Les cent histoires de Troye

xxvi. Allegorie

Chapter 314,287 wordsPublic domain

Le jugement midas ou le bon chevalier ne se doibt tenir pouons prendre pilate/ qui le benoict filz de dieu juga a prendre lier et pendre au gibet de la croix comme larron lui qui estoit pur sans tache. Si est a entendre/ que bon esperit se doit garder de jugier l’innocent: & doibt croire l’article que dit sainct andrieu.

Passus sub pontio pilato crucifixus mortuus et sepultus.

xxvii Texte

Se as loyaulx compaignons d’armes Jusqu’en enfer ou sont les armes Tu dois aller secourir les Au besoing com fist hercules

xxvii Glose

Dit une fable que pirotheus et theseus allerent en enfer pour proserpine rescourre que pluto eut ravie: et mal habillez y eussent esté se hercules qui leur compaignon yre ne les eust secourus/ qui tant y fist d’armes que tous les infernaulx mist en effroy. Et a cerberus le portier d’enfer couppa les chaines. si veult dire que le bon chevalier ne doibt faillir a son loyal compaignon pour doubte de peril quel qu’il soit/ car loyalle compaignie doibt estre une mesme chose. Et pitagoras dit. Tu dois garder l’amour de ton amy diligemment.

xxvii Allegorie

Ce que l’auctorité dit que il doit secourir ses loyaulx compaignons d’armes jusques en enfer pouons entendre la benoite ame de jesuchrist qui tira hors les bonnes ames des sains patriarches et prophetes qui au lymbe estoient et par exemple doit faire le bon esperit et traire a soy toutes vertus & croire l’article sicomme le dit saint philippe.

Descendit ad inferna.

xxviii Texte

Aymes & prises cadmus Et ses disciples chiers tenus Soient de toy/ car la fontaine Gaigna du serpent a grant peine.

xxviii Glose.

Cadmus fut ung moult noble & fonda thebes qui cité fut de moult grant renommee/ l’estude y mist/ & luy mesmes fut moult lettré & de grant science. Et pour ce dit la fable que il dompta le serpent a la fontaine/ c’est a entendre science et sagesse qui tousjours sourt.

Le serpent est noté pour la peine & travail qu’il convient a l’estudiant dompter ains qu’il ait science acquise/ & dit la fable que luy mesmes devint serpent/ qui est a entendre que corrigeur & maistre fut des autres. si veult dire othea que le bon chevalier doibt aymer et honorer les clercz lettrez qui sont fondez en sciences. A ce propos dit Aristote a Alixandre/ honorez sapience & la fortifiez par bons maistres.

xxviii Alegorie

Cadmus qui dompta le serpent a la fontaine que le bon chevalier doibt aymer pouons entendre la benoicte humanité de jesuchrist qui dompta le serpent/ & gaigna la fontaine c’est la vie de ce monde qu’il passa a grant peine & a grant travail/ dont il eut parfaicte victoire quant il resuscita au tiers jour. Sicomme dit sainct thomas.

Tertia die resurrexit a mortuis.

xxix Texte

Moult te delictes au sçavoir Yo/ plus qu’en nul aultre avoir Car par ce pourras moult aprendre Et du bien largement comprendre.

xxix Glose.

Yo fut une damoiselle fille du roy ynacus qui moult fut de grant sçavoir et trouva maintes manieres de lettres qui devant n’avoient esté veues/ combien que aulcunes fables disent que yo fut amye jupiter & que vache devint & puis femme commune fut/ mais comme les poetes aient mussé verité soubz couverture de fable peult estre entendu que jupiter l’ayma/ c’est a entendre les vertus de jupiter qui en elle furent elle devint vache/ car sicomme la vache qui donne lait lequel est doulx & nourrissant elle donna par les lettres que elle trouva doulce nourriture a l’entendement/ ce que elle fut femme commune peult estre entendu que son sens fut commun a tous comme lettres sont communes a toutes gens. Pource dit que le bon chevalier doibt moult aymer yo qui peult estre entendu pour lettres & escriptures & les hystoires des bons que le bon chevalier doibt voulentiers ouyr racompter & lyre & dont l’exemple luy peult estre vaillable. A ce propos dit Hermes. Qui s’efforce de acquerir science & bonnes meurs/ il trouve ce qui luy plaist en ce monde & en l’autre.

xxix Alegorie

Yo qui est notee par lettres & escriptures nous pouons entendre que le bon esperit se doibt delicter a lyre les sainctes escriptures & les avoir escriptes en sa pensee & par ce pourra apprendre a monter au ciel avec jesuchrist par bonnes oeuvres et saincte contemplation/ et croire le digne article que dist sainct Barthelemy.

Ascendit ad celos sedet ad dexteram dei patris omnipotentis.

xxx Texte.

Gardes en quelque lieu que soyes Qu’endormi des flageolz ne soyes Mercurius/ qui souef chante Les gens o son flageol enchante

xxx Glose.

Dit une fable que quant jupiter aymoit yo la belle que juno en fut en moult grant suspicion/ et du ciel descendit en une nuee pour son mary surprendre au fait/ mais quant jupiter la veit venir il mua s’amie en une vache/ mais juno n’en fut pourtant hors de pensee/ ains la vache luy demanda en don et jupiter maulgré son courage luy ottroya comme celuy qui refuser ne luy osa pour doubte de suspicion. Adonc juno a argus son vachier qui cent yeulz avoit bailla la vache a garder/ et tousjours la guettoit. Mais le dieu mercurius par le commandement jupiter print son flagol qui souef chante/ et tant corna a l’oreille argus que de tous ses cent yeulx l’un apres l’autre l’endormit puis luy osta la vache & le chief luy trencha. L’exposicion de ceste fable peult estre que aucun puissant homme ayma une damoiselle que sa femme voulut avoir pour guetter que son mari n’y peust advenir/ et grans gardes y myst & cler voyans qui peult estre noté par les yeulx argus/ mais l’amant par personne malicieuse et bien parlante fist tant faire que les gardes se consentirent a rendre s’amye ainsi furent endormis par le flagol mercurius et eurent le chief trenchié. Pour ce dit au bon chevalier que a tel flagol ne se doibt laisser endormir que il ne soit desrobé de ce que il doit bien garder. Et a ce propos dit hermes/ gardez vous de ceulx qui se gouvernent par malice.

xxx Allegorie.

Par les flagolz mercurius pouons entendre que par l’ancien ennemy le bon esperit ne soit deceu d’aulcune incredulité sur la foy ou aultrement. Et doibt croire fermement l’article que dit Sainct mathieu l’evangeliste qui dit que nostreseigneur vendra juger les vifz et les mors ou il dit.

Inde venturus judicare vivos & mortuos.

xxxi Texte.

Croy que pirrus ressemblera Son pere et encor troublera Ses ennemis par grever les La mort vengera d’achiles

xxxi Glose.

Pirrus fut filz achilles et bien ressembla son pere de force et de hardement. Et apres la mort de son pere vint sur troye et moult asprement venga le pere & moult dommaga les troyens. pour ce dit au bon chevalier que se il a meffait au pere que il se garde du filz quant en aage sera/ car se le pere a esté vaillant semblablement doibvera estre le filz. A ce propos dit ung sage. La mort du pere attrait la vengance du filz.

xxxi Allegorie

La ou il dit que pirrus ressemblera son pere pouons entendre le sainct esperit/ lequel procede du pere en qui doit croire le bon esperit sicomme dit Saint jaques le myneur.

Credo in spiritum sanctum.

xxxii Texte.

Frequente le temple & honneures Le dieu des cieulx en toutes heures Et de cassandra tien l’usage Se tu veulx estre tenu sage

xxxii Glose

Cassandra fut fille au roy priam/ et moult fut bonne dame & devote en leur loy les dieux servoit et le temple hantoit & pou parloit sans necessité: & quant parler luy convenoit elle ne disoit chose qui veritable ne fust ne en mensonge ne fut oncques trouvee trop fut saige cassandra/ pour ce dit au bon chevalier que a celle doibt ressembler/ car parolle mensongiere est moult a reprendre en bouche de chevalier/ si doit dieu servir et le temple honnourer c’est a entendre l’eglise et ses ministres. Et dit pitagoras treslouable chose est servir a dieu & sanctifier ses sains.

xxxii Allegorie

L’auctorité dit que le temple doibt frequenter le bon chevalier par semblable cas doit faire le bon esperit et doit avoir singuliere devocion en saincte eglise catholicque et en la communion des saintz sicomme dit l’article/ que dit Sainct simon.

Sanctam ecclesiam catholicam sanctorum communionem.

xxxiii Texte.

Se tu vas moult souvent par mer Tu dois neptunus reclamer Et bien dois celebrer sa feste Affin qu’il te gard de tempeste

xxxiii Glose

Neptunus selon la loy des payens estoit appellé le dieu de la mer. Et pour ce disoit au bon chevalier que il le deveroit servir affin que il luy fust secourable/ sur mer si est a entendre que les chevaliers qui souvent vont en maintz voyages en mer ou autres divers perilz ont plus necessité d’estre devotz & servir dieu et les sainctz que aultres gens/ affin que au besoing leur soient secourables/ et aydans et doivent prendre singuliere devocion a aucun sainct par devotes oraisons/ par quoy ilz se reclament a luy en leur besoing & comme il ne suffist pas seulement oraison de bouche/ dit ung sage. Je ne repute mie dieu estre seulement servi par parolles mais par bonnes oeuvres et bonne vie mener.

xxxiii Allegorie

Neptunus que le bon chevalier doit reclamer se il va souvent par mer prendrons que le bon esperit qui est continuellement en la mer du monde doit reclamer devotement son createur & prier que se il luy doint vivre que il puisse avoir remission de ses pechez/ et doibt croire l’article que dit Sainct jude.

Remissionem peccatorum.

xxxiiii Texte

Ayes a toute heure regard A attropos et a son dart Qui fiert et n’espargne nul ame Ce te fera penser de l’ame

xxxiiii Glose

Les poetes appellerent la mort attropos pource veult dire au bon chevalier que il doit penser que tousjours ne vivra mie en cestui monde mais tost s’en partira/ si doit plus user des vertus de l’ame que soy delicter es vices du corps. Et a ce doit tout chrestien penser affin qu’il ait a memoire la promission de l’ame qui durera sans fin. Et a ce propos dit pitagoras que ainsi comme nostre commandement vient de dieu/ convient que nostre fin y soit.

xxxiiii Allegorie

La ou dit au bon chevalier que il ait regard a attropos qui est notee la mort semblablement doibt avoir le bon esperit/ qui par les merites de la passion de nostre seigneur jesucrist doit avoir ferme esperance avec la peine et diligence que il mettra a avoir paradis en la fin. Et doibt croire fermement que il ressuscitera au jour du jugement/ et aura vie pardurable/ se il le dessert comme dit le dernier article que dit saint Mathias.

