Le vote des femmes

Part 2

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Nous mettons au défi les hommes les meilleurs, de faire de la commune la maison agrandie que chacun espère, sans le concours du cœur féminin.

LES FEMMES DANS L'ÉTAT

De même que pour appeler un être à la vie, il faut le couple humain, pour instaurer un milieu approprié où cet être puisse s'épanouir pleinement, la femme est autant que l'homme indispensable.

«La femme et l'homme, ces deux parties du même tout, dit Benjamin Franklin, c'est comme les deux branches d'une paire de ciseaux, l'une ne sert de rien sans l'autre.»

Les hommes sans les femmes, sont dans l'impossibilité d'organiser pour l'humanité entière de bonnes conditions d'existence. Ce ne sera qu'en s'adjoignant pour l'effort politique leurs compagnes, que les Français pourront assurer l'ordre social et la prospérité publique.

Interrogez à la campagne et à la ville des hommes de toutes conditions, ils vous répondront qu'une maison sans femmes est la pire des choses; cependant, ces mêmes hommes ne veulent point se rendre compte qu'une commune et un Etat sans femmes, sont bien plus pitoyables encore que la maison d'où l'élément féminin est absent, car le mal-être, restreint ici à quelques individus, se généralise et est là, supporté par toute la population. Présentement, les Françaises ne sont pas représentées dans les assemblées administratives et législatives.

Ce retranchement des femmes de la chose publique, cause au corps social le préjudice et le malaise, que le retranchement d'un organe fait éprouver au corps humain.

Si vous avez un membre ou deux membres supprimés, toute votre personne est affaiblie, amoindrie; de même, la nation, privée de l'activité de la moitié de ses membres, a sa force et son intelligence réduites, est endolorie, paralysée; finalement, voit se rapetisser sa destinée.

Pour que l'individu et la collectivité puissent complètement exister, la première des conditions est que tous les organes du corps humain et que tous les organes du corps social fonctionnent. La république amputée des femmes est aussi réduite à l'impuissance que l'individu amputé d'une jambe et d'un bras.

La population française, qui a deux yeux pour voir et deux pieds pour marcher, se diminue en s'obstinant à ne voir que par le seul œil masculin les difficultés à résoudre et à ne marcher que du seul pied masculin vers les buts poursuivis.

Ce que décide une minorité des Français dans des assemblées où un seul sexe est représenté ne peut convenir à la nation tout entière.

Les hommes clairvoyants se rendent compte de cela; aussi, le nombre augmente de ceux qui osent proposer de s'adjoindre les femmes pour combiner les arrangements sociaux.

Les Françaises qui subissent les lois doivent contribuer à les faire.

Comme le dit fort bien M. Jaurès: «C'est l'humanité complète qui doit agir, penser, vivre, et l'on a bien tort de redouter que le suffrage des femmes soit une puissance de réaction, quand c'est par leur passivité et leur servitude qu'elles pèsent sur le progrès humain.»

* * *

Les millions de femmes qui sont ouvrières, et les millions de femmes qui sont ménagères doivent pouvoir, en votant, régler les relations extérieures au point de vue économique et politique, en raison des traités de commerce qui élèvent ou abaissent le prix des denrées et de la main-d'œuvre.

On a entendu un ministre des finances se plaindre de ne pas trouver chez les députés le sens de l'économie. C'est que le sens de l'économie n'est réellement possédé que par l'élément féminin. Or justement, l'élément féminin est exclu de la Chambre.

Si le Parlement, où nulle femme ne siège et où n'est entré aucun mandaté des femmes, manque parfois de prudence et de prévoyance, il manque aussi, on en conviendra, autant d'aptitude et d'autorité, pour élaborer des lois réglant les rapports humains, que manquerait d'aptitude et d'autorité, une Chambre exclusivement féminine pour légiférer, sur ce qui concerne hommes et femmes; attendu que l'homme absent serait, comme est aujourd'hui la femme absente du Palais-Bourbon, victime de la partialité du sexe omnipotent.

