Le vote des femmes

Part 9

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«L'impôt ne peut être consenti que par les ayants droit au vote; pendant que nous ne sommes pas de ceux-ci, nous ne devons rien à l'Etat. Vous aurez, messieurs, l'impartialité de le reconnaître et d'établir ce grand principe de justice sociale, à savoir: que dans un pays où les femmes n'ont pas de droits, les femmes ne peuvent non plus avoir de charges.

HUBERTINE AUCLERT,»

12, rue Cail, directrice de la _Citoyenne_.

VEUVE BONNAIRE,

103, boulevard de la Gare, commerçante et propriétaire.

VEUVE LEPROU,

à Pontlieu (Sarthe), relieuse et propriétaire.

Cette pétition a été écartée par l'ordre du jour.

En 1882 au moment où il fut question de reviser la Constitution nous demandâmes par la pétition suivante que les femmes coopèrent à cette revision.

Messieurs les Députés,

«Permettez-nous d'introduire dans votre discussion sur la revision intégrale ou partielle de la Constitution, une question bien plus importante que toutes celles qui vous divisent: la question d'admettre les femmes comme membres du Congrès, pour reviser la Constitution.

«Si vous voulez réellement faire une constitution républicaine, vous devez décréter que vos mères, vos sœurs, vos épouses, vos filles, les femmes qui portent le beau nom de Françaises--Franques, c'est-à-dire libres--sont affranchies de l'esclavage et jouissent de toutes les prérogatives qu'ont les hommes.

«Vous trouvez mauvais que les femmes acceptent les dogmes, ne serait-ce pas aussi mauvais que les femmes acceptent sans discussion, sans examen, les lois qui sont au temporel ce que les dogmes sont au spirituel? Pour que les femmes respectent la Constitution, pour qu'elles s'y soumettent, il faut qu'elles participent à sa confection.

«L'équité la plus élémentaire, vous conseille d'appeler les femmes au Congrès, pour qu'elles y réclament l'exercice de leurs droits de citoyennes.

«Comment, pourriez-vous tenir plus longtemps en dehors de l'administration des affaires publiques, les femmes sur lesquelles reposent la sécurité et le crédit de la France?

«Vous vous inspirerez de ces considérations sérieuses, messieurs, et si vous voulez réellement fonder la République, vous laisserez aux générations, une Constitution qui donne aux hommes et femmes, les mêmes droits.»

Le rapporteur de la commission des pétitions de la chambre, M. Frédéric Thomas, conclut dans les termes suivants au rejet de la pétition:

«La demoiselle Hubertine Auclert paraît remplie de confiance, elle se flatte que les destinataires de sa pétition s'inspireront de ses considérations sérieuses. L'épithète de sérieuse peut passer pour une qualification ambitieuse; regardons-la, comme l'illusion d'un cœur sensible et aventureux et ménageons-la, sans espérer la guérir en la traitant, sinon par cette fin de non recevoir rigoureuse de la question préalable, du moins par cette exception plus courtoise de l'ordre du jour.»

Ces injures ne nous découragèrent pas, et une nouvelle pétition réclamant l'électorat et l'éligibilité pour les femmes fut déposée à la chambre.

_Pétition pour demander que ces mots: «Les Français,» qui comprennent les deux sexes comme contribuables, comprennent les deux sexes comme électeurs_,

«Messieurs les députés,

«Ce fait que la représentation nationale est exclusivement composée d'hommes, et d'hommes exclusivement mandatés par des hommes, cause un préjudice moral et matériel considérable aux femmes. L'absence des femmes de la législature produit l'injustice de la législation.

«Dans la discussion et le vote des lois générales, les femmes n'ayant personne pour prendre la défense de leurs intérêts, leurs intérêts sont sacrifiés.

«Dans la discussion et le vote des lois qui visent particulièrement les femmes, les projets qui leur seraient favorables sont écartés, pour ce principal motif qu'ils gênent l'autocratie masculine, ou prennent pour les femmes un peu des budgets que les hommes se sont presque exclusivement attribués.

