iii. Texte
Et avec nous te convient force Se tu de grand vertu fais force Vers Hercules te fault virer Et ses vaillances remirer En qui il eut trop de bernage Et pour tant se a ton lignage Fut contraire/ & eut attaine N’ayes mye pour tant hayne A ses vertus nobles & fortes Qui de prouesse oeuvrent les portes Mais se tu les veulx ensuyvir Ja pour ses vaillances suyvir Ne t’est pour tant necessaire Aux infernaulx guerre faire N’au dieu pluto aller contendre Pour proserpine a avoir tendre La fille ceres la deesse Qu’il ravit sur la mer de gresse Ne il ne t’est mye mestier Que a cerberus le portier D’enfer tu coppes les chaines Ne a ceulx d’enfer prendre ataines Qui trop sont desloyaux gaignons Comme il fist pour ses compaignons Pirotheus & theseus Qui a pou furent deceups D’eulx embatre en celle valee Ou mainte ame est moult adoulee Assez trouveras guerre en terre Sans que l’ailles en enfer querre.
Si ne t’est mye necessaire Pour armes pourchasser & faire Aller combatre aux fiers serpens ravissans Aux lyons/ ne aux loups rampans Je ne sçay se tu l’ymagines Aussi aux aultres saulvagines Pour avoir renom de prouesse Se ce n’estoit en tel destresse Comme pour le tien corps deffendre Se telz bestes pour toy offendre T’assailloient/ lors la deffence T’est honnorable/ & sans doubtance Se tu as sur elles victoire Ce te sera honneur & gloire.
iii Glose.
La vertu de force est a entendre nonmye force corporelle/ mais constance & fermeté que le bon chevalier doit avoir en tous ses faitz deliberez par bon sens/ & force de resister contre les contrarietez qui luy pevent venir. Soit infortune en tribulacions ou fort & puissant courage peult estre vaillable a exaulcement de valeur.
Et pour donner materiel exemple de force allegue hercules/ affin que doublement soit vaillable c’estassavoir en tant que touche ceste vertu. Et mesmement es faitz de chevalerie ou icelluy fut tresexcellent. & pour la haultesse de hector estoit chose convenable luy donner hault exemple. Hercules fut ung chevalier de grece de merveilleuse force & mist a fin maintes chevalereuses prouesses/ grand voiagier fut par le monde. Et pour les grans & merveilleux voyages que il fist es choses de grant force/ les poetes qui parlerent soubz couverture & en maniere de fable disent que il alla en enfer combatre aux princes infernaulx/ & que aux serpens & fieres bestes se combatoit qui est a entendre les fortes emprinses que il faisoit. Et pour ce dit au bon chevalier que il se doibt mirer c’estassavoir en ses prouesses & vaillances selon sa possibilité. Et ainsi comme la clarté du soleil est proffitable a tous/ peult estre bon exemple. Si comme dit ung philozophe. Le grain de forment quant il chiet en bonne terre il est a tous proffitable. Semblablement peult estre bon exemple a tous ceulx vaillable qui vaillance desirent. Et dit ung sage la vertu de force fait l’homme permanable a vaincre toutes choses
iii Alegorie
Ainsi comme sans force & vigueur le bon chevalier ne pourroit desservir pris d’armes Aussi ne pourroit le bon esperit avoir ne gaigner le louyer & pris deu aux bons victoriens sans icelle. Et dit sainct ambroise au premier livre des offices que la vraye force de courage humain est celle qui n’est jamais brisee en adversité/ & ne se orgueillist point en prosperité/ qui se espreuve a garder & deffendre les aornemens des vertus a soustenir justice/ qui fait continuelle guerre aux vices/ qui n’est jamais recreue en labeurs/ qui est hardie en perilz/ & roide encontre les charnelz desirs & a ce propos parle sainct Jehan l’evangeliste en sa premiere epistre.
Scribo vobis juvenes quoniam fortes estis/ & verbum dei manet in vobis vicistis malignum. prima Johannis. ii. capitulo.
iiii Texte.
