Part 10
Nombre de votants........ 48 Majorité absolue......... 25
Onze ont voté contre le rapport de M. Georges Berry, c'est-à-dire pour le suffrage des femmes:
MM. Cattiaux, Chabert, Chassaing, Decorse, Desmoulins, Jacquet, Michelin, Navarre, Piperaud, Rousselle, Paul Viguier.
37 ont voté pour le rapport réactionnaire de M. Berry. Voici les noms de ces partisans de la royauté masculine.
MM. Léopold Auguste, Bartholoni, Georges Berry, Maurice Binder, Boll, Collin, Combes, Cusset, Darlot, Delhomme, Desalys, Després, Dufaure, Gamard, Guichard, Ernest Hamel, Hattat, Jacques, Alfred Lamoureux, Leclerc, Lefoullon, Lerolle, Stanislas Leven, Levraud, Maillard, Mathé, Mayer, Millerand, Monteil, Patenne, Réty, Riant, Robinet, Ruel Sauton, Simoneau, Weber.
Excusés:
MM. Hubbard, Rouzé, Songeon.
Enfin, voici les noms des abstentionnistes qui ont eu peur de se nuire en étant justes.
MM. Armengaud, Boué, Braleret, Cernesson, Chautemps, Cochin, Curé, Davoust, Delabrousse, Deligny, Depasse, Deschamps, Dreyfus, Dujarrier, Frère, Gaufrès, Hervieux, Jobbé-Duval, Lefèvre, Narcisse Leven, Lyon-Alemand, Marsoulan, Marius Martin, de Ménorval, Mesureur, Muzet, Pichon, Emile Raspail, Aristide Rey, Reygeal, Strauss, Stupuy, Vaillant, Vauthier, Villard, Voisin.
_Pétition demandant l'électorat pour les célibataires et les veuves._
«Messieurs les Sénateurs,
«Messieurs les Députés,
«Permettez-nous d'appeler votre attention sur la condition--de mise hors le droit commun--qui est conservée à la femme sous la République.
«Les femmes responsables et contribuables--qui sont comme les hommes des ayants droit à contrôler l'emploi de l'argent qu'elles versent au Trésor et à faire les lois qu'elles subissent--sont encore dans la société destituées de tous les droits.
Nous vous demandons, Messieurs, d'accorder au moins à celles de ces femmes--LES CÉLIBATAIRES ET LES VEUVES--dont les intérêts ne sont représentés par personne dans les assemblées élues, le pouvoir de garantir leur sécurité et de sauvegarder leurs affaires privées en participant à la gestion des affaires publiques.
Les femmes célibataires et veuves ne sont pas mineures, quant à leurs biens personnels, pourquoi le seraient-elles relativement à leur part indivise des biens de la Commune et de l'Etat? Le pouvoir qu'elles ont d'administrer leur fortune privée doit--pour être effectif--avoir pour corollaire le pouvoir d'administrer leur fortune publique.
Nous espérons, Messieurs, que vous accorderez à la moitié déshéritée de la nation française un commencement de justice, en autorisant les célibataires et les veuves à exercer leurs droits de citoyennes.»
Cette pétition, a été à la Chambre et au Sénat, écartée par l'ordre du jour:
_A la Chambre des Députés._
M. de Lévis-Mirepoix, rapporteur, après avoir rappelé ma campagne en faveur des droits politiques des femmes dit:
«Aujourd'hui, dans une pétition différente en apparence, mais absolument identique quant au fond, et avec une subtilité d'imagination que nous ne voulons pas lui contester, la demoiselle Hubertine Auclert, réduisant habilement ses prétentions à une classe spéciale de femmes, sollicite l'exercice des droits politiques pour les veuves et les célibataires dont les intérêts ne sont, dit-elle, représentés par personne: elle espère ainsi, par une argumentation spécieuse qui ne manque pas d'une certaine valeur, faire admettre le principe cher à ses rêves, mais qui, une fois introduit dans la législation, ne manquerait pas d'y prendre une dangereuse extension».