Carnis resurrectionem vitam eternam. Amen.

xxxv Texte.

Bellorophon soit exemplaire En tous les faitz que tu veulz faire Qui mieulx ayma vouloir mourir Que desloyauté encourir

xxxv Glose.

Bellorophon fut ung chevalier de moult grant beauté & plain de loiauté sa marrastre fut forment esprinse de s’amour/ mais pour ce que il ne voulut consentir sa voulenté/ elle fist tant que il fut condemné a estre devoré des fieres bestes/ & il ayma mieulx eslire la mort que faire desloyauté si dit au bon chevalier que pour doubte de mort encourir ne doibt faire desloyauté. A ce propos dit hermes/ tu doibs mieulx vouloir mourir sans cause que faire desconvenue ne desloyaulté. Or vendrons a desclairer les commandemens de la loy/ & y prendrons allegorie a nostre propos.

xxxv Allegorie

Bellorophon qui tant fut plain de loyaulté peult noter dieu de paradis/ et comme sa digne misericorde nous ait esté et soit plaine de loyaulté nous y pouons prendre le premier commandement qui dit. Tu n’adoureras point dieux estranges/ C’est a dire ce dit sainct augustin l’onneur qui est appellé latrye tu ne la porteras ne a ydole ne a ymage ne a semblance ne a quelconque creature/ car c’est honneur deue tant seulement a dieu/ en ce commandement est deffendu toute ydolatrie de cecy parle nostre seigneur en l’evangile.

Dominum deum tuum adorabis & illi soli servies. Mathei quarto capitulo.

xxxvi Texte

Menimom ton loyal cousin Qui a tout besoing t’est voisin Et tant t’ayme/ tu le doibs aymer Et pour son besoing toy armer

xxxvi Glose

Menimom fut cousin Hector & de la lignee aux troyens & quant hector estoit es fiers estours & es batailles ou maintesfois durement estoit empressé de ses ennemis menimom qui tant fut vaillant chevalier le suyvoit de pres si secouroit hector et departoit les grans presses & bien y parut car quant achiles l’eut en trahyson occis menimom navra durement achiles & l’eust occis se bref secours ne luy fust venu. Pource dit au bon chevalier que il le doibt aymer & secourir a son besoing & est a entendre que tout prince et bon chevalier qui ait parent quelque petit ou povre qu’il soit bon & loyal le doibt aymer & le doibt porter en ses affaires/ & par especial quant le sent estre loyal a soy/ & avient aulcunes fois que ung grant prince est plus aymé & plus loyaument de son povre parent que du bien puissant et a ce propos dit le philosophe Rabion/ multiplie tes amys/ car ilz te seront secourables.

xxxvi Alegorie

Menimom le loyal cousin pouons encor prendre dieu de paradis qui bien nous a esté loyal cousin de prendre nostre humanité auquel nous ne pourrons guerdonner/ si y pouons prendre le .ii. commandement qui dit. Tu ne prendras pas le nom de dieu en vain/ c’est a dire ce dit sainct augustin. Tu ne jureras point deshonnestement ne sans cause ne pour coulourer faulcesté car il ne peult estre plus grant abusion que de amener en tesmoignage de faulceté la souveraine & tres ferme verité/ & en ce commandement est deffendue toute mensonge/ tout parjure/ & tout blaspheme. A ce propos dit la loy.

Non habebit dominus insontem eum qui assumpserit nomen domini dei sui frustra. xx. capitulo.

xxxvii Texte

Avise toy ains que parolle De grant menace nice & fole De ta bouche ysse par trop dire Et en leomedon te mire

xxxvii Glose

Leomedon fut roy de troye & pere priam/ et quant jason hercules & ses compaignons alloyent en colcos pour la toison d’or querre et ilz furent arrivez & descenduz au port de troye pour eulx refreschir sans nul mal faire a la contree/ adonc leomedon comme mal advisé les envoya par ses messagiers laidement conraier de sa terre et fort menacer se tost ne vuydoient dont les barons gregoys par icelluy conraiement se tindrent tant estre injuriez que apres s’en ensuyvit la premiere destruction de troye.

Pource veult dire au bon chevalier que comme parolle de menace soit layde & vilaine doibt estre moult pesee ains qu’elle soit dicte/ car maintz grans maulx en sont souvent ensuyvis. A ce propos dit le poete Omer. Celuy est sage qui sa langue scet refrener.

xxxvii Alegorie

Comme parolle de grant menace viengne de arrogance & briser commandement soit aussi oultrecuidance pouons prendre que nul ne doit briser les festes/ car c’est contre le commandement qui dit. Souvienne toy de sanctifier le jour du sabbat/ parquoy nous est commandé dit sainct augustin que le dimenche nous festons en lieu du sabbat aux juifz nous le devons solenniser en repos de corps & en cessant de toutes oeuvres serviles & en repos de l’ame en cessant de tous pechez/ & de ce repos parle ysaÿe le prophete.

Quiescite agere perverse/ discite benefacere.

xxxviii Texte

Ne cuydes pas estre certain Ainçoys la verité atain Pour ung pou de presumption Piramus t’en fait mention

xxxviii Glose

Piramus fut ung jouvencel de la cité de babilone et quant il n’avoit que vii. ans d’aage amour le navra de son dart & fut espris de l’amour tisblé belle damoiselle & gente & sa pareille d’aage. Et pour la grant frequentence des deux amans ensemble fut apperceue leur grant amour & par ung serf fut accusee a la mere a la damoiselle qui sa fille print & enferma en ses chambres & dist que bien la garderoit de hanter piramus grant fut la douleur des deux enfans pour celle cause & leurs plains & pleurs moult piteux long dura celle prison/ mais au feur que leur aage croissoit embrasoit en eulx l’amoureuse estincelle qui pour longue absence point n’estaignoit/ mais comme entre les palais aux parens aux deux amans n’eust que une paroy tisblé ung jour avisa la paroy crevee par ou on veoit la lueur de l’autre part/ adonc le mordant de sa sainture ficha par la creveure affin que son amy l’apperceust ce que il fist assez briefment & la firent souvent leurs assemblees les deux amans a moult piteuses complaintes/ a la parfin comme par trop aymer contrains fut leur accord tel que la nuit au premier somme se embleroient de leurs parens & devoient assembler soubz ung murier blanc hors de la cité sur une fontaine ou en leur enfance souloient jouer quant tisblé fut venue a la fontaine seule & paoureuse adonc ouyt ung lyon venir moult roidement dont elle plaine de paour s’en fuyt cacher en ung buisson au plus prochain/ mais en la voye luy cheut sa blanche guimple mais toute l’eut souillee & ensenglantee le lyon qui sur eut vomy l’entraille des bestes que il eut devorees. Oultre mesure fut grande la douleur Piramus qui cuyda s’amye estre devoree des fieres bestes dont apres moult piteux regretz se occist de son espee. Tisblé saillit du buisson/ mais quant elle entendit les souspirs de son amy qui mouroit & veit l’espee & le sang adonc par grant douleur sur son amy cheut qui a elle parler ne peult/ & apres plusieurs grans plains/ regretz et pasmoisons se occist de la mesme espee/ & dit la fable que pour icelle pitié devint lors la mure noire qui souloit estre blanche. Et pource que par petite achoison advint si grande male adventure dit au bon chevalier que a petite enseigne ne doibt donner grant foy. A ce propos dit ung sage. Ne te rendz mye certain des choses qui sont en doubte ains que tu ayes faicte convenable informacion.

xxxviii Allegorie

De ce que il dit ne cuide estre certain pouons noter l’ignorance que avons en enfance ou nous sommes soubz la correction de pere et de mere & pour les biens fais que nous recepvons de eulx pouons entendre le quart commandement qui dit honnores pere & mere/ lequel expose sainct augustin en disant que nous devons nos parens honnorer en deux manieres en leur portant deue reverence & en leur administrant leurs necessitez/ a ce propos dit le sage.

Honora patrem tuum et genitus matris tue ne obliviscaris. ecclesiastici. vii. capitulo.

xxxix Texte

Croy pour la santé de ton corps D’esculapion les rapors Et nompas de l’enchanteresse Circés/ qui trop est tromperesse.

xxxix Glose

Esculapius fut ung moult sage clerc qui trouva la science de medecine & en fist livres/ & pour ce dit au bon chevalier que il croye ses rapors sur sa santé/ c’est a dire se il a besoing que il se tourne vers les mires et medecins/ nonmie es sors de circés qui fut enchanteresse/ & peult estre dit pour ceulx qui en leurs maladies usent de sors/ de charmes & d’enchantemens & cuident par ce avoir garison qui est chose deffendue & contre les commandemens de saincte eglise & dont nul bon chrestien ne doibt user/ platon repudia & ardit les livres d’enchantemens & de sors fais sur medecine dont ung temps avoient usé et approuva & se tint a ceulx de science raisonnable & de experience.

xxxix Alegorie

Pour esculapion qui fut phisicien & mire pouons entendre le quint commandement qui dit. Tu n’occiras point/ c’est a dire ne de cueur/ ne de langue ne de main/ & si est deffendue toute violence percussion & corporelle blesseure & n’est ici deffendu aux princes aux juges & aux maistres de justice mettre a mort les malfaicteurs mais tant seulement a ceulx qui n’en ont point de auctorité/ mais que en cas de necessité la ou ung homme ne pourroit aultrement eschaper auquel cas les drois seuffrent bien tuer aultruy en son corps deffendant aultrement non. A ce propos dit l’evangile.

[Qui gladio occiderit oportet eum in gladio occidi. Luce xiii. cap.]

xl Texte.

A cil a qui trop as meffait Qui ne s’en peult venger de fait Ne t’y fies/ car mal en prent La mort achilles le t’aprent

xl Glose.

Achilles fist moult de griefz aux troiens & au roy priam occist plusieurs de ses enfans hector troylus & autres dont haÿr le devoit/ non obstant ce achilles se fya en la royne hecuba femme priam a qui il eut occis ses enfans par trahison et alla par nuit parler a elle pour traicter du mariage de polixene sa fille et de luy & la fut occis par paris & ses compaignons par le commandement de la royne sa mere au temple apolin pour ce dit au bon chevalier que ne se doibt fyer en son ennemy a qui trop a meffait sans faire a luy paix ne aulcune amende. A ce propos dit ung sage/ garde toy des aguetz de ton ennemy qui vengier ne se peult.

xl Allegorie.

Comme en celluy a qui as meffait ne te doibs fier. Nous prendrons que comme nous devons doubter les vengances de dieu soit necessaire tenir le commandement qui dit. Tu ne feras de meschief/ c’est a dire de adultere ne de fornicacion/ et si est defendu ce dit ysodore toute illicite couple charnelle qui n’est en cas de mariage et tout desordonné usage des membres genitales. A ce propos dit la loy.