Encor se veulz estre des noz Resembler te convient minos Tant soit il justicier et maistre D’enfer et de tout son estre Car se tu te veulz avancier Estre te convient justicier Aultrement de porter heaulme N’es digne/ ne tenir royaulme
iiii Glose
Dit prudence au bon chevalier que s’il veult estre du renc aux bons la vertu de justice lui convient avoir. C’estassavoir de tenir droituriere justice & dit aristote. Celuy qui est droiturier justicier/ doit premierement soy mesmes justicier car celui qui fauldra a soi mesmes justicier seroit non digne d’aultrui justicier Si est a entendre soy mesmes corriger de ses deffautes si qu’ilz soient du tout amorties. Et puis homme ainsi correct peut bien et doibt estre corrigeur de plusieurs aultres hommes. Et a parler moralement dirons une fable a ce propos selon la couverture des poetes. Minos comme disent les poetes est justicier d’enfer. Et comme prevost ou souverain baillif. Et devant lui sont amenees toutes les ames descendans en icelle valee. Et selon ce que elles ont desservi penance/ et autant de degrez comme il veult qu’elles soient mises en parfont il tourne sa queue entour soy. Et pour ce que enfer est la justice et punicion de dieu droituriere prenons a present maniere de parler a ce propos. Il fut bien verité que ung roy fut en crete appellé minos de merveilleuse fierté & eut en luy grant rigueur de justice. Et pour ce dirent les poetes que apres sa mort fut comme a estre justicier d’enfer. Et dit aristote. Justice est une mesure que dieu a establie sur terre pour limiter les choses.
iiii Allegorie.
Et comme dieu soit chief de justice et de tout ordre. est il necessaire a l’esperit chevalereux pour parvenir a glorieuse victore que il ait celle vertu. & dit saint bernard en ung sermon que justice n’est aultre chose que rendre a chacun ce qui est syen. Rens doncques dit il a troys paires de gens ce qui est leur. A ton souverain/ a ton pareil ou egal/ et a ton subget. A ton souverain tu dois rendre reverence et obeissance reverence de cueur & obeissance de corps A ton pareil tu dois rendre conseil et ayde/ conseil en enseignant son ignorance et ayde en confortant sa non puissance A ton subject tu dois rendre garde & discipline garde en le gardant de mal faire. et discipline en le chastiant se il a mal fait. Et a ce propos parle salomon es proverbes
Excogitat justus de domo impii ut detrahat impios a malo: gaudium est justo facere justiciam. Proverbiorum. xxi. capitulo.
v Texte
Apres te mire en perseus De qui le hault nom est sceus Parmy le monde en toutes pars Pesagus ly chevaulx appars Chevaucha par l’air en volant Et andromeda en alant Delivra il de la velue Si luy a a force tollue Comme bon chevalier errans Si l’a rendue a ses parens Cestuy fait vueillez retenir Car bon chevalier doibt tenir Celle voye/ s’il veult avoir Honneur/ qui trop mieulx vault qu’avoir. Si te mires en son escu Luysant/ qui plusieurs a vaincu De son fauchon soyes armé Si seras fort & affermé.
v Glose.
Et pource que c’est chose convenable que au bon chevalier soit deu honneur & reverence en ferons figure selon la maniere des poetes. Perseus fut ung moult vailant chevalier/ & plusieurs royaulmes acquist & de luy fut la grant terre de perse nommee & dirent les poetes que il chevauchoit le cheval qui par l’air vole que ilz nommerent pesagus. Et est a entendre renommee qui par l’air vole & va en tous pays il portoit en sa main ung fauchon ou une faulx qui est dit pour la grant foison de gens qui par luy furent desconfitz en maintes batailles. Il delivra andromeda de la velue. ce fut une pucelle que il delivra de ung monstre de mer qui par la sentence de dieu devorer la devoit/ qui est a entendre que tous chevaliers doivent secourir femmes qui besoing de leur ayde ayront. Si peult estre noté perseus/ & le cheval qui vole bonne renommee que le bon chevalier doibt avoir et acquerir par ses bonnes merites/ & la doibt chevaucher/ c’est que son nom doibt estre porté en toutes terres. Et dit Aristote. Bonne renommee fait l’homme reluisant au monde/ & agreable en la presence des princes.
v Alegorie.