«En effet, si ces arguments prévalaient, il faudrait étendre les mêmes droits à toutes les femmes qui, pour des causes diverses, sont privées de quelqu'un pouvant représenter leurs intérêts. La commission ne veut pas s'appesantir sur les graves inconvénients qu'entraînerait une telle innovation.»
Au Sénat M. de la Sicotière, rapporteur, dit: «Tout en imitant la courtoisie dont l'autre chambre a toujours fait preuve à l'endroit de la pétitionnaire, nous avons le regret de ne pouvoir vous proposer que l'ordre du jour.
«Après les veuves et les célibataires, toutes les affranchies de la tutelle maritale réclameraient l'exercice des droits civiques et par la brèche ainsi ouverte, toutes les femmes finiraient par passer.»
Les journaux trouvèrent cette pétition très juste.--«On ne peut, dit le _Figaro_, alléguer d'autres raisons que le préjugé contre le vote des femmes célibataires et veuves qui ne sont pas mineures quant à leurs biens personnels».
_Pétition réclamant le suffrage pour les filles majeures, les veuves, les divorcées._
«Messieurs les Députés
«Nous vous prions de conférer le droit électoral aux millions de Françaises célibataires:--les filles majeures, les veuves, les divorcées--qui sont maîtresses de leur personne, de leur fortune, de leurs gains afin qu'elles puissent en votant, sauvegarder, dans la commune et dans l'Etat, leurs intérêts qui sont actuellement laissés à l'abandon.»
Cette pétition circula avec succès dans les milieux les plus divers; dans les cafés, les marchés, les halles en les galeries de l'exposition de 1900, elle fut couverte de plus de trois mille signatures et déposée par M. Clovis Hugues sur le bureau de la Chambre en 1901.
M. Gautret qui avait signé cette pétition et avait demandé à la déposer; sournoisement, la transforma en projet de loi, comme il avait déjà transformé en projet de loi notre pétition réclamant la loi des sièges. Il nous écrivit «qu'en agissant ainsi, il avait eu la ferme intention d'aboutir plus vite.» Ne nous plaignons pas, que l'on trouve bonnes nos idées.
Notre pétition et la proposition de loi renvoyées à la commission du suffrage universel, ne sont pas venues à l'ordre du jour.
_Pétition aux Conseillers généraux de la Seine._
«Messieurs les conseillers généraux,
«Vos efforts pour faire progresser les êtres et les choses m'excitent à croire que plus encore que les conseillers qui vous ont précédés, vous êtes résolus à pousser en avant l'humanité. C'est donc avec confiance que je viens vous prier--comme j'ai prié il y a vingt-et-un ans vos prédécesseurs--d'émettre un vœu pour que les femmes soient appelées à exercer leurs droits électoraux.
«Ces droits, qui sont pour l'être humain les meilleurs instruments d'émancipation, sont aussi la plus sûre garantie de n'être point lésé, quand surviennent des changements dans l'ordre social et la condition des individus.
«Veuillez, messieurs, considérer que la question de la propriété est à l'ordre du jour. Or, si le capital et la propriété étaient socialisés avant que les femmes soient électeurs, ces malheureuses ne récupéreraient pas en la société nouvelle ce qui leur aurait été pris, attendu que les fonctions, les emplois, le bon travail seraient monopolisés par les électeurs-souverains; donc, plus encore que maintenant, les déshéritées du droit seraient des êtres de peine, des bêtes à plaisir.
«Sachant que les désirs que vous exprimez sont des ordres pour le Parlement, vous ne voudrez pas vous soustraire au devoir de faire se transformer la République de nom en République de fait, en aidant les matrices de la nation à devenir citoyennes!
«Vous voterez en 1906 la proposition qui fut examinée par vos prédécesseurs en 1885, ainsi que l'atteste le Bulletin municipal officiel du 3 décembre 1885.
«Votre dévouement au bien public vous incitera à faire bénéficier le pays de l'intégralité de l'intelligence de ses habitants de l'un et de l'autre sexe; aussi, messieurs les conseillers généraux, j'espère que vous accueillerez favorablement la requête que je vous adresse au nom des Françaises, et je vous demande de vouloir bien agréer mes remerciements anticipés.