Morte moriantur mechus et adultera levitici. xx. ca.

xli Texte.

Ne ressembles mie busierres Qui trop plus mauvais que lierres Sa cruaulté fait a reprendre A telz faitz ne te vueilles prendre

xli Glose

Busierres fut ung roy de merveilleuse cruaulté et moult se delectoit en l’occision des hommes/ et de fait luymesmes en ses temples les occisoyt de couteaulz et en faisoit sacrifice a ses dieux. Pour ce dit au bon chevalier que nullement ne se doit delecter en l’occision de humaine creature. Car telle cruaulté est contre dieu contre nature et contre toute bonté. A ce propos dit socrates au bon conseillier se ton prince est cruel tu le dois amoderer par bons exemples.

xli Allegorie.

Busierres qui fut homicide & contraire a humaine nature/ pouons noter la defence que nous fait le commandement qui dit/ tu ne feras point larcin/ et si est defendu ce que dit Sainct augustin toute illicite usurpacion des choses d’aultruy tout sacrilege toute rapine toute chose tollue par force/ & par seigneurie sur le peuple sans raison. A ce propos dit saint pol l’apostre.

Qui furabatur jam non furetur. ad epheseos. iiii. ca.

xlii Texte

N’ayes pas si chier ta plaisance Que trop mettes en grant balance Ta vie/ que tu doibs aymer Lehander est peri en mer.

xlii Glose

Lehander fut ung damoisel qui trop aymoit de grant amour Hero la belle/ & comme il y eust ung bras de mer entre les manoirs aux deux amans le passoit lehander tout a nage par nuyt moult souventesfois pour sa dame veoir qui pres du rivage avoit son chasteau affin que leur amour ne fust apperceue/ mais il advint que ung grant orage de temps leva qui par plusieurs jours dura la marine qui destournoyt la joye des amans. Si advint une nuyt que lehander contraint de trop grant desir se mist en la mer au temps de l’orage & la fut sy loing porté par les vagues perilleuses que il luy convint perir piteusement/ Hero qui fut de l’autre part en grant soucy pour son amy quant elle veit le corps venir flotant au rivage adonc estrainte d’une merveilleuse douleur se getta en la mer & en embrassant le corps pery elle fut noyee. Pource dit au bon chevalier que tant ne doibt aymer son delit que pour ce doye mettre sa vie en trop grant aventure. Si dit ung sage. je me esmerveille de ce que je voy tant de perilz souffrir pour le delit du corps/ & faire si petite pourveance a l’ame qui est perpetuelle.

xlii Alegorie.

Comme l’auctorité deffend que il n’ait si chiere sa plaisance peult estre entendu le commandement qui dit. Tu ne parleras point faulx tesmoignages contre ton prochain. Et si est deffendu ce dit sainct augustin toute faulse accusation/ murmuration/ detraction/ tout faulx rapport/ & diffamation d’aultruy & est assavoir ce dit ysodore que le faulx tesmoing fait villanie a trois parties/ c’estassavoir a dieu que il despite en le parjurant/ au juge que il desçoyt en mentant/ & a son prochain que il blesse en faulcement contre luy deposant. Et pour ce dit l’escripture.

Testis falsus non erit impunitus/ & qui loquitur mendacia non effugiet. Proverbiorum. xix. capitulo.

xliii Texte

Rens helaine s’on la demande Car en grant meffait gist amende Et mieulx vault tost paix consentir Que tard venir au repentir

xliii Glose.

Helayne fut femme au roy menelaus & ravie par paris en grece/ & quant les grecz furent venus sur troye a grant armee pour la vengeance d’icelluy fait/ ains qu’ilz meffeissent a la terre ilz requirent que helayne leur fust rendue & amende leur fust faicte de celle offence ou si non ilz destruiroient le pays/ et pource que riens n’en voulurent faire les troyens s’en ensuyvit le grant meschief qui depuis leur advint/ pour ce veult dire au bon chevalier que se il a folie encouvenancee mieulx lui vault la delaisser & faire paix que la poursuyvre que mal ne luy en aviengne. pour ce dit le philosophe Platon. Se tu as fait injure a qui que ce soit tu ne doibs estre aise jusques a tant que tu soyes a luy accordé et fait paix.

xliii Alegorie.

Helayne qui doit estre rendue peult estre entendu le commandement qui dit. Tu ne desireras point la femme de ton prochain par quoy est deffendu ce dit sainct augustin la pensee & la voulenté de faire fornication dont le fait est deffendu devant par le. vi. commandement/ car dit nostreseigneur en l’evangile.

Qui viderit mulierem ad concupiscendam eam jam mechatus est in corde suo. Matthei. vi. capitulo.

xliiii Texte

Ne ressemble pas la deesse Aurora qui rent grant leesse Aux aultres quant vient a son heure Et pour soy tient tristesse & pleure.

xliiii Glose.

Aurora c’est le point du jour & disent les fables que c’est une deesse et que elle eut ung sien filz occis en la bataille de troye qui cinus fut nommé & pour ce que deesse estoit elle avoit la puissance de ce faire elle mua le corps de son filz en ung cinne & de la vindrent les premiers cinnes. Celle dame estoit de sy grant beaulté que elle resjouissoit tous ceulx qui la veoyent/ mais toute sa vie ploura son filz cinnus qui fut mort & encore le plore ce dit la fable/ car la rousee qui chiet au point du jour disent que c’est aurora qui plore son filz cinnus/ Pource dit que le bon chevalier qui par ses bonnes vertus resjouist les aultres ne doibt estre triste mais joyeux & moderé gratieusement/ pource dit Aristote a Alixandre le grant/ quelque tristesse que ton cueur ait doibs tousjours monstrer lyé visage devant ta gent.

xliiii Alegorie

Aurora qui pleure pouons entendre que nul desir ne doibt plourer en nous par couvoiter chose non deue. Et par ce pouons nous noter le .x. et derrenier commandement qui dit. Tu ne couvoiteras pas la maison de ton prochain/ ne son beuf/ ne son asne/ ne chose que il ait/ parquoy ce dit sainct Augustin est deffendue la voulenté de faire larrecin ou rapine/ dont le fait est deffendu devant par le .vii. commandement/ et a ce propos dit David en son psaultier.

Nolite sperare in iniquitate. Rapinas nolite concupiscere.

xlv Texte.

Pour tant se pasiphé fut folle Ne vueilles lire en ton escolle Que telles soyent toutes femmes Car il est maintes vaillans dames

xlv Glose.

Pasiphé fut une royne et disent aucunes fables que elle fut femme de grant dissolution & mesmement que elle ayma ung thoreau et que mere fut mynothaurus qui fut moitié homme & moitie thoreau qui est a entendre que elle acointa ung homme de vile condicion de qui elle conceut ung homme qui estoit de grant cruaulté & de merveilleuse force/ et pource qu’il eut forme de homme & nature de thoreau & ce que il fut fort et de grant aspreté et si mauvais que tout le pays essilloit/ disrent les poetes par fiction que il fut moitié homme et moitié toreau et pour ce se ceste dame fut de vile condicion veult dire au bon chevalier que il ne doit dire ne souffrir qu’il soit dit que toutes femmes soient semblables comme la verité soit manifeste au contraire. Galien aprint la science de medecine de une moult vaillante femme & sage appellee clempare qui luy aprint a congnoistre maintes bonnes herbes et leurs proprietez.

xlv Allegorie.

Pasiphé qui fut folle pouons entendre l’ame retournee a dieu. Et dit saint gregoire es omelies que plus grant joye est menee aux cieulx d’une ame retournee a dieu que de ung qui a tousjours esté ainsi comme le capitaine en la bataille ayme mieulx le chevalier qui s’en estoit fuy et puis est retourné/ & apres son retour a fort navré l’ennemy que cellui qui n’a fait nul beau fait. et comme le laboureur aime mieulx la terre qui apres les espines porte abondamment fruit que celle qui n’eut oncques nulles espines & n’a point porté fruit. A ce propos dit dieu par le prophete.

Revertatur unusquisque a via sua pessima & propicius ero iniquitati & peccato ipsorum. Hieremie. xxvi. ca.

xlvi Texte

Se filles as a marier Et tu les veulx aparier A hommes dont ne mal te vienne Du roy adrastus te souvienne

xlvi Glose.

Adrastus fut roy de arges & moult puissant & preudhoms deux chevaliers errans l’un appelle polmites & l’autre thideus se combatoient par nuyt obscure soubz le portail de son palais dont l’un calengoit le logis de l’autre pour cause du fort temps & de la grosse pluye qui les avoit toute nuit tormentez & la s’estoient d’aventure embatus/ A celle heure le roy se leva qui avoit ouy la noise de espees sur les escus & vint departir les deux chevaliers. Polmites estoit filz au roy de thebes & thideus a ung aultre roy de grece mais de leurs terres furent exillez/ grandement honnora Adrastus les deux barons puis leur donna en mariage deux moult belles filles que il avoit/ apres pour mettre polmites au droit de sa terre que ethiocles son frere tenoit fist grant armee le roy adrastus & sur thebes allerent a grant ost desconfitz & mors & prins y furent tous & les deux gendres du roy mortz/ & les freres dont le descord estoit s’entre occirent en la bataille & ne demeura de tous fors adrastus luy tiers de chevaliers/ & pour ce que a gens exillez remettre en leurs droictz a moult affaire dit au bon chevalier que en tel cas doibt avoir conseil & se doibt mirer en la dicte aventure/ & comme Adrastus eut songé une nuyt que il donnoit ses deux filles par mariage a ung lyon & a ung dragon qui ensemble se combatoient/ dit l’expositeur des songes que songe vient de la fantasie qui peult estre demonstrance de bonne ou de male aventure qui doibt advenir aux creatures.

xlvi Alegorie

Ou il est dit que se filles a a marier que il garde a qui il les donnera/ nous pouons entendre que le bon esperit chevalereux a dieu doibt bien regarder a qui il s’acompaigne s’il advient qu’en compaignie vueille aller comme fist le bon thobie/ aussi doit toutes assigner ses pensees en sainctes meditations & dit sainct augustin en ung epistre que ceulz qui ont aprins de nostreseigneur a estre debonnaire & humbles proffitent plus en meditant & en priant que ilz ne font en lysant & en oyant/ pource disoit david en son psaultier.