Les hommes ne peuvent, sans le concours du sexe féminin, juger, en même temps, de ce qui leur convient à eux et de ce qu'il nous faut à nous?

Les deux types qui forment l'espèce humaine doivent avoir voix au chapitre, quand il s'agit de régler leur propre destinée.

* * *

Les femmes faites citoyennes, régénèreront la politique et l'impulsion qu'elles feront donner aux affaires permettra bientôt aux Français de manifester la virilité des peuples neufs.

Les sauvegardiennes de la probité morale affermiront la droiture masculine en la vie publique.

En dépit de délits spéciaux inventés pour elles, les femmes, si nous en croyons les statistiques, faillissent moins que les hommes. Il y a beaucoup plus d'inculpés que d'inculpées.

Puisqu'il est établi que la femme résiste plus à l'excitation au mal, que l'homme; pourquoi ne pas garantir celui-ci contre ses propres défaillances en la lui adjoignant au gouvernail?

Les maisons de secours se joignent aux statistiques, pour attester la supériorité morale de la femme, frappée d'infériorité légale.

Dans les établissements charitables, on rencontre surtout un public d'hommes, c'est-à-dire le sexe qui a en la vie, l'argent et les positions.

L'homme a dans la société le monopole du travail lucratif, il gagne plus souvent 8 francs que la femme 2 francs. Cependant, dès le premier jour de chômage le voilà réduit à la mendicité.

La femme qui est exclue des gros gains tend moins que l'homme la main.

Est-ce parce qu'elle a plus de dignité et moins de vices? Ou est-ce parce qu'avec des centimes elle trouve mieux le moyen de parer à la disette que l'homme avec ses 8 francs quotidiens?

Comment peut-on charger seul du soin de gouverner les autres, l'homme sans prévoyance qui n'est point apte à se gouverner lui-même?

Pour les Français aimant les lendemains sûrs, la gestion du sexe masculin, qui avec son salaire convenable ne parvient à se suffire, offre beaucoup moins de garanties que celle du sexe féminin qui, à force d'ordre, d'ingéniosité, se tire d'affaire en sa perpétuelle pénurie d'argent.

LES FEMMES ET LE BUDGET

La puissance d'économie des femmes fera s'équilibrer les recettes et les dépenses.

Puisqu'on reconnaît aux femmes, de réelles facultés d'épargne; et, l'aptitude à augmenter la valeur d'emploi de l'argent, pourquoi ne fait-on pas appel au concours féminin pour mettre fin aux déficits budgétaires?

Si les Françaises participaient à l'administration de l'Etat, elles apprendraient aux membres du Parlement à être moins prodigues des fonds publics, et les contribuables obtiendraient en payant moins d'impôts, plus de garanties et de commodités.

Les hommes ne savent faire face aux exigences sociales avec le gros budget de la France, comme la femme sait faire face aux besoins de la famille avec le petit budget du ménage. En l'Etat, les recettes énormes ne couvrent pas les dépenses phénoménales.

Pendant que législateurs et administrateurs municipaux déplorent que le manque d'argent entrave tous les projets de réforme, des électeurs avouent, s'ils sont commerçants, que sans leur femme, ils ne pourraient faire honneur à leurs affaires...

S'ils sont ouvriers, employés, médecins, avocats, petits rentiers, confessent que, sans leur femme, ils ne parviendraient point à équilibrer leur budget, à vivre.

A la ville comme à la campagne, c'est quotidiennement que l'on entend des Français dire: que cent francs ne valent pour l'homme que soixante francs, tandis que pour la femme, cent francs sont l'équivalent de cent vingt francs.

Alors!... le voilà bien trouvé le moyen de mettre fin aux déficits budgétaires et de rendre possibles les transformations sociales souhaitées.