Renommee doibt desirer l’esperit chevalereux entre la noble compaignie des benoictz sainctz de paradis acquise par ses bonnes merites. Le cheval pesagus qui le portera sera son bon ange qui fera bon raport de lui au jour du jugement. Andromeda qui sera delivree/ c’est son ame qu’il delivrera de l’ennemi d’enfer par vaincre peché. Et que on doie oultre ce voler ce est bonne renommee avoir en ce monde affin de dieu non par vaine gloire avoir. Dit saint augustin au livre de correction que deux choses sont necessaires a bien vivre/ c’estassavoir bonne conscience & bonne renommee. Conscience pour soy/ & renommee pour son prochain/ & qui se fie en conscience & despite renommee/ il est cruel. Car c’est signe de noble courage de aymer le bien de renommee. Et a ce propos dit le saige.
Curam habe de bono nomine/ magis enim permanebit tibi quam mille thesauri preciosi. Ecclesiastici. xli. capitulo.
vi Texte.
Avec tes inclinacions De jovis les condicions Vueilles avoir/ mieulx en vauldras Quant tu en droit point les tendras
vi Glose
Comme dit est les païens qui adoroient plusieurs dieux. Les planettes du ciel pour espiciaulz dieux tenoient & des sept planettes nommerent les sept jours de la sepmaine jupiter ou jovis adoroient et tenoient pour leur plus grant dieu. pour ce qu’il est assis en la plushaulte espece des planetes apres saturnus. De jovis est le jour de jeudi nommé et mesmes les arquemistes attribuerent & comparerent les vertus des sept metaulz aux sept planettes Et nommerent les termes de leurs sciences/ par icelles planettes comme on peut veoir en geber et Nicolas & les aultres auctoritez d’icelle science. A jupiter attribuerent le cuivre ou arain. Jupiter ou jovis est planette de doulce condicion amiable & moult joyeuse & est figuree a la complexion sanguine pour ce dit Othea c’estassavoir prudence que le bon chevalier doit avoir les condicions Jupiter & ce mesmes doivent avoir tous nobles poursuivans chevalerie. A ce propos dit pitagoras que ung roy doit gracieusement converser avec ses gens & leur monstrer joyeux visage/ et par ainsi est a entendre de tous vaillans tendans a honneur.
Or ramenons a nostre propos allegorie la proprieté des vii planetes.
vi. Allegorie.
Jovis qui est doulce planette & humainne/ dont le bon chevalier doit avoir les condicions/ nous peult signifier misericorde et compassion que le bon chevalier doibt avoir en soy. car dit saint gregoire en l’epistre a nepotian. Je ne recorde point dit il avoir veu ne ouy que cellui soit mort qui a voulentiers acompli les oeuvres de misericorde/ car misericorde a beaucoup de intercesseurs. Et est impossible que les prieres de plusieurs ne soient exaulcees. Et a ce propos parle nostre seigneur en l’evangile.
Beati misericordes quoniam ipsi misericordiam consequentur.
vii Texte
De venus ne fays ta deesse Ne te chaille de sa promesse Le poursuivir en est travailleux Non honorable et perilleux
vii Glose.
Venus est planette du ciel dont le jour du vendredi est nommé. Et le metal que nous appellons estain ou espeautre est a icelle attribué/ venus donne influence d’amours & de vagueté. & fut une dame ainsi nommee qui fut royne de cypre. Et pour ce que elle exceda toutes en excellant beaulté & joliveté et tresamoureuse fut et non constant en ung amour/ mais abandonnee a plusieurs L’appellerent deesse d’amours. Et pour ce qu’elle donne influence de luxure dit Othea au bon chevalier que il n’en face sa deesse c’est a entendre que en celluy vice ne doit son corps ne son entente abandonner. Et dit hermes/ le vice de luxure estaint toutes vertus.
vii Alegorie.