Meditabar in mandatis tuis que dilexi.

xlvii Texte

De cupido/ se jeune & cointes Es/ assez me plaist que t’acointes Par mesure comment qu’il aille Il plaist bien au dieu de bataille.

xlvii Glose

Cupido c’est le dieu d’amours/ & pource qu’il ne messiet point a jeune chevalier estre amoureux de dame qui soyt vaillable/ ains en pevent mieulx valoir ses condicions mais que le moyen y sache garder & qui est chose assez advisant aux armes/ dit au bon chevalier que elle consent assez que de cupido s’acointe/ & dit ung philosophe que aymer de bon courage vient de noblesse de cueur.

xlvii Alegorie

Que bien plaist au dieu de bataille que de cupido s’acointe peult estre entendue penitance se le bon esperit repentant de ses pechez batailleur contre les vices est jeune & nouvel entré la droicte voye bien plaist au dieu de bataille c’est jesuchrist que il s’acointe de penitence & que jesuchrist par sa digne bataille fut nostre redempteur dit sainct bernard/ quel mot dit il de plusgrant misericorde peult on dire au pecheur qui estoit damné que la ou il s’estoit vendu par peché a l’ennemy d’enfer & n’avoit de quoy se racheter dieu le pere dist pren mon filz & le baille pour toy & le filz dist pren moy & te rachete par moy. Cecy ramentoit sainct pierre l’apostre en sa premiere epistre.

Non corruptibilibus auro vel argento redempti estis: sed precioso sanguine quasi agni incontaminati et immaculati jesu christi. prima petri. i. ca.

xlviii Texte

N’occis pas corinis la belle Pour le raport & la nouvelle Du corbel/ car se l’occioyes Apres tu t’en repentiroyes.

xlviii Glose

Corinis fut une damoiselle comme dit une fable que phebus ayma par amours le corbel qui adonc le servoit luy apporta qu’il avoit veu corinis s’amye gesir avec ung aultre damoisel/ de celle nouvelle fut tant dolent phebus que il occist s’amye des que il la veit mais a merveilles s’en repentit apres dont le corbel qui guerdon attendoit a avoir de son seigneur pour ce bien fait en fut mauldit & chassé & la plume que il souloit avoir blanche comme nege luy mua phebus en noire en signe de douleur & l’ordonna phebus des lors porteur & anonceur de males nouvelles/ & peult estre entendue l’exposition que le serviteur d’aulcun puissant homme luy raporta semblables nouvelles dont il fut chassé & deffait. Pour ce veult dire que le bon chevalier ne se doibt avansser de dire a son prince nouvelles dont il ait le cueur couroussé/ car a la fin ne luy en pourroit bien venir/ & aussi ne doibt croire raport qui luy soit fait par flaterie. A ce propos dit le philozophe hermes. Ung raporteur ou controuveur de nouvelles ou il ment a celuy a qui il les raporte ou il est faulz a celuy de qui il les dit.

xlviii Alegorie

Corinis qui ne doibt estre occise nous entendrons nostre ame que nous ne devons occire par peché mais bien la garder. Et dit sainct augustin que l’ame doibt estre gardee comme le coffre qui est plain de tresor & comme le chastel qui est assiegé des ennemys & comme le roy qui se repose en sa chambre de retrait et doibt estre ceste chambre close de cinq portes qui sont les cinq sens de nature & n’est aultre chose clorre ses portes sinon que retraire les delectations des cinq sens et s’il advient que l’ame doye yssir par ses portes a ses operations foraines elle doibt meurement & rassisement & en discretion yssir & ainsi comme les princes quant ilz veullent yssir de leurs chambres ou ilz ont huyssiers devant eulx tenans maces pour faire voye en la presse/ ainsi quant l’ame doit yssir a veoyr ouyr/ parler/ & sentir/ elle doibt avoir devant soy paour pour huyssier qui doibt avoir pour mace la consideration des peines d’enfer & du jugement de dieu/ & de ainsi garder son ame amonneste le sage.

Omni custodia serva tuum cor quoniam ex ipso vita procedit. Proverbiorum. iiii. capitulo.

xlix Texte

De juno ja trop ne te chaille Se le nouel mieulx que l’escaille D’honneur/ desires a avoir Car mieulx vault prouesse qu’avoir

xlix Glose

Juno c’est la deesse d’avoir selon les fables des poetes et pource que avoir et richesse convient acquerir a grant peine soing & travail & que tel soing peult destourner honneur acquerre & comme honneur et vaillance soit plus louable que richesse d’autant comme le nouel vault mieulx que l’escaille/ si veult dire au bon chevalier que il n’y doibt mettre si fort sa felicité que vaillance en soit delaissee a poursuyvir. A ce propos dit hermes que mieulx vault avoir povreté en faisant bonnes oeuvres que richesse acquise laidement comme valeur soit perpetuelle & richesse deffaillance.

xlix Alegorie

Juno dont il est dit que trop ne luy doibt chaloir est prins pour richesses & que le bon esperit les doibt despriser dit sainct bernard/ o filz d’adam lignee couvoiteuse a quoy aymez vous tant ces mondaines richesses qui ne sont vrayes ne vostres & vueillez ou non il les vous fault laisser a la mort/ & dit l’evangile que le chameau passeroit plus ayseement par le pertuys d’une esguille que le riche n’ataindroit au royaulme des cieulx/ car le chameau n’a que une boce sur son dos/ mais le mauvais riche en a deux/ une de mondaines possessions & l’autre de pechez/ il fault qu’il laisse sa premiere boce a la mort/ mais l’autre vueille ou non il l’emporte avec soy se il ne la laisse avant que il meure. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.

Facilius est camelum per foramen acus transire/ quam divitem intrare in regum celorum. Matthei. xix. capitulo.

l Texte.

Contre le conseil amphoras Ne va destruire ou tu mourras La cité de thebes ne d’arges N’assemble ost n’escus ne targes

l Glose

Amphoras fut moult sage clerc de la cité d’arges/ & trop sceut de science. Et quant le roy adrastus voulut aler sur thebes pour la cité destruire/ amphoras qui par science sçavoit que mal luy en vendroit dist au roy que ja n’y alast et que se il y aloit tous y seroient mors et destruis mais il n’en fut mie creu sy avint comme il l’eut dit. Pour ce veult dire au bon chevalier que le conseil du sage est peu prouffitable a celluy qui n’en veult user.

l Allegorie.

Par le conseil amphoras contre lequel ne doit aler en la bataille pouons noter que le bon esperit doit suivir les sainctes predications ce dit saint gregoire es omelies que ainsi comme la vie du corps ne peult estre soustenue sans souvent prendre sa refection corporelle/ ainsi ne peult la vie de l’ame estre soustenue sans souvent ouyr la parolle de dieu doncques les parolles de dieu que vous ouyez des oreilles corpo[re]lles recevez les en vostre cueur. Car quant la parolle ouye n’est retenue au ventre de la memoire. C’est ainsi comme l’estomac malade qui gette hors la viande et tout ainsi comme en desespere de la vie de celuy qui ne retient riens/ mais gette tout hors. Ainsi est celuy en peril de mort perdurable qui oyt les predicacions et ne les retient ne met a oeuvre/ pour ce dit l’escripture.

Non in solo pane vivit homo sed in omni verbo quod procedit de ore dei. Mathei quarto ca.

li Texte.

Ta langue soit saturnine Ne soit a nul malle voisine Trop parler est laide coustume Et qui l’ot folie y presume

li Glose.

Saturnus comme j’ay dit devant est planette lente & tardive et sage. Pour ce dit au bon chevalier que sa langue luy doit ressembler car langue doit estre tardive en ce que elle ne parle trop/ et sage que de nul ne mesdie ne ne dye chose dont on s’en puist presumer folie/ car dit ung sage. A la parolle congnoist on le sage & au regard le fol.

li Allegorie.

La langue qui doibt estre saturnine/ c’est a entendre lente de parler dit a ce propos hugues de saint victor que la bouche qui n’a la garde de discretion est ainsi comme la cité qui est sans mur comme le vaissel qui n’a point de overture comme le cheval qui n’a point de frain comme la nef qui est sans gouvernail la langue mal gardee glice comme l’anguille/ perce comme sayette volle tost pert amis et multiplie ennemis noyses esmeut/ & seme discorde/ a ung coup frape & tue plusieurs personnes. Qui garde sa langue il garde son ame/ car la mort ou la vie sont en la puissance de langue. A ce propos dit david en son psaultier.

Quis est homo qui vult vitam dies diligit videre bonos prohibe linguam tuam a malo et labia ne loquantur dolum.

lii Texte.

Croy la corneille et son conseil Jamés ne soyes en esveil De malle nouvelle apporter Le plus seur est s’en deporter

lii Glose.

La corneille ce dit la fable encontra le corbeau quant il portoit la nouvelle a phebus de s’amie corinis qui s’estoit meffaicte et tant luy enquist que il lui dist l’occasion de son erre/ mais elle desloua par luy donner exemple d’elle mesmes qui pour semblable cas avoit esté chassee de l’ostel pallas ou jadis souloit estre bien avancee/ mais il ne la voulut pas croire dont mal lui en ensuivit pour ce dit au bon chevalier que la corneille doit croire. Et dit platon. Ne soyes pas jengleur ne au roy grant raporteur de nouvelles.

lii Allegorie.

Que la corneille doive estre creue veult dire que le bon esperit doibt user de conseil sicomme dit sainct gregoire es moralles que force ne vault riens ou conseil n’est car force est tantost abatue se elle n’est appuyee par le don de conseil et l’ame qui a perdu dedens soy le siege de conseil par dehors se espart en divers desirs pource dit le sage.

Si intraverit sapientia cor tuum consilium custodiet te & prudentia servabit te. proverbiorum secundo. c.

liii Texte.

S’a plus fort de toy tu t’efforce A faire plusieurs jeux de force Retray toy que mal ne t’en vienne De ganimedes te souvienne

liii Glose

Ganimedes fut ung jouvencel de la lignee aux troyens et dit une fable que phebus et luy estoient ung jour ensemble a getter la barre de fer/ et comme ganimedes ne peult contre la force de phebus fut occis par le rebondissement de la barre/ que phebus eut si hault balancee qu’il en eut la veue perdue. Et pour ce dit que a trop plus fort & plus puissant de soy n’est mie bon l’estrif car n’en peult venir si non inconvenient. Si dit ung sage soy jouer avec les hommes de mal gracieux jeux est signe d’orgueil et fine communement par ire.

liii Allegorie.

Comme il est dit que contre plus fort de soy ne se doibt efforcer est a entendre que le bon esperit ne doit entreprendre trop forte penitence sans conseil/ de cecy dit saint gregoire es morales que penitence ne proffite point se elle n’est discrete ne la vertu de abstinence ne vault riens se elle n’est sy ordonnee que elle ne soit pas plus aspre que le corps ne peult souffrir. Et pour ce conclud que nulle simple personne ne doit entreprendre penitence sans conseil de plus discret de luy/ pour ce dit le sage es proverbes.

Ubi multa consilia ibi erit salus. Proverbiorum. ii. ca.

Et le proverbe commun

Omnia fac cum consilio et postea non penitebis.

liiii Texte

Ne ressemble mye Jason Qui par medee/ la toison D’or conquist/ dont puis luy tendit Tres mauvais guerdon & rendit

liiii Glose.