«Nous vous demandons, messieurs les députés, de décider que ces mots «_Les Français_» soient interprétés dans la loi électorale comme ils le sont dans la loi civile. Ces mots «_Les Français_» qui comprennent les deux sexes comme contribuables doivent comprendre les deux sexes comme électeurs, donc, leur conférer, au même titre, le droit au vote municipal et politique, le droit à l'éligibilité.

«Les femmes ont autant d'intérêt que les hommes à la confection des bonnes lois, à la répartition équitable des budgets. Or, l'exercice des droits civiques est le seul moyen pour elles de contrôler ce qui se fait, de garantir à la fois leurs intérêts et leur liberté.

Cette pétition couverte de plus de mille signatures fut rejetée par l'ordre du jour.

M. Cavaignac dit dans son rapport: «Il n'est pas permis de parler légèrement d'une thèse dont des hommes éminents et parmi eux Stuart Mill, se sont faits les défenseurs éloquents. Mais l'opinion n'est pas suffisamment préparée, à voir siéger sur les bancs de nos assemblées, un élément étranger au sexe masculin. Les femmes ne sont pas préparées au maniement des affaires publiques.»

Hé! ce ne sera qu'en votant et en légiférant que les femmes deviendront d'habiles législatrices.

Tous les journaux parlèrent de cette pétition.

La _Presse_ trouva la réponse de la commission des pétitions dangereuse. Elle semble, dit-elle, encourager Mlle Hubertine Auclert à persévérer et à gagner l'opinion publique à une idée qui est fausse.

Le _Figaro_ appuya notre revendication.

«Comment, dit-il, n'être pas choqué à l'idée qu'une de ces femmes de tête, comme on en compte par milliers dans le commerce ou l'industrie, ou bien une de ces femmes de haut luxe, résumant en elle la culture de vingt générations n'ait pas sur les affaires publiques, la part d'influence que personne n'oserait contester aujourd'hui au charretier de la marchande, ou au palefrenier de la grande dame.

Changeons de monde si vous voulez; comparez la ménagère laborieuse, économe, martyre du mariage et de la maternité, qui vient chercher le jour de paie, à l'atelier, son mari ivrogne et qui tâche de sauver des cabarets le modeste pécule de la maisonnée! L'être maculé de vin et de boue, dégradé, abruti, immonde, qui heurte les murailles et qui bat sa femme--c'est l'électeur. C'est lui dont on défend les droits, c'est lui qu'il est urgent de représenter.

La femme, la victime ne compte pas; elle n'est pas «suffisamment préparée.»

Dans La _Bataille_ M. Lissagaray réfuta en ces termes le rapport de M. Cavaignac: «Le vote des femmes est le corollaire fatal du suffrage universel, comme la vie politique est le corollaire de l'affranchissement des noirs; où il y a identité absolue d'intérêt, il ne saurait exister de différence dans le droit.

_Pétition au Congrès de Versailles_ (_12 Août 1884_)

_A Messieurs les membres du Congrès_

Messieurs,

Nous venons rappeler à votre mémoire l'existence des femmes, existence dont vous paraissez vouloir vous abstenir de tenir compte en revisant la Constitution.

Veuillez vous souvenir que les femmes sont la moitié de la nation.

Responsables, contribuables, membres de la société, les femmes sont au même titre que les hommes des ayants droit.

Pour que la France entière soit représentée aux Chambres, pour que le suffrage soit véritablement universel, il faut que les femmes soient électrices.

Vous voulez supprimer le suffrage restreint pour l'élection des sénateurs, supprimez, en même temps, le suffrage restreint pour l'élection des députés; appelez les femmes à voter comme les hommes.

Nous vous prions, messieurs, d'introduire dans la nouvelle Constitution, un paragraphe qui autorise les femmes à exercer leurs droits de Françaises et de citoyennes.

Vous ne feriez pas une Constitution républicaine, si vous conserviez dans la loi, pour ces égaux devant les charges--les femmes et les hommes--l'inégalité devant les droits.