Venus dont le bon chevalier ne doit faire sa deesse c’est que le bon esperit ne doibt avoir en soy nulle vanité et dit cassiodore sur le psaultier/ vanité fist l’ange devenir dyable. Et au premier homme donna la mort et le vuida de bonneureté qui luy estoit ottroyee Vanité est mere de tous maulz la fontaine de tous vices. Et la veine de iniquité qui l’homme met hors de la grace de dieu & le met en sa hayne. Et a ce propos dit david en son psaultier en parlant a dieu.
Odisti observantes vanitates supervacue psal. xxx.
viii Texte.
Se tu en jugement t’assembles Saturnus gard que tu ressembles. Ainçoys qu’ottroyes ta sentence Gard ne la donnes en doubtance
viii Glose.
De saturnus est le jour du samedi nommé/ et le metal que nous appellons plomb & est de condicion tardive pesant et sage. Et fut ung roy de crete ainsi nommé qui moult fut sage dont les poetes parlent soubz couverture de fable. Et dient que son filz jupiter luy coppa les genitores qui est a entendre que il luy tollit sa puissance que il avoit et le desherita et chassa. Et pour ce il est pesant et sage veult dire Othea que le bon chevalier doibt moult peser la chose ains qu’il donne sa sentence soit en pris d’armes ou en aultres affaires. Et ce mesmes pevent notter tous juges qui ont offices appartenant a jugement. Et a ce propos dit hermes. penses bien a tous tes affaires et par especial au jugement d’autruy.
viii Allegorie
Si comme le bon chevalier doibt estre tardif en jugement c’estassavoir bien peser sentence ains qu’il la donne semblablement doit le bon esperit de ce qu’il lui appartient car a dieu appartient jugement qui scet discerner les causes droiturierement. Et dit Sainct gregoire es moralles/ que quant nostre fragilité ne sçait comprendre les jugemens de dieu nous ne les devons mie discuter en hardies parolles/ mais les devons honnorer en paoureuse silence et quelque merveilleux qu’il nous semblent sy les devons nous reputer justes/ et a ce propos parle david en son psaultier.
Timor domini sanctus permanet in seculum seculi. Judicia domini vera justificata in semetipsa. psalmo. xviii.
ix Texte.
Ta parolle soit clere et voire Appollo t’en donra memoire Car celluy ne peult nulle ordure Souffrir dessoubz sa couverture
ix Glose
Appollo ou phebus est le soleil au quel le jour du dimenche est attribué/ & aussi le metal que nous appellons or le soleil par sa clarté monstre les choses mussees. Et pour ce verité qui est clere et monstre les secretes choses lui peult estre attribuee. Laquelle vertu doibt estre en cueur & bouche de tout bon chevalier. Et a ce propos dit Hermes Aimes dieu & verité et donnes loyal conseil.
ix Alegorie.
Appollo qui est a dire le soleil par qui nous nottons verité pouons prendre que verité doit avoir en bouche le vrai chevalier jesuchrist et fuyr toutes faulcetez/ Comme dist crisostome au livre des louenges saint pol. La condicion de faulceté est telle que mesmes ou elle n’a nulz contredisans si dechiet elle en soy mesmes. Mais au contraire la condicion de verité est si estable que tant a plus de adversaires contredisans tant croit elle & se eslieve plus. Et a ce propos dit la saincte escripture.