Jason fut ung chevalier de grece qui alla en estrange contree c’estassavoir en l’isle de colcos par l’enditement peleus son oncle qui par envie sa mort desiroit la avoit ung mouton qui la toison avoit d’or & par enchantement estoit gardé mais comme si forte en fust la conqueste que nul n’y venist qui n’y perdist la vie. Medee qui fille fut au roy de celle contree tant print grand amour a Jason que par les enchantemens que elle sçavoit dont souveraine maistresse estoit donna charmes & aprint enchantemens a Jason par quoy il conquist la toison d’or & dont il eut honneur sur tous les chevaliers vivans et fut restoré de mort par Medee a qui il eut promis a tousjours estre loyal amy/ mais apres foy lui mentit & aultre ayma & du tout la laissa & relenquit nonobstant fust elle de souveraine beaulté. Pource dit au bon chevalier que jason ne vueille ressembler qui trop fut descongnoissant & desloyal a celle qui trop de bien luy avoit fait comme ce soit villaine chose a chevalier & a tout noble de estre ingrat & mal congnoissant d’aulcun bien s’il l’a receu soit de dame damoiselle ou aultre ains luy en doibt souvenir & le guerdonner a son pouoir. A ce propos dit Hermes. Ne vueilles point attendre a remunerer a celuy qui t’a bien fait/ car souvenir t’en doibt a tousjours.

liiii Alegorie.

Jason qui fut ingrat ne doibt le bon esperit ressembler qui des benefices receuz de son createur ne doibt estre ingrat & dit sainct bernard sur cantiques que ingratitude est ennemye de l’ame/ amendrissement de vertus/ dispersion de merites/ perdicion de benefices. Ingratitude est ainsi comme ung vent sec qui seche la fontaine de pitié/ la rousee de grace & le russel de misericorde. A ce propos dit le sage.

Ingrati enim spes tanquam hibernalis glacies tabescet & dispariet tanquam aqua supervacua. Sapientie xvi. capitulo.

lv Texte

De la serpent gorgon te gardes Gard bien que tu ne la regardes De perseus ayes memoire Il t’en dira toute l’hystoire.

lv Glose

Gorgon ce dit la fable fut une damoiselle de souveraine beaulté mais pour ce que phebus jeut avec elle au temple dyane tant s’en couroussa la deesse que elle le transmua en serpent de tres horrible figure & avoit telle proprieté celle serpent que tout homme qui la regardoit estoit soubdainement mué en pierre et pour le mal qui d’elle ensuivoit. Perseus le vaillant chevalier alla pour combatre a la fiere beste & en la resplendeur de son escu qui tout fut d’or se myroit pour non regarder la male serpent & tant fist que le chief luy trencha. Mainte exposition peult estre faicte sur la dicte fable et peult estre entendue gorgon pour une cité ou ville qui ja souloit estre de grant bonté/ mais par les vices des habitans devint serpent & venimeuse c’est a entendre que maintz maulx faisoit aux marches voisines comme de tout rober & piller & les marchans & aultres trespassans estoient prins retenuz & mys en d’esctroicte prison & ainsi estoient muez en pierre. Perseus se mira en sa chevalerie & alla combatre contre celle cité & la print & luy osta le pouoir de plus mal faire/ et ainsi peult estre une dame moult belle & de maulvais affaire qui par sa couvoitise maint desnua de leur avoir/ & aultres plusieurs entendemens y pevent estre mys. Pource veult dire au bon chevalier que il se garde de non regarder chose mauvaise qui a mal se peult attraire. Et dit aristote/ fuys gens plains d’iniquité/ & ensuy les sages & estudie en leurs livres & te mire en leurs faictz.

lv Alegorie

Que gorgon ne doye regarder/ c’est que le bon esperit ne doit regarder ne penser aux delicez quelconques/ mais soy mirer en l’escu de estat de perfection et que delices soyent a fuyr dit Crisostome que comme c’est impossible que le feu arde en l’eaue ainsi est ce impossible que compunction de cueur soit entre les delices du monde ce sont deux choses contraires et qui destruisent l’un l’autre/ car compunction est mere de larmes et les delices engendrent ris/ compunction restraint le cueur et les delices l’alargissent. A ce propos dit l’escripture.

Qui seminant in lacrimis: in exultatione metent.

lvi Texte

Se amour t’acourcist la nuyt Garde que phebus ne te nuyt Parquoy tu puisses estre prins Es liens vulcan & surprins.

lvi Glose

Dit une fable que mars & venus s’entraymoient par amours/ avint une nuyt que les deux amans bras a bras furent endormis. Phebus qui cler voyt les surprint & apperceut a vulcan le mari les accusa/ adonc lui qui en ce point les veit forgea une chaine & ung lien comme celuy qui est febvre des dieux et au ciel forge les fouldres & de ses chaines d’arain tous deux les lya ensemble si que mouvoir ne se peurent/ & ainsi les surprint & monstra aux aultres dieux & tel s’en rioyt qui bien eust voulu en semblable mesfait estre escheu. Ceste fable peult estre notee a plusieurs entendemens & mesmes aulcuns pointz touchans la science d’astronomye & aussi arquemie. Pource dit au bon chevalier que il se garde en quelque cas que ce soit d’estre surprins par oubly de temps. Et dit ung sage. A peine est il chose si secrete que d’aulcun ne soit apperceue.

lvi Alegorie

La ou l’auctorité dit que se amour t’acourcist la nuyt nous dirons que le bon esperit se doit garder des agaz de l’ennemy/ de cecy dit sainct leon pape que l’ancien ennemy qui se transfigure en ange de lumiere ne cesse de tendre partout les las de ses tentations & de espier comment il puisse espier la foy des creans/ il regarde qui il embrasera de feu de couvoitise/ qui il enflammera de l’ardeur de luxure/ a qui il proposera les athemans de gloutonnie/ il examine de toutes les coustumes/ discute les cueurs/ conjecture les affections/ & la quiert il cause de nuyre ou il trouve la creature plus diligemment encline et occupee/ pource dit sainct pierre.

Sobrii estote & vigilate quia adversarius vester diabolus tanquam leo rugiens circuit querens quem devoret. secunde petri ultimo capitulo.

lvii Texte

Thamaris ne desprise pas Pour tant se femme est du pas Te souvienne ou cirus fut pris Car chier compara le despris

lvii Glose

Thamaris fut royne moult vaillante dame plaine de grant prouesse et de grant hardement et moult sage en armes & en gouvernement. Cirus le grant roy de perse qui avoit conquis mainte region avec grand ost se esmeut pour aller contre la royne de femenie dont il prisoit moult petit la force/ mais elle qui fut experte et subtille au mestier d’armes le souffrit entrer en son royaulme sans soy mouvoir jusques a ce que il se fut mys es destrois passages entre montaignes ou il y avoit moult fort pays/ adonc par embuschemens que thamaris eut fait faire fut assailly Cirus de toutes pars de l’ost des femmes & atant fut mené que prins fut & ses gens tous mortz & prins/ la royne devant elle le fist mener & trencher luy fist le chief & getter en une cuve plaine de sang de ses barons qu’elle eut fait decoler devant luy/ si dist. Cirus qui oncques ne fut saoulé de sang humain. or en peulz boire ton saoul. & ainsi fina cirus le puissant roy de perse qui oncques n’avoit peu estre vaincu en nulle bataille. Pour ce dit au bon chevalier que ja ne soit sy oultrecuidé qu’il n’ait doubte que mal cheoir luy peult par aulcune fortune & par moindre de soy. A ce propos dit Platon. Ne desprise nul pour sa petite faculté/ car ses vertus pevent estre grandes.

lvii Alegorie

Thamaris qui ne doibt estre desprisee pourtant se elle fut femme/ c’est que le bon esperit ne doibt despriser ne haÿr l’estat d’humilité soit en religion ou aultre estat/ & que humilité soit a louer dit Jehan cassian que nullement ne peult l’edifice de vertus en nostre ame soy eslever ne dresser se premierement ne sont goustez en nostre cueur les fondemens de vraye humilité lesquelz assis tresfermement puissent soustenir la haultesse de perfection & de charité/ pource dit le sage.

Quanto major es humilia teipsum in omnibus & coram deo invenies gratiam. Ecclesiastici. iii. capitulo.

lviii Texte

Ne laisse ton sens avorter A fol delict/ ne emporter Ta chevance/ se demandee T’est/ et te mires en medee

lviii Glose.

Medee fut une des plus sachans de sors et de sciences qui oncques fut selon les hystoires. Non obstant ce elle laissa son sens avorter a sa propre voulenté pour son delict acomplir quant a folle amour se laissa maistrier si que en Jason mist son cueur et luy donna honneur corps et chevance dont mauvais guerdon lui rendit. Pour ce dit que le bon chevalier ne doit en soy laisser vaincre raison a fol delict en quelconques cas se il veult user de la vertu de force et dit platon ung homme de legier courage s’ennuye tost de ce qu’il ayme.

lviii Allegorie.

Que son sens ne laisse avorter a fol delict peult estre entendu que le bon esperit ne doit laisser seigneurier sa propre voulenté/ car se la seigneurie de sa propre voulenté ne cessoit il ne seroit point d’enfer ne le feu d’enfer n’auroit point de seigneurie mais que sur la personne qui laisse seigneurier sa propre voulenté. Ta propre voulenté se combat contre dieu et se orguillist c’est ce qui despouille paradis & revest enfer & vuide la value du sang de jesucrist et soubmet le monde a la servitude de l’ennemy. A ce propos dit le sage.

Virga atque correctio tribuent sapientiam puer autem qui dimittitur proprie voluntati confundet matrem suam. proverbiorum. xxix. ca.

lix Texte.

Se a cupido es subgés Garde toy du grant enragés Que la roche ne soit boutee Sur achis et sur galathee

lix Glose.

Galathee fut une nymphe ou une deesse qui aymoit ung jouvencel qui achis estoit nommé ung geant de layde estature estoit amoureux de galathee & tant les espia que tous deux les apperceut au creux d’une roche/ adonc fut surprins de soudaine rage de jalousie/ et tellement escroula la roche que tout en fut achis agraventé mais galathee qui nymphe fut se ficha en la mer et par ce fut eschapee. Si est a entendre que le bon chevalier se garde en tel cas d’estre surprins de tel qui ait puissance de ce faire.

lix Allegorie

Que du geant se gard qui a cupido est subget c’est que le bon esperit bien se gard que nulle ymaginacion n’aye au monde ne aux choses d’icelluy/ ains ait tousjours souvenance que toutes choses mondaines sont de peu de duree/ et dit saint jerosme sur geremie que il n’est riens qui doive estre reputé long envers les choses qui prennent fin et tout nostre temps envers la trinité de paradis. A ce propos dit le sage.