«Hubertine AUCLERT.»
_Conseil Général de la Seine, séance du 20 novembre 1907._
Vœu relatif à la participation des femmes aux droits électoraux.
M. d'Aulan rapporteur.--Messieurs, votre 4e commission m'a chargé de rapporter favorablement un vœu présenté par Mme Hubertine Auclert en faveur de la «participation des femmes aux droits électoraux.»
Mme Hubertine Auclert exprime son espoir de voir obtenir un meilleur sort au même vœu qu'elle présenta il y a 21 ans--et nous devons louer sa persévérance-au Conseil Général.
A cette époque que je n'ose dire lointaine--quelques-uns de nos collègues déjà nubiles auraient pu apprécier la valeur de la requête «en aidant les matrices de la nation à devenir citoyennes» selon l'expression de Mme Hubertine Auclert.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
J'estime pour mon compte, messieurs, que le beau sexe ne doit pas se mêler aux luttes politiques, ce serait trop souvent transformer son sourire en grimace.
_M. Thomas._--Pourquoi les femmes ne seraient-elles pas aussi capables que les hommes en cette matière? Elles sont tout aussi intelligentes qu'eux.
_M. d'Aulan._--Mais j'estime aussi que les femmes qui gèrent des intérêts de propriété, d'industrie ou de commerce ont droit à donner leur opinion sur la façon dont nous gérons les intérêts de la ville ou du département.
Cela changera-t-il la composition de notre assemblée? Je ne le crois pas.
Dans le quartier qu'habite Mme Hubertine Auclert celui de la Roquette, où l'on a quelquefois perdu la tête, notre collègue qui représente le quartier récoltera le suffrage des dames, comme le feront de l'autre côté du conseil, les conseillers de la rue Marbeuf ou de l'ex-rue Bréda.
Aussi, au nom de votre 4e commission, ai-je l'honneur de vous proposer de voter le vœu suivant:
«Le Conseil Général.
«Emet le vœu,
«Que les femmes soient appelées à jouir du droit électoral pour les élections au conseil général et au conseil municipal.
Adopté:
_M. Landrin._--J'ai voté le vœu présenté par la 4e commission, mais il me semble que cette question était suffisamment importante pour être traitée d'une façon plus sérieuse par M. le rapporteur.
Tous les journaux ont parlé du vœu émis par le conseil général de la Seine.
Le _Temps_ dit: «Sur la demande de Mme Hubertine Auclert qui les priait d'aider «les matrices de la nation à devenir citoyennes» les conseillers généraux ont émis le vœu que les femmes soient appelées à jouir du droit électoral.
Ce vœu présenté avec une grâce toute dix-huitième par M. le comte d'Aulan a été voté à main levée. Le débat court et vif fut empreint d'une certaine gaieté.»
Pour Le _Figaro_. «Le féminisme a remporté une petite victoire toute platonique, d'ailleurs, mais flatteuse.
MM. les conseillers généraux ont beaucoup ri et comme la gaieté est gentille conseillère, le vœu féministe fut adopté à la majorité des suffrages.»
Le Petit _Journal_ pense que «Le conseil général a émis un vœu qui marquera d'une pierre la route vers la conquête du droit de vote qu'ont entreprise depuis longtemps déjà des groupes féministes...»
Suivant L'_Eclair_ «le vote du conseil général est par le succès qu'il souligne un des feuillets intéressants du livre d'or du féminisme.»
L'_Echo de Paris_ fait remarquer que «c'est sans discussion que le conseil général à mains levées a voté le vœu favorable au suffrage des femmes. A la contre épreuve il n'y a même pas eu la moindre opposition.
«Evidemment, les féministes préféreraient qu'un tel vœu eût été émis par le Parlement; mais il y a commencement à tout et puisque les cent un membres du conseil général se déclarent partisans du droit de suffrage pour les deux sexes, c'est que l'idée a fait du chemin.»
Parrhisia écrit dans La _Française_ «une journée qui sera marquée d'un caillou blanc dans les annales du féminisme, car une grande victoire y fut remportée, c'est celle où le conseil général adopta le vœu émanant de Mme Hubertine Auclert et réclamant pour les femmes la participation aux droits électoraux.»