Super omnia vincit veritas. Secundi Esdre tertio capitulo.
x Texte
A Phebé ne resembles mye Trop est muable et ennemye A constance et a fort courage Merancolieuse et lunage
x Glose
Phebé est appellee la lune. Dont le lundi est nommé & y est attribué le metal que nous appellons argent. La lune n’arreste nulle heure en ung droit point et donne influence de muableté et folie. Et pour ce veult dire que le bon chevalier se doibt garder de telz vices. Et a ce propos dit hermes usez de sapience et soyez constant
x Alegorie
Phebé qui est la lune que nous nottons inconstance que ne doit avoir le bon chevalier & semblablement le bon esperit. Comme dit Saint ambroise en l’espitre a simplician que le fol est muable comme la lune. Mais le saige est tousjours constant en ung estat/ il n’est point brisé par paour/ il ne se mue point par puissance/ il ne se eslieve point en prosperité/ il ne se plunge point en tristesse. La ou est sapience/ la est vertu/ force et constance/ le sage est tousjours d’ung courage/ il n’appetice ne ne croist pour mutation des choses/ il ne flotte point en diverses opinions mais demeure parfait en jesucrist fondé en charité/ enraciné en foy. Et ce propos dit la saincte escripture
Homo sanctus in sapientia permanet sicut sol. Nam stultus sicut luna mutatur ecclesia. xxvii. c. i.
xi. Texte.
Mars ton pere/ je n’en doubt pas Tu ensuyvras bien/ en tous pas Car ta noble condition Y trait ton inclination.
xi Glose.
De mars est nommé le jour du mardi et luy est attribué le metal que nous disons fer. Mars est planette qui donne influence de guerres & batailles.
Et pour ce tout chevalier qui ayme ou suive armes & faitz de chevalerie & en ce ait renommee de valeur peult estre appellé filz de mars. Et pour ce othea nomma ainsi hector. Nonobstant fust il filz au roy priant & dist que bien ensuyviroit son pere ce que bon chevalier doibt faire & dit ung sage que par les oeuvres de l’homme peult on congnoistre ses inclinations.
xi Allegorie.
Mars le dieu de batailles peult bien estre appellé le filz de dieu qui victorieusement batailla en ce monde. Et que le bon esperit voye par son bon exemple ensuyvir son bon pere jesucrist & batailler contre les vices dist sainct ambroise au premier livre des offices que qui veult estre amy de dieu il fault qu’il soit ennemy du dyable. Et qui veult avoir paix a jesuchrist/ il fault qu’il ait guerre contre les vices. Et tout ainsy comme en vain fait on guerre en champ aux ennemys forains la ou la cité est plaine de princes espiez. Ainsi ne pevent vaincre les maulx de par dehors qui ne guerroye fort les pechez de son ame. Et est la plus glorieuse victoire qui soit que vaincre soy mesmes. Et a ce propos parle saint pol l’apostre.
Non est nobis colluctatio adversus carnem et sanguinem sed adversus principes/ & potestates adversus mundi rectores tenebrarum harum contra spiritualia nequicie in celestibus. ad epheseos. sexto capitulo.
xii Texte.
Soyes aorné de faconde Et de parolle nette & monde Ce t’aprendra mercurius Qui de bien parler scet les us.
xii. Glose.
De mercurius est nommé le jour du mecredi & l’argent vif y est attribué. Mercurius est planette qui donne influence de pontifical maintien & de beau languaige aorné de rethorique pour ce dist au bon chevalier que il en doibt estre aorné/ car honorable maintien & belle loquence siet moult a noble desirant le hault pris d’honneur/ mais que il se garde de trop parler. Car dit diogenes que de toutes vertus le plus est le meilleur/ excepté de parolles.
xii Alegorie.
Mercurius qui est dit dieu de langage/ pouons entendre que le chevalier jesuchrist doibt estre aorné de bonne predication/ & de parolle de doctrine/ & aussi doibt aymer et honorer les anonceurs d’icelles.
Et dit sainct gregoire es omelies que on doibt avoir en grant reverence les prescheurs de la saincte escripture/ car ce sont les coureurs qui vont devant nostreseigneur & nostreseigneur les suyt.
Saincte predicacion vient devant et lors nostreseigneur vient a l’habitacion de nostre cueur/ les parolles de exortacion font la course devant. Et lors verité si est receue en nostre entendement. Et a ce propos dit nostreseigneur a ses apostres.
Qui vos odit/ me odit. et qui vos spernit me spernit. Luce decimo capitulo.
xiii Texte
Armeures de toutes sortes Pour toy armer bonnes et fortes Te livrera assez ta mere Minerve qui ne t’est amere
xiii Glose.
