xix. Allegorie
Ce qui est dit que le bon chevalier ne soit ne long ne prolixe/ pouons entendre le peché de paresce que le bon esperit ne doibt avoir. Car comme dit bede sur les proverbes salomon le paresceux n’est pas digne de regner avec dieu qui ne veult labourer pour l’amour de dieu. Et n’est pas digne de recepvoir la couronne promise aux chevaliers qui est couart de entreprendre les champs de bataille. pour ce dit l’escripture.
Cogitationes robusti semper in habundantia omnis autem piger in egestate erit Proverbiorum. xxi. ca.
xx Texte
Ne prens pas contens aux renouilles Ne en leur palu ne te fouilles Contre lathona s’assemblerent Et l’eaue clere luy troublerent.
xx Glose.
La fable dit que la deesse lathona fut mere phebus/ et phebé qui est le soleil & la lune et a une ventree les porta. Juno par tous pays les chassoit pour ce que ensainte estoit de jupiter son mari. Ung jour fut moult travaillee la deesse lathona et arriva a ung gué & lors s’abaissa sur l’eaue pour estancher sa grant soif/ la avoit vilains a grans tourbes qui pour la grant chaleur du soleil en l’eaue se baignoient/ & lathona prindrent a ramposner & a luy troubler l’eaue que elle cuidoit boire/ ne pour priere que elle leur feist ne la voulurent souffrir/ ne avoir pitié de son meschief/ si les mauldist/ & dist que a tousjours mais ilz peussent demeurer au palu & fussent lais & abhominables & tousjours ne cessassent de braire & de ramposner. Adonc devindrent les vilains renouilles/ qui depuis ne finerent de braire comme il appert au temps d’esté en ces rivages. Si peult estre que aulcuns paysans firent desplaisir a aucune grant maistresse qui les fist getter en la riviere & noyer. Ainsi devindrent renouilles. Ce est a entendre que le bon chevalier ne se doibt nullement souiller au palu de vilennie. Mais doibt fuyr toutes vilaines taches qui sont contraires a gentillesse/ car comme vilanie ne peult souffrir en soy gentillesse/ aussi ne doibt gentillesse souffrir en soy vilanie/ ne mesmement contendre ne prendre debat a personne vilaine de vices/ & de parler vilain. Et dit platon. Celuy qui adjouste a sa gentillesse noblesse de bonnes meurs est a louer. Et celuy a qui souffist la gentillesse qui vient de ses parens sans acquerir bonnes condicions/ ne doibt pas estre tenu pour noble.
xx Alegorie.
Les villains qui devindrent renoulles pouons entendre le peché d’avarice qui est contraire au bon esperit. Et dit sainct augustin que l’homme avaricieux est semblable a enfer. Car enfer ne scet tant engloutir de ames qu’il die c’est assez. Et se tous les tresors du monde estoient amassez en la possession de l’avaricieux/ il ne seroit pas rassasié. Et a ce propos dit l’escripture.
Insatiabilis oculus cupidi. in parte iniquitatis non satiabitur. Ecclesiastici. xiiii. capitulo.
xxi Texte
Au dieu bacus point ne t’acordes Car ses conditions sont ordes Non vaillables en ses depors Les gens fait transmuer en pors
xxi Glose.
Bacus fut ung homme qui premierement planta vignes en grece. Et quant ceulx de la contree sentirent la force du vin qui les enyvroit ilz disrent que bacus estoit ung dieu qui telle force avoit donnee a la plante. Si est par bacus entendue yvresse. Et pour ce dit au bon chevalier que nullement ne se doibt abandonner a yvresse/ car c’est ung tres impacient vice a tout noble/ & a homme qui vueille user de raison. Et a ce propos dit ypocras. Superfluitez de vins & de viandes destruisent le corps & l’ame & les vertus.
xxi Alegorie
Par le dieu Bacus pouonz entendre le peché de gloutonnie dont le bon esperit se doit garder. De gloutonnie dit sainct gregoire es morales que quant le vice de gloutonnie prent a seigneurier la personne/ elle pert tout le bien que elle avoit fait.