Ce moyen consiste à confier aux femmes, qui ont de si grandes facultés d'épargne, tout ce qui a rapport aux finances.

Tout le monde a sous les yeux l'exemple d'hommes qui, en dépensant de très grosses sommes, ne parviennent pas en la maison à réaliser le bien-être que couramment les femmes y introduisent, avec peu d'argent. Eh bien, l'Etat est une agglomération de maisons à administrer. Or, n'est-ce pas imprudent de confier aux seuls hommes, qui se montrent souvent inhabiles à équilibrer leur budget individuel, le budget national? Attendra-t-on que la France ait déposé son bilan, pour charger l'élément féminin d'introduire des réformes en nos finances?

L'accroissement des dépenses, devrait susciter un patriotisme capable de faire émettre par tous les groupes de la Chambre et du Sénat, la proposition d'appeler les femmes au secours du pays.

Nouvelles venues en la politique, elles trancheraient aisément dans le vif du fonctionnarisme et préserveraient les Français des lourdes charges et de la vie chère.

Tous les contribuables doivent pouvoir mettre un frein à la dilapidation des deniers publics. Exclure ces épargneuses--les femmes--de la gestion sociale, c'est contraindre la République à faillir à ses engagements.

Si les femmes coopéraient à l'administration des biens de la nation, les recettes excèderaient les dépenses.

Les Françaises ont en elles développé, par l'obligation quotidienne de partager un centime en quatre pour arriver à satisfaire de multiples besoins familiaux, une aptitude administrative qui fera s'ouvrir une ère de prospérité pour les populations qui l'utiliseront.

On réaliserait de grandes économies, si le budget national était épluché et passé au crible par les femmes, comme l'est le budget familial.

Le bien-être résulterait, de la remise à la femme de la clef de la caisse publique.

* * *

Les hommes point pressés de voir la Française échapper à la dégradation civique, dont dérivent pour elle toutes les oppressions, toutes les spoliations, trouvent que pour le sexe féminin l'heure n'est jamais venue de posséder le bulletin affranchisseur. En 1789 et 1793, les hommes disaient qu'il était prématuré de donner les droits politiques aux femmes; en 1848, ils jugeaient également prématuré d'englober les femmes dans le suffrage. Actuellement, ils sont d'avis qu'il serait encore prématuré d'octroyer l'électorat aux femmes.

Toute proposition de loi, ne devrait cependant venir en discussion, qu'après que le suffrage aurait été attribué aux femmes.

La France entière ayant seule l'intuition des besoins humains, la France entière peut seule poser les bases d'une société meilleure en votant des réformes fondamentales.

Tenir les femmes hors des salles de vote où tout se projette et à l'écart du Parlement où tout se résoud, c'est les désigner d'avance pour être sacrifiées.

Les femmes seront plus considérées, mieux rétribuées, quand elles exerceront leurs droits politiques. Et, l'humanité entière a intérêt à ce qu'elles exercent leurs droits politiques; car, on ne peut sans nuire à l'espèce, sans amoindrir l'homme, garder infériorisée la femme, qui imprime à la société sa marque de fabrique, puisque matrice de la nation, elle est le moule qui forme tous les Français.

Afin de se justifier d'annuler les femmes, les hommes spoliateurs les incriminent d'attachement aux vieux usages; alors, qu'il est surabondamment prouvé qu'en dépit de toutes les entraves, elles ne sont pas plus qu'eux ennemies du progrès.

Les femmes sont les premières à utiliser les innovations; on les a vues adopter pour la locomotion tous les nouveaux systèmes.

La femme que l'homme déprécie afin de pouvoir, en la spoliant de ses droits, l'opprimer et l'exploiter, n'est pas plus que lui bornée, elle doit donc être autant que lui électeur.

Soutenir que la dégradée civique, que la serve obligée de singer son maître peut avoir sur lui une influence occulte pour le bien, semble être moins encore une erreur qu'une ironie.