Minerve fut une dame de moult grant sçavoir et trouva l’art de faire armeures/ car devant ne s’armoient les gens/ fors de cuir boully. et pour la grant sagesse qui fut en ceste dame l’appellerent deesse. Et pour ce que moult sceut hector armeures mettre en oeuvre/ et que ce fut son droit mestier l’appella othea filz de minerve/ nonobstant qu’il fut filz a la royne Ecuba de troye. Et par semblable nom pevent estre nommez tous les armeurs des armes. A ce propos dit une auctorité. Les chevaliers donnés aux armes sont a icelle subjectz.
xiii Allegorie
Ce qui est dit que armeures bonnes & fortes lui livrera assez sa mere au bon chevalier nous pouons entendre la vertu de foy qui est vertu theologale et est mere au bon esperit et que elle livrera assez armeures dit cassiodore en l’exposition de la credo que foy est la lumiere de l’ame la porte de paradis la fenestre de vie et le fondement de salut pardurable. Car sans foy ne peult nul a dieu plaire/ et a ce propos parle Sainct pol l’apostre.
Sine fide impossibile est placere deo. ad hebreos. xi. ca.
xiiii Texte
Adjouste pallas la deesse Et met avec ta prouesse Tout bien te viendra se tu l’as Bien siet o minerve pallas
xiiii Glose
Apres dit que il adjouste Pallas avec minerve qui bien y siet. Et doit on sçavoir que pallas & minerve est une mesme chose/ mais les noms divers sont prins a deux entendemens. Car celle qui eut nom minerve fut aussi sournommee pallas d’une ysle qui eut nom pallance/ dont elle fut nee.
Et pour ce que elle generalement en toutes choses fut sage/ & maintz artz trouva nouvellement beaulx & subtilz l’appellerent deesse de sçavoir. Si est nommee minerve a ce qui appartient a chevalerie. Et pallas en toutes choses qui appartienent a sagesse. Pour ce veult dire que il doibt adjouster sagesse a chevalerie/ qui moult bien y est duisant. Et comme armes doivent estre garde de la foy/ peult estre entendu a ce propos ce que dit Hermes. Adjouste l’amour de la foy avec sapience.
xiiii Alegorie
Et sicomme pallas qui note sagesse doit estre adjoustee avec chevalerie/ doibt estre la vertu de esperance adjoustee aux bonnes vertus de l’esperit chevalereux sans laquelle il ne pourroit proffiter. Et dit origenes es omelies sur exode que l’esperance des biens advenir est le soulas de ceulx qui travaillent en ceste vie mortelle. Ainsi comme aux laboureurs l’esperance du payement adoulcist le labour de leur besoigne. Et aux champions qui sont en la bataille l’esperance de la couronne de victoire attrempe les douleurs de leurs playes. Et a ce propos parle sainct pol l’apostre.
Fortissimum solatium habemus qui confugimus ad tenendam prepositam spem: quam sicut anchoram habemus anime tutam. Ad hebreos vi. capitulo.
xv Texte
Ayes chiere panthasselee De ta mort sera adoulee Tel femme doibt bien estre aymee Dont si noble voix est semee.
xv Glose
Panthasselee fut une pucelle royne d’amasome et moult fut belle & de merveilleuse prouesse en armes et hardement. Et pour le grant bien que renommee tesmoingnoit par tout le monde de hector le preux l’aymoit de tresgrant amour et de ses parties vint a troye au temps du grant siege pour veoir Hector/ mais quant mort le trouva dolente en fut oultre mesure & atout grant ost de damoiselles moult chevalereuses vengea moult vigoureusement sa mort/ ou elle fist de merveilleuses prouesses/ & maintz grans griefz fist aux gregoys. Et pour ce que elle fut vertueuse dit au bon chevalier que il la doibt aymer. Ce est a entendre que tout bon chevalier doibt aymer & priser toute femme forte en vertu de sens/ et de constance. Et celle femme est adoulee de la mort hector/ c’est a entendre combien prouesse & valeur est amortie en chevalier. Et dit ung sage. Bonté doibt estre louee ou qu’elle soit apperceue.
xv Alegorie.