_Pétition pour demander de rendre effectif le vœu émis par les conseillers généraux de la Seine._
«Messieurs les députés,
«Messieurs les sénateurs,
«Dans sa séance du 20 novembre, le Conseil général de la Seine, a, sur ma demande, émis le vœu que les femmes soient appelées à jouir du droit électoral pour les élections au conseil général et au conseil municipal.
«Je vous prie de rendre effectif ce vœu, en étendant aux femmes françaises les droits électoraux, que beaucoup d'Européennes possèdent.
«Veuillez, messieurs, considérer que les femmes qui sont à leur grand préjudice, privées des droits électoraux, ont des facultés d'épargne, sont aptes à s'ingénier, à prévoir, et vous voudrez, dans l'intérêt général, utiliser leurs qualités.
«HUBERTINE AUCLERT.»
La commission des pétitions de la chambre, n'a pas même voulu examiner la proposition de ratifier le vœu émis par le Conseil général de la Seine et a passé à l'ordre du jour.
Ne pouvant donner notre suffrage aux conseillers qui ont tenté de soustraire les femmes à l'exclusion électorale, nous avons fait apposer des affiches sur lesquelles on lit:
_Le Suffrage des Femmes, 151, rue de la Roquette._
«_Votez_, faites _voter_, pour les _Conseillers_ qui ont émis un _vœu_ pour que les _Femmes_ soient _électeurs_. Les _Femmes électeurs_ seront plus _considérées_, mieux _rétribuées_, leurs facultés d'épargne rendront possibles toutes les _réformes_.»
UN SEXE EST-IL SUPÉRIEUR A L'AUTRE?
Le docteur Paul Topinard, dans _La Revue de la science politique_, dit: «que la différence de volume du cerveau était moindre entre les sexes aux âges préhistoriques et est moindre chez les sauvages, qu'elle n'est dans les races civilisées. Le progrès fait s'accentuer l'inégalité cérébrale. Le genre d'occupation de chacun crée des inégalités physiques dans le cerveau et dans ses manifestations.
«Il faut, conclut l'anthropologiste Paul Topinard, se préoccuper de la femme, lui faire partager nos travaux, notre responsabilité, fournir un aliment non futile à son activité cérébrale.»
Selon le docteur Louis Büchner:
«La prétendue infériorité de la femme, quant au volume cérébral, est une notion tout à fait erronée. Ce n'est pas dans ses dimensions absolues, mais dans ses dimensions relatives qu'il faut chercher la valeur réelle du cerveau; c'est-à-dire dans sa masse comparée à la masse totale du corps, et la qualité de la matière cérébrale. S'il n'en était ainsi, l'homme occuperait alors dans l'échelle des êtres un rang bien inférieur à celui de l'éléphant ou de la baleine, qui ont un cerveau bien plus volumineux que le sien.
«Si l'on observe que le développement matériel du corps de la femme, reste en général de beaucoup au-dessous de celui de l'homme, on trouvera (d'après plusieurs savants) que la grosseur relative du cerveau de la femme, loin d'être inférieure à celle qu'offre l'homme, lui serait plutôt sensiblement supérieure.»
_Broca_, le fondateur de l'_Anthropologie en France_, écrivait en 1882:
«La campagne dirigée contre la femme au point de vue anthropologique ne trouve pas d'appui dans la crâniométrie. La diminution moyenne de capacité crânienne chez la femme est en majeure partie due à sa taille.
«Je crois avoir démontré qu'il y a égalité entre les sexes pour le développement cérébral et même _on pourrait soutenir_, fait en rapport avec ce que l'anatomie comparée indique comme constituant un véritable progrès morphologique cérébral, _que la femme est plus avancée en évolution que l'homme_.»
M. Louis Lapique a fait cette communication à l'académie des sciences: «Le poids du cerveau par rapport à l'intelligence, n'a pas plus d'importance que le poids d'une horloge par rapport à la justesse des heures qu'elle marque.»