Une Constitution qui diviserait toujours la nation en deux camps, celui des rois--les hommes souverains--et celui des esclaves--les femmes exploitées--serait une Constitution autocratique et mort-née.

Nous vous demandons, Messieurs, au nom des femmes de France, et dans l'intérêt des hommes et des femmes, d'avoir le courage de faire une Constitution qui donne à tous, Français et Françaises, avec les mêmes devoirs, les mêmes droits.

Pour le Cercle du Suffrage des Femmes:

_La déléguée_

HUBERTINE AUCLERT.

Cette pétition est venue à l'ordre du jour de la huitième séance, et, chose curieuse, c'est un nègre, c'est-à-dire un homme qui, en raison de la couleur de sa peau a été victime des préjugés, qui est monté à la tribune proposer de maintenir les préjugés de sexe.

Malgré le respect qu'elle professe pour les dames, a dit M. Gerville-Réache (_rires_)[14], la commission ne croit pas nécessaire de leur accorder des droits politiques et de leur imposer les devoirs politiques qui appartiennent aux citoyens français. Elle ne croit pas non plus que ce vœu soit celui de la majorité des Françaises. La commission propose donc l'ordre du jour sur cette pétition.

[14] Avant 1848 on riait aussi quand on parlait de donner le vote à tous les hommes.

Ce n'est pas galant s'écria un membre de la gauche.

M. Raoul Duval ne s'explique pas pourquoi de simples aspirantes à l'électorat sont traitées plus favorablement que des membres de l'assemblée nationale.

_Opinion de la presse sur notre pétition._

_Le Temps_

On ne saurait reprocher à l'Assemblée nationale d'avoir manqué de courtoisie envers les dames, Mlle Hubertine Auclert, directrice du journal la _Citoyenne_, organe des droits sociaux et politiques de la femme, plus heureuse que M. Barodet et nombre d'autres membres du sexe laid, n'a pas eu à subir l'affront de la question préalable pour sa pétition relative à l'électorat des femmes. Cette pétition a eu les honneurs d'un rapport à la tribune et on ne lui a opposé que l'ordre du jour pur et simple, ce qui, en pareille matière, est presque un succès, car Mlle Auclert, quelle que soit la ferveur de son apostolat, ne pouvait s'être fait cette illusion que le Congrès, quittant toutes autres préoccupations, allait consacrer une partie de son temps à discuter sérieusement le point de savoir si les femmes seraient mises, pour l'exercice des droits politiques, sur le même pied que les hommes.

Mlle Hubertine Auclert doit donc se trouver très heureuse d'avoir occupé, ne fût-ce que pendant quelques instants l'attention du Congrès. Pareille fortune n'est pas advenue à tout le monde.

_Le XIXe siècle_

Mlle Hubertine Auclert ne cesse pas de revendiquer en faveur des femmes. Sa pétition au Congrès demandait pour les femmes l'électorat et l'éligibilité politiques. Elle était fort bien tournée, cette pétition, et il est certain que si Mlle Hubertine Auclert triomphait, les Congrès futurs offriraient un aspect plus agréable que les Congrès d'aujourd'hui. Mais la pétition de Mlle Hubertine Auclert n'a obtenu du Congrès que la question préalable, tout comme un amendement, tempérée par un mot gracieux et galant du rapporteur. C'est à recommencer et vous pouvez compter que la pétitionnaire recommencera. Rien ne la lasse. Et elle tient à faire mentir les ennemis des femmes qui prétendent que le sexe n'a pas l'esprit de suite dans ses entreprises!

HENRI FOUQUIER

_Le Soleil_

Dans une tribune quelques femmes ont applaudi le nom de Mlle Hubertine. Auclert. Cette manifestation a été très vite réprimée sur les ordres de la questure.

_Le Moniteur universel_

Mlle _Hubertine Auclert_ rappelle avec raison que les femmes sont au même titre que les hommes des ayants droit.

Voyez combien vous êtes injustes; vous inventez le suffrage universel, et vous ne vous apercevez pas qu'il n'y a rien de moins universel que ce suffrage.