Transierunt omnia velud umbra et tanquam nuncius percurrens Sapientie. ca. v.

lx Texte

Fuys la deesse de discorde Maulx sont ses liens et sa corde Les nopces peleus troubla Dont puis mainte gent assembla

lx Glose

Discorde est une deesse de malaffaire & dit une fable que quant peleus espousa la deesse Thetis dont puis fut né achilles jupiter & tous les dieux et les deesses furent aux nopces mais la deesse de discorde n’y fut pas mandee. Et pour ce comme envieuse vint sans mander mais n’y vint mie pour neant car bien y sceut servir de son mestier. Adonc estoient assises au disner a une table les trois deesses pallas/ Juno/ venus. Adonc vint dame discorde qui getta sur la table une pomme d’or ou il eut escript soit donnee a la plus belle/ adonc fut la feste troublee car chascune soustenoit que avoir la devoit/ devant jupiter alerent pour juger de ce discord mais ne voulut complaire a l’une ne desplaire a l’autre pour ce mist le debat sur paris de troye qui pasteur estoit adonc comme sa mere eut songié quant de luy estoit enssainte/ que il devoit estre cause de la destruction de troye/ pour ce fut envoié en la forest au pasteurs a qui il cuidoit estre filz/ et la mercurius qui conduisoit les dames luy dit qui filz il estoit. Adonc il laissa brebis a garder et a troye ala devers son grant parente ainsy le tesmoingne la fable ou la vraye hystoire est mussee soubz couverture. Et pour ce que soventesfois mains grans meschiefz aviennent par discorde et debat et comme ce soit treslaide coustume estre discordant dit au bon chevalier que discorde doibt fuyr/ et pour ce dit le philosophe pitagoras. ne va pas en la voye ou croissent les haynes.

lx Allegorie.

Comme il est dit que discorde doit fuir. Ainsi doit le bon esperit fuir tous empeschemens de conscience/ et que contens & riotes soyent a eschever dit cassiodore sur le psaultier souverainement dit il fuy contens et riotes car contendre contre paix est enragerie contendre contre son souverain c’est forcennerie & contre son subject cest grant villennie. Pource dit saint pol l’apostre.

Non in contentione et emulatione. Ad romanos.

lxi Texte.

N’oublies mie le meffait Se tu l’as a qui que ce soit fait Car il t’en garde le guerdon Destruit en fut leomedon

lxi Glose.

Leomedon comme j’ay dit devant fut roy de troye et grant villennie eut fait aux barons gregois de les exiller de sa terre laquelle ilz n’oublirent mie/ ains oublié l’eut leomedon quant les gregois luy coururent sus qui le surprindrent despourveu si le destruirent et occirent pour ce dit au bon chevalier que se il a a aucun meffait que il soit sur sa garde/ car estre peult certain que celluy ne l’oubliera mie ains s’en vengera quant il pourra en temps et en lieu. Et a ce propos dit hermes gardes que tes ennemys ne te surprennent despourveument.

lxi Allegorie

Que il ne doibt oublier le meffait se il l’a a aultruy meffait peult estre entendu que quant le bon esperit se sent encheu en peché par faulte de resistence il doit penser que punition en sera faite comme il est des damnez se il ne s’amende/ et de ce dit sainct gregoire que la justice de dieu va maintenant tout bellement et a lent pas mais au temps advenir elle recompensera plus griefvement la misericorde tardera de son attente. A ce propos dit le prophete joel.

Convertimini ad dominum deum vestrum quia benignus et misericors est patiens & multe misericordie prestabilis super maliciam. Ihoelis tercio ca.

lxii Texte.

S’il advient que d’amours affolles Garde au moins a qui tu parolles Que ton fait ne soit emmeslé Souvienge toy de semellé

lxii Glose

Dit une fable que semelle fut une damoiselle que jupiter ayma par amours juno qui en jalousie en fut print la semblance d’une ancienne femme et vint a semelle et par belles parolles la print a raisonner et tant fist que semelle luy congneut toute l’amour d’elle et de son amy & d’estre bien aymee & congneue de son amy s’alloit vantant. Adonc la deesse dist a celle qui garde ne se prenoit de la decepvance que de riens ne s’estoit encore apperceue de l’amour de son amy mais quant elle seroit avecques luy que elle luy requist ung don/ & quant bien luy auroit promis & accordé que elle luy demandast que en telle maniere la voulsist accoler comme il accoloit juno sa femme quant avec elle se vouloit solacier & par celle maniere pourroit appercevoir l’amour de son amy. Semelle ne l’oublia mie/ et quant la requeste eut faicte a jupiter qui promis luy eut/ et comme dieu ne le peult rapeller en fut moult dolent et bien sceut que elle avoit esté deceue. Adonc print jupiter semblance de feu et accola s’amye qui en peu d’heure fut toute arse et brouye/ dont a jupiter moult pesa de l’aventure. Sur ceste fable pevent estre mis plusieurs entendemens & mesmes sur la science d’astronomie/ comme disent les maistres/ mais il peult estre que par aucune voye fut deceue une damoiselle par la femme de son amy pour quoy lui mesmes la fist mourir par ignorance. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doit garder quant il parle de chose que il veult celer devant qui il la propose & a qui il parle/ car par les circonstances pevent estre entendues les choses pour ce dit hermes/ ne revele point les secretz de tes pensers fors a ceulx que tu auras bien esprouvez.

lxii Allegorie.

Que il garde a qui il parle pouons entendre que le bon esperit quelque soient ses bonnes pensees se doibt garder en tous cas ou il pourroit cheoir male suspicion a aultruy comme dit saint augustin au livre de verbis que nous ne devons pas tant seulement avoir cure d’avoir bonne conscience/ mais tant comme peult nostre enfermeté tant comme la diligence de fragilité humaine devons avoir cure que nous ne façons chose qui vienne a mauvaise suspicion a noz freres. A ce propos dit saint pol.

In omnibus prebe te exemplum bonorum operum. Ad titum. ii. ca.

lxiii Texte.

Ne suys mie trop le deduit De diane/ car il n’a duit Aux poursuivans chevalerie Eux amuser en chasserie

lxiii Glose

Dyane est appellee deesse des boys et de chasserie. si veult dire que le bon chevalier poursuivant le hault nom des armes ne se doit trop amuser en deduit de chace car c’est chose qui appartient a oysiveté. Et dit aristote que oysiveté permaine a tous inconveniens.

lxiii Allegorie

Que le deduit diane ne doye trop suivir qui est dicte pour oysiveté peut mesmes noter le bon esperit et que elle soyt a eschever/ dit sainct gregoire fai tousjours aucune oeuvre de bien/ a ce que l’ennemy te treuve occupé en aucune bonne excitacion. A ce propos est il dit de la sage femme.

Consideravit semitas domus sue & panem ociosa non comedit Prover. xxxi. ca.

lxiiii Texte.

Ne te vantes/ car mal en print A yraignes qui trop mesprint Que contre pallas se vanta Dont la deesse l’enchanta

lxiiii Glose

Yraignes ce dit une fable fut une damoiselle moult subtille en l’art de tissir et de filerie/ mais trop se oultrecuida de son savoir/ et de fait se vanta contre pallas dont la deesse s’ayra contre elle qui pour icelle vantance la mua en yraigne. Et dist puis que tant se vantoit de tissir & filer a tousjours mais fileroit et tristroit ouvrage de nulle value/ & adonc devindrent elles yraignes qui encore filent & tissent si peut estre que aucune se vanta contre sa maistresse dont mal luy en print en aucune maniere.

Pource dit au bon chevalier que vanter ne se doibt/ et moult est laide coustume a chevalier estre vanteur & qui trop peult abaisser le los de sa bonté/ & semblablement dit platon quant tu feras une chose mieux que ung aultre garde de te vanter car ta valeur en seroit trop moindre.

lxiiii Allegorie

Que il ne se doit vanter pouons dire que le bon esperit se garde de vantise Et contre vantance dit saint augustin ou dousieme livre de la cité de dieu que vantance n’est pas vice de louenge humainne/ mais est vice de l’ame parfaite qui ayme la louenge humainne et despite la vraye tesmoignance de sa propre conscience. A ce propos dit le sage.

Quid prosint nobis superbia aut diviciarum jactantia quid contulit nobis. sapien. quinto ca.

lxv Texte.

Se trop grant voulenté te chasse A moult aymer deduit de chasse De adonius au moins te recort Qui fut par le porc sanglier mort

lxv Glose.

Adonius fut ung damoisel moult cointe & de grant beaulté venus l’aima par amours/ mais pour ce que trop il se delectoit en chasserie venus qui se doubtoit que mal luy en veinst par aucune mesaventure par maintes fois luy pria que il se gardast de chasser a la grosse beste mais riens n’en voulut faire adonius si fut occis par ung porc sauvage. Pource dit au bon chevalier que se il veult a toutes fins chasser que il se garde de tel chace dont mal luy peult venir. A ce propos dit sedechias le prophete. Que ung roy ne doit laisser son filz trop user de chasse ne de oysiveté/ ains le doit faire instruire a bonnes meurs et fuyr vanitez.

lxv Allegorie.

Que de adonius luy doibt souvenir peult estre entendu que se le bon esperit est aucunement desvoyé que a tout le moins lui doit souvenir du grant peril de perseverance car comme l’ennemy ait grant puissance sur les pecheurs/ dit saint pierre en sa seconde epistre que les pecheurs sont serfz de corruption & l’ennemy a puissance sur eulx car celluy qui est surmonté d’un aultre en bataille est devenu son serf/ et en signe de ce cy est dit en l’apocalipse.

Data est bestie potestas in omnem tribum et populum. Apocal. xiii. ca.

lxvi Texte.

S’il advient que ennemis t’assaillent Garde que toy ne tes gens ne saillent Contre eulx dont ta cité desample Prens a la prime troye exemple

lxvi Glose.

Quant hercules avec grant foison de grecz vindrent sur la premiere troye & le roy leomedon eut ouy dire leur venue. Adonc luy & toute la gent que il peult avoir en la cité saillirent dehors et allerent contre eulx au rivage & la s’assemblerent par moult fiere bataille et fut la cité reverse de gens et vuidee. Adonc thalamon & ceulz qui embuschez s’estoient atout grant ost pres les murs de la cité se ficha ens & ainsi fut la premiere troye prise/ pour ce dit au bon chevalier que il se garde que par tel tour ne puist estre deceu de ses ennemis. Et dit hermes/ garde toy de l’aguet de tes ennemis.

lxvi Allegorie

Ce que il se doibt garder se ennemys l’aissaillent que sa cité ne soit vuide c’est que le bon esperit se doibt tousjours tenir saisy et rempli de vertu/ & de ce cy dit saint augustin que ainsi comme en temps de guerre les gens d’armes ne se dessaisissent point de leurs armeures & ne les despouillent point jour ne nuit aussi durant le temps de la vie presente ne doivent point estre despouillez de vertus car celluy que l’ennemy treuve sans vertus est ainsy comme celluy que l’adversaire a trouvé sans armeures. Pour ce dit l’evangille.