Des savants européens de l'un et de l'autre sexe, prétendent pouvoir prouver scientifiquement que la femme est en raison de sa sexualité, supérieure à l'homme; cependant, que des savants américains prétendent que dans l'avenir: il y aura alternativement une période de prédominance masculine et une période de prédominance féminine.
En attendant que les hommes et les femmes l'emportent tour à tour, les uns sur les autres, il se peut fort bien que le sexe féminin, infériorisé aujourd'hui, soit durant un temps, considéré comme le sexe supérieur.
D'abord, le droit qui partout élève ceux qui le possèdent, fera s'élargir la mentalité des Françaises, et il les rendra aptes à appeler à la vie des êtres supérieurs.
Pourtant, sous leur aspect différent, les deux parties du tout humain, sont et resteront toujours équivalentes, comme la gauche et la droite d'un même corps.
Mais, quand une erreur a été longtemps accréditée, on ne réagit contre elle qu'en tombant dans l'excès contraire. Pour établir l'égalité des sexes, il est donc bien possible que l'on dépasse le but proposé, que l'on exalte celle que l'on a tant dépréciée et rabaissée, en la voyant prime-sautière, faire pour ascensionner dépense d'énergie.
En France, il y a près d'un million de femmes de plus que d'hommes, cependant, il naît beaucoup plus de garçons que de filles.
Le sexe féminin naît mieux équipé que le sexe masculin d'après M. Henry de Varigny. «Les reins, le foie, le cœur sont plus lourds chez l'embryon féminin. La femelle est mieux pourvue que le mâle; elle est physiologiquement plus parfaite que lui. Si la femelle n'a pas la vigueur du mâle, elle a une force de résistance supérieure à la sienne.
«La femme a plus de ténacité de vie que l'homme, elle supporte mieux l'abstinence, elle mange moins, mais profite mieux de ce qu'elle mange.
«La mortalité masculine l'emporte sur la mortalité féminine. Le sexe fort, c'est le sexe féminin!»
Mieux organisées que les hommes, les femmes meurent beaucoup moins facilement qu'eux.
«Dès la plus tendre enfance, dit le docteur Perron, sur 1.000 décès de petits garçons, on n'en compte pas 750 de petites filles.
«Dira-t-on que les petits garçons ont été victimes de leurs passions, de leurs fatigues, de leur intempérance?--Non: _La supériorité organique du sexe féminin est native, physiologique_.
«Cette supériorité est surtout manifeste pendant la vie embryonnaire; sur huit avortements naturels, cinq sont d'enfants mâles.»
Avant que ne soient faites ces observations scientifiques, ce dicton:--«Le chagrin fait vivre la femme,» établissait, en même temps que la longévité, la douloureuse destinée des femmes.
Ce sont les femmes soustraites à l'oppression masculine: les veuves et les célibataires, qui ont l'existence la plus longue.
Ce sont les femmes mariées qui ont la vie la plus courte.
Le cerveau de la femme restant inerte s'atrophie, tandis que le cerveau de l'homme travaillant s'hypertrophie. On peut donc penser que si les femmes étaient en la société dans les mêmes conditions que les hommes, elles seraient loin d'être inférieures à ceux-ci.
Mme CURIE ET SA DÉCOUVERTE
Quand Mlle Sklodowska fut reçue docteur es-sciences physiques, sa thèse avait pour objet, la recherche des substances radio-actives. Après son mariage avec M. Curie, la fille du savant Sklodowski continua ses recherches sur les substances radio-actives, trouva le radium; et, cette manifestation du génie féminin embarrassa le sexe masculin.
Le syndicat de la presse parisienne ayant décidé de répartir les cent mille francs du prix Osiris entre les deux inventions qui avaient fait à l'époque le plus d'honneur à la science française; 60,000 francs furent donnés à Mme Curie pour le radium, 40.000 francs à M. Branly pour la télégraphie sans fil.
En dépit du prix Osiris, récompense sonnante décernée à Mme Curie pour sa découverte, les hommes mirent la main sur la victoire scientifique obtenue par elle.
A ceux qui reprochent au sexe féminin de manquer de génie, de ne rien inventer, il est à présent démontré que les découvertes faites par les femmes sont mises à l'actif des hommes.