Vous avez exclu les femmes; pourquoi cela?

Avez-vous donc peur qu'elles usent mal du droit de vote?

J'en appelle à toutes les mères de famille; que font-elles donc du matin au soir, si ce n'est d'exercer, comme on disait autrefois, un véritable sacerdoce?

Et quoi, une mère élève son enfant, et cet enfant lui doit tout ce qu'il est; elle fait tout cela, et vous dites qu'elle est incapable de nommer des députés?

Laissez-moi vous le dire, quand on crée des hommes, on a bien le moyen de faire des députés.

On a même le moyen d'en faire de très bons; est-ce par hasard cela qui vous fait peur?

La femme est un être essentiellement civilisé: prenez-la dans un tel milieu que vous voudrez; si défectueuse que soit son éducation, si incomplète que soit son instruction, ce n'est jamais en vain que vous ferez appel en elle à tout ce qu'il y a de noble et d'élevé dans l'humaine nature.

Ah! tenez, vous vous ôtez le plus clair de vos ressources et votre arme la plus solide, quand vous vous privez du concours de la femme dans vos luttes politiques.

ROBINSON.

_Le Rappel._

Je crois que c'est moi qui ai publié le premier la pétition de Mlle Hubertine Auclert demandant à l'Assemblée nationale «d'avoir le courage de faire une Constitution qui donnerait à tous les Français et Françaises avec les mêmes devoirs les mêmes droits civils et politiques.»

Mlle Hubertine Auclert a dit, entre autres, une chose à laquelle il ne nous paraît pas très facile de trouver une réponse: c'est que nous nous prétendons sous le régime du suffrage universel, et que c'est un drôle de suffrage universel, que celui qui commence par destituer la moitié du genre humain.

M. Gerville-Réache a cru répondre en disant qu'il ne croyait pas que la pétition de Mlle Hubertine Auclert répondît au sentiment et au désir de la majorité des Françaises. M. Gerville-Réache croit-il que l'émancipation des noirs répondît au sentiment et au désir de la majorité des esclaves? L'état de sujétion est un état mou et lâche auquel on tient par habitude et par hébétude, et le premier mouvement est de reculer devant la liberté, c'est-à-dire devant la responsabilité. Mais ce n'est pas une raison pour perpétuer la servitude, il faut affranchir les esclaves et les femmes, même de force.

AUGUSTE VACQUERIE.

_Paris._

Quelques orateurs se sont couverts de gloire en _blaguant_ l'honorable pétitionnaire. Etant donné que les novateurs ont toujours tort, c'était une besogne trop facile.

Il n'y a pas un argument sérieux pour combattre le vote des femmes. On n'ose pas invoquer la question d'intelligence. Cela ferait rire tous les gens de bonne foi. La femme la plus bête sera toujours plus fine que l'homme le mieux doué. La femme possède un tact supérieur: puisque le suffrage universel est entré dans nos mœurs, il faut, sous peine d'illogisme, l'admettre tout entier. Dans quelque cinquante ans d'ici, nos petits-neveux seront stupéfaits d'apprendre qu'on aura attendu un long temps avant de donner à la femme des droits politiques égaux à ceux de l'homme. Nous paraîtrons aux yeux des citoyens de l'avenir, aussi stupides que les membres du concile de Mâcon, qui, à la majorité d'une voix seulement, décrétèrent que la femme avait une âme.

ALBERT DELPIT.

_Le National._

L'admission des femmes au vote n'est plus qu'une question de temps. Qui aurait cru, sous Louis XVI, alors que les paysans n'étaient encore que «ces sortes d'animaux farouches» dont parle La Bruyère, qu'ils seraient un jour, par le suffrage universel, les véritables souverains du pays? Ne jetons pas la pierre à Mlle Hubertine Auclert, les idées qu'elle défend feront leur chemin.

PAUL FOUCHER.

_Pétitionnement organisé par le Journal «La Citoyenne» pour réclamer le suffrage des femmes_

«Messieurs les députés,

«Etant donné que non seulement les intérêts des femmes mais tous les intérêts français sont gravement compromis par l'absence des femmes de la législature.