L'homme ne reçoit pas d'en bas ses impressions morales; et, aussi longtemps que la femme sera au-dessous de lui, elle pourra l'amuser, le charmer; non changer sa manière de voir et de faire, non le métamorphoser; car si l'être dit supérieur condescend à demander à l'être dit inférieur le secret du mal, jamais il ne lui demande le secret du bien.

Aussi, il paraît indispensable que pour accomplir la mission sociale qu'on lui assigne, la femme ait le pouvoir que confère la souveraineté; ce ne sera que ce pouvoir matériel, qui lui assurera l'autorité morale.

Au lieu de restreindre en les partageant les prérogatives masculines, les femmes les augmenteront; puisque le jour où il sera en les mains de tous les ayants droit hommes et femmes, le bulletin octroiera aux Français et Françaises la faculté de matérialiser leur volonté d'être heureux et libres.

C'est de peur de ne pouvoir faire parler comme on veut le suffrage rendu conscient en même temps qu'il deviendrait universel, que l'on écarte des affaires publiques cette force nationale, la femme.

* * *

Ce ne sera qu'en unifiant la condition de l'homme et de la femme que l'on unifiera la manière de voir des Français.

Dire à la Française, de cesser d'être coquette, sans lui donner le moyen d'améliorer son sort en votant, c'est la maintenir en une immobilité mentale qui paralysera la marche en avant.

La femme doit voter, car il n'y a place au soleil de la République que pour qui dispose d'un vote. Et, ce ne sont pas seulement les femmes, c'est la nation entière qui souffre de l'annulement politique des Françaises.

Les hommes n'ignorent point cela; cependant, à quelque parti qu'ils appartiennent, réactionnaires et républicains, ils sont d'accord pour faire envisager le vote des femmes comme un danger public.

En notre France qui garde l'empreinte monarchiste de la loi salique, le fantôme de la femme politique est aussi redouté que le spectre rouge. Ce ne sera, cependant, qu'à l'aide de celle-ci que l'on pourra triompher de celui-là. Les femmes étant seules assez nombreuses pour mettre à la raison les perturbateurs.

* * *

Bien que l'on sache, que les femmes sont pourvues de facultés qui feront se transformer sans violences la société et que partout où les femmes ont voté, elles ont mis leur zèle et leur énergie au service des partis avancés, les révolutionnaires repoussent le bulletin pondérateur de la femme, et les radicaux évolutionnistes ne s'empressent pas d'utiliser ce bulletin pondérateur, qui leur assurerait le gouvernail de la barque sociale.

Si les hommes d'opinions si opposées s'entendent pour représenter comme un épouvantail le vote des femmes, c'est qu'ils sont d'accord pour continuer à accaparer les bénéfices électoraux; et, qu'ils trouvent avantageux de tenir les sièges législatifs de la force du nombre des femmes, sans avoir besoin d'obtenir leurs bulletins.

Pour faire s'activer l'évolution de l'humanité, il faut mettre la femme au niveau de l'homme, afin que les deux êtres équivalents qui se complètent ne cheminant plus en des voies différentes, marchent du même pas vers la justice sociale.

La République cessera seulement d'être pour les Françaises une bluffeuse, quand elle leur facilitera le combat pour la vie en les armant du bulletin de vote.

L'ÉDUCATION POLITIQUE DES FRANÇAIS

L'étranger comprend l'horreur que le Français a pour la politique, en entendant le camelot parisien faire ce boniment: «Dans mes journaux, il n'y a pas de politique, tout n'est que blague et rigolade.»

La politique, qui d'après le rusé marchand ferait se sauver les acheteurs, joue cependant un rôle énorme, puisque c'est d'elle que dépend la destinée humaine.

Sous le nom de règlement et de répression, la politique prend à la femme comme à l'homme sa liberté. Sous le nom de taxe, la politique prend à la femme comme à l'homme, son argent. Sous le nom de guerre, la politique prend à l'homme sa vie et à la femme plus que sa vie, la vie de ceux qu'elle aime!