M. Curie, qui fut associé à Mme Curie pour partager avec M. Becquerel les cent mille couronnes du prix Nobel, n'était pas complice des gens déterminés à déposséder sa compagne du résultat de son labeur pour le gratifier de son mérite. En une conférence à la Sorbonne, il déclara que le radium avait été découvert par son épouse; qu'il n'avait abandonné ses travaux en cours pour se joindre à elle, qu'après qu'elle fut parvenue à isoler le corps nouveau.
Lorsque les roues d'une lourde voiture eurent enlevé à la vie M. Curie, il fallut bien avouer la vérité, en nommant professeur à la Sorbonne et en faisant monter dans la chaire créée en l'honneur du radium, la savante jusque-là tenue dans l'ombre dissimulée derrière un homme.
Seulement, n'est-ce pas une anomalie de charger la femme d'enseigner les sciences et de lui interdire de faire les lois?
LA RÉFORME PRIMORDIALE
Proclamer égaux devant le droit l'homme et la femme, est une réforme qui facilitera toutes les autres.
Le progrès résulte surtout de l'aptitude des humains à l'accélérer; or, pour obtenir des êtres propres à activer le progrès, la première condition est de perfectionner le moule d'où ils sortent, de donner à ce moule la possibilité de les produire. Ce ne sera qu'en faisant les matrices de la nation citoyennes, qu'on les rendra capables de créer des citoyens.
L'usage, qui dans la vie sociale tend de plus en plus à assimiler les femmes aux hommes, à laisser celles-ci exercer la profession de ceux-là, incite à considérer comme d'un autre âge, le préjugé faisant exclure des affaires publiques le sexe qui s'entend particulièrement à gérer ses affaires privées.
On est bien plus habitué aujourd'hui à l'idée de voir voter les femmes, qu'on ne l'était en 1847 à celle de voir voter les non-censitaires. Chacun, se rend tellement compte que l'exploitation du sexe majorité est due à son exclusion politique, qu'à toutes injustices commises envers les femmes, des hommes maintenant s'écrient: «Si les Françaises votaient, on ne les traiterait pas de la sorte» et les journaux de toutes opinions tiennent à l'occasion, ce même langage féministe.
Cette unanimité à convenir que tant de maux découlent pour les femmes de leur annihilement, forcera bientôt le bon sens français à reconnaître que c'est à toute la nation, que l'exclusion politique des génératrices préjudicie.
L'affiche illustrée, la carte postale, le timbre, représentant un homme et une femme qui se rencontrent devant l'urne électorale, pour sauvegarder leurs intérêts publics, comme ils se rencontrent dans une étude de notaire, pour sauvegarder leurs intérêts privés, obligent à penser, que le droit de voter, est aussi indispensable au sexe féminin qu'au sexe masculin.
Si l'on demandait aux hommes pourquoi ils s'opposent à ce que les femmes aient leur part des prérogatives conquises par nos aïeux; ils ne parviendraient pas à donner d'explications valables, sachant bien que les privilèges qu'ils s'arrogent sans les faire partager aux femmes, ne sont pas plus légitimes, que ceux dont la noblesse et le clergé jouissaient au détriment du peuple avant 1789.
_Un Précédent._
Autrefois, on avait pour la condition sociale, le mépris que l'on a actuellement pour le sexe féminin. Avant 1848 les hommes des basses classes et les bourgeois instruits mais non fortunés, ne pouvaient pas plus que les femmes aujourd'hui, opiner sur les lois qu'ils subissaient. Il a fallu que les ouvriers s'insurgent, fassent des barricades en demandant la réforme, pour que le bulletin de vote fut octroyé à de savants professeurs, à des membres de l'Institut qui ne payaient point les deux cents francs d'impôts exigés pour être électeurs.
C'est encore avec une apparence de raison, que les monarchistes, imbus du principe d'autorité, maintiennent la femme dans une condition inférieure à celle de l'homme; mais, les républicains qui écrivent sur les murs: Liberté! Egalité! se mettent en contradiction avec eux-mêmes, en laissant le sexe masculin spolier le sexe féminin de ses droits.