«Etant donné que, conciliatrices et pacificatrices par excellence, les femmes rendront possibles sans révolutions les réformes sociales, dès qu'elles participeront à la vie publique.

«Etant donné, d'autre part, que les femmes, contribuables et responsables, sont des ayants-droit qui doivent de concert avec les hommes, administrer les fonds publics, faire les lois.

«Nous vous prions, Messieurs les députés, de bien vouloir réformer la loi électorale de manière qu'elle confère aux femmes les droits politiques: vote et éligibilité.»

Pour le rapporteur de cette pétition M. Escanyé, la question de l'électorat et de l'éligibilité des femmes est digne des méditations des philosophes et des publicistes, mais il trouve que le moment n'est pas venu de lui donner une solution et fait rejeter notre pétition par l'ordre du jour.

_Pétition au Conseil Général de la Seine._

Messieurs les conseillers généraux,

Dans votre séance du 6 juillet, vous avez adopté un vœu d'amnistie en faveur des falsificateurs et des fraudeurs destitués de leurs droits civiques.

Puisque vous êtes à ce point bons et généreux, permettez-moi d'appeler votre attention sur une catégorie d'individus, bien plus intéressante que celle qui a été l'objet de votre sollicitude, et de vous demander d'émettre en faveur des vingt millions de Françaises, arbitrairement privées de leurs droits de citoyennes, un vœu d'amnistie qui les relève du crime d'être nées femmes.

Vous ne pouvez, messieurs les conseillers, avoir moins de pitié pour les femmes, innocentes victimes des préjugés, que pour les voleurs, qui en falsifiant les aliments, ont altéré la santé de la nation et assassiné lentement peut-être des milliers d'individus.

Je vous prie de mettre fin au monstrueux déni de justice qui déshonore la République, en émettant le vœu qu'avant les élections de 1885 les femmes soient mises en possession de leurs droits électoraux.

J'espère, messieurs les conseillers généraux, que vous voudrez bien accueillir favorablement la requête que je vous adresse au nom de mon sexe, et je vous prie d'agréer, avec mes remerciements anticipés, l'hommage de ma haute considération.

Hubertine AUCLERT,

Directrice de La _Citoyenne_.

_Conseil Général de la Seine, séance du 2 décembre 1885._

ORDRE DU JOUR SUR UNE PÉTITION DE Mlle HUBERTINE AUCLERT DEMANDANT QUE LES FEMMES SOIENT MISES EN POSSESSION DE LEURS DROITS ÉLECTORAUX

_M. Georges Berry_ rapporteur.--Mlle Hubertine Auclert a adressé au conseil général de la Seine une pétition ayant pour but de faire appuyer, par un vœu de cette assemblée, les revendications qu'elle ne cesse de faire au sujet du droit électoral des femmes.

«Tout le monde connaît, en effet, les efforts mémorables de Mlle Hubertine Auclert, qui a fait une agitation de tous les instants autour de la question du vote des femmes.

«Tantôt, elle réclame son inscription sur les listes électorales et épuise en vain les juridictions sans se décourager.

«Tantôt elle refuse de payer ses contributions, sous prétexte que si elle n'a pas les droits d'un citoyen, elle ne saurait en avoir les charges.

«Tantôt, enfin, elle fait signer des pétitions pour le Sénat et la Chambre des députés.

«Aujourd'hui, c'est nous que Mlle Hubertine Auclert charge du soin de saisir de nouveau les pouvoirs publics.

«Les femmes, dit Mlle Auclert, ont les mêmes charges que les hommes, pourquoi n'ont-elles pas les mêmes droits? Elles sont en outre, au moins aussi intelligentes qu'eux? pourquoi dès lors leur refuser de prendre part à la confection des lois, où, entre parenthèse, elles sont abominablement sacrifiées, et à la discussion d'un budget qui absorbe leurs finances?

«La nature de la femme dit M. Georges Berry, son caractère, son rôle dans la vie, sont autant de motifs qui doivent la faire exclure de la scène politique.