Panthasselee qui fut secourable pouons entendre la vertu de charité qui est la tierce theologale doibt avoir parfaictement le bon esperit en soy charité & dit cassiodore au psaultier que charité est ainsi comme la pluye qui chiet en printemps qui distile les gouttes de vertus soubz laquelle germe la bonne voulenté et bonne operation fructifie. Elle est patiente en adversitez/ attrempee en prosperité/ puissante en humilité/ joyeuse en affliction/ bien voulante a tous ses ennemys/ & amye mesmement a ses ennemys/ communicaire de ses biens. Et a ce propos parle sainct pol l’apostre.
Caritas patiens est benigna est. Caritas non emulatur/ non agit perperam/ non inflatur/ non est ambitiosa/ non querit que sua sunt. Prima ad corinthios xiii. capitulo.
xvi Texte
Narcisus ne vueilles sembler Par trop grant orgueil affuler Car chevalier oultrecuidé Est de mainte grace vuidé.
xvi Glose.
Narcisus fut ung damoysel qui pour sa grant beaulté fut eslevé en si grant orgueil que il avoit en despris tous les aultres. Et pour ce que il ne prisoit si non lui est il dit qu’il fut si amoureux & assoté de luymesmes que il en mourut apres ce que il se fut miré en la fontaine. ce est a entendre l’oultrecuidance de luymesmes ou il se mira.
Pour ce deffend au bon chevalier que il ne se mire en ses biens faitz/ parquoy il en soit oultrecuidé. Et a ce propos dit Socrates. Filz garde que tu ne soyes deceu en la beaulté de ta jeunesse/ car ce n’est mie chose durable.
xvi Alegorie.
Or ferons alegorie a nostre propos en applicquant aux sept pechez mortelz. Par narcisus entendrons le peché d’orgueil/ dont le bon esperit se doibt garder. Et dit origenes es omelies. A quoy se en orgueillist terre et cendre. ne homme comment se ose il eslever en arrogance/ quant il pense dont il est venu/ et que il deviendra & en combien fresle vaissel est sa vie contenue/ & en quelles ordures il est plungé/ & quelles nettayeures il ne cesse de getter de sa chair par tous les conduitz de son corps. Et a ce propos dit la saincte escripture.
Si ascenderit ad celum superbia ejus et caput ejus nubes tetigerit quasi sterquilinium in fine perdetur Job. x. capitulo.
xvii Texte.
Athamas plain de grant rage La deesse de forcennage Fist estrangler ses deux enfans Pour ce grant ire te deffens
xvii Glose.
Athamas fut roy et mari a la royne juno qui fist semer le bled cuit pour desheriter ses fillastres car elle par argent corrumpit les prestres de la loy qui raportoient les responces des dieux. Si dist au roy & a ceulx de la contree que le bled que on avoit semé n’avoit point prouffité/ pour ce qu’il plaisoit aux dieux que deux enfans que le roy avoit beaulz & gens fussent chassez & exillez. Et pour ce que le roy consentit l’exil de ses deux enfans tout le fist il envis & a grant douleur. dit la fable que la deesse juno en voulut prendre la vengance & ala en enfer dire a la deesse de forsennage que elle venist vers le roy athamas. Adonc l’orrible & l’expouentable deesse vint a tout ses crins serpentins/ & se mist sur le sueil du palais/ et estendit ses bras aux deux lez de la porte. Et adonc telz contens commença entre le roy et la royne que a peu ne se entre occirent. Et quant du palais cuiderent saillir adonc la forsennee deesse tira deux horribles serpens de ses crins et es girons leur lança. Et quant la deesse virent tant espouentable/ adonc tous deux forsenez devindrent. Athamas occist la royne par rage/ et puis ses deux enfans et luymesmes de dessus une haulte roche se lança en la mer. L’exposicion de ceste fable peult estre que une royne fut tant diverse a ses fillastres qu’elle les fist desheriter/ dont puis n’eut paix entre le pere et la marrastre/ & peult estre que au dernier il l’occist. Et pour ce que ire est ung mortel vice et si mauvais que celluy qui en est fort attaint n’a nulle congnoissance de raison dit au bon chevalier que de ire se doibt garder/ car moult est grant default en bon chevalier estre ireux. Et pour ce dit aristote/ garde toy de ire car elle trouble l’entendement & destourne raison.