Et quant le ventre n’est restraint par abstinences/ toutes vertus sont ensemble noyees. Pour ce dit saint pol.
horum finis interitus/ quorum deus venter est & gloria in confusione eorum qui terrena sapiunt. Ad philippenses. iii. capitulo.
xxii Texte
Ne t’assotes pas de l’ymage Pimalion se tu es sage Car de tel ymage paree Est la beaulté trop comparee.
xxii Glose.
Pymalion fut ung moult subtil ouvrier de faire ymages. Et dit une fable que pour la grant vilité que il veit es femmes de cidoine il les desprisa & dist que il feroit une ymage ou il n’airoit que redire/ une ymage de femme tailla de souveraine beaulté/ quant il eut parfaicte amour qui subtillement scet cueurs ravir le fist estre amoureux de son ymage & pour luy fut agrigé des maulx d’amours/ plains & clamours a piteux souspirs luy faisoit/ mais l’ymage de pierre ne l’entendoit. Au temple de venus s’en alla pymalion & tant luy fist devote clamour que la deesse en eut pitié/ & en demonstrance de ce le brandon que elle tenoit a parluy s’esprint & aluma. Adonc pour le signe fut joyeux l’amant & vers son ymage s’en va & entre ses bras le print & tant l’eschaufa a sa chair nue que l’ymage eut vie & a parler se print & ainsi pymalion eut joye recouvree.
A ceste fable pevent estre mises maintes expositions & semblablement a toutes aultres fables et pour ce les firent les poetes affin que les entendemens des hommes se aguisassent & subtilliassent a y trouver divers propos. Si peult estre entendu que pymalion desprisa la vilité des femmes folieuses & s’enamoura d’une pucelle de tresgrant beaulté/ laquelle ne vouloit ou ne pouoit entendre ses piteux plaingz nonplus que se de pierre fust. L’ymage avoit faicte. C’est que par penser a ses belles beaultés s’estoit enamouré/ mais en la parfin tant la pria & tant s’en tint pres que elle l’ayma a sa voulenté & l’eut a mariage & ainsi eut l’ymage dur comme pierre recouvree vie par la deesse venus.
Si veult dire que le bon chevalier ne doibt estre assoté de sy fait ymage en telle maniere qu’il en laisse a suyvir le mestier d’armes auquel il est obligé par l’ordre de chevalerie. Et a ce propos dit aptalim/ impartinente chose est a prince de soy assoter de chose qui soit a reprendre.
xxii Alegorie
L’ymage pymalion dont le bon chevalier ne se doibt assoter prendrons le peché de luxure/ dont l’esperit chevalereux doit garder son corps de luxure/ dit sainct hierome en une epistre. O feu d’enfer de qui la busche c’est gloutonnie/ la flamme c’est orgueil/ les flamesches sont corrumpues parolles/ la fumee c’est mauvaise renommee/ la cendre c’est povreté/ & la fin est le torment d’enfer. A ce propos dit sainct pierre l’apostre.
Voluptatem existimantes delicias coinquinationis/ & macule deliciis affluentes conviviis suis luxuriantes. secunde petri. ii. ca.
xxiii Texte
De dianes soyes recors Pour l’honnesteté de ton corps Car ne luy plaist vie touillie Ne deshonneste ne souillie.
xxiii Glose.
Dyane c’est la lune. et comme il ne est riens tant maulvais qui n’ait aulcune proprieté/ la lune donne condicion chaste/ & la nommerent d’une dame ainsi nommee qui fut moult chaste & tousjours vierge. Si veult dire que honnesteté de corps bien appartient a bon chevalier. A ce propos dit hermes. Celui ne pourroit estre de parfait sens qui en lui n’airoit chasteté.
xxiii Alegorie
Et pour ramener les articles de la foy a nostre propos/ les quelz ne pourroient prouffiter au bon esperit chevalereux prendrons pour diane dieu de paradis/ lequel est sans tache aulcune/ amour de toute netteté/ & a qui chose souillee ne pourroit estre aggreable au createur du ciel & de la terre. Laquelle chose est necessaire a croire au bon esperit/ sicomme dit le premier article de la foy que dist monseigneur sainct pierre.