Fortis armatus custodit atrium suum. Luce. xi. ca.

lxvii Texte.

Trop ne t’assottes de la lire Orpheus se tu veulx eslire Armes pour principal mestier D’instrument suivir ne as mestier

lxvii Glose.

Orpheus fut ung poete et dit la fable que il savoit tant bien jouer de la lire que mesmes les eaues courans en retournoient leurs cours & les oyseaux de l’air/ les bestes sauvagez & les fiers serpens en oublioient leur cruaulté & s’arestoient a escouter le son de la lire. Si est a entendre que il tant bien sonnoit que toute gent de quelque condicion que ilz fussent se delectoient a escouter le poete jouer. Et pour ce que telz instrumens assotent souventesfois les cueurs des hommes dit au bon chevalier que trop ne s’y doibt delecter comme il n’affiere aux poursuivans chevalerie a eux trop amuser en instrumens ne aultres oyseuseté. A ce propos dit une auctorité. Le son de l’instrument est le las du serpent/ et dit platon. celuy qui a du tout mis sa plaisance aux delices charnelz est plus serf que ung esclave.

lxvii Allegorie

La lire orpheus dont ne se doit assoter pouons prendre que l’esperit chevalereux ne se doibt assoter ne amuser en quelconque compaignie mondaine soyent parens ou aultres/ dit sainct augustin au livre de la singularité des clercz que moins est stimulé des aguillons de la chair le solitaire qui ne hante point en la frequentation des voluptez/ et moins sont ilz molestés d’avarice qui ne voient point les riches du monde. pour ce dit david.

Vigilavi & factus sum sicut passer solitarius in tecto.

lxviii Texte

Ne fondes sur avision Ne dessus fole illusion Grand emprinse/ soit droit ou tort Et de paris ayes recort.

lxviii Glose

Pource que paris avoit songé que en grece yroit dont pour celuy songe fut fait grant armee & envoyee de troye en grece ou paris ravit heleyne/ dont pour celluy meffait amender vindrent apres sur troye tout le pouoir de grece qui sy grant pays estoit lors que il duroit jusques au pays que nous appellons pouille & calabre ou ytalie & lors estoit appellé la petite grece/ & d’iceluy pays fut Achiles & les mirmidonnois celle grande quantité de gens confondirent troye & tout le pays.

Pource dit au bon chevalier que sur avision ne doibt emprendre grant chose a faire/ car grant mal en peult venir a grant essoine/ & que grande emprinse ne doye estre faicte sans grande deliberation de conseil/ dit Platon. Ne fay chose que ton sens n’ait avant pourveu.

lxviii Alegorie

Que grant emprinse ne doibt estre faicte pour avision/ c’est que le bon esperit ne doibt nullement presumer de soy ne soy eslever en arrogance pour quelconque grace qui de dieu luy soyt donnee. Et dit sainct gregoire es morales que quatre especes sont esquelles toute l’enfleure des arrogans est demonstree. La premiere quant le bien que ilz ont ilz reputent que ilz le ont de eulxmesmes. La seconde quant le bien que ilz ont se ilz le cuydent avoir eu de dieu si le cuydent ilz avoir bien desservi & receu pour leurs merites. La tierce quant ilz se vantent d’avoir le bien que ilz n’ont mye. La quarte quant ilz desprisent aultruy & desirent que on sache le bien qui est en eulx. Contre ce vice parle le sage es proverbes.

Arroganciam & superbiam & os bilingue detestor. Proverbiorum octavo capitulo.

lxix Texte

Se trop aymes chiens & oyseaulx D’antheon le gent damoyseaulx Qui serf devint/ bien t’en souvienne Et gard qu’autant ne t’en advienne

lxix Glose

Antheon fut ung damoisel moult courtois & de gentilles conditions & trop aymoit chiens & oyseaulx & dit la fable que ung jour chassoit tout seul par une forest espesse ou ses gens l’eurent perdu. Adonc comme dyane la deesse des bois eust chassé par la forest jusques a l’heure de mydi si fut eschauffee & ardant pour l’ardeur du soleil parquoy talent luy vint d’elle baigner en une fontaine clere & belle qui la estoit/ & comme toute nue fust avironnee de nimphes & deesses qui la servoient. Antheon qui garde ne s’en prenoit s’embati sur elle & la deesse veit toute nue a qui pour sa grant chasteté la face de honte rougit & moult fut dolente/ si dist adonc/ pource que je sçay que les damoyseaulx se vantent & gabent des dames & des damoiselles/ affin que vanter ne te puisses que m’ayes veue je t’osteray de parler la puissance. Adonc le mauldit/ & tantost Antheon devint cerf ramage ne il ne luy demeura de sa forme humaine fors seulement l’entendement dont luy plain de grant doleur & de soubdaine paour alloit fuyant par le boscage & tost fut accueilly de ses propres chiens & chassé de sa mesme gent qui par la forest l’aloyent cerchant mais or l’ont trouvé mais ne l’ont mye recongneu la fut attaint Antheon qui devant sa gent ploura a grosses gouttes & voulentiers leur criast mercy se parler peust/ & des lors commencerent les cerfz a plourer a la mort/ la fut antheon occis & martiré a grant douleur de sa mesme mesgnie qui en peu d’heure l’eurent tout devoré.

Sur ceste fable pevent estre faictes maintes diverses expositions/ mais a nostre propos peult estre ung jouvencel qui du tout s’abandonnoit a oyseuseté/ & tout despendit son avoir & sa chevance au delict de son corps & en deduyt de chace & en tenir mesgnie oyseuse/ par ce peult estre dit qu’il fut haÿ de dyane qui notte chasteté & devoré de sa propre gent.

Pource veult dire au bon chevalier que il se garde d’estre surprins en mesmes cas. Et dit ung sage. Oyseuseté engendre ignorance & erreur.

lxix Alegorie

Par antheon qui serf devint/ pouons entendre le vray penitent qui pecheur souloit estre. Or a matté sa propre chair & faicte serve a l’esperit & prins l’estat de penitence. Dit sainct augustin sur le psaultier que penitence est ung faiz bien aisé & une cherge legiere/ & ne doibt estre appellé faiz d’homme ne charge mais asles d’oyseaulx volans/ Car ainsi comme les oyseaulx portent en terre la charge de leurs esles & leurs esles les portent au ciel. Ainsi se nous portons en terre la charge de penitence elle nous portera au ciel. A ce propos dit l’evangile.

Penitentiam agite appropinquabit enim regnum celorum. Matthei. iii. capitulo.

lxx Texte

Ne va pas aux portes de fer Querre Erudice en enfer Pou y gaigna a tout sa lyre Orpheus/ si com j’oy lyre.

lxx Glose

Orpheus le poete qui si bien harpoit dit une fable que il se maria a la belle Erudice/ mais le jour de ses nopces se alloit esbaloyant par ung pray piedz nudz pour la chaleur du temps/ ung pastour couvoita la belle & pour elle efforcer se mist au cours & elle qui devant luy fuyoit pour crainte de luy fut morse au talon d’un serpent qui fut mussé soubz l’herbe/ dont la pucelle fut morte en petite termine/ Trop fut dolent orpheus de celle male aventure & adonc print sa lyre & s’en va aux portes de fer en la valee tenebreuse devant le palais infernal/ & adonc print a herper ung piteux lay & a chanter si doulcement que tous les tormentz d’enfer en appaiserent & tous les infernaulx offices furent cessez pour escouter le son de la lyre/ & mesmement proserpine la deesse d’enfer fut meue de grant pitié/ adonc Pluto Lucifer Cerberus & Acaron qui veirent pour le herpeur les offices delaisser des infernales peines luy rendirent sa femme/ par tel sy que il yroit devant & elle apres sans soy retourner arriere ou il la perdroit sans jamais recouvrer tant que hors fussent saillyz de l’obscur palu/ mais celuy qui trop aymoit ne se peult tenir de se retourner pour s’amye regarder/ & tantost Erudice de lui se depart & reffuyt en enfer ne plus ravoir ne la peult.

Ceste fable peust estre entendue en assez de manieres. Et peult estre ung a qui sa femme fut tollue & puis rendue/ & puis la reperdit/ ou peult estre chastel ou aultre chose. Mais a nostre propos peult estre dit que bien quiert erudice en enfer qui quiert chose impossible ne pour icelle recouvrer on ne se doibt donner melancolie. Ce mesmes dit solin. Somme/ folie est de querre ce qui est impossible a avoir.

lxx Alegorie

Que il ne doye aller querre erudice en enfer/ pouons entendre que le bon esperit ne doibt tendre ne requerir a dieu chose miraculeuse ne merveillable qui est appellee tempter dieu. Et dit sainct augustin sur l’evangile sainct Jehan que la requeste que la creature fait a dieu n’est pas exaulcee quant elle requiert chose qui ne se peult faire ou qui ne se doibt faire ou chose dont elle useroit mal se elle luy estoit ottroyee ou chose qui blesseroit son ame se elle estoit exaulcee/ et pource de la misericorde de dieu vient se il ne donne mie a la creature chose dont il scet qu’elle useroit mal. A ce propos dit sainct jacque l’apostre en son epistre.

Petitis & non accipitis eo quod male petatis. Jacobi. iiii. cap.

lxxi Texte

Se droitz chevaliers veulz congnoistre Et fussent ilz enclos en cloistre L’essay qu’on fist a Achiles T’apprendra a esprouver les

lxxi Glose

Achiles ce dit une fable fut filz a la deesse thetis/ & pource que elle sçavoit comme deesse que se son filz hantoit armes que il y mourroit/ elle qui trop l’aymoit de grant amour le cela en vesture de pucelle & voiler le fist comme nonne en l’abbaye de la deesse vesta/ longuement fut celé achiles tant qu’il fut pres que parcreu. Et dit la fable que la engendra pirrus qui apres fut moult chevalereux en la fille du roy ystrus. Adonc commencerent les grans guerres troyennes & sceurent les grecz par leurs fors que necessité leur estoit d’avoir achiles/ partout fut quis/ mais nouvelle n’en peut estre ouye. Ulixés qui trop fut plain de grant malice par tout le queroit/ si vint au temple/ mais comme il n’en peust appercevoir la verité s’avisa de grant cautelle/ adonc ulixés print aneletz guinples/ conroyes/ aulmosnieres & joyaux a dames & avec ce armeures a chevaliers belles & cointes si getta tout emmy la place present les dames & dist que chascune prensist le mieulx a sa plaisance/ & adonc comme toute chose traye a sa nature/ les dames coururent aux joyaux/ & achiles print les armeures/ & lors le courut embrasser ulixés & dist que c’estoit ce qu’il queroit. Et pource que les chevaliers doibvent estre plus enclins aux armes que aux cointeries mignotes qui aux dames appartiennent veult dire l’auctorité que a ce peult on congnoistre le droit chevalier. A ce propos dit leginon. Le chevalier n’est congneu fors aux armes. Et dit hermes. Esprouvez les hommes avant que y ayez trop grant fiance.

lxxi Alegorie

Ou il dit se droitz chevaliers veulz congnoistre/ nous pouons prendre que le chevalier jesuchrist doibt estre congneu aux armes de bonnes operations/ & que tel chevalier ait le loyer deu aux bons dit sainct hierome que la justice de dieu ainsi comme elle ne laisse nul mal impugny/ aussi ne laisse elle nul bien inremuneré/ si ne doibt doncques aux bons nul labeur sembler dur/ ne nul temps [l]ong quant ilz attendent la gloire perdurable en louyer. Pour ce dit la saincte escripture.