«Chez la femme l'élément sensuel domine l'élément intellectuel. Quels hommes d'affaires choisiront ces dames?

«Si les femmes deviennent électeurs, elles deviendront du même coup éligibles et je crains qu'elles soient aussi mauvais députés qu'imparfaits électeurs.

«La femme n'a aucune aptitude pour les fonctions publiques. Ce qui prouve son incompétence en politique, c'est l'attraction qu'elle subit de la part de tout ce qui est faux.

«La véracité et la précision sont des traits caractéristiques masculins!. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . quels gâchis! quelles intrigues indignes de la représentation nationale! quelles lois contradictoires! quelle majorité versatile! que de séances perdues, dans cette assemblée des deux sexes...»

Quand M. Georges Berry a été las d'insulter les femmes, il s'est excusé d'avoir été aussi grossier envers elles. «Si je leur ai dit tant de choses désagréables, s'est-il écrié, c'est leur faute, elles n'avaient qu'à ne pas réclamer leurs droits au conseil général.» Aujourd'hui le gouvernement laisse tout dire et tout faire aux petites filles d'Olympe de Gouges. Finalement il demande de passer à l'ordre du jour sur la pétition de Mlle Hubertine Auclert:

_M. Cattiaux._--Messieurs, je ne viens pas réclamer aujourd'hui le droit de vote en faveur des femmes, par cette seule raison que leur éducation a été trop négligée.

Quant à ce droit lui-même, il est incontestable (Réclamations) nous ne pouvons qu'en retarder l'avènement.

La femme a des charges comme les hommes; n'élève-t-elle pas seule ses enfants après la mort de son mari ou quand elle est fille-mère,--plutôt par la faute de l'homme que par la sienne.

Or, vous ne faites pas pour elle ce que vous devriez faire: laissez-lui donc alors revendiquer ses droits et puisqu'elle n'a pas d'autre moyen de les faire triompher que le vote, donnez-lui le pouvoir de voter?

_M. Michelin._--Il s'agit de statuer sur le rapport de M. Georges Berry.--Je viens combattre les conclusions de ce rapport et me déclarer très nettement pour le droit des femmes.

_M. Monteil._--Il faut dire cela à la Chambre.

_M. Michelin._--Je suis disposé à le faire, Monsieur Monteil.

J'estime que, dans une République, la femme doit être traitée autrement que sous les lois de l'Eglise et de la monarchie._

_M. Maurice Binder._--Si les femmes votaient, la République n'en aurait pas pour vingt-quatre heures!

_M. Michelin._--Je sais qu'il est contraire aux principes de l'Eglise de donner aux femmes des droits, et même un concile s'est réuni pour étudier la question de savoir si la femme avait une âme.

Il appartient à la société moderne d'émanciper la femme au point de vue civil, au point de vue politique.

Au point de vue municipal et politique, je demande que l'on commence au moins par reconnaître le droit de vote des femmes dans les élections communales. Des femmes ont souvent des intérêts considérables dans une commune et l'on ne comprend pas qu'elles ne soient pas appelées à voter, pour défendre ces intérêts.

J'irai plus loin et je voterai l'admission des femmes aux droits politiques. Nous ne devons pas établir deux catégories de citoyens. Je sais très bien qu'aujourd'hui l'éducation de la femme est le plus souvent cléricale; mais, fort heureusement, les idées marchent et, avant peu, je l'espère, la femme sera complètement affranchie du confessionnal et des superstitions du Moyen Age. Le meilleur moyen de parvenir à ce résultat, est de reconnaître les droits de la femme.

Il est grandement temps, messieurs, de s'occuper de la condition de la femme dans notre société moderne.

Je suis convaincu que le Conseil général ne voudra pas sanctionner le rapport très spirituel de M. Berry, mais qui vous propose des conclusions contraires à l'équité; qu'il envisagera de haut cette question et dira très nettement, que la femme, dans la société moderne, n'a pas les droits qu'elle doit avoir.

_M. le Président._--Le scrutin est ouvert sur les conclusions de la Commission.