xvii Allegorie
Athamas qui tant fut plain d’ire entendrons proprement le peché de ire dont le bon esperit doit estre vuide. Et dit saint augustin en une epistre que ainsi comme le vin aigre ou boute corrumpt le vaissel ou il est se il y demeure longuement. Ainsy ire corrumpt le cueur ou elle se boute se elle y demeure de jour a autre/ pour ce dit saint pol l’apostre
Sol non occidat super iracundiam vestram. ad epheseos. quarto ca.
xviii Texte.
Sur toute rien toute ta vie Fuys la faulse deesse envie Qui fist devenir plus vert que yerre Aglaros qui puis devint pierre
xviii Glose.
Aglaros ce dit une fable fut soeur hercé qui tant fut belle que pour sa beauté eut espouse mercurius le dieu de language et furent filles cycrops le roy d’athenes mais tant eut aglaros envie sur sa seur hercé qui pour sa beauté tant fut avancee comme d’estre mariee au dieu que toute d’envie se defrisoit/ et seche devint et descoulouree/ & verte comme yerre pour l’envie que elle portoit a sa seur. ung jour estoit aglaros sur le sueil de l’huis assise et a mercurius qui entrer vouloit en l’ostel veoir l’entree ne pour priere qu’il luy fist entrer ens ne le vouloit laisser. Adonc le dieu se courroussa et dit que tousjours y peust elle remaindre aussi dure comme elle avoit le courage: et lors devint aglaros dure comme pierre si peult estre averee la fable par semblable cas advenir a aulcunes personnes/ Mercurius peult estre ung puissant homme bien emparlé qui fist sa serourge emprisonner ou mourir pour aulcun desplaisir que elle luy avoit fait. Et pour ce dit que elle fut muee en pierre/ et pour cause que trop est villaine tache/ & contre gentillesse estre envieux dit au bon chevalier que il s’en garde sur toute riens. Et dit socrates. Celuy qui porte le faisseau d’envie a peine perpetuelle.
xviii Allegorie
Sicomme l’auctorité defend envie au bon chevalier. Celluy mesmes peché defend la sainte escripture au bon esperit/ et dit Sainct augustin. Envie est la hayne de felicité d’autruy: et se estend l’envie de l’envieux contre ceulz qui sont plus grant de soy/ pour ce que il n’est ainsy grant que eulx/ et contre ceulx qui sont moindres de soy de paour qu’ilz ne devienent aussi grans comme luy/ et a ce propos dit l’escripture.
Nequam est oculus mundi et avertens faciem suam. ecclesiastici. xiiii. ca.
xix Texte.
Ne soyes ne trop long ne prolixe. A toy garder de la malice Ulixés qui l’oeil au geant Embla/ tant fust il cler veant
xix Glose.
Dit une fable que quant Ulixés s’en retournoit en grece apres la destruction de troye/ grant orage de temps transporta sa nef en une isle ou eut ung geant/ qui n’avoit fors ung seul oeil emmy le frond d’orrible grandeur. Ulixés par sa subtilité luy embla & ravit/ c’est a entendre lui creva. Si est a entendre que le bon chevalier se garde que paresce ne le laisse surprendre aux baratz et agaz des malicieux si que son oeil en puist estre ravi. C’estassavoir l’oeil de son entendement ou son honneur ou sa terre ou ce qu’il a plus chier comme souvent adviennent maintz inconveniens par paresce et lacheté Et a ce propos dit hermes/ bieneureux est celluy qui use ses jours en solicitude convenable.