Confortamini & non dissolvantur manus vestre erit enim merces operi vestro. secundi paralipomenon. xv. c.

lxxii Texte.

N’estrivez a athalenta Car plus que toy grant talent a De fort courre/ c’est son mestier De tel cours tu n’as nul mestier

lxxii Glose.

Athalenta fut une nimphe de moult grant beauté mais dure estoit sa destinee car pour cause d’elle plusieurs perdirent la vie. Ceste damoiselle pour sa grant beauté fut de plusieurs couvoitee a avoir en mariage/ mais ung tel edict estoit fait que nul ne l’auroit s’il ne la vaincquoit au cours & se elle le vainquoit il devoit mourir et par celle voye plusieurs moururent. Cestuy cours peult estre entendu en plusieurs manieres/ et peult estre aucune chose moult couvoitee de plusieurs/ mais sans grant travail nul ne la pouoit avoir/ le cours que celle faisoit estoit la deffense et resistence de la chose. Et mesmement peult estre notee la fable ou plusieurs font grant estrif sans necessité/ si veult dire l’auctorité que a homme dur et courageux grant estriveur ne luy doibt chaloir de trop estriver de choses inutiles qui ne sont touchant son honneur/ ne dont il luy puist chaloir/ car maintz grans maulx sont maintesfois ensuivis par tel estrif. Et dit thesibelle. Tu dois faire ce qui est le plus prouffitable au corps/ et le plus convenable a l’ame et fuyr le contraire.

lxxii Allegorie

N’estrives athalenta pouons entendre que le bon esperit ne se doibt point empescher de chose que le monde face ne en quel gouvernement il soit. Et de ce dit saint augustin en une epistre que le monde est plus perilleux quant il est souef aux creatures que quant il est aspre mais plus le voit on moleste et moins s’en doit on empescher & moins quant il attrait a son amour que quant il donne occasion d’estre despité. A ce propos dit jehan l’evangeliste en sa premiere evangile.

Si quis diligit mundum non est caritas patris in eo. i. Jo. ii. c.

lxxiii Texte

Comme Paris ne juge pas Car on reçoipt maint dur repas Par male sentence ottroyer Maintz en ont eu maulvais loyer

lxxiii Glose

Dit la fable que les trois deesses de grant puissance/ c’estassavoir Pallas deesse de sçavoir Juno deesse d’avoir & Venus deesse d’amours vindrent devant paris tenans une pomme d’or qui disoit soit donnee a la plus belle & plus puissant/ de celle pomme fut grant descort/ car chescune disoit que avoir la devoit & sur paris s’en furent mys de ce discort. Paris diligemment voulut enquerre de la force de chescune a par soy. Lors dist pallas/ je suys deesse de chevalerie & de sagesse & par moy sont departies armes aux chevaliers/ & science aux clercz & se la pomme tu me veulx donner saches que sur tous te feray chevalereux & tous aultres passer en toutes sciences. Apres dit juno deesse d’avoir et de seigneurie/ par moy sont departis les grans tresors au monde & se la pomme me veulz donner riche & puissant te feray plus que nul aultre. Apres parla venus par moult amoureuses parolles & dist/ je suys celle qui tient escolles d’amours & de joliveté & qui les folz fais estre sages & les saiges fais foloyer/ les riches fais mendier/ & les exillez enrichir/ ne il n’est puissance qui a la mienne se compare/ & se la pomme tu me veulz donner l’amour a la belle Heleyne de grece te sera par moy donnee qui plus te pourra valoir que ne feroit nul aultre avoir. Et adonc Paris donna sa sentence & renonça a chevalerie & a sagesse & a avoir pour venus a qui il donna la pomme/ pour laquelle achoison fut puis troye destruycte. Si est a entendre pource que Paris ne fut point chevalereux & ne lui chalut de grant sçavoir/ mais en amours furent toutes ses pensees est entendu que a venus donna la pomme d’or. Et pource dit au bon chevalier que semblablement ne doibt faire/ & dit pitagoras/ le juge qui ne juge justement dessert tout mal.

lxxiii Alegorie

Paris qui jugea folement c’est que le bon esperit se doit garder de faire jugement sur aultruy/ de ce parle sainct Augustin contre les manichees que deux choses sont que nous devons par especial eschever/ jugement sur aultruy premierement/ car nous ne sçavons de quel courage sont les choses faictes lesquelles condemner c’est grant presumption si la devons interpreter en la meilleure partie. secondement car nous ne sommes point certains quelz seront ceulx qui maintenant sont bons ou mauvais. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.

Nolite judicare & non judicabimini in quo enim judicio judicaveritis/ judicabimini. Mathei vii. c.

lxxiiii Texte

En fortune la grant deesse Ne te fies/ n’en sa promesse Car en peu d’heure elle se change Le plus hault souvent gette en fange

lxxiiii Glose

Fortune selon la maniere de parler des poetes peult bien estre appellee la grant deesse/ car par elle nous veons le cours des choses mondaines gouverner & pour ce que elle promet a maintz assez prosperités/ & de fait en donne a aulcuns & les retoult en petit d’heure quant il luy plaist. dit au bon chevalier que il ne se doibt fier en ses promesses ne desconforter pour ses adversitez/ et dit Socrates/ les tours de fortune sont comme engins a prendre poissons.

lxxiiii Alegorie

Par ce que il dit que il ne se doibt fier en fortune pouons entendre que le bon esperit doibt fuyr et despriser les delices du monde. de ce dit Boece au tiers livre de consolation que la felicité des epicurees doibt estre appellee infelicité. Car c’est la plaine & parfaicte felicité qui peult l’homme faire souffisant/ puissant/ reverend/ sollennel et joyeux/ lesquelles condicions ne prestent point les choses ou les mondains mettent leurs felicitez. Pource dit dieu par le prophete ysaÿe.

Popule meus qui te beatam dicunt ipsi te decipiunt.

lxxv Texte

Pour guerre emprendre & avancer Ne fay pas paris commencer Car mieulx sçauroit je n’en doubt mye Soy deduyre es beaulx bras s’amye

lxxv Glose

Paris ne fut mie condicioné aux armes/ mais du tout a amours. Et pource dit au bon chevalier que il ne doibt mye faire capitaine de son ost ne de ses batailles chevaliers non condicionés aux armes. Et pour ce dit Aristote a Alixandre. Tu doibs establir connestable de ta chevalerie celluy que tu sentiras sage & expert aux armes.

lxxv Alegorie

Que a paris ne face guerre encommencer/ c’est que le bon esperit tendant a la seule chevalerie du ciel doibt du tout estre soustrait du monde & avoir esleue la vie contemplative. Et dit sainct gregoire sur ezechiel que la vie contemplative a bon droit est preferee a la vie active comme la plus digne & la plus grande car la vie active se travaille au labeur de la vie presente/ mais la vie contemplative si commence ja a gouster la saveur du repos advenir.

Pour ce de marie magdaleyne par qui contemplacion est figuree/ dit l’evangile.

Optimam partem elegit sibi maria que non aufferetur ab ea in eternum. Luce. x. ca.

lxxvi Texte

Ne te chaille de nul guettier Mais t’en va tousjours ton sentier Cephalus o son glavelot Le t’apprent/ & la femme loth

lxxvi Glose

Cephalus fut ung ancien chevalier dit une fable que toute sa vie se estoit moult delecté en deduyt de chace & a merveilles sçavoit bien getter ung glavelot qu’il avoit qui avoit telle proprieté que ja ne fust getté en vain & tout occioyt autant qu’il attaignoit. Et pour ce que acoustumé avoit de soy lever au matin & aller a la forest la saulvagine guetter/ sa femme en fut en grant jalousie que luy d’aultre que d’elle fust amoureux & pour la verité sçavoir alla apres pour le guetter. Cephalus qui au boys estoit quant il ouyt la feullee bruyre ou sa femme se mussoit cuida que saulvagine fust/ atant lansa son glavelot & sa femme attaint si l’occist/ dolent fut de la mesaventure cephalus/ mais remede n’y peut estre mys. La femme loth comme tesmoigne la saincte escripture se retourna arriere contre le commandement de l’ange quant elle ouyt derriere soy fondre les cinq citez & pour ce fut tantost tournee en une masse de sel. Et comme toutes choses soyent figureez y peult estre mys assez d’entendemens/ mais a la prendre a la verité pour exemple/ nul bon ne se doibt delecter a guetter aultruy en chose qui ne luy doit appartenir et comme nul ne vouldroit estre guetté/ dit Hermes/ ne fay a ton compaignon nonplus que tu vouldroyes que il te feist & ne vueilles tendre les las pour prendre les hommes ne pourchasser leurs dommages ne deshonneur par aguet ou par cautelle/ car au derrenier tourneroit sur toy.

lxxvi Alegorie

Que il ne luy doit chaloir de nul guetter peult estre entendu que le bon esperit ne se doibt donner peine de sçavoir fait d’aultrui ne d’enquerir d’aultruy nouvelles. Et dit sainct jehan crisostome sur l’evangile sainct mathieu/ comment dit il/ es faitz d’autruy voys tu tant de petites deffaultes & en tes propres faitz tu laisses passer tant grans deffaultes/ se tu t’aymes mieulx que ton prochain pour quoy t’empesches tu de ses faitz & laisses les tiens/ soyes premierement diligent de considerer tes faitz/ & puis considere les faitz d’aultruy. A ce propos dit nostreseigneur en l’evangile.

Quid autem vides festucam in oculo fratris tui? trabem autem in oculo tuo non vides Matthei. vii. capitulo.

lxxvii Texte.

Ne desprises pas le conseil Helenus je le te conseil Car souvent advient maintz dommages Par non vouloir croire les sages

lxxvii Glose

Helenus fut frere hector et filz priam et moult fut sage clerc et plain de science/ sy desconseilla tant comme il peut que paris n’allast en grece ravir la belle heleyne/ mais il n’en fut mie creu dont grant dommage vint aux troyens. Pource dit au bon chevalier que les sages on doibt croire et leur conseil. Et dit hermes/ qui honnoure les sages et use de leur conseil est perpetuel.