Pourquoi donc cette question suprêmement intéressante répugne-t-elle aux foules, au lieu d'être l'objet de leur constante préoccupation?

--Parce qu'on ne la comprend pas.

Un seul sexe étant admis à faire de la politique, il n'est point séant d'en parler. De sorte que la politique, qui se réduit à sauvegarder ou à mettre en péril les intérêts généraux et particuliers, est considérée comme une science inaccessible même aux hommes qui se distinguent dans leur art ou leur profession. Et l'indifférence pour les affaires du pays menace de se perpétuer.

Comment l'homme s'initierait-il à la politique, pendant que la femme, avec laquelle il est sans cesse en tête à tête, n'est pas admise à en chercher avec lui le mécanisme?

Aussi longtemps que, comme des pestiférées en quarantaine, les femmes seront tenues à l'écart de la politique, la nation sera sans éducation politique.

Pour que la politique cesse d'être pour l'homme chose ennuyeuse et incompréhensible, il faut qu'elle s'introduise dans le ménage, où elle deviendra une question d'autant plus familière qu'elle sera tous les jours incidemment creusée.

Bien loin d'être une source de division, la politique resserrera les liens entre époux. En élargissant l'horizon intellectuel du _home_, elle fera souvent succéder à l'amour envolé, l'amour du bien public.

Quand les femmes jouiront des mêmes droits électoraux que les hommes, le sein maternel ne sera plus un milieu où le cerveau s'atrophiera. L'affranchissement de la mère soustraira l'homme à l'abâtardissement utérin qui en fait plus un sujet qu'un citoyen. La maison familiale deviendra une école où électeurs des deux sexes luttant d'émulation feront ensemble, sans y penser, leur éducation politique. Alors, la nation sera plus clairvoyante et aux phrases pompeuses qui retentissent dans les réunions d'électeurs et d'élus, succéderont des émissions d'idées, de plans, d'où pourront découler le bien de l'humanité.

* * *

Présentement, les électeurs pétris du sang et de la chair de dégradées civiques, vivant en tête-à-tête avec des repoussées de la vie publique, sont, par l'atavisme et le milieu ambiant, maintenus en une telle enfance politique qu'ils n'écoutent que les charlatans criant le plus haut, sachant le mieux persuader qu'ils feront couler du bourgogne des fontaines Wallace et tomber, rôties, du ciel les cailles.

C'est seulement quand les femmes voteront, que Français et Françaises, s'instruisant mutuellement en discutant ensemble des affaires publiques, deviendront des électeurs souverains conscients.

Assimiler les femmes aux hommes citoyens, épouvante le Français; nos partisans d'indépendance électorale aiment mieux laisser escroquer à l'électeur son vote que de le rendre promptement capable d'être son propre maître en admettant sa compagne si divinatrice, si investigatrice à coopérer avec lui aux affaires publiques.

On reconnaît que la nation entière saurait mieux qu'une partie de la nation organiser son bonheur; on affirme que les Françaises ont des qualités propres qui complètent les qualités des Français.

On dit que les tournants politiques cesseraient d'être dangereux, si la masse électorale avait pour la guider le jugement sûr et le tact inné de femmes.

Pourtant, on reste privé de leur concours, on les élimine, au grand préjudice de la généralité des êtres, puisque les femmes intuitives seraient en arrivant sur la scène politique, les monitrices électorales qui démêleraient les questions et dessilleraient les yeux.

Il n'est pas possible de «marcher vers la justice sociale» sans d'abord soustraire la moitié de l'humanité à l'oppression de l'autre moitié, en la munissant de cette arme libératrice, le bulletin de vote.

On comprime la nature en annihilant les femmes et en les contraignant à jouer le rôle de traînardes paralysatrices d'efforts; alors, qu'il convient si bien à leur tempérament d'être des avant-gardes du progrès, faisant évoluer l'espèce.

