit au bon chevalier que il ne se doit mie tant fier en la force de sa cité ou chastel en temps de guerre que il ne soit tout pourveu de gens & de tant qu’il convient pour couvenable deffense. Et dit platon/ qui se fie seulement en sa force est souvent vaincu.

lxxxix Allegorie

En la force de babyloine on ne se doibt fier c’est que le bon esperit ne se doibt fier ne avoir attente a chose que le monde promette. Et de ce dit saint augustin au livre de la singularité des clercz que c’est trop sote fiance de reputer sa vie seure contre les perilz de ce monde et folle esperance est cuider estre sauf entre les morsures de peché. peu certaine est encore la victoire tant comme on est entre les dars des ennemis/ et qui est avironné des flammes n’est pas delivré legierement sans ardoir/ croy a celluy qui a l’experience/ se le monde te rit n’y ayes fiance en dieu soit assise ton esperance/ pour ce dit david.

Bonum est confidere in domino quam confidere in homine.

xc Texte.

Hector noncer me fault ta mort Dont grant douleur au cueur me mort Ce sera quant le roy priant Ne croiras/ qui t’ira priant

xc Glose

Le jour que hector fut occis en la bataille Andromaca sa femme vint prier au roy priam a moult grans plains & pleurs que il ne laissast hector aler en la bataille. Car sans faille occis seroit se il y aloit ce luy avoit certainement anoncé mars le dieu de bataille qui en dormant a elle s’estoit apparu. Priam s’entremist tant comme il peult de destourner que il ne se combatist icelluy jour mais hector s’embla de son pere et saillit de la cité par une soubzterraine et s’en ala en la bataille ou il fut occis/ et pour ce que oncques n’avoit desobeÿ a son pere fors celuy jour pouoit dire que le jour que il desobeÿroit a son pere adonc mourroit/ & peult estre entendu que nul ne doibt desobeÿr ses bons amys quant ilz sont sages. Et pour ce dit aristote a alixandre. Tant que tu croiras le conseil de ceulx qui usent de sapience et qui loyaument t’ayment tu regneras victorieusement.

xc Allegorie

Ou elle dit a hector que sa mort luy couvient noncier c’est que le bon esperit doit avoir en continuelle memoire l’heure de la mort. de ce dit saint bernard que on ne trouve riens es choses humaines plus certain que la mort ne moins certain que l’heure de la mort/ car la mort n’a point mercy de povreté/ ne porte point d’honneur a richesse/ elle n’espargne point sapience ne meurs ne aage. De la mort n’a on point aultre certaineté/ mais que aux anciens elle est a l’huis et aux jeunes elle est en espie. A ce propos dit le sage.

Memor esto quoniam mors non tardabit Ecclesiastici. xiiii. ca.

xci Texte

Encor te vueil je faire sage Qu’en bataille n’ayes usage De tes armes toy descouvrir Car ce fera ta mort ouvrir

xci Glose

Hector en la bataille fut trouvé descouvert de ses armes et lors fut occis. Et pour ce dit au bon chevalier que de ses armes en la bataille ne se doit descouvrir/ et dit hermes. La mort est ainsi comme le coup d’une saiette/ & la vie est ainsi comme la sayette qui met a venir.

xci Allegorie

Ce que il est dit que il se doit tenir couvert de ses armes c’est a entendre que le bon esperit doibt tenir ses sens clos non mie vagues/ de ce dit saint gregoire es moralles que la personne qui despart ses sens est semblable au jengleur qui ne trouve pire hostel que le sien pour ce est tousjours hors de son hostel ainsi l’homme qui ne tient ses sens clos est tousjours vague hors de sa maison de sa conscience/ et ainsi comme la hale ouverte ou on peult entrer de tous les costez. Pour ce dit nostreseigneur en l’evangille.

Clauso hostio ora patrem tuum in abscondito. Mathei. vi. ca.

xcii Texte

De pollibetes ne couvoites Les armes/ ilz soyent maloites Car au despouiller s’ensuyvira Ta mort/ par cil qui te suyvira

xcii Glose

Pollibetes fut ung roy moult puissant que Hector avoit occis en la bataille apres maintz aultres grans faitz que il avoit faitz la journee & pour ce que moult estoit armé de belles armes & riches Hector les couvoita et s’abaissa sur le col de son destrier pour le col despouiller. Et adonc Achiles qui par derriere le suivoit tout de gré pour le prendre a descouvert le ferit par dessoubz en la faulte de ses armes & a ung coup le getta mort/ dont fut grant dommaige/ car plus vaillant chevalier jamais ne saingnit espee dont hystoires facent mencion. Et que telle couvoitise peult estre nuysible en tel place appert par ledit cas. Pour ce dit le philosophe. Couvoitise desordonnee maine l’homme a mort.

xcii Alegorie

Que de polibetes ne couvoite les armes/ pouons noter que couvoitise de quelconque chose mondaine ne doibt avoir le bon esperit/ car comme elle maine l’ame a mort dit innocent au livre de la vilité de condicion humaine que couvoitise est ung feu que on ne peult rassasier/ car le couvoiteux n’est jamais content de avoir ce que il desire/ car quant il a ce que il desiroit il desire tousjours oultre tousjours establist il sa fin en ce que il attend a avoir & nonpas en ce que il a. Avarice & couvoitise sont deux sanssues qui ne cessent de dire apporte apporte/ & a la value que l’argent croist/ l’amour de l’argent croist. Couvoitise est la voye de la mort espirituelle & souventesfois de la mort temporelle. Pour ce dit sainct pol l’apostre.

Radix omnium malorum cupiditas est. i. ad thimotheum. vi. capitulo.

xciii Texte

D’amour estrange ne t’assotes Le fait achilles pense et notes Qui follement cuida s’amie Faire/ de sa plus ennemie