Credo in deum patrem omnipotentem creatorem celi et terre.
xxiiii Texte.
La deesse ceres resemble Qui les bledz donne & nul n’emble Ainsi doibt estre abandonné Bon chevalier bien ordonné
xxiiii Glose
Ceres fut une dame qui trouva l’art de arer les terres car devant semoient les gaignages sans labourer. Et pour ce que plus abondamment porta la terre apres ce que elle eut esté aree disrent que elle estoit deesse des bledz et la terre nommerent de son nom. Si veult dire que ainsi comme la terre est abandonnee et large donnerresse de tous biens/ doibt estre aussi le bon chevalier a toutes personnes abandonné/ et donner son ayde et reconforter selon son pouoir. et dit aristote. Soies liberal donneur & tu acquerras amis.
xxiiii Allegorie
Ceres a qui doit ressembler le bon chevalier prendrons pour le benoit filz de dieu/ que le bon esperit doibt ensuivir qui tant nous a largement donné de ses haultz biens. Et en luy doit estre creu fermement/ sicomme dit le second article que dit sainct Jehan ou il dit.
Et in jesum christum filium ejus unicum dominum nostrum.
xxv Texte.
Toutes vertus entes et plantes En toy comme ysis fait les plantes Et tous les grains fructifier Ainsy doibs tu edifier
xxv Glose.
Ysis dient aussi estre deesse des plantes et de cultiveure qui leur a donné vigueur et croissance de multiplier. pour ce dit au bon chevalier et donne comparaison que ainsy doit il fructifier en toutes vertus/ et tout mal vice eschiver. Et dit hermes a ce propos. O homme se tu sçavoies l’inconvenient de vice comme tu t’en garderoies. Et se le louyer congnoissoyes de vaillance comme tu l’aimerois.
xxv Allegorie
La ou il dit que a isys qui est plantureuse doibt ressembler pouons entendre la benoite conception de jesucrist par le saint esperit en la benoicte vierge marie mere de toute grace/ de qui les grans louenges ne pourroient estre ymaginees ne dittes entierement/ laquelle digne conception doit le bon esperit avoir entee en soy et tenir fermement le digne article sicomme le dit saint Jaques le grant.
Qui conceptus est de spiritu sancto natus ex maria virgine.
xxvi Texte.
Ne te tiens pas au jugement Midas/ qui mie sagement Ne juga/ sy ne t’y conseilles Car il eut pour ce d’asne oreilles
xxvi Glose
Midas fut ung roy qui eut petit entendement/ et dit une fable que phebus & pan le dieu des pastours estrivoient ensemble & disoit phebus que le son de la lire faisoit plus a louer que le son du fretel ou du flajol et pan soustenoit l’opposite & disoit que plus faisoit a louer celluy du fretel sur midas se mirent du jugement de ce discort/ et apres ce que tous deux eurent joué devant Midas a long loisir/ il juga que mieulx valoit le son du fretel. Si dit la fable que phebus qui airé fut en despit de son rude jugement luy fist avoir oreilles d’asnes en demonstrance que entendement d’asne avoit qui si rudement avoit jugé. Si peut estre que aucun juga follement contre ung prince qu’il punit par luy faire porter sur luy aucun signe de fol qui a entendre par les oreilles d’asne. Si est a entendre ceste fable que bon chevalier ne se doit tenir a fol jugement non fondé sur rayson ne luy mesmes ne doit estre juge de folle sentence. A ce propos dit ung philosophe. Le fol est comme la taulpe qui oyt et n’entent & dyogenes compare le fol a la pierre.