Quiconque se préoccupe de l'avancement humain, doit vouloir assurer à la République, le concours des femmes, en les faisant citoyennes.

Lorsque hommes et femmes gèreront ensemble les affaires publiques, ils deviendront bientôt aptes à être eux-mêmes leurs représentants. Or, quand les Français et les Françaises seront leurs propres députés, ils économiseront avec les millions de l'indemnité parlementaire, beaucoup d'autres millions dépensés pour satisfaire les grands électeurs que chaque élu traîne après soi; et, l'on peut prévoir tout ce qui résultera d'heureux pour la population, du gouvernement exercé directement, par les Français et les Françaises.

* * *

La mère qui a quarante ans d'expérience de la vie est bien plus préparée à exercer ses droits politiques, que son fils électeur à vingt et un ans.

C'est en votant, que l'on apprend à bien voter.

Les hommes gratifiés du suffrage en 1848 étaient beaucoup moins aptes que ne le sont les femmes d'aujourd'hui à exercer le suffrage; et, combien trouverait-on d'électeurs qui pourraient présentement offrir les garanties que l'on demande au sexe féminin? Pas plus que le droit de l'homme, le droit de la femme ne peut être soumis à des conditions, ni être ajourné par une question d'opportunité.

Les spoliateurs des Françaises qui feignent de redouter leur arrivée dans la politique, savent fort bien que les femmes, au contraire, réveilleront l'enthousiasme des masses pour la République, puisqu'elles la rendront capable de réaliser les réformes attendues.

* * *

Pourquoi toutes les révolutions ont-elles si peu amélioré le sort humain?

--Parce qu'elles ont passé par-dessus la tête des femmes sans les affranchir, et, que l'asservissement féminin est le plus grand obstacle au progrès.

Les Françaises sont depuis si longtemps spoliées qu'elles ne peuvent croire que leur entrée dans le droit commun est indispensable à l'accélération de l'évolution humaine; elles ne seront persuadées qu'elles ont des droits que lorsqu'on les appellera à exercer ces droits.

N'y aurait-il pas pour les hommes plus d'avantages à s'associer immédiatement la femme, dans la commune et dans l'Etat, qu'à risquer de se créer des difficultés, pour se donner la puérile satisfaction de garder encore un peu de temps hors la loi, les vingt millions de Françaises?

Aucune unité de vues n'est possible entre Français et Françaises, avant qu'ils ne soient appelés à se concerter sur ce qui mutuellement les intéresse; c'est-à-dire, avant que ne soit substitué au jeu sans effet du petit suffrage restreint, la toute puissance transformatrice du grand suffrage universel.

On dissipera l'incohérence politique, en élevant au niveau de l'homme, la femme qui moule et façonne les électeurs.

L'éducation politique du pays serait maintenant achevée, si les hommes et les femmes avaient depuis 1848, appris à bien voter, en votant ensemble; et, au lieu de redouter que l'ignorance, la servilité, n'enrayent le progrès, on aurait la certitude que le bon sens général l'accélèrerait; car, la nation serait moralement augmentée, si la serve qui lui donne son empreinte était citoyenne.

LE VOTE DES FEMMES CÉLIBATAIRES

Toutes les restrictions apportées à l'exercice des droits politiques de la femme étant préférables à l'exclusion du sexe féminin de la politique, nous admettrions, au pis aller, que pendant qu'elle est dans le mariage, la femme soit comme l'homme pendant qu'il est sous les drapeaux, privée du droit de voter.

Mais la femme affranchie de la tutelle maritale, la femme apte à gérer toutes les affaires civiles et privées, n'est-elle pas apte aussi à gérer les affaires politiques et publiques?

Si nous proposons de demander le suffrage d'abord pour les femmes instruites et pour les célibataires, c'est afin d'esquiver en même temps que la demande d'autorisation maritale, l'objection que la femme est une ignorante.